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La France se fait taper sur les doigts
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La voix du Nord parle du Monde comme il va
Le Club de la Presse accueille André Soleau
Le petit avale le gros
Le Qatar est un minuscule confetti de 11 437km² pour 1, 5 million d’habitants, abandonné aux sables du désert dans sa majeure partie et aux températures estivales extrêmes. La France, forte de ses 550.000 km² pour 65 millions d’habitants, revendique le cinquième rang des puissances sur l’échiquier international.
Et pourtant. Les Qataris investissent sans relâche dans le monde entier avec une attirance particulière pour la France. Grâce au pétrole et au gaz dont ils tirent des revenus illimités, bien sûr, mais aussi aux lois généreusement accordées par nos politiques. Les résidents qataris en France ne paient pas l’ISF et les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values.
De quoi donner des idées ! Le sport a bien sûr été l’objet de la convoitise des compatriotes de l’Emir et notamment de ses proches. Le Paris SG en tête tout comme l’hippisme avec le prix de l’Arc de triomphe, sponsorisé pour cinq ans et donc rebaptisé pour la circonstance. Le Tour de France cycliste, dont il se murmure qu’il pourrait partir du Qatar en 2016, fait également partie des objectifs ciblés.
La boulimie acheteuse ne s’arrête pas là. Il y a les médias avec Al-Jazeera qui va devenir un acteur incontournable des retransmissions télévisées. L’économie avec des participations plus ou moins conséquentes dans Lagardère, Dexia, Vinci, Veolia environnement ou même le Tanneur, le maroquinier de luxe qui y a laissé sa majorité. L’hôtellerie de prestige (Majestic, Royal Montceau à Paris, le Carlton à Cannes…), des casinos, des châteaux, des hôtels particuliers sont également tombés dans l’escarcelle avec la bénédiction de la classe politique qui, de gauche comme de droite, fréquente assidument les palaces du Qatar. Seul Areva, le fleuron de notre nucléaire, a échappé pour l’heure aux tentatives d’intrusion. Mais EADS fera un joli lot de consolation.
Tout cela est conforme au libéralisme et à la mondialisation. Mais dans le même moment, l’Etat français vend ses bijoux de famille pour payer ses dettes. Le siège de la Gendarmerie nationale, dans le XVIème est à vendre, tout comme deux prisons à Lyon, des châteaux appartenant à l’armée, une ancienne caserne militaire… Au total, 1872 biens devraient être cédés dans les trois ans. Cherchez l’erreur.
A.S
Vie privée, vie publique
Que Mireille Dumas ne nous en veuille pas ! Le titre de son émission télévisée colle parfaitement à l'actualité du moment ! Tous les ténors politiques étalent, bon gré mal gré, leur vie privée.
Dominique Strauss-Kahn ? Pas besoin d'explication. Ses frasques sexuelles l'ont laissé dans les starting-blocks de la course à la présidentielle. Il a discrédité pour un bon moment les fonctions politiques qu'il occupait, les medias lui ont emboîté le pas dans les bas-fonds de l'humanité, et le monde doit entreprendre de reconstruire une certaine image de la femme qu'il a méchamment chiffonnée. Le gâchis est total.
François Hollande ? Imaginons que le député de Corrèze arrive en tête de la primaire socialiste. On se demande bien quelle sera l'attitude de Ségolène Royal. Dans le genre soutien alambiqué, à la façon du "je t'aime, moi non plus" de Serge Gainsbourg, on ne pourra pas faire mieux ! Nous allons assister dans ce cas-là à un "pas de deux" qui restera dans les annales ! La première dame de France, celle qui aurait alors de grandes chances de poser le pied sur le perron de l'Elysée, ne serait sans doute pas celle qui l'aurait le plus voulu ! Gare au retour de manivelle. Les haines contenues sont les plus tenaces.
Martine Aubry ? Elle est la fille de Jacques Delors. C'est un grand bonheur. On en connait beaucoup qui rêveraient d'être à sa place, et de recevoir la bénédiction d'un Père de l'Europe aussi attentionné. Il faudra pourtant bien qu'elle se fasse un "prénom". Et il ne faut pas se méprendre : avoir l'Europe en bandoulière sur les tréteaux de la présidentielle, ce n'est pas forcément un atout. Les gens de la "vraie vie", les gens de petite condition qu'elle veut rassembler, regardent Bruxelles d'un œil torve. Il arrive toujours un moment, où il faut tuer le père.
