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Libfly interroge André Soleau
La voix du Nord parle
du Monde comme il va
Le Club de la Presse accueille André Soleau
http://adan.blogspirit.com/
Maman, j'ai perdu mon Swot
Fête des mères, fête des pères. Les mois de mai-juin nous ramènent tous les ans à la cellule initiale de notre vie. A notre
famille. Qu'est-elle devenue aujourd'hui ? Nous avons tous en tête le poème de Victor Hugo : "lorsque l'enfant parait, le cercle de famille applaudit à
grands cris…" Mais de quel cercle de famille parle-t-on ? Qu'est-ce qu'un enfant découvre aujourd'hui, lorsqu'il ouvre les yeux sur le monde et lorsqu'il capte ses premiers éléments de
langage. Lorsqu'il imprime par tous ses sens ce qui formera ses certitudes, son disque dur dans la vie, son "SWOT" – Strengths (forces), Weakenesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats
(menaces) – comme disent les anglais.
Difficile aujourd'hui de le définir. L'espace familial dans
lequel il surgit peut prendre une incroyable diversité de configurations. Un père, une mère. Deux pères, deux mères. Pas la peine d'y revenir, on vient d'en parler pendant des mois ! Un père au
travail, une mère au foyer. Ou l'inverse. Idem quand les deux parents sont du même sexe. Une mère isolée, sans reconnaissance du père. Un père seul, et une mère connue mais totalement absente.
Des parents séparés, mais qui restent en contact : une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre, en l'absence de tout autre compagne ou compagnon. Des parents séparés, mais qui ont refait leur
vie, soit l'un soit l'autre, soit les deux : deux nouveaux adultes dans la famille, des demi-sœurs, des demi-frères. Des parents divorcés dans le chaos et la douleur, un père ou une mère qu'on ne
voit qu'aux vacances. Idem, dans tous les cas de figure que l'on vient d'évoquer, pour les personnes de même sexe… Sans parler des métissages, des mélanges de langues, de cultures nationales,
internationales, économiques et politiques, artistiques et religieuses.
Arrêtons-nous là. Le fait est établi, et il est complètement
inédit. La complexité de la situation que doit affronter un enfant dès sa naissance en 2013 est inouïe ! Un instituteur, pardon : un professeur des écoles, comme on les appelle maintenant, m'a
lancé récemment : "j'ai 25 gosses dans ma classe, ce sont 25 situations familiales différentes !" Il
exagérait un peu, mais c'était pour lui une façon d'exprimer son désarroi. Pour bien instruire un enfant, il faut le comprendre, s'adapter à ses acquis, construire sur le socle donné par la
famille. "Je ne les comprends plus, me disait ce professeur, je n'arrive plus à discerner le cadre réel dans
lequel ils évoluent…" Quand on connait le besoin de cadre, justement, pour un enfant, quand on en sait la nécessité pour le rassurer, pour le
conforter dans son identité et l'amener au meilleur de ce qu'il peut devenir, on se dit que nos bambins, tous nos bambins, qu'ils soient des quartiers chics ou des cités, qu'ils soient à l'air
libre dans nos campagnes ou ballottés dans les avions de la jet-society, tous nos bambins encore une fois ont bien des raisons de ne plus savoir où ils en sont et de faire des crises d'angoisse
!
Bonne fête à toutes les mamans.
Bon courage à tous les enfants.
Etienne Desfontaines
LE DOUTE
Gruson – Dimanche 7 avril 16h
Les pales d'hélicoptères ronflent au-dessus de nos têtes. La
voiture du directeur de course sort en hurlant du pavé de l'Arbre. Je serre la petite (4 ans) dans mes bras. Cent mètres de creux : deux hommes casqués, lunettes noires, surgissent roue dans
roue. Fabian Cancellara et Sep Vanmarcke. On a juste le temps de percevoir la hargne, la tension de la chaîne sur les roulements à billes. La meute des suiveurs écrase le dixième de seconde de
silence qui submerge les vrais supporters. Je jette un œil à la petite. Elle a les yeux grands ouverts, les mains sur les oreilles. Trop d'images, trop de fracas. Ce n'est plus du sport, c'est du
spectacle. Ce n'est plus du spectacle, c'est un enfer mécanique. Comment ces hommes font-ils pour tenir ? L'édition 2013 du Paris-Roubaix a été la plus rapide des temps modernes ! Je pense à Tom
Boonen, à Lance Amstrong, au vainqueur de cette année, Cancellara, et à bien d'autres. Tous ont été suspectés ou convaincus de dopage. Il y a comme un doute….
Strasbourg – Dimanche 7 avril 20h
Les résultats du référendum sont attendus. Haut-Rhin,
Bas-Rhin, Région Alsace : les trois assemblées ne pourraient plus faire qu'une, c'est un espoir, un exemple pour d'autres territoires. Une réforme, enfin une, venue du terrain, un premier pas
dans une nouvelle ère qui donne de l'élan aux régions ! Ce sera "non". Le Haut-Rhin ne veut pas se faire avaler par le Bas-Rhin, les communes, les métropoles, ne songent qu'à garder leurs
prérogatives. Les promoteurs de l'opération ont monté une usine à gaz : un parlement à Strasbourg, un exécutif à Colmar. Personne ne s'y retrouve. Le projet est mort-né. La Nation n'y arrive pas,
les territoires non plus. Y-a-t'il encore des réformes possibles en France ? Il y a comme un doute….
Lille (Loos) - Vendredi 5 avril 15h
Je fais face au président du directoire de Bayer Santé,
Markus Baltzer, dans le Parc Eurasanté. Il arrive de Berlin, le taxi vient de le déposer. Vaste bureau, simplicité du mobilier. Deux ou trois points d'agenda à régler avec son assistante, un
document à signer, il me rejoint à la table de réunion. Accompagné, c'est la règle, de sa directrice de communication. Objet de l'entretien ? Le doute ! La suspicion. Le médicament : Dr Jekyll ou
Mr Hyde ? La question est lancinante. Les progrès sont fantastiques, l'espérance de vie passe la barre des 80 ans, mais la rupture est consommée entre le grand public et l'industrie du
médicament. On la met tous les jours au pilori de la finance ou de l'accident thérapeutique. Markus Baltzer est confiant. Il a des arguments, il trouve les mots : "je ne voudrais pas vivre comme mon grand-père et mon arrière grand-père ! " Nous y reviendrons dans une autre chronique. Il fustige ce doute qui ronge la
France, et qu'il ne retrouve pas ailleurs dans le monde !
Moralité
Le sport, la politique, la médecine, on pourrait parler de
l'économie évidemment : il n'y pas pire cancer que le doute. Il n'est pas foudroyant. Mais il est implacable.
Etienne Desfontaines
Marthe et Marie
Le hasard fait parfois bien les choses. Les 115 cardinaux électeurs, qui entrent en conclave, sont logés dans
la maison Sainte-Marthe. Il n'y a pas femme plus remuante ! Les évangiles (Luc 10 ; 38-42) nous disent qu'elle était la sœur d'une douce femme, Marie, qui se contentait d'écouter la parole du
Seigneur, assise à ses pieds. Alors qu'elle, Marthe, s'agitait pour assurer "les multiples soins du service" de la maison. Silence et agitation. Méditation contre rumeur du monde. On imagine la
tension relative de ces 115 "personnages en quête d'auteur", dont la moyenne d'âge est de 77 ans, tous nommés par leurs deux illustres prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoit XVI, sans avoir
participé pour autant, ni les uns ni les autres, à la "révolution" de l'Eglise dans la seconde moitié du XX° siècle : le concile Vatican II !
Sont-ils réellement des hommes d'avenir ? Vont-ils élire un
homme qui représentera le collège des évêques, dont il sera issu, avec le discernement et l'énergie nécessaire pour assurer les "multiples soins du service" auprès du monde, un homme capable
aussi de réformer la Curie et de sortir ses officiants, cardinaux, prêtres et évêques, des ornières morales dans lesquelles ils se sont fourvoyés. Vont-ils au contraire retenir un nouveau grand
théologien, à l'image de Benoit XVI, qui s'en remette à Dieu et pointe constamment du doigt un idéal de vie ? Ou bien encore, vont-ils choisir un nouveau "curé du monde", comme l'était le très
charismatique Jean-Paul II, qui arpente la planète et réunisse autour de sa personne toutes les diversités d'expression de la foi catholique ? Il n'y aura probablement pas de miracle. Juste le
souffle de l'Esprit-Saint, disent les croyants.
Reste que cette élection papale, ses pompes et ses ors aux
relents désuets d'un début de XX° siècle, est absolument fascinante et… déroutante pour le commun des hommes. Fascinante parce que l'histoire de l'Eglise est aussi celle d'une très large partie
du monde, à commencer par celle de la vieille Europe : c'est le phénomène de l'inculturation. Le lien est très étroit entre vie culturelle et vie cultuelle, entre beauté et foi, on le relève sans
arrêt dans nos musées et nos palais républicains. Fascinante aussi parce que le monde en mutation qui s'ouvre sous nos pieds, l'effacement programmé de nos racines et nos doutes sur l'avenir,
nous mettent en quête de sens. Les hostelleries des monastères font le plein. Déroutante enfin, parce qu'absolument contraire à notre sens de la laïcité, à notre façon de concevoir la gestion
d'une institution internationale par la démocratie, à notre rejet de plus en plus marqué de toute hiérarchie verticale pour préférer la vie en réseaux !
Moralité
Au travail, dit Marthe !
"Le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde", répond
Marie.
Moralité
(bis)
Une chose est sûre, le temps de l'Eglise n'est pas celui du
monde
Une autre aussi : le pape ne sera pas une
femme.
Etienne Desfontaines
Photo :
"Le Christ dans la maison de Marthe et Marie" Tableau de Johannès Vermeer (vers 1655)
Gethsémani
Gethsémani… C'est
un jardin sombre, dans la vallée du Cédron, au pied du Mont des Oliviers. Le Christ s'y retire juste avant sa Passion. Il y ressent "effroi et
angoisse", dit l'évangéliste Marc. Il s'isole, il tombe la face contre terre, et il prie. Pendant ce temps-là, Saint Pierre et deux autres de ses apôtres,
le premier cercle de son entourage, s'endorment… Benoit XVI n'est pas le Christ. Les cardinaux ne sont
pas les apôtres. Mais ils en sont les successeurs. La comparaison n'est pas dénuée de sens. Elle peut éclairer le fait stupéfiant du renoncement du pape à conduire plus avant les affaires de
l'Eglise.
