Biographie

André SOLEAU
 
·  Né le 29 décembre 1949
·  Entré à La Voix du Nord en 1972 
·  Journaliste en 1980 
·  Grand reporter en 1983
·  Rédacteur en chef de La Voix des Sports en 1989
·  Rédacteur en chef et éditorialiste de La Voix du Nord en 1991
·  Directeur général adjoint en 1995
·  Directeur général du journal en 1998
·  Directeur général du groupe en 2004.
 
Parallèlement :
 
·  Vice-président du directoire et administrateur de La Voix du Nord
·  Président de Nord-Eclair, de Presse-Nord, de la SIA, de PGLM
·  Administrateur de La Voix-L’étudiant, de Répondances…
·  Censeur du Courrier Picard
 
Quitte volontairement le groupe en 2005 après son rachat par Serge Dassault.

Commentaires Récents

Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /2009 19:53

             Dix années se sont écoulées depuis le grand saut de l’an 2000 et l’entrée dans un nouveau millénaire. A l’époque, le monde débordait de bonnes résolutions. On fêtait le passage à l’Euro qui symbolisait la grande idée de Jean Monnet et de quelques autres pionniers d’une Europe unifiée et débarrassée à jamais des bruits de bottes. La bourse battait record sur record grâce notamment au phénomène Internet et à la bulle spéculative qui allait emmener le Nasdacq à un sommet de 5132 points en mars. La croissance économique dépassait les 3% et le chômage baissait de manière spectaculaire pour atteindre un taux de moins de 9%. Les 35 heures de Martine Aubry instauraient une autre vision de la vie, plus jouissive, celle du partage du travail et de l’avènement des loisirs, via les RTT. Les Etats-Unis, seuls sur leur planète depuis la disparition de l’URSS, affichaient une santé insolente.

            2009 agonise et les rêves d’un monde meilleur n’ont pas résisté à la dure réalité d’un quotidien sans poésie. L’attentat du World Trade Center nous a tous plongés dans l’horreur d’un terrorisme de masse. Les guerres déclenchées en Irak  puis en Afghanistan sont venues rappeler que l’histoire de l’humanité est souillée de sang depuis la nuit des temps et qu’on a toujours tué, au nom d’une religion, d’une idéologie, parfois même de la liberté. La crise a frappé une première fois les start-up avant de s’attaquer à l’économie tout entière. Les subprimes et la spéculation insensée nous ont ramenés d’un coup en 1929.   Le CAC 40, qui avait frôlé les 7000 points en 2000, se situe sous la barre des 4000 aujourd’hui. Le chômage a repris son rythme dévastateur et les licenciements se multiplient. L’utopie des 35 h a cédé la place à un « travailler plus pour gagner plus » nettement moins politique. Les Américains sont descendus de leur nuage et sont non seulement confrontés à la menace asiatique mais découvrent, eux aussi, la précarité de l’emploi.

            Il y a pire. Cette décennie a dévoilé de nouvelles menaces qui couvaient. Le système de retraite par répartition est au plus mal et l’on commence à évoquer sérieusement l’arrêt d’activité aux alentours de 67 ans, pour éviter la faillite des caisses. Le réchauffement climatique fait craindre la disparition d’un cinquième des espèces animales et végétales. La pollution par le CO² n’a pas fini de causer des ravages d’autant que les pays émergents tombent dans les mêmes travers que les pays industrialisés, à savoir la surproduction a tout prix, quelle que soit la facture à payer pour les générations futures. Et comme si cela ne suffisait pas, la pandémie de grippe H1N1 est venue s’ajouter à la liste noire.

            Bref, il faut être sérieusement atteint pour croire encore au Père Noël à l’aube d’une nouvelle année. Mais nous sommes en période de fêtes et la tradition exige de se montrer résolument optimiste. Retenons donc de cette décennie quelques avancées technologiques majeures comme le téléphone portable à portée de tous, la domotique, le développement du E.commerce qui va modifier totalement nos habitudes de consommation ou encore l’établissement de nouvelles relations sociales avec le phénomène Facebook. Quant à savoir si l’homme aura un jour la sagesse de maîtriser ses propres inventions pour en faire des semences du bonheur, cette question n’a malheureusement pas d’âge.

            Bonne année à tous.

            André Soleau

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Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 10:11

              Trois hommes ont fait l’actualité, cette semaine. Ils symbolisent ensemble les méfaits d’une médiatisation à outrance et la légèreté d’un système qui détruit les réputations sans se soucier de la présomption d’innocence, un droit pourtant fondamental de nos démocraties.

            Le premier est Julien Dray. Soupçonné par la justice d’avoir puisé dans les caisses d’associations comme SOS Racisme pour étancher sa soif de luxe et son goût immodéré pour les belles montres, sa vie privée a été étalée pendant des mois à la une des quotidiens. Abandonné par ses amis politiques, moqué par ses adversaires, caricaturé par la presse, il a été l’objet d’une bataille sordide entre le Parti socialiste, soucieux de se débarrasser au plus vite de cette épine à quelques mois des Régionales, et l’UMP, désireuse au contraire de se montrer magnanime, pour mieux semer la confusion dans les rangs de l’opposition. Au bout du compte, le Parquet a préconisé un simple rappel à la loi pour le fautif, une manière élégante de refermer un dossier peu étayé, sans perdre la face. Julien Dray va donc redevenir fréquentable après avoir été mis sans ménagement en quarantaine.

            Le deuxième est un médecin, le docteur Delajoux que le producteur de Johnny Hallyday a qualifié de boucher, ni plus, ni moins. Aujourd’hui Johnny va mieux et l’idée qu’il ait pu être victime d’une infection nosocomiale commence à faire son chemin. Ce qui reviendrait à innocenter le Dr Delajoux. Du coup, Camus commence à prendre conscience de la portée de ses propos et fait marche arrière. Il considère n’avoir fait que répéter ce qu’il a entendu et s’est lui-même qualifié de perroquet. Reconnu comme un excellent professionnel de la variété, Jean-Claude Camus est beaucoup moins à l’aise avec le droit. Il ne sait visiblement pas que « répéter » des paroles diffamatoires est, juridiquement parlant, aussi répréhensible que d’en revendiquer la paternité. Un journal qui reproduit une injure avérée est condamné de la même façon que son auteur.  

            Enfin, le troisième membre du groupe est un sportif de 23 ans, Richard Gasquet. Le  tribunal arbitral du sport l’a blanchi des accusations de dopage à la cocaïne qui lui ont valu une année complète de mise à l’écart, durant laquelle ce grand espoir du tennis a pris près d’une dizaine de kilos qu’il va lui falloir éliminer pour redevenir performant. On imagine le calvaire enduré par ce garçon à peine sorti de l’adolescence et mis en cause sans aucune précaution par d’anciens grands champions comme Henri Leconte.

            Le trio a alimenté les chroniques en cette fin d’année. Pendant ce temps, un scandale, authentique celui-là, est dénoncé du bout des lèvres par les commentateurs, peu enclins à se pencher sur un dossier complexe qui exige un gros travail d’investigation : l’échec du sommet de Copenhague. Un fiasco non seulement financier et politique mais surtout humanitaire. On débattait de l’avenir de l’homme sur cette planète et cela passait par un accord à minima entre des nations aux intérêts divergents. Or, la suffisance des pays industrialisés qui ont empoisonné la terre, pendant des décennies, avec un cynisme effrayant,  l’ambition forcenée des pays émergents qui entendent prendre à leur tour leur part du gâteau en utilisant les mêmes méthodes et l’impuissance des pays pauvres, comme toujours sacrifiés sur l’autel des pétrodollars, n’ont pas permis aux 120 chefs d’Etat réunis de s’inscrire dans une démarche enfin dynamique.

            Il aurait fallu changer les comportements, accepter l’idée que la production à tout va qui a été la marque de fabrique du siècle dernier a détruit notre environnement et hypothéqué notre futur, intégrer le fait que nous devons impérativement effectuer un virage à 90° dans nos comportements, notre philosophie, nos repères sociétaux, nos excès de consommation. Bref, il aurait fallu enfermer cette armée de décideurs imbéciles dans une bulle et ne les en sortir qu’après la signature d’un accord digne de ce nom. Pour ce faire, l’opinion publique, la seule à faire fléchir ces accros du bulletin de vote, aurait dû  être mobilisée par tous les supports d’information. Mais nous sommes à l’époque de la peopolisation, celle qui préfère se nourrir des frasques de Julien Dray plutôt que des dangers du réchauffement climatique. C’est une autre forme de pollution, celle de l’esprit et de l’intelligence des masses. Un autre danger pour l’humanité.