Nicolas Sarkozy ? Le voilà bientôt papa. Il n'en est pas à sa première expérience, loin de là, mais ceci n'empêche pas cela : c'est une nouvelle responsabilité qui lui incombe, et tous les hommes le disent, il n'y a pas plus grande mission que de guider un enfant dans la vie ! Si l'adage de Victor Hugo se vérifie, le "cercle de famille" va s'agrandir à l'Elysée. La France électorale va se pencher sur le berceau. Mais ce n'est pas l'enfant du Château qui va engranger le capital de sympathie. C'est son père. Ça lui sera bien utile.
Allez, c'est dit. Dominique, François, Martine et Nicolas sont des personnages politiques. Mais ce sont aussi des hommes, des femmes, des personnes privées. C'est d'ailleurs ce qui fonde leur humanité. Ils ont beau évoluer sous les ors de la République, ils se retrouvent comme nous tous, nus, et abandonnés aux autres, dans les moments les plus forts de leur vie : leur naissance, leur nuit de noces et leur mort. Ne pas en tenir compte, ce serait une erreur. On touche là à l'intimité profonde d'un roi, ou d'un président de la république, avec son peuple.
Etienne Desfontaines
Mon petit doigt m'a dit…
"Radio-moquette" dans les grandes entreprises, "ragot" de quartier dans les
communes, "médisances" et "coups d'épingle" qui deviennent vérité dans une famille, un collège ou une association, "peaux de banane" dans une carrière professionnelle ou politique, "racontars"
qui détruisent un couple, il y aurait un livre à écrire : la rumeur a une histoire. Elle est parfois pittoresque, souvent dramatique, toujours édifiante ! Succès d'édition garanti. On y
découvrirait, entre autres caractéristiques malfaisantes, que le "bruit qui court" va toujours plus vite que les standards d'information du moment. Plus vite que le cheval, plus vite que le train
et l'avion, plus vite aujourd'hui que les "bits" et les "octets" de notre monde numérique. C'est un mystère.
On y découvrirait aussi que le règne du "mon petit doigt m'a dit…" ne survient que dans certaines conditions. Dont une, essentielle. Les médecins savent ça. Lorsqu'un organisme réagit, immédiatement et de façon disproportionnée, à une
information donnée par la dernière phalangette de son auriculaire, c'est qu'il s'en tient à "l'arc réflexe" ! La tête ne commande plus. Il
n'y a plus de pilote dans l'avion. C'est exactement ce qui se passe dans le cas d'une rumeur.
Quelle que soit son ampleur, elle ne peut se développer que sur un terrain fragile. Déstructuré, ou décérébré. C'est vrai dans une famille dont
les fondements s'estompent, c'est vrai dans un quartier dont les animateurs s'essoufflent, c'est vrai dans une entreprise dont le chef ne tient pas vraiment les rênes, c'est vrai dans le monde
économique et politique qui s'ouvre aujourd'hui sous nos yeux ébahis. Il manque une gouvernance au XXI° siècle, il manque une tête à la planète, qui crée du lien, qui focalise toutes
les nations et les structures économiques sur la construction du bien-vivre ensemble, au lieu de se laisser mener par les intérêts des uns
et des autres. Il lui faut un QG qui commande réellement les réactions aux vraies comme aux fausses informations.
Beaucoup le disent aujourd'hui : le politique doit reprendre la main. En France, en Europe, à l'international. Dans ce contexte, confier le
cordons de la bourse et donner les clefs de la maison Europe à Herman Van Rompuy, un habile négociateur belge qui gère les choses avec doigté plus qu'il ne les commande avec vigueur, c'est
obtenir la paix dans le secteur pour un temps. Mais ce n'est pas engager les réformes nécessaires, et ce n'est surtout pas donner une pièce maîtresse à ce qui pourrait être une nouvelle
gouvernance mondiale. Le bouche-à-oreille a encore de beaux jours devant lui !
Etienne Desfontaines
Hervé Ghesquières :
Un homme libre, un journaliste libre
L'homme est passionnant, l'aventure est passionnante. Ce qu'on apprend avec Hervé Ghesquières, l'un des deux otages rentrés d'Afghanistan, ce n'est pas tant l'histoire de leur enlèvement, que ce qui se passe en Afghanistan. On prend aussi une belle leçon de journalisme, et on apprend surtout ce que c'est "qu'être un homme libre". Envers et contre tout, 547 jours durant.
