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BLOG NOTES

Annie la gouaille

Annie Cordy a été l’une des premières artistes que j’ai pu interviewer au tout début de ma carrière à La Voix du Nord. Les stars de l’époque, qu’il s’agisse des Compagnons de la chanson, Marcel Amont, Tino Rossi vieillissant ou Patrick Sébastien débutant, étaient facilement accessibles et d’une simplicité assez désarmante pour un jeune journaliste.

« Nini la chance » avait quelque chose en plus, la gouaille naturelle, spontanée, permanente. On tombait sous le charme dès les premiers échanges tant sa bonne humeur et son rire communicatif résonnaient dans sa loge. Instants privilégiés, instants bonheur, que l’on conserve en mémoire toute une vie.

On ne le savait pas encore, mais notre petite Belge incarnait la France des années bénies, celle du monde d’avant où tout semblait facile, à portée de main pour peu que l’on sache saisir les opportunités.

Jusqu’au bout, elle aura été fidèle à cette image radieuse et pétillante. Une image que l’on peine à imaginer aujourd’hui figée.

A.S

 

Roselyne

Le retour

Elle avait juré qu'on ne l'y reprendrait plus.

Mais Roselyne Bachelot a été à nouveau touchée par le virus de la politique.

Là voilà ministre de la Culture, elle qui fréquentait les studios de télé et de radio en donnant libre cours à une liberté de ton jugée parfois peu académique. 

A 73 ans, elle se remet en marche au côté du président.

Une nomination aussi surprenante que celle de Dupond-Moretti.

La course au scoop !

La mise en scène de la mort du journaliste russe Arkadi Babtchenko par les services secrets ukrainiens, afin que celui-ci échappe, selon eux, aux tueurs de Poutine lancés à ses trousses, a semé le trouble dans la profession.

Comment en effet cautionner une fausse information, des fake news comme ils disent, avec la complicité d’un Etat et du journaliste lui-même.

Les Ukrainiens ont bien ri du tour joué à la communauté internationale et, bien sûr, à la Russie elle-même.

Il n’est pas sûr, néanmoins, qu’ils sortent gagnants d’une telle opération médiatique laquelle prouve surtout leur capacité à mentir et à utiliser les moyens les plus sordides pour discréditer le régime russe. Poutine aura beau jeu d’utiliser ce faux assassinat pour balayer les autres accusations, notamment celles qui concernent les journalistes russes (plus d’une vingtaine) qui ont été exécutés dans des conditions similaires depuis son arrivée au pouvoir, en 2000.

L’autre enseignement de cette supercherie, c’est cette hystérie collective qui s’empare des réseaux de communication à la moindre rumeur. Les plus grands titres de presse ont relayé l’information partout dans le monde sans prendre la peine de vérifier son authenticité. Dans la bataille des communiqués et des manipulations médiatiques ou électorales qui s’est amplifiée grâce à la sophistication des nouvelles technologies, aucun garde-fou n’a été mis en place. Les groupes de presse continuent de foncer tête baissée au moindre frémissement d’affaire. C’est cher payé le scoop falsifié.

A.S

TELEX

Les organisations syndicales et les représentants du gouvernement chargés de négocier les réformes de la SNCF seraient, paraît-il, proches d'un accord.

Il passe par la reprise d'une partie de la dette abyssale de la société par l'Etat. On parle de 30 à 35 milliards d'euros effacés d'un coup de baguette magique.

Seul regret, le principal intéressé n'est pas à la table des négociations : le contribuable qui a tout juste le droit de sortir la calculette pour chiffrer ce qui va lui tomber sur la tête.

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Autre histoire de sous, plus légère mais aussi agaçante, le radar qui ressort avec les beaux jours, comme les hirondelles. Une amende de 45 euros et un point de permis pour avoir dépassé la vitesse autorisée de 6 km, infraction ramenée à  1 km/h (91 au lieu de 90 !). 

Ce qui est fascinant, c'est cette faculté à extraire un véhicule de la meute qui roule entre Marseille et Lyon (Pierre bénite) pour l'épingler au tableau de chasse du gendarme.

Promis, la prochaine fois j'avale les 1100 km qui séparent Marseille de Lille, le nez rivé sur le tableau de bord. Et tant pis si je ne vois pas le type de devant freiner et si j'ignore les coups de klaxon rageurs du poids-lourds de derrière.

Au fait, ne peut-on mettre un radar au cul des casseurs qui se défoulent à chaque manifestation en laissant des centaines de milliers d'euros à la charge de la collectivité ?

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 Michel Platini a avoué avec un aplomb incroyable qu'il avait magouillé lors du tirage au sort du Mondial 1998 dont il avait pour partie la charge de l'organisation, ceci afin de permettre à la France et au Brésil de ne se rencontrer éventuellement qu'en finale.

Et il jure, dans le même temps, la main sur le cœur, que l'enveloppe que lui a remise Sepp Blatter pour prix de sa collaboration à la FIFA, sans contrat,  s'inscrivait dans un cadre tout à fait légal.

Pas de doute, notre Michel national est plus à l'aise quand il parle avec ses pieds.

 

GAIN DE FOLIE

Prochaines dédicaces

 

Mardi 1er mai

ARRAS

Chapiteaux Grand'Place

17ème salon du livre

De 10 h à 18 h

 

Samedi 14 avril 

Pont-à-Marcq

5ème salon des Arts et des Lettres

Salle Casadesus

de 14 h à 18h30

 

 

Les rebondissements de ces derniers jours, concernant le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, me laissent personnellement perplexe. Et c’est évidemment un euphémisme.