Joseph Ratzinger, devenu Benoit XVI par la volonté de ses pairs à la mort de Jean-Paul II, est d'abord un théologien. Un
grand intellectuel, convaincu de l'amour de Dieu. Il a servi "l'intelligence de la foi, le dialogue interreligieux, la nouvelle évangélisation, la charité dans la vérité, la paix entre les
nations", dit le porte-parole de la conférence des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. C'est un homme de Dieu. Qui se sait à bout de forces, et qui voit la fin arriver. Il a besoin de
s'isoler, et de prier. C'est son Gethsémani. Un moment dans lequel il puise ses dernières énergies : les plus belles, celles qui vont l'amener à passer dans une autre Vie. Il vit pleinement son
Espérance et sa confiance en Dieu, au cœur même de son extrême faiblesse. C'est son pouvoir spirituel. De celui-là, il ne s'est pas défait. Bien au contraire, il en témoigne avec une acuité
inouïe. "Ce Pape est grand, dit encore Mgr Podvin, il désigne par le don de sa vie, Quelqu'un de plus grand que lui…"
Le même Joseph Ratzinger, qui a été porté à la tête de l'Eglise en avril 2005, sort pourtant de sa méditation. Il observe son
Eglise, comme le Christ ses apôtres. Il en perçoit la force d'inertie, ses divisions, son manque d'enthousiasme à aller porter la Bonne Parole. Il la sait en décalage par rapport au relativisme,
au libéralisme de la société moderne. Pas vraiment incapable, mais pas tout à fait sûre non plus, de l'entraîner vers un idéal de vie. L'Eglise, l'institution, est devenue minoritaire sur une
bonne partie de la planète, elle n'en est plus le ferment culturel. Pour le redevenir, elle doit repenser sa façon d'être. Spirituellement, mais aussi structurellement. La hiérarchie romaine,
catholique et apostolique, est aujourd'hui désuète. Elle ne pèse plus sur le politique, au sens fort du terme : sur la vie de la Cité. Urbi et Orbi. Ce pouvoir-là est perdu.
Pour le reconquérir, il y faut plus que de l'énergie. Cela suppose une autre vision du monde. Au cœur de la démission de
Benoit XVI, il y a la conscience très humble et très respectable – elle fait l'unanimité – de ne plus avoir la capacité physique de mener pareille entreprise. Il y a aussi la conscience de ne
plus savoir comment s'y prendre, et de devoir passer la main à la génération suivante. C'est tout aussi respectable. Et c'est une fenêtre ouverte sur un nouveau monde, dans lequel on témoignera
de l'amour de Dieu… autrement qu'en pourpre cardinalice et en latin !
Etienne Desfontaines
Trois hommes
Le temps et la raison
Jeudi 10 janvier, 10h - Je suis là pour l'interviewer, mais c'est Patrick Peugeot qui m'observe. L'ancien patron de La
Mondiale (76 ans) vient de descendre du TGV. Quatre stations de métro plus loin, il atteint son ancien bureau (Mons-en-Baroeul). Et il parle. Une seule question a suffi : "qui êtes-vous, Mr
Peugeot ?" Il énumère : l'école polytechnique, l'ENA, la Cour des Comptes, la création des contrats de plan et le programme PEON (Production d'Energie d'Origine Nucléaire), l'avènement de la
télévision en couleur, le premier prélèvement automatique (EDF), les nationalisations de 1981, La Mondiale enfin, et puis le Conseil de développement de la Communauté Urbaine de Lille, et le
Forum de l'Eurométropole… Les noms se bousculent : De Gaulle, Pisani, Nora, Chaban, Marie-France Garaud, Mitterrand, Rocard, Delors, et puis Mauroy, Aubry… Je l'arrête. Je lui dis : "en
somme, vous avez toujours un temps d'avance !..." Il me regarde, interloqué. Il se demande si c'est un compliment ou une critique. Il n'ose pas penser à… une fuite en avant. Le court
silence qui s'installe en dit long sur la seconde moitié du XX° siècle.
Jeudi 10 janvier, 12h30 – François Mabille descend lui aussi du train. Un V'Lille plus loin, je le retrouve dans les
profondeurs des Facultés Catholiques. Le visage rond, la quarantaine à peine avancée. Doyen honoraire, déjà, de la Faculté des sciences sociales et économiques de l'université catholique de
Paris, il travaille sur les relations internationales contemporaines, et il vient de créer à Lille une chaire très attendue : "Enjeux de société et prospective". Lui n'est pas dans
l'action, il se demande d'abord ce qu'il doit enseigner à ses étudiants. Un savoir ? Un "apprendre à apprendre" ? Ou une certaine sagesse qui hiérarchise le flot de savoir qui circule,
immédiat et continu, à la surface de la planète ? Le regard qu'il porte sur le temps a une caractéristique extraordinaire : il tourne à 360°. Il est en quête de sens.
Mardi 15 janvier, 11h – Le quartier est réputé difficile. La petite boutique ne paye pas de mine dans la rue du Faubourg des
Postes (Lille Sud). Quentin Carnaille est souriant. Mince, le regard dense, il n'a pas trente ans, une formation d'architecte, et depuis toujours une furieuse envie de créer. Il a jeté son dévolu
sur des mécanismes de montre. Il les démonte, il les rassemble dans des structures fines et étranges, qu'on peut porter au poignet. Immobiles. "Plus personne ne regarde sa montre,
lance-t-il, ce sont les téléphones et les ordinateurs qui donnent l'heure…". Et il avance son idée : "la maîtrise du temps est une invention mentale… A tout bien considérer, si
l'infini existe, il n'y a pas de temps…Les montres mécaniques sont comme le Parthénon ou les Pyramides, témoins d'une culture et d'une beauté passées, d'une certaine forme d'éternité
!"
Trois hommes, trois générations. On peut se demander qui a raison. Celui qui a un temps d'avance ? Celui qui cherche où va le
temps ? Ou celui qui indique, montre en main, qu'il n'y a plus de temps ? On peut se demander aussi si la" raison" est le bon critère pour observer, selon le propos de notre hôte, "le monde
comme il va"….
Etienne Desfontaines
Le Noël de Lucas
La sirène retentit dans la radio. Le message tombe sur les panneaux d'autoroute. "Alerte enlèvement ! Un nourrisson de deux jours a été enlevé à la maternité régionale de Nancy…" La description de l'enfant est précise : c'est un garçon, il s'appelle Lucas, il porte un pyjama bleu. Celle de la ravisseuse, aussi. Elle est de type
européen, elle a moins de vingt ans, les cheveux tirés en arrière, elle serait vêtue d'un blouson, d'une chemise et d'un pantalon sombre. Elle aurait transporté le nourrisson dans un sac de
couleur tenu en bandoulière…
Dans l'habitacle, on frémit. L'image de l'enfant surgit. Ballotté, dans le noir. Il n'a plus de repères : le toucher, les
odeurs, les bruits, il ne reconnait plus rien. Il a perdu le son de la voix de sa maman. Il se met à pleurer. Les secousses se font plus nerveuses, la jeune fille est contrariée. Elle ne peut pas
s'en occuper tout de suite. L'image de la maman, aussi, survient. On la réveille, on la somme de répondre à des questions, on lui dit la vérité. Elle pense que c'est un mauvais rêve, qu'elle va
se réveiller. Elle espère que son bébé n'est pas encore sorti de la maternité, qu'on va le retrouver au bout du couloir. Son mari arrive. Elle s'effondre.
Personne ne raconte jamais tout ça. Pourtant, il se passe quelque chose d'extraordinaire. C'est un des effets les plus
intéressants, il faut le noter, de l'immédiateté des medias, radios, télévisions, ordinateurs, tablettes et mobiles réunis, alors qu'il est de bon ton de la pourfendre régulièrement. Du fait de
la décision d'un procureur, des millions de personnes entrent à un instant "t" en communion avec ce jeune ménage et son petit Lucas ! Deux ou trois témoignages décisifs suffiront, mais tout le
monde, et quand on dit tout le monde, on pense à toute la communauté française, belge et luxembourgeoise, proche ou éloignée de Nancy, tout le monde conservera un souvenir pénible de ces heures
tendues où l'alerte a été répétée. Tout le monde poussera un soupir de soulagement, lorsque la ravisseuse aura été repérée, le petit Lucas retrouvé et rendu à ses parents.
Le scénario s'est reproduit douze fois depuis la création du dispositif, en 2005. Dans tous les cas, les enfants ont été
retrouvés vivants. Des témoignages sont tombés, qui ont permis aux enquêteurs d'agir vite. On se prend alors à rêver. Après tout, nous sommes à la veille de Noël. Nous sommes des millions,
capables d'intervenir en urgence, pour tirer une famille de la détresse. Pourquoi ne faisons-nous pas la même chose, gouvernement, citoyens, opérateurs radios, téléphones et internet, dans
d'autres situations ? Pourquoi laissons-nous mourir par exemple des personnes seules, les cas se multiplient, à deux rues de chez nous ou derrière la porte du palier ? Pourquoi ne lançons-nous
pas des "alertes solitude", avec la même
vigueur que les "alertes enlèvement" ?
Le petit Lucas est sauvé. Tout le monde n'aura
pas cette chance-là, dans la nuit de Noël.
Etienne Desfontaines
Paris en
novembre
Rive gauche - Le Musée Maillol
accueille le plus célèbre des vedutisti (peintres de paysage urbain) du 18ème siècle, le vénitien Giovanni Antonio Canal (1697 – 1768), dit Canaletto. C'est un homme qui
observe "Venise comme elle va", pour paraphraser notre hôte. Sauf qu'au lieu des mots, ce sont des "vedute" (des panaromas) qu'il donne à méditer. Sa peinture est d'une telle
limpidité et d'une telle précision, qu'on entre de plain-pied dans la Venise encore florissante du 18ème siècle. Le Grand Canal (photo), la place San Marco, tout ici respire
la grandeur et la prospérité. Doublées d'une étrange mélancolie. Sans doute la lumière, toujours rasante. Et l'utilisation de la fameuse "chambre optique" : l'image est captée par une lentille,
puis mise à plat et décalquée sur un verre dépoli. On s'enthousiasme, et en même temps, on perçoit le biais. Le peintre embellit la ville surgie des eaux, alors qu'elle a déjà beaucoup perdu de
son importance politique.
Rive droite - Les parisiens font la queue devant le Grand-Palais. Ils n'ont qu'une
hâte : aller à la rencontre de l'Amérique profonde, dans la lumière d'Edouard Hopper (1882 – 1967). D'une salle à l'autre, les motels, les stations-services, les enseignes publicitaires, les
voies ferrées et les rues désertes, évoquent une société en pleine mutation. La grande dépression précède de peu le rush de la consommation. Pourtant, la solitude des silhouettes jetées dans le
décor prend le visiteur à la gorge. La pièce maîtresse de l'exposition, "Nighthawks" (les Noctambules – 1942*), spécialement prêtée par l'Art Institute of
Chicago, nous amène au fond d'un bar. Le néon déverse une lumière crue. Un couple, un homme seul, deux chapeaux, une robe rouge, le barman en tenue blanche : le silence est insoutenable. La
lumière d'Edouard Hopper ne nous pousse pas seulement à l'introspection. Elle nous bascule dans le vide. Les américains de l'époque, nos futurs libérateurs, portent en eux le germe de leur
fantastique déploiement de richesses, et celui de leur désillusion. Il suffit de les observer, pour atteindre les limites de "l'american way of life".
Place de la Concorde – Les Champs-Elysées, le Quai d'Orsay, l'Assemblée Nationale,
l'esplanade des Invalides : tout Paris est aux couleurs de l'Italie. Du vert, du blanc, du rouge partout. Pour qui ? Pourquoi ? Renseignements pris, le président italien, Giorgio Napolitano, est
en visite d'état. L'Elysée s'est fendu la veille d'un dîner. Les medias s'en moquent. Et François Hollande est déjà parti à Bruxelles. De toute façon, le tapage de l'UMP le dispute au dérapage du
président qui affirme sans rire que "la loi s'applique pour tous, dans le respect, néanmoins, de la liberté de conscience !..." A
Colombey-les-deux-églises, le Général de Gaulle s'est retourné dans sa tombe. Dans le TGV qui me ramène à Lille, je n'ai pas trop d'une heure pour digérer le sentiment, persistant, de vivre la
fin d'une époque.