Le chaînon manquant
Ce qui se passe en Afghanistan, soyons honnêtes, qui s'y intéresse vraiment ? Et pourtant, nos soldats meurent là-bas. "25 morts en un an et demi, clame Hervé Ghesquières, presqu'autant qu'en huit ans de présence française à Kaboul !" Aujourd'hui, le journaliste a un auditoire. Alors il parle, et il explique. Il raconte la route de Kaboul à Peshawar (Pakistan). Le flux de camions qui passent sur ce qu'on appelle "l'axe Vermont". "Les camions, dit-il, ce sont des commerces qui tournent, des civils qui réapparaissent, une vie normale qui s'installe, des talibans qui n'ont plus de raison d'être". On comprend l'enjeu, et le rôle des français qui surveillent le secteur. Mais il y a un "chaînon manquant". Un bout de route sans bitume, à quelques dizaines de kms de Kaboul. C'est là que les deux journalistes sont allés, parce que c'est là que sévissent les talibans, c'est là aussi que des civils peuvent trouver un job sur l'un des rares chantiers ouverts, sous la protection de l'armée française. C'est là qu'ils avaient une chance de croiser tous les protagonistes de la guerre en Afghanistan. C'est sur cette route qu'ils ont été piégés, et kidnappés.
Un journaliste de terrain
Le rôle du journaliste ? Hervé Ghesquières tape du poing sur la table. A peine rentré de l'enfer, il le dit haut et fort : "je veux continuer à être journaliste de terrain, je veux continuer à travailler sur des sujets qui m'interpellent, pour les décoder et les expliquer…" Et il tonne : "nous sommes envahis d'informations brutes, de propagandes, de communication, moi je suis journaliste, je veux comprendre, je veux voir tous les angles, toutes les entrées du problème. Subjectif, on l'est, c'est humain, mais on doit au moins être honnête, essayer d'aller voir tout le monde." Tout le monde, en Afghanistan, c'est l'armée française, mais aussi l'armée et la police afghanes, les talibans, et surtout les habitants, ceux qui se débrouillent pour survivre entre les tirs. Les deux journalistes avaient commencé à enregistrer des témoignages. C'est pour cela qu'ils y étaient allés. C'est pour cela qu'ils ont été piégés, et kidnappés.
Debout et responsable
Reste l'homme. L'homme qui est assis devant nous, amaigri, mais le regard vif, volontaire et tenace. Quand Hervé Ghesquières évoque son accompagnateur, Reza, il parle "de générosité, de diplomatie, de connaissance des codes afghans". Il dit "sa peur et son courage" face aux geôliers. Quand il parle des talibans, qui les emmènent dans la montagne, il s'exclame : "ce sont des marcheurs extraordinaires !" Quand il parle de lui-même, enfermé huit mois, seul dans une pièce, il dit : "son espoir, son désespoir, sa rage, sa colère, son ennui, et surtout toutes ses cogitations". Il ne peut pas s'en empêcher. Il va au plus profond de lui-même, il va au plus profond des hommes auxquels il a affaire. Même dans les pires moments. C'est l'honneur des journalistes, c'est le fait d'être un homme, tout simplement. Piégé, et kidnappé peut-être. Mais debout, et responsable. C'est l'honneur d'Hervé Ghesquières.
Etienne Desfontaines
RUMEURS
Nous ne cessons de le répéter, Internet est un outil fabuleux à condition de le maîtriser avec beaucoup de discernement. Une simple rumeur, lancée de manière irresponsable, peut faire le tour de la planète en quelques heures. Elle devient, dès lors, une information crédible puisque tout le monde la reprend. Les conséquences peuvent être incalculables.
C’est le cas de cette mystérieuse épidémie provoquée par une bactérie atypique baptisée E.Coli enterohémorragique. Partie de Hambourg, premier foyer repéré de l’infection, elle a touché le nord de l’Allemagne avant de franchir les frontières du vieux continent. Trois cas ont été signalés dans notre région. Elle génère des diarrhées sanglantes avec parfois des complications rénales gravissimes et mortelles.
Or, avant même que l’origine de l’agent pathogène ait été identifiée, le procès de l’agriculture espagnole, de l’Andalousie plus particulièrement, a été instruit sans la moindre preuve ni le moindre indice. Les ventes de concombres, de salades, de tomates se sont effondrées en un temps record, précipitant des entreprises saines au bord de la faillite. Les démentis officiels n’ont rien changé. La majeure partie de la production est partie à la poubelle, faute d’acheteurs.
