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Etienne Desfontaines

 

La fenêtre ouverte

 

 

C'est une règle managériale. Tous les cadres des grandes entreprises et tous les employés des grandes institutions la connaissent bien. Ils l'appliquent avec une extrême rigueur : "surtout ne jamais passer devant une fenêtre ouverte !"  Un coup d'épaule est si vite donné. Il ne s'agit pas naturellement des grande baies vitrées qui couvrent les immeubles de la Défense, ou de celles qui servent de champ de fond aux journalistes qui scrutent les jours et les nuits de l'Elysée. Il s'agit des trous d'air qui secouent régulièrement les groupes privés ou les institutions locales, régionales, nationales, européennes ou internationales. A l'occasion d'une fusion, d'une refonte ou d'une réorganisation, d'une reconstitution politique ou d'une échéance électorale.

 

Trois pivots de notre horizon national viennent d'en faire les frais. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande. Ils ont été piégés par les primaires. Jetés dehors. D'autres ont été plus malins. Jean-Luc Mélanchon, Emmanuel Macron, ont pris un autre couloir. Et Marine Le Pen, elle, s'est située d'emblée sur le toit du bâtiment ! C'est un fait acquis. Elle sera au second tour. Plus personne ne la remet en cause. La droite et la gauche républicaines ont mis un genou à terre, devant le Front National.

 

C'est sur cette base que les élections françaises de 2017, présidentielles et législatives, sont définitivement établies. Il manque à la droite l'apport infime de ce qui reste des troupes de François Bayrou. La gauche aligne plus de dix candidats, "in" et "off" des primaires, dont les résultats sont plus qu'incertains. A six mois de l'élection, comme le souligne notre hôte, ce n'est plus une "fenêtre ouverte". C'est une béance.

 

La France est à l'arrêt. Inquiétée et inquiétante. Sans voix, en Europe et à l'international.

Plus que jamais, nous devons résister au vertige... du vide !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Europe.jpg

Un seul être vous manque....

 

 

C'est une idée force du Front National. Evacuer l'Europe de notre destin. Ramener la France aux frontières de 1945. Surtout ne pas voir au-delà de Calais, de Lille, de Thionville, de Strasbourg, de Belfort,  de Modane ou de Vintimille !  Et clamer notre identité. Faire savoir au monde, bien au-delà des limites incertaines de Schengen (mais où se trouve donc cette bourgade qui nous empêche de tourner en rond ? ) que nous sommes debout, que nous avons une histoire, une fierté, une force de frappe économique, un porte-avion et des bombes nucléaires capables de détruire sur pied la première grande puissance qui voudrait nous reprendre notre emblème du XX° siècle : "L'Alsace et la Lorraine" ! Faire savoir aussi, et plus que jamais, que nous sommes à même de réduire à néant avec notre DGSI et notre DGSE, notre RAID et notre GIGN, les forces terroristes qui s'infiltrent dans nos villes.

 

C'est une idée force, et c'est une idée bien établie. Durablement inscrite dans nos consciences. Les deux challengers de la droite française, François Fillon et Alain Juppé, l'ont admis implicitement dans le débat de cette semaine. Echanges polis, feintes et attaques à fleurets mouchetés, ils ont usé de tout leur savoir-faire. Sans toucher au dogme de la préparation des présidentielles de 2017  : "Marine Le Pen sera au second tour". Ni à sa conséquence immédiate: "il faut bouter l'Europe hors de nos frontières."  Comme l'ont fait les anglais.

 

Les journalistes requis pour le "spectacle" de la primaire de la droite ont joué le jeu. Il s'agissait pourtant de gens expérimentés. David Poujadas (France 2), Alexandra Bensaid (France-Inter), Gilles Bouleau (TF1). Aucun d'entre eux n'a pourtant abordé de front la question fondamentale de.... l'Europe. Pas un mot sur le sujet.

 

"Un seul être vous manque, clamait Alphonse de Lamartine, et tout est dépeuplé..." Il pleurait la perte d'une amante, emportée par la tuberculose. Le titre du poème dit tout : "L'isolement". Et son contenu nous jette dans l'effroi :

 

De colline en colline en vain portant ma vue,

Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,

Je parcours tous les points de l'immense étendue,

Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

 

La France, sans l'Europe, n'est rien. La France, sans l'Europe, ne tient pas dix secondes face à Vladimir Poutine. La France, sans l'Europe, subit profondément la pression économique des US, de la Chine, de l'Inde, de l'Amérique du Sud et de l'émergence africaine. La France, sans l'Europe, n'a plus de consistance culturelle.