Etienne Desfontaines
(*) www.artic.edu/aic/collections/artwork/111628
L'homme Légo
Cette fois, nous y sommes. L'homme Lego est né. Et le fait est reconnu par une des plus hautes institutions de l'humanité :
la Fondation Nobel, et son comité réuni au "Karolinska Institutet" pour attribuer le prix physiologie et de médecine 2012. Le lauréat, le Pr Shina Yamanaka (Kyoto), 50 ans, surgit sur les écrans.
Il a le visage enfantin et le sourire engageant. Il raconte les choses, plutôt qu'il ne les explique. Avec lui, ce qui va littéralement bouleverser la médecine et la conception de la
famille, devient très simple.
Il suffit de prendre des cellules de peau, de leur injecter quatre gènes, à l'aide de virus qui les intègrent dans l'ADN
cellulaire. Les nouveaux gènes déclenchent le "rajeunissement" des cellules : elles deviennent des cellules souches pluripotentes induites (iPS*), qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des
cellules embryonnaires. On peut les différencier, elles deviennent des neurones, des cellules sanguines, des myocytes ou des hépatocytes… Voilà tout. "C'est très facile, lance le japonais du fond de son Centre de
Recherche et d'application pour les cellules iPS (CiRA*), si vous savez cuisiner, vous pouvez préparer des cellules iPS
!" Et il ajoute, pour les Nuls en génie génétique : "nous avons mis au point des kits pour cela !"
En clair, soit on garde l'image culinaire, et à partir d'une dizaine d'ingrédients, on vous monte un homme comme des blancs
en neige. Soit on file la métaphore, on met tout ça entre les mains d'un enfant, et quelques bonnes dizaines de Lego suffiront à construire une petite famille un lendemain de Noël ! L'homme
nouveau est arrivé. On ne lui greffera plus un cœur, un foie ou un poumon. On les reconstruira, cellule par cellule. Et pour peu qu'à partir d'une poignée de cellules de peau, on produise des
gamètes et des ovocytes, qu'on les fasse se rencontrer dans un bouillon de culture, bonjour monsieur, bonjour madame, le tour sera joué ! Les bébés des temps modernes trouveront leurs origines,
et leurs amours fondateurs, au fond d'une éprouvette ! Les généalogistes fréquenteront les "CiRA" pour mettre leurs dossiers à jour !
Plus sérieusement, on imagine bien ce qui va se produire. Cette perspective peut être fantastique, ou tragique. Les progrès
thérapeutiques qu'elle annonce vont sauver des millions de vies humaines. Les dérapages qu'elle va sans doute susciter seront plus redoutables qu'un lâcher de bombes atomiques sur tout ou partie
de la planète. A côté de ce qui se prépare, nos débats éthiques à peine tendus du moment sont du domaine des lilliputiens. Les religions vont y perdre leur latin. Nous allons devoir nous atteler
à une nouvelle définition de l'humanité.
Le Nobel de médecine est un prix d'ordre scientifique et technique. Il sera intéressant de savoir à qui seront attribués les
prix de littérature et de la paix. S'ils montrent le chemin d'un nouvel humanisme, nous avons une chance de ne pas nous voir réduits à… un jeu de Lego !
Etienne Desfontaines
(*) iPS : "Induced Pluripotent Stem cells"
(**) http://www.cira.kyoto-u.ac.jp/e/
Les enfants et
la guerre
"Monsieur, vous avez
fait la guerre ? " La question tombe, et je ne l'ai pas vue venir. Je parle à des CM1-CM2, dans le
cadre du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines (1214), et comme d'habitude, je m'enthousiasme, je
donne des images. La cavalerie de Philippe-Auguste ? Des centaines de chevaux de trait qui labourent le champ de bataille à toute allure, et qui terrorisent les hommes à pied. Les tenues de
combat ? Des cottes de mailles, des surcottes aux couleurs chatoyantes, des heaumes, des épées et des boucliers aux armes des héros qui s'élancent dans la mêlée. La petite est au fond de la
classe. Elle y a cru. Pour elle, j'y étais. Ou d'une façon ou d'une autre, j'ai vécu la guerre.
"Monsieur, vous avez
fait la guerre ? " Les deux secondes qui passent sont une éternité. Je jette un coup d'œil à l'instituteur. Il est ébahi. Il ne m'est d'aucun
secours. En même temps, je revois mes parents. Tous les deux, nés à Lille, en 1912. A deux ans, la grande guerre leur est tombée dessus. Ils en ont subi toute la rigueur. A 28 ans, ils sont
entrés dans la seconde guerre mondiale. Ma mère a vécu l'évacuation. Mon père a été fait prisonnier dans les Ardennes, emmené au Stalag IV D, sur les bords de l'Elbe. La guerre, ils ont su ce que
c'était. Pas moi.
Alors je décide de faire le grand saut. Le court silence les
a surpris. Ils ouvrent des yeux grands comme des soucoupes. Je fixe la petite au fond de la classe et je prends les autres à témoin : "écoute-moi
bien, dis-je, et vous autres, écoutez moi, vous aussi". C'est une vieille habitude. Ce sont des mots qui ne servent à rien. Mais ils me donnent
le temps de construire ma pensée. "Je fais partie de ces jeunes qui ont eu une chance extraordinaire, je suis né trois ans après la guerre 40, il faut que
vous le sachiez, vous aussi, vous avez cette chance-là : ça fait plus de soixante ans qu'il n'y a pas eu de guerre, ici à Lille, sur notre territoire ! Il y a eu bien d'autres guerres dans le
monde, en Indochine, en Algérie, au Vietnam, en Afrique, en Afghanistan… Mais pas ici. J'étais trop jeune pour l'Algérie, je n'ai jamais été emmené à la guerre, vous vous rendez compte
?"
Ils sont interloqués. Dans la foulée, je joue mon va-tout. Je
laisse tomber une question qui, je l'espère, va resurgir le soir à table. L'instituteur ne sait pas où je vais. Il est inquiet, ça se voit. "Je te pose la
question, dis-je en reprenant la petite entre quatre yeux, demande-toi : qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas eu de guerre ici pendant plus de soixante
ans ? " Je n'ai évidemment pas de réponse. Mais j'ai gagné : le silence est lourd de sens. Alors, je me tourne vers les autres, et j'enfonce le clou : "et vous autres, demandez-vous, qu'est-ce qui fait qu'il n'y aura pas de guerre ici dans cinq ans, ou dans dix ans
?" Même silence. Même vertige dans les têtes. Y compris dans celle de l'instituteur. Qui rompt la magie, en appelant une autre question sur Bouvines. C'est une évidence : il est beaucoup
plus facile de parler de la guerre, que de la paix.
Etienne Desfontaines
Le petit avale le gros
Le Qatar est un minuscule confetti de 11 437km² pour 1,
5 million d’habitants, abandonné aux sables du désert dans sa majeure partie et aux températures estivales extrêmes. La France, forte de ses 550.000 km² pour 65 millions d’habitants, revendique
le cinquième rang des puissances sur l’échiquier international.
Et pourtant. Les Qataris investissent sans relâche dans le monde entier avec une attirance particulière pour la France. Grâce au pétrole et au gaz dont ils tirent des revenus
illimités, bien sûr, mais aussi aux lois généreusement accordées par nos politiques. Les résidents qataris en France ne paient pas l’ISF et les
investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values.
De quoi donner des idées ! Le sport a bien sûr été
l’objet de la convoitise des compatriotes de l’Emir et notamment de ses proches. Le Paris SG en tête tout comme l’hippisme avec le prix de l’Arc de
triomphe, sponsorisé pour cinq ans et donc rebaptisé pour la circonstance. Le Tour de France cycliste, dont il se murmure qu’il pourrait partir du Qatar en 2016, fait également partie des objectifs ciblés.
La boulimie acheteuse ne s’arrête pas là. Il y a les médias
avec Al-Jazeera qui va devenir un acteur incontournable des retransmissions télévisées. L’économie avec des participations plus ou moins conséquentes dans Lagardère, Dexia, Vinci, Veolia
environnement ou même le Tanneur, le maroquinier de luxe qui y a laissé sa majorité. L’hôtellerie de prestige (Majestic, Royal Montceau à Paris, le Carlton à Cannes…), des casinos, des châteaux,
des hôtels particuliers sont également tombés dans l’escarcelle avec la bénédiction de la classe politique qui, de gauche comme de droite, fréquente assidument les palaces du Qatar. Seul Areva,
le fleuron de notre nucléaire, a échappé pour l’heure aux tentatives d’intrusion. Mais EADS fera un joli lot de consolation.
Tout cela est conforme au libéralisme et à la mondialisation.
Mais dans le même moment, l’Etat français vend ses bijoux de famille pour payer ses dettes. Le siège de la Gendarmerie nationale, dans le XVIème est à vendre, tout comme deux prisons à Lyon, des
châteaux appartenant à l’armée, une ancienne caserne militaire… Au total, 1872 biens devraient être cédés dans les trois ans. Cherchez l’erreur.
A.S
Vie privée, vie publique
Que Mireille Dumas ne nous en veuille pas ! Le titre de son émission télévisée colle parfaitement à
l'actualité du moment ! Tous les ténors politiques étalent, bon gré mal gré, leur vie privée.
Dominique Strauss-Kahn ? Pas besoin d'explication. Ses frasques sexuelles l'ont laissé dans les
starting-blocks de la course à la présidentielle. Il a discrédité pour un bon moment les fonctions politiques qu'il occupait, les medias lui ont emboîté le pas dans les bas-fonds de l'humanité,
et le monde doit entreprendre de reconstruire une certaine image de la femme qu'il a méchamment chiffonnée. Le gâchis est total.
François Hollande ? Imaginons que le député de Corrèze arrive en tête de la primaire socialiste. On se demande
bien quelle sera l'attitude de Ségolène Royal. Dans le genre soutien alambiqué, à la façon du "je t'aime, moi non plus" de Serge Gainsbourg, on ne
pourra pas faire mieux ! Nous allons assister dans ce cas-là à un "pas de deux" qui restera dans les annales ! La première dame de France, celle qui aurait alors de grandes chances de poser le
pied sur le perron de l'Elysée, ne serait sans doute pas celle qui l'aurait le plus voulu ! Gare au retour de manivelle. Les haines contenues sont les plus tenaces.
Martine Aubry ? Elle est la fille de Jacques Delors. C'est un grand bonheur. On en connait beaucoup qui
rêveraient d'être à sa place, et de recevoir la bénédiction d'un Père de l'Europe aussi attentionné. Il faudra pourtant bien qu'elle se fasse un "prénom". Et il ne faut pas se méprendre : avoir
l'Europe en bandoulière sur les tréteaux de la présidentielle, ce n'est pas forcément un atout. Les gens de la "vraie vie", les gens de petite
condition qu'elle veut rassembler, regardent Bruxelles d'un œil torve. Il arrive toujours un moment, où il faut tuer le père.
Nicolas Sarkozy ? Le voilà bientôt papa. Il n'en est pas à sa première expérience, loin de là, mais ceci
n'empêche pas cela : c'est une nouvelle responsabilité qui lui incombe, et tous les hommes le disent, il n'y a pas plus grande mission que de guider un enfant dans la vie ! Si l'adage de Victor
Hugo se vérifie, le "cercle de famille" va s'agrandir à l'Elysée. La France électorale va se pencher sur le berceau. Mais ce n'est pas l'enfant du
Château qui va engranger le capital de sympathie. C'est son père. Ça lui sera bien utile.