Il s’agit d’abord d’un inextricable dossier administratif comme seule la France peut les inventer. J’avais eu l’occasion de rencontrer l’ancien maire de cette commune de Loire-Atlantique, Louis Cercleron, il y a près d’une vingtaine d’années. Il m’avait conté l’histoire de ces luttes épuisantes entre partisans de l’extension de l’aéroport de Nantes et  ceux qui, à l’inverse, souhaitaient déplacer les nuisances sonores en rase campagne. Lui-même, critiqué et parfois menacé pour ses prises de position, avait baissé les bras après avoir sacrifié sa santé et sa vie familiale. Tout cela pour annoncer un demi-siècle plus tard et après des tonnes d’études amoncelées dans des placards, l’abandon pur et simple du projet.

Il s’agit aussi d’un revirement politique. Le candidat Emmanuel Macron s’était formellement prononcé pour le respect du référendum local qui avait entériné, à une large majorité, la construction du nouveau site. Le président Macron a oublié les promesses de campagne, comme tous ses prédécesseurs. Il a préféré enterrer ses audaces de jeunesse sous une bonne couche de prudence politicienne. Et le fait d’argumenter sur l’héritage laissé par les précédents locataires de l’Elysée indique qu’il a rapidement adopté les codes en vigueur chez les détenteurs du pouvoir.

Il s’agit encore d’un curieux débat puisqu’il a été rarement question des préjudices psychologiques et financiers subis par les populations directement impactées par l’extension de Nantes. Chez les Verts, on a beaucoup argumenté sur les dommages irréversibles causés aux territoires agricoles, à la faune et à la flore environnantes.  Mais les 70.000 habitants priés d’investir  désormais dans des boites de boules Quies n’ont guère retenu l’attention de ces défenseurs de la nature.

De l’extérieur, il est évidemment compliqué de prendre clairement position sur un projet qui a usé cinq décennies d’experts et de décideurs. Les priorités des années 70 ne sont plus celles de 2018, surtout en matière d’environnement. En revanche, il est un droit immuable des démocraties qu’il convient de respecter, c’est l’autorité de l’Etat. Or, entendre certains Zadistes dicter leurs conditions au gouvernement afin de s’approprier des terres qu’ils occupent illégalement est tout bonnement scandaleux. Au journal de France 2, l’un des meneurs a clairement menacé : « Nous allons rouvrir les routes que nous bloquons depuis des années, pendant les négociations, mais nous les refermerons si nous n’obtenons pas satisfaction ! » Les combats du 21ème siècle, en ce sens, ont un goût moyenâgeux.

A.S

Première

dédicace

de l'année

 

Samedi 27 janvier 

de  10h à 19 H

Salon Amopa

Salle du Gymnase de Lille

Entrée libre

 

 

MEILLEURS VŒUX

 

        A TOUS 

 

Sans votre fidélité, ce blog ne serait pas.

Or, il vient de fêter ses 10 ans et, je l'espère,

il continuera à vous divertir, à susciter votre 

curiosité pendant de longues années.

En ce qui me concerne, j'essaierai de ne jamais

me lasser, ne serait-ce qu'en hommage à mon ami

Etienne Desfontaines qui nous a quittés en 2017.

Gardez-vous en bonne santé et vive 2018 !

 

 

GAIN DE FOLIE

(Ed. Les Lumières de Lille)

     André Soleau

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Prochaines dédicaces

Samedi 27 janvier 2018

de  10h à 19 H

Salon Amopa

Salle du Gymnase de Lille

Entrée libre

 

Samedi 3 et Dimanche 4 février

Salon de Mennecy (Essonne) et

Remise du prix littéraire.

 

Samedi 10 février 

Saint-Amand de 15h30 à 19 h

Espace culturel - Centre Leclerc

 

Samedi 17 février

Salon du livre de La Couture

De 10h à 19 h

Entrée libre

 

Samedi 17 mars

Librairie Cultura

De 15 h à 19 h

Route de Roncq

Neuville-en-Ferrain

Vendredi 23 mars

A partir de 20 heures

Médiathèque de

Phalempin

 

Samedi 24 et dimanche 25 mars

Salon du livre de Bondues

De 9 h à 19 h 30

 

Samedi 31 mars

A partir de 10H30 

Librairie La Forge 

Marcq-en-Baroeul

 

Samedi 7 avril

Maubeuge

Librairie Vauban

De 15 h à 19 H

20, Avenue Mabuse

 

Samedi 14 avril 

Pont-à-Marcq

5ème salon des Arts et des Lettres

Salle Casadesus

de 14 h à 18h30

 

 

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Jusqu’à quand ?

 

Emmanuel Macron a une curieuse conception de la solidarité. Son gouvernement décide de baisser de cinq euros les aides personnalisées au logement (APL). Soit ! On pouvait penser que les économies à réaliser pouvaient cibler une autre catégorie de Français que celle des ménages modestes et des étudiants. Cette mesure improvisée n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut, et a entraîné une chute de popularité vertigineuse du président et de son Premier ministre.

En général, lorsque les dirigeants s’aperçoivent de leur erreur, ils rectifient le tir. Pas Emmanuel Macron qui s’en prend aux propriétaires et aux bailleurs sociaux en les exhortant à baisser les loyers, au nom de  la « responsabilité de chacun ». Il se dit surpris du « silence collectif ».