Autre exemple de dérapage incontrôlé, l’accusation gratuite lancée par Luc Ferry à l’égard d’un ancien ministre pris, paraît-il, en flagrant délit de pédophilie au Maroc, une affaire étouffée par la suite. Pressé de donner des informations plus précises sur ce dossier sulfureux, le philosophe a avoué qu’il ne possédait aucune preuve et qu’il était hors de question de donner un nom. Il avait simplement ouï dire que…
On reste confondu devant un comportement aussi inconséquent. Là encore les rumeurs vont bon train et les noms circulent sur le Net. A tel point que Jack Lang s’est cru obligé de démentir la chose. Drôle d’époque.
A.S
La fin d'une époque
Le LOSC a accompli une saison extraordinaire : doublé Coupe et Championnat, titre du meilleur joueur décerné à Eden Hazard et du meilleur entraîneur à Rudi Garcia. Ce dernier a donné une âme à une équipe longtemps moquée pour la pauvreté de son palmarès depuis l’ère dite moderne.
Dans le même temps, le Racing Club de Lens connaît l’enfer de la descente en Ligue 2 avec tout ce que cela comporte de déboires financiers pour les dirigeants et de traumatismes pour les supporters.
Ces destins opposés traduisent une réalité qui déborde largement le périmètre d’un bout de pelouse. Ils sont l’expression d’un fossé énorme qui se creuse entre une Métropole en plein foisonnement économique, politique et structurel et un ancien bassin minier dépouillé de ses richesses naturelles et plongé dans un désarroi social inéluctable.
Lille veut à tout prix exister entre Paris et Bruxelles. La ville de Martine Aubry investit dans tous les domaines. L’immobilier, notamment, est en plein boum et le visage des différents quartiers sera bouleversé dans les dix ans qui viennent. Un projet de réouverture des canaux, bouchés il y a plus d’un siècle, est même programmé afin de renforcer l’impact touristique. L’enveloppe budgétaire consacrée à ce lifting complet se compte en centaines de millions d’euros.
A l’inverse, Lens tente de survivre. Les commerces ferment les uns après les autres, les pensions des mineurs s’éteignent, la pauvreté s’installe et l’insécurité commence à poser de sérieux problèmes. Le football restait le dernier joyau d’un patrimoine en ruine. Il est à son tour frappé par la crise et les conséquences psychologiques vont être aussi lourdes que la facture financière.
Le sacre lillois et la chute lensoise illustrent un autre phénomène, l’évolution du football professionnel. Le Losc de Michel Seydoux est géré comme une entreprise. Il s’articule autour d’un projet fort qui intègre toutes les données économiques de l’ère moderne, y compris dans la gestion des produits dérivés. Le président n’est pas un spécialiste du football. On le voit sortir rarement de sa réserve. Il ne vibre pas. Il compte.
Le R.C Lens est un club resté familial dans son fonctionnement. Gervais Martel sue la passion par tous les pores. Il est capable de prendre tous les risques financiers, y compris personnellement, pour sauver le maillot sang et or qui a bercé ses rêves de jeunesse. Son charisme a longtemps sublimé les troupes, sa foi a soulevé des montagnes.
Aujourd’hui, ça ne suffit plus. Le football n’est plus un terrain de jeu mais le théâtre d’un enjeu financier sans concession. L’improvisation n’a plus sa place, l’amour du maillot devient secondaire. La fin d’une époque.
A.S
Video Game
Lundi 2 mai, 6h30. Je me lève. La traversée du séjour, le café. Tout est normal. La radio sonne le réveil
: "les américains ont tué Oussama Ben Laden !" La tasse me tombe des mains. Le scénario défile aussitôt en boucle sur les ondes : la traque, le repérage précis, l'intervention, la
fusillade, la mort du chef, et la sanction, en direct de la Maison-Blanche : "Justice est faite."
Jeudi 5 mai, 15h24. Au fil des écrans, à la recherche d'une video pour un dossier, je tombe sur un commentaire à propos d'un jeu en ligne.
Je me frotte les yeux, je relis. Impossible de ne pas penser au staff de la Maison-Blanche, l'œil rivé sur la retransmission en direct de l'intervention des Navy Seals à Abbottabad
:Par Anonyme le mercredi 4 mai 2011 23h47.
Note donnée au jeu : 14 / 20
Le jeu est amusant mais on se fait tuer de n'importe où, et l'interactivité n'est vraiment pas très intelligente, les graphismes, c'est pas la gloire mais ça va encore, bref pas terrible 14/20,
on
aurait pu faire (beaucoup) mieux.