Allez, c'est dit. Dominique, François, Martine et Nicolas sont des personnages politiques. Mais ce sont aussi
des hommes, des femmes, des personnes privées. C'est d'ailleurs ce qui fonde leur humanité. Ils ont beau évoluer sous les ors de la République, ils se retrouvent comme nous tous, nus, et
abandonnés aux autres, dans les moments les plus forts de leur vie : leur naissance, leur nuit de noces et leur mort. Ne pas en tenir compte, ce serait une erreur. On touche là à l'intimité
profonde d'un roi, ou d'un président de la république, avec son peuple.
Etienne Desfontaines
Mon petit doigt m'a dit…
"Radio-moquette" dans les grandes entreprises, "ragot" de quartier dans les
communes, "médisances" et "coups d'épingle" qui deviennent vérité dans une famille, un collège ou une association, "peaux de banane" dans une carrière professionnelle ou politique, "racontars"
qui détruisent un couple, il y aurait un livre à écrire : la rumeur a une histoire. Elle est parfois pittoresque, souvent dramatique, toujours édifiante ! Succès d'édition garanti. On y
découvrirait, entre autres caractéristiques malfaisantes, que le "bruit qui court" va toujours plus vite que les standards d'information du moment. Plus vite que le cheval, plus vite que le train
et l'avion, plus vite aujourd'hui que les "bits" et les "octets" de notre monde numérique. C'est un mystère.
On y découvrirait aussi que le règne du "mon petit doigt m'a dit…" ne survient que dans certaines conditions. Dont une, essentielle. Les médecins savent ça. Lorsqu'un organisme réagit, immédiatement et de façon disproportionnée, à une
information donnée par la dernière phalangette de son auriculaire, c'est qu'il s'en tient à "l'arc réflexe" ! La tête ne commande plus. Il
n'y a plus de pilote dans l'avion. C'est exactement ce qui se passe dans le cas d'une rumeur.
Quelle que soit son ampleur, elle ne peut se développer que sur un terrain fragile. Déstructuré, ou décérébré. C'est vrai dans une famille dont
les fondements s'estompent, c'est vrai dans un quartier dont les animateurs s'essoufflent, c'est vrai dans une entreprise dont le chef ne tient pas vraiment les rênes, c'est vrai dans le monde
économique et politique qui s'ouvre aujourd'hui sous nos yeux ébahis. Il manque une gouvernance au XXI° siècle, il manque une tête à la planète, qui crée du lien, qui focalise toutes
les nations et les structures économiques sur la construction du bien-vivre ensemble, au lieu de se laisser mener par les intérêts des uns
et des autres. Il lui faut un QG qui commande réellement les réactions aux vraies comme aux fausses informations.
Beaucoup le disent aujourd'hui : le politique doit reprendre la main. En France, en Europe, à l'international. Dans ce contexte, confier le
cordons de la bourse et donner les clefs de la maison Europe à Herman Van Rompuy, un habile négociateur belge qui gère les choses avec doigté plus qu'il ne les commande avec vigueur, c'est
obtenir la paix dans le secteur pour un temps. Mais ce n'est pas engager les réformes nécessaires, et ce n'est surtout pas donner une pièce maîtresse à ce qui pourrait être une nouvelle
gouvernance mondiale. Le bouche-à-oreille a encore de beaux jours devant lui !
Etienne Desfontaines
Hervé Ghesquières
:
Un homme libre, un journaliste
libre
L'homme est passionnant, l'aventure est passionnante. Ce qu'on
apprend avec Hervé Ghesquières, l'un des deux otages rentrés d'Afghanistan, ce n'est pas tant l'histoire de leur enlèvement, que ce qui se passe en Afghanistan. On prend aussi une belle leçon de
journalisme, et on apprend surtout ce que c'est "qu'être un homme libre". Envers et contre tout, 547 jours durant.
Le
chaînon manquant
Ce qui se passe en Afghanistan, soyons honnêtes, qui s'y intéresse
vraiment ? Et pourtant, nos soldats meurent là-bas. "25 morts en un an et demi, clame Hervé Ghesquières, presqu'autant qu'en huit ans de présence française à Kaboul !" Aujourd'hui, le journaliste a un auditoire. Alors
il parle, et il explique. Il raconte la route de Kaboul à Peshawar (Pakistan). Le flux de camions qui passent sur ce qu'on appelle "l'axe Vermont". "Les
camions, dit-il, ce sont des commerces qui tournent, des civils qui réapparaissent, une vie normale qui s'installe, des talibans qui n'ont plus de
raison d'être". On comprend l'enjeu, et le rôle des français qui surveillent le secteur. Mais il y a un "chaînon manquant". Un bout de route
sans bitume, à quelques dizaines de kms de Kaboul. C'est là que les deux journalistes sont allés, parce que c'est là que sévissent les talibans,
c'est là aussi que des civils peuvent trouver un job sur l'un des rares chantiers ouverts, sous la protection de l'armée française. C'est là qu'ils avaient une chance de croiser tous les
protagonistes de la guerre en Afghanistan. C'est sur cette route qu'ils ont été piégés, et kidnappés.
Un
journaliste de terrain
Le rôle du journaliste ? Hervé Ghesquières tape du poing sur la table. A peine rentré de l'enfer, il le dit haut et fort : "je veux continuer à
être journaliste de terrain, je veux continuer à travailler sur des sujets qui m'interpellent, pour les décoder et les expliquer…" Et il tonne : "nous sommes envahis d'informations brutes, de propagandes, de communication, moi je suis journaliste, je veux comprendre, je veux voir tous les angles, toutes les
entrées du problème. Subjectif, on l'est, c'est humain, mais on doit au moins être honnête, essayer d'aller voir tout le monde." Tout le monde,
en Afghanistan, c'est l'armée française, mais aussi l'armée et la police afghanes, les talibans, et surtout les habitants, ceux qui se débrouillent pour survivre entre les tirs. Les deux
journalistes avaient commencé à enregistrer des témoignages. C'est pour cela qu'ils y étaient allés. C'est pour cela qu'ils ont été piégés, et kidnappés.
Debout
et responsable
Reste l'homme. L'homme qui est assis devant nous, amaigri, mais le
regard vif, volontaire et tenace. Quand Hervé Ghesquières évoque son accompagnateur, Reza, il parle "de générosité, de diplomatie, de connaissance des
codes afghans". Il dit "sa peur et son courage" face aux geôliers. Quand il parle des talibans, qui les emmènent dans la montagne, il s'exclame
: "ce sont des marcheurs extraordinaires !" Quand il parle de lui-même, enfermé huit mois, seul dans une pièce, il dit : "son espoir, son désespoir, sa rage, sa colère, son ennui, et surtout toutes ses cogitations". Il ne peut pas s'en empêcher. Il va au plus profond de lui-même,
il va au plus profond des hommes auxquels il a affaire. Même dans les pires moments. C'est l'honneur des journalistes, c'est le fait d'être un homme, tout simplement. Piégé, et kidnappé
peut-être. Mais debout, et responsable. C'est l'honneur d'Hervé Ghesquières.
Etienne Desfontaines
RUMEURS
Nous ne cessons de le répéter, Internet est un outil fabuleux à condition de le maîtriser avec
beaucoup de discernement. Une simple rumeur, lancée de manière irresponsable, peut faire le tour de la planète en quelques heures. Elle devient, dès lors, une information crédible puisque tout le
monde la reprend. Les conséquences peuvent être incalculables.
C’est le cas de cette mystérieuse épidémie provoquée par une bactérie atypique baptisée E.Coli
enterohémorragique. Partie de Hambourg, premier foyer repéré de l’infection, elle a touché le nord de l’Allemagne avant de franchir les frontières du vieux continent. Trois cas ont été signalés
dans notre région. Elle génère des diarrhées sanglantes avec parfois des complications rénales gravissimes et mortelles.
Or, avant même que l’origine de l’agent pathogène ait été identifiée, le procès de l’agriculture
espagnole, de l’Andalousie plus particulièrement, a été instruit sans la moindre preuve ni le moindre indice. Les ventes de concombres, de salades, de tomates se sont effondrées en un temps
record, précipitant des entreprises saines au bord de la faillite. Les démentis officiels n’ont rien changé. La majeure partie de la production est partie à la poubelle, faute
d’acheteurs.
Autre exemple de dérapage incontrôlé, l’accusation gratuite lancée par Luc Ferry à l’égard d’un ancien ministre pris, paraît-il, en flagrant délit de pédophilie au Maroc, une affaire étouffée par la suite. Pressé de donner des
informations plus précises sur ce dossier sulfureux, le philosophe a avoué qu’il ne possédait aucune preuve et qu’il était hors de question de donner un nom. Il avait simplement ouï dire
que…
On reste confondu devant un comportement aussi inconséquent. Là encore les rumeurs vont bon train et
les noms circulent sur le Net. A tel point que Jack Lang s’est cru obligé de démentir la chose. Drôle d’époque.
A.S
La fin d'une époque
Le LOSC a accompli une saison extraordinaire : doublé Coupe et Championnat, titre du
meilleur joueur décerné à Eden Hazard et du meilleur entraîneur à Rudi Garcia. Ce dernier a donné une âme à une équipe longtemps moquée pour la
pauvreté de son palmarès depuis l’ère dite moderne.
Dans le même temps,
le Racing Club de Lens connaît l’enfer de la descente en Ligue 2 avec tout ce que cela comporte de déboires financiers pour les dirigeants et de traumatismes pour les
supporters.
Ces destins opposés
traduisent une réalité qui déborde largement le périmètre d’un bout de pelouse. Ils sont l’expression d’un fossé énorme qui se creuse entre une Métropole en plein foisonnement économique,
politique et structurel et un ancien bassin minier dépouillé de ses richesses naturelles et plongé dans un désarroi social inéluctable.
Lille veut à tout
prix exister entre Paris et Bruxelles. La ville de Martine Aubry investit dans tous les domaines. L’immobilier, notamment, est en plein boum et le visage des différents quartiers sera bouleversé
dans les dix ans qui viennent. Un projet de réouverture des canaux, bouchés il y a plus d’un siècle, est même programmé afin de renforcer l’impact
touristique. L’enveloppe budgétaire consacrée à ce lifting complet se compte en centaines de millions d’euros.
A l’inverse, Lens
tente de survivre. Les commerces ferment les uns après les autres, les pensions des mineurs s’éteignent, la pauvreté s’installe et l’insécurité commence à poser de sérieux problèmes. Le football
restait le dernier joyau d’un patrimoine en ruine. Il est à son tour frappé par la crise et les conséquences psychologiques vont être aussi lourdes que la facture
financière.
Le sacre lillois et
la chute lensoise illustrent un autre phénomène, l’évolution du football professionnel. Le Losc de Michel Seydoux est géré comme une entreprise. Il s’articule autour d’un projet fort qui intègre
toutes les données économiques de l’ère moderne, y compris dans la gestion des produits dérivés. Le président n’est pas un spécialiste du football. On le voit sortir rarement de sa réserve. Il ne
vibre pas. Il compte.
Le R.C Lens est un
club resté familial dans son fonctionnement. Gervais Martel sue la passion par tous les pores. Il est capable de prendre tous les risques financiers, y compris personnellement, pour sauver le
maillot sang et or qui a bercé ses rêves de jeunesse. Son charisme a longtemps sublimé les troupes, sa foi a soulevé des montagnes.
Aujourd’hui, ça ne
suffit plus. Le football n’est plus un terrain de jeu mais le théâtre d’un enjeu financier sans concession. L’improvisation n’a plus sa place, l’amour du maillot devient secondaire. La fin d’une
époque.
