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« Le monde comme il va » : et si l'on s'arrêtait un peu pour réfléchir ?

 

Libfly interroge André Soleau

 

La voix du Nord parle du Monde comme il va

 

Le Club de la Presse accueille André Soleau

 

http://adan.blogspirit.com/

 

Place Delors 

place-delors.jpg

Dimanche matin, 9 novembre 2014 – La lumière est belle. Il fait un de ces soleils d'hiver, qui ne réchauffe que les yeux. Ils arrivent devant moi, main dans la main, et je les cueille dans mon objectif. Julien et Aurélie Milleville sont de Tourcoing. Ils s'apprêtent à passer un moment agréable dans la rue commerçante de Menin.

Bonjour, vous savez où vous êtes ici ?  

……

Place Delors. "Delorsplein" en flamand….

……  

Je vois leur désarroi. Alors, je continue. Je tente une explication. Et je m'enfonce.

Jacques Delors… Vous connaissez ?  

….

Tenez, regardez ! Vous voyez le panneau, là-bas ? De ce côté, vous êtes à Halluin. Et de l'autre, attendez, laissez passer le bus, vous voyez ? Vous êtes à Menin. "Menen" en Flamand. Nous ne sommes pas ici en France, nous ne sommes pas non plus en Belgique. Nous sommes dans une sorte de no man's land, sur une frontière… en Europe ! C'est pour cela qu'on a donné le nom de Jacques Delors à cette place.  

 

Mon discours leur donne le temps de réfléchir. Ils sourient, ils sont heureux. Nous détaillons le sujet. Et c'est lui qui conclut la séquence :

Merci, Monsieur ! J'ai appris quelque chose !  

 

Tant pis pour le "Monsieur" ! On a la soixantaine qu'on mérite. Je les observe, tandis qu'ils repartent, main dans la main. Ils n'ont pas trente ans, et ils me laissent avec mes doutes. Un micro trottoir ne constitue pas une étude, mais tout de même ! Cette inculture, cette méconnaissance du passé récent de l'Europe…  Il y a 25 ans, jour pour jour, nous assistions médusés à la chute du Mur de Berlin. Jacques Delors dirigeait la Commission Européenne*. Dix ans auparavant, Simone Veil avait présidé le Parlement Européen. Que reste-t-il de cet espoir, de cet élan, dans la tête d'un jeune ménage en promenade à Menin ?

 

La réponse tombe dans l'émission de Franz-Olivier Giesbert, "Les Grandes Questions" sur France 5. Il évoque cette semaine le sujet des frontières. La philosophe-écrivain Eliette Abécassis les efface volontiers. Mais elle va droit au but, elle interpelle le bouillant Daniel Cohn-Bendit qui lui fait face. "Sur quoi allons-nous fonder notre identité commune, lui demande-t-elle, en Europe ?" Le vieux lion de Mai 68, le tagueur des politiciens et des économistes dans les travées du Parlement Européen, use d'abord de subterfuges. Il parle pour ne rien dire. Il construit intérieurement sa pensée. Avant de reprendre l'argument majeur des promoteurs de l'Europe : l'Histoire. "Tous les européens ont souffert de la guerre, lance-t-il, ils n'en veulent plus !" Il a raison. Mais il ne s'en rend pas compte, les jeunes n'entendent plus ce raisonnement-là. Ils n'y sont plus sensibles. Et cela ne suffit pas à bâtir une identité commune. Français d'un côté de la place Delors, Flamands de l'autre : qu'est-ce qui nous unit ? Le plat pays, la bière et les frites ?  Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

 [*] www.notre-europe.eu  (onglets : nous connaitre, Jacques Delors)

 

 

 

Craquements de

carapaces


Mue de la cigale

Mue-de-la-cigale-copie-1.jpgL'histoire commence un vendredi matin de novembre des années 1980. Un patron de l'industrie du médicament a réuni ses cadres. Jambes écartées, mains sur les hanches, chemise tendue sur un ventre proéminent, il les apostrophe : "vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas laissé tomber votre carapace !" Il faisait état des habitudes, d'une charge de l'histoire et d'une culture patiemment acquise dans l'entreprise, mais désormais révolue. Le monde du médicament changeait. Il fallait s'y adapter. Ce soir-là, nous étions rentrés, selon une autre de ses expressions : "propres comme des sous neufs !" Nous avions fait notre mue. (photo)

La leçon vaut dans les entreprises, mais aussi dans tous les domaines de la vie.

Elle est plus que jamais d'actualité. Prenons trois exemples.

Ebola ? - Albert Schweitzer (1875-1965) doit se retourner dans sa tombe, à Lambaréné. Il y a cent ans, il avait compris qu'il fallait aller en Afrique. Sa démarche était évidemment teinte de l'esprit de colonisation de l'époque. Mais elle a inspiré par la suite bien des ONG. Et nous y aurons mis du temps, mais nous y arrivons : notre carapace d'occidentaux est en train de tomber. Les US en tête, les européens dans leur sillage, nous nous apercevons que nous ne pouvons pas laisser les gouvernements d'Afrique de l'Ouest affronter seuls la catastrophe sanitaire. La réponse doit être massive, globale. Elle nécessite une gouvernance planétaire.

La "prise de parole" de Martine Aubry ? - Sa contribution aux Etats Généraux du parti socialiste (www.ensemble-reussir.fr), est un modèle du genre. Elle voit bien par exemple "la mutation numérique et les chocs écologiques [qui] accouchent d'une troisième révolution industrielle". Mais elle y répond par une "social-démocratie" qui n'a rien de "nouvelle". C'est "une idée qui vient de loin, dit Jean-Yves Archer dans Les Echos, et notamment des travaux du fameux et fécond club Echanges et Projet : un des creusets du… delorisme." On ne se refait pas. La carapace de Martine Aubry est encore solide. Au point même d'adopter l'attitude de son père devant Anne Sinclair en 1995 : elle le clame haut et fort, elle n'est candidate à rien. Par crainte de ne pas y arriver ?

L'Eglise de Lille en synode ? - Deux cent personnes, paroissiens, chrétiens et pratiquants, et leurs évêques, se réunissent (www.synodelac.fr) à Merville. Dans un ancien séminaire, vide de toute vocation. Le symbole est fort. Il leur faut faire face. Rénover les communautés. Ils mettent tous leurs efforts à penser "une paroisse qui marche".Sauf que… La paroisse dont ils parlent désigne une aire géographique, un territoire et ses habitants, qui datent du temps où on ne se déplaçait guère, à pied ou à cheval, au-delà de quelques kilomètres. Alors que les jeunes qui aiment se retrouver le dimanche soir à Saint-Maurice Lille, par exemple, toutes batteries et guitares électriques dehors, viennent de loin ! Et ils ont leurs smartphones à la main ! La frontière des "paroisses" a volé en éclat. La carapace de l'institution, elle, est encore bien résistante. 

Etienne Desfontaines

 

Une enfance, quel avenir ?  

Difficile d'être un enfant en 2014. Trois informations en un jour le confirment : à peine sortis du cocon, il leur faut abolir l'esclavage, gravir à mains nues un nouveau système éducatif, et réinventer le monde !  

Vendredi 10 octobre, smartphone (AFP) – Le Prix Nobel de la Paix 2014 est une toute jeune pakistanaise, qui défie les Talibans. Malala Yousafzai résiste à la haine. Elle est repérée, propulsée sur la scène internationale. Elle monte à la tribune de l'ONU, elle demande aux dirigeants mondiaux  "d'envoyer des livres, pas des armes" dans les pays pauvres ! Son acolyte du Prix Nobel de la Paix, le militant indien Kailash Satyarthi (60 ans) est une véritable star en Inde, où il a "libéré" plus de 80 000 enfants du travail forcé. Il organise des raids, il monte des programmes contre les usines qui emploient des enfants comme des esclaves. Il s'en prend aux clients occidentaux, pour leur demander "d'effacer la tache que représente l'esclavage humain !"

Vendredi 10 octobre, édition du "Monde"  – Les experts du WISE (World Innovation Summit for Education) se réunissent comme tous les ans au Qatar. Ils annoncent un système éducatif bouleversé en 2030. Soit, dans quinze ans ! La journaliste du Monde, Maryline Baumard, lâche une formule lapidaire : "l'école telle qu'on la connait aujourd'hui sera très vite enterrée !" Avant d'énoncer les enjeux du XXI° siècle : 1 - l'éducation se fera tout au long de la vie; 2 - les compétences personnelles seront plus essentielles que la maîtrise des connaissances, qui resteront accessibles à tout moment; 3 - les apprentissages seront fournis par des plates-formes en ligne; 4 - le professeur ne sera plus celui qui dispense un savoir, mais un guide qui apprend… à apprendre; 5 - l'institution scolaire deviendra certificatrice de contenus, qui seront délivrés par le privé et les  entreprises. A ce stade, ce n'est plus une évolution, c'est une révolution qui se prépare.

Vendredi 10 octobre, édition de "Croix du Nord" – 700 terminales de l'Enseignement Catholique du Nord Pas-de-Calais sont reçus dans le grand amphithéâtre des Facultés Catholiques. A l'affiche de la séance, trois experts de haut niveau (un cadre d'entreprise, un essayiste-écologiste, un politique) sur un sujet ambitieux : "Le monde vous est donné.  Quelle responsabilité ! Quelles responsabilités ?" Un point d'exclamation d'abord, sur la "responsabilité", pour dire la gravité de l'héritage annoncé. Un point d'interrogation, ensuite, pour en soulever toutes les opportunités et les menaces. Laurent Grzybowski, de l'hebdomadaire "La Vie",  leur demande de poser des questions par SMS. Le résultat ne se fait pas attendre. Il a créé un réseau, pour le meilleur et… pour le pire ! C'est une révolte silencieuse qui sort des claviers. En synthèse : "votre monde, on n'en veut pas !"  Il faut le savoir, la génération montante ne va pas hésiter : elle va casser le moule. Avant d'enfanter un autre monde. Dans la douleur.

Etienne Desfontaines

 

Miroir,

 

 

Ô mon beau miroir

 C'est la première chose qu'on apprend dans un conseil municipal. Savoir lire un budget. Parce qu'on y découvre la vie du village. Sa façon de vivre, ses projets et ses antécédents. Sa personnalité aussi : conservatrice ou ambitieuse. Pas besoin d'en rajouter dans le détail des lignes et des colonnes. Une courbe  et  trois  tableaux suffisent. On entre dans le cœur du sujet, comme… dans une glace sans tain ! Le budget de l'Etat 2015 n'échappe pas à la règle.  On a dit une courbe ? Prenons celle de la croissance. On a dit trois tableaux ? Prenons ceux du déficit, de la dette et des dépenses publiques. Et faisons le constat. La France joue les Cendrillons ! Sauf qu'elle est encore en robe de bal, alors que la fête est finie depuis longtemps !

1 - La croissance ? La courbe annoncée ressemble à un lever de soleil ! 0,4% du PIB en 2014, 1% en 2015, 1,7% en 2016 et un plateau de 2% les trois années suivantes. Fascinant, il n'y a pas d'autre mot. Les services de Bercy y croient dur comme fer. Du coup, ils inscrivent des recettes, et donc des dépenses, dans les colonnes du budget. Ils font ce qu'aucun économe raisonné et raisonnable ne fera jamais : engager des dépenses sur des ressources virtuelles…

2 – Le déficit public ? Il restera à plus de 4% du PIB en 2015, un peu moins en 2016, avant d'être "ramené"  à près de 3% en 2017… En clair, les années se suivent et se ressemblent. L'idée même de revenir à l'équilibre ne nous atteint pas. Nous continuons à vivre au-dessus de nos moyens. Nous rabotons bien quelques lignes ici et là, mais nous ne changeons pas radicalement notre façon de vivre. Et nous allons voir tous les ans notre banquier, pour reprendre du crédit !

3 – La dette publique ? Elle frôle en France les 100% du produit intérieur brut ! Autrement dit, toute la richesse que nous produisons est perdue d'avance. Le gouvernement se vante de prendre des mesures drastiques. Il annonce une économie de 21 milliards d'euros cette année, cinquante milliards en trois ans…. Une goutte d'eau dans la mer !  2,5% seulement, de la barre des 2000 milliards d'euros que notre dette vient de franchir !

4 – Les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires ? Plus de 50% du PIB pour les premières, près de la moitié - 44,6% - pour  les seconds. Insoutenable pour un ménage. Acquérir, entretenir et développer un patrimoine dans ces conditions – hors spéculation et  jeux boursiers – relève du challenge impossible à atteindre.

Moralité

Le dossier de présentation du budget 2015 annonce sans rire "qu'il ne sera pas demandé d'efforts supplémentaires aux français… Le gouvernement assume le sérieux budgétaire pour redresser le pays, il se refuse à l'austérité." Les français vont très certainement apprécier le "sérieux". Avant de taper avec une violence inouïe dans le dur de l'austérité. C'est le moment que choisiront les extrêmes pour prendre la main. On connait la suite.

Etienne Desfontaines

Digital first !  

Mardi 27 mars 1962, 7h40 – Je bous d'impatience. Mon père a déplié les immenses pages de la Voix du Nord. Il parcourt le journal en prenant son café. La veille au soir, on a entendu les coups de feu à la radio. L'armée a tiré dans la foule à Alger. "On va avoir la guerre !"  dit mon père.  J'ai 14 ans, et je veux savoir. Qu'est-ce qui se passe ?  Il lâche enfin le journal, après avoir scruté toutes les pages. Je parcours l'article à la volée. Et je file au collège, avec des dizaines d'images – le "poids des mots" – en tête. Il faudra attendre les reportages des spécialistes, deux jours après, pour en savoir plus.  

Vendredi 22 août 2014, 10h13 – Une alerte tombe sur mon smartphone. Les camions russes entrent en Ukraine. La dépêche est reprise par toutes les radios-télés. BFMTV et I-télé la passent en boucle, les détails tombent au fil des heures. Pas besoin d'en savoir plus : Vladimir Poutine fait monter la pression. Je vais droit le lendemain dans les pages "Monde" de la Voix du Nord. Je passe aussi sur le site du Monde, de CNN et de la BBC. Je guette les commentaires. Pour confirmer ou contredire mon analyse. Sommes-nous vraiment de nouveau en situation de "guerre froide " ?

Cinquante-deux ans séparent ces deux séquences. Leur rapprochement met en évidence la fantastique mutation du métier de journaliste. Un débat sur Europe 1 a récemment traité le sujet [1], avec Edwy Plenel (Mediapart), Pierre Haski (Rue 89), Axel Krauze (Transatlantic Magazine), Eric Fottorino (Le 1) et Patrick Eveno (professeur d'histoire des medias à la Sorbonne), autour du journaliste de LCI, Romain Hussenot.  La question posée : "dans la presse, se dirige-t-on vers un monde sans papier ?" a été très vite dépassée.

Quatre données majeures ont surgi :

1 – C'est le lecteur, aujourd'hui, qui a la main. Il est devenu son propre rédacteur en chef. Il est lui-même fournisseur d'information, et il a descendu le journaliste de son piédestal.

2 – "Digital first"! Le meilleur moyen aujourd'hui d'atteindre un lecteur, ce n'est plus un ordinateur, c'est son smartphone ! Un objet nomade qui le met en lien permanent avec l'information.

3 – Peu importe le support, ce qui compte, c'est le contenu. Un copié-collé de l'information ne suffit plus. Il faut faire de l'investigation, délivrer une information de qualité et donner à réfléchir.

4 – Plus que jamais, les journalistes doivent lutter pour leur indépendance : politique, industrielle et financière. La relation doit être construite, contractuelle et unique, avec le lecteur.

En quatre temps, tout est dit. Ce n'est pas une simple évolution du métier. C'est une révolution mentale, qui secoue les rédactions. Elle en élimine beaucoup, elle en fait surgir d'autres. Les nouvelles pratiques de la société ouvrent un monde fantastique. Le smartphone dans la main, le "lecteur" du XXI° siècle est en contact immédiat avec  le monde  entier. La seule frontière, aujourd'hui, c'est celle de la langue !

Etienne Desfontaines

 

[1] www.europe1.fr/mediacenter/emissions/europe-soir(grand débat du 15 août)

Le caillou

dans la chaussure

Elle grogne, elle se renfrogne. Elle convoque la presse dans un café parisien, et elle cogne : "Il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat, pas trop tard pour réussir la réforme territoriale… On a fait de belles choses, on en a loupé d'autres… Si depuis deux ans dans tous les domaines, on avait eu une grande vision et une méthode, on aurait eu un peu moins de problèmes» La charge est rude. Mais qui est aujourd'hui Martine Aubry ?

Elle a été ministre de l'emploi et de la solidarité. Elle a été première secrétaire du parti socialiste. Mais elle a été battue dans les primaires de l'élection présidentielle. Elle n'est plus député. Elle n'est pas sénatrice. Elle a refusé d'entrer au gouvernement. Elle n'est plus présidente de LMCU ni de l'Eurométropole. Elle est maire de Lille, une cité de 225 000 habitants.

Certes son passé parle pour elle. Elle est la fille de Jacques Delors, elle a instauré les 35 heures, elle a un parcours exemplaire dans les allées du pouvoir. Elle a une vision et une réelle expérience de la vie politique. Elle succède à Lille à Pierre Mauroy avec un franc succès. Mais ceci n'empêche pas cela. On peut se poser la question. De quels moyens dispose-t-elle aujourd'hui, vraiment, pour infléchir une politique nationale ? N'en est-elle pas réduite à tenir le rôle du "caillou dans la chaussure" ?  Il est énervant, il peut devenir insupportable, il oblige à s'arrêter. Mais il suffit d'enlever et de retourner la chaussure. Un soupir de soulagement plus loin, on n'en parle plus !

Etienne Desfontaines

ALSTOM STORY  

Mondialisation oblige, le temps n'est plus où la lecture de la presse nationale suffisait à se faire une bonne opinion de ce qui se passe sur notre territoire. L'intervention du patron de General Electric, Jeffrey R. Immelt, par exemple, dans "l'International New York Times" du 23 juin, est édifiante. "For G.E., déclare-t-il, the overall economics of the deal remain intact, the transaction will add to the American company's profit in Year 1". En français dans le texte : l'intervention de l'Etat français ne change rien, l'opération reste bénéficiaire à un an pour la compagnie américaine. En langage cru : si jamais elle devenait déficitaire, les américains s'en retireraient plus vite qu'ils n'y sont entrés ! En langage géopolitique : la France vient de soumettre une de ses activités stratégiques à la loi du "business". Le tout nouveau patron de Bercy, Arnaud de Montebourg, a beau jouer les Don Quichotte avec ses grands bras, la presse internationale n'en démord pas. Ce n'est pas Alstom, pour le coup, qui plante le drapeau français à l'international avec une stratégie énergétique à long terme, c'est une compagnie américaine qui fait du bénéfice – à court terme – sur une activité essentielle pour l'avenir du pays ! No comment.

Etienne Desfontaines

 

LE CHAMBOULE-TOUT

Le-chamboule-tout.jpg

 

On ne décrète pas les identités régionales. On les repère, et on les assume. C'est ainsi, et il faut y faire bien attention, parce que ce sont les régions, beaucoup plus et beaucoup mieux que l'état-nation ou les communes, qui vont assurer l'ancrage territorial des citoyens dans une Europe renforcée. Bousculé par les votes et l'opinion, pressé par la Commission Européenne et forcé à agir, le président de la République a enfin pris une  décision. Il vient de lancer la réforme territoriale. Quelques coups de téléphone dans son bureau parisien,  trois  coups de crayons à l'emporte-pièce dans notre bonne vieille carte de France, et une tribune dans la Presse Quotidienne Régionale : la balle a été lancée plus vite que prévu dans… le chamboule-tout ! Effet garanti. Entre histoire et avenir, métropoles et sous-préfectures, pays de cocagne et terres abandonnées, il ne restera qu'une ou deux boîtes sur la table. Toutes les autres vont rouler par terre ! Le gagnant sera celui qui les ramassera !

Etienne Desfontaines


 

CULTURE FRANCAISE,

CULTURE CHRETIENNE,

CULTURE EUROPEENNE

Mardi 13 mai, 20h30 – Le fait est courant. Les voûtes élancées de l'église Saint-Maurice (Lille) abritent un concert classique. Dans la minute qui suit la prise de  la photo ci-dessus, une formation parisienne renommée, les "Violons de France", investit les pupitres qui l'attendent devant l'autel. Les premières mesures des "Quatre saisons" montent dans la grand-nef. Plus de cinq cent personnes tombent sous le charme d'Antonio Vivaldi. A deux pas du soliste qui donne de la densité à ses mélodies, le Christ subit sa Passion en silence, un brin de muguet aux pieds… en signe d'espérance !

Culte et culture… Le mélange des genres est connu, accepté à Lille, comme partout en France et en Europe. Les prestations se multiplient. Concerts, conférences, expositions : l'église, immense cathédrale ou simple chapelle, est définitivement vécue comme un repère. Un lieu de rencontre. Même si ce ne sont plus des fidèles, mais des mélomanes, des spectateurs et des artistes, qui la fréquentent. Il arrive même aux politiques de se l'attribuer. L'image de la campagne présidentielle de François Mitterrand, en 1981, reste dans toutes les mémoires : une certaine présence, une "force tranquille", profondément identitaire, émanait déjà d'un simple clocher !

 

A l'heure où, quoiqu'on en pense, nous entamons un processus délicat de création d'une identité européenne, à l'heure où les nations cèdent inexorablement le pas à un espace beaucoup plus vaste de civilisation, pour que le continent européen tienne le rang mondial qui lui est dû, nous devons bien nous en rendre compte : une large part de notre identité est faite de chrétienté. Le simple fait de perdre la foi ne suffit pas à nous en débarrasser. Nous en sommes imprégnés. Catholiques, anglicans ou luthériens, orthodoxes : notre vie quotidienne, notre culture, notre façon d'être et de parler, et notre histoire évidemment, qu'elle soit latine ou anglo-saxonne, tout est rythmé, coloré, pensé en lien avec l'histoire de la chrétienté. Nous en défaire correspondrait à nous couper un bras.

 

 

 

On attribue à André Malraux, l'ancien Ministre de la Culture du Général De Gaulle, la fameuse maxime : "le XXI° siècle sera religieux, ou ne sera pas !" Nous y sommes. L'enjeu des prochaines élections européennes n'est pas de savoir si la France va grandir ou se perdre en Europe. Il est de donner à l'Europe les moyens d'exister dans le monde. Les musiciens sont nombreux qui ont animé les chapelles du grand siècle : l'Italien Antonio Vivaldi, l'Autrichien Wolfgang Amadeus Mozart, le prussien Jean-Sébastien Bach, pour ne citer qu'eux, ont passé la plupart de leur temps en carriole sur les routes d'Europe ! Et les grands chefs d'orchestre européens suivent tous aujourd'hui l'exemple de l'Allemand Herbert Von Karajan ou de l'italien Claudio Abbado : ils sillonnent le monde en avion. Des partitions européennes, françaises pour beaucoup, chrétiennes quasiment toutes dans la profondeur de leur expression, soigneusement conservées dans leur mémoire !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

STUPEUR ET TREMBLEMENTS A

LILLE METROPOLE COMMUNAUTE URBAINE

 

 

 

Les uns les autres lui passent quasiment sur les pieds, en arrivant rue du Ballon. Les uns honteux, les autres nerveux. L'ambiance est électrique à Lille Métropole Communauté Urbaine. Le troisième tour des municipales bat son plein. Les élus "fléchés", maires de petites communes, présidents de groupe, anciens et nouveaux élus de Roubaix-Tourcoing, filent têtes basses devant sa tombe au pied des tours d'Euralille, avant de s'engouffrer dans l'Hôtel de Communauté. Il n'aura pas fallu longtemps. Moins d'un an après la disparition de Pierre Mauroy,  on l'entend gronder à six pieds sous terre ! Le socialisme et le savoir-vivre républicain, qui lui étaient si chers, prennent des coups durs dans la Métropole.  Sortie de crise annoncée – porte de droite ou porte de gauche – le vendredi 18 avril après-midi.

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 ISOLOIR  

 

Isoloir.jpgC'est un mystère. Les statisticiens et les politologues les plus avertis tentent de l'approcher depuis des lustres. Mais personne n'a jamais réussi à le percer. Qu'est-ce qui se passe dans la tête du citoyen, quand il se retrouve seul dans l'isoloir, avec ses bulletins et son enveloppe ?

 

Le moment peut être serein ou tendu. Il lui faut avoir fait le tri de la masse d'information et de désinformation, qui lui est passée dessus pendant des mois. Il lui faut une dernière fois procéder par adhésion ou par élimination. Sur la base de l'affection pour un candidat, ou sur celle de la raison pour un programme. Il lui faut aussi prendre la mesure de l'intérêt général, c'est une démarche difficile, au-delà de ses espoirs personnels et familiaux.

