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« Le monde comme il va » : et si l'on s'arrêtait un peu pour réfléchir ?

 

Libfly interroge André Soleau

 

La voix du Nord parle du Monde comme il va

 

Le Club de la Presse accueille André Soleau

 

http://adan.blogspirit.com/

 

STUPEUR ET TREMBLEMENTS A

LILLE METROPOLE COMMUNAUTE URBAINE

 

LMCU tombe Pierre Mauroy 2

 

 

Les uns les autres lui passent quasiment sur les pieds, en arrivant rue du Ballon. Les uns honteux, les autres nerveux. L'ambiance est électrique à Lille Métropole Communauté Urbaine. Le troisième tour des municipales bat son plein. Les élus "fléchés", maires de petites communes, présidents de groupe, anciens et nouveaux élus de Roubaix-Tourcoing, filent têtes basses devant sa tombe au pied des tours d'Euralille, avant de s'engouffrer dans l'Hôtel de Communauté. Il n'aura pas fallu longtemps. Moins d'un an après la disparition de Pierre Mauroy,  on l'entend gronder à six pieds sous terre ! Le socialisme et le savoir-vivre républicain, qui lui étaient si chers, prennent des coups durs dans la Métropole.  Sortie de crise annoncée – porte de droite ou porte de gauche – le vendredi 18 avril après-midi.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les uns les autres lui passent quasiment sur les pieds, en arrivant rue du Ballon. Les uns honteux, les autres nerveux. L'ambiance est électrique à Lille Métropole Communauté Urbaine. Le troisième tour des municipales bat son plein. Les élus "fléchés", maires de petites communes, présidents de groupe, anciens et nouveaux élus de Roubaix-Tourcoing, filent têtes basses devant sa tombe au pied des tours d'Euralille, avant de s'engouffrer dans l'Hôtel de Communauté. Il n'aura pas fallu longtemps. Moins d'un an après la disparition de Pierre Mauroy,  on l'entend gronder à six pieds sous terre ! Le socialisme et le savoir-vivre républicain, qui lui étaient si chers, prennent des coups durs dans la Métropole.  Sortie de crise annoncée – porte de droite ou porte de gauche – le vendredi 18 avril après-midi.

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les uns les autres lui passent quasiment sur les pieds, en arrivant rue du Ballon. Les uns honteux, les autres nerveux. L'ambiance est électrique à Lille Métropole Communauté Urbaine. Le troisième tour des municipales bat son plein. Les élus "fléchés", maires de petites communes, présidents de groupe, anciens et nouveaux élus de Roubaix-Tourcoing, filent têtes basses devant sa tombe au pied des tours d'Euralille, avant de s'engouffrer dans l'Hôtel de Communauté. Il n'aura pas fallu longtemps. Moins d'un an après la disparition de Pierre Mauroy,

 on l'entend gronder à six pieds sous terre ! Le socialisme et le savoir-vivre républicain, qui lui étaient si chers, prennent des coups durs dans la Métropole.  Sortie de crise annoncée – porte de droite ou porte de gauche – le vendredi 18 avril après-midi.

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

ISOLOIR

 

Isoloir.jpgC'est un mystère. Les statisticiens et les politologues les plus avertis tentent de l'approcher depuis des lustres. Mais personne n'a jamais réussi à le percer. Qu'est-ce qui se passe dans la tête du citoyen, quand il se retrouve seul dans l'isoloir, avec ses bulletins et son enveloppe ?

 

Le moment peut être serein ou tendu. Il lui faut avoir fait le tri de la masse d'information et de désinformation, qui lui est passée dessus pendant des mois. Il lui faut une dernière fois procéder par adhésion ou par élimination. Sur la base de l'affection pour un candidat, ou sur celle de la raison pour un programme. Il lui faut aussi prendre la mesure de l'intérêt général, c'est une démarche difficile, au-delà de ses espoirs personnels et familiaux.

 

Il  y a autant de processus que d'individus. Il s'agit bien là d'un "colloque singulier", dont personne ne peut faire l'économie. Et il est un fait certain, qu'on observe facilement, dans la position de président ou d'assesseur de bureau de vote : une fois sorti de l'isoloir, c'est fini. Le passage devant l'urne n'est plus qu'une formalité. Le regard du votant, à ce moment-là, est éloquent. Il est encore intérieur, un rien méditatif, mais il porte loin. Très loin. Il assume sa décision, et il en ébauche la justification. L'enveloppe et la carte électorale à la main, il le sait, il va se retrouver le soir même dans la majorité ou l'opposition. Dans la satisfaction ou le dépit. Et il devra en rendre compte. D'abord à lui-même.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

Echarpes orphelines 

 

Echarpes-orphelines-bis.jpgProportionnelle et parité. Au gouvernement, ça donne une fragile répartition des "maroquins", et une équipe de bric et de broc. Au Parlement, ça donne une tribune aux extrêmes. C'est ce qui se passe déjà dans les Régions. Dans les grandes communes, les jeux d'influence font florès : on ne choisit plus vraiment les personnes en fonction de leur compétence, mais au gré de leur sexe ou de leur appartenance politique. Dans les petites communes (entre 1000 et 2500 habitants), c'est un casse-tête chinois. Les savoir-faire doublés de bonnes volontés ne sont pas légion. Réunir une liste complète de 15 à 20 quasi-bénévoles, hommes-femmes à part égale, est un exploit ! On voudrait tuer le politique dans l'œuf de la législation, et décourager toutes les vocations naissantes au moment où on en a le plus besoin, qu'on ne s'y prendrait pas autrement !

 

Etienne Desfontaines

 

Pacte de responsabilité

 

 

 

Pacte-de-responsabilite.jpgSi les mots ont un sens, la racine du "pacte" venant de la "paix", et si on nous en rabat les oreilles en ce moment, c'est qu'il y a au pire des "ennemis", au mieux des "parties adverses", à réconcilier. Si on adjoint en plus à cette notion de réconciliation, celle de "responsabilité", c'est qu'on s'adresse à des "irresponsables" dont on veut corriger les égarements… Le résultat est simple.  En fait de "climat de confiance", ce qu'on génère dans l'armée des ombres, acteurs de terrain de l'économie et du social, qui engagent des fonds et toutes leurs forces dans le développement de leurs activités, au local, au national ou à l'international, c'est un "frisson" d'incrédulité !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

LES QUATRE HOTELS

     

 

 

Quatre hôtels, quatre mousquetaires.

 

Des aventures mais pas de mariage en vue.

 

 

 

Le premier fait le beau, aux abords du périphérique. Cinq vastes Lego de verre  sur pilotis. On ne peut pas rater le Conseil Régional, en arrivant à Lille. On lui passe dessous, pour entrer sur le Boulevard Louis XIV. Son beffroi affronte les vents de Flandre comme une lame de verre, plantée au cœur du Nord Pas-de-Calais. Il étincelle au soleil levant, il flambe au soleil couchant.

 

 

 

Le second est plus discret, en bord de gare. Deux masses de briques jaunes quasiment soviétiques, lourdement fichées en terre, au dos de la Cité Administrative. L'hôtel du Département, rue Gustave Delory, abrite l’exécutif et les directions administratives du Conseil Général. On lui passe dessous, lui aussi, pour rallier le centre-ville.

 

 

 

Le troisième est celui qui domine la ville, du haut de ses 104 mètres ! Du grandiose à l'état pur. Une ampleur et une ingéniosité, tout en briques rouges, signées des années 30. On ne passe pas sous l'Hôtel de Ville de Lille. On en fait le tour, pour en trouver l'entrée. Puis on le contemple, en revenant sur le pavé de la Porte de Paris. Et on se laisse porter par l'Histoire avec un grand "H". Les ombres de Roger Salengro et de Pierre Mauroy surgissent sur le parvis. Plafonds hauts, escaliers de pierre, comptoirs de chêne : le berceau du socialisme du Nord a été fait pour durer !

 

 

 

Le quatrième est installé au nord de la commune. A l'entrée du Grand Boulevard, en direction de Roubaix-Tourcoing. Dix étages en équerre, un banal ensemble de bureaux. On peut longer l'Hôtel de Communauté (Lille Métropole Communauté Urbaine) à pied ou en voiture, sans vraiment le voir. Il administre pourtant 85 communes et plus d'un million d'habitants. ll accède aujourd'hui au rang d'Euro-métropole, et il est un des lieux de pouvoir les plus porteurs d'avenir.

 

 

 

Une telle richesse architecturale nous honore naturellement. Mais elle inquiète aussi. Le serpent de mer réapparait, comme toujours, à l'approche des élections. 36000 communes, des métropoles et des intercommunalités par dizaines, 101 départements et 22 régions : c'est peu de le dire, le millefeuille à la française est devenu totalement indigeste.

 

 

 

Pour traiter le sujet, le "Janus" du gouvernement Sarkozy, l'élu double-face, à la fois conseiller général et conseiller régional, a fait long feu. La mode est maintenant aux "fiançailles". Patrick Kanner (CG59) vient de passer la bague au doigt de son collègue socialiste Dominique Dupilet (CG62). Mais de là à entamer une vie commune, il y a encore du chemin. Les "fiancés" du Haut-Rhin et du Bas-Rhin sont dans toutes les mémoires : ils étaient à deux pas de convoler en justes noces avec la Région Alsace, en avril 2013. Mais c'est la parentèle qui n'en a pas voulu : elle a les a renvoyés chez eux, le doigt tendu, avec un "non" retentissant entre les oreilles ! Région, Départements, Métropole et commune : la marche nuptiale n'est pas près de résonner, dans les hôtels lillois comme partout en France.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Un rayon d'or

sur le noooord !

 

 

    Yoichi Suzuki, l'ambassadeur du Japon en France, est monté dans le Nord la semaine dernière. Un passage dans la journée chez Toyota (Valenciennes), et une remise en soirée des insignes de l'Ordre du Soleil Levant, Rayon d'Or en sautoir, au Consul Honoraire du Japon à Lille, Patrick Lesaffre. Costume sobre parfaitement ajusté, tailleur noir de haute couture pour son épouse : le couple affiche une élégance parisienne discrète, mais très présente.

 

On lui demande hors discours : "Excellence, quelle image vous faites-vous du Nord de la France ?" Il pratique le français à la perfection. Il évoque d'abord un trait essentiel de notre identité. "Nous sommes ici à Lille et Valenciennes, dit-il, dans une grande agglomération industrielle, c'est pour cela que Toyota s'y est implanté." Et puis, il change de registre. "Vous avez l'avantage, lâche-t-il sans prévenir, d'être au contact de la Belgique et des Pays-Bas, de leur ouverture sur la mer et sur l'Europe… La logistique, c'est important pour le Japon !" Dans la foulée, il évoque les musiciens japonais de l'Orchestre National de Lille : la culture est pour lui le creuset de la rencontre du Nord et du Levant !

 

 En trois temps, tout est dit.

 

 – Vu de l'autre bout de la terre, ce n'est pas une commune, Lille ou Valenciennes, qui attire le regard, c'est le vaste tissu urbain qui s'étend de Maubeuge à Arras, de Dunkerque à Lille, jusqu'à Tournai, Gand et Courtrai.

 

2 – Dany Boon est renvoyé dans ses cordes ! Nous ne sommes plus dans "le nooooord" de la France, nous sommes au "sud des pays du Nord", associés au développement international de la Flandre occidentale, des Pays-Bas et de l'Allemagne du nord-ouest ! C'est une donnée qui est clamée depuis longtemps par nos Chambres de Commerce et d'Industrie. C'est une réalité qui est déniée par l'administration française, elle met dans l'embarras le Préfet de Région, Dominique Bur, qui assiste à la remise de médaille, et qui délivre – lui aussi en aparté – un  commentaire évasif : "nous travaillons actuellement à la problématique de la mobilité dans la région, c'est fondamental…"

 

3 – Il n'y a de perspectives économiques que dans la rencontre humaine en profondeur : la culture est l'avant-garde de la croissance européenne et internationale.

 

La visite de l'ambassadeur du Japon, Yoichi Suzuki, n'a pas provoqué de tourbillon médiatique. Il y a pourtant des regards lointains, qui en disent plus que toutes les analyses sur la situation du Nord Pas-de-Calais. Il est grand temps d'ouvrir le canal Seine-Nord, d'engager des relations transfrontalières intenses, de développer des coopérations portuaires le long de la Manche, et de multiplier les voies routières et ferroviaires vers Dunkerque, Anvers, Rotterdam et Hambourg !

 

Etienne Desfontaines

 

Management

Management.jpgTous les DRH connaissent bien le fait. Quand il y a un problème de management, on évoque un manque d'écoute. On tente de restaurer  le dialogue, on ouvre des tables rondes. Et on tourne en rond, jusqu'au moment où il faut bien changer quelque chose. Soit la méthode de management, soit le manager. Pour que la vie reprenne son cours. "Le poisson pourrit toujours par la tête" dit le proverbe chinois. La survenue des problèmes n'est pas toujours le fait de la direction. L'absence de réponse, ou l'échec des solutions : si !

 

C'est ce qui se produit aujourd'hui. La crise n'est pas le fait de l'Etat ou du gouvernement socialiste. Elle ne trouve pas non plus son origine dans l'institution européenne. Elle est mondiale, multipolaire. Et l'économie n'est pas tout. La politique n'y suffit pas non plus. La science, l'écologie, l'éthique et la religion s'en mêlent. Les lignes géopolitiques bougent. La conception même de la vie est bousculée, partout sur la planète. Quel  langage tenir, face à de telles mutations ? Quelles réponses apporter ? Quelles perspectives donner à un Etat, un continent, une Eglise, ou plus simplement à une corporation professionnelle, ou à une communauté arcboutée sur son identité ? Bien malin qui peut le dire. Beaucoup de responsables ne s'y retrouvent plus, et ils vacillent.

 

Premier exemple. Tout président qu'il est, François Hollande n'est plus en situation, dix-huit mois après son élection, d'imposer quoi que ce soit en France : plus personne ne l'entend…  Deuxième exemple. Qui connait réellement de nom et de visu, celui qui porte en ce moment le titre de président du Conseil de l'Europe, Herman Van Rompuy ?  Ce n'est pas faute de faire des efforts, et d'appliquer à l'Europe les talents de négociateur qu'il avait déployés comme chef du gouvernement belge. Mais rien n'y fait : la citoyenneté européenne est en panne…. Et troisième exemple.  Qui peut donner d'emblée le nom, le titre exact, et l'origine du patron de l'ONU ? L'affabilité de son secrétaire général, le Sud-Coréen Ban Ki-moon, est légendaire. Sa discrétion est notoire. Son assemblée fait la preuve récurrente de son incapacité à anticiper et à régler les conflits….

 

La France, l'Europe et l'ONU ont toutes les trois perdu la tête, et le plus souvent, le sens de leur existence. Il est temps de leur donner une nouvelle gouvernance. La plupart des observateurs le clament. Si rien n'est fait, ce sont les peuples qui vont l'exiger. Les élections municipales en France, et les élections européennes sur le vieux continent, seront sans doute très lourdes de sens, en mars et en juin prochains. On peut s'en convaincre, on peut et on doit tout faire, chacun à sa place, en commençant par rendre de la hauteur et de la noblesse à la vie politique, pour accompagner le mouvement et nous doter de vrais managers, au national et à l'international. C'est une étape nécessaire. Pour que la vie reprenne son cours.

 

 

Etienne Desfontaines

 

Techtonique des plaques 

 

Tectonique des plaquesLa terre va trembler ! Les astrophysiciens et les vulcanologues savent de quoi ils parlent. Ils surveillent les lignes de force de l'écorce terrestre. Ils ont des capteurs, ils analysent les prémices des séismes. Sans pouvoir dire, toutefois, le jour et l'heure de la catastrophe. Les politiques, eux, semblent nettement plus désarmés. Pas de capteurs, pas d'enregistrements prédictifs des chocs titanesques qui devraient pourtant se produire en 2014. Entre communes et métropoles, entre nations et Europe, entre extrêmes et partis de gouvernement.

Dimanche 23 et dimanche 30 mars 2014 – Nous allons élire nos conseils municipaux et nos… 36 000 maires. Sans rougir, comme en 1930 ! Nous allons traverser la rue principale de notre quartier ou de notre village, et déposer dans l'urne un vote dont les conséquences seront immédiatement balayées, dépassées par ce qui va se passer dans les métropoles et les intercommunalités ! Toutes les décisions importantes de la commune – aménagement du territoire, habitat, transport, sport et culture, environnement et traitement des déchets, approvisionnement en eau – sont désormais prises au niveau intercommunal. Dès lors, la tentation sera grande, le 23 et le 30 mars, de détourner l'élection pour en faire une tribune partisane de droite ou de gauche, extrémiste ou républicaine. Mais ceci n'empêche pas cela : la plaque "intercommunale" est en train d'émerger. Violente et implacable. Elle bouscule toutes les façons de faire des équipes municipales.

 

Dimanche 25 mai 2014 – Nous allons élire nos députés européens. Les premiers éléments d'information qui tombent nous le confirment : ce ne sont pas les "têtes de pont" que nous enverrons au Parlement Européen. Ce sont des seconds couteaux. Rares sont les politiques français, en effet, qui vouent leur carrière à la construction européenne. La plupart préfèrent surfer sur l'opinion publique et caresser du plat de la main le pré carré de la "Nation". On peut en être sûr,  le 25 mai, la tentation sera grande une fois de plus de détourner l'élection pour en faire une tribune partisane de gauche ou de droite, plus ou moins extrémiste, plus ou moins pro ou anti-européenne. Mais ceci n'empêche pas cela : la plaque "européenne" est en train d'émerger. Violente et implacable. Elle bouscule toutes les façons de faire des nations européennes.