 

Le premier job de notre prochain Président de la République sera de reconstruire l'Europe. Qui s'en inquiète aujourd'hui, à gauche et à droite ? Qui ose dire aujourd'hui qu'il faut emmener nos enfants visiter le Parlement Européen, le siège de la Commission Européenne et celui du Conseil Européen ? Pour entrer de plain-pied dans le XXI° siècle. Il ne sert à rien de réveiller les ombres d'après-guerre des pères fondateurs de l'Europe. Nous sommes, nous, les pères fondateurs de l'Europe du XXI° siècle. Il est urgent de nous réveiller !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Amérique : la désillusion (2)

 

Elections américaines participation.jpg

 

 

Jeudi 9 novembre - 3h du matin. La "Trumpmania" déferle sur les écrans. Les instituts de sondage et tous les observateurs avertis changent leur fusil d'épaule. Un frisson parcourt le monde. Donald Trump passe sous le nez d'Hillary Clinton. Et le "personnage" prend immédiatement les feux de la rampe.  Ici, on se félicite : "c'est le peuple qui a parlé !" Là, on panique : il va semer la division, et provoquer une récession mondiale. Et puis, on tente de retrouver la raison.  "Il fera ce qu'il a toujours fait, c'est un pragmatique, il s'adaptera". Tandis que d'autres se raidissent. Les premières pancartes fleurissent, au pied de la Trump Tower : "Not my president !"

 

Le tintamarre est à son comble, quand une autre information tombe. Discrète. A peine commentée sur les écrans. La moitié seulement des 230 millions d'américains en âge de voter (54,2% exactement) se sont déplacés pour déposer un bulletin dans l'urne. "C'est le moins bon [taux de participation depuis 2000, dit Pierre Breteau (Le Monde, édition du 9 novembre 2016), qui évoque les records des années 60, les élections de Kennedy et de Nixon, à plus de 60%.

 

A ce stade, légalement, c'est acceptable. Légitimement, c'est un déni de démocratie. Donald Trump n'emporte finalement qu'un quart des voix des inscrits sur les listes électorales américaines. Un commentateur dans l'émission d'Elisabeth Quin,  "28 minutes" (Arte), lance le soir même une analyse qui fait froid dans le dos. "On ne peut pas passer quarante ans à déresponsabiliser les citoyens, dit-il,  pour en faire de meilleurs consommateurs, et espérer qu'ils redeviennent intelligents le jour de l'élection !"  Et il enfonce le clou : "ils votent comme ils éliminent un candidat de la téléréalité, ils choisissent comme dans les allées d'un hypermarché !" Avant de conclure : "Seule une remise en cause profonde du modèle socio-économique permettra de redonner du souffle à une démocratie renouvelée".

 

Donald Trump n'a pas fait fortune dans l'industrie productrice de richesse. Il n'a jamais exercé la moindre fonction publique. Il a surfé dans l'immobilier, il a été producteur et animateur d'une émission de téléréalité. Il a intégré le phénomène de l'opinion, et de la consommation. Ses électeurs ne sont pas des citoyens. Ce sont des "zombies", produits de la dérive d'une société fixée dans l'immédiat et le profit. Il n'y a plus d'intérêt général aux Etats-Unis. Ni pour le territoire américain, ni pour le monde.

 

La première mesure à prendre, dans ce cauchemar dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences, serait de délocaliser le siège de l'ONU.

 

Etienne Desfontaines

 

Photo : courbe des participations aux élections américaines

Amérique : la désillusion

Olivier Piton.jpg

"La campagne américaine est-elle en train de dégénérer ?" La question parait banale, au vu de ce qui surgit sur nos écrans. Et le journaliste Maxime Suitec la pose sans crier gare, cette semaine, dans le 13h d'Europe 1. Mais les mots ont un sens. Et la "dégénérescence" n'est pas une simple "dégradation". En biologie, c'est une façon de dire qu'une cellule ou un tissu perd ses caractéristiques fonctionnelles, au point de disparaitre dans un temps compté !

 

Où va l'Amérique ? Nous sommes en droit aujourd'hui de nous interroger. Le duel Donald Trump - Hillary Clinton est désolant. Il ne nous donne pas de réponse. Il y a un ouvrage, en revanche, qui prend de la hauteur et qui nous apporte un éclairage utile*.

 

Olivier Piton (50 ans) est avocat spécialisé en droit public français, européen et américain, au barreau de Paris et de Washington. Il a créé et dirigé la cellule de stratégie d'influence de l'ambassade de France à Washington de 2005 à 2010. Et il est président de la commission des lois de l'Assemblée des Français de l'étranger**. En clair, il est aux avant-postes de nos relations avec les US. Et il annonce "la fin d'un monde", un véritable "tournant de l'histoire !"  A cent mille lieux des images d'Epinal que nous nous sommes forgées sur l'Oncle Sam, au fil de la seconde moitié du XX° siècle.