 

Il  y a autant de processus que d'individus. Il s'agit bien là d'un "colloque singulier", dont personne ne peut faire l'économie. Et il est un fait certain, qu'on observe facilement, dans la position de président ou d'assesseur de bureau de vote : une fois sorti de l'isoloir, c'est fini. Le passage devant l'urne n'est plus qu'une formalité. Le regard du votant, à ce moment-là, est éloquent. Il est encore intérieur, un rien méditatif, mais il porte loin. Très loin. Il assume sa décision, et il en ébauche la justification. L'enveloppe et la carte électorale à la main, il le sait, il va se retrouver le soir même dans la majorité ou l'opposition. Dans la satisfaction ou le dépit. Et il devra en rendre compte. D'abord à lui-même.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

Echarpes orphelines 

 

Echarpes-orphelines-bis.jpgProportionnelle et parité. Au gouvernement, ça donne une fragile répartition des "maroquins", et une équipe de bric et de broc. Au Parlement, ça donne une tribune aux extrêmes. C'est ce qui se passe déjà dans les Régions. Dans les grandes communes, les jeux d'influence font florès : on ne choisit plus vraiment les personnes en fonction de leur compétence, mais au gré de leur sexe ou de leur appartenance politique. Dans les petites communes (entre 1000 et 2500 habitants), c'est un casse-tête chinois. Les savoir-faire doublés de bonnes volontés ne sont pas légion. Réunir une liste complète de 15 à 20 quasi-bénévoles, hommes-femmes à part égale, est un exploit ! On voudrait tuer le politique dans l'œuf de la législation, et décourager toutes les vocations naissantes au moment où on en a le plus besoin, qu'on ne s'y prendrait pas autrement !

 

Etienne Desfontaines

 

Pacte de responsabilité

 

 

 

Pacte-de-responsabilite.jpgSi les mots ont un sens, la racine du "pacte" venant de la "paix", et si on nous en rabat les oreilles en ce moment, c'est qu'il y a au pire des "ennemis", au mieux des "parties adverses", à réconcilier. Si on adjoint en plus à cette notion de réconciliation, celle de "responsabilité", c'est qu'on s'adresse à des "irresponsables" dont on veut corriger les égarements… Le résultat est simple.  En fait de "climat de confiance", ce qu'on génère dans l'armée des ombres, acteurs de terrain de l'économie et du social, qui engagent des fonds et toutes leurs forces dans le développement de leurs activités, au local, au national ou à l'international, c'est un "frisson" d'incrédulité !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

LES QUATRE HOTELS

     

 

 

Quatre hôtels, quatre mousquetaires.

 

Des aventures mais pas de mariage en vue.

 

 

 

Le premier fait le beau, aux abords du périphérique. Cinq vastes Lego de verre  sur pilotis. On ne peut pas rater le Conseil Régional, en arrivant à Lille. On lui passe dessous, pour entrer sur le Boulevard Louis XIV. Son beffroi affronte les vents de Flandre comme une lame de verre, plantée au cœur du Nord Pas-de-Calais. Il étincelle au soleil levant, il flambe au soleil couchant.

 

 

 

Le second est plus discret, en bord de gare. Deux masses de briques jaunes quasiment soviétiques, lourdement fichées en terre, au dos de la Cité Administrative. L'hôtel du Département, rue Gustave Delory, abrite l’exécutif et les directions administratives du Conseil Général. On lui passe dessous, lui aussi, pour rallier le centre-ville.

 

 

 

Le troisième est celui qui domine la ville, du haut de ses 104 mètres ! Du grandiose à l'état pur. Une ampleur et une ingéniosité, tout en briques rouges, signées des années 30. On ne passe pas sous l'Hôtel de Ville de Lille. On en fait le tour, pour en trouver l'entrée. Puis on le contemple, en revenant sur le pavé de la Porte de Paris. Et on se laisse porter par l'Histoire avec un grand "H". Les ombres de Roger Salengro et de Pierre Mauroy surgissent sur le parvis. Plafonds hauts, escaliers de pierre, comptoirs de chêne : le berceau du socialisme du Nord a été fait pour durer !

 

 

 

Le quatrième est installé au nord de la commune. A l'entrée du Grand Boulevard, en direction de Roubaix-Tourcoing. Dix étages en équerre, un banal ensemble de bureaux. On peut longer l'Hôtel de Communauté (Lille Métropole Communauté Urbaine) à pied ou en voiture, sans vraiment le voir. Il administre pourtant 85 communes et plus d'un million d'habitants. ll accède aujourd'hui au rang d'Euro-métropole, et il est un des lieux de pouvoir les plus porteurs d'avenir.

 

 

 

Une telle richesse architecturale nous honore naturellement. Mais elle inquiète aussi. Le serpent de mer réapparait, comme toujours, à l'approche des élections. 36000 communes, des métropoles et des intercommunalités par dizaines, 101 départements et 22 régions : c'est peu de le dire, le millefeuille à la française est devenu totalement indigeste.

 

 

 

Pour traiter le sujet, le "Janus" du gouvernement Sarkozy, l'élu double-face, à la fois conseiller général et conseiller régional, a fait long feu. La mode est maintenant aux "fiançailles". Patrick Kanner (CG59) vient de passer la bague au doigt de son collègue socialiste Dominique Dupilet (CG62). Mais de là à entamer une vie commune, il y a encore du chemin. Les "fiancés" du Haut-Rhin et du Bas-Rhin sont dans toutes les mémoires : ils étaient à deux pas de convoler en justes noces avec la Région Alsace, en avril 2013. Mais c'est la parentèle qui n'en a pas voulu : elle a les a renvoyés chez eux, le doigt tendu, avec un "non" retentissant entre les oreilles ! Région, Départements, Métropole et commune : la marche nuptiale n'est pas près de résonner, dans les hôtels lillois comme partout en France.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Un rayon d'or

sur le noooord !

 

 

    Yoichi Suzuki, l'ambassadeur du Japon en France, est monté dans le Nord la semaine dernière. Un passage dans la journée chez Toyota (Valenciennes), et une remise en soirée des insignes de l'Ordre du Soleil Levant, Rayon d'Or en sautoir, au Consul Honoraire du Japon à Lille, Patrick Lesaffre. Costume sobre parfaitement ajusté, tailleur noir de haute couture pour son épouse : le couple affiche une élégance parisienne discrète, mais très présente.

 

On lui demande hors discours : "Excellence, quelle image vous faites-vous du Nord de la France ?" Il pratique le français à la perfection. Il évoque d'abord un trait essentiel de notre identité. "Nous sommes ici à Lille et Valenciennes, dit-il, dans une grande agglomération industrielle, c'est pour cela que Toyota s'y est implanté." Et puis, il change de registre. "Vous avez l'avantage, lâche-t-il sans prévenir, d'être au contact de la Belgique et des Pays-Bas, de leur ouverture sur la mer et sur l'Europe… La logistique, c'est important pour le Japon !" Dans la foulée, il évoque les musiciens japonais de l'Orchestre National de Lille : la culture est pour lui le creuset de la rencontre du Nord et du Levant !

 

 En trois temps, tout est dit.

 

 – Vu de l'autre bout de la terre, ce n'est pas une commune, Lille ou Valenciennes, qui attire le regard, c'est le vaste tissu urbain qui s'étend de Maubeuge à Arras, de Dunkerque à Lille, jusqu'à Tournai, Gand et Courtrai.

 

2 – Dany Boon est renvoyé dans ses cordes ! Nous ne sommes plus dans "le nooooord" de la France, nous sommes au "sud des pays du Nord", associés au développement international de la Flandre occidentale, des Pays-Bas et de l'Allemagne du nord-ouest ! C'est une donnée qui est clamée depuis longtemps par nos Chambres de Commerce et d'Industrie. C'est une réalité qui est déniée par l'administration française, elle met dans l'embarras le Préfet de Région, Dominique Bur, qui assiste à la remise de médaille, et qui délivre – lui aussi en aparté – un  commentaire évasif : "nous travaillons actuellement à la problématique de la mobilité dans la région, c'est fondamental…"

 

3 – Il n'y a de perspectives économiques que dans la rencontre humaine en profondeur : la culture est l'avant-garde de la croissance européenne et internationale.

 

La visite de l'ambassadeur du Japon, Yoichi Suzuki, n'a pas provoqué de tourbillon médiatique. Il y a pourtant des regards lointains, qui en disent plus que toutes les analyses sur la situation du Nord Pas-de-Calais. Il est grand temps d'ouvrir le canal Seine-Nord, d'engager des relations transfrontalières intenses, de développer des coopérations portuaires le long de la Manche, et de multiplier les voies routières et ferroviaires vers Dunkerque, Anvers, Rotterdam et Hambourg !

 

Etienne Desfontaines

 

Management

Management.jpgTous les DRH connaissent bien le fait. Quand il y a un problème de management, on évoque un manque d'écoute. On tente de restaurer  le dialogue, on ouvre des tables rondes. Et on tourne en rond, jusqu'au moment où il faut bien changer quelque chose. Soit la méthode de management, soit le manager. Pour que la vie reprenne son cours. "Le poisson pourrit toujours par la tête" dit le proverbe chinois. La survenue des problèmes n'est pas toujours le fait de la direction. L'absence de réponse, ou l'échec des solutions : si !

 

C'est ce qui se produit aujourd'hui. La crise n'est pas le fait de l'Etat ou du gouvernement socialiste. Elle ne trouve pas non plus son origine dans l'institution européenne. Elle est mondiale, multipolaire. Et l'économie n'est pas tout. La politique n'y suffit pas non plus. La science, l'écologie, l'éthique et la religion s'en mêlent. Les lignes géopolitiques bougent. La conception même de la vie est bousculée, partout sur la planète. Quel  langage tenir, face à de telles mutations ? Quelles réponses apporter ? Quelles perspectives donner à un Etat, un continent, une Eglise, ou plus simplement à une corporation professionnelle, ou à une communauté arcboutée sur son identité ? Bien malin qui peut le dire. Beaucoup de responsables ne s'y retrouvent plus, et ils vacillent.

 

Premier exemple. Tout président qu'il est, François Hollande n'est plus en situation, dix-huit mois après son élection, d'imposer quoi que ce soit en France : plus personne ne l'entend…  Deuxième exemple. Qui connait réellement de nom et de visu, celui qui porte en ce moment le titre de président du Conseil de l'Europe, Herman Van Rompuy ?  Ce n'est pas faute de faire des efforts, et d'appliquer à l'Europe les talents de négociateur qu'il avait déployés comme chef du gouvernement belge. Mais rien n'y fait : la citoyenneté européenne est en panne…. Et troisième exemple.  Qui peut donner d'emblée le nom, le titre exact, et l'origine du patron de l'ONU ? L'affabilité de son secrétaire général, le Sud-Coréen Ban Ki-moon, est légendaire. Sa discrétion est notoire. Son assemblée fait la preuve récurrente de son incapacité à anticiper et à régler les conflits….

 

La France, l'Europe et l'ONU ont toutes les trois perdu la tête, et le plus souvent, le sens de leur existence. Il est temps de leur donner une nouvelle gouvernance. La plupart des observateurs le clament. Si rien n'est fait, ce sont les peuples qui vont l'exiger. Les élections municipales en France, et les élections européennes sur le vieux continent, seront sans doute très lourdes de sens, en mars et en juin prochains. On peut s'en convaincre, on peut et on doit tout faire, chacun à sa place, en commençant par rendre de la hauteur et de la noblesse à la vie politique, pour accompagner le mouvement et nous doter de vrais managers, au national et à l'international. C'est une étape nécessaire. Pour que la vie reprenne son cours.

 

 

Etienne Desfontaines

 

Techtonique des plaques 

 

Tectonique des plaquesLa terre va trembler ! Les astrophysiciens et les vulcanologues savent de quoi ils parlent. Ils surveillent les lignes de force de l'écorce terrestre. Ils ont des capteurs, ils analysent les prémices des séismes. Sans pouvoir dire, toutefois, le jour et l'heure de la catastrophe. Les politiques, eux, semblent nettement plus désarmés. Pas de capteurs, pas d'enregistrements prédictifs des chocs titanesques qui devraient pourtant se produire en 2014. Entre communes et métropoles, entre nations et Europe, entre extrêmes et partis de gouvernement.

Dimanche 23 et dimanche 30 mars 2014 – Nous allons élire nos conseils municipaux et nos… 36 000 maires. Sans rougir, comme en 1930 ! Nous allons traverser la rue principale de notre quartier ou de notre village, et déposer dans l'urne un vote dont les conséquences seront immédiatement balayées, dépassées par ce qui va se passer dans les métropoles et les intercommunalités ! Toutes les décisions importantes de la commune – aménagement du territoire, habitat, transport, sport et culture, environnement et traitement des déchets, approvisionnement en eau – sont désormais prises au niveau intercommunal. Dès lors, la tentation sera grande, le 23 et le 30 mars, de détourner l'élection pour en faire une tribune partisane de droite ou de gauche, extrémiste ou républicaine. Mais ceci n'empêche pas cela : la plaque "intercommunale" est en train d'émerger. Violente et implacable. Elle bouscule toutes les façons de faire des équipes municipales.

 

Dimanche 25 mai 2014 – Nous allons élire nos députés européens. Les premiers éléments d'information qui tombent nous le confirment : ce ne sont pas les "têtes de pont" que nous enverrons au Parlement Européen. Ce sont des seconds couteaux. Rares sont les politiques français, en effet, qui vouent leur carrière à la construction européenne. La plupart préfèrent surfer sur l'opinion publique et caresser du plat de la main le pré carré de la "Nation". On peut en être sûr,  le 25 mai, la tentation sera grande une fois de plus de détourner l'élection pour en faire une tribune partisane de gauche ou de droite, plus ou moins extrémiste, plus ou moins pro ou anti-européenne. Mais ceci n'empêche pas cela : la plaque "européenne" est en train d'émerger. Violente et implacable. Elle bouscule toutes les façons de faire des nations européennes.

 

Poussée des extrêmes, déstabilisation et déliquescence des partis de gouvernement, éloignement des centres de décision territoriaux, éloignement des centres de décision nationaux au profit de l'Europe : les "plaques politiques tectoniques" sont bien visibles et multiples. Et on le sait, c'est l'effet de la "convection*" : elles vont s'entrechoquer. Violentes et implacables. Reste à savoir : quand ? Avant, après, ou au moment même des élections ? Bien malin qui peut le dire.

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) convection : échange thermique et mouvement de matière  dans le manteau terrestre, à l'origine de la dérive des continents. 

 

 

C'est génial

 

Le tramway

 

"C'est génial !"  Elle saute, elle trépigne. Elle va sur ses cinq ans, et elle traverse le Grand Boulevard sur une passerelle piéton, à hauteur du Buisson. Les voitures filent sous nos pieds. Les tramways, massifs, tous phares allumés et caténaires déployées, prennent lentement de la vitesse et s'engouffrent eux-aussi sous la passerelle. Elle s'agenouille, elle se retourne, elle guette le suivant : "le voilà, le voilà !" Elle se fait peur, elle perçoit le souffle du monstre qui disparait sous ses pieds. Elle recommence, jusqu'au moment où elle domine l'expérience. Elle n'a pas assez de mots. C'est un flot continu pour refaire l'histoire sur le chemin du retour. Petite fille de la campagne, elle savoure le plaisir de l'inconnu. Elle découvre la ville. C'est un vrai bonheur de la voir, heureuse et confiante, aux portes d'un monde nouveau !

 

Pierre Mauroy

 

"C'est génial !"  Je parcours la presse, je passe d'une matinale à l'autre, j'écoute les chroniqueurs. Pas une fausse note. L'éloge est sobre, mais unanime. A la mesure de l'homme qui vient de s'éteindre. Je me souviens pourtant des combats, des critiques et des coups bas. Des dossiers difficiles, dont il a assumé le poids humain et politique. Tout ce qu'on racontait aussi dans les quartiers. Il n'y avait pas que de l'affection dans l'expression "Gros Quinquin" ! Mais tout est oublié. La ville de Lille, la Communauté Urbaine, le département, la région, la France, L'Europe,  l'élite et le peuple, tout le monde salue aujourd'hui un homme politique aimable et respectable. Le fait mérite d'être signalé : il y a donc des hommes politiques qui en valent la peine… Cherchons bien : il y a d'autres Pierre Mauroy en France et en Europe ! C'est un vrai bonheur de partager pareil moment de confiance populaire !

 

Le Saint Empire Romain

 

"C'est génial !" La promenade est impromptue, cette fois, dans les colonnes de "L'international Herald Tribune". Un professeur d'histoire de Cambridge, Brendan Simms*, nous ramène cinq siècles en arrière. Il revisite le Saint Empire Romain Germanique. Ses débuts au Moyen-Âge, son étendue sur toute l'Europe du Nord, de l'Est et du Sud. Ses rivalités entre princes régnants, le don de se lancer dans d'interminables débats. Une paralysie, qui a mené à sa perte en 1806. Brendan Simms en tire des leçons énergiques, en faveur de la création d'un exécutif européen fort. "C'est le choix, dit-il, que les américains ont fait il y a deux cent ans, ils ont prospéré… Les européens – les "germains de l'époque" – ont tergiversé… Tout reste à faire, mais nous en avons les moyens !"  C'est un vrai bonheur d'apprendre que nous avons en nous-mêmes tout ce qu'il faut pour prospérer et faire confiance en l'avenir !

 

Moralité

 

Des leçons d'histoire, des hommes de la trempe de Pierre Mauroy, un regard d'enfant : il suffit de bien regarder, "c'est génial !", et de nous y abandonner. Nous avons tout sous la main, pour aller de l'avant.

 

Etienne Desfontaines

*) "Europe : the struggle for supremacy from 1453 to the present" Brendan Simms (Edition Allen Lane 2013)

 

   

 Maman, j'ai perdu mon Swot

 

swot.jpgFête des mères, fête des pères. Les mois de mai-juin nous ramènent tous les ans à la cellule initiale de notre vie. A notre famille. Qu'est-elle devenue aujourd'hui ? Nous avons tous en tête le poème de Victor Hugo : "lorsque l'enfant parait, le cercle de famille applaudit à grands cris…" Mais de quel cercle de famille parle-t-on ? Qu'est-ce qu'un enfant découvre aujourd'hui, lorsqu'il ouvre les yeux sur le monde et lorsqu'il capte ses premiers éléments de langage. Lorsqu'il imprime par tous ses sens ce qui formera ses certitudes, son disque dur dans la vie, son "SWOT" – Strengths (forces), Weakenesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats (menaces) – comme disent les anglais.

 

Difficile aujourd'hui de le définir. L'espace familial dans lequel il surgit peut prendre une incroyable diversité de configurations. Un père, une mère. Deux pères, deux mères. Pas la peine d'y revenir, on vient d'en parler pendant des mois ! Un père au travail, une mère au foyer. Ou l'inverse. Idem quand les deux parents sont du même sexe. Une mère isolée, sans reconnaissance du père. Un père seul, et une mère connue mais totalement absente. Des parents séparés, mais qui restent en contact : une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre, en l'absence de tout autre compagne ou compagnon. Des parents séparés, mais qui ont refait leur vie, soit l'un soit l'autre, soit les deux : deux nouveaux adultes dans la famille, des demi-sœurs, des demi-frères. Des parents divorcés dans le chaos et la douleur, un père ou une mère qu'on ne voit qu'aux vacances. Idem, dans tous les cas de figure que l'on vient d'évoquer, pour les personnes de même sexe… Sans parler des métissages, des mélanges de langues, de cultures nationales, internationales, économiques et politiques, artistiques et religieuses. 

 

Arrêtons-nous là. Le fait est établi, et il est complètement inédit. La complexité de la situation que doit affronter un enfant dès sa naissance en 2013 est inouïe ! Un instituteur, pardon : un professeur des écoles, comme on les appelle maintenant, m'a lancé récemment : "j'ai 25 gosses dans ma classe, ce sont 25 situations familiales différentes !"  Il exagérait un peu, mais c'était pour lui une façon d'exprimer son désarroi. Pour bien instruire un enfant, il faut le comprendre, s'adapter à ses acquis, construire sur le socle donné par la famille. "Je ne les comprends plus, me disait ce professeur, je n'arrive plus à discerner le cadre réel dans lequel ils évoluent…"  Quand on connait le besoin de cadre, justement, pour un enfant, quand on en sait la nécessité pour le rassurer, pour le conforter dans son identité et l'amener au meilleur de ce qu'il peut devenir, on se dit que nos bambins, tous nos bambins, qu'ils soient des quartiers chics ou des cités, qu'ils soient à l'air libre dans nos campagnes ou ballottés dans les avions de la jet-society, tous nos bambins encore une fois ont bien des raisons de ne plus savoir où ils en sont et de faire des crises d'angoisse !

 

Bonne fête à toutes les mamans.

 

Bon courage à tous les enfants.

 

Etienne Desfontaines

 

 

LE DOUTE

 

Gruson – Dimanche 7 avril 16h

 

Les pales d'hélicoptères ronflent au-dessus de nos têtes. La voiture du directeur de course sort en hurlant du pavé de l'Arbre. Je serre la petite (4 ans) dans mes bras. Cent mètres de creux : deux hommes casqués, lunettes noires, surgissent roue dans roue. Fabian Cancellara et Sep Vanmarcke. On a juste le temps de percevoir la hargne, la tension de la chaîne sur les roulements à billes. La meute des suiveurs écrase le dixième de seconde de silence qui submerge les vrais supporters. Je jette un œil à la petite. Elle a les yeux grands ouverts, les mains sur les oreilles. Trop d'images, trop de fracas. Ce n'est plus du sport, c'est du spectacle. Ce n'est plus du spectacle, c'est un enfer mécanique. Comment ces hommes font-ils pour tenir ? L'édition 2013 du Paris-Roubaix a été la plus rapide des temps modernes ! Je pense à Tom Boonen, à Lance Amstrong, au vainqueur de cette année, Cancellara, et à bien d'autres. Tous ont été suspectés ou convaincus de dopage. Il y a comme un doute….

 

Strasbourg – Dimanche 7 avril 20h

 

Les résultats du référendum sont attendus. Haut-Rhin, Bas-Rhin, Région Alsace : les trois assemblées ne pourraient plus faire qu'une, c'est un espoir, un exemple pour d'autres territoires. Une réforme, enfin une, venue du terrain, un premier pas dans une nouvelle ère qui donne de l'élan aux régions ! Ce sera "non". Le Haut-Rhin ne veut pas se faire avaler par le Bas-Rhin, les communes, les métropoles, ne songent qu'à garder leurs prérogatives. Les promoteurs de l'opération ont monté une usine à gaz : un parlement à Strasbourg, un exécutif à Colmar. Personne ne s'y retrouve. Le projet est mort-né. La Nation n'y arrive pas, les territoires non plus. Y-a-t'il encore des réformes possibles en France ?  Il y a comme un doute….

 

Lille (Loos) - Vendredi 5 avril 15h

 

Je fais face au président du directoire de Bayer Santé, Markus Baltzer, dans le Parc Eurasanté. Il arrive de Berlin, le taxi vient de le déposer. Vaste bureau, simplicité du mobilier. Deux ou trois points d'agenda à régler avec son assistante, un document à signer, il me rejoint à la table de réunion. Accompagné, c'est la règle, de sa directrice de communication. Objet de l'entretien ? Le doute ! La suspicion. Le médicament : Dr Jekyll ou Mr Hyde ? La question est lancinante. Les progrès sont fantastiques, l'espérance de vie passe la barre des 80 ans, mais la rupture est consommée entre le grand public et l'industrie du médicament. On la met tous les jours au pilori de la finance ou de l'accident thérapeutique. Markus Baltzer est confiant. Il a des arguments, il trouve les mots : "je ne voudrais pas vivre comme mon grand-père et mon arrière grand-père ! " Nous y reviendrons dans une autre chronique. Il fustige ce doute qui ronge la France, et qu'il ne retrouve pas ailleurs dans le monde !

 

Moralité

 

Le sport, la politique, la médecine, on pourrait parler de l'économie évidemment : il n'y  pas pire cancer que le doute. Il n'est pas foudroyant. Mais il est implacable.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

Marthe et Marie 

 

Marthe-et-Marie.jpgLe hasard fait parfois bien les choses. Les 115 cardinaux électeurs, qui entrent en conclave, sont logés dans la maison Sainte-Marthe. Il n'y a pas femme plus remuante ! Les évangiles (Luc 10 ; 38-42) nous disent qu'elle était la sœur d'une douce femme, Marie, qui se contentait d'écouter la parole du Seigneur, assise à ses pieds. Alors qu'elle, Marthe, s'agitait pour assurer "les multiples soins du service" de la maison. Silence et agitation. Méditation contre rumeur du monde. On imagine la tension relative de ces 115 "personnages en quête d'auteur", dont la moyenne d'âge est de 77 ans, tous nommés par leurs deux illustres prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoit XVI, sans avoir participé pour autant, ni les uns ni les autres, à la "révolution" de l'Eglise dans la seconde moitié du XX° siècle : le concile Vatican II !

 

Sont-ils réellement des hommes d'avenir ? Vont-ils élire un homme qui représentera le collège des évêques, dont il sera issu, avec le discernement et l'énergie nécessaire pour assurer les "multiples soins du service" auprès du monde, un homme capable aussi de réformer la Curie et de sortir ses officiants, cardinaux, prêtres et évêques, des ornières morales dans lesquelles ils se sont fourvoyés. Vont-ils au contraire retenir un nouveau grand théologien, à l'image de Benoit XVI, qui s'en remette à Dieu et pointe constamment du doigt un idéal de vie ? Ou bien encore, vont-ils choisir un nouveau "curé du monde", comme l'était le très charismatique Jean-Paul II, qui arpente la planète et réunisse autour de sa personne toutes les diversités d'expression de la foi catholique ? Il n'y aura probablement pas de miracle. Juste le souffle de l'Esprit-Saint, disent les croyants.