 

Poussée des extrêmes, déstabilisation et déliquescence des partis de gouvernement, éloignement des centres de décision territoriaux, éloignement des centres de décision nationaux au profit de l'Europe : les "plaques politiques tectoniques" sont bien visibles et multiples. Et on le sait, c'est l'effet de la "convection*" : elles vont s'entrechoquer. Violentes et implacables. Reste à savoir : quand ? Avant, après, ou au moment même des élections ? Bien malin qui peut le dire.

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) convection : échange thermique et mouvement de matière  dans le manteau terrestre, à l'origine de la dérive des continents. 

 

 

C'est génial

 

Le tramway

 

"C'est génial !"  Elle saute, elle trépigne. Elle va sur ses cinq ans, et elle traverse le Grand Boulevard sur une passerelle piéton, à hauteur du Buisson. Les voitures filent sous nos pieds. Les tramways, massifs, tous phares allumés et caténaires déployées, prennent lentement de la vitesse et s'engouffrent eux-aussi sous la passerelle. Elle s'agenouille, elle se retourne, elle guette le suivant : "le voilà, le voilà !" Elle se fait peur, elle perçoit le souffle du monstre qui disparait sous ses pieds. Elle recommence, jusqu'au moment où elle domine l'expérience. Elle n'a pas assez de mots. C'est un flot continu pour refaire l'histoire sur le chemin du retour. Petite fille de la campagne, elle savoure le plaisir de l'inconnu. Elle découvre la ville. C'est un vrai bonheur de la voir, heureuse et confiante, aux portes d'un monde nouveau !

 

Pierre Mauroy

 

"C'est génial !"  Je parcours la presse, je passe d'une matinale à l'autre, j'écoute les chroniqueurs. Pas une fausse note. L'éloge est sobre, mais unanime. A la mesure de l'homme qui vient de s'éteindre. Je me souviens pourtant des combats, des critiques et des coups bas. Des dossiers difficiles, dont il a assumé le poids humain et politique. Tout ce qu'on racontait aussi dans les quartiers. Il n'y avait pas que de l'affection dans l'expression "Gros Quinquin" ! Mais tout est oublié. La ville de Lille, la Communauté Urbaine, le département, la région, la France, L'Europe,  l'élite et le peuple, tout le monde salue aujourd'hui un homme politique aimable et respectable. Le fait mérite d'être signalé : il y a donc des hommes politiques qui en valent la peine… Cherchons bien : il y a d'autres Pierre Mauroy en France et en Europe ! C'est un vrai bonheur de partager pareil moment de confiance populaire !

 

Le Saint Empire Romain

 

"C'est génial !" La promenade est impromptue, cette fois, dans les colonnes de "L'international Herald Tribune". Un professeur d'histoire de Cambridge, Brendan Simms*, nous ramène cinq siècles en arrière. Il revisite le Saint Empire Romain Germanique. Ses débuts au Moyen-Âge, son étendue sur toute l'Europe du Nord, de l'Est et du Sud. Ses rivalités entre princes régnants, le don de se lancer dans d'interminables débats. Une paralysie, qui a mené à sa perte en 1806. Brendan Simms en tire des leçons énergiques, en faveur de la création d'un exécutif européen fort. "C'est le choix, dit-il, que les américains ont fait il y a deux cent ans, ils ont prospéré… Les européens – les "germains de l'époque" – ont tergiversé… Tout reste à faire, mais nous en avons les moyens !"  C'est un vrai bonheur d'apprendre que nous avons en nous-mêmes tout ce qu'il faut pour prospérer et faire confiance en l'avenir !

 

Moralité

 

Des leçons d'histoire, des hommes de la trempe de Pierre Mauroy, un regard d'enfant : il suffit de bien regarder, "c'est génial !", et de nous y abandonner. Nous avons tout sous la main, pour aller de l'avant.

 

Etienne Desfontaines

*) "Europe : the struggle for supremacy from 1453 to the present" Brendan Simms (Edition Allen Lane 2013)

 

   

 Maman, j'ai perdu mon Swot

 

swot.jpgFête des mères, fête des pères. Les mois de mai-juin nous ramènent tous les ans à la cellule initiale de notre vie. A notre famille. Qu'est-elle devenue aujourd'hui ? Nous avons tous en tête le poème de Victor Hugo : "lorsque l'enfant parait, le cercle de famille applaudit à grands cris…" Mais de quel cercle de famille parle-t-on ? Qu'est-ce qu'un enfant découvre aujourd'hui, lorsqu'il ouvre les yeux sur le monde et lorsqu'il capte ses premiers éléments de langage. Lorsqu'il imprime par tous ses sens ce qui formera ses certitudes, son disque dur dans la vie, son "SWOT" – Strengths (forces), Weakenesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats (menaces) – comme disent les anglais.

 

Difficile aujourd'hui de le définir. L'espace familial dans lequel il surgit peut prendre une incroyable diversité de configurations. Un père, une mère. Deux pères, deux mères. Pas la peine d'y revenir, on vient d'en parler pendant des mois ! Un père au travail, une mère au foyer. Ou l'inverse. Idem quand les deux parents sont du même sexe. Une mère isolée, sans reconnaissance du père. Un père seul, et une mère connue mais totalement absente. Des parents séparés, mais qui restent en contact : une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre, en l'absence de tout autre compagne ou compagnon. Des parents séparés, mais qui ont refait leur vie, soit l'un soit l'autre, soit les deux : deux nouveaux adultes dans la famille, des demi-sœurs, des demi-frères. Des parents divorcés dans le chaos et la douleur, un père ou une mère qu'on ne voit qu'aux vacances. Idem, dans tous les cas de figure que l'on vient d'évoquer, pour les personnes de même sexe… Sans parler des métissages, des mélanges de langues, de cultures nationales, internationales, économiques et politiques, artistiques et religieuses. 

 

Arrêtons-nous là. Le fait est établi, et il est complètement inédit. La complexité de la situation que doit affronter un enfant dès sa naissance en 2013 est inouïe ! Un instituteur, pardon : un professeur des écoles, comme on les appelle maintenant, m'a lancé récemment : "j'ai 25 gosses dans ma classe, ce sont 25 situations familiales différentes !"  Il exagérait un peu, mais c'était pour lui une façon d'exprimer son désarroi. Pour bien instruire un enfant, il faut le comprendre, s'adapter à ses acquis, construire sur le socle donné par la famille. "Je ne les comprends plus, me disait ce professeur, je n'arrive plus à discerner le cadre réel dans lequel ils évoluent…"  Quand on connait le besoin de cadre, justement, pour un enfant, quand on en sait la nécessité pour le rassurer, pour le conforter dans son identité et l'amener au meilleur de ce qu'il peut devenir, on se dit que nos bambins, tous nos bambins, qu'ils soient des quartiers chics ou des cités, qu'ils soient à l'air libre dans nos campagnes ou ballottés dans les avions de la jet-society, tous nos bambins encore une fois ont bien des raisons de ne plus savoir où ils en sont et de faire des crises d'angoisse !

 

Bonne fête à toutes les mamans.

 

Bon courage à tous les enfants.

 

Etienne Desfontaines

 

 

LE DOUTE

 

Gruson – Dimanche 7 avril 16h

 

Les pales d'hélicoptères ronflent au-dessus de nos têtes. La voiture du directeur de course sort en hurlant du pavé de l'Arbre. Je serre la petite (4 ans) dans mes bras. Cent mètres de creux : deux hommes casqués, lunettes noires, surgissent roue dans roue. Fabian Cancellara et Sep Vanmarcke. On a juste le temps de percevoir la hargne, la tension de la chaîne sur les roulements à billes. La meute des suiveurs écrase le dixième de seconde de silence qui submerge les vrais supporters. Je jette un œil à la petite. Elle a les yeux grands ouverts, les mains sur les oreilles. Trop d'images, trop de fracas. Ce n'est plus du sport, c'est du spectacle. Ce n'est plus du spectacle, c'est un enfer mécanique. Comment ces hommes font-ils pour tenir ? L'édition 2013 du Paris-Roubaix a été la plus rapide des temps modernes ! Je pense à Tom Boonen, à Lance Amstrong, au vainqueur de cette année, Cancellara, et à bien d'autres. Tous ont été suspectés ou convaincus de dopage. Il y a comme un doute….

 

Strasbourg – Dimanche 7 avril 20h

 

Les résultats du référendum sont attendus. Haut-Rhin, Bas-Rhin, Région Alsace : les trois assemblées ne pourraient plus faire qu'une, c'est un espoir, un exemple pour d'autres territoires. Une réforme, enfin une, venue du terrain, un premier pas dans une nouvelle ère qui donne de l'élan aux régions ! Ce sera "non". Le Haut-Rhin ne veut pas se faire avaler par le Bas-Rhin, les communes, les métropoles, ne songent qu'à garder leurs prérogatives. Les promoteurs de l'opération ont monté une usine à gaz : un parlement à Strasbourg, un exécutif à Colmar. Personne ne s'y retrouve. Le projet est mort-né. La Nation n'y arrive pas, les territoires non plus. Y-a-t'il encore des réformes possibles en France ?  Il y a comme un doute….

 

Lille (Loos) - Vendredi 5 avril 15h

 

Je fais face au président du directoire de Bayer Santé, Markus Baltzer, dans le Parc Eurasanté. Il arrive de Berlin, le taxi vient de le déposer. Vaste bureau, simplicité du mobilier. Deux ou trois points d'agenda à régler avec son assistante, un document à signer, il me rejoint à la table de réunion. Accompagné, c'est la règle, de sa directrice de communication. Objet de l'entretien ? Le doute ! La suspicion. Le médicament : Dr Jekyll ou Mr Hyde ? La question est lancinante. Les progrès sont fantastiques, l'espérance de vie passe la barre des 80 ans, mais la rupture est consommée entre le grand public et l'industrie du médicament. On la met tous les jours au pilori de la finance ou de l'accident thérapeutique. Markus Baltzer est confiant. Il a des arguments, il trouve les mots : "je ne voudrais pas vivre comme mon grand-père et mon arrière grand-père ! " Nous y reviendrons dans une autre chronique. Il fustige ce doute qui ronge la France, et qu'il ne retrouve pas ailleurs dans le monde !

 

Moralité

 

Le sport, la politique, la médecine, on pourrait parler de l'économie évidemment : il n'y  pas pire cancer que le doute. Il n'est pas foudroyant. Mais il est implacable.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

Marthe et Marie 

 

Marthe-et-Marie.jpgLe hasard fait parfois bien les choses. Les 115 cardinaux électeurs, qui entrent en conclave, sont logés dans la maison Sainte-Marthe. Il n'y a pas femme plus remuante ! Les évangiles (Luc 10 ; 38-42) nous disent qu'elle était la sœur d'une douce femme, Marie, qui se contentait d'écouter la parole du Seigneur, assise à ses pieds. Alors qu'elle, Marthe, s'agitait pour assurer "les multiples soins du service" de la maison. Silence et agitation. Méditation contre rumeur du monde. On imagine la tension relative de ces 115 "personnages en quête d'auteur", dont la moyenne d'âge est de 77 ans, tous nommés par leurs deux illustres prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoit XVI, sans avoir participé pour autant, ni les uns ni les autres, à la "révolution" de l'Eglise dans la seconde moitié du XX° siècle : le concile Vatican II !

 

Sont-ils réellement des hommes d'avenir ? Vont-ils élire un homme qui représentera le collège des évêques, dont il sera issu, avec le discernement et l'énergie nécessaire pour assurer les "multiples soins du service" auprès du monde, un homme capable aussi de réformer la Curie et de sortir ses officiants, cardinaux, prêtres et évêques, des ornières morales dans lesquelles ils se sont fourvoyés. Vont-ils au contraire retenir un nouveau grand théologien, à l'image de Benoit XVI, qui s'en remette à Dieu et pointe constamment du doigt un idéal de vie ? Ou bien encore, vont-ils choisir un nouveau "curé du monde", comme l'était le très charismatique Jean-Paul II, qui arpente la planète et réunisse autour de sa personne toutes les diversités d'expression de la foi catholique ? Il n'y aura probablement pas de miracle. Juste le souffle de l'Esprit-Saint, disent les croyants.

 

Reste que cette élection papale, ses pompes et ses ors aux relents désuets d'un début de XX° siècle, est absolument fascinante et… déroutante pour le commun des hommes. Fascinante parce que l'histoire de l'Eglise est aussi celle d'une très large partie du monde, à commencer par celle de la vieille Europe : c'est le phénomène de l'inculturation. Le lien est très étroit entre vie culturelle et vie cultuelle, entre beauté et foi, on le relève sans arrêt dans nos musées et nos palais républicains. Fascinante aussi parce que le monde en mutation qui s'ouvre sous nos pieds, l'effacement programmé de nos racines et nos doutes sur l'avenir, nous mettent en quête de sens. Les hostelleries des monastères font le plein. Déroutante enfin, parce qu'absolument contraire à notre sens de la laïcité, à notre façon de concevoir la gestion d'une institution internationale par la démocratie, à notre rejet de plus en plus marqué de toute hiérarchie verticale pour préférer la vie en réseaux !

 

Moralité

 

Au travail, dit Marthe !

 

"Le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde", répond Marie.

 

Moralité (bis)

 

Une chose est sûre, le temps de l'Eglise n'est pas celui du monde

 

Une autre aussi : le pape ne sera pas une femme.

 

Etienne Desfontaines

 

Photo :

 

"Le Christ dans la maison de Marthe et Marie"  Tableau de Johannès Vermeer (vers 1655)

 

Gethsémani

         Gethsémani… C'est un jardin sombre, dans la vallée du Cédron, au pied du Mont des Oliviers. Le Christ s'y retire juste avant sa Passion. Il y ressent "effroi et angoisse", dit l'évangéliste Marc. Il s'isole, il tombe la face contre terre, et il prie. Pendant ce temps-là, Saint Pierre et deux autres de ses apôtres, le premier cercle de son entourage, s'endorment…  Benoit XVI n'est pas le Christ. Les cardinaux ne sont pas les apôtres. Mais ils en sont les successeurs. La comparaison n'est pas dénuée de sens. Elle peut éclairer le fait stupéfiant du renoncement du pape à conduire plus avant les affaires de l'Eglise.

 

 

Joseph Ratzinger, devenu Benoit XVI par la volonté de ses pairs à la mort de Jean-Paul II, est d'abord un théologien. Un grand intellectuel, convaincu de l'amour de Dieu. Il a servi "l'intelligence de la foi, le dialogue interreligieux, la nouvelle évangélisation, la charité dans la vérité, la paix entre les nations", dit le porte-parole de la conférence des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. C'est un homme de Dieu. Qui se sait à bout de forces, et qui voit la fin arriver. Il a besoin de s'isoler, et de prier. C'est son Gethsémani. Un moment dans lequel il puise ses dernières énergies : les plus belles, celles qui vont l'amener à passer dans une autre Vie. Il vit pleinement son Espérance et sa confiance en Dieu, au cœur même de son extrême faiblesse. C'est son pouvoir spirituel. De celui-là, il ne s'est pas défait. Bien au contraire, il en témoigne avec une acuité inouïe. "Ce Pape est grand, dit encore Mgr Podvin, il désigne par le don de sa vie, Quelqu'un de plus grand que lui…"

 

Le même Joseph Ratzinger, qui a été porté à la tête de l'Eglise en avril 2005, sort pourtant de sa méditation. Il observe son Eglise, comme le Christ ses apôtres. Il en perçoit la force d'inertie, ses divisions, son manque d'enthousiasme à aller porter la Bonne Parole. Il la sait en décalage par rapport au relativisme, au libéralisme de la société moderne. Pas vraiment incapable, mais pas tout à fait sûre non plus, de l'entraîner vers un idéal de vie. L'Eglise, l'institution, est devenue minoritaire sur une bonne partie de la planète, elle n'en est plus le ferment culturel. Pour le redevenir, elle doit repenser sa façon d'être. Spirituellement, mais aussi structurellement. La hiérarchie romaine, catholique et apostolique, est aujourd'hui désuète. Elle ne pèse plus sur le politique, au sens fort du terme : sur la vie de la Cité. Urbi et Orbi. Ce pouvoir-là est perdu.

 

Pour le reconquérir, il y faut plus que de l'énergie. Cela suppose une autre vision du monde. Au cœur de la démission de Benoit XVI, il y a la conscience très humble et très respectable – elle fait l'unanimité – de ne plus avoir la capacité physique de mener pareille entreprise. Il y a aussi la conscience de ne plus savoir comment s'y prendre, et de devoir passer la main à la génération suivante. C'est tout aussi respectable. Et c'est une fenêtre ouverte sur un nouveau monde, dans lequel on témoignera de l'amour de Dieu… autrement qu'en pourpre cardinalice et en latin !