Exiger un effort de solidarité en opposant les locataires aux propriétaires, voilà qui n’est pas banal. Surtout dans un pays où les taxes et impôts divers ont explosé sous le précédent quinquennat, où plus de 50% des foyers sont exemptés de fiscalité directe, où la CSG va augmenter d’1,7 point à partir du 1er janvier 2018, où les retraites sont gelées depuis plusieurs années, tout comme les barèmes des fonctionnaires, où l’ISF, un impôt sur l’impôt, a déjà fait fuir toutes les grandes fortunes du pays, ce qui fait le bonheur de nos voisins.

Pourquoi, dans ces conditions, ne pas obliger les chefs d’entreprise à augmenter d’autant leurs salariés, afin de financer la perte de pouvoir d’achat ? Pourquoi ne pas demander à tous les parlementaires d’abandonner leurs privilèges historiques, dans un souci d’exemplarité ? Pourquoi ne pas plafonner les salaires indécents des stars du football pour financer des actions d’intérêt public ?

Encore une fois, ces déclarations à l’emporte-pièce exhalent une forte odeur d’amateurisme. La France mérite une politique ambitieuse qui s’inspire des réussites étrangères. La croissance se fait sentir partout, le chômage baisse significativement ailleurs et nous continuons  à jouer les autruches, la tête dans nos contradictions et dans nos lacunes.

Jusqu’à quand ?

A.S

 

 

Mieux vaut tard…

Au mois de mai 2006, en visite à New York, j’avais été frappé par une plaque commémorant la visite de Pierre Laval à Broadway, plaque scellée sur la célèbre avenue Manhattan. D’autant plus choquant qu’elle voisinait avec celles de Ben Gourion, le fondateur d’Israël, de Churchill et de De  Gaulle.

Laval, jeune président du Conseil de la Troisième République à cette époque, avait été élu homme de l’année en 1931 par le magazine Times. Rappelons qu’il fut fusillé à la Libération, pour haute trahison, après avoir été l’une des pièces majeures du régime de Vichy, avec Pétain, et l’artisan de la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Difficile de comprendre qu’un hommage aussi prestigieux soit rendu encore de nos jours  à un tel individu, même si l’on peut penser que le New Yorkais est plus habitué à regarder les gratte-ciel que les trottoirs.

J’avais donc écrit au New York Times, à l'AFP ainsi qu’à l’ambassade d’Israël pour m’étonner de cette incohérence scandaleuse.

Lettre restée sans réponse.

Les événements de Charlottesville, en Virginie, ont fait ressurgir les démons du passé à savoir le racisme, la haine et la violence. Elles ont aussi contribué à réveiller les consciences puisque le maire de New York, n’ayant pas de statues d’esclavagistes à déboulonner et songeant à sa réélection, face à une forte communauté juive, a décidé d’enlever la plaque de Laval.

Au passage, il supprimera également celle de Philippe Pétain laquelle datait également de 1931 et rendait hommage au héros de Verdun.

Donald Trump, sans le vouloir, a ainsi réparé  un outrage infligé à l’Histoire.

(Voir ci-dessous, le courrier en question).

A.S

 

 
 
Dear sir,
 
          While visiting my son in New York this week, I was stunned and annoyed to see the name of Pierre Laval glorified on Broadway street . Laval was a prominent figure of the Vichy government in France during WWII, in charge of the anti-Jewish activities during the German occupation. He created the Vichy Milice, the wartime secret police and was acting as the main armed force for the Gestapo. He was executed in 1945.
            His name though, figures today on a commemorative inscription on the Broadway pavement near Wall Street NY, (probably celebrating  his visit in 1931?), about 20 yards away from other commemorative inscriptions including Jesse Owens the man who dared defying Hitler during the Olymplics in 1936. David Ben Gourion’s plaque is some 30 yards away and so are veterans of the US Navy, Churchill, Eisenhower or De Gaulle.
I must admit, putting my foot and then glancing at this dreadful name disturbed me, as it probably disturbs thousands of visitors everyday. How could the country of  Freedom and melting pot, how could the most cosmopolite City in the world praise a former war criminal. I’d like to know the reason.
 
Looking forward to your response,
 
Sincerly yours
 
Andre Soleau
 
 

Une affiche insolite

Cette fois, c’est fait ! Le Brésilien Neymar sera bien la prochaine recrue du Paris-Saint-Germain puisque les 220 millions de la clause libératoire exigée, par Barcelone, pour son transfert, seront acquittés. Ajoutons à cela les 30 millions d’euros nets annuels pour le salaire de la star, les primes versées au père et au joueur et l’on atteint des sommes astronomiques. On évoque un montant total de 700 millions d’euros pour les cinq années de contrat.

Hasard du calendrier, le premier match de championnat du PSG, programmé ce samedi 5 août au Parc-des-Princes, opposera  l’ogre qatari au petit poucet et nouveau promu, Amiens, qui évoluait encore en National lors de la saison 2014-2015.

Autant dire que l’on ne joue pas dans la même cour entre les deux adversaires. Le budget total du club picard, s’élève à…22 millions d’euros ! Les dirigeants pourraient à peine s’acheter quelques orteils de la star brésilienne. Ils viennent par ailleurs de lancer une campagne de financement participatif, auprès de leurs supporters, pour acheter une tribune provisoire de 1500 places, d’une valeur d’environ 100.000 euros sur le marché de l’occasion. Ils ont pour l’instant réuni moins de 10% de l’objectif affiché.

C’est le charme et la glorieuse incertitude du sport, diront les plus optimistes. A Paris on flambe, en Province on compte ses sous. Un constat que l’on pourrait parfois  dresser ailleurs que sur les terrains de foot, non ?