Nous vivons un monde étrange. L'immédiateté est telle, que nous n'avons même plus le moyen de faire la différence entre le réel et le virtuel. Nous ne croyons plus ce que nous voyons, et à
l'inverse nous donnons corps à ce que nous imaginons. Au cœur de cette confusion, c'est l'existence même de l'homme qui est profondément remise en cause. Entre le joystick et le pantin qui
explose au beau milieu de l'écran dans un flash lumineux, l'humanité, sa beauté et sa profondeur, ses horreurs et sa tragédie, en est réduite à un paquet de pixels !
Dans trois mois, je prends le pari, nous verrons à la une l'affiche du Pathé, Place Clichy : "Abbottabad". Les foules s'y presseront. Pendant qu'on récupèrera, sur le tarmac du Bourget, le corps
du dernier soldat français tué en Afghanistan. Avec une photo-légende, en bas de page intérieure, pour toute épitaphe.
Etienne Desfontaines
La fusion
de l'inconscient
et de l'irréel
"Oh, my God ! So shocking, Sir
"Why don't you fall in love with William & Kate's story ?
Votre billet m'a incité à mener une petite enquête dans mon entourage. Le résultat du sondage n'est pas forcément significatif, mais il est saisissant. Une large majorité, plus de 70% de mes
interlocuteurs, m'ont avoué s'être arrêtés au moins quelques minutes, sinon plus, devant les images du mariage de William & Kate. Tous curieux ou intéressés, plus de la moitié fascinés.
Toutes catégories sociales ou sociétales confondues : gauche/droite, aisée/populaire, manuelle/intellectuelle, rurale/urbaine, chrétienne/musulmane, etc…
En approfondissant un peu le sujet, on apprend rapidement que ce n'est pas la monarchie, ses us et coutumes, ses ors et ses bizarreries
poussiéreuses, qui fascinent. Nous ne sommes pas en Angleterre, ni en Belgique. C'est autre chose. Il faut laisser passer les clichés. Poser une ou deux de questions de traverse, et revenir sur
l'essentiel, comme le faisait si bien Jacques Chancel dans ses "Radioscopies", pour atteindre le cœur du réacteur, le fond de la pensée du téléspectateur ou du lecteur de Gala ! Les deux mots qui
reviennent constamment dans les commentaires sont la jeunesse, et l'amour. Très sérieusement. Dans la plupart des cas, ce ne sont pas des réponses superficielles. C'est une fusion de
l'inconscient et de l'irréel.
L'irréel, c'est le film que ce mariage déroule aux yeux ébahis du monde entier, avec toute la force de la puissance invitante qui ne lésine pas sur la dépense, et le déploiement de tous les
medias confondus : quotidiens, magazines, radios, télévisions, web et I-phones, twitters et facebook réunis. Le pauvre Victor Fleming et son "Autant en emporte le vent" doit en baver de jalousie
! Un scénario comme personne n'aurait jamais osé l'écrire, à faire pâlir Walt Disney et sa Cendrillon : un prince-bambi qui n'a plus sa mère, qui arrive seul dans l'église par la sacristie,
une roturière qui sort quasiment de la mine, qui range ses "gaillettes", pour enfiler la plus belle robe de dentelle blanche qu'on n'ait jamais portée dans le royaume. And so and… La
"success story" des beaux-parents, les amis pilotes du marié qui font frissonner le ciel au-dessus de la Tamise et le Quasimodo des anglais qui lance le carillon de Westminster pour saluer
le bonheur de son Esmeralda, la "waiting Kate", dont il garde secrètement le souvenir d'un baiser à faire fendre le cœur de toute une maison de retraite, entre le repas et la sieste !
Une image en amène une autre, c'est bien connu. Là ce sont des centaines de caméras, qui ont diffusé des centaines de milliers d'images, qui en ont amené des centaines de millions d'autres !
L'inconscient, c'est le mien, c'est le votre, c'est celui des millions de personnes qui ont reçu les images. "Le poids des mots" : je me donne à toi pour époux, "le choc des photos" : le baiser
au balcon. Le bon vieux slogan de Paris-Match est toujours en vigueur. Il n'y a pas plus rapide qu'un inconscient pour réagir à des images fortes, à un film comme celui-là. Le premier
psychanalyste venu débobine le processus : choc, contre-choc, analyse, réaction. Larmes, expression excessive. Ou confinement. Comme une chape de béton sur Tchernobyl. En l'occurrence, nous
sommes tous nés d'un amour. La plupart d'entre nous ont donné naissance par amour. William & Kate sont dans le même cas. Lui est entré à Westminster par la sacristie. Sans sa mère. Elle est
entrée au bras de son père. Que le premier qui ne s'est pas souvenu à ce moment-là de ses amours, de son aller et retour dans la nef, et de son abandon dans la personne aimée, nous jette la
première pierre !