 

Etienne Desfontaines

Trois hommes

Le temps et la raison

Montre-Quentin-Carnaille.jpgJeudi 10 janvier, 10h - Je suis là pour l'interviewer, mais c'est Patrick Peugeot qui m'observe. L'ancien patron de La Mondiale (76 ans) vient de descendre du TGV. Quatre stations de métro plus loin, il atteint son ancien bureau (Mons-en-Baroeul). Et il parle. Une seule question a suffi : "qui êtes-vous, Mr Peugeot ?" Il énumère : l'école polytechnique, l'ENA, la Cour des Comptes, la création des contrats de plan et le programme PEON (Production d'Energie d'Origine Nucléaire), l'avènement de la télévision en couleur, le premier prélèvement automatique (EDF), les nationalisations de 1981, La Mondiale enfin, et puis le Conseil de développement de la Communauté Urbaine de Lille, et le Forum de l'Eurométropole… Les noms se bousculent : De Gaulle, Pisani, Nora, Chaban, Marie-France Garaud, Mitterrand, Rocard, Delors, et puis Mauroy, Aubry… Je l'arrête. Je lui dis : "en somme, vous avez toujours un temps d'avance !..." Il me regarde, interloqué. Il se demande si c'est un compliment ou une critique. Il n'ose pas penser à…  une fuite en avant. Le court silence qui s'installe en dit long sur la seconde moitié du XX° siècle.

 

Jeudi 10 janvier, 12h30 – François Mabille descend lui aussi du train. Un V'Lille plus loin, je le retrouve dans les profondeurs des Facultés Catholiques. Le visage rond, la quarantaine à peine avancée. Doyen honoraire, déjà, de la Faculté des sciences sociales et économiques de l'université catholique de Paris, il travaille sur les relations internationales contemporaines, et il vient de créer à Lille une chaire très attendue : "Enjeux de société et prospective". Lui n'est pas dans l'action, il se demande d'abord ce qu'il doit enseigner à ses étudiants. Un savoir ? Un "apprendre à apprendre" ? Ou une certaine sagesse  qui hiérarchise le flot de savoir qui circule, immédiat et continu, à la surface de la planète ? Le regard qu'il porte sur le temps a une caractéristique extraordinaire : il tourne à 360°. Il est en quête de sens.

 

Mardi 15 janvier, 11h – Le quartier est réputé difficile. La petite boutique ne paye pas de mine dans la rue du Faubourg des Postes (Lille Sud). Quentin Carnaille est souriant. Mince, le regard dense, il n'a pas trente ans, une formation d'architecte, et depuis toujours une furieuse envie de créer. Il a jeté son dévolu sur des mécanismes de montre. Il les démonte, il les rassemble dans des structures fines et étranges, qu'on peut porter au poignet. Immobiles. "Plus personne ne regarde sa montre, lance-t-il, ce sont les téléphones et les ordinateurs qui donnent l'heure…". Et il avance son idée : "la maîtrise du temps est une invention mentale… A tout bien considérer, si l'infini existe, il n'y a pas de temps…Les montres mécaniques sont comme le Parthénon ou les Pyramides, témoins d'une culture et d'une beauté passées, d'une certaine forme d'éternité !"

 

Trois hommes, trois générations. On peut se demander qui a raison. Celui qui a un temps d'avance ? Celui qui cherche où va le temps ? Ou celui qui indique, montre en main, qu'il n'y a plus de temps ? On peut se demander aussi si la" raison" est le bon critère pour observer, selon le propos de notre hôte, "le monde comme il va"….

 

 

Etienne Desfontaines    

 

Le Noël de Lucas

La sirène retentit dans la radio. Le message tombe sur les panneaux d'autoroute. "Alerte enlèvement ! Un nourrisson de deux jours a été enlevé à la maternité régionale de Nancy…" La description de l'enfant est précise : c'est un garçon, il s'appelle Lucas, il porte un pyjama bleu.  Celle de la ravisseuse, aussi. Elle est de type européen, elle a moins de vingt ans, les cheveux tirés en arrière, elle serait vêtue d'un blouson, d'une chemise et d'un pantalon sombre. Elle aurait transporté le nourrisson dans un sac de couleur tenu en bandoulière…

 

Dans l'habitacle, on frémit. L'image de l'enfant surgit. Ballotté, dans le noir. Il n'a plus de repères : le toucher, les odeurs, les bruits, il ne reconnait plus rien. Il a perdu le son de la voix de sa maman. Il se met à pleurer. Les secousses se font plus nerveuses, la jeune fille est contrariée. Elle ne peut pas s'en occuper tout de suite. L'image de la maman, aussi, survient. On la réveille, on la somme de répondre à des questions, on lui dit la vérité. Elle pense que c'est un mauvais rêve, qu'elle va se réveiller. Elle espère que son bébé n'est pas encore sorti de la maternité, qu'on va le retrouver au bout du couloir. Son mari arrive. Elle s'effondre.

 

Personne ne raconte jamais tout ça. Pourtant, il se passe quelque chose d'extraordinaire. C'est un des effets les plus intéressants, il faut le noter, de l'immédiateté des medias, radios, télévisions, ordinateurs, tablettes et mobiles réunis, alors qu'il est de bon ton de la pourfendre régulièrement. Du fait de la décision d'un procureur, des millions de personnes entrent à un instant "t" en communion avec ce jeune ménage et son petit Lucas ! Deux ou trois témoignages décisifs suffiront, mais tout le monde, et quand on dit tout le monde, on pense à toute la communauté française, belge et luxembourgeoise, proche ou éloignée de Nancy, tout le monde conservera un souvenir pénible de ces heures tendues où l'alerte a été répétée. Tout le monde poussera un soupir de soulagement, lorsque la ravisseuse aura été repérée, le petit Lucas retrouvé et rendu à ses parents.

 

Le scénario s'est reproduit douze fois depuis la création du dispositif, en 2005. Dans tous les cas, les enfants ont été retrouvés vivants. Des témoignages sont tombés, qui ont permis aux enquêteurs d'agir vite. On se prend alors à rêver. Après tout, nous sommes à la veille de Noël. Nous sommes des millions, capables d'intervenir en urgence, pour tirer une famille de la détresse. Pourquoi ne faisons-nous pas la même chose, gouvernement, citoyens, opérateurs radios, téléphones et internet, dans d'autres situations ? Pourquoi laissons-nous mourir par exemple des personnes seules, les cas se multiplient, à deux rues de chez nous ou derrière la porte du palier ? Pourquoi ne lançons-nous pas des "alertes solitude", avec la même vigueur que les "alertes enlèvement" ?  Le petit Lucas est sauvé. Tout le monde n'aura pas cette chance-là, dans la nuit de Noël.

 

Etienne Desfontaines

 

Paris en novembre

Rive gauche - Le Musée Maillol accueille le plus célèbre des vedutisti (peintres de paysage urbain) du 18ème siècle, le vénitien Giovanni Antonio Canal (1697 – 1768), dit Canaletto. C'est un homme qui observe "Venise comme elle va", pour paraphraser notre hôte. Sauf qu'au lieu des mots, ce sont des "vedute" (des panaromas) qu'il donne à méditer. Sa peinture est d'une telle limpidité et d'une telle précision, qu'on entre de plain-pied dans la Venise encore florissante du 18ème siècle. Le Grand Canal (photo), la place San Marco, tout ici respire la grandeur et la prospérité. Doublées d'une étrange mélancolie. Sans doute la lumière, toujours rasante. Et l'utilisation de la fameuse "chambre optique" : l'image est captée par une lentille, puis mise à plat et décalquée sur un verre dépoli. On s'enthousiasme, et en même temps, on perçoit le biais. Le peintre embellit la ville surgie des eaux, alors qu'elle a déjà beaucoup perdu de son importance politique.

Rive droite - Les parisiens font la queue devant le Grand-Palais. Ils n'ont qu'une hâte : aller à la rencontre de l'Amérique profonde, dans la lumière d'Edouard Hopper (1882 – 1967). D'une salle à l'autre, les motels, les stations-services, les enseignes publicitaires, les voies ferrées et les rues désertes, évoquent une société en pleine mutation. La grande dépression précède de peu le rush de la consommation. Pourtant, la solitude des silhouettes jetées dans le décor prend le visiteur à la gorge. La pièce maîtresse de l'exposition, "Nighthawks"  (les Noctambules – 1942*), spécialement prêtée par l'Art Institute of Chicago, nous amène au fond d'un bar. Le néon déverse une lumière crue. Un couple, un homme seul, deux chapeaux, une robe rouge, le barman en tenue blanche : le silence est insoutenable. La lumière d'Edouard Hopper ne nous pousse pas seulement à l'introspection. Elle nous bascule dans le vide. Les américains de l'époque, nos futurs libérateurs, portent en eux le germe de leur fantastique déploiement de richesses, et celui de leur désillusion. Il suffit de les observer, pour atteindre les limites de "l'american way of life".

Place de la Concorde – Les Champs-Elysées, le Quai d'Orsay, l'Assemblée Nationale, l'esplanade des Invalides : tout Paris est aux couleurs de l'Italie. Du vert, du blanc, du rouge partout. Pour qui ? Pourquoi ? Renseignements pris, le président italien, Giorgio Napolitano, est en visite d'état. L'Elysée s'est fendu la veille d'un dîner. Les medias s'en moquent. Et François Hollande est déjà parti à Bruxelles. De toute façon, le tapage de l'UMP le dispute au dérapage du président qui affirme sans rire que "la loi s'applique pour tous, dans le respect, néanmoins, de la liberté de conscience !..."  A Colombey-les-deux-églises, le Général de Gaulle s'est retourné dans sa tombe. Dans le TGV qui me ramène à Lille, je n'ai pas trop d'une heure pour digérer le sentiment, persistant, de vivre la fin d'une époque.

Etienne Desfontaines

(*) www.artic.edu/aic/collections/artwork/111628

 

L'homme Légo

 

Cette fois, nous y sommes. L'homme Lego est né. Et le fait est reconnu par une des plus hautes institutions de l'humanité : la Fondation Nobel, et son comité réuni au "Karolinska Institutet" pour attribuer le prix physiologie et de médecine 2012. Le lauréat, le Pr Shina Yamanaka (Kyoto), 50 ans, surgit sur les écrans. Il a le visage enfantin et le sourire engageant. Il raconte les choses,  plutôt qu'il ne les explique. Avec lui, ce qui va littéralement bouleverser la médecine et la conception de la  famille, devient très simple.

Il suffit de prendre des cellules de peau, de leur injecter quatre gènes, à l'aide de virus qui les intègrent dans l'ADN cellulaire. Les nouveaux gènes déclenchent le "rajeunissement" des cellules : elles deviennent des cellules souches pluripotentes induites (iPS*), qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des cellules embryonnaires. On peut les différencier, elles deviennent des neurones, des cellules sanguines, des myocytes ou des hépatocytes… Voilà tout. "C'est très facile, lance le japonais du fond de son Centre de Recherche et d'application pour les cellules iPS (CiRA*), si vous savez cuisiner, vous pouvez préparer des cellules iPS !" Et il ajoute, pour les Nuls en génie génétique : "nous avons mis au point des kits pour cela !"

En clair, soit on garde l'image culinaire, et à partir d'une dizaine d'ingrédients, on vous monte un homme comme des blancs en neige. Soit on file la métaphore, on met tout ça entre les mains d'un enfant, et quelques bonnes dizaines de Lego suffiront à construire une petite famille un lendemain de Noël ! L'homme nouveau est arrivé. On ne lui greffera plus un cœur, un foie ou un poumon. On les reconstruira, cellule par cellule. Et pour peu qu'à partir d'une poignée de cellules de peau, on produise des gamètes et des ovocytes, qu'on les fasse se rencontrer dans un bouillon de culture, bonjour monsieur, bonjour madame, le tour sera joué ! Les bébés des temps modernes trouveront leurs origines, et leurs amours fondateurs, au fond d'une éprouvette ! Les généalogistes fréquenteront les "CiRA" pour mettre leurs dossiers à jour !

 

Plus sérieusement, on imagine bien ce qui va se produire. Cette perspective peut être fantastique, ou tragique. Les progrès thérapeutiques qu'elle annonce vont sauver des millions de vies humaines. Les dérapages qu'elle va sans doute susciter seront plus redoutables qu'un lâcher de bombes atomiques sur tout ou partie de la planète. A côté de ce qui se prépare, nos débats éthiques à peine tendus du moment sont du domaine des lilliputiens. Les religions vont y perdre leur latin. Nous allons devoir nous atteler à une nouvelle définition de l'humanité.

 

Le Nobel de médecine est un prix d'ordre scientifique et technique. Il sera intéressant de savoir à qui seront attribués les prix de littérature et de la paix. S'ils montrent le chemin d'un nouvel humanisme, nous avons une chance de ne pas nous voir réduits à… un jeu de Lego !

 

 

Etienne Desfontaines

 

(*) iPS : "Induced Pluripotent Stem cells"

(**) http://www.cira.kyoto-u.ac.jp/e/ 

Les enfants et la guerre

"Monsieur, vous avez fait la  guerre ? "  La question tombe, et je ne l'ai pas vue venir. Je parle à des CM1-CM2, dans le cadre du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines (1214), et comme d'habitude, je m'enthousiasme, je donne des images. La cavalerie de Philippe-Auguste ? Des centaines de chevaux de trait qui labourent le champ de bataille à toute allure, et qui terrorisent les hommes à pied. Les tenues de combat ? Des cottes de mailles, des surcottes aux couleurs chatoyantes, des heaumes, des épées et des boucliers aux armes des héros qui s'élancent dans la mêlée. La petite est au fond de la classe. Elle y a cru. Pour elle, j'y étais. Ou d'une façon ou d'une autre, j'ai vécu la guerre.

"Monsieur, vous avez fait la guerre ? "  Les deux secondes qui passent sont une éternité. Je jette un coup d'œil à l'instituteur. Il est ébahi. Il ne m'est d'aucun secours. En même temps, je revois mes parents. Tous les deux, nés à Lille, en 1912. A deux ans, la grande guerre leur est tombée dessus. Ils en ont subi toute la rigueur. A 28 ans, ils sont entrés dans la seconde guerre mondiale. Ma mère a vécu l'évacuation. Mon père a été fait prisonnier dans les Ardennes, emmené au Stalag IV D, sur les bords de l'Elbe. La guerre, ils ont su ce que c'était. Pas moi.

Alors je décide de faire le grand saut. Le court silence les a surpris. Ils ouvrent des yeux grands comme des soucoupes. Je fixe la petite au fond de la classe et je prends les autres à témoin : "écoute-moi bien, dis-je, et vous autres, écoutez moi, vous aussi". C'est une vieille habitude. Ce sont des mots qui ne servent à rien. Mais ils me donnent le temps de construire ma pensée. "Je fais partie de ces jeunes qui ont eu une chance extraordinaire, je suis né trois ans après la guerre 40, il faut que vous le sachiez, vous aussi, vous avez cette chance-là : ça fait plus de soixante ans qu'il n'y a pas eu de guerre, ici à Lille, sur notre territoire ! Il y a eu bien d'autres guerres dans le monde, en Indochine, en Algérie, au Vietnam, en Afrique, en Afghanistan… Mais pas ici. J'étais trop jeune pour l'Algérie, je n'ai jamais été emmené à la guerre, vous vous rendez compte ?"

Ils sont interloqués. Dans la foulée, je joue mon va-tout. Je laisse tomber une question qui, je l'espère, va resurgir le soir à table. L'instituteur ne sait pas où je vais. Il est inquiet, ça se voit. "Je te pose la question, dis-je en reprenant la petite entre quatre yeux, demande-toi : qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas eu de guerre ici pendant plus de soixante ans ? " Je n'ai évidemment pas de réponse. Mais j'ai gagné : le silence est lourd de sens. Alors, je me tourne vers les autres, et j'enfonce le clou : "et vous autres, demandez-vous, qu'est-ce qui  fait qu'il n'y aura pas de guerre ici dans cinq ans, ou dans dix ans ?" Même silence. Même vertige dans les têtes. Y compris dans celle de l'instituteur. Qui rompt la magie, en appelant une autre question sur Bouvines. C'est une évidence : il est beaucoup plus facile de parler de la guerre, que de la paix.

Etienne Desfontaines

 

  Le petit avale le gros

    

Le Qatar est un minuscule confetti de 11 437km² pour 1, 5 million d’habitants, abandonné aux sables du désert dans sa majeure partie et aux températures estivales extrêmes. La France, forte de ses 550.000 km² pour 65 millions d’habitants, revendique le cinquième rang des puissances  sur l’échiquier international.

 

Et pourtant.  Les Qataris investissent sans relâche dans le monde entier avec une attirance particulière pour la France. Grâce au pétrole et au gaz dont ils tirent des revenus illimités, bien sûr, mais aussi aux lois  généreusement accordées par nos politiques. Les résidents qataris en France ne paient pas l’ISF et les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values.

 

De quoi donner des idées ! Le sport a bien sûr été l’objet de la convoitise des compatriotes de l’Emir et notamment de ses proches. Le Paris SG en tête  tout comme l’hippisme avec le prix de l’Arc de triomphe, sponsorisé pour cinq ans et donc rebaptisé pour la circonstance. Le Tour de France cycliste, dont il se murmure qu’il pourrait partir du Qatar en  2016, fait également partie des objectifs ciblés.

 

La boulimie acheteuse ne s’arrête pas là. Il y a les médias avec Al-Jazeera qui va devenir un acteur incontournable des retransmissions télévisées. L’économie avec des participations plus ou moins conséquentes dans Lagardère, Dexia, Vinci, Veolia environnement ou même le Tanneur, le maroquinier de luxe qui y a laissé sa majorité. L’hôtellerie de prestige (Majestic, Royal Montceau à Paris, le Carlton à Cannes…), des casinos, des châteaux, des hôtels particuliers sont également tombés dans l’escarcelle avec la bénédiction de la classe politique qui, de gauche comme de droite, fréquente assidument les palaces du Qatar. Seul Areva, le fleuron de notre nucléaire, a échappé pour l’heure aux tentatives d’intrusion. Mais EADS fera un joli lot de consolation.