 

Reste que cette élection papale, ses pompes et ses ors aux relents désuets d'un début de XX° siècle, est absolument fascinante et… déroutante pour le commun des hommes. Fascinante parce que l'histoire de l'Eglise est aussi celle d'une très large partie du monde, à commencer par celle de la vieille Europe : c'est le phénomène de l'inculturation. Le lien est très étroit entre vie culturelle et vie cultuelle, entre beauté et foi, on le relève sans arrêt dans nos musées et nos palais républicains. Fascinante aussi parce que le monde en mutation qui s'ouvre sous nos pieds, l'effacement programmé de nos racines et nos doutes sur l'avenir, nous mettent en quête de sens. Les hostelleries des monastères font le plein. Déroutante enfin, parce qu'absolument contraire à notre sens de la laïcité, à notre façon de concevoir la gestion d'une institution internationale par la démocratie, à notre rejet de plus en plus marqué de toute hiérarchie verticale pour préférer la vie en réseaux !

 

Moralité

 

Au travail, dit Marthe !

 

"Le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde", répond Marie.

 

Moralité (bis)

 

Une chose est sûre, le temps de l'Eglise n'est pas celui du monde

 

Une autre aussi : le pape ne sera pas une femme.

 

Etienne Desfontaines

 

Photo :

 

"Le Christ dans la maison de Marthe et Marie"  Tableau de Johannès Vermeer (vers 1655)

 

Gethsémani

         Gethsémani… C'est un jardin sombre, dans la vallée du Cédron, au pied du Mont des Oliviers. Le Christ s'y retire juste avant sa Passion. Il y ressent "effroi et angoisse", dit l'évangéliste Marc. Il s'isole, il tombe la face contre terre, et il prie. Pendant ce temps-là, Saint Pierre et deux autres de ses apôtres, le premier cercle de son entourage, s'endorment…  Benoit XVI n'est pas le Christ. Les cardinaux ne sont pas les apôtres. Mais ils en sont les successeurs. La comparaison n'est pas dénuée de sens. Elle peut éclairer le fait stupéfiant du renoncement du pape à conduire plus avant les affaires de l'Eglise.

 

 

Joseph Ratzinger, devenu Benoit XVI par la volonté de ses pairs à la mort de Jean-Paul II, est d'abord un théologien. Un grand intellectuel, convaincu de l'amour de Dieu. Il a servi "l'intelligence de la foi, le dialogue interreligieux, la nouvelle évangélisation, la charité dans la vérité, la paix entre les nations", dit le porte-parole de la conférence des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. C'est un homme de Dieu. Qui se sait à bout de forces, et qui voit la fin arriver. Il a besoin de s'isoler, et de prier. C'est son Gethsémani. Un moment dans lequel il puise ses dernières énergies : les plus belles, celles qui vont l'amener à passer dans une autre Vie. Il vit pleinement son Espérance et sa confiance en Dieu, au cœur même de son extrême faiblesse. C'est son pouvoir spirituel. De celui-là, il ne s'est pas défait. Bien au contraire, il en témoigne avec une acuité inouïe. "Ce Pape est grand, dit encore Mgr Podvin, il désigne par le don de sa vie, Quelqu'un de plus grand que lui…"

 

Le même Joseph Ratzinger, qui a été porté à la tête de l'Eglise en avril 2005, sort pourtant de sa méditation. Il observe son Eglise, comme le Christ ses apôtres. Il en perçoit la force d'inertie, ses divisions, son manque d'enthousiasme à aller porter la Bonne Parole. Il la sait en décalage par rapport au relativisme, au libéralisme de la société moderne. Pas vraiment incapable, mais pas tout à fait sûre non plus, de l'entraîner vers un idéal de vie. L'Eglise, l'institution, est devenue minoritaire sur une bonne partie de la planète, elle n'en est plus le ferment culturel. Pour le redevenir, elle doit repenser sa façon d'être. Spirituellement, mais aussi structurellement. La hiérarchie romaine, catholique et apostolique, est aujourd'hui désuète. Elle ne pèse plus sur le politique, au sens fort du terme : sur la vie de la Cité. Urbi et Orbi. Ce pouvoir-là est perdu.

 

Pour le reconquérir, il y faut plus que de l'énergie. Cela suppose une autre vision du monde. Au cœur de la démission de Benoit XVI, il y a la conscience très humble et très respectable – elle fait l'unanimité – de ne plus avoir la capacité physique de mener pareille entreprise. Il y a aussi la conscience de ne plus savoir comment s'y prendre, et de devoir passer la main à la génération suivante. C'est tout aussi respectable. Et c'est une fenêtre ouverte sur un nouveau monde, dans lequel on témoignera de l'amour de Dieu… autrement qu'en pourpre cardinalice et en latin !

 

Etienne Desfontaines

Trois hommes

Le temps et la raison

Montre-Quentin-Carnaille.jpgJeudi 10 janvier, 10h - Je suis là pour l'interviewer, mais c'est Patrick Peugeot qui m'observe. L'ancien patron de La Mondiale (76 ans) vient de descendre du TGV. Quatre stations de métro plus loin, il atteint son ancien bureau (Mons-en-Baroeul). Et il parle. Une seule question a suffi : "qui êtes-vous, Mr Peugeot ?" Il énumère : l'école polytechnique, l'ENA, la Cour des Comptes, la création des contrats de plan et le programme PEON (Production d'Energie d'Origine Nucléaire), l'avènement de la télévision en couleur, le premier prélèvement automatique (EDF), les nationalisations de 1981, La Mondiale enfin, et puis le Conseil de développement de la Communauté Urbaine de Lille, et le Forum de l'Eurométropole… Les noms se bousculent : De Gaulle, Pisani, Nora, Chaban, Marie-France Garaud, Mitterrand, Rocard, Delors, et puis Mauroy, Aubry… Je l'arrête. Je lui dis : "en somme, vous avez toujours un temps d'avance !..." Il me regarde, interloqué. Il se demande si c'est un compliment ou une critique. Il n'ose pas penser à…  une fuite en avant. Le court silence qui s'installe en dit long sur la seconde moitié du XX° siècle.

 

Jeudi 10 janvier, 12h30 – François Mabille descend lui aussi du train. Un V'Lille plus loin, je le retrouve dans les profondeurs des Facultés Catholiques. Le visage rond, la quarantaine à peine avancée. Doyen honoraire, déjà, de la Faculté des sciences sociales et économiques de l'université catholique de Paris, il travaille sur les relations internationales contemporaines, et il vient de créer à Lille une chaire très attendue : "Enjeux de société et prospective". Lui n'est pas dans l'action, il se demande d'abord ce qu'il doit enseigner à ses étudiants. Un savoir ? Un "apprendre à apprendre" ? Ou une certaine sagesse  qui hiérarchise le flot de savoir qui circule, immédiat et continu, à la surface de la planète ? Le regard qu'il porte sur le temps a une caractéristique extraordinaire : il tourne à 360°. Il est en quête de sens.

 

Mardi 15 janvier, 11h – Le quartier est réputé difficile. La petite boutique ne paye pas de mine dans la rue du Faubourg des Postes (Lille Sud). Quentin Carnaille est souriant. Mince, le regard dense, il n'a pas trente ans, une formation d'architecte, et depuis toujours une furieuse envie de créer. Il a jeté son dévolu sur des mécanismes de montre. Il les démonte, il les rassemble dans des structures fines et étranges, qu'on peut porter au poignet. Immobiles. "Plus personne ne regarde sa montre, lance-t-il, ce sont les téléphones et les ordinateurs qui donnent l'heure…". Et il avance son idée : "la maîtrise du temps est une invention mentale… A tout bien considérer, si l'infini existe, il n'y a pas de temps…Les montres mécaniques sont comme le Parthénon ou les Pyramides, témoins d'une culture et d'une beauté passées, d'une certaine forme d'éternité !"

 

Trois hommes, trois générations. On peut se demander qui a raison. Celui qui a un temps d'avance ? Celui qui cherche où va le temps ? Ou celui qui indique, montre en main, qu'il n'y a plus de temps ? On peut se demander aussi si la" raison" est le bon critère pour observer, selon le propos de notre hôte, "le monde comme il va"….

 

 

Etienne Desfontaines    

 

Le Noël de Lucas

La sirène retentit dans la radio. Le message tombe sur les panneaux d'autoroute. "Alerte enlèvement ! Un nourrisson de deux jours a été enlevé à la maternité régionale de Nancy…" La description de l'enfant est précise : c'est un garçon, il s'appelle Lucas, il porte un pyjama bleu.  Celle de la ravisseuse, aussi. Elle est de type européen, elle a moins de vingt ans, les cheveux tirés en arrière, elle serait vêtue d'un blouson, d'une chemise et d'un pantalon sombre. Elle aurait transporté le nourrisson dans un sac de couleur tenu en bandoulière…

 

Dans l'habitacle, on frémit. L'image de l'enfant surgit. Ballotté, dans le noir. Il n'a plus de repères : le toucher, les odeurs, les bruits, il ne reconnait plus rien. Il a perdu le son de la voix de sa maman. Il se met à pleurer. Les secousses se font plus nerveuses, la jeune fille est contrariée. Elle ne peut pas s'en occuper tout de suite. L'image de la maman, aussi, survient. On la réveille, on la somme de répondre à des questions, on lui dit la vérité. Elle pense que c'est un mauvais rêve, qu'elle va se réveiller. Elle espère que son bébé n'est pas encore sorti de la maternité, qu'on va le retrouver au bout du couloir. Son mari arrive. Elle s'effondre.

 

Personne ne raconte jamais tout ça. Pourtant, il se passe quelque chose d'extraordinaire. C'est un des effets les plus intéressants, il faut le noter, de l'immédiateté des medias, radios, télévisions, ordinateurs, tablettes et mobiles réunis, alors qu'il est de bon ton de la pourfendre régulièrement. Du fait de la décision d'un procureur, des millions de personnes entrent à un instant "t" en communion avec ce jeune ménage et son petit Lucas ! Deux ou trois témoignages décisifs suffiront, mais tout le monde, et quand on dit tout le monde, on pense à toute la communauté française, belge et luxembourgeoise, proche ou éloignée de Nancy, tout le monde conservera un souvenir pénible de ces heures tendues où l'alerte a été répétée. Tout le monde poussera un soupir de soulagement, lorsque la ravisseuse aura été repérée, le petit Lucas retrouvé et rendu à ses parents.

 

Le scénario s'est reproduit douze fois depuis la création du dispositif, en 2005. Dans tous les cas, les enfants ont été retrouvés vivants. Des témoignages sont tombés, qui ont permis aux enquêteurs d'agir vite. On se prend alors à rêver. Après tout, nous sommes à la veille de Noël. Nous sommes des millions, capables d'intervenir en urgence, pour tirer une famille de la détresse. Pourquoi ne faisons-nous pas la même chose, gouvernement, citoyens, opérateurs radios, téléphones et internet, dans d'autres situations ? Pourquoi laissons-nous mourir par exemple des personnes seules, les cas se multiplient, à deux rues de chez nous ou derrière la porte du palier ? Pourquoi ne lançons-nous pas des "alertes solitude", avec la même vigueur que les "alertes enlèvement" ?  Le petit Lucas est sauvé. Tout le monde n'aura pas cette chance-là, dans la nuit de Noël.

 

Etienne Desfontaines

 

Paris en novembre

Rive gauche - Le Musée Maillol accueille le plus célèbre des vedutisti (peintres de paysage urbain) du 18ème siècle, le vénitien Giovanni Antonio Canal (1697 – 1768), dit Canaletto. C'est un homme qui observe "Venise comme elle va", pour paraphraser notre hôte. Sauf qu'au lieu des mots, ce sont des "vedute" (des panaromas) qu'il donne à méditer. Sa peinture est d'une telle limpidité et d'une telle précision, qu'on entre de plain-pied dans la Venise encore florissante du 18ème siècle. Le Grand Canal (photo), la place San Marco, tout ici respire la grandeur et la prospérité. Doublées d'une étrange mélancolie. Sans doute la lumière, toujours rasante. Et l'utilisation de la fameuse "chambre optique" : l'image est captée par une lentille, puis mise à plat et décalquée sur un verre dépoli. On s'enthousiasme, et en même temps, on perçoit le biais. Le peintre embellit la ville surgie des eaux, alors qu'elle a déjà beaucoup perdu de son importance politique.

Rive droite - Les parisiens font la queue devant le Grand-Palais. Ils n'ont qu'une hâte : aller à la rencontre de l'Amérique profonde, dans la lumière d'Edouard Hopper (1882 – 1967). D'une salle à l'autre, les motels, les stations-services, les enseignes publicitaires, les voies ferrées et les rues désertes, évoquent une société en pleine mutation. La grande dépression précède de peu le rush de la consommation. Pourtant, la solitude des silhouettes jetées dans le décor prend le visiteur à la gorge. La pièce maîtresse de l'exposition, "Nighthawks"  (les Noctambules – 1942*), spécialement prêtée par l'Art Institute of Chicago, nous amène au fond d'un bar. Le néon déverse une lumière crue. Un couple, un homme seul, deux chapeaux, une robe rouge, le barman en tenue blanche : le silence est insoutenable. La lumière d'Edouard Hopper ne nous pousse pas seulement à l'introspection. Elle nous bascule dans le vide. Les américains de l'époque, nos futurs libérateurs, portent en eux le germe de leur fantastique déploiement de richesses, et celui de leur désillusion. Il suffit de les observer, pour atteindre les limites de "l'american way of life".

Place de la Concorde – Les Champs-Elysées, le Quai d'Orsay, l'Assemblée Nationale, l'esplanade des Invalides : tout Paris est aux couleurs de l'Italie. Du vert, du blanc, du rouge partout. Pour qui ? Pourquoi ? Renseignements pris, le président italien, Giorgio Napolitano, est en visite d'état. L'Elysée s'est fendu la veille d'un dîner. Les medias s'en moquent. Et François Hollande est déjà parti à Bruxelles. De toute façon, le tapage de l'UMP le dispute au dérapage du président qui affirme sans rire que "la loi s'applique pour tous, dans le respect, néanmoins, de la liberté de conscience !..."  A Colombey-les-deux-églises, le Général de Gaulle s'est retourné dans sa tombe. Dans le TGV qui me ramène à Lille, je n'ai pas trop d'une heure pour digérer le sentiment, persistant, de vivre la fin d'une époque.

Etienne Desfontaines

(*) www.artic.edu/aic/collections/artwork/111628

 

L'homme Légo

 

Cette fois, nous y sommes. L'homme Lego est né. Et le fait est reconnu par une des plus hautes institutions de l'humanité : la Fondation Nobel, et son comité réuni au "Karolinska Institutet" pour attribuer le prix physiologie et de médecine 2012. Le lauréat, le Pr Shina Yamanaka (Kyoto), 50 ans, surgit sur les écrans. Il a le visage enfantin et le sourire engageant. Il raconte les choses,  plutôt qu'il ne les explique. Avec lui, ce qui va littéralement bouleverser la médecine et la conception de la  famille, devient très simple.

Il suffit de prendre des cellules de peau, de leur injecter quatre gènes, à l'aide de virus qui les intègrent dans l'ADN cellulaire. Les nouveaux gènes déclenchent le "rajeunissement" des cellules : elles deviennent des cellules souches pluripotentes induites (iPS*), qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des cellules embryonnaires. On peut les différencier, elles deviennent des neurones, des cellules sanguines, des myocytes ou des hépatocytes… Voilà tout. "C'est très facile, lance le japonais du fond de son Centre de Recherche et d'application pour les cellules iPS (CiRA*), si vous savez cuisiner, vous pouvez préparer des cellules iPS !" Et il ajoute, pour les Nuls en génie génétique : "nous avons mis au point des kits pour cela !"

En clair, soit on garde l'image culinaire, et à partir d'une dizaine d'ingrédients, on vous monte un homme comme des blancs en neige. Soit on file la métaphore, on met tout ça entre les mains d'un enfant, et quelques bonnes dizaines de Lego suffiront à construire une petite famille un lendemain de Noël ! L'homme nouveau est arrivé. On ne lui greffera plus un cœur, un foie ou un poumon. On les reconstruira, cellule par cellule. Et pour peu qu'à partir d'une poignée de cellules de peau, on produise des gamètes et des ovocytes, qu'on les fasse se rencontrer dans un bouillon de culture, bonjour monsieur, bonjour madame, le tour sera joué ! Les bébés des temps modernes trouveront leurs origines, et leurs amours fondateurs, au fond d'une éprouvette ! Les généalogistes fréquenteront les "CiRA" pour mettre leurs dossiers à jour !

 

Plus sérieusement, on imagine bien ce qui va se produire. Cette perspective peut être fantastique, ou tragique. Les progrès thérapeutiques qu'elle annonce vont sauver des millions de vies humaines. Les dérapages qu'elle va sans doute susciter seront plus redoutables qu'un lâcher de bombes atomiques sur tout ou partie de la planète. A côté de ce qui se prépare, nos débats éthiques à peine tendus du moment sont du domaine des lilliputiens. Les religions vont y perdre leur latin. Nous allons devoir nous atteler à une nouvelle définition de l'humanité.

 

Le Nobel de médecine est un prix d'ordre scientifique et technique. Il sera intéressant de savoir à qui seront attribués les prix de littérature et de la paix. S'ils montrent le chemin d'un nouvel humanisme, nous avons une chance de ne pas nous voir réduits à… un jeu de Lego !

 

 

Etienne Desfontaines

 

(*) iPS : "Induced Pluripotent Stem cells"

(**) http://www.cira.kyoto-u.ac.jp/e/ 

Les enfants et la guerre

"Monsieur, vous avez fait la  guerre ? "  La question tombe, et je ne l'ai pas vue venir. Je parle à des CM1-CM2, dans le cadre du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines (1214), et comme d'habitude, je m'enthousiasme, je donne des images. La cavalerie de Philippe-Auguste ? Des centaines de chevaux de trait qui labourent le champ de bataille à toute allure, et qui terrorisent les hommes à pied. Les tenues de combat ? Des cottes de mailles, des surcottes aux couleurs chatoyantes, des heaumes, des épées et des boucliers aux armes des héros qui s'élancent dans la mêlée. La petite est au fond de la classe. Elle y a cru. Pour elle, j'y étais. Ou d'une façon ou d'une autre, j'ai vécu la guerre.

"Monsieur, vous avez fait la guerre ? "  Les deux secondes qui passent sont une éternité. Je jette un coup d'œil à l'instituteur. Il est ébahi. Il ne m'est d'aucun secours. En même temps, je revois mes parents. Tous les deux, nés à Lille, en 1912. A deux ans, la grande guerre leur est tombée dessus. Ils en ont subi toute la rigueur. A 28 ans, ils sont entrés dans la seconde guerre mondiale. Ma mère a vécu l'évacuation. Mon père a été fait prisonnier dans les Ardennes, emmené au Stalag IV D, sur les bords de l'Elbe. La guerre, ils ont su ce que c'était. Pas moi.

Alors je décide de faire le grand saut. Le court silence les a surpris. Ils ouvrent des yeux grands comme des soucoupes. Je fixe la petite au fond de la classe et je prends les autres à témoin : "écoute-moi bien, dis-je, et vous autres, écoutez moi, vous aussi". C'est une vieille habitude. Ce sont des mots qui ne servent à rien. Mais ils me donnent le temps de construire ma pensée. "Je fais partie de ces jeunes qui ont eu une chance extraordinaire, je suis né trois ans après la guerre 40, il faut que vous le sachiez, vous aussi, vous avez cette chance-là : ça fait plus de soixante ans qu'il n'y a pas eu de guerre, ici à Lille, sur notre territoire ! Il y a eu bien d'autres guerres dans le monde, en Indochine, en Algérie, au Vietnam, en Afrique, en Afghanistan… Mais pas ici. J'étais trop jeune pour l'Algérie, je n'ai jamais été emmené à la guerre, vous vous rendez compte ?"

Ils sont interloqués. Dans la foulée, je joue mon va-tout. Je laisse tomber une question qui, je l'espère, va resurgir le soir à table. L'instituteur ne sait pas où je vais. Il est inquiet, ça se voit. "Je te pose la question, dis-je en reprenant la petite entre quatre yeux, demande-toi : qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas eu de guerre ici pendant plus de soixante ans ? " Je n'ai évidemment pas de réponse. Mais j'ai gagné : le silence est lourd de sens. Alors, je me tourne vers les autres, et j'enfonce le clou : "et vous autres, demandez-vous, qu'est-ce qui  fait qu'il n'y aura pas de guerre ici dans cinq ans, ou dans dix ans ?" Même silence. Même vertige dans les têtes. Y compris dans celle de l'instituteur. Qui rompt la magie, en appelant une autre question sur Bouvines. C'est une évidence : il est beaucoup plus facile de parler de la guerre, que de la paix.

Etienne Desfontaines

 

  Le petit avale le gros

    

Le Qatar est un minuscule confetti de 11 437km² pour 1, 5 million d’habitants, abandonné aux sables du désert dans sa majeure partie et aux températures estivales extrêmes. La France, forte de ses 550.000 km² pour 65 millions d’habitants, revendique le cinquième rang des puissances  sur l’échiquier international.

 

Et pourtant.  Les Qataris investissent sans relâche dans le monde entier avec une attirance particulière pour la France. Grâce au pétrole et au gaz dont ils tirent des revenus illimités, bien sûr, mais aussi aux lois  généreusement accordées par nos politiques. Les résidents qataris en France ne paient pas l’ISF et les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values.

 

De quoi donner des idées ! Le sport a bien sûr été l’objet de la convoitise des compatriotes de l’Emir et notamment de ses proches. Le Paris SG en tête  tout comme l’hippisme avec le prix de l’Arc de triomphe, sponsorisé pour cinq ans et donc rebaptisé pour la circonstance. Le Tour de France cycliste, dont il se murmure qu’il pourrait partir du Qatar en  2016, fait également partie des objectifs ciblés.

 

La boulimie acheteuse ne s’arrête pas là. Il y a les médias avec Al-Jazeera qui va devenir un acteur incontournable des retransmissions télévisées. L’économie avec des participations plus ou moins conséquentes dans Lagardère, Dexia, Vinci, Veolia environnement ou même le Tanneur, le maroquinier de luxe qui y a laissé sa majorité. L’hôtellerie de prestige (Majestic, Royal Montceau à Paris, le Carlton à Cannes…), des casinos, des châteaux, des hôtels particuliers sont également tombés dans l’escarcelle avec la bénédiction de la classe politique qui, de gauche comme de droite, fréquente assidument les palaces du Qatar. Seul Areva, le fleuron de notre nucléaire, a échappé pour l’heure aux tentatives d’intrusion. Mais EADS fera un joli lot de consolation.

 

Tout cela est conforme au libéralisme et à la mondialisation. Mais dans le même moment, l’Etat français vend ses bijoux de famille pour payer ses dettes. Le siège de la Gendarmerie nationale, dans le XVIème est à vendre, tout comme deux prisons à Lyon, des châteaux appartenant à l’armée, une ancienne caserne militaire… Au total, 1872 biens devraient être cédés dans les trois ans. Cherchez l’erreur.

A.S

 

 

 

 

 

  Vie privée, vie publique

Que Mireille Dumas ne nous en veuille pas ! Le titre de son émission télévisée colle parfaitement à l'actualité du moment ! Tous les ténors politiques étalent, bon gré mal gré, leur vie privée.

 Dominique Strauss-Kahn ? Pas besoin d'explication. Ses frasques sexuelles l'ont laissé dans les starting-blocks de la course à la présidentielle. Il a discrédité pour un bon moment les fonctions politiques qu'il occupait, les medias lui ont emboîté le pas dans les bas-fonds de l'humanité, et le monde doit entreprendre de reconstruire une certaine image de la femme qu'il a méchamment chiffonnée. Le gâchis est total.

 François Hollande ? Imaginons que le député de Corrèze arrive en tête de la primaire socialiste. On se demande bien quelle sera l'attitude de Ségolène Royal. Dans le genre soutien alambiqué, à la façon du "je t'aime, moi non plus" de Serge Gainsbourg, on ne pourra pas faire mieux ! Nous allons assister dans ce cas-là à un "pas de deux" qui restera dans les annales ! La première dame de France, celle qui aurait alors de grandes chances de poser le pied sur le perron de l'Elysée, ne serait sans doute pas celle qui l'aurait le plus voulu ! Gare au retour de manivelle. Les haines contenues sont les plus tenaces.

 Martine Aubry ? Elle est la fille de Jacques Delors. C'est un grand bonheur. On en connait beaucoup qui rêveraient d'être à sa place, et de recevoir la bénédiction d'un Père de l'Europe aussi attentionné. Il faudra pourtant bien qu'elle se fasse un "prénom". Et il ne faut pas se méprendre : avoir l'Europe en bandoulière sur les tréteaux de la présidentielle, ce n'est pas forcément un atout. Les gens de la "vraie vie", les gens de  petite condition qu'elle veut rassembler, regardent Bruxelles d'un œil torve. Il arrive toujours un moment, où il faut tuer le père.

 Nicolas Sarkozy ? Le voilà bientôt papa. Il n'en est pas à sa première expérience, loin de là, mais ceci n'empêche pas cela : c'est une nouvelle responsabilité qui lui incombe, et tous les hommes le disent, il n'y a pas plus grande mission que de guider un enfant dans la vie ! Si l'adage de Victor Hugo se vérifie, le "cercle de famille" va s'agrandir à l'Elysée. La France électorale va se pencher sur le berceau. Mais ce n'est pas l'enfant du Château qui va engranger le capital de sympathie. C'est son père. Ça lui sera bien utile.