A.S
Video Game
Lundi 2 mai, 6h30. Je me lève. La traversée du séjour, le café. Tout est normal. La radio sonne le réveil
: "les américains ont tué Oussama Ben Laden !" La tasse me tombe des mains. Le scénario défile aussitôt en boucle sur les ondes : la traque, le repérage précis, l'intervention, la
fusillade, la mort du chef, et la sanction, en direct de la Maison-Blanche : "Justice est faite."
Jeudi 5 mai, 15h24. Au fil des écrans, à la recherche d'une video pour un dossier, je tombe sur un commentaire à propos d'un jeu en ligne.
Je me frotte les yeux, je relis. Impossible de ne pas penser au staff de la Maison-Blanche, l'œil rivé sur la retransmission en direct de l'intervention des Navy Seals à Abbottabad
:Par Anonyme le mercredi 4 mai 2011 23h47.
Note donnée au jeu : 14 / 20
Le jeu est amusant mais on se fait tuer de n'importe où, et l'interactivité n'est vraiment pas très intelligente, les graphismes, c'est pas la gloire mais ça va encore, bref pas terrible 14/20,
on
aurait pu faire (beaucoup) mieux.
Nous vivons un monde étrange. L'immédiateté est telle, que nous n'avons même plus le moyen de faire la différence entre le réel et le virtuel. Nous ne croyons plus ce que nous voyons, et à
l'inverse nous donnons corps à ce que nous imaginons. Au cœur de cette confusion, c'est l'existence même de l'homme qui est profondément remise en cause. Entre le joystick et le pantin qui
explose au beau milieu de l'écran dans un flash lumineux, l'humanité, sa beauté et sa profondeur, ses horreurs et sa tragédie, en est réduite à un paquet de pixels !
Dans trois mois, je prends le pari, nous verrons à la une l'affiche du Pathé, Place Clichy : "Abbottabad". Les foules s'y presseront. Pendant qu'on récupèrera, sur le tarmac du Bourget, le corps
du dernier soldat français tué en Afghanistan. Avec une photo-légende, en bas de page intérieure, pour toute épitaphe.
Etienne Desfontaines
La fusion
de l'inconscient
et de l'irréel
"Oh, my God ! So shocking, Sir
"Why don't you fall in love with William & Kate's story ?
Votre billet m'a incité à mener une petite enquête dans mon entourage. Le résultat du sondage n'est pas forcément significatif, mais il est saisissant. Une large majorité, plus de 70% de mes
interlocuteurs, m'ont avoué s'être arrêtés au moins quelques minutes, sinon plus, devant les images du mariage de William & Kate. Tous curieux ou intéressés, plus de la moitié fascinés.
Toutes catégories sociales ou sociétales confondues : gauche/droite, aisée/populaire, manuelle/intellectuelle, rurale/urbaine, chrétienne/musulmane, etc…
En approfondissant un peu le sujet, on apprend rapidement que ce n'est pas la monarchie, ses us et coutumes, ses ors et ses bizarreries
poussiéreuses, qui fascinent. Nous ne sommes pas en Angleterre, ni en Belgique. C'est autre chose. Il faut laisser passer les clichés. Poser une ou deux de questions de traverse, et revenir sur
l'essentiel, comme le faisait si bien Jacques Chancel dans ses "Radioscopies", pour atteindre le cœur du réacteur, le fond de la pensée du téléspectateur ou du lecteur de Gala ! Les deux mots qui
reviennent constamment dans les commentaires sont la jeunesse, et l'amour. Très sérieusement. Dans la plupart des cas, ce ne sont pas des réponses superficielles. C'est une fusion de
l'inconscient et de l'irréel.
L'irréel, c'est le film que ce mariage déroule aux yeux ébahis du monde entier, avec toute la force de la puissance invitante qui ne lésine pas sur la dépense, et le déploiement de tous les
medias confondus : quotidiens, magazines, radios, télévisions, web et I-phones, twitters et facebook réunis. Le pauvre Victor Fleming et son "Autant en emporte le vent" doit en baver de jalousie
! Un scénario comme personne n'aurait jamais osé l'écrire, à faire pâlir Walt Disney et sa Cendrillon : un prince-bambi qui n'a plus sa mère, qui arrive seul dans l'église par la sacristie,
une roturière qui sort quasiment de la mine, qui range ses "gaillettes", pour enfiler la plus belle robe de dentelle blanche qu'on n'ait jamais portée dans le royaume. And so and… La
"success story" des beaux-parents, les amis pilotes du marié qui font frissonner le ciel au-dessus de la Tamise et le Quasimodo des anglais qui lance le carillon de Westminster pour saluer
le bonheur de son Esmeralda, la "waiting Kate", dont il garde secrètement le souvenir d'un baiser à faire fendre le cœur de toute une maison de retraite, entre le repas et la sieste !
Une image en amène une autre, c'est bien connu. Là ce sont des centaines de caméras, qui ont diffusé des centaines de milliers d'images, qui en ont amené des centaines de millions d'autres !
L'inconscient, c'est le mien, c'est le votre, c'est celui des millions de personnes qui ont reçu les images. "Le poids des mots" : je me donne à toi pour époux, "le choc des photos" : le baiser
au balcon. Le bon vieux slogan de Paris-Match est toujours en vigueur. Il n'y a pas plus rapide qu'un inconscient pour réagir à des images fortes, à un film comme celui-là. Le premier
psychanalyste venu débobine le processus : choc, contre-choc, analyse, réaction. Larmes, expression excessive. Ou confinement. Comme une chape de béton sur Tchernobyl. En l'occurrence, nous
sommes tous nés d'un amour. La plupart d'entre nous ont donné naissance par amour. William & Kate sont dans le même cas. Lui est entré à Westminster par la sacristie. Sans sa mère. Elle est
entrée au bras de son père. Que le premier qui ne s'est pas souvenu à ce moment-là de ses amours, de son aller et retour dans la nef, et de son abandon dans la personne aimée, nous jette la
première pierre !
Etienne Desfontaines
L'écume des jours
Des sujets qui fâchent, vous avez raison, il y en a beaucoup. Mais, jouons au Boris Vian et disons-le tout net, c'est
un peu "L'écume des jours" de notre début de siècle. La laïcité en est un. Il y a aussi la mondialisation,
l'écologie, la condition féminine, la jeunesse des banlieues, les scandales de la santé, la diversité culturelle,
les medias, la pauvreté et la précarité. Bien d'autres encore. Les grands problèmes de société ne manquent pas. Ils sont évoqués partout : dans les familles, dans les entreprises, dans les
associations, les institutions. Ils
arrivent évidemment aux oreilles des politiques.
Et là, de deux choses l'une. Soit ils s'en inquiètent, soit ils les utilisent. Dans le premier cas, ceux qui sont aux
affaires crient au loup, ils font tout pour que le sujet devienne effectivement un "sujet qui fâche". On nomme une commission, et voilà tout. Dans le deuxième cas, les prétendants au pouvoir
confisquent le sujet. Ils le manipulent, ils surfent sur l'opinion pour en tirer des bénéfices : quelques voix de plus, une alliance avec un autre parti, ou tout simplement une fenêtre de
visibilité. Les medias accompagnent.
Le "buzz" est lancé, la "mayonnaise" prend. Le sujet devient polémique. Et le débat de fond, la réflexion et les
échanges nécessaires sur des sujets souvent sensibles et difficiles, sont réduits à néant. Masqués par les coups de menton et les "petites phrases tirées de leur contexte".
Le cas de la laïcité et de l'identité nationale est typique. Le sujet a d'abord été volé par le Front National. La
majorité présidentielle a voulu le lui reprendre. L'opposition remue le fer dans la plaie. Les élus et les citoyens, qui doivent le prendre à bras le corps, pour assumer leur responsabilité
quotidienne, en sont dépossédés. Le "politique", dans le mauvais sens du terme, et l'opinion, sont ici plus redoutables qu'un tsunami sur les plages du civisme et de la conscience
collective.
Aujourd'hui, le droit au débat est devenu un combat.
Il y a une presse écrite, et des medias discrets : des radios, des télévisions et des sites internet, comme le votre,
qui le mènent. Ils font œuvre de pédagogie, à temps et à contretemps, par rapport à l'actualité et au calendrier politique. Il y a aussi des hommes et des femmes politiques, des leaders
syndicalistes et des présidents d'association, des chefs d'entreprise et des chefs religieux, des médecins et des juges, qui sont capables de prendre des positions fermes, de les argumenter et de
les assumer, tout en écoutant et en analysant les positions contraires. Ce sont les mêmes qui n'hésitent pas ensuite à joindre les actes à la parole. On dit de ces "personnages", plutôt rares
aujourd'hui, qu'ils sont "authentiques". Ce sont eux qu'il faut repérer.
Ce sont eux qui peuvent nous inciter et nous apprendre à débattre.
Ce sont eux qu'il faut écouter. Même s'il faut tendre l'oreille, sous "l'écume des jours".
Etienne Desfontaines
Mise au point
Le dernier billet intitulé « Chut, ce sont des
sujets qui fâchent ! » a suscité des réactions de la part des internautes, tantôt favorables, tantôt négatives. Le contenu de ces réactions m’incite à préciser certains points afin de
ne pas nourrir une mauvaise interprétation du sujet.
Il ne s’agit
pas de plaider pour tel ou tel volet du dossier sur la laïcité et l’identité nationale mais simplement de défendre l’idée du débat et l’intérêt qu’il représente. Rien n’est plus dangereux, en
effet, que de refuser la discussion sous prétexte qu’elle va réveiller de vieux démons. C’est faire injure à nos concitoyens et aux électeurs de ce pays que de douter de leur capacité à prendre
suffisamment de recul pour se forger une opinion marquée au sceau du bon sens.
Ce n’est pas,
en tout cas, l’idée que je me fais de la démocratie. Comme disait Voltaire, « Je n’aime pas vos idées mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer. » Cela s’appelle la
tolérance.
A.S
OPINION
Panurge et la roche Tarpéienne
Il y a un Panurge sur la roche Tarpéienne.
Et, vous avez raison, ce ne sont pas des moutons qu'il jette par-dessus bord. Ce sont nos candidats à la candidature. De
droite, de gauche, du centre, ils se bousculent, ils se pressent. Ils veulent grimper au plus haut de la roche… d'où le peuple les précipite. Individualisme contre individualisme. La rupture est
complète, le choc est violent, les medias sont à la fête : ils n'ont qu'à se baisser, pour alimenter leurs colonnes de chair et de sang. L'élite se déchire pour prendre ou garder le pouvoir, le
peuple se disloque en une somme d'individus. L'individualisme est forcené chez Nicolas Sarkozy, feutré chez Strauss-Kahn. Il est déclaré dans les quartiers et les terroirs, la bannière de
l'abstention claquant aux vents mauvais du populisme et du Front National. Les affrontements se multiplient à la tête de l'Etat. Ils se durcissent, entre les communautés. Jeunes contre retraités,
banlieues contre propriétaires, français de souche contre français d'origine étrangère.