 

Tout cela est conforme au libéralisme et à la mondialisation. Mais dans le même moment, l’Etat français vend ses bijoux de famille pour payer ses dettes. Le siège de la Gendarmerie nationale, dans le XVIème est à vendre, tout comme deux prisons à Lyon, des châteaux appartenant à l’armée, une ancienne caserne militaire… Au total, 1872 biens devraient être cédés dans les trois ans. Cherchez l’erreur.

A.S

 

 

 

 

 

  Vie privée, vie publique

Que Mireille Dumas ne nous en veuille pas ! Le titre de son émission télévisée colle parfaitement à l'actualité du moment ! Tous les ténors politiques étalent, bon gré mal gré, leur vie privée.

 Dominique Strauss-Kahn ? Pas besoin d'explication. Ses frasques sexuelles l'ont laissé dans les starting-blocks de la course à la présidentielle. Il a discrédité pour un bon moment les fonctions politiques qu'il occupait, les medias lui ont emboîté le pas dans les bas-fonds de l'humanité, et le monde doit entreprendre de reconstruire une certaine image de la femme qu'il a méchamment chiffonnée. Le gâchis est total.

 François Hollande ? Imaginons que le député de Corrèze arrive en tête de la primaire socialiste. On se demande bien quelle sera l'attitude de Ségolène Royal. Dans le genre soutien alambiqué, à la façon du "je t'aime, moi non plus" de Serge Gainsbourg, on ne pourra pas faire mieux ! Nous allons assister dans ce cas-là à un "pas de deux" qui restera dans les annales ! La première dame de France, celle qui aurait alors de grandes chances de poser le pied sur le perron de l'Elysée, ne serait sans doute pas celle qui l'aurait le plus voulu ! Gare au retour de manivelle. Les haines contenues sont les plus tenaces.

 Martine Aubry ? Elle est la fille de Jacques Delors. C'est un grand bonheur. On en connait beaucoup qui rêveraient d'être à sa place, et de recevoir la bénédiction d'un Père de l'Europe aussi attentionné. Il faudra pourtant bien qu'elle se fasse un "prénom". Et il ne faut pas se méprendre : avoir l'Europe en bandoulière sur les tréteaux de la présidentielle, ce n'est pas forcément un atout. Les gens de la "vraie vie", les gens de  petite condition qu'elle veut rassembler, regardent Bruxelles d'un œil torve. Il arrive toujours un moment, où il faut tuer le père.

 Nicolas Sarkozy ? Le voilà bientôt papa. Il n'en est pas à sa première expérience, loin de là, mais ceci n'empêche pas cela : c'est une nouvelle responsabilité qui lui incombe, et tous les hommes le disent, il n'y a pas plus grande mission que de guider un enfant dans la vie ! Si l'adage de Victor Hugo se vérifie, le "cercle de famille" va s'agrandir à l'Elysée. La France électorale va se pencher sur le berceau. Mais ce n'est pas l'enfant du Château qui va engranger le capital de sympathie. C'est son père. Ça lui sera bien utile.

 Allez, c'est dit. Dominique, François, Martine et Nicolas sont des personnages politiques. Mais ce sont aussi des hommes, des femmes, des personnes privées. C'est d'ailleurs ce qui fonde leur humanité. Ils ont beau évoluer sous les ors de la République, ils se retrouvent comme nous tous, nus, et abandonnés aux autres, dans les moments les plus forts de leur vie : leur naissance, leur nuit de noces et leur mort. Ne pas en tenir compte, ce serait une erreur. On touche là à l'intimité profonde d'un roi, ou d'un président de la république, avec son peuple.

 Etienne Desfontaines

 

 

Mon petit doigt m'a dit…

 

"Radio-moquette" dans les grandes entreprises, "ragot" de quartier dans les communes, "médisances" et "coups d'épingle" qui deviennent vérité dans une famille, un collège ou une association, "peaux de banane" dans une carrière professionnelle ou politique, "racontars" qui détruisent un couple, il y aurait un livre à écrire : la rumeur a une histoire. Elle est parfois pittoresque, souvent dramatique, toujours édifiante ! Succès d'édition garanti. On y découvrirait, entre autres caractéristiques malfaisantes, que le "bruit qui court" va toujours plus vite que les standards d'information du moment. Plus vite que le cheval, plus vite que le train et l'avion, plus vite aujourd'hui que les "bits" et les "octets" de notre monde numérique. C'est un mystère.
On y découvrirait aussi que le règne du "mon petit doigt m'a dit…" ne survient que dans certaines conditions. Dont une, essentielle. Les médecins savent ça. Lorsqu'un organisme réagit, immédiatement et de façon disproportionnée, à une information donnée par la dernière phalangette de son auriculaire, c'est qu'il s'en tient à "l'arc réflexe" ! La tête ne commande plus. Il n'y a plus de pilote dans l'avion.  C'est exactement ce qui se passe dans le cas d'une rumeur.
Quelle que soit son ampleur, elle ne peut se développer que sur un terrain fragile. Déstructuré, ou décérébré. C'est vrai dans une famille dont les fondements s'estompent, c'est vrai dans un quartier dont les animateurs s'essoufflent, c'est vrai dans une entreprise dont le chef ne tient pas vraiment les rênes, c'est vrai dans le monde économique et politique qui s'ouvre aujourd'hui sous nos yeux ébahis.  Il manque une gouvernance au XXI° siècle,  il manque une tête à la planète, qui crée du lien, qui focalise toutes les nations et les structures économiques sur la construction du bien-vivre ensemble, au lieu de se laisser mener par les intérêts des uns et des autres. Il lui faut un QG qui commande réellement les réactions aux vraies comme aux fausses informations.
Beaucoup le disent aujourd'hui : le politique doit reprendre la main. En France, en Europe, à l'international. Dans ce contexte, confier le cordons de la bourse et donner les clefs de la maison Europe à Herman Van Rompuy, un habile négociateur belge qui gère les choses avec doigté plus qu'il ne les commande avec vigueur, c'est obtenir la paix dans le secteur pour un temps. Mais ce n'est pas engager les réformes nécessaires, et ce n'est surtout pas donner une pièce maîtresse à ce qui pourrait être une nouvelle gouvernance mondiale. Le bouche-à-oreille a encore de beaux jours devant lui !

Etienne Desfontaines

Hervé Ghesquières :

Un homme libre, un journaliste libre

Hervé Ghesquières 3 

L'homme est passionnant, l'aventure est passionnante. Ce qu'on apprend avec Hervé Ghesquières, l'un des deux otages rentrés d'Afghanistan, ce n'est pas tant l'histoire de leur enlèvement, que ce qui se passe en Afghanistan. On prend aussi une belle leçon de journalisme, et on apprend surtout ce que c'est "qu'être un homme libre". Envers et contre tout, 547 jours durant.

Le chaînon manquant

Ce qui se passe en Afghanistan, soyons honnêtes, qui s'y intéresse vraiment ? Et pourtant, nos soldats meurent là-bas. "25 morts en un an et demi, clame Hervé Ghesquières, presqu'autant qu'en huit ans de présence française à Kaboul !"  Aujourd'hui, le journaliste a un auditoire. Alors il parle, et il explique. Il raconte la route de Kaboul à Peshawar (Pakistan). Le flux de camions qui passent sur ce qu'on appelle "l'axe Vermont". "Les camions, dit-il, ce sont des commerces qui tournent, des civils qui réapparaissent, une vie normale qui s'installe, des talibans qui n'ont plus de raison d'être". On comprend l'enjeu, et le rôle des français qui surveillent le secteur. Mais il y a un "chaînon manquant". Un bout de route sans bitume, à quelques dizaines de kms de Kaboul.  C'est là que les deux journalistes sont allés, parce que c'est là que sévissent les talibans, c'est là aussi que des civils peuvent trouver un job sur l'un des rares chantiers ouverts, sous la protection de l'armée française. C'est là qu'ils avaient une chance de croiser tous les protagonistes de la guerre en Afghanistan. C'est sur cette route qu'ils ont été piégés, et kidnappés.

Un journaliste de terrain

Le rôle du journaliste ?  Hervé Ghesquières tape du poing sur la table. A peine rentré de l'enfer, il le dit haut et fort : "je veux continuer à être journaliste de terrain, je veux continuer à travailler sur des sujets qui m'interpellent, pour les décoder et les expliquer…" Et il tonne : "nous sommes envahis d'informations brutes, de propagandes, de communication, moi je suis journaliste, je veux comprendre, je veux voir tous les angles, toutes les entrées du problème. Subjectif, on l'est, c'est humain, mais on doit  au moins être honnête, essayer d'aller voir tout le monde." Tout le monde, en Afghanistan, c'est l'armée française, mais aussi l'armée et la police afghanes, les talibans, et surtout les habitants, ceux qui se débrouillent pour survivre entre les tirs. Les deux journalistes avaient commencé à enregistrer des témoignages. C'est pour cela qu'ils y étaient allés. C'est pour cela qu'ils ont été piégés, et kidnappés.

Debout et responsable

Reste l'homme. L'homme qui est assis devant nous, amaigri, mais le regard vif, volontaire et tenace. Quand Hervé Ghesquières évoque son accompagnateur, Reza, il parle "de générosité, de diplomatie, de connaissance des codes afghans". Il dit "sa peur et son courage" face aux geôliers. Quand il parle des talibans, qui les emmènent dans la montagne, il s'exclame : "ce sont des marcheurs extraordinaires !" Quand il parle de lui-même, enfermé huit mois, seul dans une pièce, il dit : "son espoir, son désespoir, sa rage, sa colère, son ennui, et surtout toutes ses cogitations". Il ne peut pas s'en empêcher. Il va au plus profond de lui-même, il va au plus profond des hommes auxquels il a affaire. Même dans les pires moments. C'est l'honneur des journalistes, c'est le fait d'être un homme, tout simplement. Piégé, et kidnappé peut-être. Mais debout, et responsable. C'est l'honneur d'Hervé Ghesquières.

 Etienne Desfontaines

Biographie

André SOLEAU
 
   
·  Entré à La Voix du Nord en 1972 
·  Journaliste en 1980 
·  Grand reporter en 1983
·  Rédacteur en chef de La Voix des Sports en 1989
·  Rédacteur en chef et éditorialiste de La Voix du Nord en 1991
·  Directeur général adjoint en 1995
·  Directeur général du journal en 1998
·  Directeur général du groupe en 2004.
 
Parallèlement :
 
·  Vice-président du directoire et administrateur de La Voix du Nord
·  Président de Nord-Eclair, de Presse-Nord, de la SIA, de PGLM
·  Administrateur de La Voix-L’étudiant, de Répondances…
·  Censeur du Courrier Picard
 
Quitte volontairement le groupe en 2005 après son rachat par Serge Dassault.

Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 14:41

andre.jpgUne erreur de casting, un  nouveau couac ou une faute politique pleinement assumée ? La nomination de Harlem Désir comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes n’a pas fini de faire des vagues, à la fois dans les rangs de l’opposition mais aussi parmi  les composantes de la majorité. Il est vrai qu’après la claque reçue aux élections municipales, le message envoyé par François Hollande et Manuel Valls aux Français ressemble plus à une provocation qu’à un mea-culpa.

Tout le monde s’accorde à dire que le passage de Harlem Désir à la tête du Parti socialiste a été une catastrophe. Un discours inaudible, une ligne directrice inexistante, des interventions maladroites et, pour finir, la débandade avec  155 villes de plus de 9 000 habitants perdues à l’issue d’un deuxième tour cauchemardesque.  Or, voilà qu’on enveloppe l’incompétence d’un joli paquet-cadeau aux couleurs de l’Europe et ce, à quelques semaines d’un nouveau rendez-vous électoral périlleux pour le PS.

A croire que les hommes de pouvoir vivent dans une bulle hermétiquement close, indifférents au monde qui les entoure et aux conséquences de leurs décisions. Ce choix fait en effet peu de cas de l’Union européenne que l’on nous présente continuellement comme le plus grand projet de l’humanité et qui sert surtout à ranger dans un placard doré tous les recalés du suffrage universel et ceux qui ont besoin de se faire oublier à Paris. Que dire aussi de la dévalorisation affichée par l’exécutif du titre de secrétaire d’Etat ? Du genre : Harlem Désir occasionnait trop de dégâts au Parti, il n’en fera plus avec son hochet étoilé. 

A moins que cette nomination ne soit que le premier épisode spectaculaire d’une confrontation sans merci entre le président et son Premier ministre. On a peine à croire, en effet, que Manuel Valls ait validé de gaieté de cœur l’arrivée d’un boulet médiatique dans son équipe. Son discours de politique générale, plutôt bien perçu malgré le chahut organisé de l’UMP, est désormais occulté par la polémique enclenchée dès l’annonce des derniers entrants au gouvernement. Une polémique qui jette d’entrée le discrédit sur son action future.

François Hollande est trop rusé pour ne pas avoir perçu ce risque, lui qui ne ménageait pas ses critiques sur le successeur de Martine Aubry, rue Solférino : « Il ferait mieux de se trouver un nouveau job » avait-il dit avant de compléter quelques mois plus tard par un constat d’incompétence sans équivoque : « Le parti ne travaille pas. Harlem n’est pas à la hauteur. Il faut le changer. Il porte une responsabilité dans la défaite des municipales. »

Cerise sur le gâteau, l’ancien président de SOS racisme, devenu député européen en 1999, ne s’est pas particulièrement illustré à Strasbourg et à Bruxelles, si ce n’est par son absentéisme chronique. Selon le site VoteWatch.eu, cité par le Nouvel Observateur, il arrive en 752èmeposition sur 766 dans le classement des parlementaires européens présents aux séances plénières. Il pointe à l’avant-dernière place chez les députés français. Allons, on finira bien par proposer un amendement pour supprimer les évaluations afin de ne pas traumatiser nos parlementaires.

André Soleau

Par SOLEAU
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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 17:39

    Le peuple a voté, Jean-Marc Ayrault s’en est allé. L’ancien chef du premier gouvernement a payé les pots cassés d’une déculottée historique même s’il ne s’agissait que d’un rendez-vous électoral local. D’autres échéances à hauts risques vont suivre, à commencer par les Européennes en juin.  Or, le principal fusible a déjà sauté, après une expérience qui fut loin d’être une lune de miel.

François Hollande a donc choisi Manuel Valls pour recomposer la famille. Ce n’est pas de gaieté de cœur. Autant  le Nantais apparaissait comme un fidèle compagnon dans une vie de couple ordinaire, autant les bruits de vaisselle cassée et de scènes de ménage risquent de rythmer la seconde partie du quinquennat avec le bouillant Catalan.

Le principal hiatus, dans cette cohabitation forcée qui ne veut pas dire son nom, c’est cette inharmonie des personnalités comparée à la répartition des rôles. Dans le régime présidentiel de la cinquième république, l’homme fort est le pensionnaire de l’Elysée. C’est lui qui impulse la politique générale. Le Premier ministre veille pour sa part à la bonne application des directives. L’un est le chef de l’Etat au sens propre du terme, l’autre se doit d’être un exécutant discipliné qui met de l’huile dans les différents rouages de l’exécutif.

C’est là où le bât blesse. François Hollande, le patron en  titre, privilégie la réflexion à l’action. Il préfère la séduction à l’autorité, quand ce n’est pas la dérobade dans les situations tendues. Sa façon de congédier Jean-Marc Ayrault par un coup de fil, alors qu’il s’était entretenu avec lui le matin même, sans oser lui avouer sa décision les yeux dans les yeux, en dit plus que de longues tirades. Le communiqué laconique adressé à « l’amour de sa vie », Valérie Trierweiler, lors de leur rupture, ses volte-face dans l’affaire Léonarda, sont autant de signes évidents d’un caractère inconsistant.

Dans la maison d’en face, à Matignon, le supposé fidèle soldat est  dévoré d’un feu intérieur qu’on appelle l’ambition. Il ne s’en cache pas. Il est parfois cassant, souvent emporté, jamais dans la demi-mesure. Ce n’est pas un homme de compromis. Il pliera peut-être de temps à autre mais ne reniera pas ses convictions. Si l’on ne craignait pas la vulgarité du propos, on écrirait presque qu’il portera la culotte dans ce ménage désaccordé.

La publication des bans a déjà donné le ton. François Hollande a tracé la feuille de route en catimini, avec ses conseillers et ses proches, avant même que Manuel Valls ait enfilé son costume de cérémonie. Le contrat de mariage, signé d’une seule main, ne laisse pas place à l’improvisation. Même chose pour les témoins, autrement dit les ministres. On a peine à croire que Valls ait eu son mot à dire sur le maintien de Christiane Taubira à la Justice ou l’arrivée de François Rebsamen au ministère du Travail.

Ce mariage de raison peut-il résister à la crise ? A la bataille des ego ? A l’approche de l’échéance 2017 ? A l’asymétrie des cotes de popularité ? Aux remous sociaux ? Aux intrigues des courtisans ? Aux échecs à venir ? Aux assauts de la droite ? Aux coups bas de l’aile gauche ? Il faudrait pour cela que l’intérêt supérieur de la France soit placé au-dessus des têtes, là où l’on accrochait naguère le crucifix du foyer. Autrement dit, apprendre à lever la tête plutôt que de se regarder le nombril.