 Allez, c'est dit. Dominique, François, Martine et Nicolas sont des personnages politiques. Mais ce sont aussi des hommes, des femmes, des personnes privées. C'est d'ailleurs ce qui fonde leur humanité. Ils ont beau évoluer sous les ors de la République, ils se retrouvent comme nous tous, nus, et abandonnés aux autres, dans les moments les plus forts de leur vie : leur naissance, leur nuit de noces et leur mort. Ne pas en tenir compte, ce serait une erreur. On touche là à l'intimité profonde d'un roi, ou d'un président de la république, avec son peuple.

 Etienne Desfontaines

 

 

Mon petit doigt m'a dit…

 

"Radio-moquette" dans les grandes entreprises, "ragot" de quartier dans les communes, "médisances" et "coups d'épingle" qui deviennent vérité dans une famille, un collège ou une association, "peaux de banane" dans une carrière professionnelle ou politique, "racontars" qui détruisent un couple, il y aurait un livre à écrire : la rumeur a une histoire. Elle est parfois pittoresque, souvent dramatique, toujours édifiante ! Succès d'édition garanti. On y découvrirait, entre autres caractéristiques malfaisantes, que le "bruit qui court" va toujours plus vite que les standards d'information du moment. Plus vite que le cheval, plus vite que le train et l'avion, plus vite aujourd'hui que les "bits" et les "octets" de notre monde numérique. C'est un mystère.
On y découvrirait aussi que le règne du "mon petit doigt m'a dit…" ne survient que dans certaines conditions. Dont une, essentielle. Les médecins savent ça. Lorsqu'un organisme réagit, immédiatement et de façon disproportionnée, à une information donnée par la dernière phalangette de son auriculaire, c'est qu'il s'en tient à "l'arc réflexe" ! La tête ne commande plus. Il n'y a plus de pilote dans l'avion.  C'est exactement ce qui se passe dans le cas d'une rumeur.
Quelle que soit son ampleur, elle ne peut se développer que sur un terrain fragile. Déstructuré, ou décérébré. C'est vrai dans une famille dont les fondements s'estompent, c'est vrai dans un quartier dont les animateurs s'essoufflent, c'est vrai dans une entreprise dont le chef ne tient pas vraiment les rênes, c'est vrai dans le monde économique et politique qui s'ouvre aujourd'hui sous nos yeux ébahis.  Il manque une gouvernance au XXI° siècle,  il manque une tête à la planète, qui crée du lien, qui focalise toutes les nations et les structures économiques sur la construction du bien-vivre ensemble, au lieu de se laisser mener par les intérêts des uns et des autres. Il lui faut un QG qui commande réellement les réactions aux vraies comme aux fausses informations.
Beaucoup le disent aujourd'hui : le politique doit reprendre la main. En France, en Europe, à l'international. Dans ce contexte, confier le cordons de la bourse et donner les clefs de la maison Europe à Herman Van Rompuy, un habile négociateur belge qui gère les choses avec doigté plus qu'il ne les commande avec vigueur, c'est obtenir la paix dans le secteur pour un temps. Mais ce n'est pas engager les réformes nécessaires, et ce n'est surtout pas donner une pièce maîtresse à ce qui pourrait être une nouvelle gouvernance mondiale. Le bouche-à-oreille a encore de beaux jours devant lui !

Etienne Desfontaines

Hervé Ghesquières :

Un homme libre, un journaliste libre

Hervé Ghesquières 3 

L'homme est passionnant, l'aventure est passionnante. Ce qu'on apprend avec Hervé Ghesquières, l'un des deux otages rentrés d'Afghanistan, ce n'est pas tant l'histoire de leur enlèvement, que ce qui se passe en Afghanistan. On prend aussi une belle leçon de journalisme, et on apprend surtout ce que c'est "qu'être un homme libre". Envers et contre tout, 547 jours durant.

Le chaînon manquant

Ce qui se passe en Afghanistan, soyons honnêtes, qui s'y intéresse vraiment ? Et pourtant, nos soldats meurent là-bas. "25 morts en un an et demi, clame Hervé Ghesquières, presqu'autant qu'en huit ans de présence française à Kaboul !"  Aujourd'hui, le journaliste a un auditoire. Alors il parle, et il explique. Il raconte la route de Kaboul à Peshawar (Pakistan). Le flux de camions qui passent sur ce qu'on appelle "l'axe Vermont". "Les camions, dit-il, ce sont des commerces qui tournent, des civils qui réapparaissent, une vie normale qui s'installe, des talibans qui n'ont plus de raison d'être". On comprend l'enjeu, et le rôle des français qui surveillent le secteur. Mais il y a un "chaînon manquant". Un bout de route sans bitume, à quelques dizaines de kms de Kaboul.  C'est là que les deux journalistes sont allés, parce que c'est là que sévissent les talibans, c'est là aussi que des civils peuvent trouver un job sur l'un des rares chantiers ouverts, sous la protection de l'armée française. C'est là qu'ils avaient une chance de croiser tous les protagonistes de la guerre en Afghanistan. C'est sur cette route qu'ils ont été piégés, et kidnappés.

Un journaliste de terrain

Le rôle du journaliste ?  Hervé Ghesquières tape du poing sur la table. A peine rentré de l'enfer, il le dit haut et fort : "je veux continuer à être journaliste de terrain, je veux continuer à travailler sur des sujets qui m'interpellent, pour les décoder et les expliquer…" Et il tonne : "nous sommes envahis d'informations brutes, de propagandes, de communication, moi je suis journaliste, je veux comprendre, je veux voir tous les angles, toutes les entrées du problème. Subjectif, on l'est, c'est humain, mais on doit  au moins être honnête, essayer d'aller voir tout le monde." Tout le monde, en Afghanistan, c'est l'armée française, mais aussi l'armée et la police afghanes, les talibans, et surtout les habitants, ceux qui se débrouillent pour survivre entre les tirs. Les deux journalistes avaient commencé à enregistrer des témoignages. C'est pour cela qu'ils y étaient allés. C'est pour cela qu'ils ont été piégés, et kidnappés.

Debout et responsable

Reste l'homme. L'homme qui est assis devant nous, amaigri, mais le regard vif, volontaire et tenace. Quand Hervé Ghesquières évoque son accompagnateur, Reza, il parle "de générosité, de diplomatie, de connaissance des codes afghans". Il dit "sa peur et son courage" face aux geôliers. Quand il parle des talibans, qui les emmènent dans la montagne, il s'exclame : "ce sont des marcheurs extraordinaires !" Quand il parle de lui-même, enfermé huit mois, seul dans une pièce, il dit : "son espoir, son désespoir, sa rage, sa colère, son ennui, et surtout toutes ses cogitations". Il ne peut pas s'en empêcher. Il va au plus profond de lui-même, il va au plus profond des hommes auxquels il a affaire. Même dans les pires moments. C'est l'honneur des journalistes, c'est le fait d'être un homme, tout simplement. Piégé, et kidnappé peut-être. Mais debout, et responsable. C'est l'honneur d'Hervé Ghesquières.

 Etienne Desfontaines

Biographie

André SOLEAU
 
   
·  Entré à La Voix du Nord en 1972 
·  Journaliste en 1980 
·  Grand reporter en 1983
·  Rédacteur en chef de La Voix des Sports en 1989
·  Rédacteur en chef et éditorialiste de La Voix du Nord en 1991
·  Directeur général adjoint en 1995
·  Directeur général du journal en 1998
·  Directeur général du groupe en 2004.
 
Parallèlement :
 
·  Vice-président du directoire et administrateur de La Voix du Nord
·  Président de Nord-Eclair, de Presse-Nord, de la SIA, de PGLM
·  Administrateur de La Voix-L’étudiant, de Répondances…
·  Censeur du Courrier Picard
 
Quitte volontairement le groupe en 2005 après son rachat par Serge Dassault.

Lundi 24 novembre 2014 1 24 /11 /Nov /2014 11:12

andre.jpgCe week-end, on voyait double. Entendez par là que l’actualité se conjuguait à deux sans que l’on sache toujours bien distinguer les couples harmonieux et les disgracieux.

Prenons l’exemple des Suisses Roger Federer et Stan Wawrinka. La presse française avait largement rendu compte d’une supposée brouille entre les deux partenaires de Coupe Davis. Au Masters de Londres, Wawrinka  n’aurait guère apprécié les remarques désobligeantes de Mirka Federer, l’épouse de Roger, lors du match qui les opposait au Masters de Londres. On évoquait déjà un divorce consommé qui pénaliserait forcément toute l’équipe, d’autant que ce duel maudit s’était soldé par un dos en miettes pour le numéro deux mondial, faisant craindre un forfait synonyme de débâcle.

Erreur sur toute la ligne. L’un et l’autre apportèrent une contribution égale et brillante au succès historique des Helvètes et leur performance collective, le samedi, face à la paire Gasquet – Benneteau, fut un mélange de talent pur et de larges sourires complices. Au plus profond de ses sentiments, Stan Wawrinka est peut-être parfois agacé de vivre en permanence dans l’ombre de son illustre aîné, considéré à juste titre comme le plus grand joueur de l’histoire. Mais, en  homme intelligent, il mesure aussi les progrès qu’il a accomplis grâce à ce phénomène de mimétisme qui l’a poussé à reculer ses propres limites pour égaler le maître. Surtout, il sait que jamais il n’aurait inscrit son nom sur le saladier d’argent, aux côtés des plus grandes légendes de ce sport, sans l’apport de Federer.

Autre couple aperçu dans les mêmes travées du stade Pierre Mauroy, Martine Aubry et François Hollande. Le président de la République, un brin taquin, se fendit d’un « Il faut jouer collectif. Nous formons une équipe de double » qui se voulait dans le ton de ce week-end sportif. Mais le trait d’humour tomba à plat. Conspué par les badauds dans le Vieux Lille, malmené par Valérie Trierweiler à Londres, le chef de l’Etat traverse plutôt un grand moment de solitude. Quant à la maire de Lille, elle passa plus de temps à pianoter sur son mobile qu’à suivre les échanges sur le court. La défaite annoncée de la France n’était pas de nature à lui rendre le sourire moins crispé.

Enfin, à Bordeaux, ce fut le tandem improbable Nicolas Sarkozy – Alain Juppé qui se mit en scène, le dernier nommé servant de punching-ball aux partisans de l’ancien président, dans sa propre ville. Image insolite que d’observer ces militants de l’UMP huer l’un des leaders du parti, sous le regard mi-goguenard, mi-absent  de son partenaire d’un jour. Décidément, la politique inspire moins d’élégance que le sport et l’on y pratique plutôt le double jeu que le jeu en doubles.

On gardera donc de ces trois jours, exclusivement le souvenir de deux athlètes tendus vers un seul et même objectif, celui de planter le drapeau national sur le toit du stade Mauroy. Et rivalisant d’humilité à l’heure des récompenses pour s’effacer et placer l’autre sous l’œil des caméras. La leçon ne fut pas que tennistique.

 

André Soleau

Par SOLEAU
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Lundi 17 novembre 2014 1 17 /11 /Nov /2014 18:37

Ils habitaient à 5 860 kilomètres de distance et rien ne les prédisposait à se rencontrer.

Peter avait 26 ans. Il habitait Philadelphie et avait étudié à l’université Butler avant de se rendre au Liban en 2012, comme volontaire médical pour venir en aide à des réfugiés syriens. Cet ancien ranger, qui avait servi brièvement en Irak,  avait trouvé sa vocation loin de son pays : « J’ai vécu une vie égoïste. J’ai fui jusqu’à je ne puisse plus fuir. Je ne sais pas grand-chose, chaque jour où je suis ici, j’ai de plus en plus de questions et de moins en moins de réponses, mais ce que je sais c’est que j’ai une chance de faire quelque chose, de prendre position. Pour faire la différence. » Il avait créé une association qui formait des civils aux soins médicaux et livrait de la nourriture, des vêtements et des médicaments. Bref, un garçon de son époque, un peu paumé dans un monde trop complexe pour les jeunes porteurs d’une fragilité et qui s’était réfugié dans l’humanitaire pour donner du sens à sa vie.

Maxime a 22 ans. Originaire de Bosc-Roger-en-Roumois, une petite commune  proche de Rouen, il a reçu une éducation traditionnelle dans une famille chrétienne. Ses voisins le décrivent comme un bon gars qui aimait faire la fête. Sa nourrice en dresse un portrait plein de tendresse. Lui-aussi cherchait sa voie mais il n’avait jamais attiré l’attention des autorités. Son casier judiciaire était vierge. Il s’est transformé via Internet, semble-t-il. Il a arrêté ses cours, s’est converti à l’Islam, a transité en Mauritanie avant de rejoindre la Syrie. Il a rejoint les combattants de l’Etat Islamique sous le nom de guerre d’Abu Abdallah Al Faransi.

Peter Kassig l’Américain, converti également à l’Islam sous le nom d’Abdul-Rahman, et Maxime Hauchard le Français auraient pu être amis. Peut-être que dans une autre vie, ils auraient pu combattre côte à côte sur une plage de Normandie. Leur cheminement spirituel aussi, aurait pu les rapprocher. Hélas, il n’en a rien été. Peter est mort supplicié. On l’a égorgé comme un animal et on a brandi sa tête au nom d’une religion dévoyée. Maxime, lui, faisait partie des bourreaux.

A Philadelphie, les parents Kassig sont anéantis. Ils ne peuvent pas comprendre que leur fils ait été victime de son « amour pour le peuple syrien et de son désir d’alléger ses souffrances. » A Bosc-Roger-en-Roumois, les parents Hauchard ont quitté leur maison la nuit, après avoir reconnu leur enfant parmi les Djihadistes. Ils ont abandonné leur pavillon et les souvenirs d’une famille longtemps heureuse.

L’heure est aux questions mais elles sont insolubles. Comment cette jeunesse prometteuse  peut-elle se retrouver armée d’un couteau ensanglanté et plongée dans l’obscurantisme absolu ?  Nos gouvernants seraient bien inspirés de se pencher avec plus d’obstination sur ces dérives à tendance suicidaire. Leurs sempiternelles querelles de cour de récréation nous semblent en tout cas bien puériles face à cette tragédie.

André Soleau

Par SOLEAU
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Dimanche 9 novembre 2014 7 09 /11 /Nov /2014 10:50

    Si l’on devait illustrer la mondialisation par une simple image, il suffirait d’imaginer une course d’obstacles où les engagés, sur la ligne de départ, n’obéiraient pas aux mêmes règles. Le concurrent chinois, par exemple, aurait chaussé des bottes de sept lieues alors que notre petit Français porterait des semelles de plomb. Le résultat serait évidemment écrit  à l’avance.


La réalité n’est pas très éloignée de la fiction. Prenons l’exemple de Shanghai, la mégapole champignon qui inaugure chaque jour un immeuble de plus de 100 mètres de hauteur. Lorsque les autorités décidèrent d’en faire le plus grand port du monde, pour le trafic de marchandises, capable de supplanter Singapour, Rotterdam et Hong Kong, la ville n’apparaissait pas dans les vingt premières du hit-parade. Elle était notamment handicapée par la faible hauteur des tirants d’eau qui interdisait l’accès aux gros navires. Qu’à cela ne tienne ! Les ingénieurs jetèrent leur dévolu sur l’ile proche de Yangshan et se lancèrent dans un double projet pharaonique, celui de construire ce port du 21ème siècle en lieu et place d’un village de pêcheurs et de lui adjoindre le pont de Donghai, long de 32,5 km, destiné à relier l’ile à la ville.


Au bout du compte, un gigantesque terminal à conteneurs muni d’une dizaine de kilomètres de quais  permet aujourd’hui d’accueillir les plus imposants tankers en eau profonde. Le pont, merveille architecturale équipée de 670 séries de piliers, dont certains à 100 m de profondeur, compte 26 km en continu au-dessus de la mer. Large de plus de 30 m,  il propose six voies de circulation. Entre la prise de décision et l’inauguration de l’ensemble, il s’est écoulé un peu plus de cinq années. La réalisation du pont devait à elle-seule durer sept ans. Il en a fallu à peine la moitié. Shanghai est désormais numéro un mondial, loin devant ses rivaux.


Passons maintenant à la France. Inutile de revenir sur l’affligeant dossier de l’écotaxe qui va coûter au bas mot un milliard d’euros aux contribuables, pour du vent. Il y a plus récent et aussi grotesque avec ce barrage de Sivens qui est né dans le crâne des politiques du secteur, il y a un quart de siècle. La première étude remonte en effet à 1989. Elle est complétée par un plan de gestion des étiages en  2003, une relecture en 2005, une enquête publique ponctuée d’un avis favorable en 2012 et un vote quasi unanime du conseil général (43 voix pour, deux abstentions, une voix contre) en 2013. Le barrage est déclaré d’intérêt général par la préfecture du Tarn.


On connait la suite. Le site est occupé par les militants la même année. Les leaders politiques nationaux s’en mêlent, les forces de l’ordre débarquent, un engrenage fatal  jusqu’à  la mort de Rémi Fraisse. Le projet est gelé par la ministre de l’écologie, Ségolène Royal. On apprend que, de toute manière,  il est mal ficelé et ne correspond plus aux besoins actuels. Forcément, en vingt-cinq ans, il en passe de l’eau sous les ponts !


Ce projet était microscopique, comparé à Shanghai. Haut de 12,8 m, long de 315 m, le barrage devait créer un lac de 1,5 km de long pour 42 ha de surface. Cette réserve d’eau, destinée à l’agriculture et à l’irrigation des terres de quelques dizaines d’exploitations, avait un impact sur  82 espèces animales protégées et 343 espèces végétales. De réunions en études, d’enquêtes en contre-enquêtes, de rapports en délibérations, d’autorisations en amendements, nous en sommes arrivés à cette conclusion funeste : il est urgent d’attendre. Manuel Valls préconise de redimensionner le projet pour tenir compte des avis des derniers experts et Ségolène conseille de « trouver une solution qui justifie l’engagement des fonds publics et européens sur de tels ouvrages. »

Rassurez-vous, les agriculteurs du coin n’ont pas attendu la fin du feuilleton administrativo-politico-écolo-judiciaire pour changer leur fusil d’épaule. Ils ont favorisé la culture du tournesol à la place du maïs, plus gourmand en eau.


La Chine n’est pas forcément un exemple à suivre. Les 6000 ouvriers, ingénieurs, techniciens qui ont été embauchés au port de Shanghai travaillaient 12 heures par jour, dans des conditions précaires. Ils vivaient continuellement sur le pont, à 20 m au-dessus de la mer, dans un espace vital de 3,5 m² chacun, le tout pour un salaire de 110 euros par mois. Mais entre cet esclavagisme des temps modernes et notre univers kafkaïen, il y a peut-être une voie médiane à trouver, celle qui permettrait à la France de s’extirper du bourbier pour chausser des pointes et courir plus vite.

André Soleau

 

 

Par SOLEAU
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Lundi 3 novembre 2014 1 03 /11 /Nov /2014 10:56

 

Malgré l’apparente sérénité affichée par les autorités concernées, qu’il s’agisse du gouvernement, du commissariat à l’énergie atomique, d’EDF, de l’armée ou de la Gendarmerie, le survol de nos centrales nucléaires par de mystérieux drones pose question.

Songez que plus d’une dizaine de sites sensibles ont été ainsi pris pour cible par ces engins non identifiés, depuis le 5 octobre dernier. De Gravelines à Pierrelatte ou Blayais en passant par Chooz, Fessenheim, Creys-Malville…les opérateurs ont pu exercer leurs activités en toute impunité. Pire, près d’un mois plus tard, on se perd toujours en conjectures sur l’identité du ou des auteurs des faits, sur l’objectif recherché et sur la nature même de cette nouvelle forme d’espionnage. Il s’agit pourtant d’édifices sanctuarisés, les mieux protégés du pays en cas d’attaque terroriste, selon les rapports officiels.

Le plus étonnant et peut-être le plus inquiétant,  c’est que personne n’a revendiqué ce pied-de-nez à notre sécurité du territoire. Greenpeace a formellement démenti toute implication alors que l’organisation rebondit sur le moindre fait susceptible de lui octroyer un peu de publicité. Même constat chez les associations hostiles au nucléaire, toutes plongées dans un silence embarrassé. Quelques petits plaisantins qui occupent leur temps libre ? La coordination du dispositif plaide plus pour un réseau structuré que pour une poignée d’amateurs passionnés. Une opération de communication, comme le suggèrent certaines sources militaires ? Les risques judiciaires encourus et l’effet désastreux, en termes d’image, pour ces disciples  de Barnum d’un nouveau genre, laissent sceptiques.

Alors ? C’est précisément là où le bât blesse. On n’en sait rien. La seule certitude, c’est que ces engins de faible capacité ne peuvent pas transporter des charges explosives susceptibles de causer des dégâts significatifs à l’intérieur des centrales. Les spécialistes vous le jurent sur le cœur. Mais quid d’actions de repérages destinées à préparer des actions de plus grande envergure ? N’oublions pas que le 26 février 1993, une voiture piégée explosait dans les parkings souterrains de la Tour 1 du World Trade Center, tuant six personnes et en blessant plus d’un millier. Le but des malfaiteurs, affiliés à Al-Qaida, était de faire basculer la Tour nord sur la Tour sud. L’échec relatif de ce complot n’empêcha pas, huit ans plus tard, une récidive autrement plus sophistiquée et plus tragique.

EDF balaierait certainement ces arguments d’un revers de la main. Ce qui ne l’a pas empêché de porter plainte, tout comme le commissariat à l’énergie atomique (CEA). Quant au ministère de l’Intérieur, il a donné instruction de neutraliser les drones, c’est-à-dire de les abattre. Sans résultat, pour le moment. Et c’est bien cette incapacité à maitriser les événements qui, au-delà d’une menace aujourd’hui non avérée, interpelle le citoyen lambda.

André Soleau

Par SOLEAU
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Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 18:20

    La question de savoir si le Parti socialiste doit changer de nom ne paraît pas primordiale, aujourd’hui, même pour les militants. Le problème tient plus aux différentes composantes qui forment un assemblage devenu, au fil du temps, hétéroclite. Quel est par exemple le point  commun entre Manuel Valls et Gérard Filoche ? Le premier a répété  à l’envi qu’il aimait l’entreprise devant un parterre de patrons ravis ; le deuxième, membre du bureau directeur du PS, a commenté la mort du président de Total, Christophe de Margerie, par un tweet ravageur, évoquant un « suceur de sang », là où les hommages étaient pourtant unanimes. Même constat avec Martine Aubry, qui a pris le leadership des frondeurs, en prônant une politique sociale source de croissance, et Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’économie, plutôt proche des idées libérales et qui n’hésite pas à remettre en cause certains dogmes de gauche comme l’assurance chômage.

On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Certains argueront que le parti de la Rose a toujours enfanté des enfants turbulents, que François Mitterrand lui-même avait dû composer en permanence avec des sensibilités aussi contrastées que Laurent Fabius, Lionel Jospin, Pierre Mauroy, Michel Rocard ou Dominique Strauss-Kahn. Mais peut-on comparer les années 80 et la période actuelle ?

La crise que traverse la France aujourd’hui n’a rien de comparable avec le double mandat de Mitterrand. Elle est économique bien sûr, mais aussi sociale, générationnelle, morale. Tout le pays doute et verse dans un catastrophisme peu favorable à un retour de la croissance, devenu l’Arlésienne du quinquennat.  Il faudrait un homme fort pour rassembler toutes les énergies et redresser la situation. François Mitterrand était de cette race-là et sa légendaire habileté a tué dans l’œuf toutes les  velléités contestataires à l’exemple de Rocard, envoyé dans un placard pour avoir osé défier l’autorité du chef. François Hollande, à l’inverse, est une nature molle, qui fuit le conflit pour se réfugier dans l’indécision et l’attente.

Résultat, la colère monte. Elle gronde dans les rangs du parti car les échecs électoraux, récents et à venir, provoquent une panique parmi les élus de terrain qui risquent de perdre leur siège, à plus ou moins long terme. Elle gronde au sein même du gouvernement et jamais des ministres à peine libérés de leur charge, comme Montebourg, Filippetti  ou Duflot, n’avaient été aussi loin dans la critique de la présidence de la République. Elle gronde enfin dans la rue où chaque mesure impopulaire se traduit par des violences, à l’image des bonnets rouges  de l’écotaxe ou, dernièrement, du barrage  de Sivens.

François Hollande n’est pas au rendez-vous que lui avaient donné les électeurs en 2012. Conséquence, tout le monde le lâche par instinct de survie. Le prochain en date pourrait bien être Manuel Valls qui a beaucoup à perdre avec le cadeau empoisonné de Matignon. Et s’il appelle à changer le nom du Parti socialiste, c’est que la bannière est devenue encombrante. Il est à la recherche de nouveaux amis.

 

André Soleau

Par SOLEAU
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Dimanche 19 octobre 2014 7 19 /10 /Oct /2014 11:56

On peut piétiner par manque d’expérience, chercher sa voie au début d’un grand chantier de rénovation exigeant la remise en cause de certains fondamentaux du passé. Puis,  cette période d’adaptation écoulée, vient le temps de fixer la feuille de route dans le marbre et de ne plus y  déroger, sinon par petites touches d’ajustements. Le travail en profondeur peut alors commencer, tous les acteurs du projet étant portés par le même souffle.