Etienne Desfontaines
L'écume des jours
Des sujets qui fâchent, vous avez raison, il y en a beaucoup. Mais, jouons au Boris Vian et disons-le tout net, c'est
un peu "L'écume des jours" de notre début de siècle. La laïcité en est un. Il y a aussi la mondialisation,
l'écologie, la condition féminine, la jeunesse des banlieues, les scandales de la santé, la diversité culturelle,
les medias, la pauvreté et la précarité. Bien d'autres encore. Les grands problèmes de société ne manquent pas. Ils sont évoqués partout : dans les familles, dans les entreprises, dans les
associations, les institutions. Ils
arrivent évidemment aux oreilles des politiques.
Et là, de deux choses l'une. Soit ils s'en inquiètent, soit ils les utilisent. Dans le premier cas, ceux qui sont aux
affaires crient au loup, ils font tout pour que le sujet devienne effectivement un "sujet qui fâche". On nomme une commission, et voilà tout. Dans le deuxième cas, les prétendants au pouvoir
confisquent le sujet. Ils le manipulent, ils surfent sur l'opinion pour en tirer des bénéfices : quelques voix de plus, une alliance avec un autre parti, ou tout simplement une fenêtre de
visibilité. Les medias accompagnent.
Le "buzz" est lancé, la "mayonnaise" prend. Le sujet devient polémique. Et le débat de fond, la réflexion et les
échanges nécessaires sur des sujets souvent sensibles et difficiles, sont réduits à néant. Masqués par les coups de menton et les "petites phrases tirées de leur contexte".
Le cas de la laïcité et de l'identité nationale est typique. Le sujet a d'abord été volé par le Front National. La
majorité présidentielle a voulu le lui reprendre. L'opposition remue le fer dans la plaie. Les élus et les citoyens, qui doivent le prendre à bras le corps, pour assumer leur responsabilité
quotidienne, en sont dépossédés. Le "politique", dans le mauvais sens du terme, et l'opinion, sont ici plus redoutables qu'un tsunami sur les plages du civisme et de la conscience
collective.
Aujourd'hui, le droit au débat est devenu un combat.
Il y a une presse écrite, et des medias discrets : des radios, des télévisions et des sites internet, comme le votre,
qui le mènent. Ils font œuvre de pédagogie, à temps et à contretemps, par rapport à l'actualité et au calendrier politique. Il y a aussi des hommes et des femmes politiques, des leaders
syndicalistes et des présidents d'association, des chefs d'entreprise et des chefs religieux, des médecins et des juges, qui sont capables de prendre des positions fermes, de les argumenter et de
les assumer, tout en écoutant et en analysant les positions contraires. Ce sont les mêmes qui n'hésitent pas ensuite à joindre les actes à la parole. On dit de ces "personnages", plutôt rares
aujourd'hui, qu'ils sont "authentiques". Ce sont eux qu'il faut repérer.
Ce sont eux qui peuvent nous inciter et nous apprendre à débattre.
Ce sont eux qu'il faut écouter. Même s'il faut tendre l'oreille, sous "l'écume des jours".
Etienne Desfontaines
Mise au point
Le dernier billet intitulé « Chut, ce sont des sujets qui fâchent ! » a suscité des réactions de la part des internautes, tantôt favorables, tantôt négatives. Le contenu de ces réactions m’incite à préciser certains points afin de ne pas nourrir une mauvaise interprétation du sujet.
Il ne s’agit pas de plaider pour tel ou tel volet du dossier sur la laïcité et l’identité nationale mais simplement de défendre l’idée du débat et l’intérêt qu’il représente. Rien n’est plus dangereux, en effet, que de refuser la discussion sous prétexte qu’elle va réveiller de vieux démons. C’est faire injure à nos concitoyens et aux électeurs de ce pays que de douter de leur capacité à prendre suffisamment de recul pour se forger une opinion marquée au sceau du bon sens.
Ce n’est pas, en tout cas, l’idée que je me fais de la démocratie. Comme disait Voltaire, « Je n’aime pas vos idées mais je me battrai pour que vous puissiez les exprimer. » Cela s’appelle la tolérance.
A.S
OPINION
Panurge et la roche Tarpéienne
Il y a un Panurge sur la roche Tarpéienne.