André Soleau

Par SOLEAU
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Vendredi 28 mars 2014 5 28 /03 /Mars /2014 09:51

     

Monsieur Gaucho et Monsieur Réac ne s’aiment pas beaucoup, bien qu’ils soient voisins depuis six ans.

Monsieur Gaucho élève quatre enfants. Il travaille à la Poste et son épouse est enseignante. Tous deux empruntent les transports en commun et sortent leur vélo le week-end. Athées, ils puisent leurs convictions dans un militantisme actif au service, clament-ils, de la collectivité. Lui est représentant du personnel pour le compte de la CGT et arbore fièrement sa carte d’adhérent, laquelle porte allégrement vingt-sept années de cotisation. Madame a longtemps été membre d’une association à but caritatif et se présente aux élections municipales pour cause de quête urgente de parité. Contactée par le PS, elle n’a pas hésité une seconde et figure en très bonne place sur la liste.

Leur maisonnée n’est guère entretenue. La pelouse est en liberté, la façade propose un rose pâle fatigué. Les réunions le soir et la garde alternée des enfants ne facilitent pas la gestion des travaux domestiques. Peu importe, ils ne sont guère attachés aux biens matériels. En revanche, ils sont de tous les combats, du mariage pour tous à la lutte contre l’exclusion, du  vote des étrangers à la réforme des rythmes scolaires.

Monsieur et Mme Réac sont commerçants. Ils n’ont qu’une fille qui fréquente le lycée privé d’une commune proche. Tous les dimanches, la petite famille se rend à la messe dans une tenue proprette, puis prend l’apéro  à la terrasse du bistro d’en face, quand il fait beau. C’est le seul moment de détente que s’accorde le couple. Le reste du temps, ils bossent ! La journée au magasin, le soir pour mettre à jour la comptabilité. Chaque lundi de fermeture, Monsieur bricole au jardin, lave la grosse berline rouge pendant que son épouse se charge du linge sale accumulé toute la semaine.

Ils mangent vite et mal, ont toujours l’œil rivé sur l’horloge car les heures filent trop vite. Ils ont déjà été cambriolés trois fois et pestent contre l’insécurité  et  le laxisme ambiant. D’ailleurs, malgré son emploi du temps, Monsieur Réac s’est intéressé aux affaires municipales et a accepté l’offre de l’UMP de figurer sur la liste « Mieux vivre ensemble ». Un pied de nez à Mme Gaucho qui n’a pas apprécié l’apparentement avec « Ensemble pour construire » de son camp.

Pendant la campagne, le climat s’est un peu plus détérioré entre les deux couples. A l’issue du premier tour, on s’est échangé des noms d’oiseaux au-dessus du mur mitoyen. A l’image des bêtes politiques qui s’injurient sur les plateaux de télévision ou de radio, ils se sont qualifiés, qui de « milicien », qui « d’assisté».

Au cours du dépouillement, ils ont carrément failli en venir aux mains tant la tension était palpable. Au bout du compte et du décompte, ils sont en passe d’être élus tous les deux puisque leur  liste respective a obtenu, à peu de choses près, le même nombre de suffrages.

Mais le grand vainqueur est un parachuté nommé Facho, un gars venu de l’extérieur que personne ne connait. On sait juste qu’il remplissait les conditions d’éligibilité. Sa liste est bâtie de bric et de broc, il n’a aucun bilan à présenter et il a traversé la campagne comme une ombre. Simplement, il a su profiter de la guéguerre incessante des deux rivaux héréditaires et du ras-le-bol de la population qui a d’autres chats à fouetter, entre la seule entreprise de la commune qui vient de fermer et la disparition programmée d’une école maternelle.

Installé favori pour le deuxième tour, « l’Etranger » au pays a toutes les chances d’être élu car l’UMP et le PS ne sont pas parvenus à s’entendre pour créer un Front républicain. Forcément, ils craignaient d’être peu crédibles après des semaines de tracts assassins.

Mme Gaucho et M. Réac pourront se consoler en siégeant à la même table lors des réunions du conseil. Ils ont découvert le monde politique, à leur petite échelle, celle des étiquettes dont on vous affuble selon votre mode de vie ou vos croyances. Un  théâtre de marionnettes caricatural, irrespectueux, cruel et simpliste où tous  les coups sont permis au nom, paraît-il, des intérêts supérieurs de la collectivité.

Ils auront six ans pour se connaitre et, peut-être, parvenir à travailler ensemble.

André Soleau

 

NDLR : Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé… etc…etc…

Par SOLEAU
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Vendredi 21 mars 2014 5 21 /03 /Mars /2014 16:16

    La campagne pour le premier tour des élections municipales est officiellement close ce vendredi 21 mars à minuit et les citoyens, en majorité, ressentent une forme de frustration  tant l’absence de débats de fond a été criante. Le conseiller municipal, le maire, sont installés sur les premières marches de la responsabilité politique. Ils sont les symboles de la démocratie de proximité comme l’explique avec clarté notre ami Etienne Desfontaines dans ses récents billets (voir ci-contre).

Cette année plus encore, la désignation  des conseillers communautaires aurait dû favoriser un travail pédagogique en profondeur de la part de nos élus tant les intercommunalités vont transformer la gestion  des territoires et déplacer les centres de décision. Mais ces élus sont décidément indécrottables et ils nous ont servi la même soupe indigeste, celle qui revient à chaque passage devant les urnes au risque de nous rester sur l’estomac.

Jusqu’au bout, par exemple, la gauche et la droite se sont étripées à coups d’affaires délictueuses, de dénonciations plus ou moins calomnieuses, d’insultes, de noms d’oiseaux. On a commencé par soulever le tapis où étaient dissimulées les vieilles histoires de famille, peu ragoûtantes,  que l’on entasse consciencieusement, pendant des mois, pour mieux les ressortir au moment opportun. Les chefs de parti ont ensuite pris le relais des seconds couteaux pour donner aux hostilités une ampleur nationale, tout en restant avec constance au niveau le plus affligeant de la sémantique. Et, en guise d’apothéose, on a eu droit au combat des chefs, entre l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy et son successeur, François Hollande, brutalement redescendus dans l’arène pour en découdre.

Dans le même temps, la France a tourné au ralenti alors que l’Europe s’est remise en marche. Les mesures drastiques qui sont actuellement cogitées dans les arrière-salles des ministères ont été  soigneusement repoussées à une période plus propice, de peur d’être sanctionnées sur le bulletin de vote. Les  grandes réformes structurelles qui vont conduire, par exemple, à la disparition des départements ? Chut, ce n’est pas le moment ! La refonte de la fiscalité locale, avec modulation de la taxe d’habitation en fonction des revenus ? Ce sera pour avril ! Même le remaniement du gouvernement, annoncé depuis des semaines, reste en suspens.

On a stérilisé le débat pour cause de Municipales. Cela s’appelle un manque de courage politique voire une escroquerie intellectuelle. Un mal qui affecte l’ensemble des partis et qui conduit au discrédit de nos élites.

Un seul discours ne changera pas : Au lendemain des élections, tous ces braves gens se relaieront devant les micros pour déplorer l’abstention record. Les uns s’inquièteront de la perte de sens civique des nouvelles générations, les autres s’inquièteront de la percée du Front national et en appelleront au sursaut du Front républicain. Sans même se souvenir des tombereaux de boue qu’ils se seront joyeusement jetés à la figure durant cette campagne.

André Soleau

Par SOLEAU
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Samedi 15 mars 2014 6 15 /03 /Mars /2014 10:46

    Nicolas Sarkozy est-il un citoyen ordinaire ? Evidemment non même si les mondes politique, judiciaire ou médiatique s’ingénient à nous le faire croire. Battu en 2012, l’ancien locataire de l’Elysée aspirait à prendre une période sabbatique, à durée indéterminée, afin d’explorer d’autres horizons. Peine perdue. Tout le ramène  à son passé. Le moindre de ses déplacements est suivi par une meute de journalistes qui décortiquent la petite phrase, qui interprètent un geste, un regard, une expression du visage afin d’y déceler une jubilation intérieure, une fatigue psychologique ou une anxiété suspecte.

Les juges ne sont pas en reste. Ils sont une dizaine à travailler, quasiment à plein temps, sur les différentes affaires qui collent aux basques de l’ancien président de la République. De Karachi à la Libye, de Bernard Tapie à Liliane Bettencourt, des écoutes téléphoniques au trafic d’influence, des contrats obscurs sur les meetings de campagne aux coûts des commandes de sondages, des révélations d’un majordome à la trahison d’un « ami », la main de la justice s’est fait  greffer des tas de doigts supplémentaires pour saisir l’anguille qui lui échappe.

Quant aux hommes politiques, ennemis déclarés à gauche ou alliés de façade à droite, ils prononcent le nom de Sarkozy du petit-déjeuner à la tisane du soir, au risque d’aigreurs d’estomac chroniques. Il suffit de voir la kyrielle de ministres suer  actuellement sur les plateaux de télévision et tenter de justifier la mise sur écoute des conversations entre l’ex-président et son avocat, pour renifler l’odeur sulfureuse de cette affaire « hautement stratégique ».

Tous jurent la main sur le cœur qu’ils veulent préserver l’indépendance de la justice. Mais ils n’hésitent pas à mentir effrontément, parfois à fouler aux pieds la présomption d’innocence. Certes, Christiane Taubira a fini par admettre qu’elle était informée, après l’accumulation de preuves qui rendait ses dénégations grotesques. Certes,  Jean-Marc Ayrault a dû rendre lui-aussi les armes pour les mêmes raisons. Mais comment croire un instant que Manuel Valls, premier flic de France, et que François Hollande, premier concerné, n’aient pas été mis dans la confidence ? Et que dire des dérapages de Michel Sapin ou de Benoit Hamon pour allumer un contre-feu ? Le premier a qualifié Sarkozy de « pervers » et le second ne « voit aucun problème à être mis sur écoute quand on n’a rien à se reprocher. » Belle conception des libertés individuelles !

Il ne s’agit  pas d’exonérer Nicolas Sarkozy de ses responsabilités. Mais dans cet enchevêtrement d’affaires, on a le sentiment troublant d’une quête éperdue d’éléments à charge plus qu’une volonté de faire surgir la vérité. Or, à ce petit jeu, les coups vont pleuvoir de part et d’autre et les extrêmes compteront les points et les bulletins dans les urnes.

Le candidat Hollande nous annonçait le changement.  Mais les hommes de pouvoir ont une fâcheuse tendance à tomber dans les mêmes travers lorsqu’ils décrochent la timbale. François Mitterrand avait usé de la procédure des grandes oreilles pour surveiller ses adversaires mais aussi des journalistes ou même des actrices de cinéma. Cette fois, c’est la Justice qui a programmé cette opération, étalée sur plusieurs mois, mais la gêne du gouvernement et ses réactions maladroites en chaine démontrent que la tentation est grande de peser un tantinet sur le plateau de la balance et d’accélérer le processus de déstabilisation d’un rival potentiel pour 2017. Ajoutez une pincée d’élections municipales imminentes et les promesses d’un système plus vertueux s’effacent au profit d’un pragmatisme de parti autant que d’Etat.

Et à ceux qui continuent à penser qu’on lavera toujours plus blanc demain, rappelons que la juge d’instruction du pôle de santé du  tribunal de grande instance de Paris, Marie-Odile Bertella-Geoffroy va quitter la magistrature, « écœurée d’avoir été dessaisie de ses fonctions par Christianne Taubira. » C’est elle qui avait instruit l’affaire du sang contaminé et qui avait mis Martine Aubry en examen dans le dossier de  l’amiante.

André Soleau

Par SOLEAU
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Samedi 8 mars 2014 6 08 /03 /Mars /2014 11:43

    La géopolitique est un art subtil qui exige une bonne dose de psychologie et une parfaite lecture des interlocuteurs qui se tiennent de l’autre côté de la table de négociations. Leurs forces, leurs faiblesses, leurs petites manies, tout doit avoir été travaillé en amont pour laisser le moins de place possible à l’improvisation et au hasard.

Les Russes sont passés maitres dans cet exercice d’influence. On se souvient de la conférence de Yalta durant laquelle Staline manipula un Roosevelt en fin de vie, qui croyait naïvement que s’il cédait aux exigences du maître de Kremlin sans rien demander en échange, ce dernier, reconnaissant, travaillerait à bâtir un monde de démocratie et de paix, sans céder à la tentation d’étendre son hégémonie à l’Est. On sait ce qu’il en advint. Gromyko, un autre artiste du genre, paracheva l’œuvre de Staline lors de la conférence d’Helsinki, en 1975, où il obtint la reconnaissance de toutes les conquêtes obtenues en Europe de l’Est, depuis trente ans.

Vladimir Poutine est de la même veine, un enfant de l’Urss, nourri aux techniques du KGB. C’est un adepte des Arts martiaux au regard impénétrable et froid, un joueur d’échecs qui prépare ses coups avec patience et minutie. Dès qu’une faille se présente dans le dispositif adverse, il s’y engouffre tel un félin guettant sa proie et le tour est joué. La Georgie en a fait les frais en 2008. Pendant deux ans, Moscou a entraîné et formé discrètement des milices locales qui ont joué un rôle majeur dans l’offensive contre Tbilissi. Les rodomontades du président géorgien de l’époque, Mikhail Saakachvili, ont fourni le prétexte et provoqué le clap de départ dont rêvait Poutine.

Ce plan, exécuté à la perfection, fut une répétition utile pour la deuxième phase d’un vaste projet visant à créer une Union eurasienne pour contrebalancer l’influence de l’Europe, de l’Asie et des Etats-Unis. La nouvelle étape de cette stratégie de conquête (ou de reconquête pour ce nostalgique de l’URSS ?) passe par l’Ukraine, en attendant sans doute d’autres cibles.

Face à cette machine qu’on ne peut pas encore qualifier de guerre mais assurément de paix armée, les Occidentaux paraissent complètement dépassés. Les Américains, essoufflés après leurs expéditions en Irak et en Afghanistan, ont d’autres chats à fouetter et Obama a dévoilé d’inquiétantes  mollesses et indécisions sur les dossiers syrien et iranien. Elles n’ont pas échappé à Poutine.

Côté européen, ce n’est guère mieux. Hormis la France et, à un degré moindre l’Angleterre, la capacité militaire des membres de l’Union ne pèse pas et l’ensemble des budgets est à la baisse depuis des années. Vladimir Poutine singeant Staline pourrait s’exclamer : ‘L’Union européenne, combien de divisions ? »

De toute manière, pour commander aux armées, il faut un exécutif fort et un centre de décisions concentré. Ce n’est pas pour demain. Alors ? Il reste les menaces de sanctions économiques, le gel des avoirs des personnalités impliquées, la mise au ban des nations, les déclarations outrées, ou carrément une indifférence gênée…Bref, pas de quoi troubler le sommeil de Poutine. Juste assez toutefois pour faire se retourner Churchill dans sa tombe, lui qui déclarait après les accords  de Munich en 1938 : « Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre. »

André Soleau

 

Par SOLEAU
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Samedi 1 mars 2014 6 01 /03 /Mars /2014 11:32

    « La présomption d'innocence est le principe selon lequel toute personne qui se voit reprocher une infraction est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement prouvée. » L’article 9-1 du code civil rappelle que « Lorsqu'une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme étant coupable de faits faisant l'objet d'une enquête ou d'une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, ordonner l'insertion d'une rectification ou la diffusion d'un communiqué aux fins de faire cesser l'atteinte à la présomption d'innocence, sans préjudice d'une action en réparation des dommages subis et des autres mesures qui peuvent être prescrites en application du nouveau code de procédure pénale et ce, aux frais de la personne physique ou morale, responsable de l'atteinte à la présomption d'innocence. »

Ce bref rappel à la loi n’est pas superflu. On pensait que l’affaire d’Outreau avait permis de tirer quelques enseignements sur les dysfonctionnements de la justice ainsi que sur la précipitation de certains médias à croire le pire sans la nécessaire vérification des faits, foulant aux pieds les principes journalistiques les plus élémentaires. Il n’en est rien. Le témoignage bouleversant d’Eric Devouassoux, un ancien policier municipal interpellé dans le cadre de la tuerie de Chevaline, prouve à l’inverse que rien n’a vraiment changé. Cet homme de 48 ans, placé en garde à vue pendant quatre-vingt-seize heures a été libéré sans la moindre charge retenue contre lui. Sa passion des armes et sa ressemblance avec le tueur de la famille de Saas Al-Hilli et du cycliste Sylvain Mollier avaient suffi pour le désigner comme coupable idéal aux yeux de certains voisins. La machine s’est alors emballée jusqu’à ce qu’on découvre qu’il ne pouvait pas être présent sur les lieux du crime à l’heure des faits. De plus, son ADN ne correspondait pas aux traces relevées sur les lieux.

Eric Devouassoux est aujourd’hui libre mais il avoue que « le tapage l’a brisé, qu’il est complètement détruit. » Il  a perdu son travail car son employeur suisse l’a viré sans autre forme de procès, lorsque les échos de sa garde à vue sont parvenus jusqu’à lui. La police cantonale suisse lui a retiré sa carte professionnelle. Sa famille est traumatisée. Sa passion des armes de guerre lui vaudra aussi quelques soucis judiciaires. Bref, cet homme qui n’a jamais été mis en examen ni été déféré devant un juge, a été condamné par le seul emballement médiatique.