Le problème, avec le quinquennat, c’est que le temps passe vite. Nous en sommes déjà à mi-parcours du mandat de François Hollande et l’on attend toujours la mise en ordre des équipes vers l’objectif assigné, figurant au catalogue des réformes indispensables à la survie de notre système social et économique. La pression de l’Europe pour contenir nos déficits publics, les tensions internationales et la crise financière à rallonges sont d’autres facteurs qui militent pourtant pour un rythme soutenu et le respect des échéances d’un calendrier très serré.

Or, les deux ans et demi qui viennent de s’écouler n’ont pas permis de sortir de l’apprentissage. Les architectes choisis par les gouvernements Ayrault, Valls 1 et Valls 2 ont étudié les plans, se sont gratté la tête sans savoir par quel bout commencer. Ils ont bien avancé quelques pions mais  les ont reculés au premier coup de vent, comme s’ils ne croyaient pas eux-mêmes à leurs idées.

Prenons la dernière quinzaine passée. Sur la forme d’abord avec les déclarations intempestives de Ségolène Royal sur la gratuité des autoroutes le week-end, contre l’avis du Premier ministre, les doutes sur la fermeture de la centrale de Fessenheim, l’une des  annonces phare de la campagne de François Hollande, ou encore la contradiction portée directement sur le bureau d’Emmanuel Macron, avec l’assurance chômage, un « acquis social » indéboulonnable.  Notez bien que le Président de la République n’est pas en reste, lui qui a annoncé la  libération des otages de Boko Haram au siège de l’OCDE, à Paris, sans prendre la peine de vérifier ses sources.

Le fond n’est guère plus affriolant. La suppression de la bourse au mérite, décidée brutalement dans une circulaire publiée par le ministère de l’Education  nationale et de l’Enseignement supérieur, est rejetée par le Conseil d’Etat pour un « doute sérieux sur la légalité de cette note ». Les transporteurs, eux, n’ont eu besoin de personne pour avoir la peau de l’écotaxe. Il leur a suffi de brandir la menace d’un blocage des routes pour  enterrer définitivement le projet. Quant à l’assurance chômage et la modulation des allocations familiales, entre les injonctions des uns, les démentis des autres et les atermoiements du chef de l’Etat, la France baigne dans un épais brouillard qui risque de s’épaissir d’ici 2017.

Pour un chercheur distingué par un prix Nobel en Economie, combien de milliers ont défilé dans les rues depuis trois semaines afin de contester la précarité de l’emploi, l’explosion du chômage et l’asséchement des crédits aux universités, centres de recherches et laboratoires ? Combien de jeunes talents ont quitté la France pour enrichir d’autres pays de leur savoir ? Ils sont deux millions à vivre à l’étranger, trois cents mille uniquement à Londres. Et, pendant ce temps, on cherche un point de chute pour un élu battu, on nomme un préfet ami via des circuits tortueux, on recycle dans l’anonymat des commissions européennes, le président se gave de week-ends culturels et Manuel Valls torche le cul des vaches. Sans doute pour sonder l’âme des citoyens-électeurs. Ou trouver du gaz de schiste.

André Soleau

Par SOLEAU
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Dimanche 12 octobre 2014 7 12 /10 /Oct /2014 10:28

    Ce fan de tennis, grand admirateur de Fédérer, avait mis tous les atouts de son côté pour assister à la finale de la Coupe Davis qui opposera, au stade Mauroy à Lille, la Suisse et la France, les 21,22 et 23 novembre.

La FFT (Fédération française de Tennis) mettait en vente, en avant-première vendredi, 33 000 places sur les 81 000 proposées pour les trois jours de compétition. Seuls les clubs et les licenciés pouvaient réserver sur son site. Le grand public ne sera concerné que le vendredi 17 octobre.

Notre ami avait donc mis en place, de bon matin, une stratégie adaptée à cet évènement hors-normes. Qu’on en juge plutôt :

  • un joueur licencié à Lille, entouré de quatre équipiers, pour faire l’assaut du site à partir de 9h50, dix minutes donc avant le coup d’envoi du rush.

  • Deux joueurs licenciés à Paris pour être au plus près des décideurs.

  • Des demandes précises auprès de deux clubs de la région qui avaient obtenu la garantie d’une dotation.

  • Un contact direct à la Fédération.

  • Un autre contact au Losc, locataire du stade, assuré également d’avoir un quota de places satisfaisant.

Le résultat s’est révélé désastreux. Les cinq Lillois du premier groupe ont tenté toute la journée d’accrocher le précieux sésame, sur le site. Ce n’est qu’à 17 h qu’ils ont pu y avoir accès. Pour apprendre qu’il n’y avait plus aucune place de libre. Tout avait  été vendu ! Circulez, il n’y a plus rien à voir. Même constat d’échec à Paris. Les clics sont restés désespérément muets.

Et pour le reste, le fiasco total : le contact de la Fédération avait reçu la consigne stricte de ne rien vendre en direct ; les clubs de la région avaient dû procéder à un tirage au sort interne tant leur dotation était dérisoire et le Losc n’avait pas pu disposer de la sienne, pour d’obscures raisons.

Dans le même temps, certains petits malins plus chanceux ( ?) présentaient déjà des packages sur eBay, à un tarif évidemment multiplié par quatre.

Une rapide enquête auprès d’autres clients potentiels a permis de constater qu’aucun d’entre eux n’avait pu décrocher le gros lot. Impossibilité de se connecter, bug informatique au moment de conclure la transaction…Bref, une journée noire pour tous ces passionnés.

Qui a pu bénéficier des précieux billets ? Mystère. Toujours est-il que les élus de Lille-Métropole qui ont voté une subvention de 500.000 euros à la Fédération pour accueillir cette finale auraient pu se pencher d’un peu plus près sur le sort réservé à leurs « administrés-contribuables ». Ceux-ci devront se résoudre à suivre les matches à la télé. A moins qu’ils ne veuillent renouveler l’expérience, vendredi, pour la « journée ouverte à tous ». Heu !...ça, c’est moins sûr.

André Soleau

Par SOLEAU
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Samedi 4 octobre 2014 6 04 /10 /Oct /2014 12:45

    Il s’est passé un évènement surprenant au cours de l’émission « Des paroles et des actes » sur France 2, l’autre soir. En apprenant, au final, que 61% des Français estimait qu’il ferait un bon président de la République, l’invité de Pujadas, Alain Juppé, ne put réprimer son émotion. Gorge nouée, yeux embués, ce vieux routier de la politique, réputé pour son flegme voire sa froideur (dixit Bernadette Chirac), était sur le point de craquer.

On peut comprendre. L’homme, annoncé comme le plus prometteur des jeunes loups du RPR au début de sa carrière, a connu une traversée du désert particulièrement éprouvante. Chahuté comme Premier ministre sous l’ère chiraquienne, débarqué de Matignon après la dissolution de l’Assemblée en 1997, condamné à dix-huit mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, il s’est exilé à Montréal pour enseigner à l’école d’Administration du Québec.

A l’époque, personne n’aurait parié un euro sur son retour.  Il n’avait jamais su maîtriser sa communication télévisée. Son expression, « Je suis droit dans mes bottes », lui collait à la peau comme une tache de naissance.  Il incarnait à lui-seul l’énarque méprisant d’une élite intellectuelle parisienne incapable de toucher du doigt les réalités de la France profonde.

Tout cela appartient au passé. Sa gestion à la tête de la mairie de Bordeaux, saluée par l’ensemble de ses administrés, l’a rapproché des préoccupations quotidiennes de ses compatriotes. A 70 ans, son style relativement austère n’est plus considéré comme de l’arrogance, plutôt de la sagesse, atout majeur dans une période de fortes turbulences face à la fébrilité reconnue de son rival numéro un à l’UMP, Nicolas Sarkozy. Il a même reçu le prix de « humour et politique », cette année, pour sa déclaration : « En politique, on n’est jamais fini. Regardez-moi ! ».

Déjà plébiscité dans les sondages comme la personnalité politique préférée des Français, son trouble devant les caméras de France Télévision, loin d’apparaître comme une faiblesse pour un candidat à la fonction suprême, va  au contraire conforter son image de recours. Pour la bonne raison que le pays a besoin d’apaisement, après les grands débats de société qui l’ont divisé en deux camps irréductibles et au cœur des angoisses économiques et sociales qui pèsent depuis la crise. Les larmes refoulées d’Alain Juppé, c’était un message de sincérité et d’authenticité.

Pour le citoyen lambda, contribuable essoré dès que la campagne électorale est terminée, ce message  tranchait singulièrement avec le comportement surréaliste de ces élus qui exigent toujours plus pour financer des projets démesurés, mégalomaniaques ou même carrément farfelus. Par exemple, la désinvolture affichée par Philippe Marini, récent candidat à la présidence du Sénat, devant les journalistes qui l’interrogeaient sur ses curieuses pratiques en matière de subvention, en disait long sur le sentiment d’impunité nourri par certains de nos édiles. Disposant, comme ses pairs, d’une enveloppe financière dont il peut user à loisir et sans le moindre contrôle, ce maire de Compiègne ( !) a financé, avec l’argent public, la restauration de l’église d’un village de 250 habitants…en Corse. Le délabrement de l’édifice gâchait la vue du château qu’il possède là-bas. Sa réponse ? « Et alors ! Je n’ai pas le droit de regarder l’église qui est à côté et de donner un coup de main au maire ? » Avec de tels arguments, son bien ne risque pas de sauter sur l’île de beauté.

Philippe Marini qui, au passage, a généreusement accordé 50.000 euros pour financer les travaux d’un stade hippique dont l’une des principales utilisatrices, l’association « Compiègne équestre », est présidée par son épouse, n’est pas le seul du genre. La réserve parlementaire du Sénat, nom pompeux pour définir une cagnotte bien commode, s’élève à près de 54 millions d’euros et on y relève de nombreuses anomalies dans les répartitions. Comme cette commune de Jonzac (3500 habitants) qui a reçu la quasi-totalité de la dotation du sénateur Claude Belot, soit une manne de 378.000 euros. Précision utile, Claude Belot est aussi maire de…Jonzac et réfute toute idée de conflit d’intérêt.

Au moment où les Français viennent de recevoir leur surprise fiscale, où le gouvernement racle les fonds de tiroirs des foyers les plus modestes, ces délires donnent aussi envie de pleurer. Mais pas d’émotion.

André Soleau

Pour en savoir plus sur nos chers, très chers sénateurs :

http://www.challenges.fr/economie/20140918.CHA7897/l-indecent-train-de-vie-de-nos-chers-senateurs.html?cm_mmc=EMV-_-CHA-_-20140929_NLCHAACTU10H-_-le-train-de-vie-indecent-de-nos-chers-senateurs#xtor=EPR-14-[Quot10h30]-20140929

 

 

Par SOLEAU
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Vendredi 26 septembre 2014 5 26 /09 /Sep /2014 14:03

    La décapitation de l’otage français Hervé Gourdel a soulevé une vague d’indignation bien légitime dans tout le pays. Cet acte est tellement loin de notre culture et de nos valeurs qu’il nous laisse hébétés.

L’incompréhension se traduit, dans les commentaires de la presse ou de la classe politique, par des mots douloureux, peu usités dans le vocabulaire d’une démocratie : « Barbarie », « Atrocité », « bestialité », «sauvagerie », « horreur »… Quant à nos dirigeants, ils en appellent à l’unité nationale en martelant que la France n’a pas peur et qu’elle ne cédera pas au terrorisme.

L’émotion suscitée par ce crime est, répétons-le, tout à fait naturelle. Mais elle ne doit pas masquer une réalité qui appelle autre chose que de la colère, plutôt des actes réfléchis à partir d’une stratégie parfaitement élaborée et dimensionnée. Cette réalité est que nous sommes en guerre. Peu importe aujourd’hui de savoir si le fait d’être monté, une nouvelle fois, en première ligne aux côtés des Etats-Unis nous a désignés comme cible prioritaire de l’Etat islamique et de ses mouvances obscures. Il est trop tard pour ouvrir ce débat. Peu importe encore le qualificatif donné à notre ennemi invisible, Daech, EI, Organisation de l’Etat islamique ou Groupe Etat islamique. Ces nuances sémantiques, destinées à refuser une quelconque légitimité aux djihadistes, apparaissent dérisoires.

La France est en guerre et cela exige de sortir des postures et de l’amateurisme. François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve se sont relayés au micro pour afficher la détermination totale du peuple. Mais il faudrait quand même penser à le protéger autrement que par ces ahurissants manquements en matière de sécurité. La facilité avec laquelle trois combattants de Syrie sont rentrés au pays, sans être contrôlés, interpelle. Les excuses avancées, une mauvaise communication avec les services turcs et une panne informatique, scandalise.  Il s’agissait d’individus fichés comme dangereux et ils ont emprunté la file des touristes avec la plus parfaite désinvolture.

De même, le fait d’apprendre par le Premier ministre irakien que des attentats dans le métro parisien étaient en préparation, qu’ils ont été déjoués par son pays demande des explications. Visiblement, ni les USA ni nos autorités n’étaient au courant de ce funeste projet. Si la menace est avérée, il faudra réviser sérieusement toute la chaîne d’information.

La mort d’Hervé Gourdel a ouvert un autre chapitre inquiétant. Elle a jeté un éclairage sur le financement de l’Etat islamique qui vend son pétrole de contrebande un peu partout dans le monde, y compris à des Etats membres de l’Union européenne. Ce sont des millions de dollars qui viennent gonfler les ressources financières de ces fous d’Allah, déjà armés par nos marchands de canons. La France n’a peut-être pas peur mais elle n’a certainement pas envie de se sacrifier pour remplir les poches de quelques affairistes.

Là-haut, bien au-dessus de ces guerres larvées du sous-sol,  Hervé Gourdel a rejoint ses chères montagnes. Comme les passagers de l’avion de la Malaysia Airlines, abattu au-dessus de l’Ukraine par un missile sol-air, il ne pouvait pas apercevoir, du haut des cimes, la médiocrité, l’imbécillité des fanatiques nourris de haine. En le décapitant, ceux-ci ont voulu rapetisser les mécréants et les infidèles.

Ils l’ont en définitive grandi, placé au-dessus des nuages, hors d’atteinte de leurs ignominies.

André Soleau

Par SOLEAU
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Mardi 23 septembre 2014 2 23 /09 /Sep /2014 11:57

    Si l’on veut se faire une idée du climat politique de la France à l’époque d’Internet et de la communication 24 h sur 24, il suffit de lorgner vers les deux grands leaders qui ont marqué la décennie. François Hollande, déjà brocardé dans l’affaire Julie Gayet, vient d’être malmené par son ancienne campagne, Valérie Trierweiler, dans un livre assassin devenu un bestseller en quelques jours. Nicolas Sarkozy, son prédécesseur à l’Elysée et candidat au retour, est à peine mieux loti avec la sortie de « Une France sous influence » écrit par Vanessa Ratignier et Pierre Péan. On y apprend que l’émir du Qatar aurait financé le divorce de l’ancien président et de Cécilia, laquelle lui réclamait une belle enveloppe : «  Sarkozy pleurait presque », aurait confié Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani. « Il m’a raconté que sa femme Cécilia lui demandait 3 millions d’euros pour divorcer. C’est moi qui ai payé. »

Ces révélations, l’émir les auraient livrées à Anis Naccache, un personnage sulfureux, ancien militant libanais, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1982 pour avoir tenté d’assassiner l’ancien premier ministre du chah d’Iran, Chapour Bakhtiar. Ce brûlot est bien entendu mis au conditionnel mais l’on peut s’étonner que Pierre Péan, un journaliste expérimenté et enquêteur reconnu par la profession, ait pu donner du crédit à des rumeurs et aux confessions d’un ancien preneur d’otages, complice de Carlos dans sa jeunesse, reconverti en riche homme d’affaires.

Mais ce qui interpelle, c’est le niveau zéro du débat politique d’aujourd’hui à l’heure où la France n’a jamais semblé aussi fragile socialement, économiquement, psychologiquement. La presse à sensations se repaît de ces histoires d’amour qui finissent mal, de ces plongées sordides dans l’intimité de nos gouvernants. Un jeu dangereux lorsqu’on mesure la désespérance de certains de nos compatriotes, frappés par le chômage, la pression fiscale, l’angoisse du lendemain, la montée des communautarismes.

Les deux années qui viennent n’annoncent rien de bon avec l’échéance cruciale de 2017 en point de mire. La majorité n’en finit pas d’éteindre les incendies que ses propres ministres déclenchent avec une inconscience frisant le grotesque. La droite déborde d’un trop-plein de prétendants comme le craignait en son temps Charles de Gaulle. Les extrêmes comptent les points  et attendent leur heure.

Le pays aurait  besoin d’un guide, d’un leader charismatique, d’un rassembleur pour se remettre dans le sens de la confiance, du développement et de la croissance. Elle n’a que des petites gens ordinaires, sans panache, belliqueux, trop « normaux » pour être crédibles.

Les Français, au-delà de la sinistrose du quotidien, guettent toujours cet homme providentiel capable de transcender tous les courants. La preuve en est qu’ils étaient plus de huit millions, devant leur écran, pour l’officialisation du retour sur scène de Nicolas Sarkozy, contre un peu plus d’un million pour la conférence de presse du président de la République. Mais l’ex peut-il enfiler un costume neuf après son mea-culpa médiatique ? Il nous a plutôt fait penser à ces bons vieux westerns où la fine gâchette laisse volontiers son ceinturon aux vestiaires du saloon, non sans avoir pris soin de cacher un colt sous une table. Toujours prêt à dégainer à la première provocation, Sarkozy a plus le tempérament d’un justicier solitaire que d’une figure œcuménique. Pas vraiment le profil recherché pour une France en quête d’apaisement.

André Soleau

 

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Par SOLEAU
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martine aubry

 

 

 La haine et le journaliste

 

 

"Je sais bien que vous aimez bien toujours créer des haines." Je sursaute. Je ne veux pas croire ce que j'entends à la radio. Mais qui peut bien dire cela ? Pas le temps de vérifier. Le flot de défiance s'amplifie, jusqu'à la nausée : "Moi, je ne hais pas, parce que quand on hait ou quand on n'aime pas quelqu'un, on se rend malade soi-même… "

 

Trois fois le mot "haine", et son verbe "haïr", dans la même intervention.

Je  veux valider l'information, je cherche sur mon smartphone, et je trouve la référence*.  Libération, BFMTV, La Libre Belgique, et jusqu'à l'AFP… C'est bien le verbatim. J'observe le contexte. Un bon soleil d'automne, une foule tranquille, des allées serrées, des odeurs de cannelle et de vin chaud, une multitude de petits objets colorés dans des chalets d'hiver. Tout ici évoque Noël, jour de paix s'il en est, un mois à l'avance. Pas vraiment le lieu pour jeter l'anathème, et susciter le rejet ou le dégoût.

 

Alors qui a dit cela ? Disons-le clairement : c'est une autorité, une personnalité dont les mots portent parce qu'elle a une histoire et un avenir, dans son parti, dans sa ville, dans sa région, son pays et pourquoi pas en Europe. Je découvre, stupéfait, le visage de Martine Aubry, sur la place Rihour. Elle joint le geste à la parole. La tête qui se détourne, et le regard soudain jeté, mêlé d'ironie et de profonde dureté, à l'encontre de son interlocuteur : un journaliste, qui essuie les rires cassants du public.

 

Je frémis. Je me souviens des mots de Patrick Kanner, l'ancien président du Conseil Général du Nord, aujourd'hui Ministre de la Ville. Nous étions en juillet, sur les terres de Bouvines. Nous célébrions la paix, dans un moment chargé d'histoire.  "Aujourd'hui,  m'avait-il confié en faisant état de son expérience sociale et politique, j'ai peur de la haine !"  

 

Il est facile de jeter les corporations les unes contre les autres. Il est beaucoup plus difficile de convaincre ses interlocuteurs, de les rassembler, de les mobiliser dans un élan de paix. On devrait toujours choisir ses mots, et éviter celui de "haine", quelle que soit la circonstance.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) www.bfmtv.com/politique/aubry-joue-en-double-avec-hollande-meme-s-il-y-a-des-desaccords-848165.html)

 Route du rhum

 

 

On l'avait appelé Jason. Personne ne connaissait son vrai nom. On l'avait ramassé, comme des milliers d'autres sur la côte africaine, on l'avait mis en cale, enchaîné à un misérable compagnon, balloté sur les mers. Et pendant qu'en France, la toute jeune Assemblée Nationale adoptait la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, on l'avait débarqué… à Pointe-à-Pitre. Il est descendu du bateau, hagard, couvert de vermine et affamé. Le "Saint-Esprit" était un des navires négriers de l'armateur Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, qui avait fait les grandes heures de Saint-Malo. Il fallait bien compter deux mois de navigation, à l'époque, pour traverser l'Atlantique. Il n'y avait pas de satellite, pas de station météo, pas de liaisons numériques. Mais déjà, on faisait des affaires à l'autre bout de la terre. Le rhum faisait florès dans les cours européennes. Et déjà, on le voyait bien, les hommes étaient capables du meilleur comme du pire, dans leur entreprise pour dominer le monde !

Aujourd'hui, nous revenons sur la Route du Rhum. Par skippers interposés. Les "chevaux de feu" qui survolent les flots, immenses trimarans ou monocoques élancés, n'ont plus rien à voir avec les massives frégates du XVII° et du XVIII° siècle. Mais la passion est la même, qui pousse les navigateurs à traverser l'immensité. En 1978, pour la première édition, on a perdu Alain Colas et son "Manureva" au large des Açores. Le vainqueur, Mike Birch (Canada), et son challenger, Michel Malinovsky (France) ont mis plus de 23 jours pour  rallier Pointe-à-Pitre. D'autres grands noms ont suivi  : Marc Pajot, Philippe Poupon, Florence Arthaud, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyaux. Jusqu'au jour où Lionel Lemonchois, sur "Gitana 11"  (2006), a posé  le record de l'épreuve  en… 7 jours et 17 heures !

Le monde est ainsi fait. Nos progrès dépassent l'entendement. En 1789, nous avons tout repensé en France. Imaginé, conçu et organisé la démocratie. La Révolution Française est devenue une référence. Mais pendant ce temps-là, les maîtres de l'esclavage menaient grand train. En 2014, le navigateur Loïck Peyron caracole sur le "Banque Populaire", au cœur de l'Atlantique. Il est à deux doigts de battre le record de Lionel Lemonchois.  Mais, pendant ce temps-là, que devient la planète ? Elle fait face à un "mur". Démographie, politique, économie, social, énergies, écologie, santé, culture et religions : nous ne maîtrisons rien. Tout peut survenir. Dans trois jours, Loïck Peyron touchera au but. Nous en serons, nous, toujours au même point. Sans diagnostic construit, sans réel projet de gouvernance planétaire, sans autre perspective que les fermetures de frontières annoncées par les extrêmes. Dans la hantise des luttes fratricides entre nations, hémisphères et continents.

 

Etienne Desfontaines

 

www.routedurhum.com

 

(onglet Cartographie/ultimes)

 

 

Alsace:  

La mort dans l'âme

 

Elle est spectrale et implacable. La "Mort" de l'horloge astronomique de Strasbourg, un fémur à la main, sonne toutes les heures. Elle mène les hommes, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, au bout de leur destin. Le touriste ne peut pas l'éviter. L'Alsace, elle, ne l'entend plus… Elle est restée bloquée au jour de sa libération, le jeudi 23 novembre 1944.

 

 

Ce jour-là, la 2ème D.B. fait une avance fulgurante. Le serment de Koufra est tenu. Les trois couleurs flottent sur la cathédrale. Le Général Leclercq écrit au Général Eisenhower : "Strasbourg constitue un symbole de la résistance et de la grandeur de la France… La libération de cette ville a été le signe définitif de la résurrection nationale française…"  En deux lignes, il grave dans le marbre le destin de l'Alsace. Elle est française. Jusqu'au bout des doigts. Jusqu'au fond de l'âme. La moindre petite ville arbore ici la statue d'un maire, d'un évêque ou d'un simple citoyen, qui a refusé l'occupation allemande. Les  gravures naïves de Jean-Jacques Waltz, alias l'Oncle Hansi, envahissent les rues et les intérieurs. La gastronomie et la production vinicole l'emportent, dans le regard du visiteur, sur la recherche, la production industrielle et la modernisation du territoire.

 

Une analyse politique confirme le fait. L'Alsace se rétracte. Elle se dresse sur son histoire, mais elle s'enferme dans son rêve. Une Région aujourd'hui n'existe plus seulement au niveau de l'hexagone, elle doit être repérable dans le monde entier. Et que fait l'Alsace, qui est la plus petite région de France : elle délaisse les urnes en avril 2013 ! Du coup, le "non" l'emporte au référendum qui devait réunir ses assemblées régionale et départementales. Qui plus est, c'est l'Etat aujourd'hui qui lui impose une fusion d'une autre dimension, avec la Lorraine et la Champagne ! Et elle bat le pavé : 6500 personnes selon la police, 30 000 selon les organisateurs (UMP et chambres consulaires), dans les rues de Strasbourg, samedi dernier, pour dénoncer le projet. Pendant qu'on appose sur les panneaux des communes, Strasbourg et Mulhouse en tête,  un lancinant ruban noir en signe de deuil pour la "mort [annoncée] de l'Alsace" - 1,8 millions d'âmes – dans un ensemble de 5,5 millions d'habitants !