A.S

Adieu Etienne

 

Nous devions déjeuner ensemble le 17 août prochain pour évoquer le futur de notre collaboration et les nouvelles orientations de  notre blog.

 Il débordait d’enthousiasme et d’ambition, évoquait ses projets avec l’excitation d’un jeune reporter. Etienne Desfontaines nous a quittés dans la chaleur d’un mois de juillet incandescent, un peu à son image.

C’était un être délicieux,  toujours à l’écoute des autres, quelqu’un de bienveillant au  sens le plus noble du terme, peu doué pour les polémiques qui peuplent aujourd’hui les réseaux sociaux mais, à l’inverse, curieux de tout, cultivé et profondément attaché à cette région des Hauts-de-France qu’il chérissait.

C’était aussi un correspondant de presse rigoureux même si l’écriture n’aura  été qu’une parenthèse passionnelle dans une carrière professionnelle bien remplie. Il savait trouver le mot juste parce qu’il possédait le vocabulaire de l’âme.

C’était surtout un ami sûr avec lequel une complicité naturelle s’instaurait de manière spontanée. On savait qu’il serait toujours à nos côtés dans les moments les plus compliqués. Sauf aujourd’hui où son absence est terriblement cruelle.

A.S

 

L'opération Dynamo

du  français Jean Vayssouze

 

 

 

Ce sont des histoires perdues. Parce que le temps passe. Parce que la surface de la vie les recouvre d'une pellicule opaque. Et soudain, un évènement surgit. Qui ramène tout, au coeur de la conscience.

 

Christopher Nolan et ses stars accumulent les Unes des medias en ce moment. On évoque l'opération "Dynamo"'. On la raconte à grands coups de plans medias, de vedettes américaines dans les rues de Malo-les-Bains, de montages de figurants et de files interminables de personnages en tissus sur une plage interdite en février à ses promeneurs habituels. Les décors sont impressionnants.. Un avion d'époque passe et repasse dans le ciel. On filme une masse de personnages en uniformes des années 40 soit-disant paniqués, sur une jetée où les estivants vont promener leur chien.

 

Mais tout cela n'a rien à a voir avec la réalité. C'est un film à grand spectacle. Ce n'est qu'un grand "Barnum"  Une machine à faire de l'argent, comme le film de Dany Boon à Bergues. La municipalité de Dunkerque ne s'en cache pas d'ailleurs, qui veut surfer sur le film de Christopher Nolan  pour attirer un maximum de touristes. Et il n'en restera rien, cinq ans, dix ans plus tard. Parce qu'on ne travestit pas la réalité. Parce qu'on ne se sert pas de l'histoire pour créer une émotion, fugace et mercantile.

 

La réalité, moi, je l'ai entendue d'un homme qui  n'avait pas vingt ans au moment des évènements. Il s'appelait Jean Vayssouze. Il avait abouti, allez savoir pourquoi, dans l'industrie du médicament. Il visitait les pharmaciens des hôpitaux du Nord Pas-de-Calais. Je lui ai succédé dans les années 1980. Et il m'a raconté ce qu'il a vécu entre Grande-Synthe et Zuydcoote. L'arrière pays de Dunkerque, il le connaissait sur le bout des doigts. Teteghem : anéantie ! Coudekerque-Branche : des rues jonchées de débris, Leffrinckoucke et Capelle-la-Grande, réduites à néant ! Les maisons abattues, les rues  encombrées de cadavres, les bombardements et l'arrivée des allemands de l'autre côté du canal.... Il m'a tout raconté. Entre deux pharmacies d'hôpitaux.

 

C'est dans cet univers  qu'il a survécu. Sans savoir pourquoi. C'est dans cet enfer qu'il est tombé.Sans savoir ce qui lui arrivait. Et c'est ici, à l'arrière des plages, qu'on lui a ordonné, lui, le français, de tenir bon et de repousser le plus longtemps possible les allemands, pendant que les anglais se mettaient en ligne et montaient dans les bateaux.

 

Jean Vayssouze n'est jamais monté dans un bateau ! Il a été fait prisonnier. On l'a emmené à pied, jusqu'en Allemagne de l'Est. Et il n'est rentré en France, qu'à la toute fin de la guerre. C'était un ami. C'est à lui que je pense, au moment de la sortie du film de Christopher Nolan.

 

Etienne Desfontaines

 

"Gain de folie"

sélectionné

 

 

Communiqué de l'Adan (Association des auteurs du Nord) (Hauts de France)
 
Le comité de lecture chargé de la présélection des cinq nominés pour le Prix ADAN 2017  s'est prononcé.
55 ouvrages présentés, 5 nominés, 50 déçus, mais aucun de ces derniers n'a démérité car il faut du courage pour participer.
Donc, sept mois ont été nécessaires à notre comité de lecture pour lire, relire, hésiter, se concerter et enfin trancher, parfois dans la douleur tant est immense le talent de nos auteurs des Hauts-de-France.
Le principal enseignement que nous tirerons de cette première expérience est que notre territoire est un impressionnant vivier d'écrivains.
Nous remercions tous les auteurs qui ont participé à cette première édition du Prix littéraire de l'ADAN et leur souhaitons de continuer d'assouvir leur passion de l'écriture avec toujours autant de bonheur.
 