            André Soleau

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Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 15:22

            L’émotion a gagné toute la France à l’annonce de l’hospitalisation de Johnny Hallyday, à Los Angeles. Le rocker légendaire du monde francophone a beau être un parfait inconnu pour les Américains, la fièvre qui s’est emparée des médias sur place les a quand même impressionnés.

            Cet étrange culte voué à un artiste par des générations de fans, depuis un demi siècle, a quelque chose d’attendrissant. Mais cette dévotion, forme d’aliénation émotionnelle, peut se transformer en hystérie collective chez les plus vulnérables dès lors que l’idole, comme c’est le cas aujourd’hui, se trouve fragilisée et en danger. Johnny est quasiment « condamné » à l’éternité et toute menace extérieure est vécue comme une agression intolérable.

            Jean-Claude Camus, l’inamovible producteur de la star, sait tout cela. Pendant des décennies, il a vécu cette communion mystique avec le public qui transformait les concerts en saintes messes. Il aurait donc dû faire preuve d’un peu plus de retenue au moment d’évoquer publiquement les raisons qui ont conduit Johnny Hallyday à un face à face angoissant avec la mort. Mettre directement en cause le chirurgien français qui l’a opéré et employer le terme de massacre à propos de son opération revenaient à lancer une chasse à l’homme immédiate et forcément décuplée par le trouble.

            Nul ne sait si le docteur Stéphane Delajoux est coupable de négligence, ou pire. Mais il a déjà été condamné par les médias qui ont rappelé avec complaisance son passé sulfureux. Il l’a été aussi par Camus et quelques proches. Or, jusqu’à plus ample informé, aucune plainte n’a encore été déposée. Le « massacre » n’est peut-être pas aussi évident que cela, du point de vue juridique.

            Certes, il est délicat à l’heure actuelle d’établir un quelconque lien entre ce déchaînement médiatique contre le médecin et l’agression dont il a été victime de la part d’hommes cagoulés. Mais il existe quand même de fortes présomptions pour que cette piste d’un règlement de comptes orchestré par des fans déboussolés soit privilégiée par les enquêteurs. Peu importe, après tout que ce premier accroc soit ou non une conséquence directe de la maladresse de Camus. La menace existe et planera au-dessus de Delajoux tant que Johnny Hallyday ne sera pas sorti officiellement d’affaire.

            Exagération ? Considérons un instant qu’un arbitre de football soit directement désigné comme l’unique responsable de la défaite d’une équipe et qu’il soit livré ensuite à la colère et à la frustration de ses supporters. Une sorte de « A mort l’arbitre » authentique qui n’est pas sorti de l’imagination d’un cinéaste mais bien tiré d’une escalade de la violence gratuite dans les stades. Les fans de Johnny sont-ils plus modérés que les fous de foot ? Sont-ce les mêmes ?

            En réalité, la sortie de Jean-Claude Camus évite, pour un temps, de se poser la véritable question : L’état de santé de Johnny Halliday, un homme de près de soixante dix ans qui ne s’est jamais ménagé, qui a subi des opérations lourdes encore récemment, est-il compatible avec une tournée harassante qui prévoit un marathon de près d’un an sur les routes de France ? Cela, le producteur attentionné et outré n’a pas cru bon devoir en parler pas plus qu’il n’a remis en cause les premiers rendez-vous 2010, dès janvier. On a les indignations sélectives dans le show…business.

            André Soleau

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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 01:08

« En ma qualité de commandant en chef des armées, j’ai considéré qu’il était de notre intérêt vital d’envoyer un renfort de 30.000 hommes en Afghanistan…C’est notre sécurité qui est en jeu là-bas et au Pakistan. C’est là que la violence extrémiste d’Al-Quaida trouve son origine. C’est là que nous avons été attaqués le 11 septembre 2001 et c’est de cet endroit que sont actuellement préparées contre nous des opérations, au moment même où je vous parle. »

         Ce discours n’a pas été exhumé des archives personnelles de George W. Bush. Il émane de son successeur à la Maison Blanche, Barack Obama, transformé à son tour en chef de guerre puisque c’est la deuxième fois, depuis son élection, qu’il renforce son corps expéditionnaire face à la menace de plus en plus pesante des talibans. Au bout du compte, 100.000 Américains seront bientôt à pied d’œuvre sur le secteur, soit le double du chiffre de Bush.

         Obama s’est notamment justifié en mettant en avant l’ombre satanique d’Al-Quaida. Le problème est qu’aucune trace de l’organisation de Ben Laden n’a été décelée en Afghanistan depuis la chute des talibans, fin 2001. Et même si cela était, comment expliquer que l’on fasse appel à une telle armée pour combattre quelques centaines de  terroristes disséminés un peu partout, aussi bien en Algérie qu’en Somalie ou au Pakistan ? On croirait entendre les arguments de Bush justifiant l’invasion en Irak par la présence d’armes de destruction massive dans les usines souterraines de Saddam Hussein. A l’époque, on présentait aussi son armée comme l’une des plus puissantes du monde.

         En fait, Barack Obama n’a pas délibérément trompé ses électeurs. Simplement, en passant du costume séduisant de candidat à celui beaucoup plus strict de Président des Etats-Unis, il s’est trouvé confronté au pragmatisme qu’exige la fonction. Autrement dit, la raison d’Etat a eu raison de son angélisme. Lui qui voulait fermer Guantanamo, réduire les dépenses militaires pour s’attaquer aux vrais maux du pays, à savoir le chômage, l’assurance santé et l’éducation, le voilà pris dans l’engrenage d’une guerre qui coûte un million de dollars par soldat et par an aux contribuables. Mais il n’a pas le choix. Une défaite aurait des conséquences désastreuses.

         Il est approuvé dans sa démarche par une majorité de…Républicains alors que ses partisans se montrent nettement moins convaincus. Il faut dire que nous sommes bien loin des objectifs affichés dans sa campagne électorale et de l’immense espoir qu’avait suscité sa victoire. Ce brutal retour sur terre était prévisible. Il témoigne de l’extrême fragilité des promesses lancées par les hommes politiques en quête de pouvoir. A l’heure des engagements électoraux, ils n’hésitent pas à brandir l’argument massue de la rupture. Peut-être croient ils sincèrement la mener à bien. Puis vient le temps des dures réalités, des compromis, des renoncements,  parfois des reniements. C’est vrai aux Etats-Unis comme ailleurs.

         André Soleau

        

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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 18:07

Ce pourrait être une version moderne du mythe de Babel, cette tour que souhaitaient construire les hommes, si gigantesque qu’elle atteindrait le ciel. Orgueil et démesure qui finirent par agacer Dieu, lequel multiplia les langues sur terre pour que ces misérables pêcheurs finissent par ne plus se comprendre et abandonnent leur projet.

            A moins que ce ne soit cette grenouille de la fable qui se voulait être aussi grosse que le boeuf et qui finit par crever à force d’enfler.

            Difficile d’imaginer que l’émir de Dubaï, le sieur Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, ait lu le livre de la Genèse ou qu’il soit un fan des fables de La Fontaine. Dommage, il aurait pu y puiser un peu de sagesse avant de se lancer dans ses projets pharaoniques.

            Son ambition déclarée? Faire de Dubaï, ce confetti de moins de 4000 km² posé sur la mappemonde, un diamant brillant de mille feux et illuminant le reste de la planète. Un univers de luxe et d’opulence qui survivrait à l’agonie de la manne pétrolière comme un piercing accroché au nombril du monde et s’agitant dans tous les sens, dans une danse du ventre démentielle.