Ce dossier est pour l’instant refermé et les micros et caméras se sont tournés aussitôt vers une autre cible, en l’occurrence Jean-François Copé, le patron de l’UMP, accusé par le Point d’avoir favorisé deux de ses proches en surfacturant des prestations pour l’organisation des meetings de Nicolas Sarkozy. Nul ne sait officiellement si ces attaques sont fondées puisque l’hebdomadaire n’a livré aucune preuve tangible. Mais tous les médias reprennent en chœur l’accusation alors que la justice n’a pas encore été saisie.

A la différence d’Eric Devouassoux, Jean-François Copé est de taille à se défendre, rompu qu’il est aux morsures du monde politique. Peut-être d’ailleurs que la suite des événements donnera du crédit à la polémique. Mais le problème est ailleurs. Peut-on continuellement devancer l’appareil judiciaire sans se soucier des dégâts collatéraux. Lorsque la presse présente les deux bénéficiaires des largesses supposées de l’UMP comme des « proches » de Copé on songe aussitôt à des parents, des amis intimes, d’enfance, des complices… S’il ne s’agit que d’anciens collaborateurs, peut-on user de ce qualificatif tendancieux ? L’utilisation des mots fait partie du bagage fondamental du journaliste. C’est la boussole du marin, la ration survie du militaire. Hélas, la génération du tweet et du clic l’a réduit à sa plus simple expression voire la plus simpliste.

André Soleau

Par SOLEAU
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Vendredi 21 février 2014 5 21 /02 /Fév /2014 18:45

    Le mouvement olympique a pour but de bâtir un monde pacifique et meilleur. Parmi les valeurs qu’il affiche on relève « l’esprit d’amitié et de fraternité », « la compréhension mutuelle », « la paix dans le monde », « la construction d’un monde meilleur ».

Pierre de Coubertin et l’ensemble des pionniers qui contribuèrent à relancer les Jeux de l’Antiquité avaient cette obsession en tête de rassembler tous les peuples, sans distinction de couleur, de religion ou d’idéologie. Les cinq anneaux entrelacés figurent l’universalité des cinq continents et le lâcher de colombes, inscrit dans le protocole, perpétue l’image de paix et de fraternité entre les peuples.

En observant tous ces sportifs s’embrasser chaque jour sur les podiums de Sotchi, comment ne pas mesurer le décalage effrayant entre l’idéal olympique et la réalité politique alors qu’à un peu plus de mille kilomètres de là, à Kiev, on assassine, légalement, dans les rues. Peu à peu, comme à regret, les caméras braquées sur les pistes d’un blanc immaculé se détournent pour dévoiler ce que les dirigeants refusaient non  pas seulement de voir mais simplement d’imaginer : une place de l’Indépendance martyrisée où l’on meurt pour ses idées.

Vladimir Poutine voulait faire de ce rassemblement planétaire une fête grandiose qui marquerait la consécration de sa présidence, le retour de la grande Russie sur l’échiquier international. C’est raté. Une collection de médailles ne pèse pas lourd en regard des dizaines de morts qui maculent nos consciences. Nous avons déjà oublié que les Jeux de Sotchi étaient les plus chers de toute l’histoire olympique d’hiver. Ils resteront plutôt comme le hochet d’un chef d’Etat égaré de l’ère dite moderne.

Les gouvernements européens ne sont guère plus à l’aise. Eux aussi croisaient les doigts pour que le patriotisme se limite à une médaille d’or, d’argent ou de bronze. La trêve olympique devait s’imposer à tous et poser un voile pudique sur les tensions ressenties ces derniers mois. Nos diplomates aguerris feignaient de ne pas entendre les appels à l’aide des manifestants. Là aussi, c’est raté. La soif de liberté a fissuré la chape de plomb diplomatique. Elle s’est insinuée partout, elle a gonflé démesurément jusqu’à obliger les bonnes consciences à se retourner plutôt qu’à se détourner.

Nul ne connait aujourd’hui le dénouement de cette tragédie. Le printemps arabe a démontré la vanité des jugements hâtifs. Mais l’on gardera en mémoire le visage déterminé de cette skieuse ukrainienne qui  a décidé, seule, en son âme et conscience, de se retirer de la compétition. Quatre ans de travail, d’entraînement forcené qui s’achèvent par un refus de cautionner les jeux du cirque. Du haut de ses vingt ans, elle a osé défier le pouvoir et a jeté sciemment son rêve dans la flamme olympique.

Comme ses compatriotes, tombés sous les balles, elle nous oblige à nous interroger sur cette Europe dont on dit au qu’elle est moribonde voire fossilisée. En juin, lorsqu’il s’agira de comptabiliser les votes des élections dont nos oracles annoncent une abstention record, ayons un instant devant nos yeux l’image de cette championne qui renonce par conviction et, dans le même temps, gardons espoir grâce à celle du relais ukrainien de biathlon féminin, médaillé d’or devant…l’équipe russe. Le présent désemparé et la promesse d’un avenir meilleur, réunis dans un même instantané.

André Soleau

Par SOLEAU
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Samedi 15 février 2014 6 15 /02 /Fév /2014 11:02

    « La France  est dans une zone dangereuse en raison du poids croissant de la dette…L’effort doit être mieux partagé entre l’ensemble des acteurs publics, particulièrement ceux qui ont le moins contribué jusqu’ici. » Ce constat n’est pas tiré du discours politique d’un quelconque parti  d’opposition à la majorité actuelle. Il émane de la Cour des comptes et a été détaillé par son premier président, Didier Migaux, dont nul ne peut douter de la sensibilité aux valeurs de gauche et encore moins de la probité.

Le rapport annuel de la Cour a le mérite de fixer clairement les priorités du pays. A force de débattre des grands sujets de société, du mariage pour tous à la théorie des genres, de la place de la laïcité aux rythmes scolaires, de la diversité à la discrimination positive, de la majorité à 16 ans à la libéralisation du cannabis, de la limitation de vitesse au gaz de schiste, on en avait presque oublié que plus de la moitié du PIB est consacrée à la dépense publique et que la pression fiscale ne suffit plus à masquer l’incurie des différents gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis quarante ans et qui ont tous voté des budgets en déséquilibre. Or, avant de songer à réglementer l’avenir des nouvelles générations, encore faut-il leur garantir cet avenir, sans hypothéquer à l’infini le patrimoine national.

« J’ai la conviction qu’il est possible, en France, d’améliorer l’efficacité de la gestion publique sans dépenser plus et de faire des économies sans remettre en cause la qualité de l’action publique » déclare encore Didier Migaux. Il se place de fait à contre-courant des idées reçues propagées par certaines organisations syndicales qui agitent systématiquement le spectre d’une dégradation du service dès que l’on parle d’ouvrir le dossier des fonctionnaires. A l’heure où les représentants du patronat et des salariés vont s’asseoir à la table des négociations pour évoquer les contreparties dues par les chefs d’entreprise du privé aux diminutions de charges accordées par l’Etat, la mise au point de la Cour des comptes sonne comme un rappel à l’équité. En période de crise, nul ne peut s’exonérer de l’effort de solidarité qu’exige la situation en se réfugiant derrière les avantages acquis et les usages d’une autre époque.

La France n’a pas su engager les grandes réformes structurelles qui auraient pu doper son économie au moment où la croissance se manifeste partout ailleurs. Selon Didier Migaux encore, cela tient « à la multiplicité des acteurs,  aux corporatismes, au poids des lobbies et des rigidités, à une trop grande indifférence aux résultats et à l’efficacité, à des intérêts particuliers qui l’emportent trop souvent sur l’intérêt général ». Tout est dit. Chacun protège jalousement sa niche et regarde par-dessus le mur du voisin pour voir si l’on ne peut pas y prélever les remèdes à nos maux endémiques. Seulement, à force de reculer les échéances et de brouiller les pistes, les échéances ont fini par se glisser sous la porte de la société tout entière avec la sécheresse d’une feuille d’impôt. Les instances européennes, les agences de notation et maintenant la Cour des comptes ont tous paraphé le document. Reculade interdite. Il va falloir oser ou payer l’addition.

André Soleau

 

 

 

 

 

Par SOLEAU
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Vendredi 7 février 2014 5 07 /02 /Fév /2014 10:06

     

Le gouvernement a subi un deuxième revers cinglant en l’espace de quelques semaines. Après la reculade face aux bonnets rouges et à la mise en place de l’Ecotaxe, il a dû à nouveau céder sur la loi de la famille, remisée au placard après le succès de la manifestation  du dimanche 2 février.

Les commentaires ont évidemment varié selon les convictions de chacun. Certains y ont vu une atteinte à la démocratie puisque le pouvoir de la rue commande la conduite de l’Etat. Dans le camp d’en face, au contraire, on se félicite de remettre l’église au centre du village, c’est-à-dire de désigner du doigt les vrais problèmes prioritaires de notre société, le chômage de masse et la persistance de la crise.

Ne nous attardons pas trop à renouer les fils du dialogue entre ces deux positions irréconciliables qui ont conduit à une surenchère verbale et parfois à des débordements violents. Entre vérités et contre-vérités, mensonges ou exagérations, le Français moyen peine à se forger une opinion. Mais il est un constat que nul ne peut objectivement contester, c’est l’accumulation de bourdes venue de l’équipe de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault.

Le candidat à l’Elysée avait mis l’accent sur une France apaisée, support de son programme. La définition du Robert propose « adoucie, calme, paisible. » A l’opposé de ce que ce début de quinquennat nous a réservé. Au-delà de la chute de popularité historique du président normal, les tensions se propagent dans toutes les régions, les points de rupture se multiplient. La désobéissance civique émerge alors que la période actuelle exigerait une convergence de toutes les forces du pays vers l’union nationale.

François Hollande n’a pas compris d’emblée que la souffrance subie par ces milliers de salariés qu’on déverse sur le trottoir de Pôle Emploi, chaque jour, imposait un seul et unique projet pour la France et donc la concentration de tous les moyens et de toutes les énergies. Qu’il fallait rassurer au plus vite sous peine d’entrer dans une zone de turbulences prérévolutionnaire comme en témoigne notre passé, lors des grandes disettes.

Plutôt que de prendre la mesure du danger, ses ministres se sont réfugiés dans des postures horripilantes. Un jour, c’est Arnaud Montebourg qui donne des leçons de gestion aux membres de la famille Peugeot sans se soucier de leur passé entrepreneurial, alors que les politiques, de droite comme de gauche, n’ont pas bouclé un budget à l’équilibre depuis près d’un demi-siècle et ont creusé, à l’unisson, un déficit public abyssal.  Un autre jour, c’est Jean-Marc Ayrault qui fustige la trahison de l’évadé fiscal Gérard Depardieu avant d’avaler son chapeau avec l’affaire Cahuzac. Passons pudiquement sur les épisodes tragi-comiques de Léonarda ou Julie Gayet pour revenir sur le dernier né des couacs 2014, la fameuse loi sur la famille.

Quelques esprits éclairés, influencés peut-être par une poignée d’intellectuels parisiens, ont voulu imposer leur vision d’une société dite moderne à un pays en panne de repères. Or, lorsque la précarité frappe à  votre perte, vous n’avez que faire des grandes réformes sociétales. Vous vous raccrochez à l’inverse aux fondamentaux. Vous puisez la dose minimale d’espérance dans votre propre identité.

Classer le masculin et le féminin comme stéréotypes d’une civilisation archaïque alors que l’on subit les clivages gauche-droite depuis la nuit des temps, dérange. Qualifier l’intégration de ringarde, au profit d’une diversité souveraine et sans contrainte, c’est prendre le risque de fracturer le pays. Les minorités se respectent mais elles ne peuvent s’ériger en vertu ou s’imposer à tous comme règle de vie. Et quand le législateur s’introduit au cœur de la cellule familiale sans y être invité, il arrive qu’on lui claque la porte au nez.

André Soleau

Par SOLEAU
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Enfance

de France

 

Enfance-de-France.jpg    La dernière chronique de Jacques Attali (L'Express du 2 avril 2014) est funéraire. Il enterre le politique. "Débrouillez-vous, lance-t-il, agissez comme si vous n'attendiez plus rien du politique !" On ne peut pas être plus clair. L'ancien sherpa de François Mitterrand, l'observateur averti des mutations nationales et internationales, jette l'éponge. Il est "lassé d'exposer le détail de toutes les réformes urgentes" qui ne sont jamais mises en œuvre.  Et il nous pousse, tous autant que nous sommes, "à agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes". Avec une pièce maîtresse, au cœur de son raisonnement : "le monde appartiendra demain, dit-il, à ceux qui, aujourd'hui, sauront renoncer à attendre quoi que ce soit de qui que ce soit."

Il a raison. Sauf que, pour se lever et agir par soi-même, il faut trois conditions : générer de la confiance, s'adapter à son environnement, et développer une somme considérable d'énergie. Ce sont les trois propriétés fondamentales… de l'enfance. De là à dire qu'il faut retomber en enfance, il n'y a qu'un pas, que beaucoup n'oseront pas franchir. Fierté d'adultes, qui jettent un œil condescendant sur la petite enfance et l'extrême vieillesse. Ils ont tort. Confiance, adaptation et énergie, sont aussi les qualités fondamentales… d'un entrepreneur. Qu'il soit jeune, mature ou senior.

Dans la foulée, une analyse plus en profondeur des propriétés de l'enfance nous amène à prendre les choses complètement à l'envers. 1 – La confiance de l'enfance n'est pas naïve. Avant même la naissance et jusqu'à l'âge adulte, le petit d'homme intègre tous les potentiels et toutes les menaces de son existence. Il n'a pas encore les mots pour le dire, mais il perçoit, il enregistre tout. Simplement, le surgissement de la vie est chez lui plus fort que la tendance à l'anéantissement. Il génère de la confiance plus qu'il n'en demande. 2 – La faculté d'adaptation de l'enfance n'est pas une contrainte, c'est une curiosité naturelle. Tout est nouveau. Tout est objet d'attention, puis assimilé. Avant d'être abandonné ou réutilisé, sans a priori, pour aller au-devant d'autres découvertes. 3 – Un enfant ne compte pas. Il n'économise pas son énergie. C'est un générateur et un consommateur de calories à faire pâlir un militant d'EELV ! Il a de la vie à revendre, et il la partage. Il dépense et, surtout, il crée de l'énergie autour de lui. On le vérifie facilement en famille, dans la rue ou à l'école.

 

Nous avons une chance extraordinaire en France. Notre taux de natalité se tient bien. Laissons de côté nos soucis d'adultes. Occupons-nous de nos enfants. Regardons-les faire. Supprimons de notre lexique cette curieuse expression qui nous fait "retomber" en enfance. Efforçons-nous au contraire de "développer" un regard d'enfant. Et gaz de schiste ou pas gaz de schiste, puisons auprès de nos bambins les tonnes d'énergie dont nous avons besoin pour inventer un nouveau monde !

Etienne Desfontaines

 

 

ROSTRO  

Où est Mistslav Rostropovitch ? Qui va lui succéder ? Qui va oser planter son instrument quelque part dans le port de Sébastopol, célébrer la paix, l'espoir de la fraternité et de la réconciliation entre les peuples, avec pour seule arme, vibrante sous son archet, la grave et profonde Sarabande* de la 2nde suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach ? Un élève russe du conservatoire Rostropovitch de Saint-Pétersbourg, qui inviterait un de ses homologues européens ? Le symbole serait fort. Le "buzz" assuré, sur toute la planète !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) www.youtube.com/watch?v=FiwXUJJjL6g 

 

UN ELU PEUT EN CACHER

UN AUTRE    

un-elu-peut-en-cacher.jpgDimanche 23 mars. Nous y sommes. Nous nous apprêtons à traverser les élections municipales, sans y prêter vraiment attention. C'est un moment que les français adorent. Ils se chamaillent, ils connaissent bien "Bernard" ou "Marie-Laure", le conseiller ou la maire-adjointe qui s'avancent cette année avec une nouvelle liste. Ils les ont vus grandir à l'école ou animer la fête de quartier. Ils en apprécient le dévouement. Ils sont à leur mesure. Quels qu'ils soient, ils seront contents de les retrouver, l'année prochaine à la mairie, pour le mariage de la petite ou l'ouverture d'une porte de garage sur la rue principale !

 

 

 

Sauf que… Il y a un changement de taille. Sur la gauche du bulletin de vote, il y aura la liste des candidats à l'élection municipale. Jusque-là, pas de surprise. Le nom du maire est connu à l'avance : il (ou elle) est la tête de liste. Les rares incertitudes portent sur les maires-adjoints ou les conseillers délégués qui seront ensuite choisis. Mais dès le lendemain de l'élection, à part le nom du maire, tout le reste sera oublié. Par contre, sur la droite du bulletin, va figurer le nom ou la liste des candidats aux sièges de conseillers communautaires. De qui s'agit-il cette fois ? Dans la plupart des communes, ce sera le maire. Dans beaucoup de cas, ce seront aussi des adjoints, sinon des conseillers délégués. Peu importe. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces personnes iront travailler ailleurs, dans une vaste assemblée… Rue du Ballon, pour Lille Métropole Communauté Urbaine. Dans des sous-préfectures ou des lieux très divers, pour les intercommunalités qui viennent d'être configurées par le Préfet. Où ils n'exerceront pas du tout le même "métier" !