Pas de personnalité fédératrice en vue. Personne pour prendre le bâton du prophète, ouvrir la Mer Rouge de l'Europe et
de la scène internationale, inviter le peuple français à une traversée du "bien vivre ensemble". En fait de peuple, d'ailleurs, ce ne sont que des "vrais" français, une interminable liste
d'individualités, qui ne cessent d'interpeller leurs maires, leurs conseillers territoriaux, leurs députés et leurs sénateurs à la télévision, sur le web, ou par presse interposée : "Qu'est-ce
que vous faites pour moi ? " Ils exigent : de la vérité, de la transparence, de l'éthique et de l'efficacité. Ils attendent : des résultats, un emploi, une augmentation, des autoroutes, des
trains qui arrivent à l'heure et des services. Ils consomment le pouvoir comme une cannette de bière : ils la jettent à peine vidée !
Il y a une solution.
Elle n'aboutira sûrement pas avant la présidentielle. Cette élection-là aussi passera, sans rien changer. Il ne faudra
pas la prendre au premier degré. Il faudra aller chercher ailleurs les ressorts d'une nouvelle dynamique et d'une nouvelle société. C'est un travail de fond, qu'il faut engager. C'est une
éducation, qu'il fau refaire. Il s'agit d'inverser les rôles. Au lieu d'exiger, d'attendre tout de l'Etat, chaque français, chacun d'entre nous, doit se demander ce qu'il peut apporter à la
collectivité, ce qu'il peut entreprendre pour améliorer le "vivre ensemble". C'est plus qu'une inversion du moteur, c'est une vraie révolution ! Une école du devoir, de l'engagement, de
l'ouverture aux autres, de la responsabilité : voilà ce qui attend la France de demain ! C'est son seul salut.
Pas la peine d'attendre un signal de la part de l'élite. Elle ne le donnera pas. Surtout en période électorale. Comme
toujours, la révolution viendra des entrailles du peuple. Les premiers signes de ce "dégage !" à la française sont perceptibles. Des particuliers, des gens de l'ombre, entrent en "résistance",
c'est le mot juste. Ils se lèvent, ils le disent, qui à la tête d'un conseil de quartier, qui au secrétariat d'une association, qui dans une commission de conseil général, qui encore, au cœur
d'une communauté de communes, partout où une parcelle de responsabilité peut être investie : "ça ne peut plus durer!"
Ils vont y arriver, ils vont faire tomber les frontières de verre, fédérer des populations. Créer du sens et du
lien.
Ce sont ces gens-là, qui vont changer la France, lui montrer le chemin, lui donner le destin qu'elle mérite, dans le
concert des nations. Le "buzzzz" qu'ils vont créer montera aux oreilles des élites. Celles qui ne l'entendront pas, périront sur place. Les autres prendront le train en marche. Le jour où nous
descendrons du capitole et de la roche Tarpéienne, nous aurons les élites que nous méritons. Le jour où nous prendrons les choses en main, ce garnement de Panurge n'aura plus rien à se mettre…
sous la main.
Etienne Desfontaines
L'œuf et la poule
Le billet de la semaine de Jacques Attali (http://blogs.lexpress.fr/attali) traite du même sujet. Il évoque une
"videomocratie", un monde sauvage où l'information instantanée, non traitée, "devance l'analyse" comme vous le dites, et fait des ravages. Le moment
est proche où, comme vous le disiez aussi dans un récent message : "des professionnels de la manipulation de masse pourraient bien mettre en place des armées d'individus capables de peser par un seul clic sur les économies, les marchés, les décisions politiques… Une espèce de lobbying planétaire qui
gommerait les frontières et les cultures ancestrales..."
Vu sous cet angle, on peut se poser la question : qui a commandé les
publications de Louis Harris Interactive qui placent Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour 2012 ? La cellule de communication de Nicolas Sarkozy, qui voudrait imposer un vote utile ?
Celle de Dominique Strauss-Kahn, qui voudrait mettre Martine Aubry la tête sous l'eau ? Ou la principale intéressée, Marine Le Pen, qui surfe sur son succès personnel à l'intérieur de son parti
? Ou, tout le simplement, le Parisien Aujourd'hui en France, qui aurait eu besoin d'un coup médiatique
face à la sortie du nouveau JDD ? Au Front National, on reste prudent, on attend le "tacle" des cantonales. Martine Aubry a immédiatement réagi et chargé le président de la République. DSK se
tait. Les ténors de l'UMP restent de bois, ils minimisent en chœur les données de Louis Harris Interactive. Le Parisien dément évidemment la moindre idée de "business plan". Tout le monde est
trop poli pour être honnête !
On ne peut pas nier la poussée de l'extrême droite, en France comme partout
en Europe. Ce qui est sûr, c'est que notre vieux continent est une nouvelle fois soumis au paradoxe de l'œuf et de la poule. Qui a commencé, qui a mis le ferment du populisme et du racisme au
cœur de la bataille politique ? Une institution dévoyée, comme celle d'Hénin-Beaumont, par exemple ? Et qui reprend le discours, qui continue à alimenter le moteur de la désintégration européenne
et des tensions internationales ? Marine Le Pen et ses multiples coreligionnaires européens, ou tous ceux qui viennent sur les terres de l'extrême droite, qui en déploient les arguments, disent-ils, pour mieux en débattre, au lieu de les contrer sèchement et de développer des thèses fédératrices et humanistes
?
La poussée de l'extrême droite, en soi, n'est pas une nouvelle. La seule
information utile aujourd'hui serait le libellé de la facture de Louis Harris Interactive : à qui est-elle adressée ? Qui est encore en train de jouer à l'œuf et la poule ? Qui vient de donner
une fois de plus son âme au diable ? Une cellule de communication ? Un quotidien en mal de ventes ? En tous cas, ce sont des "professionnels de la
communication", et ce sont leurs initiatives qu'il faut… tuer dans l'œuf !
Etienne Desfontaines
Paris brûle-t-il ?
Tous les scouts savent ça. Il faut constamment surveiller un foyer. Le mettre à bonne distance des tentes, et dégager le terrain plusieurs mètres à la ronde. Parce que le bois craque, les
étincelles sont soulevées par le vent, et les flammèches filent sans crier gare sur tout ce qui traîne à proximité.
Pauvre France ! Nous n'avons même pas vu le feu prendre, fin décembre, de l'autre côté de la Méditerranée. Personne ne l'a signalé. Pire, c'est un vrai "camp scout" qui s'en est approché comme si
de rien n'était, pendant les vacances de Noël. Le chef à Marrakech, le second au Caire, la cantinière en Tunisie, sans parler de tous les autres, qui à Marrakech encore, qui à Tripoli,
comme Henri Guaino, et qui d'autre ? et où ? Le "Canard Enchaîné" n'a pas fini de brasser les étincelles et de compter les pétards qui nous sautent au nez dans le feu arabe.
Forcément, ce qui devait arriver, arriva. Il y a bien une flammèche qui est tombée sur la tente du chef. Tout le monde l'a vue passer.
Maintenant le feu couve, rue du Faubourg Saint-Honoré. La crédibilité du plus haut niveau de l'Etat est entamée. Le président est venu le dire, sans ambages, à la télévision : le moment est
grave. Au mieux, on ne nous entend plus à l'étranger. Au pire, on rit de nous. On a souri, en tout cas, de voir les ailes du papillon Alliot-Marie flamber au soleil de Tozeur. Pourquoi et comment
notre élite politique a-t-elle pu se laisser prendre dans pareil miroir aux alouettes ? Pourquoi et comment a-t-elle pu passer à côté des prémices d'une telle révolution ? Pourquoi le Chef de
l'Etat, son Premier Ministre, la Ministre des Affaires Etrangères, le Ministre de l'Intérieur, les conseillers les plus proches du Président et même ses opposants les plus en vue, comme DSK et
son épouse, sont-ils restés fascinés par des dirigeants aujourd'hui déchus : des Ben Ali, Moubarak, Khadafi, ou menacés : des Boutefflika, Mohamed VI, Saleh au Yemen, sans parler des Emirats
qui vont bientôt entrer dans la danse, au point d'avoir des biens, des riads, chez eux, d'entretenir avec eux des relations privilégiées, et de passer des vacances dorées dans leurs plus
belles contrées, aux portes du désert ? Ils ont même bénéficié pour cela, c'est évident, d'une garde rapprochée, et on les a sans doute aperçus, tous autant qu'ils sont, dans un de ces
convois interminables de 4x4 qui sortent des grands hôtels, et qui traversent les oasis en trombe, en jetant des crayons aux enfants et en mitraillant les paysannes chargées comme des ânes !
Ils ont fait l'ENA, quand même ! N'ont-ils pas appris qu'un dirigeant qui passe les élections sans coup férir, qui se maintient 30 ans, 40 ans, au pouvoir, n'est pas des plus fiables ? N'ont-ils
pas été avertis qu'il faut prendre la cuiller du diable, avant de passer avec ce genre de
personnage à la table des relations internationales ? Honnêtement, qu'est-ce que le plus haut niveau de l'Etat français est allé faire au Maghreb, comme un seul homme, chez ces gens qui fuient
leur misère et que nous ne voulons pas chez nous, pendant les vacances de Noël ?
Au mieux, c'est de l'inconscience, au pire, c'est de l'incompétence. Et c'est à ces gens-là que nous confions notre avenir international. Le nouveau Ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, est
même venu dire hier, sans rire, à l'Assemblée Nationale, qu'il fait de la lutte contre l'immigration irrégulière et du renforcement de la sécurité ses priorités pour améliorer "la tranquillité
des français ! " En clair, circulez, il n'y a rien à voir !
Tant pis pour lui. C'est l'inverse, qu'il faut entendre. Aujourd'hui, la question se pose : "Paris
brûle-t-il ?" Demain, il faut le savoir, si on n'y prend pas garde, on entendra sur le Boulevard St Germain le même cri que celui de la place Tahrir : "Dégage !" Et les CRS fermeront le Pont de
la Concorde.
Etienne Desfontaines
La tenaille et le Mai 68 :
un nouveau conte des Mille et Une Nuits
On connait l'histoire de Sheherazade. Tant qu'elle tient le sultan en haleine, dans une chambre du palais, c'est bon.
Elle passe la nuit, elle a la vie sauve. Mais l'aube n'est pas loin. Il va bien falloir
qu'elle se rende à la réalité. Une terrible tenaille est en train de se refermer sur le monde.
D'un côté, le "printemps arabe". Une mèche allumée qui n'est pas là de s'éteindre. Un "printemps" qui pourrait bien
surgir en même temps, c'est inédit, dans l'hémisphère nord et l'hémisphère sud. On en perçoit quelques effets en France : une façon d'être, des réactions, qui se donnent volontiers des airs de
"Dégage !" On n'en est pas vraiment surpris. Les jeunes sont en mal d'emploi et de reconnaissance, ils entrent de plus en plus difficilement dans la vie
active, ils le crient sur Facebook, sur Twitter et sur leurs blogs. Ils font craquer la carapace du Vieux Monde. La
Chine, elle, sent bien de son côté qu'elle a un talon d'Achille qui est à deux
doigts de craquer : le Tibet. Il y a mieux : elle entend gronder son peuple en surchauffe, qui commence à exiger
des salaires semblables à ceux des Allemands ou des Canadiens ! Les équilibres en Inde, au Pakistan, en Afrique et en Amérique du Sud, sont fragiles. Il ne faut surtout pas sous-estimer la
puissance des populations qui vont réclamer leur part de bien-être, de richesse et de démocratie, dans les dix ans qui viennent.