            Pour ce faire, le prince du désert ne manquait pas d’inventivité. Des centaines de gratte-ciels surgis du sable, le pont le plus grand du monde avec 12 voies de circulation, 1km700 de longueur, 205 m de hauteur et 64 m de largeur ; une tour de plus de 800 mètres de haut comportant 211 étages, une autre en rotation permanente avec des étages pivotant sur eux-mêmes ; trois îles artificielles disposées en palmiers, trois cents îlots fabriqués également artificiellement et abritant des résidences secondaires et des hôtels de luxe ; une montagne recouverte d’un dogme puis enneigée pour créer une station de ski alors que la température dépasse les 50° en été ; une autre piste de ski indoor ; des golfs entièrement éclairés pour jouer la nuit ; un hôtel, le Burj-Al-Arab, le plus grandiose au monde, ne comportant que des suites, facturées jusqu’à 30.000 dollars la nuit ; un autre proposant pas moins de 6500 chambres…Nous étions à des années lumière de Marco Polo qui décrivait dans ses voyages Dubaï comme une petite ville prospère vivant de la pêche des perles.

            Le plus incroyable de ce conte de fées du 21ème siècle, c’est que tous les financiers du monde, les petits et les gros, les blancs et les noirs, les mêmes qui ont fait confiance à Madoff et ceux qui exigent des cautions scandaleuses pour soutenir les trésoreries des PME, tous ces gens qui ont plongé les économies des Etats dans le rouge, ont cru à ce mirage sorti du désert de Rub-Ak-Khali, à moins que ce ne soit des  neurones desséchés sous le soleil de Cheikh Mohammed. Résultat, 80 milliards de dettes et des difficultés de plus en plus aigues à honorer les engagements pris.

            Nul ne sait aujourd’hui comment l’histoire finira. Dubaï n’est que l’une des sept branches des Emirats Arabes Unis et le voisin Abou Dabi, qui dispose de ressources pétrolières gigantesques, pourrait tendre la main à l’imprudent. Mais si l’on doit tirer une morale de cette drôle de fable, c’est que rien n’a changé depuis La Fontaine. Les hommes continuent à croire au trésor enfoui dans le sol et en oublie le travail du laboureur. L’argent facile, le luxe, les marques, les illuminations bercent les rêves jusqu’à nous faire croire que les sociétés modernes pourront se concentrer sur les activités de services plutôt que sur la production,  désormais réservée aux pays en voie de développement.

            Jouir plutôt que produire ? Le cheikh Mohammed aurait pu inscrire cette maxime au fronton de son palais.

            André Soleau

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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 23:36

Raymond Domenech ne connaît décidément pas le sens du mot élégance. La manière dont il exhorta le pauvre arbitre de ce triste France – Irlande à siffler la fin du match alors qu’il restait quelques secondes à courir, ses effusions démonstratives auprès du président de la Fédération Jean-Pierre Escalettes, au moment de la délivrance, en disent long sur la vulgarité de son mode de pensée. Certes, il aura sa place au Panthéon du football pour avoir qualifié son équipe pour l’Afrique du Sud et pour avoir battu le record de Michel Hidalgo à la tête de la sélection bleue. Mais il est des circonstances où un simple sourire s’apparente à une obscénité. Domenech, lui, a ri toutes dents dehors.

            Le sport doit être une école de vie. Il permet au jeune de maîtriser son corps, de dépasser la souffrance, de se confronter aux autres, de partager l’effort, d’admettre la défaite. Dans ce monde abîmé par la cupidité et les inégalités, il doit rester un espace à peu près préservé où l’on puise nos besoins vitaux d’espérance. Or, mercredi soir, Thierry Henry a violé cet espace. Il l’a transformé en zone de non droit. Il l’a réduit à un tripot nauséabond où l’on joue avec des cartes faussées. Au stade ou devant son poste de télévision, le jeune a ainsi compris qu’il ne suffisait pas d’être le meilleur pour gagner, que la tricherie permettait de masquer ses faiblesses, en tout cas de les compenser.

            Au moment où Thierry Henry a mis la main pour maîtriser un ballon qui lui échappait, était-il conscient de salir à jamais sa carrière et son image ? On peut en douter tant sa promptitude  à courir vers Gallas, pour le féliciter, avait quelque chose de puéril et de malsain. Il nous a rappelé le tour d’honneur de Michel Platini en 1985 au Heysel, après la victoire de la Juve en Coupe d’Europe, alors que trente neuf corps étaient allongés dans les installations du stade. Partout où il se produira maintenant, on lui rappellera ce réflexe idiot qui l’a conduit à commettre un hold-up.

            La victoire n’est pas toujours belle. Elle est même parfois hideuse. N’en déplaise aux sponsors du ballon rond qui rongeaient leurs ongles face à la menace d’une élimination aux conséquences financières catastrophiques. N’en déplaise aussi aux dirigeants qui portent la responsabilité d’avoir maintenu Domenech à son poste, contre vents et marées, et qui ont sauvé in extremis leur tête grâce aux doigts crochus d’un joueur autrefois emblématique. N’en déplaise enfin aux journalistes de TF1, incapables de poser la question dérangeante au sélectionneur et qui prirent une leçon de vérité et d’éthique de la part d’un ex-footballeur reconverti en consultant, Bixente Lizarazu.

            Les Irlandais resteront chez eux en 2010. Il s’agit d’une injustice tant ils ont dominé leur sujet. La France est qualifiée, ce qui évitera de s’interroger sur la pauvreté de son football sous l’ère Domenech. Et il nous reste un drôle de goût dans la bouche. Une forme de malaise indéfinissable à l’égard d’une société capable de comparer Jean-Pierre Treiber à un Robin des Bois moderne, Tony Musulin à Arsène Lupin et Thierry Henry au sauveur de la nation.

            André Soleau

           

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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /2009 11:06

Autrefois, les professionnels de la publicité s’attachaient à convaincre. Les plus anciens se souviennent sans doute de ces messages interminables, délivrés sur les ondes de cette chère TSF ou dans les salles de cinéma, notamment sous la signature de Jean Mineur.

            Avec l’avènement de la société de consommation, les structures se professionnalisèrent. L’arrivée de la télévision et la constitution de grands groupes spécialisés dans l’affichage urbain consacrèrent le règne de l’image. La publicité se débarrassa des fioritures et le slogan remplaça les scénarii trop élaborés. Nous étions alors dans l’ère de la séduction.

            L’évolution naturelle, due en particulier au besoin vital d’une marque d’exister parmi les millions de spots diffusés chaque jour dans le monde,  affina encore la démarche. Les hommes de marketing apparurent et avec eux la nécessité d’anticiper les besoins du consommateur, de l’inscrire dans une communauté baptisée tribu et qui n’est rien d’autre qu’un segment de clients adeptes des mêmes produits. Convaincre et séduire ne suffirent plus. Il fallut surprendre, parfois avec des messages décalés comme les célèbres campagnes choc de la marque Benetton.

            Aujourd’hui, Internet et le monde virtuel nous ont fait passer brutalement dans une autre phase, où l’on peut craindre que les règles érigées par le bureau de vérification de la publicité (BVA) et par tous les organismes de contrôle chargés de protéger l’individu volent en éclat. La recherche esthétique, le poids des mots, n’ont plus la même signification. Il faut prioritairement choquer pour être dans le mouvement ! Cela a commencé gentiment par les calendriers dénudés des rugbymen parisiens que l’on avait déjà habillés en rose les jours de match. Puis il y a eu les initiatives individuelles comme celle de Jean Galfione, déambulant dans les rues de Paris, la perche à la main et les fesses à l’air, à la recherche d’un sponsor. Ça se poursuit maintenant par la distribution sauvage d’argent liquide, au pied de la Tour Eiffel, avec l’ambition affichée sans vergogne de faire parler de soi.

            La société Rentabiliweb, à l’origine de cette initiative par le biais de son site Mailorama, a dû annuler en catastrophe l’opération car les choses commençaient à virer au vinaigre. Forcément, sept mille personnes rassemblées sur une place dans l’unique intention d’arracher une liasse de billets de banque à d’autres mains avides représentent un risque avéré d’émeute. Ce qui devait être un évènement s’est transformé en un flop magistral et les gogos abusés ont déchargé leur rancœur sur les vitrines des commerçants proches, sur le mobilier urbain et sur les voitures garées à proximité. Quant aux instigateurs de la manifestation, ils peuvent se frotter les mains. Leur but est atteint. Tous les journaux télévisés ont ouvert sur cette « grande première ».