 

Il y a pire. Le quartier européen, la porte ouverte de Strasbourg sur le monde, s'avère exigu. C'est pourtant bien là qu'on a implanté, symboliquement, le siège officiel du Parlement Européen. Mais les députés n'y viennent qu'une fois par mois. Tout le reste, les commissions, les plénières additionnelles, et surtout l'exécutif : la Commission Européenne, le Conseil Européen, sans oublier le Comité des Régions, sont basés à Bruxelles. Dans le langage commun, d'ailleurs, on ne s'y trompe pas. Ce n'est pas "Strasbourg" qui décide, c'est "Bruxelles". C'est un signe. Un immense "coup de fémur" sur la cloche de l'horloge astronomique et sur la tête des Alsaciens. Nous avons doublé le cap de l'an 2000, l'Alsace doit se réveiller. Ne rien oublier, mais tout réinventer. Pour se donner un avenir.  

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Espérance  

 

Et si c'était vrai… A en croire les catholiques et l'Evangile, la résurrection est au bout du chemin. A en croire les musulmans et le Coran (23:99-104), " ceux dont (les bonnes actions) pèseront lourd dans la balance seront les bienheureux.  Et ceux dont (les bonnes actions) pèseront peu seront ceux qui auront ruiné leur âme."  A en croire les juifs et la Torah, l'essence divine que nous désignons comme notre âme, est éternelle, il ne peut pas en être autrement.  En réalité, nous n'en savons rien. Nous ne connaissons pas les tenants et les aboutissants de notre passage sur terre. Nous compensons cette ignorance par une vie spirituelle intense,  comme on le répète volontiers, pour "donner du sens" à la vie.

 

 

 

 

Mais qui détient la vérité ? Le Christ sur sa croix ? Les catholiques, les protestants ou les orthodoxes ? Le prophète Mahomet, qui rapporte les propos d'Allah ? Les sunnites ou les chiites ? Moïse, qui descend du Mont Sinaï, avec les Tables de la Loi sur les bras ? Les ashkénazes ou les séfarades ? Y-a-t-il seulement "une" vérité ? Que faut-il penser de tous les autres dieux, des croyances hindoues, africaines, sud-américaines ? De la sagesse bouddhiste ?

 

 

 

Dans l'ignorance où nous nous trouvons,  c'est parole contre parole. Conviction contre conviction. Croyance contre croyance. Et c'est un fait acquis depuis l'origine des temps, les humains qui ont cette capacité exceptionnelle de penser l'origine du monde et son destin, se sont battus, étripés, exterminés, sur le sujet de la divinité et de l'éternité. Sans jamais trouver la paix. Sans jamais pénétrer vraiment, le mystère de la vie et de la mort.

 

 

 

Alors à quoi bon recommencer ? A quoi bon remettre l'ouvrage sur le métier ? A quoi bon sortir les couteaux et les mitraillettes pour imposer la "charia" ? A quoi bon relancer l'évangélisation ? Brandir la Torah en Israël ? Notre condition, notre histoire commune, le souvenir des massacres à caractère religieux, devraient nous amener à faire preuve d'une très grande humilité. Chacun peut croire ce qu'il veut, chacun peut adopter la conduite spirituelle qui lui convient, pour répondre à ses besoins fondamentaux : personne ne détient la vérité.

 

 

 

Tel est le mur qu'il faut opposer aujourd'hui aux "fous d'Allah" du Moyen-Orient. Tel est le prêche que tous les curés, tous les imams et tous les rabbins du monde, devraient donner à leurs ouailles. Nous ne savons pas d'où nous venons, nous ne savons pas où nous allons. L'espérance de vie éternelle a beau prendre mille et une formes, elle n'est qu'une espérance. Telle est la première et la seule  évidence que nous devrions tous porter au pinacle de notre vie spirituelle. Parce qu'elle porte un trésor en elle-même : elle est commune à tous les croyants.

 

 

 

Tel est aussi le chemin parcouru par Jean d'Ormesson, l'académicien préféré des français. A 89 ans, il entonne avec brio, comme toujours, un "chant d'espérance" (Editions Héloïse d'Ormesson – 2014) qui devrait aboutir sur toutes les tables de nuit !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

Chronique du

Maroc 2

 

     

 

Peur rétrospective.

 

Est-il bien raisonnable, comme je viens de le faire, de prendre un vol sec pour Marrakech, de louer une voiture et d'arpenter le Maroc dans ses profondeurs : Atlas, Sud et côte atlantique, en faisant étape dans de simples maisons d'hôtes ? Est-il bien raisonnable d'aller faire des photos dans le djebel, et d'aller prendre un thé à la menthe au fond du premier souk venu ? Il y a trois semaines, la question ne se posait pas vraiment. Aujourd'hui, c'est une hantise. Les réseaux du XXI° siècle ne connaissent pas les frontières. Le "djihadisme" l'a bien compris, qui étend son ostracisme sur  les terreaux fragiles, les communautés rebelles et les populations les plus pauvres. Les Berbères en font partie. Alger n'a jamais vraiment réglé la question kabyle. Rabat n'a jamais réussi à intégrer non plus, sinon par la force, les populations du Haut Atlas. Quelques smartphones et un petit noyau d'illuminés suffisent. Le guide qui vous alpague, bon enfant, à l'entrée d'une medina : "Tu veux voir le souk ?" peut vous emmener en enfer ! Le doute s'insinue. Jusqu'à détruire, comme un cancer, toute possibilité de rencontre et de découverte. On ne peut pas s'empêcher de faire un amalgame. Désastreux.

 

 

 

Indignation

 

Quelques centaines de musulmans manifestent aujourd'hui à l'appel du Conseil Français du Culte Musulman devant la Grande Mosquée de Paris. La rue Georges Desplas peine à faire le plein… L'admonestation du président du CFCM, l'indéboulonnable Dalil Boubakeur : "Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie !" ne porte pas bien loin. Nous devrions être des milliers, des centaines de milliers. Musulmans, juifs, chrétiens, européens, africains et maghrébins. Nous devrions appeler les américains du Nord et du Sud, les chinois, les russes  et les indiens à la rescousse. Nous devrions tous prendre l'avion et investir le Djurdjura ! Former une immense chaîne humaine d'Essaouira à Hammamet, en mémoire d'Hervé Gourdel, pour opposer un front global de paix, d'espoir et d'humanisme, à l'ostracisme et la haine des "djihadistes" !

 

 

 

Nations Unies

 

Vaincre la peur et résister à la haine. Nos parents, nos grands-parents ont appris à le faire. En traversant un rang de la Wehrmacht sur le quai de la gare de Lille, ou en entendant les portières de la Gestapo claquer en bas de leur immeuble… Nous avons changé de siècle. Ce n'est pas la même guerre. Mais les réflexes, les attitudes et les comportements que nous allons devoir adopter, les explications que nous allons devoir donner à nos enfants, sont les mêmes. Il y a aussi une même étape à franchir. L'ONU est devenue aujourd'hui ce qu'était la Société des Nations. Ses résolutions sur la Syrie et l'Irak sont autant de coups d'épées dans l'eau ! L'inertie et l'inefficacité internationales ont fait le lit de l'EI. Il nous faut penser, bâtir et installer une gouvernance planétaire qui ait un réel crédit. Faute de quoi, cette nouvelle guerre est appelée à tourner à la catastrophe !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

 

Chronique du

Maroc

 

Chronique-du-Maroc.jpg 

Le vent souffle sur Essaouira, belle ensorceleuse… La mer crache son écume. Elle attaque la roche, depuis des siècles, sans rien y changer. Derrière les remparts, la foule se presse entre les échoppes, bigarrée, touristes et "souiri" mélangés.

 

Il est grand, il porte le chèche et la djellaba. Nous nous arrêtons, sans savoir pourquoi, devant son étal. Des centaines d'objets en bois de thuya y sont soigneusement rangés : des bougeoirs, des cendriers, des bilboquets, des dromadaires et des statuettes, dont nous n'avons que faire. Il a capté un regard, un premier intérêt. Il nous lance le traditionnel :

 

  • Bonjour, ça va ?

  • Ça va, ça va…

    Quatre syllabes suffisent. Il a repéré notre accent.

 

  • Français ?

    Il ne nous laisse pas le temps de répondre :

  • Ici, c'est moins cher. Soyez la bienvenue, Madame.

    Pourquoi Madame ? Pourquoi pas moi ? Aurait-il le sens du maillon faible ? Pas vraiment. La séduction, toujours. Il a belle allure, un regard de jais. Mais il n'a pas de chance. Nous n'avons vraiment rien à acheter chez lui. Le "plaisir des yeux", simplement. Nous le lui disons, avec le sourire. Et en dépit de son insistance, nous entamons la poursuite de notre chemin.

     

    Nous ne faisons pas deux mètres. Les mots nous tombent dans le dos.

  • La France est un beau pays, Madame !

  • Mais c'est un pays qui s'enfonce !

     

    Je me retourne. Ce n'est pas de la haine. Ce n'est pas non plus de la hargne. C'est du dépit. Il a traversé la ruelle. Il nous désigne du doigt, pour valider son propos, et il se rassoit. De nouveau dans l'attente. D'un regard, d'une vente peut-être. "Mektoub", dit-on ici. Tout est écrit. Le destin l'emporte sur la volonté. La France reste un eldorado. Mais c'est fini, elle ne tient plus ses promesses. Il n'y aura bientôt plus qu'une élite, qui passera la Méditerranée. Dont la plus belle image est notre nouvelle ministre de l'éducation, Najat Vallaud-Belkacem.

     

    Pour tous les autres, pour tous ceux qui ne répondent pas aux critères des universités marocaines en lien avec les grandes écoles françaises, l'immigration est devenue un parcours du combattant. Et ils sont légion. "32% des enfants, seulement, sont scolarisés dans le rural" dit le journal Le Matin, qui met la rentrée scolaire à la une. "21,9%  chez les filles". Et le taux d'achèvement des trois cycles ne dépasse pas la moitié des enfants scolarisés.  L'ONU** parle d'une "faible espérance de vie scolaire".

     

    Pendant ce temps-là, pendant que l'éducation et la culture perdent du terrain, les smartphones, les tablettes, les écrans plats et les paraboles pullulent dans les foyers et sur les terrasses, suscitant l'envie, le besoin, l'exigence de la vie facile. Et le dépit. Sinon la haine, au cœur de la désespérance.

     

    Etienne Desfontaines

    www.mogador-essaouira.com

    www.un.org.ma

 

 

Le trottoir

d'à côté

     

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté…" La rengaine d'Alain Souchon (1976) fait partie de celles qu'on traîne toute la journée, quand on l'attrape le matin sous la douche ! Et elle insiste : "tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça…" On savait que la rentrée serait difficile pour François Hollande. On a le choix : elle est "pathétique" pour les uns, "tragique" pour les autres. Mais le résultat est le même. La seule question qui taraude les français, aujourd'hui, est la suivante : "comment fait-il pour tenir ?"

Pas la peine d'énumérer les échecs et les causes de soucis. Politique, économie, social, vie professionnelle, vie publique, vie privée : tout part à vau-l'eau. Lorsqu'il se présente devant les micros en marge du sommet de l'OTAN, vendredi à Newport (Ecosse), le président français a le regard perdu, la voix haute et feutrée, un débit de parole incertain. Il adopte la posture du cadre moyen qui se sait rejeté par ses collaborateurs et condamné par sa hiérarchie : il se raidit. Et il scande : "J'agis, et j'agirai jusqu'au bout." Mais tout dit le contraire : le choix des mots, la tête rigide, les gestes étroits. Il s'adosse à la fonction, au lieu de la porter : "les institutions, elles sont là et elles sont fortes." Et il parle en creux, de ce qui lui reste de responsabilités : "mon devoir, dit-il, c'est de ne pas céder à je ne sais quelle pression, c'est de régler les grandes questions qui sont posées à la France…"  Tout est dit. C'est un devoir, ce n'est plus une mission. C'est une résistance aux pressions, ce n'est plus une ambition. Ce sont des questions à régler, ce ne sont plus des projets ni des perspectives d'avenir.

Le temps est venu. A la crise financière et économique, aux révolutions sociales, techniques et culturelles qui nous bousculent, nous sommes en train d'ajouter une secousse politique dont nous n'imaginons pas l'ampleur. La gauche est usée. La droite est dissoute. Les extrêmes décochent leurs flèches de haine, et les menaces se précisent au-delà des frontières. L'histoire ne se répète jamais, mais pour le coup, il y a des lignes de force que nous ne pouvons pas ne pas voir ! Nous avons été une grande nation. Bien malin qui peut dire de quoi sera faite la page d'histoire, que nous sommes en train d'ouvrir.

Etienne Desfontaines

 

Léo et Marie  

Marie se met le menton dans les mains. Elle a beau faire, retourner ses comptes dans tous les sens : il lui manque 378 € pour équilibrer son mois. Et en septembre, ce sera pire. Les impôts, la rentrée… Léo, son mari, est chef mécanicien chez Peugeot. Elle est infirmière au CHU.  Elle lève les yeux. Elle observe ses deux enfants, Virginie (8 ans), Martin (6 ans), qui jouent dans le jardin. Le soleil illumine leurs cheveux blonds…

 

 

  • Chéri ?

  • Mmmhh…

  • Qu'est-ce qu'on fait ?

  • Comment ça, qu'est-ce qu'on fait ?

  • Il faut prendre une décision.

  • ….

  • Mais ne reste pas comme ça, à la fin ! Dis quelque chose !

  • On peut prendre un crédit ?

  • Oui, ça passe… Tout juste…

  • Ben, alors ? Où est le problème ? On y va, Marie ! Il vaut mieux vivre avec des dettes qu'avec des puces !

  • Bon, moi je veux bien… Mais un crédit, ça veut dire que dans trois ans, par exemple, on aura remboursé un capital, plus les intérêts. Le capital, on l'aura mangé. Les intérêts, c'est de l'argent qu'on dépense encore en plus… Et on en sera au même point.

  • Dis-donc, toi ! T'aurais pas fait Terminale Finances ? Tu parles comme une banquière !

  • Emmanuel Macron, aussi.

  • Hein ?... Qui c'est, celui-là ?

  • Notre nouveau ministre de l'économie !

  • Eh alors, qu'est-ce qu'il a à voir ?

  • Ecoute bien… Il dit qu'on doit réduire nos dettes, travailler plus, dépenser moins – autrement dit faire des choix dans notre train de vie – pour assainir notre budget avant de nous lancer dans d'autres projets…  Ça ne te rappelle pas quelque chose ?

  • Si, bien sûr, c'est ce qu'on devrait faire…  Mais tu as entendu ce qu'a dit Arnaud Montebourg ? " La croissance avant la rigueur !"  Faire rentrer de l'argent, avant d'éponger la dette. Qu'est-ce que tu en dis ? On reprend un crédit, on se refait et ça repart, non ?

  • Il a dit : faire rentrer de l'argent. Un crédit, ce n'est pas de l'argent qui rentre. C'est de l'argent qui sort. On en rend tous les mois, et on paie pour ça ! Au final, tu ne comprends pas, ça ? C'est une dépense en plus !

  • Tu n'as pas tort…

  • J'ai raison !

  • Mmmmhh…

  • Alors… Qu'est-ce qu'on fait ?

  • Montre voir, ce qu'on dépense tous les mois ?

     

    La suite de l'histoire ?... Surveillez votre smartphone cette semaine. Les nouvelles vont tomber. Brutales. En provenance de l'Université d'été du Parti Socialiste à La Rochelle, et du Conseil Européen à Bruxelles. Croissance ou rigueur : le débat fait rage dans toutes les familles ! Politiques, aussi.

    Etienne Desfontaines

 

La France en Europe

     

 Ahurissants. Il n'y a pas d'autres mots. Tels sont les propos du président de la République, François Hollande, dans l'édition du Monde du 21 août 2014, à propos de la place de la France en Europe : "pour la France, lance-t-il à ses interlocuteurs, l'Europe doit être une protection : une protection de nos intérêts, de nos droits, de nos valeurs dans le monde, une protection pour nous défendre face aux menaces, mais aussi une protection par rapport aux excès de la mondialisation…"

 

On se frotte les yeux. Le premier conseiller municipal venu apprend cela dès le lendemain de son élection : il n'est pas là pour défendre ses intérêts, ni ceux de ses proches voisins, ni même ceux de son quartier. Il est là pour prendre en charge les intérêts généraux de sa commune, pour la promouvoir dans sa globalité. Il lui faut dans la plupart des cas prendre des décisions difficiles, souvent contraires aux intérêts de ses voisins immédiats, pour contribuer au développement de l'ensemble de ses concitoyens. Il en est de même dans les assemblées métropolitaines, départementales, régionales, nationales, européennes et internationales. C'est une règle de base de la vie civique. Un élu n'est pas là pour protéger ses proches ou son territoire, il est là pour contribuer, avec toutes les forces et les qualités de ceux qui l'ont élu, au développement de l'intérêt général. Il se doit même de prendre la tête de dossiers délicats, et les mener à bien, quelles qu'en soient les conséquences pour les siens, avec conviction et détermination.

 

En tenant de tels propos, qui doivent être – on veut l'espérer – une mauvaise expression de sa pensée, le président fait défaut à la nation. Il la met implicitement en position de faiblesse. Il tient sans doute un langage de réalité. Les dernières élections ne nous mettent pas en position de force au Parlement Européen, le nom de Pierre Moscovici ne fait pas l'unanimité, loin de là, dans la liste des "nominés" aux postes de commissaires européens – le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, ne le voit pas faire respecter la rigueur  budgétaire dans l'Union Européenne, alors qu'il n'y est pas arrivé en France… – et  le front social-démocrate qu'il a voulu opposer à l'Allemagne avec l'italien Matteo Renzi a fait long feu. Mais il ne répond pas à ce qu'on attend de lui, il ne tient pas un langage de membre du Conseil Européen.

 

De fait, ce n'est pas vers lui que les regards vont converger le samedi 30 août, dans la prochaine réunion du Conseil Européen [1] qui va élire son président et son haut représentant aux affaires étrangères, avant d'examiner la liste des membres de l'équipe de Jean-Claude Juncker.

 

Il fut un temps où François Mitterrand était président de la République, et Jacques Delors président de la Commission Européenne. Les "Mémoires" de Jacques Delors [2] sur le sujet sont particulièrement instructives. Ce temps-là est révolu. La position actuelle de la France, et les propos de son président, ne supportent pas la comparaison.

 

Etienne Desfontaines

 

[1] www.european-council.europa.eu/special-meeting-of-the-european-council-30-8

 

[2] "Mémoires" Jacques Delors (Plon 2004) 

CONTAGIONS (2)

 

"Aujourd'hui, j'ai peur de la haine"

 

 

 

Le tramway klaxonne, à l'arrêt dans le carrefour. Un homme lui passe sous le nez, en levant les bras au ciel, hors du passage piéton. L'individu fait un pas de plus, il se retourne, et quand la motrice repart avec prudence, il relève la tête et… crache à la fenêtre du conducteur ! L'incivilité à l'origine de la situation est manifeste. Elle est quotidienne, sur le Grand Boulevard. La violence du geste est sidérante. Elle est profondément empreinte de mépris, et de haine.

 

 

 

Elle fait écho aux propos du président du Conseil Général du Nord, Patrick Kanner (photo). Il répondait à nos questions le dimanche 27 juillet à Bouvines, le jour anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste. Ambiance feutrée, dans le parc de la propriété de l'ancien maire, Félix Dehau. Les cérémonies religieuses et officielles se sont déroulées dans la ferveur et la dignité. Les premiers verres libèrent les langues. La conversation roule sur les trois thèmes forts de l'association Bouvines 2014 : la Paix, l'Europe et la Jeunesse. Patrick Kanner se prête au jeu. Il se félicite de l'harmonie qui règne sur la pelouse. Mais deux questions plus pressantes suffisent. Il abandonne le sourire de circonstance, et il lâche dans un souffle : "aujourd'hui, j'ai peur de la haine !"

 

 

 

Nous ne sommes pas à Gaza. Nous ne sommes pas non plus à Donetsk, ni dans le califat djihadiste au nord de l'Irak. Nous sommes à 10 km de Lille, dans la belle et paisible Pévèle. La petite école est à deux pas de là, le vent joue avec les blés de l'autre côté de la route…  Il y fait bon vivre, mais le président du Conseil Général, lui, broie du noir. Ses dossiers l'y obligent. RSA, personnes âgées et handicapées, protection maternelle et infantile, collèges, gestion de l'eau et voieries départementales : il a les deux mains dans le cambouis. Et il voit monter les frictions, les intolérances, les ruptures sociales, urbaines et rurales, les misères et les solitudes qui cassent les acquis – quand il y en a – de l'éducation. Ce sont autant de facteurs de divisions, de rancoeurs qui s'enkystent, qui se transforment en haines tacites, avant de devenir verbales et violentes.

 

 

 

Les haines sont ainsi. Familiales, locales, régionales, nationales et internationales. Les médecins parlent d'une "pathologie silencieuse". On ne la voit pas venir. L'intérêt personnel, la préférence familiale par exemple, l'emporte sans le dire sur le collectif. On est altruiste dans les discours, égoïste dans les faits. De l'estime de l'autre à la mésestime, le pas est vite franchi. Et lorsque la "pathologie"devient "bruyante", lorsque le racisme flambe dans la conversation sans qu'on y prenne garde, il est trop tard. La contagion a fait son œuvre. "Il vaut mieux prévenir que guérir" dit le proverbe. Le "Docteur" Kanner n'en est plus là. Il voit le moment venir où il va devoir utiliser son "arsenal thérapeutique" : la contrainte, la répression. Avant de fermer son cabinet. Pour cause de fusion avec le Conseil Régional.

 

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

CONTAGIONS

 

CONTAGIONS.jpg Le virus Ebola fait des ravages en Afrique de l'Ouest. Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria…  C'est une véritable traînée de poudre. "Hors de contrôle" disent  les responsables de Médecins Sans Frontières. En Europe, le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, déclare que le virus Ebola est "une menace" pour son pays. La ministre française de la Santé, Marisol Touraine, prend une  posture plus responsable : "La France a les moyens de faire face à Ebola, dit-elle, même si une extrême vigilance s'impose..." Elle insiste sur le fait qu'avec son collègue des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, elle a donné "des recommandations pour ceux qui se rendent dans les pays concernés". Et elle le martèle : "c'est sur cette prévention en amont, qu'il faut travailler !"

 

 

 

Elle a raison. S'il y a un virus qu'on connait bien, c'est l'ebolavirus.  Il appartient à la famille des filidovirae. Il y a longtemps qu'on le décrit. On connait ses réservoirs : les chauves-souris. Les singes,  les porcs domestiques, les humains y sont sensibles. On a analysé son pouvoir pathogène : il sature tous les organes de particules virales, à l'exception des os et des muscles squelettiques. Le sang coagule, les caillots s'accumulent. Le cerveau, le foie, les reins, la peau et les intestins nécrosent. Les hémorragies internes  se multiplient. On a détaillé son mode de transmission, par contact direct avec les liquides organiques (sang, sperme, excrétions, salive…). Les rituels funéraires africains, lavage du corps, rinçage des mains dans une bassine commune, le favorisent. Les symptômes sont tragiques. Douleurs et fièvres, puis diarrhées et vomissements, avant les redoutables hémorragies internes. La mort survient en moins de 10 jours par choc cardio-respiratoire dans 50 à 90% des cas. Il n'y a ni vaccin, ni traitement.

 

 

 

Le seul moyen d'enrayer l'épidémie relève effectivement de la prévention : information et éducation de la population, instauration des règles d'hygiène de base, déclaration et prise en charge spécifique des malades, formation et protection des personnels hospitaliers, mise en quarantaine des personnes au contact des malades.

 

 

 

Les recherches en laboratoire doivent être menées avec un niveau de biosécurité renforcée. C'est le cas du laboratoire P4 Jean Mérieux (Lyon), qui est le seul à travailler en France sur le virus Ebola [1]. Des premiers vaccins existent à l'état expérimental, ils doivent être validés chez l'homme. Mais dans l'immédiat, ce n'est pas la médecine qui va enrayer l'épidémie. C'est la culture, l'éducation, le savoir-faire des responsables politiques, sociaux et religieux, qui peuvent modifier les pratiques, obtenir qu'un minimum d'hygiène règne dans les populations.

 

 

 

La tâche est immense. Elle a besoin de bras. Elle s'applique d'ailleurs à bien d'autres formes de contagions, à commencer par la plus virulente, celle qui répand le feu et le sang plus que jamais dans le monde : l'égoïsme, la tentation de domination et la haine ! Nous y reviendrons.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 [1] www.p4-jean-merieux.inserm.fr/fr

 

L'ARMEE DES OMBRES

 

Samedi 12 juillet 2014, au petit matin, parking de la mairie de Bouvines. Ils ne sont qu'une poignée, autour du député Thierry Lazaro et du maire, Alain Bernard. Des adjoints, des amis, des coulonneux. Le soleil n'est pas de la partie, et le temps presse. Dans la camionnette qu'on a amenée devant l'entrée de la mairie, une cinquantaine de "loges". Des casiers dans lesquels on transporte les pigeons voyageurs. Ceux-là sont venus spécialement de Charente-Maritime !  