Et, vous avez raison, ce ne sont pas des moutons qu'il jette par-dessus bord. Ce sont nos candidats à la candidature. De
droite, de gauche, du centre, ils se bousculent, ils se pressent. Ils veulent grimper au plus haut de la roche… d'où le peuple les précipite. Individualisme contre individualisme. La rupture est
complète, le choc est violent, les medias sont à la fête : ils n'ont qu'à se baisser, pour alimenter leurs colonnes de chair et de sang. L'élite se déchire pour prendre ou garder le pouvoir, le
peuple se disloque en une somme d'individus. L'individualisme est forcené chez Nicolas Sarkozy, feutré chez Strauss-Kahn. Il est déclaré dans les quartiers et les terroirs, la bannière de
l'abstention claquant aux vents mauvais du populisme et du Front National. Les affrontements se multiplient à la tête de l'Etat. Ils se durcissent, entre les communautés. Jeunes contre retraités,
banlieues contre propriétaires, français de souche contre français d'origine étrangère.
Pas de personnalité fédératrice en vue. Personne pour prendre le bâton du prophète, ouvrir la Mer Rouge de l'Europe et
de la scène internationale, inviter le peuple français à une traversée du "bien vivre ensemble". En fait de peuple, d'ailleurs, ce ne sont que des "vrais" français, une interminable liste
d'individualités, qui ne cessent d'interpeller leurs maires, leurs conseillers territoriaux, leurs députés et leurs sénateurs à la télévision, sur le web, ou par presse interposée : "Qu'est-ce
que vous faites pour moi ? " Ils exigent : de la vérité, de la transparence, de l'éthique et de l'efficacité. Ils attendent : des résultats, un emploi, une augmentation, des autoroutes, des
trains qui arrivent à l'heure et des services. Ils consomment le pouvoir comme une cannette de bière : ils la jettent à peine vidée !
Il y a une solution.
Elle n'aboutira sûrement pas avant la présidentielle. Cette élection-là aussi passera, sans rien changer. Il ne faudra
pas la prendre au premier degré. Il faudra aller chercher ailleurs les ressorts d'une nouvelle dynamique et d'une nouvelle société. C'est un travail de fond, qu'il faut engager. C'est une
éducation, qu'il fau refaire. Il s'agit d'inverser les rôles. Au lieu d'exiger, d'attendre tout de l'Etat, chaque français, chacun d'entre nous, doit se demander ce qu'il peut apporter à la
collectivité, ce qu'il peut entreprendre pour améliorer le "vivre ensemble". C'est plus qu'une inversion du moteur, c'est une vraie révolution ! Une école du devoir, de l'engagement, de
l'ouverture aux autres, de la responsabilité : voilà ce qui attend la France de demain ! C'est son seul salut.
Pas la peine d'attendre un signal de la part de l'élite. Elle ne le donnera pas. Surtout en période électorale. Comme
toujours, la révolution viendra des entrailles du peuple. Les premiers signes de ce "dégage !" à la française sont perceptibles. Des particuliers, des gens de l'ombre, entrent en "résistance",
c'est le mot juste. Ils se lèvent, ils le disent, qui à la tête d'un conseil de quartier, qui au secrétariat d'une association, qui dans une commission de conseil général, qui encore, au cœur
d'une communauté de communes, partout où une parcelle de responsabilité peut être investie : "ça ne peut plus durer!"
Ils vont y arriver, ils vont faire tomber les frontières de verre, fédérer des populations. Créer du sens et du
lien.
Ce sont ces gens-là, qui vont changer la France, lui montrer le chemin, lui donner le destin qu'elle mérite, dans le
concert des nations. Le "buzzzz" qu'ils vont créer montera aux oreilles des élites. Celles qui ne l'entendront pas, périront sur place. Les autres prendront le train en marche. Le jour où nous
descendrons du capitole et de la roche Tarpéienne, nous aurons les élites que nous méritons. Le jour où nous prendrons les choses en main, ce garnement de Panurge n'aura plus rien à se mettre…
sous la main.
Etienne Desfontaines
Nus et sans défense
D'un côté, le Japon. Il n'y a pas de mots. Le silence, seul, peut tenter de remettre un peu de dignité dans les gravats de Sendaï. Le silence recueilli, après le grondement de la terre et le mugissement de la vague. Le silence incrédule, devant les réacteurs en fusion de Fukushima. Nous sommes sonnés, hébétés. En 2010, nous avions compté les morts par centaines de milliers : c'était à Haïti, un pays sans défense. En 2011, nous n'osons pas les dénombrer. C'est au Japon, la troisième puissance mondiale. Puissance ? Vous avez dit, puissance ? Le pays le plus sophistiqué du monde, le plus novateur et le plus courageux aussi, en est réduit à ramasser ses morts à la main, et à déverser des tonnes d'eau avec l'énergie du désespoir, comme le premier pompier venu, sur des réacteurs en fusion. Nous voilà nus et sans défense, sans prise sur la planète, comme à l'origine du monde.