            Jean-Baptiste Descroix-Vernier, le Pdg de Rentabiliweb est un chef d’entreprise rusé. Son groupe est en pleine expansion. Il s’est fait une spécialité de monétiser l’audience d’internet. Dans un univers où, à l’inverse de la minute de pub télévisée, le champ d’opération est illimité donc difficile à valoriser, il faut bousculer les habitudes et les tabous. La morale ? On s’en arrange. Qu’importe si l’on agite des euros sous le nez de pauvres gens abîmés par la vie et achevés par la crise, dans le même esprit tordu que les jeux du cirque ! Qu’importe si les amendes pour désordre sur la voie publique menacent de tomber ! Le coup est réussi et ne manquera pas de faire des émules parmi d’autres professionnels en quête de notoriété facile.

            Descroix-Vernier est, dit-on, d’une discrétion absolue lorsqu’il ne se défoule pas sur internet. Il vit à Amsterdam, à bord d’une péniche. Pas de voisin, pas de démarchage à domicile, pas de prospectus dans la boîte aux lettres, pas de vagues. Il les réserve aux autres.

            André Soleau

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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 11:12

Certains grands événements historiques sont gravés de manière indélébile dans la mémoire de tous ceux qui les ont vécus, de près ou de loin, comme acteurs ou comme simples spectateurs. Les enfants du baby boum, par exemple, se souviennent exactement de ce qu’ils faisaient au moment précis où ils ont appris l’assassinat de John Kennedy. C’était la mort inacceptable du mythe de la beauté, de la jeunesse, de l’insouciance et de la force. Même chose pour les premiers pas sur la lune ou, plus près de nous, pour les attentats du 11 septembre 2001.

            La majorité des observateurs n’a, en revanche, pas la même perception de la chute du mur de Berlin, il y a vingt ans. Certes, il s’agit d’une date majeure du 20e siècle et les festivités qui entourent la célébration de cet anniversaire en témoignent. Mais si chacun a pris conscience, aujourd’hui, de ce que fut pour le monde et pour la liberté ces plaques de béton arrachées furieusement comme autant de verrues hideuses, il fut moins aisé de comprendre sur l’instant ce qui  se passait réellement à Berlin, ce fameux 9 novembre. Angela Merkel, actuelle chancelière de l’Allemagne réunifiée, elle-même Berlinoise, raconte qu’elle se rendit à l’époque, comme chaque jeudi soir, au sauna avec une amie et but ensuite une bière tranquillement alors que le monde était en train de basculer à quelques centaines de mètres de chez elle.

            Difficile de l’imaginer alors que, quelques mois plus tôt, le vent de réforme qui commençait également à souffler sur la vénérable Chine venait d’être réprimé dans le sang, sur la place Tian Anmen ; que 400.000 soldats de l’armée rouge stationnaient en République démocratique allemande, comme pour mieux rappeler aux éventuels trublions que les insurgés hongrois de 1956 et les instigateurs du printemps de Prague en 1968 étaient eux aussi rentrés dans le rang par la force ; que les Occidentaux, à commencer par la France de Mitterrand et l’Angleterre de Thatcher, s’accommodaient fort bien d’une Allemagne coupée en deux pour un meilleur équilibre de la vieille Europe.

            Un homme avait compris avant tout le monde que le bouillonnement qui agitait insidieusement les structures vieillissantes de l’URSS et qui n’épargnait aucun de ses satellites ne pourrait être très longtemps contenu dans un gant de fer. Qu’il fallait ouvrir très vite les portes et les fenêtres pour évacuer le trop-plein afin de ne pas être emporté par le déchaînement des éléments.  Cet homme, Mikhaïl Gorbatchev, avait assisté à la disparition progressive des hauts cadres du régime, tous victimes des outrages du temps. Le pays n’était pas en meilleur état que ses dirigeants. L’économie était à bout de souffle et ne pouvait plus suivre la course aux armements imposée par l’administration Reagan. Les voisins, qu’il s’agisse du Roumain Ceaucescu,  de l’Allemand de l’Est Erich Honecker ou du Polonais Jaruzelski ressemblaient à des momies figées dans un passé décomposé.

            La politique de transparence (glasnost) et les efforts de restructuration (perestroika) étaient autant d’efforts méritoires mais désespérés pour tenter d’empêcher le mouvement de l’Histoire. Gorbatchev est arrivé trop tard pour sauver ce qui pouvait l’être d’un régime obsolète. Il a été lui-même victime du changement en profondeur qu’il avait enclenché et qui allait aboutir non seulement à la chute du mur mais aussi à l’implosion de l’URSS et des démocraties populaires du bloc de l’Est.

            Aujourd’hui, les jeunes qui vont faire la fête sur les restes de ce qui incarna l’apogée de la guerre froide, auront beaucoup de peine à comprendre la portée du message envoyé cette nuit du 9 novembre 1989. Pour l’essentiel, ils n’ont qu’une vague idée de ce que fut la vie du temps des barbelés, des miradors et des vopos. A l’heure d’Internet et de la suppression virtuelle mais immédiate des frontières, comment imaginer que des esprits pervers aient pu couper en deux un pays, une culture, une famille. Le mur de Berlin n’était rien d’autre qu’une cicatrice hors du temps, née d’une agonie, celle d’une Europe de violence emportée dans la folie d’Hitler, et effacée par une autre agonie, celle d’un bloc soviétique trop longtemps nourri aux méthodes staliniennes. C’est pourquoi cette fête du peuple allemand est un peu celle de l’humanité tout entière.

            André Soleau

Par SOLEAU
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 20:39

Le renvoi de Jacques Chirac en correctionnelle pour « détournements de fonds publics » et « abus de confiance » paraît logique dans la mesure où cette menace pesait au-dessus de sa tête depuis de nombreuses années. Seule l’immunité dont il bénéficiait en qualité de président de la République l’avait protégé de l’insistante curiosité de tous ceux qui avaient eu à traiter, de près ou de loin, de l’affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. En quittant l’Elysée, Chirac redevenait un citoyen ordinaire, donc susceptible d’être rattrapé par la justice. C’est ce qui s’est passé avec l’ordonnance de la juge Xavière Simeoni, à la grande satisfaction des partisans d’une démocratie juste.

            Pourquoi, dans ces conditions, cette information laisse-t-elle un drôle de goût dans la bouche, mélange confus de gêne et d’incompréhension? Le fait que l’intéressé se soit retiré de la vie politique et qu’il soit devenu, paradoxalement, l’homme politique le plus populaire du pays peut expliquer en partie la réaction mitigée de ses compatriotes.  A soixante seize ans, beaucoup considèrent qu’il a bien mérité de la patrie et gagné ses galons de paisible retraité. Mais d’autres éléments entrent en ligne de compte.

            Ce procès, avant d’être celui d’un homme ou d’un système, est celui d’une époque, antérieure à la loi sur le financement des partis politiques. En ces temps bénis pour les adeptes du système D, la justice ne s’intéressait que de loin aux pratiques de nos élus. A gauche comme à droite, chacun avait sa méthode personnelle pour faire rentrer l’argent dans les caisses. Tout reposait sur un échange de bons procédés : l’embauche d’un proche pour services rendus à la collectivité, l’octroi d’un marché public à un généreux donateur… On qualifiait ces pratiques de débrouille plutôt que de magouille ; les juristes, eux, les requalifient aujourd’hui d’abus de confiance ou de détournements de fonds publics. Dans le privé, on n’opérait pas autrement et nombre de chefs d’entreprise d’il y a vingt ou trente ans seraient poursuivis, dans les mêmes conditions, pour abus de biens sociaux. En caricaturant à l’extrême, on pourrait presque imaginer un jeune juge rouvrir le dossier de la collaboration pendant la seconde guerre mondiale.

            Deuxième observation, la succession de « coïncidences » qui frappe tous les anciens du camp Chirac. Pasqua, de Villepin, Roussin, Chardon, Pandraud après Juppé, Tibéri, Robert Galley et tant d’autres…comme si l’on avait voulu faire un nettoyage au karcher après l’étouffante omniprésence de feu le  RPR et de ses barons sur la droite française, pendant un quart de siècle. Tout cela donne la fâcheuse impression de tirer sur une ambulance depuis longtemps promise à la casse.