De l'autre, des incertitudes galopantes sur une économie en pleine mutation. Un transfert de zones d'échanges désormais
beaucoup plus intenses autour du Pacifique que de l'Atlantique. Un changement de
paradigme. Une remise en cause radicale de questions aussi vitales que l'énergie : l'après-pétrole n'est plus pour
demain, nous y sommes maintenant; la production agricole : les OGM vont prendre le pas, on ne pourra pas l'éviter, il faudra bien nourrir la planète; la production industrielle : on voit se
profiler d'énormes questions. Faut-il encore donner à l'automobile une progression à deux chiffres ? Allons-nous continuer à rayer le ciel de lignes aériennes toujours plus denses ? Ou
imaginer d'autres moyens de transports ? Et les services : ils changent de nature, ils se transforment au fur et à mesure que les TIC se développent. La rapidité de la transmission de
l'information, la comptabilité en réseau, l'interférence
des Bourses, nous y sommes déjà aussi ! La dernière crise financière est là pour nous le prouver.
Il suffirait que la mèche, attisée par l'impatience de la jeunesse du monde, atteigne le baril de poudre rempli de ces
angoisses macro-économiques, pour qu'on assiste à un vaste "Mai 68" planétaire ! Je
prends les paris : en Mai 2011, l'imagination sera au pouvoir, il sera à nouveau "interdit
d'interdire"
à travers le monde entier ! Celui qui aurait l'idée à ce moment-là de s'en offusquer entendra siffler à ses oreilles le
mot magique du moment : "Dégage !" Et tout sera dit. Il faudra juste se précipiter alors sur le bouton nucléaire, pour empêcher qu'un doigt, à la fois criminel et innocent, n'appuie dessus.
Pour voir ce que ça donne !
Pour le moment, Sheherazade tient la mèche. Elle n'a pas encore franchi le canal de Suez. Elle virevolte, elle s'en
amuse, dans le Maghreb. Elle a imaginé un nouveau conte : c'est une série de sultans
qu'elle embobine, les uns après les autres ! Du coup, les nuits se suivent et ne se ressemblent pas. Mais gare, le
dernier chant du coq est pour demain !
Etienne Desfontaines
La présidentielle, et moi, et moi, et moi…
Ce n'est qu'un début !
Economie d'un côté, droits de l'homme de l'autre, mondialisation pour tous : c'est le programme annoncé pour le
manifestant de la place Tarhir, comme pour le retraité de notre province la plus reculée. Les évènements d'Egypte et de Tunisie ne sont qu'un début. Ils ne concernent pas seulement le monde
arabe. Ils nous concernent
tous. Nous sommes en train de vivre des mutations fantastiques, dont nous ne mesurons pas les conséquences. Le retour de
l'homme est annoncé au cœur de la politique, de l'économie et de la
finance, de la science et de l'éducation, de l'écologie et de la santé. Nous changeons de paradigme. Les équilibres que
nous avons connus au XX° siècle, perdus et rétablis de guerre en guerre, ne
peuvent plus nous servir de repères. Nous devons en inventer d'autres. Qui prennent en compte la disparition des
frontières, la réduction des distances, l'interpénétration des histoires et des
cultures du monde entier : occidentales, orientales, africaines et sud-américaines.
C'est ce que nous disent les immigrants tunisiens. Ils ne fuient pas la liberté. Ils fuient la misère, un avenir
immédiat compromis par les
soubresauts de leur pays. Leur bonheur, ils le veulent tout de suite. Comme tout le monde. Ils l'ont à portée de main,
ils le savent bien : ils le voient sur internet. Il leur suffit de passer de
l'autre côté de la Méditerranée. Ils ont vingt ans. L'énergie, l'enthousiasme, la capacité d'invention et d'adaptation
de la jeunesse. Un potentiel inouï, que nous devrions considérer avec
attention et la plus grande bienveillance ! Au lieu de les renvoyer chez eux, parce qu'ils n'ont pas de visa. Ils nous
disent qu'aujourd'hui un pays ne peut plus ni se libérer, ni se construire
seul. L'influence d'internet, l'immanence du monde, dans la "révolution du jasmin" est évidente. Il en sera de même
pour la construction de la nouvelle Tunisie.
Cela dit, restons humbles et lucides. Dès maintenant, c'est vers la Chine et le Brésil que tous les regards se tournent.
Un jour, nos jeunes
suivront l'exemple des immigrants tunisiens. Ils ne rêveront que d'une chose, j'en prends le pari : traverser les
océans, prendre un avion ou une navette sub-spatiale, pour découvrir l'eldorado
chinois ou brésilien. Nous n'en sommes qu'au tout début. Le monde va connaitre ce que les allemands de l'Est ont vécu,
quand le mur de Berlin est tombé : un fascinant sens dessus-dessous ! Tous
les "murs" politiques, socio-économiques, écologiques, scientifiques et religieux, sont en train de tomber. C'est
le monde arabe qui en fait
aujourd'hui l'expérience. Les autres vont suivre. Si j'ai la chance d'avoir encore un œil ouvert en 2050, ce sera sur
une autre planète : je ne suis pas certain de m'y repérer !
Etienne Desfontaines
Critique de film
Au-delà
L’histoire
Trois
personnages qui ne se connaissent pas vont converger vers un point de rencontre en empruntant les chemins de la mort. Au cours de leur voyage, Ils vont amener les spectateurs à côtoyer l’au-delà
afin que ceux-ci finissent par se poser la question cruciale : Y a-t-il quelque chose après la mort ?
Le premier est
un homme. George (Matt Damon) est un ouvrier américain de San Francisco qui a frôlé la mort à la suite d’une opération chirurgicale. Il s’en est sorti miraculeusement et doté d’un pouvoir de
médium qui lui permet de converser avec les êtres disparus. Il lui suffit de toucher la main de quelqu’un pour établir le contact avec un proche de cette personne qui se situe quelque part dans
l’au-delà. Ce pouvoir lui a permis dans un premier temps de gagner de l’argent mais la détresse de ses clients lui pèse comme une malédiction de même que ce flirt constant avec la grande
faucheuse. Il finit par sombrer dans une espèce de dépression et par fuir toute forme de sollicitation, conscient de communiquer avec les morts mais d’éprouver des difficultés à le faire avec les
vivants.
Le deuxième
personnage, Marie, est une femme (Cécile de France). Elle est française et journaliste de télévision. Elle vit à Paris, dans un monde artificiel dans lequel elle excelle. Son talent est reconnu
et elle sait jouer de sa séduction pour s’imposer professionnellement. Un accident va néanmoins bouleverser son existence : En vacance en Asie, elle est victime d’un tsunami d’une violence
inouïe. Un moment dans un état proche de la mort clinique, elle est ramenée à la vie par deux sauveteurs. Mais ce court voyage dans l’au-delà va la transformer et surtout changer son regard sur
l’existence qu’elle mène.
Le troisième
personnage (Marcus – George Mac Laren) est un jeune londonien qui perd son frère jumeau, victime d’un accident qu’il vit en direct puisqu’ils étaient en train de se téléphoner. Il entretenait
avec lui une relation d’autant plus forte que leur mère, droguée et alcoolique, les obligeait à une complicité de tous les instants. Désespéré, placé dans une famille d’accueil, il recherche un
contact avec son double. Une quête acharnée et silencieuse qui lui fait pénétrer le monde des voyants et des religieux où les charlatans sont légion.
Les trois
histoires s’entremêlent sans jamais fusionner jusqu’au dénouement où ils se retrouvent par hasard tous les trois à Londres pour une happy end très made in USA. Matt Damon et Cecile de France vont
trouver l’amour et lui sera débarrassé de son don. Quant au jeune Marcus, il va trouver les réponses à ses questions.
Le
film
Avec son
31ème film, « Au-delà », Clint Eastwood n’a pas choisi la facilité. Il s’attaque à un sujet quasi tabou pour les pauvres mortels
que nous sommes : la mort et la notion de passage vers autre chose, un après indéfinissable, qu’on espère tous plus ou moins. C’est cette interrogation posée sur l’inconnu qui trouble
l’humanité depuis des millénaires puisque, quel que soit notre QI ou notre compte en banque, nous sommes incapables d’y répondre. Autant dire que le film amène inévitablement une frustration dans
la mesure où il ne peut nous éclairer sur cette question fondamentale. Nous en sommes réduits aux hypothèses. Pour l’éternité, oserais-je ajouter.
La religion
aurait pu être l’une des clés du film. Mais Eastwood est un laïc et même s’il a dépassé les 80 ans, il affirme avoir été plus séduit par le scénario
de Peter Morgan (l’utilisation de catastrophes – tsunami, attentat terroriste dans le métro de Londres - pour bâtir une histoire totalement inattendue) que taraudé par des questions
métaphysiques: « La vie après la mort est un concept qui doit avant tout nous faire profiter de la vie. Après, s’il se passe quelque chose, c’est un bonus. La peur, c’est juste l’inconnu.
L’interprétation qu’on en fait n’est que croyances et religion. »
Et si on le
pousse dans ses retranchements, il s’en tire par une pirouette : « Dans mes premiers films, je passais mon temps à tuer des gens. Pour une fois, je m’intéresse à ceux qui tentent de
survivre. »
Il concède
simplement avoir modifié le scénario de Peter Morgan (l’auteur de The Queen) pour laisser une fin plus romantique. Morgan l’a écrit après avoir perdu un être cher. Après ce drame, il s’est posé
énormément de questions du genre : Comment réagit-on quand on a perdu quelqu’un qu’on aime ? Comment vit-on l’absence ? Comment continuer à vivre ?
Comment l’enfant va réagir alors qu’aucun adulte n’a de réponse à lui donner ?
Précisons
encore que Clint Eastwood, excellent pianiste, a composé la musique sauf pour la partie anglaise où le deuxième concerto de Rachmaninov s’imposait à lui. Enfin, il considère que c’est son film
européen car il est rarissime de voir un kaléidoscope d’histoires dans les scénarii hollywoodiens.
Le
tournage
Le film débute
par des images choc, un tsunami d’une violence inouïe qui nous fait mesurer ce qu’ont pu endurer les victimes en 2004. Pour donner plus de réalisme encore aux scènes, Clint Eastwood utilise la
même technique que Steven Spielberg (co-producteur du film) dans « il faut sauver le soldat Ryan » : il enlève toute musique de la bande-son pour donner l’impression qu’il s’agit
d’un documentaire ou d’un film d’amateur tourné sur place. En réalité, il a utilisé pour la première fois des images de synthèse pour des raisons
évidentes de coût. Il a aussi recréé, image par image, des documents d’archives tournés à l’époque. Il a entièrement dessiné la séquence en amont.
Les scènes
sous-marines sont tournées en studio. En revanche, il a absolument voulu que celle qui réunit Cécile de France et la petite fille asiatique soit réalisée dans l’océan, à Hawaï. Il s’est mis en
maillot de bain pour les rejoindre à la nage.
Sur le
plateau, il est d’un calme olympien. Il est capable de tourner quatre ou cinq scènes dans la même journée et ne fait en général qu’une ou deux prises de vues : « Je pense qu’il y
a une fraîcheur dans le regard d’un acteur qui joue une scène pour la première fois, qui se transforme en mécanique de jeu dès la troisième ou la quatrième prise. » Il ne dit jamais
« Action » mais se contente d’un simple signe de la main.
Les acteurs
Il est
intéressant de comparer l’approche des deux acteurs majeurs du film, Matt Damon et Cécile de France, sachant que les enfants n’avaient jamais tourné auparavant. A signaler néanmoins que ces deux
jumeaux ont joué tour à tour le rôle de l’autre pour renforcer leur sentiment qu’ils ne font qu’un.