 

 

 

Avec quels projets devons-nous envoyer ces gens-là dans les assemblées communautaires ?  Quelles compétences, quel savoir-faire doivent-ils réunir ? Dans quelles commissions vont-ils s'insérer et travailler ? Sauront-ils peser, prendre des responsabilités, faire preuve de sens politique et emmener avec eux d'autres élus, avant de se faire entendre dans les services communautaires ? Rares sont les "professions de foi" qui évoquent le sujet.

 

 

 

Il s'agit pourtant d'une question essentielle. Tous les gros dossiers d'une commune, aujourd'hui, sont régis par une intercommunalité. La liste est éloquente : aménagement du territoire, urbanisme et habitat, transport, espace public et voieries, nature et cadre de vie, culture, sport et loisirs, traitement de l'eau et des déchets, économie et emploi, numérique et développement durable, tourisme, accessibilité handicap et crematorium… La quasi-totalité des décisions communales sont  aujourd'hui adossées aux règles, aux méthodes de travail et aux finances de l'intercommunalité ! Le véritable patron de la vie locale en 2014 n'est pas à la mairie, il préside la Métropole ou l'intercommunalité.

 

 

 

Maire et conseiller communautaire, ce sera souvent la même personne, mais il lui faut d'autres qualités, il lui faut voir large, dépasser les frontières de sa commune, pour bâtir l'avenir de ses concitoyens. Tout le monde n'y est pas prêt.

 

 

 

Etienne Desfontaines

  

MUNICIPALES

LE COMPTE EST BON 

 

Municipales-le-compte-est-bon.jpgDont acte. Les chiffres sont tombés, les candidats aux municipales ne manquent pas. Et c'est une bonne nouvelle. Nous avons sans doute tort de garder nos 36000 communes, mais le fait est qu'ils sont près d'un million en France, candidats à une représentation de proximité, disposés à endosser l'intérêt général de leur commune au détriment de la somme des intérêts particuliers de leurs concitoyens.

 

 

 

Conseiller municipal… C'est le premier échelon de la vie politique. C'est un fantastique lieu d'observation du "politique", au sens noble du terme. Dans l'antiquité, il s'agissait d'organiser la "cité" (πόλις, en grec). Ça pouvait être une simple communauté de citoyens, un bassin de vie ou un Etat. Il s'agit ici de la commune. De quelques centaines de maisons, dans la plupart des cas, réunies autour de leur mairie, de leur école et de leur église. Elle est à taille humaine. Elle rend compte de tous les bonheurs et de toutes les difficultés de la vie. La preuve ? C'est à la mairie qu'on va déclarer un enfant, c'est à la mairie qu'on se marie, et c'est encore à la mairie qu'on va déposer un avis de décès ! On ne peut pas être au plus près des familles.

 

 

 

C'est ce quotidien-là que les candidats veulent prendre en charge. L'immense majorité d'entre eux est bénévole. Ce sont souvent des gens déjà impliqués dans la vie associative. Elus et responsables de leur commune, ils montent d'un cran dans l'engagement. Et ils passent tous, quels qu'ils soient : urbains ou campagnards, actifs ou retraités, par une phase d'apprentissage qui est d'une richesse inouïe !

 

 

 

Etre conseiller municipal, en effet, ce n'est pas seulement ouvrir des dossiers. Travaux, habitats, transport, énergie, culture et éducation, sports et loisirs : ils sont denses, ils sont multiples, il faut en intégrer les tenants et les aboutissants, pour prendre les bonnes décisions. Mais là n'est pas l'essentiel. Le nouveau conseiller municipal se rend compte très vite qu'il entre dans un tissu de relations, dont il ne peut pas imaginer l'étendue !

 

 

 

En interne, il apprend à travailler avec ses collègues, avec le personnel de la mairie. Il apprend surtout à écouter et à convaincre ses concitoyens de la justesse de ses opinions et de ses décisions. Etre conseiller municipal, c'est sortir de chez soi sans savoir quand on va rentrer. La conversation au coin de la rue ou par-dessus la haie est d'une importance capitale ! Et elle dure… un certain temps. En externe, il apprend à connaître l'intercommunalité, la Métropole, la Région, le Département, la Préfecture, le député (national et européen), toutes les instances politiques, cultuelles et culturelles, qui impactent la vie communale. Il lui faut créer des liens de confiance, trouver des réponses aux questions, repérer et apaiser les germes de conflit, donner du sens et de la cohésion à tout ce qui se passe dans la commune. C'est un travail de titan ! Dont il sort six ans plus tard épuisé, mais beaucoup plus fort. Parce que plus humain.

 

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

1214, 1914, 2014

 

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1214 – Othon IV de Brunswick est le deuxième personnage de la chrétienté, il est à la tête du Saint Empire Germanique. La Flandre, la Picardie sont animées par des ambitions croisées. Les alliances s'affrontent : le flamand Ferdinand du Portugal, le Boulonnais Renaud de Dammartin et l'anglais Jean-Sans-Terre avec l'empereur Othon, les comtes de Normandie, d'Artois et de Picardie avec Philippe-Auguste, soutenus par le Pape Innocent III. Le dimanche 27 juillet 1214 après-midi, le soleil a brillé toute la journée, Bouvines est à feu et à sang… 

 

1914 – Sept cents ans plus tard, le dimanche 28 juin 1914, les balles des conspirateurs à Sarajevo éliminent l'archiduc François-Ferdinand, l'héritier du trône austro-hongrois, et son épouse. Les alliances jettent aussitôt les nations dans l'arène : l'Allemagne avec la Serbie, la France et la Russie derrière les autrichiens. L'effet de levier est implacable, les colonies entrent dans la danse, la logique de guerre mène le monde à la catastrophe. Dès le mois d'août, l'Europe est à feu et à sang…

 

2014 – Crimée et pro-russes d'un côté, pro-européens de l'autre : les vieilles dissensions refont surface en Ukraine. Vladimir Poutine abat ses cartes, l'Europe et les US haussent le ton. Les diplomates s'agitent, les états-majors s'activent. Jusqu'où les alliances vont-elles nous emmener ?  L'été 2014 sera-t-il une nouvelle fois à feu et sang ?... Il est urgent de s'informer,  de comprendre ce qui se passe à Kiev et à Sébastopol. Pour casser la logique de guerre. Et jeter partout, élites et citoyens confondus, le même cri que celui du maire de Bouvines, Alain Bernard, à la veille du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines : "La plus belle des victoires, c'est la paix !"

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les somnambules  

"Pourquoi rappeler tout ça ?" Elle est jeune, elle est assistante de direction, bien engagée dans la vie active. C'est une femme responsable, du XXI° siècle. Et elle insiste, entre deux rendez-vous, devant la machine à café : "est-ce qu'il faut vraiment revenir sur toutes ces horreurs, pour construire la paix ?" Son raisonnement vient heurter de plein fouet celui du général Elrick Irastroza, l'ancien chef d'Etat-major de l'armée de terre, aujourd'hui patron de la Mission du Centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 : " Les peuples ont besoin d'évoquer les tragédies, a-t-il clamé à l'occasion d'un passage dans le Nord, ils ont besoin de revivre les grandes ruptures comme celle de 1914, pour en tirer des enseignements et construire un monde meilleur !"

La fracture est évidente. D'un côté, la génération qui monte, celle qui est née dans les années 80-90. La fin de la conscription en 2001 a tout changé, elle a fait de l'armée un choix et un métier. Et c'est un fait de société, relevé par un autre militaire, le général Jean-Paul Monfort, l'ancien gouverneur de la Place de Lille (2006-2009) : "la perception du danger n'est plus là, a-t-il dit au moment de partir en retraite, les engagements sont lointains." Il évoquait l'Afghanistan et l'Afrique, avant de prédire : "le plus grand danger pour notre armée et notre pays, ce n'est pas l'antimilitarisme, c'est l'a-militarisme…" Nous y sommes. De l'autre côté, le gouvernement français et les institutions européennes. Le premier anime à grands renforts d'évènements le Centenaire de la Grande Guerre, il envoie quatre figures de la Résistance au Panthéon, mais il peine à financer sa Défense. Les secondes font référence à l'idéal de paix des pères fondateurs, mais elles ont du mal à bâtir une réelle Union Européenne politique.

Les trentenaires d'aujourd'hui nous le disent, lorsqu'on les écoute sincèrement : le simple fait de brandir la menace de guerre ne sert à rien. Ils ne savent pas ce que c'est. Ils ont des bribes d'histoires apprises en classe, et des images de télévision en tête. Ils n'ont aucune idée de ce que ça représente dans le quotidien d'une famille ou d'un territoire. C'est une réalité, que nous avons opposée au général Irastorza lors de son intervention. C'est "une question fondamentale"  a-t-il immédiatement répondu, en citant l'ouvrage de Christopher Clark : "Les somnambules" (Flammarion, 2013).  "L'auteur est professeur d'histoire à Cambridge, avertit l'éditeur, il replace les Balkans au cœur de la crise la plus complexe de l'histoire moderne en 1914, et il en décrit minutieusement les rouages. Plus clairement que jamais, il montre que rien n'était écrit d'avance : l'Europe portait en elle les germes d'autres avenirs, sans doute moins terribles…Mais de crise en crise, les personnages qui la gouvernaient ont marché vers le danger comme des somnambules !"  Le symbole est fort. Il n'y a pas plus martial que le général Irastorza. Il porte ses faits d'armes à la boutonnière. C'est pourtant bien lui qui en appelle aux politiques et aux historiens, dès qu'on le pousse dans ses retranchements… Pour parler de la guerre, aux nouvelles générations.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Papy Boom

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Combien sommes-nous dans ce cas ? L'espérance de vie était de 60 ans dans les années cinquante. Elle est aujourd'hui de 78 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes. Nous atteignons des âges que beaucoup de nos parents n'ont pas connus. Nous n'avons donc pas de références, pas d'exemples à suivre. Nous sommes tout simplement des milliers, particulièrement en occident, à découvrir le fait d'être septuagénaire, octogénaire et nonagénaire. C'est une aventure sans précédent. Il nous faut créer un modèle. Ecrire une page blanche. Inventer une façon intense d'être au monde, tout en sachant qu'on va s'en absenter à moyen terme. Trouver un équilibre entre action et responsabilité, sagesse et lâcher prise. De quoi retrouver une nouvelle jeunesse ou… se faire des cheveux blancs !

Etienne Desfontaines

 

 

Le passant

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Impossible de lui donner un visage. Il va, il vient, pressé le matin, fatigué le soir. Est-ce que c'est un homme, une femme ? Un senior ou un adolescent ? Là n'est pas la question. Il passe. Il va dans la ville. Il prend le métro, il s'aventure entre Lille-Europe et Lille-Flandres, il s'assoit sur la marge de la fontaine au pied de la Déesse. Wazemmes ? Lille-Fives ou Lille-Centre ? Il est partout chez lui. On le croit indifférent, on lui jette à peine un regard, il est pourtant bien là. Dans la rue.

Il n'y a pas meilleur thermomètre urbain que le passant. Il se détend au soleil, il se renfrogne dans le crachin. Il serre le pas aux abords d'un carrefour, il l'allonge en remontant sur le trottoir. Il est bon public aussi, il fait le cercle autour du saltimbanque ou derrière l'ambulance des pompiers. Et c'est un fait récent : il téléphone ! Le regard dans le vide, la main libre animée par sa conversation, il fait des huit sur le pavé de la Grand-Place. Comme une abeille à l'entrée de sa ruche. Dont le message est clair : "je suis là, vous êtes là, nous sommes lillois, heureux de l'être, et bien ensemble…"

Etre passant parmi les passants, on peine à le croire, mais cela fait sens. Descendre de son appartement, abandonner ses "amis" Twitter & Facebook", pour arpenter la rue avec des "vrais gens" entre Mairie, Opéra et République, c'est entrer dans son identité. Lillois nous sommes, fiers de l'être. Métropolitains nous le devenons, encore incrédules, entre Lille, Courtrai et Tournai. Les Parisiens, les Toulousains et les Lyonnais, éprouvent le même sentiment.

Le moment est venu dans cette chronique de vous faire une confidence. Je suis né juste après-guerre au premier étage d'une maison de rue, dans le quartier populaire de Fives. Enfant, j'aimais me caler sur un appui de fenêtre, écarter le rideau et voir sans être vu. Observer le passant, et imaginer sa vie.

Senior, je viens de tomber sur l'ouvrage* de Gérard Sainsaulieu, un architecte-urbaniste chevronné qui reprend tous mes rêves ! Il fustige les "villes" qui n'ont plus de rues : Abu Dhabi, Doha, Shangaï, La Défense…  Il vénère Naples, Barcelone, Istanbul et surtout Paris ! Ses boulevards, ses villas et ses marchés bourdonnants de monde. "La rue recèle un contrat muet, écrit-il, qui relie entre eux tous les habitants… Un clin d'œil [suffit pour] échanger un immense consensus…. Dans la seconde qui suit, chacun a repris son chemin, réconforté par cet éclair de connivence."  

Paris le sait bien, Lille, Valenciennes et Dunkerque aussi, tout comme Kiev, Le Caire et Tunis : cet éclair-là existe réellement ! Il peut prendre en février la couleur du carnaval. Ou celle de la révolution. Le passant, le masquelour et l'émeutier, ne sont qu'un seul et même homme. Il arbore selon la circonstance un ticket de métro, un parapluie ou un pavé. On le croise tous les jours, complice d'un bonheur masqué sous le non-dit. Dans la rue.

Etienne Desfontaines

 

 (*) "Les trottoirs de la liberté" (2012 L'Harmattan)

 

 

   

La frontière (2)       

La misère. Elle est prégnante. Incontournable, quand on s'installe en ville. Dans la rue Faidherbe, à Fives, Wazemmes et Lille-Sud.  Elle surgit, hirsute et dévastatrice. C'est un visage, une barbe blanche, matin, midi et soir, au Carrefour Pasteur. C'est une jeune femme, accroupie, dans le marché Sébastopol. Ce sont des murs lépreux, à la sortie de la station Caulier. C'est une rue Jules Guesde au fond de la place Bonaventure, une rue Pierre-Legrand dans la traversée de Fives, désinvesties par les commerces traditionnels au profit des petits bazars, coiffeurs, restaurateurs exotiques et autres vendeurs-repreneurs de téléphones. C'est une enfant qui se soulage, à la vue des automobilistes, aux abords d'un camp de roms.  Ce sont les urgences du CHU, transformées en refuges par temps froid. C'est un homme qui arrête le passant, en bas de chez soi : "j'ai appelé le 115, il n'y a plus de place nulle part…"  

"J'ai pas mauvaise conscience, disait la chanson des Restos du Cœur" (Jean-Jacques Goldman), ça m'empêche pas de dormir… Mais pour tout dire, ça gâche un peu le goût de mes plaisirs …" Coluche est mort. Son initiative n'en finit pas de répondre à un besoin de plus en plus massif. Les appels à la solidarité se multiplient. La plupart s'en contentent. Beaucoup s'investissent. Ils donnent de leur temps au Secours Populaire, au Secours Catholique, aux "Restos du Cœur" ou chez Emmaüs. Les  services sociaux, communes et institutions réunies,  n'ont jamais eu autant de travail.

Mais rien n'y fait. Le phénomène s'étend. On l'a connu local, à l'époque des Dondaines et de l'îlot Saint-Sauveur. Il est aujourd'hui national et international. Le chômage jette des familles à la rue. La misère de l'hémisphère sud traverse les océans. Les migrants afghans bouleversent la vie des bénévoles de Sangatte. Le parking de l'ancienne prison de Loos n'a rien à envier aux favelas brésiliennes. Et la tentation est grande de baisser les bras. De jouer le statu quo, de renvoyer la question à l'Etat, à l'Europe ou à la diplomatie internationale. De refuser même, ici ou là, banderoles à l'appui, l'implantation de logements sociaux ou d'un camp de rom.

On invoque Schengen. On regarde passer Marine Le Pen et le Pape François à Lampedusa. On évoque les barbelés de la frontière mexicaine.  Et on finit par se défausser : "ils n'ont qu'à faire ce qu'il faut". Et puis, on installe autour de soi une paroi de verre. La misère est bien là, mais on n'y peut rien. On ne peut plus, on ne veut plus la prendre en compte.

Il n'y a pas pire frontière que celle de l'indifférence. Seule la révolte, ou la révolution, pourront la franchir un jour. C'est ce qui nous guette. En attendant, le feu passe au vert dans le carrefour Pasteur. Les voitures s'élancent sur le périphérique. Dans la seconde qui suit, l'image de l'homme à la barbe blanche s'efface, dans la conscience verrouillée des automobilistes.

Etienne Desfontaines

 

La frontière 

Elle est brutale, en Palestine. Sept cent kilomètres de béton et de barbelés. Territoires cisjordaniens d'un côté, colonies et terres d'Israël de l'autre, elle raye le pays du Nord au Sud. Les communautés juives venues se réfugier en Palestine au début du XX° siècle parlent d'une "barrière anti-terroriste". Elles ont raison, il n'y a pratiquement plus d'attentats en Israël depuis son érection. Les arabes palestiniens, eux, la subissent avec une violence inouïe. Ils parlent "d'apartheid", ils évoquent la séparation des familles, la désorganisation de l'économie, les restrictions d'accès à l'eau, à la santé et aux lieux saints, pour les musulmans et les chrétiens de Cisjordanie…

Fracture ouverte au cœur du monde, la plaie de la Palestine n'est pas prête de se refermer. Elle est le modèle-même de ces mille et une "frontières" qui n'ont pas été traitées dès leur apparition.  Les anglais étaient aux commandes à Jérusalem dans les années 20, le nationalisme et l'antisémitisme montaient en puissance. Les premiers pas du mouvement sioniste ont abouti par la force à la création de l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. La résolution de l'ONU (29 novembre 1947), elle, qui annonçait le partage de la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe, est restée lettre morte.