            Enfin, il faut bien évoquer les enjeux du procès. D’un côté vingt et un emplois fictifs comptabilisés (la mairie de Paris en compte des dizaines de milliers), un non lieu demandé par le parquet, des faits datant de vingt ans et un prévenu qui, à bientôt 80 ans, n’est plus concerné par une éventuelle sanction d’inéligibilité. De l’autre, un ancien président sur le banc des accusés, pour la première fois dans l’histoire de la cinquième République, et une aubaine pour le Front national qui ne va  pas manquer d’entonner son habituel refrain du « tous pourris ! ». On a beau aimer la justice…

            André Soleau

Par André SOLEAU
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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /2009 11:26

Jean Sarkozy est la photocopie de son père. Dans ses mimiques, dans ses intonations, dans sa manière d’interpeller son interlocuteur, il fait irrésistiblement penser au président de la République. Endimanché et cravaté, de fines montures de lunettes sur le nez, le cheveu court et bien peigné, il avait incontestablement soigné son look l’autre soir, sur le plateau de France 2, histoire de faire oublier son jeune âge. Histoire aussi de prendre rendez-vous avec ses détracteurs dans un futur proche.

            Jean, à l’évidence, reviendra. Comme Nicolas, détruit après le camouflet Balladur de 1995, et qui parvint à se reconstruire à la force du poignet, persuadé de son destin élyséen. Seul ou presque, le rouge de la trahison tatoué sur son front, le futur heureux élu de 2007 avait dû apprendre, de force, les vertus de la patience et de l’humilité. Le même chemin escarpé se présente à sa progéniture, elle aussi victime du pêché de gourmandise.

            Les deux sont des bêtes politiques. Ils ont simplement oublié que le bon peuple n’était pas prêt à avaler toutes les couleuvres, surtout en période de crise et donc de restrictions. Lorsque les temps sont durs, lorsqu’on vous explique à longueur d’antenne que les lendemains seront encore plus contraignants, le réflexe de survie exige que l’on se raccroche aux valeurs et à l’exemplarité. Rien n’est pire que le sentiment d’injustice. L’Histoire de France, avec un grand H, nous rappelle combien nos rois et nos gouvernants auraient pu éviter la colère de la rue avec un peu plus d’écoute et d’humilité. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas des mots sortis par hasard d’une marmite bouillante.

            S’il y a un enseignement à tirer de cette histoire alambiquée, c’est bien que le pouvoir isole. Conseillers du château, ministres ou proches, nul n’a voulu ou osé s’opposer à ce projet de mainmise sur l’Epad par le seul fait du prince. Jean et Nicolas n’ont pas entendu les murmures de réprobation parce qu’il s’agissait précisément de chuchotis et que chacun des courtisans avait quelque chose à perdre à se montrer trop audacieux ou trop indiscipliné. Rama Yade a bien tenté timidement de faire entendre sa différence mais elle a dû faire rapidement marche arrière. Elle paiera un jour ou l’autre son impertinence.

            Au bout du compte, la famille Sarkozy s’est discréditée aux yeux de l’opinion publique mais aussi à l’étranger. Nous qui aimons jouer les donneurs de leçon à l’extérieur de nos frontières, railler Berlusconi en Italie, stigmatiser le régime chinois ou pourfendre les républiques bananières, avons été, à notre tour, brocardés par la presse internationale. La leçon devra être méditée. Non seulement par Sarkozy mais aussi par l’ensemble de la classe politique. La société de l’information, celle du 21e siècle, peut devenir aussi la société du refus. Refus des sphères d’influence, refus des passe-droits, refus des pots de vin, refus des réseaux, refus de la corruption, bref refus de tout ce qui servit, pendant tant de décennies, de points de repères commodes aux enragés du pouvoir.

            André Soleau

Par André SOLEAU
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Blog notes

 

La face obscure de Dany Boon
L’autre jour, sur les ondes d’une radio périphérique, Dany Boon répondait aux questions de Christophe Hondelatte à propos de son nouveau spectacle intitulé « Trop stylé » et d’une critique jugée sévère dans Nord Eclair. Après avoir confondu Nord Matin et Nord Eclair (« De toute manière, c’est la même chose » dira l’un d’eux), Dany Boon perdit subitement tout sens de l’humour en évoquant, cette fois, La Voix du Nord : « Ce n’est pas la première fois que je suis attaqué par les médias régionaux. Je peux même vous citer de mémoire un extrait du papier d’un journaliste de La Voix du Nord qui a couvert la sortie du film « Bienvenue chez les ch’tis ». Il a écrit : « Le Nord est à Dany Boon ce que St Tropez est à Max Pégas ! Pégas réalisait des films érotiques de série Z dans les années 80 ». Et il enchaîna : « Ce journaliste n’était plus très à l’aise quand mon film a dépassé les vingt millions d’entrées… Aujourd’hui, je suis entré dans une nouvelle dimension grâce au succès. Ce genre de critique ne m’atteint plus.»

            Revenons au journaliste de Nord Eclair incriminé. Il avait simplement pris la peine d’aller voir le one man show de notre humoriste préféré, à Bruxelles, avant ses représentations données au théâtre Sébastopol de Lille, histoire d’étayer son papier ce qui témoigne d’un professionnalisme non discutable. Pas convaincu, il avait décrit un spectacle inabouti, hésitant, sans surprise majeure. Résultat, il fut interdit d’entrée lors des représentations données à Lille.

            Cet incident témoigne des difficultés d’un artiste, quel qu’il soit, à accepter d’être égratigné, surtout lorsqu’il a été installé très vite (trop vite ?) sur un piédestal. La presse régionale, contrairement aux allégations de Dany Boon, n’a fait qu’encenser l’enfant du pays. Le matraquage sans nuance qui accompagna la sortie de « Bienvenue chez les Ch’tis » ressembla plutôt à un plébiscite et les rares, très rares voix discordantes furent considérées comme blasphématoires. Il est vrai que chaque apparition de l’homme aux oreilles décollées à la une du quotidien fait vendre plusieurs milliers d’exemplaires supplémentaires, ce qui peut expliquer une certaine mansuétude voire une complaisance certaine.

            Dany Boon n’est pas Dieu et les saintes écritures n’ont pas été traduites en ch’ti. Les journalistes ont non seulement le droit mais le devoir d’informer, au risque parfois de déplaire. Habitué à un autre traitement, l’humoriste d’Armentières a simplement confondu l’information et la communication. A son crédit, on relèvera qu’il y a eu trop souvent matière à confusion dans cette quête obsessionnelle de record d’entrées du cinéma français.

            Les choses vont bien évidemment rentrer dans l’ordre. Chacun y a intérêt. Et cela aidera peut-être Dany Boon à quitter cette « nouvelle dimension », pour redescendre sur terre.

            A.S




Le Val Joly

(Suite)

        Un autre exemple des difficultés que connaît le Val Joly tant dans la conception du projet d’aménagement que dans la gestion au quotidien : la halte garderie. Trois personnes sont chargées d’accueillir et de veiller sur les petits. Hélas, une seule petite fille est actuellement inscrite régulièrement dans les effectifs ce qui,  on en conviendra, apparaît quelque peu insolite. D’autant que malgré la période estivale particulièrement propice à l’évasion cette année, quatre boutiques ferment leurs portes pour manque de fréquentation et que les locations des cottages sont actuellement soldées jusqu’à moins 60%.

        Et dire que l’on entre dans la période hivernale.


 
Affaire Polanski

 

            Le moins que l’on puisse dire est que l’arrestation surprise de Roman Polanski en Suisse n’est pas passée inaperçue. C’est un véritable séisme qui secoue le monde politique et cinématographique et qui se propage sur tout le territoire grâce à de puissants relais médiatiques.

            Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, a évoqué « une affaire épouvantable et une Amérique qui fait peur », laissant entendre que le président Sarkozy en personne suivait de près ce dossier. Son illustre prédécesseur, Jack Lang, a réagi de manière aussi vigoureuse en dénonçant un « acte inimaginable et disproportionné » et Bernard Kouchner a qualifié la chose de « sinistre ».

            Le 7ème Art n’est pas en reste. Une pétition circule pour exiger la libération immédiate de Polanski. Elle a été notamment signée par Jeanne Moreau, Pedro Almodovar, Wim Wenders ou encore Claude Lanzmann. D’autres s’insurgent contre un « lynchage judiciaire ».