Matt Damon
était retenu par le tournage de « L’agence » (thriller de George Nolfi) lorsqu’il a été contacté par Eastwood. Ce dernier a accepté de filmer les deux autres parties du film en novembre
et décembre et de passer à la troisième en janvier 2010, afin de permettre à son ami de faire partie de la distribution.
Damon ne s’est
pas documenté sur le sujet qu’il jugeait trop personnel. Il voulait rester sur le registre de l’imagination.
Cécile de
France a été contactée par un coup de fil pour le rôle qu’elle devait jouer en français. Elle a tourné deux scènes d’essai en l’absence de Clint Eastwood qu’elle n’a rencontré que trois jours
avant le tournage. A l’inverse de Matt Damon, elle a énormément travaillé le rôle en se documentant sur les expériences post-mortem. Elle a assuré le doublage en anglais et a même nourri la
fameuse scène sur Mitterrand qu’elle a écrite avec deux amis (Vincent Landez et Mickaël Bensoussan). Aucune scène sous-marine n’est doublée. Elle s’est entraînée avec des
cascadeurs.
Au total le
tournage a duré une vingtaine de jours pour elle mais il s’est étalé sur plusieurs mois car il y eut de longues interruptions. Clint Eastwood
assurait en même temps la promotion d’Invictus.
Matt Damon et
Cécile de France n’ont eu que deux jours de tournage ensemble. Ils ont quand même pris le temps de boire une bière avec Clint Eastwood le dernier jour.
Rien à
déclarer,
Rien à
voir !
Depuis l’impensable succès de « Bienvenue chez les Ch’tis », Dany Boon est une icône et peu de critiques se hasardent à l’égratigner. D’où le silence gêné qui accompagne la
sortie de son dernier film « Rien à déclarer ».
Or, cette comédie tournée en Thiérache et qui met en scène des douaniers belges et français ne mérite guère l’imposant arsenal promotionnel qui l’inscrit
mécaniquement au sommet du hit-parade des salles de cinéma, en ce début d’année.
Le scénario
est original mais la réalisation manque de subtilité. Benoit Poolvorde, malgré tout son talent, rame pour donner un peu de crédit à son personnage, dessiné à la truelle. Il ne fait pas rire, il
indispose par son racisme caricatural et assourdissant.
Les décors
respirent le carton-pâte et la campagne si vallonnée est occultée en permanence. Les hommes politiques du secteur, qui espéraient rebondir sur le film pour promouvoir le patrimoine local, à
l’exemple de Bergues, vont s’arracher les cheveux. On imagine mal les cinéphiles étrangers débarquer pour visiter le musée ou emprunter le circuit touristique comme des pèlerins en quête de
repères. Non seulement il n’y a rien à déclarer mais il n’y a rien à voir.
La mise en scène manque de rythme. Seuls les gags placés dans la deuxième partie provoquent quelques rires généreux. En ce qui concerne la première moitié, la
bande-annonces et la promo ont déjà tout dévoilé. Bref, un film lourdingue que même les inconditionnels de « Dany » auront du mal à trouver drôle.
A.S
TEMOIGNAGE
Mozart, Chopin, et nous, et nous, et
nous….
Sur le thème de ce billet, je me souviens d'avoir vécu deux expériences contradictoires. La première, dans la rue. Dix-huit heures, fin mai.
Le quartier des Halles à Paris, les abords du centre commercial, Saint-Eustache en fond de scène. L'habituel brouhaha des "passersby", comme disent
les Américains, qui s'enfoncent dans les sous-sols pour attraper un RER, changer de quartier ou sortir de Paris. Une jeune violoniste était là. Excellente, sans être virtuose. Efficace, mais
fragile, dans le mouvement lent du 3ème concerto pour violon de W. A. Mozart. Emouvante. Les passants ont formé le cercle. Ils sont restés, ils ont applaudi. Ils ont eu du mal à se
disperser. Je n'ai jamais su qui était cette jeune violoniste, toute mince et vêtue de noir. J'en ai gardé un souvenir impérissable.
La deuxième, un soir de séminaire, toujours à Paris. Je réussis à m'échapper. J'attrape un billet à la volée. Une place de parterre, salle
Gaveau. Je m'y précipite pour 20h. Dans la minute qui suit, Maurizio Pollini fait son entrée sur scène. La virtuosité faite homme. Chopin, Litz
défilent. Je m'ennuie, je n'arrive pas à entrer dans le concert. Et à l'entracte, je m'interroge. Je finis par rentrer à l'hôtel.
De ces deux expériences, je retire l'analyse suivante. D'abord, il ne suffit pas d'être virtuose pour capter l'attention du public. Le partage
d'une émotion, au pied de la beauté, relève d'une grande profondeur humaine. Cela tient du mystère. Parfois, le courant passe. Parfois, ce n'est pas le cas. C'est une leçon d'humilité.
Ensuite,
vous avez raison, l'environnement est important. L'arrivée d'un métro dans une station couvre immanquablement la nuance de "l'allegro ma non troppo"
ou de l'insoutenable "mezzo forte" voulu par l'auteur… Alors, on écrase un peu la corde pour passer au-dessus des voix et du crissement des portes
battantes… Et on écrase l'émotion. Mais le "bruit" extérieur n'est pas tout. Il y a aussi le "bruit" intérieur. Celui du cadre dynamique, qui se jette un soir de séminaire dans une salle de
concert ! Il y a souvent plus de vacarme dans la tête et le cœur d'un homme, qu'entre les portes battantes d'une station de RER !
Il faut faire "vœu de pauvreté" pour écouter une œuvre musicale, pour se laisser emporter par la
beauté et l'émotion. Il faut abandonner son PC, son I-phone, ses clefs de voiture, perdre la notion du temps, vous l'avez dit, mais aussi et surtout, remettre en question tout ce qui est
impératif dans la vie, réévaluer l'échelle des priorités des temps modernes, pour les supprimer toutes, une à une, jusqu'à n'en plus retenir qu'une seule : celle du beau, et… de l'éternité !
Pas
simple, pour le commun des mortels
Etienne
Desfontaines
Sortie en librairie cette semaine
dans tous les Furet, à la Fnac de Lille,
dans toutes les bonnes librairies et
sur commande Internet au site de
l'éditeur
LE CARNAVAL
DES PETITES AMES
Par André Soleau
Editions le Riffle
On laisse entendre qu’il vit en bandes, sans distinction de race ou de statut social. Mais il se montre
tout autant solitaire et indépendant.
En fait, le « con », pour utiliser une expression populaire et
universelle, est partout. […] il est multiple. Il est l’autre.
Même si ils ou elles se reconnaissent au fil des pages, ce qui paraît
peu probable, nul ne songera à m’intenter un quelconque procès pour atteinte à la vie privée. On se sert de sa connerie, on ne la revendique pas. Ce qui m’a garanti un certain confort
d’écriture.
Voici réunis quelques spécimens pour une grande photo de famille :
Dix récits où tour à tour des hommes et des femmes de toute condition et habitant la région du Nord de la France font
tomber le masque !
André Soleau dédicacera ses livres
Le Carnaval des petites âmes
Le monde comme il va
Samedi 22 janvier après-midi à la librairie Brunet
à Douai
Les samedi 12 et dimanche 13 mars au Salon du livre
à Bondues
Samedi 5 février à la libraire Passe Temps à
Avesnes/Helpe
Samedi 19 et dimanche 20 mars au
Salon de Paris
- Les réactions
Le Carnaval des petites âmes
Dix nouvelles
remarquablement écrites, souvent sarcastiques, parfois un peu cruelles, le texte dense et vivant est d’une lecture facile. On aimerait toutefois y trouver un peu de poésie, voire d’optimisme… la
prochaine fois peut-être 175 p Le Riffle € 15
H.D
J'ai lu le Carnaval des petites âmes avec beaucoup de plaisir, restant dans l'attente de m'y replonger au plus vite
lorsque je devais en suspendre momentanément la lecture.
Il est des passages tristes, émouvants, désolants, désarmants de ... conneries humaines que chacun rencontre au hasard autour de soi, sans jamais devoir lontemps chercher d'ailleurs. Chaque
nouvelle est comme la touche d'un ensemble pictural. Les coups de pinceaux sont fermes et nets ; chaque nouvelle est simple, montrant des vies telles quelles, sans fard, toutes bêtes, de
toutes conditions, de toutes situations, et, en quelque sorte, en vraie chair et en vrais os !
L'ensemble, le second niveau peut être, celui qui m'est resté en tout cas, m'apparaît comme la vision bien plus vaste
d'une condition humaine menée par l'illusion ; quand le carnaval s'achève, quand les masques dorés et enrubannés tombent, que reste-t-il ? Quels sont les véritables visages ? Poussant plus loin
encore, quels sont nos véritables visages ? L'Humanité, une véritable bande de c... ? (c... : carnavaleux, bien entendu ! )
Bref, j'ai bien aimé.
L.L
A QUAND LE PROCHAIN
Dès que l'on commence à lire, on ressent le besoin de découvrir la suite. C'est d'une justesse implacable. Bravo! A
quand le prochain?
J.FJ'AI BIEN RIGOLE
Profitant d'un déplacement en train j'ai lu "le carnaval des petites âmes"
d'un seul trait hier.
Un régal cette galerie de portrait qui m'a immanquablement fait penser à La
Bruyère, ce qui est plutôt flatteur.
Si je pense avoir mis quelques noms avec certitude, d'autres me font penser à
plusieurs personnes.
Y compris à moi-même... et à Toi, dans certaines
situations.
Bref :
1 - j'ai bien rigolé
2 - c'est bien vu
3 - on est souvent le con d'un autre..
H.L
LES ARISTOCRATES
Ce livre me plaît. Il me reste la dernière histoire à
découvrir.
Il se lit très facilement. Les histoires sont
bonnes.
J'ai bien aimé""les aristocrates de Santa Barbara".
P.H
DES TRANCHES DE VIE
Moi qui ne suis pas un grand lecteur,j'ai pris grand plaisir au fil des pages
à découvrir ces tranches de vies très psychologiquement décortiqueés et
transcrites avec style par l'auteur ....sincérement bravo...
A.G
LES ARISTO-CRADES DE SANTA BARBARA.
Nous avons été, sommes, ou serons tous un jour, les infâmes, traîtres et lâches tourmenteurs de nos voisins, collaborateurs, voir nos proches.
Comment avoir les idées larges dans un esprit parfois si étriqué?
BIENVENUE CHEZ LES CHT'IS.
Dans un monde sans pitié ou la loi du plus fourbe régne en maître.Il marrive parfois de faire mienne cette maxime : Heureux les simples d'esprit, le royaume des cht'is leur
appartient.
Ph.M
UN BON LIVRE
Doris et moi ne résistons pas au plaisir de vous conseiller vivement
la lecture du livre "le Carnaval de petites âmes", le Rifle
Une dizaine de nouvelles remarquablement écrites, texte dense et
vivant.
H.D
BON APPETIT !
Les premières pages expriment ce que nous ressentons sans trouver les mots justes, pour exprimer ce que vous
savez faire et bien. C'est comme une révélation. Les premières pages donnent envie d'engloutir le reste.
M.F
HUMOUR
Les livres d'André Soleau, c'est comme les nécrologies. Tant qu'on n'est pas dedans, tout va bien
B.P
BRAVO
Ce petit mail pour te dire combien j'ai apprécié ton livre. Il est magnifiquement écrit et, au petit jeu des références,
facilité dont sont friands les journalistes, je verrais bi
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