 

 

Le président de l'Entente des Coulonneux du Pévèle-Mélantois, Jean-Michel Vandersippe, prend la parole. Un bref discours, pour décrire le concours et rappeler le rôle des pigeons en 1914 : "on les utilisait, dit-il, pour transmettre au commandement des renseignements de la plus haute importance…" Le maire de Bouvines transpose le propos. Il parle d'Europe et de paix. Sans s'étendre, parce que le moment est venu.

 

A 9 heures précises, règlement de concours oblige, on ouvre les loges. Un froissement d'ailes surprend la petite assistance [1]. Elle se retourne. Les 1214 pigeons qu'on a lâchés pour célébrer l'anniversaire de la Bataille de Bouvines sont déjà loin, au-delà du clocher de l'église Saint-Pierre. Symboles de paix, de liberté et d'espérance, ils se sont envolés dans l'anonymat. Personne ne les a vus survoler la Picardie, Paris et la Beauce. Personne ne les a remarqués entre Lesquin et Roissy. La journée leur a suffi pour descendre à Rochefort, Royan ou Cognac. Et lorsque qu'ils ont posé une patte sur la tablette de leur pigeonnier, épuisés par leurs 700 kilomètres de vol continu, on a juste constaté l'heure de leur arrivée. Personne n'a rien dit, la presse n'en a pas fait état, mais ils sont entrés dans la lumière… de "L'armée des ombres" ! [2] Les faiseurs de paix ont ceci de particulier : là où ils sont, dans tout ce qu'ils entreprennent, et dans le charivari des divisions et des haines qui tiennent le haut du pavé, on ne les voit pas. Ce sont bien eux, pourtant, qui éclairent les générations à venir.

 

Etienne Desfontaines

 

[1]  www.bouvines2014.fr  taper colombophilie

[2]  Joseph Kessel  est à Londres, quand il finit de rédiger l'ouvrage en 1943.

       Il sera édité à Alger, puis réimprimé à la Libération

 

 

 

 LILLE

 PLAN B DE STRASBOURG

Il se voyait président. Le jeu politique en a décidé autrement. Le 7ème vice–président de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU) en charge de la "métropole  citoyenne", le député-maire UMP de Marcq en Baroeul, Bernard Gérard, a développé une certaine vision de la métropole lors de l'intronisation de la nouvelle présidente de son Conseil de Développement, Agnès Démotié.

Il évoque d'abord Alfred Mongy (1840-1914). "C'était un homme, lance-t-il, qui avait eu une grande vision de la métropole, avec ses hommes, ses marchandises, sa structure multipolaire. Et pour la développer, il avait ouvert… le Grand Boulevard !"  Et il élève la voix, en s'appuyant sur les recommandations des patrons de la Chambre de Commerce, l'ancien ministre Philippe Vasseur en tête : "il faut trouver une solution, clame-t-il, la thrombose permanente de notre réseau routier bloque le développement économique du territoire !" Sans oublier de tacler les écologistes en deux temps trois mesures : "on prend son vélo quand on le peut, scande-t-il, sa voiture parce qu'on le doit, et les transports en commun… quand il y en a !"

Il fait ensuite de Lille une place européenne. "Strasbourg est plus que jamais remis en cause, lance-t-il, le transport mensuel du Parlement Européen dans la capitale alsacienne coûte cher… Lille est à deux pas de Bruxelles, réfléchissons-y,  nous pourrions être le plan B de Strasbourg !" Et il enfonce le clou : "pourquoi ne pas faire de Lille une place militaire européenne, ou la plus grande université de droit européen !" Avant de revenir à des thèmes plus connus : "Lille, pôle mondial des textiles techniques ou plateforme internationale des objets connectés…"

Personne ne le dit. Tout le monde y pense dans les rangs du Conseil de Développement. Il y a une pincée de Bruno Bonduelle, dans l'imposante stature du tout nouveau 7ème vice-président de LMCU !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Le vent de l'Histoire

 

    C'était prévisible, c'était prévu, c'est arrivé. La France est aujourd'hui plus pauvre, plus vulnérable et moins crédible. Plus pauvre, parce que la crise économique, à l'inverse de ce qui se passe chez nos voisins, n'est toujours pas résolue : le chômage enfonce les familles dans l'incertitude. Plus vulnérable, parce qu'elle s'est isolée dans le concert des nations : le mouvement de bascule vers l'hémisphère sud l'entraîne dans un tourbillon, dont nos entreprises, notre système de défense et notre identité culturelle font les frais. Moins crédible, parce que" le premier parti de France" qui a surgi à l'occasion des élections européennes multiplie les pieds-de-nez aux valeurs républicaines qui ont fait notre notoriété : la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, l'ouverture aux autres et le sens de l'intérêt général.

 

 

Il ne fait pas bon être français, aujourd'hui, à Shangaï, à New-York ou à Santiago du Chili ! La presse internationale est impitoyable, qui ne nous comprend pas, nous prend pour des nantis, nous soupçonne de faire un caprice et nous renvoie à nos vieux démons. La débâcle de 2014 n'est pas celle de 1914 ni celle de 1940, mais on est en droit de penser que les mêmes causes produisant les mêmes effets, la menace de guerre aux portes de l'Europe, en Ukraine et au Moyen-Orient, les coups répétés du terrorisme en Afrique et à travers le monde, couplés à une défaillance généralisée du personnel politique, ne peuvent que nous mener à la catastrophe ! Il suffirait aujourd'hui d'un autre Sarajevo, pour que la haine l'emporte sur la raison, la volonté de puissance sur le respect et la  considération du pays voisin.

 

Nous approchons de l'été. En 1214, il y a exactement huit cents ans, le dimanche 27 juillet 1214 pour être précis, l'Empire Germanique, les Plantagenêts, les Capétiens et les Flamands se sont étripés, piétailles et chevaliers mêlés, sur le plateau calcaire de Bouvines. En 1914, il y a tout juste cent ans, le dimanche 28 juin 1914 pour être encore précis, un des plus jeunes généraux de France, le général Achille Deffontaines, un bouvinois de souche, commémore le 700ème anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste à la tête de ses troupes dans la grand-rue de Bouvines : il est fauché dans le mois qui suit, par les premiers obus de Verdun. En Septembre 1939, Hitler envahit la Pologne et déclenche la seconde guerre mondiale. Soixante-quinze ans plus tard – c'est une très longue période de paix au regard de l'histoire – nous ne pouvons pas écarter la question : de  quoi sera fait notre été 2014 ?

 

Le moment est venu. Beaucoup en sont  conscients, les élections européennes auront peut-être eu ce bénéfice-là. Beaucoup en sont  conscients : il nous faut cesser d'être sourd et aveugle. Prendre notre destin en main. Résister à l'apathie générale. Renouveler notre personnel politique et nous engager dans la vie communale, métropolitaine, régionale et européenne. Nous investir dans la vie économique, dans la création de richesse au lieu de gérer des fonds de pension. Animer notre identité culturelle et religieuse. Remplir tous les espaces dont les extrêmes, le repli sur soi, la polémique et la haine, pourraient s'emparer. Pour promouvoir la paix.

 

Etienne Desfontaines

 

Confusions, contusions

et confessions

 

 

Confusions – Le citoyen français avance à colin-maillard dans le dossier européen. Il n'a même pas le premier fond de culture européenne. Les 28 pays membres de l'Union Européenne ? Les 18 pays de la zone euro ? Il est bien en peine de les réciter à la façon des départements ! Les institutions européennes ? Les medias disent "Strasbourg" ou "Bruxelles". Le Monde du 5 Mai, par exemple, titre à la Une : "Déficit, croissance : Bruxelles douche les espoirs de la France". Mais de qui parle l'auteur en évoquant "Bruxelles" ? Du Parlement Européen, de la Commission Européenne, ou du Conseil Européen (la réunion des Chefs d'Etat, à Bruxelles), qu'on confond régulièrement avec le Conseil de l'Europe (basé à Strasbourg) ?  L'article ne le dit pas. Qui connait aujourd'hui, à part les élites, le personnel politique européen ? Qui est capable de mettre un visage sur le nom d'Herman Van Rompuy, de Catherine Ashton ou de Martin Schulz ? Qui connait même son propre député européen, et qui peut donner une identité et un programme à la dizaine de candidats qui se présentent sur son territoire ? Incapables de penser le bien commun européen, les français vont voter…franco-français. Pour se compter entre UMP, PS, Front de Gauche et Front National. La confusion est totale.

 

Contusions  "La France est trop faible !" Le mot est d'un observateur averti. Henri Madelin (78 ans) est docteur en droit, ancien Provincial des Jésuites de France, ancien professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et représentant du Vatican auprès de Conseil de l'Europe. Il a passé des années dans les allées du pouvoir européen. Il dit l'impuissance de la France, dans le contexte européen. "Elle reste un pôle d'attraction, un pôle de sécurité internationale, mais elle n'a plus d'argent !"  Les réformes n'ont pas été entreprises en temps voulu. Nous allons les prendre par la force, et de plein fouet. Augmentation des impôts, restriction des services publics, mainmise de l'étranger sur nos fleurons industriels, chômage,  perte de patrimoine et appauvrissement général : dans les mois qui viennent, les contusions seront multiples. Elles vont faire mal. Plus tard, les jours meilleurs reviendront.

 

Confessions – Le temps perdu ne se rattrape jamais. Les générations montent, inexorables. Les mutations mondiales exigent des transformations que nous n'avons pas entreprises. L'identité française ne suffit plus à tenir notre rang dans le concert des nations. L'identité européenne n'existe pas encore : nous ne l'avons pas fondée. "Les Pères de l'Europe, dit encore Henri Madelin, qui cite volontiers Jacques Delors, ont réussi la sortie de guerre… Nous, nous la laissons tomber en léthargie ! Nos chefs d'état n'y croient pas assez ! "  Un jour, les jeunes générations nous le reprocheront. Ils nous pointeront du doigt. Et nous devrons l'avouer, nous n'aurons pas joué notre rôle de parents. Nous n'aurons pas assuré leur avenir. Alors viendra, c'est demain et c'est gravé dans le marbre, le temps des confessions.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Leçon  de

    

calcul  

2 + 7 = 9  

 

3 + 6 = 9

 

232 + 67 = 299

 

232 députés ont voté contre le plan d'économies de Manuel Valls, 67 ne l'ont pas voté. Ils sont donc 299 députés, 52,09% des 574 représentants de l'Assemblée Nationale, qui n'adhèrent pas au projet. Y-a-t'il vraiment là de quoi se féliciter, jusqu'à proclamer juste à temps pour le 20h, que "c'est un acte fondateur pour la suite du quinquennat" ?  Il y a plus d'un "Hussard de la République" qui va se retourner dans sa tombe ! Et plus d'un citoyen qui va faire la différence entre "légalité" et "légitimité".

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

Enfance

de France

 

 

        La dernière chronique de Jacques Attali (L'Express du 2 avril 2014) est funéraire. Il enterre le politique. "Débrouillez-vous, lance-t-il, agissez comme si vous n'attendiez plus rien du politique !" On ne peut pas être plus clair. L'ancien sherpa de François Mitterrand, l'observateur averti des mutations nationales et internationales, jette l'éponge. Il est "lassé d'exposer le détail de toutes les réformes urgentes" qui ne sont jamais mises en œuvre.  Et il nous pousse, tous autant que nous sommes, "à agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes". Avec une pièce maîtresse, au cœur de son raisonnement : "le monde appartiendra demain, dit-il, à ceux qui, aujourd'hui, sauront renoncer à attendre quoi que ce soit de qui que ce soit."

 

Il a raison. Sauf que, pour se lever et agir par soi-même, il faut trois conditions : générer de la confiance, s'adapter à son environnement, et développer une somme considérable d'énergie. Ce sont les trois propriétés fondamentales… de l'enfance. De là à dire qu'il faut retomber en enfance, il n'y a qu'un pas, que beaucoup n'oseront pas franchir. Fierté d'adultes, qui jettent un œil condescendant sur la petite enfance et l'extrême vieillesse. Ils ont tort. Confiance, adaptation et énergie, sont aussi les qualités fondamentales… d'un entrepreneur. Qu'il soit jeune, mature ou senior.

 

Dans la foulée, une analyse plus en profondeur des propriétés de l'enfance nous amène à prendre les choses complètement à l'envers. 1 – La confiance de l'enfance n'est pas naïve. Avant même la naissance et jusqu'à l'âge adulte, le petit d'homme intègre tous les potentiels et toutes les menaces de son existence. Il n'a pas encore les mots pour le dire, mais il perçoit, il enregistre tout. Simplement, le surgissement de la vie est chez lui plus fort que la tendance à l'anéantissement. Il génère de la confiance plus qu'il n'en demande. 2 – La faculté d'adaptation de l'enfance n'est pas une contrainte, c'est une curiosité naturelle. Tout est nouveau. Tout est objet d'attention, puis assimilé. Avant d'être abandonné ou réutilisé, sans a priori, pour aller au-devant d'autres découvertes. 3 – Un enfant ne compte pas. Il n'économise pas son énergie. C'est un générateur et un consommateur de calories à faire pâlir un militant d'EELV ! Il a de la vie à revendre, et il la partage. Il dépense et, surtout, il crée de l'énergie autour de lui. On le vérifie facilement en famille, dans la rue ou à l'école.

 

Nous avons une chance extraordinaire en France. Notre taux de natalité se tient bien. Laissons de côté nos soucis d'adultes. Occupons-nous de nos enfants. Regardons-les faire. Supprimons de notre lexique cette curieuse expression qui nous fait "retomber" en enfance. Efforçons-nous au contraire de "développer" un regard d'enfant. Et gaz de schiste ou pas gaz de schiste, puisons auprès de nos bambins les tonnes d'énergie dont nous avons besoin pour inventer un nouveau monde !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

ROSTRO  

Où est Mistslav Rostropovitch ? Qui va lui succéder ? Qui va oser planter son instrument quelque part dans le port de Sébastopol, célébrer la paix, l'espoir de la fraternité et de la réconciliation entre les peuples, avec pour seule arme, vibrante sous son archet, la grave et profonde Sarabande* de la 2nde suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach ? Un élève russe du conservatoire Rostropovitch de Saint-Pétersbourg, qui inviterait un de ses homologues européens ? Le symbole serait fort. Le "buzz" assuré, sur toute la planète !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) www.youtube.com/watch?v=FiwXUJJjL6g 

 

UN ELU PEUT EN CACHER

UN AUTRE    

un-elu-peut-en-cacher.jpgDimanche 23 mars. Nous y sommes. Nous nous apprêtons à traverser les élections municipales, sans y prêter vraiment attention. C'est un moment que les français adorent. Ils se chamaillent, ils connaissent bien "Bernard" ou "Marie-Laure", le conseiller ou la maire-adjointe qui s'avancent cette année avec une nouvelle liste. Ils les ont vus grandir à l'école ou animer la fête de quartier. Ils en apprécient le dévouement. Ils sont à leur mesure. Quels qu'ils soient, ils seront contents de les retrouver, l'année prochaine à la mairie, pour le mariage de la petite ou l'ouverture d'une porte de garage sur la rue principale !

 

 

 

Sauf que… Il y a un changement de taille. Sur la gauche du bulletin de vote, il y aura la liste des candidats à l'élection municipale. Jusque-là, pas de surprise. Le nom du maire est connu à l'avance : il (ou elle) est la tête de liste. Les rares incertitudes portent sur les maires-adjoints ou les conseillers délégués qui seront ensuite choisis. Mais dès le lendemain de l'élection, à part le nom du maire, tout le reste sera oublié. Par contre, sur la droite du bulletin, va figurer le nom ou la liste des candidats aux sièges de conseillers communautaires. De qui s'agit-il cette fois ? Dans la plupart des communes, ce sera le maire. Dans beaucoup de cas, ce seront aussi des adjoints, sinon des conseillers délégués. Peu importe. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces personnes iront travailler ailleurs, dans une vaste assemblée… Rue du Ballon, pour Lille Métropole Communauté Urbaine. Dans des sous-préfectures ou des lieux très divers, pour les intercommunalités qui viennent d'être configurées par le Préfet. Où ils n'exerceront pas du tout le même "métier" !

 

 

 

Avec quels projets devons-nous envoyer ces gens-là dans les assemblées communautaires ?  Quelles compétences, quel savoir-faire doivent-ils réunir ? Dans quelles commissions vont-ils s'insérer et travailler ? Sauront-ils peser, prendre des responsabilités, faire preuve de sens politique et emmener avec eux d'autres élus, avant de se faire entendre dans les services communautaires ? Rares sont les "professions de foi" qui évoquent le sujet.

 

 

 

Il s'agit pourtant d'une question essentielle. Tous les gros dossiers d'une commune, aujourd'hui, sont régis par une intercommunalité. La liste est éloquente : aménagement du territoire, urbanisme et habitat, transport, espace public et voieries, nature et cadre de vie, culture, sport et loisirs, traitement de l'eau et des déchets, économie et emploi, numérique et développement durable, tourisme, accessibilité handicap et crematorium… La quasi-totalité des décisions communales sont  aujourd'hui adossées aux règles, aux méthodes de travail et aux finances de l'intercommunalité ! Le véritable patron de la vie locale en 2014 n'est pas à la mairie, il préside la Métropole ou l'intercommunalité.

 

 

 

Maire et conseiller communautaire, ce sera souvent la même personne, mais il lui faut d'autres qualités, il lui faut voir large, dépasser les frontières de sa commune, pour bâtir l'avenir de ses concitoyens. Tout le monde n'y est pas prêt.

 

 

 

Etienne Desfontaines

  

MUNICIPALES

LE COMPTE EST BON 

 

Municipales-le-compte-est-bon.jpgDont acte. Les chiffres sont tombés, les candidats aux municipales ne manquent pas. Et c'est une bonne nouvelle. Nous avons sans doute tort de garder nos 36000 communes, mais le fait est qu'ils sont près d'un million en France, candidats à une représentation de proximité, disposés à endosser l'intérêt général de leur commune au détriment de la somme des intérêts particuliers de leurs concitoyens.

 

 

 

Conseiller municipal… C'est le premier échelon de la vie politique. C'est un fantastique lieu d'observation du "politique", au sens noble du terme. Dans l'antiquité, il s'agissait d'organiser la "cité" (πόλις, en grec). Ça pouvait être une simple communauté de citoyens, un bassin de vie ou un Etat. Il s'agit ici de la commune. De quelques centaines de maisons, dans la plupart des cas, réunies autour de leur mairie, de leur école et de leur église. Elle est à taille humaine. Elle rend compte de tous les bonheurs et de toutes les difficultés de la vie. La preuve ? C'est à la mairie qu'on va déclarer un enfant, c'est à la mairie qu'on se marie, et c'est encore à la mairie qu'on va déposer un avis de décès ! On ne peut pas être au plus près des familles.

 

 

 

C'est ce quotidien-là que les candidats veulent prendre en charge. L'immense majorité d'entre eux est bénévole. Ce sont souvent des gens déjà impliqués dans la vie associative. Elus et responsables de leur commune, ils montent d'un cran dans l'engagement. Et ils passent tous, quels qu'ils soient : urbains ou campagnards, actifs ou retraités, par une phase d'apprentissage qui est d'une richesse inouïe !

 

 

 

Etre conseiller municipal, en effet, ce n'est pas seulement ouvrir des dossiers. Travaux, habitats, transport, énergie, culture et éducation, sports et loisirs : ils sont denses, ils sont multiples, il faut en intégrer les tenants et les aboutissants, pour prendre les bonnes décisions. Mais là n'est pas l'essentiel. Le nouveau conseiller municipal se rend compte très vite qu'il entre dans un tissu de relations, dont il ne peut pas imaginer l'étendue !

 

 

 

En interne, il apprend à travailler avec ses collègues, avec le personnel de la mairie. Il apprend surtout à écouter et à convaincre ses concitoyens de la justesse de ses opinions et de ses décisions. Etre conseiller municipal, c'est sortir de chez soi sans savoir quand on va rentrer. La conversation au coin de la rue ou par-dessus la haie est d'une importance capitale ! Et elle dure… un certain temps. En externe, il apprend à connaître l'intercommunalité, la Métropole, la Région, le Département, la Préfecture, le député (national et européen), toutes les instances politiques, cultuelles et culturelles, qui impactent la vie communale. Il lui faut créer des liens de confiance, trouver des réponses aux questions, repérer et apaiser les germes de conflit, donner du sens et de la cohésion à tout ce qui se passe dans la commune. C'est un travail de titan ! Dont il sort six ans plus tard épuisé, mais beaucoup plus fort. Parce que plus humain.

 

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

1214, 1914, 2014

 

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1214 – Othon IV de Brunswick est le deuxième personnage de la chrétienté, il est à la tête du Saint Empire Germanique. La Flandre, la Picardie sont animées par des ambitions croisées. Les alliances s'affrontent : le flamand Ferdinand du Portugal, le Boulonnais Renaud de Dammartin et l'anglais Jean-Sans-Terre avec l'empereur Othon, les comtes de Normandie, d'Artois et de Picardie avec Philippe-Auguste, soutenus par le Pape Innocent III. Le dimanche 27 juillet 1214 après-midi, le soleil a brillé toute la journée, Bouvines est à feu et à sang… 

 

1914 – Sept cents ans plus tard, le dimanche 28 juin 1914, les balles des conspirateurs à Sarajevo éliminent l'archiduc François-Ferdinand, l'héritier du trône austro-hongrois, et son épouse. Les alliances jettent aussitôt les nations dans l'arène : l'Allemagne avec la Serbie, la France et la Russie derrière les autrichiens. L'effet de levier est implacable, les colonies entrent dans la danse, la logique de guerre mène le monde à la catastrophe. Dès le mois d'août, l'Europe est à feu et à sang…

 

2014 – Crimée et pro-russes d'un côté, pro-européens de l'autre : les vieilles dissensions refont surface en Ukraine. Vladimir Poutine abat ses cartes, l'Europe et les US haussent le ton. Les diplomates s'agitent, les états-majors s'activent. Jusqu'où les alliances vont-elles nous emmener ?  L'été 2014 sera-t-il une nouvelle fois à feu et sang ?... Il est urgent de s'informer,  de comprendre ce qui se passe à Kiev et à Sébastopol. Pour casser la logique de guerre. Et jeter partout, élites et citoyens confondus, le même cri que celui du maire de Bouvines, Alain Bernard, à la veille du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines : "La plus belle des victoires, c'est la paix !"

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les somnambules  

"Pourquoi rappeler tout ça ?" Elle est jeune, elle est assistante de direction, bien engagée dans la vie active. C'est une femme responsable, du XXI° siècle. Et elle insiste, entre deux rendez-vous, devant la machine à café : "est-ce qu'il faut vraiment revenir sur toutes ces horreurs, pour construire la paix ?" Son raisonnement vient heurter de plein fouet celui du général Elrick Irastroza, l'ancien chef d'Etat-major de l'armée de terre, aujourd'hui patron de la Mission du Centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 : " Les peuples ont besoin d'évoquer les tragédies, a-t-il clamé à l'occasion d'un passage dans le Nord, ils ont besoin de revivre les grandes ruptures comme celle de 1914, pour en tirer des enseignements et construire un monde meilleur !"

La fracture est évidente. D'un côté, la génération qui monte, celle qui est née dans les années 80-90. La fin de la conscription en 2001 a tout changé, elle a fait de l'armée un choix et un métier. Et c'est un fait de société, relevé par un autre militaire, le général Jean-Paul Monfort, l'ancien gouverneur de la Place de Lille (2006-2009) : "la perception du danger n'est plus là, a-t-il dit au moment de partir en retraite, les engagements sont lointains." Il évoquait l'Afghanistan et l'Afrique, avant de prédire : "le plus grand danger pour notre armée et notre pays, ce n'est pas l'antimilitarisme, c'est l'a-militarisme…" Nous y sommes. De l'autre côté, le gouvernement français et les institutions européennes. Le premier anime à grands renforts d'évènements le Centenaire de la Grande Guerre, il envoie quatre figures de la Résistance au Panthéon, mais il peine à financer sa Défense. Les secondes font référence à l'idéal de paix des pères fondateurs, mais elles ont du mal à bâtir une réelle Union Européenne politique.

Les trentenaires d'aujourd'hui nous le disent, lorsqu'on les écoute sincèrement : le simple fait de brandir la menace de guerre ne sert à rien. Ils ne savent pas ce que c'est. Ils ont des bribes d'histoires apprises en classe, et des images de télévision en tête. Ils n'ont aucune idée de ce que ça représente dans le quotidien d'une famille ou d'un territoire. C'est une réalité, que nous avons opposée au général Irastorza lors de son intervention. C'est "une question fondamentale"  a-t-il immédiatement répondu, en citant l'ouvrage de Christopher Clark : "Les somnambules" (Flammarion, 2013).  "L'auteur est professeur d'histoire à Cambridge, avertit l'éditeur, il replace les Balkans au cœur de la crise la plus complexe de l'histoire moderne en 1914, et il en décrit minutieusement les rouages. Plus clairement que jamais, il montre que rien n'était écrit d'avance : l'Europe portait en elle les germes d'autres avenirs, sans doute moins terribles…Mais de crise en crise, les personnages qui la gouvernaient ont marché vers le danger comme des somnambules !"  Le symbole est fort. Il n'y a pas plus martial que le général Irastorza. Il porte ses faits d'armes à la boutonnière. C'est pourtant bien lui qui en appelle aux politiques et aux historiens, dès qu'on le pousse dans ses retranchements… Pour parler de la guerre, aux nouvelles générations.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Papy Boom

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Combien sommes-nous dans ce cas ? L'espérance de vie était de 60 ans dans les années cinquante. Elle est aujourd'hui de 78 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes. Nous atteignons des âges que beaucoup de nos parents n'ont pas connus. Nous n'avons donc pas de références, pas d'exemples à suivre. Nous sommes tout simplement des milliers, particulièrement en occident, à découvrir le fait d'être septuagénaire, octogénaire et nonagénaire. C'est une aventure sans précédent. Il nous faut créer un modèle. Ecrire une page blanche. Inventer une façon intense d'être au monde, tout en sachant qu'on va s'en absenter à moyen terme. Trouver un équilibre entre action et responsabilité, sagesse et lâcher prise. De quoi retrouver une nouvelle jeunesse ou… se faire des cheveux blancs !