            Cette indignation collective est troublante dans la mesure où elle cède à l’émotion, sans le moindre recul vis-à-vis d’un dossier extrêmement complexe. Rappelons que Roman Polanski fait l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par les Etats-Unis pour une sordide affaire de viol sur mineure de 13 ans, il y a plus de trente ans. Il aurait en effet abusé de Samantha Geimer après l’avoir droguée. Il s’est enfui en France avant son jugement et aurait trouvé récemment un arrangement financier avec sa victime.

            Compte tenu du temps passé depuis les faits, de la personnalité de son auteur, on peut effectivement comprendre l’onde de choc provoquée par cette arrestation. Mais la gravité de l’acte d’accusation devrait inciter nos politiques à plus de retenue. Le talent dispense-t-il de toute responsabilité, y compris judiciaire ? Quid de la victime durant toutes ces années où la frustration due à une fuite et à l’absence de procès s’est ajoutée au traumatisme subi ? Ce sont des questions de vie, pas de cinéma.

            A.S



Les sales gosses

 

        A ma gauche, un combat de femmes qui oppose Martine Aubry et Ségolène Royal sur fond de magouilles, tricheries, arnaques et trahisons, pour reprendre quelques expressions sans nuance des auteurs d’un livre choc sur la cuisine interne du Parti socialiste. La première nommée aurait « volé » sa victoire lors de l’élection au poste de Premier secrétaire du PS, par le biais d’un détournement de bulletins réalisé par quelques uns de ses partisans.

        A ma droite, un combat d’hommes où tous les coups semblent permis entre Nicolas Sarkozy, Président de la République en fonction, et Dominique de Villepin, un ancien Premier ministre de Jacques Chirac. C’est le fameux procès Clearstream qui promet son pesant de révélations sur les coups tordus que peuvent s’administrer d’anciens amis du même parti et du même gouvernement.

        Au centre, des millions de Français de tous bords et de toutes conditions qui croyaient naïvement que les élus de la nation, surtout à un tel niveau de responsabilités, avaient pour seule préoccupation le bien-être de leurs concitoyens, surtout en période de crise, de poussée du chômage et de tension sociale. Ceux-là découvrent avec effarement que le pouvoir ne rend pas seulement fou. Il rapetisse.

Tornade à Hautmont

 

        Une association Solidarité Avesnois a été créée au lendemain de la tornade qui a frappé le Bassin de la Sambre et plus particulièrement les villes de Hautmont, Maubeuge, Boussières sur Sambre et Neuf Mesnil. Parrainée par Dany Boon elle compte de nombreuses personnalités de la région dans ses rangs dont Guy Marseguerra, président, Emmaunel Riglaire, trésorier et les deux secrétaires Jean-Marie Leblanc et moi-même. L'objectif est d'organiser différentes manifestions, sportives, culturelles  ou autres afin de recueillir suffisamment de fonds pour aider les sinistrés. Plusieurs centaines de familles sont aujourd'hui recensées parmi les victimes de cette catastrophe et leur situation, à l'approche de l'hiver, est extrêmement précaire.  

         Vous pouvez, vous aussi, nous aider dans cette démarche de solidarité par un don au nom de l'association "Solidarité Avesnois", BP200 59002 Lille Cedex.

La totalité des sommes perçues sera reversée aux familles par le biais de notre partenaire direct, la CAF.

         D'avance, merci.

 

Domenech maintenu

 

         Raymond Domenech a été reconnu responsable de la faillite des Bleus lors de l’Euro 2008. Il lui a été reproché de n’avoir pas su réaliser l’osmose entre les jeunes et les anciens et de s’être montré beaucoup trop frileux dans ses schémas tactiques, notamment lors du match contre la Roumanie. Sa communication a été jugée désastreuse et il est le principal artisan de la dégradation de l’image de l’équipe de France, recroquevillée non seulement sur le terrain mais aussi dans son hôtel, transformé en blockhaus. On ne parle même pas de sa demande en mariage, lancée à l’heure de l’enterrement du projet sportif, qui a achevé de le discréditer auprès des supporters.

         Conséquence ?... Il est maintenu à son poste. Voilà en gros le résultat du conclave organisé par les plus hautes instances du football national, chargées de faire toute la lumière sur le plus beau fiasco de l’année.

         N’importe quel patron d’une entreprise privée aurait été débarqué après un tel constat, équivalent à une faute lourde. Une majorité aurait démissionné avant même le verdict afin d’éviter l’infamie. Il faut croire que le monde du ballon rond n’obéit pas à ces règles même si l’on a pu croire que les salaires, généreusement distribués depuis quelques années, avaient imposé la disparition de l’amateurisme et du bénévolat au profit de l’obligation  de résultats.

         Raymond la science repart ainsi pour une nouvelle aventure, avec ses blagues de potache attardé et ses séances de tableau  noir aussi claires que ses jeux de mots. Sur le terrain, il traînait une réputation de défenseur rugueux, dur sur l’homme, sans imagination. Sur le banc, il n’a jamais rien gagné, hormis un contrat juteux et un joli pactole. Mais, selon les explications embarrassées des vénérables représentants du football appelés à se pencher sur son cas, la crainte de casser la dynamique de l’équipe a été déterminante à un moment où les éliminatoires de la Coupe du Monde se profilent.

         Quelle dynamique ?

A.S.

      

 

 

  Jeux Olympiques

 

        Le dalaï Lama a affirmé à de nombreuses reprises son opposition à toute forme de boycott des Jeux Olympiques de Pékin. Considérant que le peuple chinois, par son histoire, mérite d’accueillir l’événement, il a aussi déploré la violence des manifestations qui ont accompagné le passage de la flamme et revendiqué le dialogue entre les deux camps pour tenter de dénouer la crise.

        On aimerait que les partisans d’une ligne plus dure fassent preuve de la même retenue lorsqu’il s’agit de défendre leurs idées. Le spectacle montré à Londres et plus encore à Paris avec des échanges de coups entre forces de l’ordre et protestataires,  des athlètes insultés durant leur relais, des organisateurs désemparés, n’a guère servi la cause des droits de l’homme. Robert Ménard et ses amis de Reporters sans frontières étaient assez fiers de leur opération commando, aidés en cela par des groupuscules altermondialistes et quelques professionnels de l’agitation urbaine. Il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser.

         Les Chinois ont quitté la France avec le sentiment conforté que la démocratie telle qu’on la pratique chez nous conduit à l’anarchie et qu’appliquée chez eux, elle mettrait en péril la pérennité du régime. En 1993, alors que j’effectuais un voyage d’études à Pékin et dans d’autres grandes villes du pays, j’avais interrogé mes interlocuteurs sur la liberté telle qu’on la conçoit chez nous. Ils m’avaient répondu approximativement ceci : « Pensez vous pouvoir comparer nos deux peuples. Nous sommes plus d’un milliard et s’il n’y avait pas un minimum d’encadrement, nous serions balayés par un raz-de-marée, en un éclair. Il est par exemple inimaginable que l’on puisse tolérer, comme chez vous, un tel pourcentage de la population au chômage. Nous devons les occuper avec de petits boulots afin d’éviter les émeutes. »

         Sans évidemment cautionner la politique répressive et plus encore les exactions commises au Tibet, on peut quand même s’interroger sur cette fâcheuse manie, des pays occidentaux, à vouloir imposer une vision unilatérale de la démocratie, partout dans le monde. On a pourtant constaté en Irak que cette approche réductrice des choses pouvait provoquer des effets désastreux. La population chinoise s’appuie sur une culture millénaire. On peut lui faire confiance pour trouver d'elle-même,  avec la croissance économique, les clés de l’épanouissement individuel...et de la revendicaiton. 