Les cinq nominés sont :
- Francis ESSIQUE, avec "Le numéro que vous demandez", chez Ravet-Anceau
- Pierre ZYLAWSKI, avec "J'ai dix ans, mais...", chez Le Riffle
- André SOLEAU, avec Gain de folie, chez Les Lumières de Lille
- Philippe DELANGHE, avec "Le sommeil des nymphes", chez Ravet-Anceau
- Lucien SUEL, avec "Angèle ou le syndrome de wassingue", chez Cours-toujours
 
Le jury souverain qui, à partir de ces cinq nominés, attribuera le Prix du roman de l'ADAN 2017 sera composé d'une sélection de libraires de la région des Hauts-de-France, adhérents de l'association Libr'Aire.
 Le verdict ne sera connu que le 18 novembre à 20 heures, lors de la remise des prix dans une salle lilloise.
 
Pour qu'un Prix littéraire soit crédible, il importe avant tout que le jugement apporté en toute impartialité ne repose que sur les valeurs de l'écriture et de l'intérêt du récit, en l'absence de tout préjugé né de la notoriété de l'auteur. Bien sûr, on ne peut nier la subjectivité attachée à tout jugement humain, mais soyez assurés que les membres du comité de lecture n'auront cédé à aucune pression. Sachez aussi que durant les sept mois consacrés à leurs lectures, ils n'ont pu se livrer à leur occupation préférée, l'écriture ! 
 
Jean-François Zimmermann
Président de l'ADAN, association des auteurs des Hauts-de-France

http://adan5962.e-monsite.com/
Membre de l'AEB, association des écrivains bretons
http://www.jfzimmermann.com
N° téléphone : 03 20 14 04 84
 
Garanti sans virus. www.avast.com

Le trottoir d'à côté

 

 

 

C'est une humeur. Un sentiment qu'on perçoit au coeur de Lille, comme dans toutes les cités de France. "Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..."  La chanson d'Alain Souchon date des années 70. Il y allait de sa voix douce : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." Les évènements de 68 étaient passés par là. Les trente glorieuses battaient pourtant leur plein. L'inflation caracolait. Le moindre investissement prenait dix points en trois jours. Et Valery Giscard d'Estaing soutenait Simone Veil, qui défendait sa loi contre l'avortement. On venait de mettre fin à la guerre du Viêt Nam. La vie était belle. Mais la France s'ennuyait...

 

La rengaine de Souchon est toujours de mise. Nous venons de vivre une épopée électorale. Annonces de candidatures, primaires de droite, primaires écologistes et primaires de gauche, premier tour et second tour de l'élection présidentielle. Nous avons fait table rase du personnel politique. Mais le 7 mai a sonné le glas de notre investissement dans la vie publique. Les législatives ont connu une abstention record. Jusqu'à plus de la moitié des inscrits au second tour. Comme si tout cela n'avait plus d'intérêt.

 

Le nouveau locataire a pris les clefs de l'Elysée ? Parfait. Rendez-vous dans cinq ans ! Nous, nous attendons fin juin, les vacances et la rentrée. Chacun est retourné chez soi. Le désistement et la résignation sont perceptibles. Dans la rue, dans les dîners en ville, dans les entreprises et les fêtes d'écoles. Dans la tête des bacheliers en peine de choisir leur orientation. Dans le porte-monnaie des retraités qui va subir l'augmentation de la CSG sans la moindre récupération.

 

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..." Ils sont 341 élus macronistes à l'Assemblée nationale. Le savent-ils vraiment ? La moitié de la France leur a dit : "débrouillez-vous !" Et l'autre moitié n'en a rien à faire. Ils ont mené une campagne tambour battant, sans rien connaître pour beaucoup de la vie politique. Sans avoir affronté la révolte des quartiers, sans avoir appris à travailler l'humain au corps à corps, maison par maison, appartement par appartement, dans l'intimité d'une permanence et dans la gestion, par exemple,  des subventions municipales aux associations !

 

Les français le savent. Ils voient bien cette jeunesse qui afflue au Palais Bourbon. Ils se sont visiblement défaussés, pour ne pas tomber dans l'ornière de extrêmes. Mais le président peut bien faire le beau, jouer du tennis en bord de Seine pour vendre les JO de 2024 à Paris,  ils n'y croient pas vraiment ! Et ils ont la rengaine d'Alain Souchon dans la tête : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." La rentrée 2017 ne sera pas chaude. Elle sera éteinte.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

Archives

Publié par André SOLEAU

Ou comment l’un des fleurons de la presse quotidienne régionale, a perdu son âme en même temps que son indépendance, dans une féroce bagarre de famille, savamment orchestrée.  

Observateur privilégié puis acteur malgré lui d’une lutte sans merci pour le pouvoir, André Soleau nous fait pénétrer au cœur des intrigues de couloirs. De déchirures en réconciliations, entre grands projets et basses manœuvres, le lecteur mesure les effets destructeurs d’une OPA minutieusement préparée, qui va se solder par la perte d’indépendance du titre.  

Le gamin bourré de candeur qui frappe timidement à la porte du journal, un beau matin de l’année 1972, s’efface au fil des pages pour céder la place à un homme déterminé. Employé, journaliste localier, grand reporter puis rédacteur en chef, l’ascenseur social ménera André Soleau jusqu’à l’ultime étage de la direction générale. Une vue imprenable qui lui permet de poser un regard sans complaisance sur un paysage médiatique sans compassion. 

Là où les patrons s’étripent avec le sourire, certains syndicalistes vivent d’usages et se nourissent d’acquis, les actionnaires raisonnent en espèces sonnantes et trébuchantes, et les salariés forment l’immense cohorte des fatalistes de la majorité silencieuse. Sans acrimonie mais avec la plus extrême précision, l’auteur décrit le rôle joué par les différents acteurs de cette saga. Les personnages se croisent au gré des rencontres, d’Yves de Chaisemartin à Serge Dassault, de Martine Aubry à Jacques Chirac. Les révélations foisonnent sur le fonctionnement particulier d’un groupe convoité et fragile.