Etienne Desfontaines

 

 

Le passant

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Impossible de lui donner un visage. Il va, il vient, pressé le matin, fatigué le soir. Est-ce que c'est un homme, une femme ? Un senior ou un adolescent ? Là n'est pas la question. Il passe. Il va dans la ville. Il prend le métro, il s'aventure entre Lille-Europe et Lille-Flandres, il s'assoit sur la marge de la fontaine au pied de la Déesse. Wazemmes ? Lille-Fives ou Lille-Centre ? Il est partout chez lui. On le croit indifférent, on lui jette à peine un regard, il est pourtant bien là. Dans la rue.

Il n'y a pas meilleur thermomètre urbain que le passant. Il se détend au soleil, il se renfrogne dans le crachin. Il serre le pas aux abords d'un carrefour, il l'allonge en remontant sur le trottoir. Il est bon public aussi, il fait le cercle autour du saltimbanque ou derrière l'ambulance des pompiers. Et c'est un fait récent : il téléphone ! Le regard dans le vide, la main libre animée par sa conversation, il fait des huit sur le pavé de la Grand-Place. Comme une abeille à l'entrée de sa ruche. Dont le message est clair : "je suis là, vous êtes là, nous sommes lillois, heureux de l'être, et bien ensemble…"

Etre passant parmi les passants, on peine à le croire, mais cela fait sens. Descendre de son appartement, abandonner ses "amis" Twitter & Facebook", pour arpenter la rue avec des "vrais gens" entre Mairie, Opéra et République, c'est entrer dans son identité. Lillois nous sommes, fiers de l'être. Métropolitains nous le devenons, encore incrédules, entre Lille, Courtrai et Tournai. Les Parisiens, les Toulousains et les Lyonnais, éprouvent le même sentiment.

Le moment est venu dans cette chronique de vous faire une confidence. Je suis né juste après-guerre au premier étage d'une maison de rue, dans le quartier populaire de Fives. Enfant, j'aimais me caler sur un appui de fenêtre, écarter le rideau et voir sans être vu. Observer le passant, et imaginer sa vie.

Senior, je viens de tomber sur l'ouvrage* de Gérard Sainsaulieu, un architecte-urbaniste chevronné qui reprend tous mes rêves ! Il fustige les "villes" qui n'ont plus de rues : Abu Dhabi, Doha, Shangaï, La Défense…  Il vénère Naples, Barcelone, Istanbul et surtout Paris ! Ses boulevards, ses villas et ses marchés bourdonnants de monde. "La rue recèle un contrat muet, écrit-il, qui relie entre eux tous les habitants… Un clin d'œil [suffit pour] échanger un immense consensus…. Dans la seconde qui suit, chacun a repris son chemin, réconforté par cet éclair de connivence."  

Paris le sait bien, Lille, Valenciennes et Dunkerque aussi, tout comme Kiev, Le Caire et Tunis : cet éclair-là existe réellement ! Il peut prendre en février la couleur du carnaval. Ou celle de la révolution. Le passant, le masquelour et l'émeutier, ne sont qu'un seul et même homme. Il arbore selon la circonstance un ticket de métro, un parapluie ou un pavé. On le croise tous les jours, complice d'un bonheur masqué sous le non-dit. Dans la rue.

Etienne Desfontaines

 

 (*) "Les trottoirs de la liberté" (2012 L'Harmattan)

 

 

   

La frontière (2)       

La misère. Elle est prégnante. Incontournable, quand on s'installe en ville. Dans la rue Faidherbe, à Fives, Wazemmes et Lille-Sud.  Elle surgit, hirsute et dévastatrice. C'est un visage, une barbe blanche, matin, midi et soir, au Carrefour Pasteur. C'est une jeune femme, accroupie, dans le marché Sébastopol. Ce sont des murs lépreux, à la sortie de la station Caulier. C'est une rue Jules Guesde au fond de la place Bonaventure, une rue Pierre-Legrand dans la traversée de Fives, désinvesties par les commerces traditionnels au profit des petits bazars, coiffeurs, restaurateurs exotiques et autres vendeurs-repreneurs de téléphones. C'est une enfant qui se soulage, à la vue des automobilistes, aux abords d'un camp de roms.  Ce sont les urgences du CHU, transformées en refuges par temps froid. C'est un homme qui arrête le passant, en bas de chez soi : "j'ai appelé le 115, il n'y a plus de place nulle part…"  

"J'ai pas mauvaise conscience, disait la chanson des Restos du Cœur" (Jean-Jacques Goldman), ça m'empêche pas de dormir… Mais pour tout dire, ça gâche un peu le goût de mes plaisirs …" Coluche est mort. Son initiative n'en finit pas de répondre à un besoin de plus en plus massif. Les appels à la solidarité se multiplient. La plupart s'en contentent. Beaucoup s'investissent. Ils donnent de leur temps au Secours Populaire, au Secours Catholique, aux "Restos du Cœur" ou chez Emmaüs. Les  services sociaux, communes et institutions réunies,  n'ont jamais eu autant de travail.

Mais rien n'y fait. Le phénomène s'étend. On l'a connu local, à l'époque des Dondaines et de l'îlot Saint-Sauveur. Il est aujourd'hui national et international. Le chômage jette des familles à la rue. La misère de l'hémisphère sud traverse les océans. Les migrants afghans bouleversent la vie des bénévoles de Sangatte. Le parking de l'ancienne prison de Loos n'a rien à envier aux favelas brésiliennes. Et la tentation est grande de baisser les bras. De jouer le statu quo, de renvoyer la question à l'Etat, à l'Europe ou à la diplomatie internationale. De refuser même, ici ou là, banderoles à l'appui, l'implantation de logements sociaux ou d'un camp de rom.

On invoque Schengen. On regarde passer Marine Le Pen et le Pape François à Lampedusa. On évoque les barbelés de la frontière mexicaine.  Et on finit par se défausser : "ils n'ont qu'à faire ce qu'il faut". Et puis, on installe autour de soi une paroi de verre. La misère est bien là, mais on n'y peut rien. On ne peut plus, on ne veut plus la prendre en compte.

Il n'y a pas pire frontière que celle de l'indifférence. Seule la révolte, ou la révolution, pourront la franchir un jour. C'est ce qui nous guette. En attendant, le feu passe au vert dans le carrefour Pasteur. Les voitures s'élancent sur le périphérique. Dans la seconde qui suit, l'image de l'homme à la barbe blanche s'efface, dans la conscience verrouillée des automobilistes.

Etienne Desfontaines

 

La frontière 

Elle est brutale, en Palestine. Sept cent kilomètres de béton et de barbelés. Territoires cisjordaniens d'un côté, colonies et terres d'Israël de l'autre, elle raye le pays du Nord au Sud. Les communautés juives venues se réfugier en Palestine au début du XX° siècle parlent d'une "barrière anti-terroriste". Elles ont raison, il n'y a pratiquement plus d'attentats en Israël depuis son érection. Les arabes palestiniens, eux, la subissent avec une violence inouïe. Ils parlent "d'apartheid", ils évoquent la séparation des familles, la désorganisation de l'économie, les restrictions d'accès à l'eau, à la santé et aux lieux saints, pour les musulmans et les chrétiens de Cisjordanie…

Fracture ouverte au cœur du monde, la plaie de la Palestine n'est pas prête de se refermer. Elle est le modèle-même de ces mille et une "frontières" qui n'ont pas été traitées dès leur apparition.  Les anglais étaient aux commandes à Jérusalem dans les années 20, le nationalisme et l'antisémitisme montaient en puissance. Les premiers pas du mouvement sioniste ont abouti par la force à la création de l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. La résolution de l'ONU (29 novembre 1947), elle, qui annonçait le partage de la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe, est restée lettre morte.

L'imbroglio est aujourd'hui total. Il mêle des affrontements locaux, internationaux, religieux, politiques et économiques. La dernière visite de François Hollande en Palestine est un modèle du genre : il donne des gages à Israël, il clame le droit des Palestiniens à vivre sur leur terre, et… il rentre à Paris ! Il s'agit là sans doute d'une synthèse trop sèche de la diplomatie française dans ce dossier. Mais elle dit la réalité : plus personne n'ose toucher réellement à la question palestinienne. Elle divise le monde entier, élites et populations confondues. A Lille même, en décembre dernier, les tenants des palestiniens dans le cadre du jumelage Lille-Naplouse multiplient les témoignages des vexations subies en Cisjordanie. A deux pas de là, le Dr Charles Sulman, le président régional du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), reçoit son président national, Roger Cukierman, qui s'insurge contre les prémices d'un boycott des produits israéliens en France ! Et la communauté chrétienne se déchire : la représentante dans le Nord des Amitiés Judéo-Chrétiennes de France, Danielle Delmaire, docteur en histoire contemporaine et professeur à l'Université de Lille III, n'a pas de mots assez durs contre les initiatives de la paroisse Bonne Nouvelle de Marcq-en-Baroeul qui crée des liens avec la paroisse de la Sainte Famille à Ramallah, la capitale administrative des autorités  palestiniennes, au nord de Jérusalem !

En Israël, c'est un mur. Chez nous, c'est un fossé qui se creuse. Un germe de radicalisation, dont nous ne nous méfions pas assez. De l'antisionisme à l'antisémitisme, il n'y a qu'un pas. Et de l'antisémitisme à la ségrégation raciale, il n'y a cette fois plus de… frontière. Ce n'est qu'un tunnel de méconnaissance et de désinformation, qui mène à l'embrigadement et à la guerre. Nous y reviendrons.

Etienne Desfontaines

 

   

Raconte nous !

C'est un bonheur. On élève et on abaisse la voix, on ralentit, on accélère. Et puis, le temps d'une question, on laisse la réponse faire son chemin. Le silence s'installe. Dans la minute qui suit, on est ailleurs. De l'autre côté de la page, mais toujours au cœur du sujet. Dans un monde, un "cloud" comme disent les ingénieurs du web, qui enveloppe celui qui raconte et celui qui écoute.

A ce stade de la démonstration, tout le monde pense à Noël, et file se caler dans le grand fauteuil du salon. Le sapin clignote, les bougies dansent sur la table, le livre est ouvert sur les genoux, et le gamin se glisse sur le côté en pyjama. Un petit mot à voix basse : "remets tes chaussons, tu vas te faire attraper… " La connivence est établie et tout bascule ! Le fourniment dans la cuisine, les rires et les éclats de voix : plus rien ne compte. La paroi de verre est étanche, qui enveloppe celui qui raconte, et celui qui écoute… un conte de Noël.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Tous ceux qui parlent en public peuvent en témoigner. Lire son discours ne mène à rien. Par contre, lever ou baisser la voix, ralentir et accélérer, faire une pause et laisser le silence s'installer. Puis observer son auditoire, lui adresser une attention : "je ne suis pas sûr d'être bien clair, vous me suivez ?…" avant de le prendre à contrepied : ce sont des choses qui s'apprennent. Mais il ne faut pas être dupe. Tout le monde ne sait pas le faire. Certains politiques ou grands animateurs de radios-télévisions y excellent. D'autres moins. Il y a des orateurs qui "racontent" leurs discours, et des auditeurs qui les" écoutent"… avec des yeux d'enfants.

Et puis, il y a un mystère. Le grand reporter, l'ancien directeur de RTL, Philippe Labro, le raconte dans son dernier ouvrage*. Il était aux US, en novembre 1963, lors de l'assassinat du président Kennedy. Il avait pour modèle, en écriture, un homme dont nous avons tous lu l'œuvre phare : Ernest Hemingway (le Vieil Homme et la Mer - 1952). Un géant de la littérature (Prix Nobel 1954), dont la devise était très simple : "Tell it like it was !"  En français : "raconte-nous… dis-nous comment c'était !" Toute la différence est là. Il y a des écrivains qui nous emportent – littéralement – dans leur monde. Ils ne disent pas ce qu'ils voient, ils le "racontent". Ils élèvent ou ils baissent le ton, ils ralentissent, ils accélèrent. Ils traversent des moments de silence. Et puis un mot survient, une expression ou une image. Ils nous font le coup du "remets tes chaussons, tu vas te faire attraper…" Et tout bascule. Ces écrivains-là font notre bonheur !  On les "écoute"….  en noir et blanc, sur écran ou sur papier, peu importe. Ce qui compte, ce sont les étoiles dans les yeux.

Etienne Desfontaines

(*) "On a tiré sur le président" (Gallimard  2013)


Au gui l'an neuf !  

   

"O Ghel an Heu !" lance le druide. Il manie la serpe dans les arbres dénudés.  Et il le clame dans le froid, à l'orée des bois : "Que le blé germe !"  La version celte nous fait répéter phonétiquement : "Au gui l'an neuf !" Sa traduction nous dépose en plein solstice d'hiver. Quand les jours rallongent. Quand on le croit dur comme fer, le germe commence à pointer hors du grain.

Noël, Nouvel An. C'est toujours la même chose. Nous retombons en enfance. Et nous nous projetons dans l'avenir, réunions de familles et cartes de vœux (numériques) à l'appui.  Persuadés de savoir muer, sinon muter, pour devenir des êtres toujours plus complets, plus créateurs et maîtres de notre environnement. C'est le temps des résolutions.

Place à l'anaphore !

François Hollande a eu la sienne, nous avons la nôtre*.

"Moi, citoyen, j'irai voter aux municipales et aux européennes

"Moi, citoyen, je considérerai l'intérêt général avant le mien, dans tout ce que j'entreprendrai

"Moi, citoyen, j'assumerai mes responsabilités, et je prendrai une fonction locale ou associative

"Moi, citoyen, je penserai les mutations de ma commune, de mon pays, de l'Europe et du monde

"Moi, citoyen, je me mettrai en situation d'apprendre : une nouvelle langue (le chinois ou le néerlandais), un nouveau moyen de communication, un nouveau hobby musical, scientifique ou littéraire, pour ouvrir grand les portes et fenêtres de mon esprit

"Moi, citoyen, je boycotterai le flux permanent d'informations, je choisirai mes sources, contradictoires de préférence, et je les consulterai pour forger mon opinion selon mes besoins et à mon rythme

"Moi, citoyen, j'économiserai l'eau et l'énergie de toutes les façons possibles

"Moi, citoyen, j'orienterai mon épargne vers l'investissement producteur de richesse et d'emploi

"Moi, citoyen, je combattrai toutes les formes de repli de la société sur elle-même

"Moi, citoyen, je m'emploierai à éteindre la moindre étincelle de conflit dans mon entourage

"Moi, citoyen, je ne pesterai contre un problème qu'en l'accompagnant de trois solutions possibles

"Moi, citoyen, je me plierai aux recommandations de la médecine préventive

"Moi, citoyen, je ferai de la culture l'avant-garde du développement et du bien-vivre ensemble

"Moi, citoyen,  je vivrai ma religion, mais je n'en ferai pas un prosélytisme ni un obstacle à la laïcité

"Moi, citoyen, je m'engagerai dans un action de formation et je surveillerai l'éducation de mes enfants comme le lait sur le feu

"Moi, citoyen, je me considèrerai en toute humilité comme un artisan du futur

Et je ne me ferai pas d'illusions. Les résolutions sont comme le gui. A peine cueilli, il commence à flétrir. Mais j'irai le plus loin possible. Je me tirerai par le dos, pour ne rien oublier du passé et tout réinventer en 2014. Et puisque c'est devenu ma façon d'être, puisqu'on me dit que j'ai une once de facilité dans l'écriture, alors je mettrai de la musique dans mes mots. Parce que la musique est universelle. Pas ma langue maternelle.

Bonne année à tous !

Etienne Desfontaines

(*) La vôtre nous intéresse, n'hésitez pas à nous la communiquer !

 

 

Quand l'Afrique

s'éveillera

 

La-Ministre-des-Finances-Nigerianne-copie-1.jpgParis, novembre 2013 - Les ministres français ouvrent le sommet de l'Elysée Afrique-France sur un ton timide : « La France a eu un regard stérile sur l’Afrique cette dernière décennie, disent-ils, nous perdons du terrain…» On les sent prudents. Beaucoup trop prudents pour la Ministre Nigériane des Finances, le Dr. Ngozi Okonjo-Iweala (59 ans), qui monte au pupitre. Elle raconte le Nigeria, l'Afrique. Elle met le public dans sa poche, elle le fait rire, mais on le comprend vite, elle va  le prendre de travers.

 

Qui  est donc Ngozi Okonjo-Iweala ? A la fin de la guerre du Biafra en 1970, alors que sa famille a tout perdu, son père l’interroge: « Que te reste t il ? » Elle répond : « Rien ! » Son père corrige : « Tu as une tête bien faite. Utilise-la, construis l’avenir. » Depuis, Ngozi Okonja-Iweala va son chemin. Economiste renommée, diplômée de Harvard, elle intègre la Banque Mondiale, elle ouvre son pays au monde. Ministre des Finances du Nigeria, elle le fait entrer de plain-pied dans le XXI° siècle : de 450 000 lignes de téléphones installées en 30 ans, il passe à 32 millions d’utilisateurs de GSM ! Elle s'attaque à la corruption, elle limoge une série de fonctionnaires, et elle réprime toute les escroqueries sur internet.

 

                                       

"Ceux qui ratent le bateau maintenant,  

le ratent à jamais"  

 

 "Tout le monde investit chez nous, lance tout à coup le Dr. Ngozi Okonjo-Iweala, General Electric pour 1 milliard de dollars, Procter & Gamble pour 2,5 milliards, les Indonésiens d'Indorama pour 1,2 milliard." Et elle laisse tomber : "que font  les Français ?" Cette fois, la salle ne rit plus.  "Sida, paludisme, enlèvements et conflits, continue-t-elle, vous ne parlez que de ça…Mais connaissez-vous le peuple Africain qui se prend en main ? » Le silence est glacial. Alors elle assène : " Ceux qui ratent le bateau maintenant, le ratent à jamais !  Et vous les Français, vous allez devoir travailler dur! »  

 

Le message est clair. C'est à nous de nous réveiller ! Les interventions militaires ne sont pas tout. L'Afrique est une multitude d’opportunités.  Le nouveau rapport Vedrine [1] livre 15 propositions pour créer une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Doubler les échanges avec l’Afrique, c’est créer 200 000 emplois en France dans les 5 prochaines années. Des entreprises montrent l'exemple. L’alsacienne Mecatherm a déployé des lignes de fabrication de pain à Kinshassa, Abidjan et Dakar. Les chantiers navals de Cherbourg vont fournir 30 navires au Mozambique. Et Danone vient d'entrer au capital de FanMilk, le leader des produits laitiers en Afrique de l’Ouest.  Le journaliste Serge Michel prenait récemment une autre image (Le Monde, 18 sept 2013). "Une délégation d’hommes d’affaires français qui débarque au Nigeria, écrivait-il, ça ressemble à un convive qui arrive trop tard dans la soirée dont tout le monde parle, il ne reste rien au buffet…" Alors, osons ! Allons explorer de nouvelles opportunités. Et ne loupons pas le bateau !

 

Pauline Desfontaines

 

Experte Energies Renouvelables – Zone Afrique

 

pauline.desfontaines@gmail.com

 

[1] Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, Décembre 2013

 

Le mille-pattes     

 

 

Lorsque je l'aperçois, il prend du bon temps. Au soleil, sur la terrasse. La manœuvre du mille-pattes est paisible, bien huilée. Droite, gauche, il  ondule  élégamment. Je m'approche. Il se fige. Je me dis que le spectacle va être fabuleux : je vais voir l'animal s'enfuir… à toutes jambes ! Mais je n'y suis pas du tout : il replie toutes ses pattes ! Et il n'en utilise que quatre, pour filer et disparaitre dans une fente !

 

Drôle de bestiole. Un coup d'œil sur internet. J'apprends qu'il s'agit d'une scolopendre. Une bonne dizaine d'anneaux, parfois plus, une paire de pattes à chaque fois. Et l'affaire est compliquée ! En "temps de paix", l'animal ne mobilise pas ses pattes par paire ou par anneau. Il les sollicite une à une, tout le long du corps. En "temps de guerre", par contre, il ne requiert que quatre pattes. Le reste se tortille, pour suivre le mouvement !  Un coup d'œil dans ma mémoire. Une idée en emporte une autre.  Je visualise tout à coup les centaines d'anneaux, qui guettent…  la  réforme  territoriale !

 

Ils sont légion, dans le Nord Pas-de-Calais. Le président du Conseil Régional, Daniel Percheron, son armée de vice-présidents et toutes ses commissions… Le président du Conseil Général du Nord, Patrick Kanner, celui du Pas-de-Calais, Dominique Dupilet, leurs dizaines de vice-présidents et toutes leurs délégations… La présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU), Martine Aubry, ses 10 premiers vice-présidents, ses 12 autres vice-présidents, ses huit territoires et ses 14 conseillers délégués…  La présidente en exercice de l'Eurométropole, Martine Aubry, encore elle, ses trois vice-présidents, et ses multiples intervenants flamands et wallons… Les communautés transfrontalières de Dunkerque et du Hainaut…  Les dizaines d'intercommunalités que la préfecture est en train de mettre en place, de gré ou de force, dans le bassin minier, dans la plaine de Flandre ou dans les vallons de l'Avesnois…  Les 1545 communes du Nord Pas-de-Calais, leurs maires, leurs adjoints, et leurs syndicats intercommunaux…  Ce n'est plus un mille-pattes, c'est un myriapode dont on n’arrive plus à définir les contours.

 

C'est dans ce contexte que la ministre de la Réforme de l'Etat, de la Décentralisation et de la Fonction Publique, Marylise Lebranchu, une revenante des équipes de Lionel Jospin, aborde en ordre dispersé un Acte III de la Décentralisation. Elle n'élimine aucun cubitus du mille-pattes ! Elle tente seulement de lui donner un chef d'orchestre : le président de région, et elle affiche une volonté de mieux répartir les compétences. Mais elle fait face à des bastions plus solides que le mur de la défense sur les côtes de la Manche !

 

Reste un espoir. Que le "temps de guerre" survienne, que la pénurie provoque le sursaut du mille-pattes. Et que trois ou quatre leaders confirmés tirent la région vers le haut. En bonne intelligence avec son vrai moteur économique : le bureau de la CCI Nord de France, sous la houlette de l'ancien ministre de l'agriculture, ancien journaliste devenu banquier, l'infatigable pourfendeur de frontières visibles et invisibles, Philippe Vasseur.

 

Etienne Desfontaines

    

 

Utopie ou pas ? 

 

L'idée vient du ministre délégué aux transports, Frédéric Cuvillier. Il a retoqué le projet de Canal Seine-Nord Europe, en donnant de la voix sur ses prédécesseurs et en remettant l'Etat à sa place: "Ce dossier est un mirage, qui a été porté au plus haut niveau de l'Etat", et en appelant l'Europe à la rescousse : "je compte présenter un nouveau dossier avec une demande de 30% de financement européen". Sans oublier de mettre les belges et les néerlandais, bénéficiaires de l'opération, à contribution ! En clair, pour le Nord Pas-de-Calais, le salut ne vient plus de Paris, mais de Bruxelles, d'Anvers et de Rotterdam !

 

Alors, jouons le jeu. Ne nous mettons plus au "nooord" de la France, mais au sud des pays du nord. Tordons le bras à nos structures napoléoniennes, oublions l'Etat, les départements et nos trente-six mille communes. Pour donner la préférence à l'Europe, à la Région et aux grandes métropoles. L'image devient beaucoup plus nette ! Prenons des exemples.

 

1 – Nous pourrions rassembler toutes les communes inférieures de 3000 habitants dans des entités communales semblables à ce qui existe en Belgique depuis 1980. Nous pourrions rassembler le Conseil Régional et les deux Conseils Généraux du Nord et du Pas-de-Calais dans une seule assemblée, dont les compétences seraient réorganisées et étendues à certaines compétences actuelles de l'Etat. Cette nouvelle assemblée, élue au suffrage universel,  aurait vocation à créer des liens renforcés avec la Flandre et le sud des Pays-Bas, pour former à terme un "Länder" européen, dont la masse critique serait suffisante pour s'imposer au niveau international.

 

2 – Nous pourrions imaginer que les ports de Boulogne, Calais, Dunkerque, Zeebrugge, Anvers et Rotterdam, organisent leurs activités et fédèrent leurs efforts, pour créer une offre portuaire internationale de grande envergure sur le littoral de la Manche.

 

3 – Nous pourrions donner à l'Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai toutes les compétences de LMCU, des communautés de communes de Courtrai et de Tournai.

 
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