A.S

   

 

 

 Un scoop curieux

 

             Nicolas Sarkozy a déposé plainte contre le Nouvel Observateur qui a laissé entendre, dans un article sur son site internet, que le président de la République aurait envoyé un texto à son ex, Cécilia, quelques jours avant son mariage avec Carla Bruni. Il serait rédigé comme suit :

« Si tu reviens, j’annule tout »

            L’auteur du papier rappelle au passage tous les faits qui tendent à démontrer l’influence toujours exercée par Cécilia sur Nicolas: une bague identique offerte aux deux femmes, un voyage à Pétra, en Jordanie, pour Carla, là où Robert Attias avait accompagné pour la première fois l’ancienne épouse etc…

            Le Nouvel Obs. aura beaucoup de peine à justifier la réalité de ce SMS. Seule Cécilia Sarkozy pourrait en confirmer l’existence, ce qui paraît plus qu’improbable. Cette affaire illustre, au besoin, l’impérieuse nécessité pour les journalistes de ne pas céder à la tentation du scoop facile que les supports d’aujourd’hui favorisent dangereusement. Vérifier l’information, la valider restent des actes incontournables de la profession.

            Mais le plus troublant dans cette curieuse histoire, c’est que le responsable de cette « révélation » ne passe pas pour un joyeux original dans le métier. C’est un homme d’expérience qui connaît toutes les ficelles. Ce qui ajoute à notre perplexité.

A.S

 


Rendez-vous manqué


             L’équipe de France de Bernard Laporte ne sera jamais championne du monde. Ce n’est que justice. Le « sélectionneur-homme d’affaires-secrétaire d’Etat » a disposé de quatre années pleines pour préparer ce rendez-vous avec l’Histoire. Quatre années pleines pour choisir ses hommes, modeler son groupe, définir un style, élaborer une stratégie. 

            Au bout du compte, le jour de l’examen, il a copié sur ses voisins ou plutôt sur ses adversaires. La chance l’a accompagné contre les All Blacks. Elle lui a tourné le dos contre les Anglais.On ne renie pas impunément ses origines.

            Le quinze d’Ovalie a toujours pratiqué un rugby champagne fait de spontanéité et d’improvisations. Celui de Laporte, fort de sa montagne de muscles, a voulu imiter le bœuf de la fable. Il n’a pas joué à la main, il a déjoué au pied. Et dans cet exercice, les sujets de sa gracieuse majesté sont meilleurs que nous. Les grands coups de bottes, ils connaissent. C’est même une seconde nature. En s’évertuant à utiliser les mêmes armes, on a juste fait tout un peu moins bien. Et le génie de Wilkinson a apporté le reste. C'est-à-dire l’élimination frustrante des Bleus.

            Souhaitons au prochain patron de revenir aux fondamentaux, selon l’expression consacrée. Et à Bernard Laporte de se montrer  un peu plus créatif dans sa nouvelle vie.

A.S

           

           

 

 

De l’art du mensonge

 

        Ségolène Royal avait ému la France profonde durant la campagne présidentielle en révélant avec des trémolos dans la voix son rêve secret d’un mariage, dans le cadre paradisiaque de Tahiti. On l’imaginait déjà au bras de son cher François, suivi des quatre enfants du couple, du bonheur plein les yeux. Les violons en fond sonore, les militants du parti pour la claque et l’Elysée en guise de nid douillet. 

        Patatras ! La carte postale n’a duré que le temps du dépouillement des bulletins de vote. Sitôt la défaite consommée, on a rangé les cotillons et les tenues de soirée pour s’habiller d’un quotidien beaucoup plus banal : « tu m’as trompée, je te quitte. »

        Pourquoi nous avoir fait croire à un conte de fées pour midinettes au cœur de cristal alors que la lassitude avait déjà provoqué des dégâts irréparables dans leur relation ? Parce que les militants avaient besoin de s’identifier à une candidate romantique et sincère, décalée par rapport à ce monde de brutes. Qui n’a pas rêvé de dire oui au pied d’une mer turquoise et à l’ombre des cocotiers ? On a ainsi distribué du rêve à bon marché. 

       Ségolène a mis fin elle-même à la supercherie en révélant, au passage, l’infidélité de son compagnon. Le rôle de femme bafouée permettra de gommer plus facilement ce mensonge électoral. 

       Jean-Louis Borloo, à l’inverse, a choisi de dire la vérité en révélant avant l’heure et surtout entre les deux tours des législatives, le projet du gouvernement sur la fameuse TVA sociale. Re-Patatras ! Ses amis le désignent aujourd’hui comme le principal responsable des mauvais scores infligés à la majorité, dimanche. Certains battus ont même la dent très dure pour l’ancien avocat, accusé de diarrhée verbale. 

       Qu’avait-il besoin, selon eux, de fournir des armes aux adversaires en évoquant une réforme soigneusement enfouie dans les cartons, à l’abrides regards indiscrets ? Juppé y a laissé son poste ministériel et peut-être même ses dernières illusions. 

       Bref, pas facile, en politique, de choisir le mot juste au moment opportun. Comme disait un sage : « Un mensonge n’est souvent qu’une vérité qui se trompe de date. » Et vice versa…

 

A.S

 

 

 

BILLET

 

 

  « Complément d’enquête », excellente émission présentée par l’ancien nordiste Benoït Duquesne, était consacrée cette semaine au patrimoine des candidats à l’élection présidentielle. Les journalistes n’avaient pas lésiné sur les moyens pour dénicher la résidence secondaire sous-évaluée par tel candidat (ou candidate), les travaux sous facturés par un promoteur généreux ou le patrimoine dissimulé derrière la façade légale et bio d’exploitant agricole.

    Mais là n’était pas l’essentiel. La constante des reportages reposait sur les témoignages embarrassés des uns et des autres, confrontés au zoom indiscret d’une caméra chargée de pénétrer au fin fond du bas de laine. Et chacun de s’évertuer à minorer son pécule avec des accents de sincérité à faire pleurer dans les chaumières des érémistes les plus endurcis. « Moi je dispose d’une vieille Clio fatiguée et de quelques euros à la Caisse d’Epargne… » - « Et moi, d’un petit studio à tout faire en banlieue… » - « Et moi, d’une vieille baraque héritée de mes pauvres parents… » On se serait cru chez les Don Quichotte, en face du parvis de l’église Saint-Maurice.

    Dans ce hit parade du plus démuni, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Jean-Marie le Pen se révélèrent les plus mauvais élèves, comme le fit remarquer le commentaire, puisqu’ils furent tous trois pris en flagrant délit d’assujettissement à l’ISF. Scandale.

    J’avoue ne pas toujours bien comprendre le but de la démonstration dans ces émissions de grand déballage public. En bon électeur moyen, je serais plutôt enclin, au moment de glisser le nom de mon favori dans l’urne, à choisir celui qui me paraît le plus apte à gérer le pays. C'est-à-dire celui qui s’appuie sur un parcours réussi, sur une progression sociale harmonieuse, sur des succès indiscutables. Puisqu’il me faut confier l’argent de ma contribution citoyenne à l’Etat, autant que l’homme qui l’incarne soit capable de le faire fructifier.

    Mais il faut croire que chez les politiques, ces règles élémentaires n’ont pas cours. Il est de bon ton, au contraire, de partager la misère, de s’habiller d’indigence, d’être solidaire dans le dénuement. La France est morose, alors cachons nos joies perverses ! Quitte à diaboliser le sage Confucius qui écrivait : « quand les riches maigrissent, les pauvres crèvent. »

 

André Soleau

 

 

 

BILLET

 

Jacques Chirac va quitter la scène politique pour entrer de plain-pied dans l’Histoire. La retenue dont fait preuve une majorité de ses ex-adversaires, à l’heure de commenter son départ, démontre au besoin qu’il n’appartient déjà plus au monde des actifs. Issue prévisible mais cruelle pour un homme qui a consacré quarante années de sa vie à lutter pour ses convictions et qui aurait sans doute aimé prolonger son bail à l’Elysée si ses amis ne s’étaient pas volatilisés un à un, ces derniers mois, à la recherche d’une nouvelle locomotive.

Le successeur de Mitterrand a fait le bonheur des humoristes. Son image fut longtemps celle d’un grand benêt, emprunté devant les caméras de télévision, peu cultivé et mal entouré. Les clichés furent sans pitié. La chope à la main, la tête de veau dans l’assiette, on le croquait volontiers béat d’admiration devant le cul des vaches ou celui des sumos. Et l’on ne compte plus ses bourdes abracadabrantesques, de la dissolution de l’assemblée au rejet de la constitution européenne.

Ajoutez à cela une pincée de trahison à l’égard de Giscard, un zeste d’affaires douteuses à la mairie de Paris, un soupçon de dépenses somptuaires au château et quelques aventures galantes ici ou là et tout est dit.