Cette plongée au cœur de l’univers complexe de la presse écrite permet de mieux cerner les mécanismes qui régissent la vie d’un journal mais aussi de mesurer les défis posés à un microcosme trop longtemps préservé des agressions extérieures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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pierrehenry 08/01/2007 01:21


 

La conscience est-elle une mer des ténèbres, comme le pensait dans une psychanalyse des origines, le hongrois Ferenczi (Thalassa) pour lui rendre hommage ? Ou l’homme peut-il s’en passer comme le pensait Büchner (La mort de Danton) qui faisait dire à son personnage principal : « La conscience est un miroir devant lequel un singe se martyrise ».  La conscience réunit donc tous ceux qui se sentent obligés d’être, à toute heure, la sentinelle d’eux-mêmes parmi les autres.
Je ne suis pas un inspecteur des tempêtes mais assez averti tout de même pour constater que les désordres de la vie peuvent devenir héroïques. Qu’allais-je trouver dans cet essai biographique des trois naissances : l’enfant, le journaliste, le patron de presse, soumis à des diapasons alternés et invisiblement écrit dans des corps graphiques presque différents ? Fallait-il s’attendre à un traité du grand combat ou à un exercice de catharsis ? En tous cas, tous les éléments du drame étaient déjà réunis  sur la jaquette de l’éditeur : le lieu avec sa face monumentale ; l’acteur nommé deux fois sous sa raison sociale ; la circonstance avec son titre féroce… et racoleur.
Pour l‘essentiel, je n’ignorais pas qu’une entreprise fût un ensemble de rouages d’où s’écoule parfois une écoeurante suie car il n’y pas que le sang qui tâche les mains. La nécessité de témoigner d’une telle expérience ressort-t-elle au mieux d’une pathétique offrande sur l’autel de la pureté, d’un désir de triste pavane pour une infante défunte ? Au pire allait-t-elle documenter une lamentable fin de partie chez les coupeurs de têtes au terme d’une longue saison de machettes ? Après tout, aucune préface explicite ne proposait le programme sous le patronage de

la Croix
Rouge.
C’était pour quoi faire, ce livre ?
Face à ces périls, et à mes yeux optimistes, cet ouvrage éclairé quoique superficiellement vengeur a cependant été totalement sauvé par une volonté de distanciation intellectuelle et de dignité d’esprit. En outre, sans aller jusqu’à considérer cet essai critique comme un roman d’amour courtois on se dit quand même à part soi : « Malgré ses jolis profits de cadre supérieur et les défauts de la chefferie, ce type a vraiment adoré son boulot et travaillé d’arrache pied pour la boutique ». Ça c’est bien. S’agissant du fond, je ne suis pas sûr de pouvoir objectivement y voir clair et de vouloir porter un jugement. Ce que je sais, c’est qu’un hiérarque doit répondre de sa conduite.
Quoi qu’il en soit, ce livre s’affirme comme une contribution importante à l’histoire de la presse et de l’entreprise. A sa documentation précieuse, elle ajoute aussi un bel exercice de style. Il fallait le faire. C’est fait.

 

Pierre Henry
 

Jean-Paul Duhour 19/12/2006 17:57

                     Répondant à l’invitation explicite de ton blog « Et si on se disait tout », je confesse que lorsqu’un ancien collègue m’a annoncé que tu avais écrit un livre intitulé La grande braderie, ma première réaction a été de dire : « Il ne manque pas d’aplomb ». La lecture des 211 pages, au fil desquelles tu retraces ta carrière à La Voix du Nord, a conforté mon impression initiale : tu t‘es livré à une entreprise de dédouanement osée. Que tu le veuilles ou non, tu as appartenu, dix ans durant, à la direction générale. Tu as été au cœur du marigot, tour à tour témoin ou acteur des guerres intestines, des chocs d’ego, des appétits de pouvoir et d’argent qui ont amené La Voix du Nord à perdre son bien le plus précieux, l’indépendance. De plus, quand on sait que les différentes OPA t’ont permis de réaliser, à ma connaissance,  une plus-value de 2,7 millions d’euros, la décence te commandait d’assumer clairement ta part de responsabilité dans cet effroyable gâchis, ou de te taire.
 

                    Par ailleurs, il ressort de ton passage à la tête de la rédaction de La Voix un paradoxe qui, aujourd’hui encore, me laisse perplexe. Comment, quelqu’un qui rêve d’être journaliste, qui parvient à ses fins en surmontant moult obstacles, qui aime son métier, peut, alors qu’il est nommé rédacteur en chef, aller à l’encontre des intérêts essentiels de la rédaction ? Ainsi, c’est toi qui a détourné le rédacteur en chef de sa mission première - qui est d‘animer une équipe et de se focaliser sur la qualité du contenu -,  en  le transformant en un gestionnaire obnubilé, aveuglé par les chiffres. C’est toi qui  a marginalisé la rédaction, rogné ses prérogatives. Au risque que tu railles «  mon indécrottable archaïsme », je réaffirme ici que NON, un journal n‘est pas une entreprise comme les autres et que OUI, c‘est avant tout une rédaction, responsable d‘un contenu. D’ailleurs, en aparté, pour plaisanter (mais plaisantais-tu vraiment ?), tu disais volontiers que les journalistes étaient des emmerdeurs, des empêcheurs de tourner en rond… Oui, étrange paradoxe.
 