 

Première immense désillusion : "pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, dit Olivier Piton, une majorité des Américains rejette en bloc l'immigration, foulant aux pieds une tradition bicentenaire d'accueil de l'étranger, autrefois appelé à intégrer le peuple américain en une génération..." Les Pères Fondateurs doivent se retourner dans leurs tombes !  Deuxième désillusion : la zone d'influence des US subit un rétrécissement inexorable. Olivier Piton stigmatise "la réussite purement occidentale" de l'Amérique, "parce qu'elle est limitée au cadre de pays partageant la même culture..." Exit le continent asiatique, l'Afrique et la sphère musulmane, qui lui sont hostiles. Troisième désillusion : le modèle économique des US est remis en cause. Crise morale des "subprimes" à l'appui,  on s'aperçoit que "le capitalisme industriel" [porteur d'espoir et producteur de richesses] "a été délaissé au profit des puissances financières." Après le communisme, c'est au tour du capitalisme de monter sur l'échafaud !

 

Résultat : le doute s'installe. L'Amérique sombre dans le syndrome européen, qui aligne la peur et la colère. Peur de la paupérisation. Peur des nouvelles puissances comme la Chine. Colère et défiance contre les élites, populisme et béance des idées. Le parti le plus puissant, qui sortira des urnes le 8 novembre aux US, n'en doutons-pas, sera une nouvelle fois celui... des abstentionnistes !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) "La nouvelle révolution américaine" par Olivier Piton (Plon - mai 2016)

(**) L’Assemblée des Français de l’étranger représente 2 millions de personnes établies hors de nos frontières  (www.assemblee-afe.fr)

 

 

 

 

António Guterres

 

Afficher l'image d'origine

 

 

Il est portugais. Et pour tout dire, il est l'héritier des grands Lisboètes. Ceux qui ont descendu le Tage, avant d'affronter l'océan Atlantique. António Manuel de Oliveira Guterres a 67 ans. Il est ingénieur, catholique et socialiste. Il parle couramment anglais, français et espagnol. Député en 1976, président de son groupe parlementaire en 1988, secrétaire général du PS en 1992, Premier Ministre en 1995. Il organise l'exposition universelle de 1998, fait surgir pour cela le "Parque das Nações" - le Parc des Nations - qui défie l'imagination à l'est de Lisbonne. Il tient bon et gère un pays d'un peu moins de 10 millions d'habitants jusqu'en 2002. Et il traverse l'Atlantique en 2005, à la demande du Secrétaire Général de l'ONU, le Ghanéen Kofi Annan, pour devenir le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR).

 

La suite est impressionnante. En janvier de cette année, le Premier ministre portugais en exercice, António Costa (PS) propose la candidature d'António Guterres au poste de secrétaire général de l'ONU, à la suite du sud-coréen Ban Ki-moon le 1er janvier 2017. Le portugais passe haut la main la séquence des auditions en juillet, il vient d'obtenir 13 votes favorables sur les 15 membres du Conseil de Sécurité, et il devrait être confirmé courant octobre par les 193 Etats membres de l'Assemblée Générale de l'ONU.

 

Marie Bourreau, la correspondante du Monde aux Nations Unies, rapporte* les propos du représentant russe, Vitali Tchourkine : "vous êtes les témoins, je pense, d'une scène historique". Et ceux de l'américaine, Samantha Power : "nous avons un candidat, dit-elle, dont l'expérience, la vision, la capacité d'adaptation sur un grand nombre de sujets ont fini par convaincre." Elle ajoute : "c'est remarquable qu'il n'y ait eu ni contentieux ni controverse...Tous les jours [...] nous aspirons à l'unité que nous avons pu observer aujourd'hui [au Conseil de Sécurité]" Le message est fort. Il dit clairement qu'un homme doté d'une solide expérience politique, capable de pointer du doigt l'intérêt général et d'entraîner ses interlocuteurs sur le chemin pour y parvenir, peut faire l'unanimité de la planète !

 

Il reste que les défis qui attendent António Guterres sont immenses. La Russie et l'Amérique se regardent en chiens de faïence. L'Afrique émerge doucement, mais sûrement. L'Inde et la Chine ne sont plus seulement les usines du monde, elles en deviennent aussi les laboratoires de recherche, et leur prévalence scientifique, économique et démographique, va radicalement changer la donne. L'influence de la grande Amérique, celle qui a sauvé et soutenu l'Europe en 1944, n'est plus qu'une peau de chagrin** (nous y reviendrons). Et l'idéal des pères fondateurs de l'Europe est en train de voler en éclats.

 

Au-delà des nations, au-delà du conflit syrien qui fixe toutes les attentions en ce moment, c'est aux continents que le portugais António Guterres va devoir se frotter. Pas de quoi effrayer un Lisboète !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Le Monde - 6 octobre 2016

(**)  "La nouvelle révolution américaine" Olivier Piton (2016 - Plon)

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