Ce portrait au vitriol se patinera avec le temps. Les traits s’atténueront et certains se risqueront à rappeler sa passion pour les arts premiers, sa lutte sans merci contre le racisme et les partis extrémistes, son engagement pour la grande bataille écologique qui s’annonce, son affection affichée pour les pays en voie de développement et bien entendu son audace pour envoyer paître Bush et sa croisade en Irak.

Plus tard encore, d’autres loueront son courage d’avoir mis l’état français à l’index pour sa responsabilité directe dans la déportation des juifs, en 1940, et même ses compétences en matière de réformes après avoir été le premier à inverser la courbe du chômage.

Où est la vérité ? Elle se situe bien souvent à mi-chemin entre le présent et l’avenir. Elle est « fille du temps ».

 

 André Soleau

 

 

Vente

 

Le livre "La Voix du Nord - La grande braderie" est en vente dans toutes les bonnes librairies ainsi que sur commande, chez l'Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris.

(http://www.editions-harmattan.fr)

 

La librairie Au Passe-Temps d'Avesnes-sur-Helpe continue elle aussi à assurer la promotion du livre qui est désormais  en vente à Auchan..

 

Revue de presse

 

Les Echos - jeudi 14 décembre 2006.

Idées

« LA VOIX DU NORD » - LA GRANDE BRADERIE

 

Perte d'identité d'un quotidien

 

Les multiples tractations qui, au fil des OPA, ont abouti à la grande braderie de « La Voix du Nord ».

Ce livre passionnant revient sur les turbulences qui, depuis 1998, ont vu « La Voix du Nord » changer quatre fois de mains. André Soleau, son directeur jusqu'en janvier 2005, quand il préféra quitter son poste car il « ne se reconnaissait plus dans ce qu'on était en train de faire de cette entreprise », y révèle les turpitudes qui ont secoué le quotidien depuis vingt ans. Une première OPA menée en 1988 par trois hommes d'affaires lillois conduit à un rachat de l'entreprise par ses salariés l'année suivante et à la constitution du holding VNI (Voix du Nord Investissement), dont un petit noyau de cadres détient la majorité du capital. Un capital mal verrouillé qui sera, dix ans plus tard, l'objet d'une deuxième OPA de la part d'un actionnaire minoritaire, administrateur, qui, victime d'une vexation, en fera une vraie croisade. La Socpresse fait très vite de cet actionnaire un cheval de Troie pour s'emparer du journal. Yves de Chaisemartin, devenu PDG du groupe Hersant, utilise le paravent du groupe belge Rossel - où la Socpresse détient alors 40 % du capital - pour devenir en 1998 l'actionnaire de référence de VNI. La Socpresse, qui sort du bois en 2000, est ensuite rachetée par Serge Dassault, qui reste un an propriétaire de « La Voix du Nord ». Avant de revendre le groupe à... Rossel. Retour à la case départ. Mais jusqu'à quand ?, s'interroge André Soleau. On apprend ainsi, au détour des pages, que Michel Nozières, l'actuel président du journal et du groupe, et Yves de Chaisemartin, n'auraient pas renoncé à récupérer les morceaux de l'empire Socpresse. « L'avenir dira si cette hypothèse ne se vérifie pas un jour », confie aux « Echos » l'auteur du livre.

 

Un homme déçu

 

Par cet ouvrage, il a voulu relater « comment on est arrivé à la perte d'indépendance du journal, de son âme et de son identité ». Personne n'est épargné : ni les ex-dirigeants, ni les actuels, ni les syndicats, incapables de « se remettre en question ». Il raconte les tractations menées ces dernières années par des hommes « plus avides de pouvoir que de bien pour le journal ».

Ce livre est aussi l'histoire d'un homme, déçu et blessé par la trahison de certains de ses collaborateurs, mais également celle d'une belle ascension sociale. Entré en 1972 comme employé pour vendre des encarts de publicité pour la locale d'Avesnes-sur-Helpe, André Soleau se retrouve, trente ans plus tard, en 1995, directeur du journal. Entre temps, il a été localier, journaliste sportif, chef du service des sports et rédacteur en chef. Son seul regret aujourd'hui est d'avoir contribué avec les autres dirigeants à laisser fuir la mémoire du journal au cours des quatre clauses de cession qui ont vu partir 170 journalistes. De même déplore-t-il que le conseil de surveillance et le directoire, dont il faisait partie, « n'aient pas réagi plus fermement face à l'OPA de 1998 », dont découle la situation actuelle : « une grande braderie ».

 

NICOLE BUYSE

 

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Site du club de la presse - 15 décembre 2006

 

André Soleau raconte « la grande braderie » de « La Voix du Nord »

 

A l’occasion de l’ouverture à Lille d’une librairie par l’éditeur L’Harmattan (35, rue Basse), André Soleau y dédicacera mercredi 20 décembre (de 17h à 21h) son livre « La Voix du Nord. La grande braderie », paru au début du mois chez ce même éditeur. André Soleau raconte notamment son parcours au sein du quotidien régional, qui l’a amené du poste d’employé à la publicité dans le secteur de Fourmies à celui de journaliste sportif en 1980, pour devenir ensuite rédacteur en chef de La Voix des Sports, puis de La Voix du Nord, avant d’accéder à la haute direction du journal : directeur général adjoint, directeur général et enfin directeur général du groupe, en 2004. Une fonction éphémère puisqu’André Soleau démissionnait, après négociation, peu de temps après la prise de pouvoir de Serge Dassault dans le groupe Socpresse (ex-groupe Hersant), auquel appartenait alors La Voix du Nord. C’est d’ailleurs une « perte d’indépendance », conséquence de quatre rachats successifs, qu’André Soleau explique vouloir dénoncer dans son ouvrage.

Les propos de l’ancien directeur général du groupe devraient faire grincer quelques dents. Outre les violents emportements de Jean-Louis Prévost, il présente aussi sa version des relations entre la direction du journal et les syndicats, souvent acide pour ces derniers. Il n’est pas tendre non plus envers certains anciens collègues, toujours hauts cadres en poste. Ni sur le cas de Nord Eclair, dont il estime que la survie s’est faite au détriment de moyens financiers propres à La Voix du Nord.

 

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Les Gaillards d'avant - janvier 2007

 

Ancien DG de La Voix,

André Soleau dit sa vérité

  

Depuis décembre « La Voix du Nord : la grande braderie » est le livre de chevet des milieux qui, dans notre région, touchent à la presse… En effet, il est plutôt rare de découvrir la vie d’un journal et de ses acteurs sous la plume de celui qui en fut le patron ! C’est pourtant l’exercice d’André Soleau dans un témoignage qui a le mérite de la rareté. Il avait prévenu : ce livre il y tenait ; aussi l’a-t-il écrit quelques mois seulement après avoir tiré le rideau sur ce qui fut toute sa vie.

Jeunesse passée à Avesnes-sur-Helpe, arrivée (1972) au quotidien comme employé sur route à la pub… lui qui rêvait de journalisme sportif, un but qu’il atteindra huit ans plus tard, à Maubeuge puis à Lille où l’ascenseur social le hissera jusqu’au 5e étage de la Grand’ Place ! Sont donc contées les étapes de cet itinéraire personnel qui se confond avec l’histoire des trente dernières années de l’entreprise. Les anciens retrouveront au fil des chapitres les événements de leur carrière, racontés par André Soleau qui, bien sur, dit sa vérité sur les choses et les hommes qui firent La Voix. Y compris sur ses dirigeants et la plume - parfois scalpel – brosse les portraits sans concession de ceux dont dépendait le destin de l’ex- 3equotidien de France ! Joli gâchis quand on observe ce qu’il advint finalement du fleuron… C’est ce qu’aborde le dernier tiers du livre, les plus douloureuses pages pour l’auteur (qui fera même un grave accident de santé) et pour tous les « Voix du Nord », révoltés que leur journal soit terrassé… sur « tapis vert » seulement par les intrigues financières et les stratégies personnelles.

Reste à André Soleau à confirmer, à 57 ans, cette carrière naissante d’écrivain. Le style est là.

 

Les gaillards d'avant

 

Silence, on ne tourne pas
 
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