                  Pour entrer dans le détail de ton livre, je t’avoue que plusieurs passages m’ont fait bondir. J’en ai sélectionné cinq.
 

1.-  Page 55 : tu te vantes d’avoir contribué, « sabre au clair », à briser la grève des  journalises de La Voix du Nord, en 1988. Tu justifies ton attitude par un devoir de solidarité à l’égard de la direction, en ta qualité de chef du service des sports… Je regrette que près de vingt ans plus tard, tu n’aies toujours pas pris la mesure de la gravité de tels agissements, au regard d’une éthique élémentaire qui devrait animer tout salarié. Ton comportement, lors de cette grève, t’avait, à mes yeux, disqualifié pour occuper les fonctions de rédacteur en chef, que la direction t’a proposées (pour services rendus?) quelques mois après les faits.
 

2.- Pages 64-65 : tu décris comment tu as connu « l’ivresse du scoop » au travers de l’affaire de l’Orcep. Comment, sur un temps très court, quelques heures, entre un « coup de fil impromptu » et quelques vérifications nocturnes et hâtives - bravo pour le travail d’investigation ! - tu as pris la décision de publier l’information à la Une du journal, accompagnée par la liste exhaustive des « coupables ». Tu reconnais, un peu tard, que certains noms n’auraient jamais dû figurer sur cette liste. J’aurais aimé que tu ailles plus loin dans l’autocritique, car je continue à penser que cette affaire a gravement altéré l’image et la crédibilité de La Voix du Nord.
 

3.- Page  67 : des élus, des responsables syndicaux t’ont souvent fait le reproche de procéder à des nominations hiérarchiques sur la base de critères qui n’avaient, parfois, rien à voir avec la compétence ou l’expérience. Je me souviens de tes vigoureuses dénégations. Or, là, tu admets que tu as changé 85 % des chefs d’édition et que tu les a remplacés «  par de jeunes ambitieux ou des éléments sûrs ». Quel aveu !  Dans  plusieurs cas, l’ambition avait le visage de l’arrivisme et les « éléments sûrs » n’étaient que des courtisans, des béni-oui-oui…
 

4.- Page 130 : tu rejettes la responsabilité de la perte de l’indépendance de La Voix du Nord sur tout le monde, et entre autres, quoique « à un degré moindre », sur « les salariés qui formèrent l‘immense majorité silencieuse. Silencieusement assoupie. » Voilà des propos iniques et inacceptables. Les directions successives ont toujours veillé à n’accorder aucun pouvoir à la base. Dois-je te rappeler que la présence des salariés, tous collèges confondus, dans la société VDN, était chichement limitée à
 

10 %  …  Et que le RES de 1989 (au passage, quelle belle imposture sémantique !) n’a rien arrangé : fin des années 1990, sur un effectif d’environ 1 000 salariés, 700 n’avaient aucune action dans la holding VNI ! Par ailleurs, comment as-tu pu imaginer une seule seconde qu’une collectivité de travail à ce point ignorée, tenue à l’écart, voire méprisée, aurait pu faire corps avec ses dirigeants par temps de forte tempête ?
 

5.-  Page 194 : tu affirmes qu’après ta démission du poste de directeur général, tu as tenu à reprendre ta casquette de directeur de l’information  car tu voulais rester journaliste jusqu’au bout et que tu souhaitais manifester ton désaccord avec le groupe Dassault, dans le cadre de la  clause de cession,  assimilée dans ton esprit à une clause de conscience. Soit, louables intentions… Mais tu aurais été plus crédible si tu avais ajouté que la clause te permettait d’empocher de coquettes indemnités. Mais peut-être te sentais-tu gêné aux entournures pour  le dire, toi qui n’a eu de cesse de vilipender, de stigmatiser les journalistes qui ont choisi de quitter La Voix du Nord  lors des précédentes clauses de cession, en 2000 et 2003.
 

               Pour terminer, la rudesse de mon propos ne m‘empêche pas de souligner l’intérêt de ton livre, notamment, pour l’éclairage qu’il apporte sur le déclin de La Voix du Nord, la descente aux enfers d’un idéal né dans la Résistance. J’ai aussi apprécié la qualité de l’écriture.
 


 

Jean-Paul Duhour. Journaliste à La Voix du Nord de 1976 à 2005, membre élu du comité d’entreprise de 1990 à 2005. Lille le 15 décembre 2006.
 

André SOLEAU 19/12/2006 22:58

Mon cher Jean-Paul,
 

Merci du fond du coeur de m'avoir plongé "brutalement" dans un bain de jouvence vivifiant. La lecture de ton papier m'a en effet renvoyé quelques années en arrière, lorsque le contenu tout en nuances de quelques tracts syndicaux me faisait toucher du doigt la pertinence d'un dialogue social franc et constructif.
 

Je ne pourrai, hélas, te répondre point par point. En premier lieu parce que tu as "fait" beaucoup trop long, ce qui est impardonnable de la part d'un ancien secrétaire de rédaction. Ensuite, parce que la plupart des choses que tu relèves figurent déjà dans mon livre, avec la notice explicative.
 