L'imbroglio est aujourd'hui total. Il mêle des affrontements locaux, internationaux, religieux, politiques et économiques. La dernière visite de François Hollande en Palestine est un modèle du genre : il donne des gages à Israël, il clame le droit des Palestiniens à vivre sur leur terre, et… il rentre à Paris ! Il s'agit là sans doute d'une synthèse trop sèche de la diplomatie française dans ce dossier. Mais elle dit la réalité : plus personne n'ose toucher réellement à la question palestinienne. Elle divise le monde entier, élites et populations confondues. A Lille même, en décembre dernier, les tenants des palestiniens dans le cadre du jumelage Lille-Naplouse multiplient les témoignages des vexations subies en Cisjordanie. A deux pas de là, le Dr Charles Sulman, le président régional du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), reçoit son président national, Roger Cukierman, qui s'insurge contre les prémices d'un boycott des produits israéliens en France ! Et la communauté chrétienne se déchire : la représentante dans le Nord des Amitiés Judéo-Chrétiennes de France, Danielle Delmaire, docteur en histoire contemporaine et professeur à l'Université de Lille III, n'a pas de mots assez durs contre les initiatives de la paroisse Bonne Nouvelle de Marcq-en-Baroeul qui crée des liens avec la paroisse de la Sainte Famille à Ramallah, la capitale administrative des autorités  palestiniennes, au nord de Jérusalem !

En Israël, c'est un mur. Chez nous, c'est un fossé qui se creuse. Un germe de radicalisation, dont nous ne nous méfions pas assez. De l'antisionisme à l'antisémitisme, il n'y a qu'un pas. Et de l'antisémitisme à la ségrégation raciale, il n'y a cette fois plus de… frontière. Ce n'est qu'un tunnel de méconnaissance et de désinformation, qui mène à l'embrigadement et à la guerre. Nous y reviendrons.

Etienne Desfontaines

 

   

Raconte nous !

C'est un bonheur. On élève et on abaisse la voix, on ralentit, on accélère. Et puis, le temps d'une question, on laisse la réponse faire son chemin. Le silence s'installe. Dans la minute qui suit, on est ailleurs. De l'autre côté de la page, mais toujours au cœur du sujet. Dans un monde, un "cloud" comme disent les ingénieurs du web, qui enveloppe celui qui raconte et celui qui écoute.

A ce stade de la démonstration, tout le monde pense à Noël, et file se caler dans le grand fauteuil du salon. Le sapin clignote, les bougies dansent sur la table, le livre est ouvert sur les genoux, et le gamin se glisse sur le côté en pyjama. Un petit mot à voix basse : "remets tes chaussons, tu vas te faire attraper… " La connivence est établie et tout bascule ! Le fourniment dans la cuisine, les rires et les éclats de voix : plus rien ne compte. La paroi de verre est étanche, qui enveloppe celui qui raconte, et celui qui écoute… un conte de Noël.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Tous ceux qui parlent en public peuvent en témoigner. Lire son discours ne mène à rien. Par contre, lever ou baisser la voix, ralentir et accélérer, faire une pause et laisser le silence s'installer. Puis observer son auditoire, lui adresser une attention : "je ne suis pas sûr d'être bien clair, vous me suivez ?…" avant de le prendre à contrepied : ce sont des choses qui s'apprennent. Mais il ne faut pas être dupe. Tout le monde ne sait pas le faire. Certains politiques ou grands animateurs de radios-télévisions y excellent. D'autres moins. Il y a des orateurs qui "racontent" leurs discours, et des auditeurs qui les" écoutent"… avec des yeux d'enfants.

Et puis, il y a un mystère. Le grand reporter, l'ancien directeur de RTL, Philippe Labro, le raconte dans son dernier ouvrage*. Il était aux US, en novembre 1963, lors de l'assassinat du président Kennedy. Il avait pour modèle, en écriture, un homme dont nous avons tous lu l'œuvre phare : Ernest Hemingway (le Vieil Homme et la Mer - 1952). Un géant de la littérature (Prix Nobel 1954), dont la devise était très simple : "Tell it like it was !"  En français : "raconte-nous… dis-nous comment c'était !" Toute la différence est là. Il y a des écrivains qui nous emportent – littéralement – dans leur monde. Ils ne disent pas ce qu'ils voient, ils le "racontent". Ils élèvent ou ils baissent le ton, ils ralentissent, ils accélèrent. Ils traversent des moments de silence. Et puis un mot survient, une expression ou une image. Ils nous font le coup du "remets tes chaussons, tu vas te faire attraper…" Et tout bascule. Ces écrivains-là font notre bonheur !  On les "écoute"….  en noir et blanc, sur écran ou sur papier, peu importe. Ce qui compte, ce sont les étoiles dans les yeux.

Etienne Desfontaines

(*) "On a tiré sur le président" (Gallimard  2013)


Au gui l'an neuf !  

   

"O Ghel an Heu !" lance le druide. Il manie la serpe dans les arbres dénudés.  Et il le clame dans le froid, à l'orée des bois : "Que le blé germe !"  La version celte nous fait répéter phonétiquement : "Au gui l'an neuf !" Sa traduction nous dépose en plein solstice d'hiver. Quand les jours rallongent. Quand on le croit dur comme fer, le germe commence à pointer hors du grain.

Noël, Nouvel An. C'est toujours la même chose. Nous retombons en enfance. Et nous nous projetons dans l'avenir, réunions de familles et cartes de vœux (numériques) à l'appui.  Persuadés de savoir muer, sinon muter, pour devenir des êtres toujours plus complets, plus créateurs et maîtres de notre environnement. C'est le temps des résolutions.

Place à l'anaphore !

François Hollande a eu la sienne, nous avons la nôtre*.

"Moi, citoyen, j'irai voter aux municipales et aux européennes

"Moi, citoyen, je considérerai l'intérêt général avant le mien, dans tout ce que j'entreprendrai

"Moi, citoyen, j'assumerai mes responsabilités, et je prendrai une fonction locale ou associative

"Moi, citoyen, je penserai les mutations de ma commune, de mon pays, de l'Europe et du monde

"Moi, citoyen, je me mettrai en situation d'apprendre : une nouvelle langue (le chinois ou le néerlandais), un nouveau moyen de communication, un nouveau hobby musical, scientifique ou littéraire, pour ouvrir grand les portes et fenêtres de mon esprit

"Moi, citoyen, je boycotterai le flux permanent d'informations, je choisirai mes sources, contradictoires de préférence, et je les consulterai pour forger mon opinion selon mes besoins et à mon rythme

"Moi, citoyen, j'économiserai l'eau et l'énergie de toutes les façons possibles

"Moi, citoyen, j'orienterai mon épargne vers l'investissement producteur de richesse et d'emploi

"Moi, citoyen, je combattrai toutes les formes de repli de la société sur elle-même

"Moi, citoyen, je m'emploierai à éteindre la moindre étincelle de conflit dans mon entourage

"Moi, citoyen, je ne pesterai contre un problème qu'en l'accompagnant de trois solutions possibles

"Moi, citoyen, je me plierai aux recommandations de la médecine préventive

"Moi, citoyen, je ferai de la culture l'avant-garde du développement et du bien-vivre ensemble

"Moi, citoyen,  je vivrai ma religion, mais je n'en ferai pas un prosélytisme ni un obstacle à la laïcité

"Moi, citoyen, je m'engagerai dans un action de formation et je surveillerai l'éducation de mes enfants comme le lait sur le feu

"Moi, citoyen, je me considèrerai en toute humilité comme un artisan du futur

Et je ne me ferai pas d'illusions. Les résolutions sont comme le gui. A peine cueilli, il commence à flétrir. Mais j'irai le plus loin possible. Je me tirerai par le dos, pour ne rien oublier du passé et tout réinventer en 2014. Et puisque c'est devenu ma façon d'être, puisqu'on me dit que j'ai une once de facilité dans l'écriture, alors je mettrai de la musique dans mes mots. Parce que la musique est universelle. Pas ma langue maternelle.

Bonne année à tous !

Etienne Desfontaines

(*) La vôtre nous intéresse, n'hésitez pas à nous la communiquer !

 

 

Quand l'Afrique

s'éveillera

 

La-Ministre-des-Finances-Nigerianne-copie-1.jpgParis, novembre 2013 - Les ministres français ouvrent le sommet de l'Elysée Afrique-France sur un ton timide : « La France a eu un regard stérile sur l’Afrique cette dernière décennie, disent-ils, nous perdons du terrain…» On les sent prudents. Beaucoup trop prudents pour la Ministre Nigériane des Finances, le Dr. Ngozi Okonjo-Iweala (59 ans), qui monte au pupitre. Elle raconte le Nigeria, l'Afrique. Elle met le public dans sa poche, elle le fait rire, mais on le comprend vite, elle va  le prendre de travers.

 

Qui  est donc Ngozi Okonjo-Iweala ? A la fin de la guerre du Biafra en 1970, alors que sa famille a tout perdu, son père l’interroge: « Que te reste t il ? » Elle répond : « Rien ! » Son père corrige : « Tu as une tête bien faite. Utilise-la, construis l’avenir. » Depuis, Ngozi Okonja-Iweala va son chemin. Economiste renommée, diplômée de Harvard, elle intègre la Banque Mondiale, elle ouvre son pays au monde. Ministre des Finances du Nigeria, elle le fait entrer de plain-pied dans le XXI° siècle : de 450 000 lignes de téléphones installées en 30 ans, il passe à 32 millions d’utilisateurs de GSM ! Elle s'attaque à la corruption, elle limoge une série de fonctionnaires, et elle réprime toute les escroqueries sur internet.

 

                                       

"Ceux qui ratent le bateau maintenant,  

le ratent à jamais"  

 

 "Tout le monde investit chez nous, lance tout à coup le Dr. Ngozi Okonjo-Iweala, General Electric pour 1 milliard de dollars, Procter & Gamble pour 2,5 milliards, les Indonésiens d'Indorama pour 1,2 milliard." Et elle laisse tomber : "que font  les Français ?" Cette fois, la salle ne rit plus.  "Sida, paludisme, enlèvements et conflits, continue-t-elle, vous ne parlez que de ça…Mais connaissez-vous le peuple Africain qui se prend en main ? » Le silence est glacial. Alors elle assène : " Ceux qui ratent le bateau maintenant, le ratent à jamais !  Et vous les Français, vous allez devoir travailler dur! »  

 

Le message est clair. C'est à nous de nous réveiller ! Les interventions militaires ne sont pas tout. L'Afrique est une multitude d’opportunités.  Le nouveau rapport Vedrine [1] livre 15 propositions pour créer une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Doubler les échanges avec l’Afrique, c’est créer 200 000 emplois en France dans les 5 prochaines années. Des entreprises montrent l'exemple. L’alsacienne Mecatherm a déployé des lignes de fabrication de pain à Kinshassa, Abidjan et Dakar. Les chantiers navals de Cherbourg vont fournir 30 navires au Mozambique. Et Danone vient d'entrer au capital de FanMilk, le leader des produits laitiers en Afrique de l’Ouest.  Le journaliste Serge Michel prenait récemment une autre image (Le Monde, 18 sept 2013). "Une délégation d’hommes d’affaires français qui débarque au Nigeria, écrivait-il, ça ressemble à un convive qui arrive trop tard dans la soirée dont tout le monde parle, il ne reste rien au buffet…" Alors, osons ! Allons explorer de nouvelles opportunités. Et ne loupons pas le bateau !

 

Pauline Desfontaines

 

Experte Energies Renouvelables – Zone Afrique

 

pauline.desfontaines@gmail.com

 

[1] Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, Décembre 2013

 

Le mille-pattes     

 

 

Lorsque je l'aperçois, il prend du bon temps. Au soleil, sur la terrasse. La manœuvre du mille-pattes est paisible, bien huilée. Droite, gauche, il  ondule  élégamment. Je m'approche. Il se fige. Je me dis que le spectacle va être fabuleux : je vais voir l'animal s'enfuir… à toutes jambes ! Mais je n'y suis pas du tout : il replie toutes ses pattes ! Et il n'en utilise que quatre, pour filer et disparaitre dans une fente !

 

Drôle de bestiole. Un coup d'œil sur internet. J'apprends qu'il s'agit d'une scolopendre. Une bonne dizaine d'anneaux, parfois plus, une paire de pattes à chaque fois. Et l'affaire est compliquée ! En "temps de paix", l'animal ne mobilise pas ses pattes par paire ou par anneau. Il les sollicite une à une, tout le long du corps. En "temps de guerre", par contre, il ne requiert que quatre pattes. Le reste se tortille, pour suivre le mouvement !  Un coup d'œil dans ma mémoire. Une idée en emporte une autre.  Je visualise tout à coup les centaines d'anneaux, qui guettent…  la  réforme  territoriale !

 

Ils sont légion, dans le Nord Pas-de-Calais. Le président du Conseil Régional, Daniel Percheron, son armée de vice-présidents et toutes ses commissions… Le président du Conseil Général du Nord, Patrick Kanner, celui du Pas-de-Calais, Dominique Dupilet, leurs dizaines de vice-présidents et toutes leurs délégations… La présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU), Martine Aubry, ses 10 premiers vice-présidents, ses 12 autres vice-présidents, ses huit territoires et ses 14 conseillers délégués…  La présidente en exercice de l'Eurométropole, Martine Aubry, encore elle, ses trois vice-présidents, et ses multiples intervenants flamands et wallons… Les communautés transfrontalières de Dunkerque et du Hainaut…  Les dizaines d'intercommunalités que la préfecture est en train de mettre en place, de gré ou de force, dans le bassin minier, dans la plaine de Flandre ou dans les vallons de l'Avesnois…  Les 1545 communes du Nord Pas-de-Calais, leurs maires, leurs adjoints, et leurs syndicats intercommunaux…  Ce n'est plus un mille-pattes, c'est un myriapode dont on n’arrive plus à définir les contours.

 

C'est dans ce contexte que la ministre de la Réforme de l'Etat, de la Décentralisation et de la Fonction Publique, Marylise Lebranchu, une revenante des équipes de Lionel Jospin, aborde en ordre dispersé un Acte III de la Décentralisation. Elle n'élimine aucun cubitus du mille-pattes ! Elle tente seulement de lui donner un chef d'orchestre : le président de région, et elle affiche une volonté de mieux répartir les compétences. Mais elle fait face à des bastions plus solides que le mur de la défense sur les côtes de la Manche !

 

Reste un espoir. Que le "temps de guerre" survienne, que la pénurie provoque le sursaut du mille-pattes. Et que trois ou quatre leaders confirmés tirent la région vers le haut. En bonne intelligence avec son vrai moteur économique : le bureau de la CCI Nord de France, sous la houlette de l'ancien ministre de l'agriculture, ancien journaliste devenu banquier, l'infatigable pourfendeur de frontières visibles et invisibles, Philippe Vasseur.

 

Etienne Desfontaines

    

 

Utopie ou pas ? 

 

L'idée vient du ministre délégué aux transports, Frédéric Cuvillier. Il a retoqué le projet de Canal Seine-Nord Europe, en donnant de la voix sur ses prédécesseurs et en remettant l'Etat à sa place: "Ce dossier est un mirage, qui a été porté au plus haut niveau de l'Etat", et en appelant l'Europe à la rescousse : "je compte présenter un nouveau dossier avec une demande de 30% de financement européen". Sans oublier de mettre les belges et les néerlandais, bénéficiaires de l'opération, à contribution ! En clair, pour le Nord Pas-de-Calais, le salut ne vient plus de Paris, mais de Bruxelles, d'Anvers et de Rotterdam !

 

Alors, jouons le jeu. Ne nous mettons plus au "nooord" de la France, mais au sud des pays du nord. Tordons le bras à nos structures napoléoniennes, oublions l'Etat, les départements et nos trente-six mille communes. Pour donner la préférence à l'Europe, à la Région et aux grandes métropoles. L'image devient beaucoup plus nette ! Prenons des exemples.

 

1 – Nous pourrions rassembler toutes les communes inférieures de 3000 habitants dans des entités communales semblables à ce qui existe en Belgique depuis 1980. Nous pourrions rassembler le Conseil Régional et les deux Conseils Généraux du Nord et du Pas-de-Calais dans une seule assemblée, dont les compétences seraient réorganisées et étendues à certaines compétences actuelles de l'Etat. Cette nouvelle assemblée, élue au suffrage universel,  aurait vocation à créer des liens renforcés avec la Flandre et le sud des Pays-Bas, pour former à terme un "Länder" européen, dont la masse critique serait suffisante pour s'imposer au niveau international.

 

2 – Nous pourrions imaginer que les ports de Boulogne, Calais, Dunkerque, Zeebrugge, Anvers et Rotterdam, organisent leurs activités et fédèrent leurs efforts, pour créer une offre portuaire internationale de grande envergure sur le littoral de la Manche.

 

3 – Nous pourrions donner à l'Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai toutes les compétences de LMCU, des communautés de communes de Courtrai et de Tournai.

 
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