Sache néanmoins que je m'opposerai toujours à cette idée saugrenue qu'un journal n'est pas une entreprise comme les autres. C'est avec ce genre de discours qu'on en arrive à vivre avec des subventions d'état et qu'on retrouve la presse écrite dans l'état où elle se trouve aujourd'hui. A ma connaissance, tu n'étais pas payé avec des chèques en bois ? Les lois du marché existent pour tous et le fait que chaque lecteur débourse au quotidien entre 75 cts et un euro pour assurer, en partie seulement, l'équilibre financier de
la Voix
du Nord devrait inciter les gens de la profession à les considérer avant tout comme des clients, même si ce mot ne fait pas partie de ton vocabulaire de puriste.
 

En ce qui concerne les chefs d'édition que j'ai nommés, une mise au point s'impose : toutes ces  désignations se sont faites sur un seul critère, la compétence. Il en fallait pour affronter une révolution technologique d'une telle amplitude. Ce qui ne veut pas dire que les anciens ne l'étaient pas. Simplement, je devais m'inscrire dans la durée compte tenu du chantier à mener.
 

Enfin, mon départ en clause de cession n'a rien à voir avec le montant du chèque. Certaines transactions ont été effectuées sur les mêmes bases, dans la plus grande discrétion. Une discrétion que, en l'occurrence, je refusais.
 

André Soleau
 

christian vincent 06/12/2006 10:52

Merci pour ce livre qui me permet de confirmer que ce que nous (CFDT) écrivions dans de nombreux tratcs et continuons à dénoncer n'est pas pure invention.
Cela étant, les journalistes ne sont pas tous des paresseux profiteurs. Certains se vantent de travailler 70 heures par semaine, quel bel effort. Bosser 70 heures en étant payé 35 ? Il faut vraiment être idiot ou n'avoir rien d'autre à faire dans la vie. D'autant que leurs salaires ne sont pas ceux des dirigeants. Des salaires qui anticipent l'inflation de manière exponantielle. Aujourd'hui, un jeune journaliste à la Voix du Nord gagne autour de 1500 euros net par mois, moins qu'un flic qui débute ! Les nantis ne sont pas ceux qu'on croit. Et puis, un bon chef n'est pas celui qui impose mais celui qui sait convaincre. Encore faut-il qu'il ne mente pas sur son projet...
Enfin, il est vrai que l'on peut reprocher à André beaucoup de choses mais il avait une très forte qualité : il était Voix du Nord. Aujourd'hui, dans la communication du journal, même le bleu disparaît au profit de l'orange, histoire de mieux presser le personnel ?

Véronique LUQUE 27/11/2006 16:36

Bravo André.
 

Vivre au « quotidien » dans la tourmente et la trahison n’a certainement pas été facile. Mais, en bon capitaine de navire que tu étais, tu n’as jamais rien laissé transparaître. Aujourd’hui, tu remets les choses à leur juste place… merci pour ce témoignage ! La Voix du Nord que nous avons aimée n’existe plus mais ce que nous avons vécu restera à jamais gravé dans nos mémoires. Je t’adresse un merci particulier pour la confiance tu m’as toujours témoignée.
 


 

Dominique ADAM 26/11/2006 03:35

DEVOIR DE MEMOIRE... En proie très tôt à des actions en paternité, « La Voix du Nord » n’a jamais été en mesure d’écrire, sereinement, sur elle-même. Un métier qui consiste à raconter les autres ne laisse, il est vrai, guère de place pour parler de soi… Tout restait donc à écrire sur ce journal, sur son vécu et les gens qui le font. Tout était aussi à expliquer sur les années noires qui, au crépuscule du siècle dernier, privèrent notre titre de son indépendance ! En ce sens le livre d’André Soleau est vraiment la première histoire de La Voix, retracée par celui qui y a accompli un parcours peu commun. Les trente dernières années d’une époque où le journal était encore maître de son destin, défilent au long des chapitres. Le talent, intact, de l’ex-éditorialiste se met ici au service de la seule cause qui valait à ses yeux : son journal… Style épuré et percutant, sincérité et informations de première main donnent une telle intensité au propos qu’on a du mal à s’arracher à la lecture avant la conclusion ! A la fin des Années 90, La Voix perdait son indépendance, disais-je. On a glosé sur le malaise engendré chez les journalistes (…et d’autres aussi), mais ceux qui ont réduit le départ de 140 d’entre eux à une affaire de gros sous n’étaient soit pas journalistes soit pas de ce journal. Quand la moitié d’une Rédaction choisit de quitter une entreprise privilégiée et un métier gratifiant, c’est qu’il y a bien traumatisme et déstabilisation… « Effet d’aubaine » avait-on persiflé alors. Pour ne pas avoir à s’interroger sur l’ampleur des départs. Mais chacun avait ses raisons, profondes et pas forcément perceptibles par l’entourage parce qu’elles constituent ce qu’on appellera la part de l’intime. Au moment de quitter la « grande maison », tous ont connu ce débat intérieur : ce n’est pas pleurer sur eux de dire qu’il fut douloureux. Mais ils n’ont pas le droit de regretter et traversent donc les années comme des automates, incapables de se retourner. Pour toi aussi, André, la décision fut une souffrance. Je sais ce que « La Voix » a compté pour toi : tu lui dois tout ! Moi aussi ; et tant d’autres… A travers ton itinéraire personnel, ton livre fait toucher du doigt l’état d’esprit de ces « anciens », aujourd’hui dehors ou encore dedans, qui ont contribué aux belles années de La Voix -- « ma » Voix – et, d’une certaine façon, tu les libères d’un pesant fardeau en analysant sans détour les bouleversements en cours sur la Grand’place. Ton livre était nécessaire pour témoigner d’un temps qui s’efface… et qu’on efface, semble-t-il. -DOMINIQUE ADAM- (journaliste VDN de 1969 à 2000, retraité)