De l'autre, les révolutions arabes. La Tunisie, l'Egypte, la Lybie, le Bahrein. Là aussi, les toits de béton volent en éclats, les enceintes de confinement sont endommagées, les barreaux entrent en fusion. Autrement dit : les dictateurs s'en vont, les pouvoirs ancestraux lâchent du lest comme en Algérie ou au Maroc, les tyrans crachent du feu comme en Lybie, les potentats étranglent la rébellion comme au Bahrein, avec le concours de l'Arabie Saoudite. La température monte, les réacteurs chauffent. On ramasse les morts dans le désert. Les expatriés rentrent chez eux, les familles se jettent sur les routes, les migrants embarquent dans des rafiots. Là aussi, nous sommes sonnés, hébétés. Et nous en sommes réduits à déverser dans les institutions des tonnes de discussions et de palabres diplomatiques. Sans suite. La déflagration est à deux doigts d'atteindre le pétrole et les stocks de haine entassés, pendant des années et des années, au Moyen-Orient. L'Europe, le G8, le G20, et l'ONU ont beau être compétents, organisés, responsables et représentatifs du monde entier : ils sont nus et sans défense, sans prise sur l'évènement, comme à l'origine du monde.
Que dire, que faire ? Les hommes des cavernes n'avaient que des incantations, contre la foudre et la convoitise des tribus voisines. Les peuples du Moyen-Âge priaient beaucoup, pour éviter les épidémies et les invasions. Ils rentraient souvent penauds de leurs grandes croisades. Des civilisations sont mortes : romaine, égyptienne, inca, pour n'en citer que quelques unes. Englouties par la nature ou le pouvoir d'autodestruction des hommes. La nôtre est à deux doigts d'y passer. Le nucléaire y pourvoira, commence-t-on à dire, qu'il soit civil ou militaire. Nous nous en remettons, au XXI° siècle, à la science et au politique. Les experts et les autorités défilent sur les écrans. Sans résultat. Nous ne sommes pas plus avancés que nos ancêtres : nous voilà nus et sans défense, sans prise sur nous-mêmes, comme à l'origine du monde !
Cela dit, les peurs ancestrales nous ont aussi incités à trouver des solutions. On appelle ça : "sortir du cadre", dans le langage moderne des conseils en entreprise. L'exploration du monde, les progrès scientifiques, les avancées philosophiques, économiques et sociales, nous ont effectivement sortis de bien des tracas. On peut se prendre à rêver : le jour est proche où nous allons tous nous échapper de la planète terre ! Nous sommes déjà passés par la lune, certains s'entrainent pour aller sur Mars, d'autres sont sur le point de repérer une autre planète où il y aurait de la vie, et la liste d'attente des premiers touristes de l'espace est longue comme un jour sans pain !
Chimère ? Espoir réel ? L'eau et le feu, éléments dévastateurs sur terre, seront-ils un jour maîtrisés, l'homme apprendra-t-il un jour à être sage, à l'autre bout de l'univers ? La question est posée. Ce n'est peut-être qu'une fuite en avant, une nouvelle ombre dans la caverne de Platon. Il n'empêche. Si je pouvais me le payer, je me mettrais bien dans la liste de la NASA. Pour avoir un bout de pain à la fin du jour, et voir " le monde comme il va"… derrière un hublot.
Etienne Desfontaines
L'œuf et la poule
Le billet de la semaine de Jacques Attali (http://blogs.lexpress.fr/attali) traite du même sujet. Il évoque une "videomocratie", un monde sauvage où l'information instantanée, non traitée, "devance l'analyse" comme vous le dites, et fait des ravages. Le moment est proche où, comme vous le disiez aussi dans un récent message : "des professionnels de la manipulation de masse pourraient bien mettre en place des armées d'individus capables de peser par un seul clic sur les économies, les marchés, les décisions politiques… Une espèce de lobbying planétaire qui gommerait les frontières et les cultures ancestrales..."
Vu sous cet angle, on peut se poser la question : qui a commandé les publications de Louis Harris Interactive qui placent Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour 2012 ? La cellule de communication de Nicolas Sarkozy, qui voudrait imposer un vote utile ? Celle de Dominique Strauss-Kahn, qui voudrait mettre Martine Aubry la tête sous l'eau ? Ou la principale intéressée, Marine Le Pen, qui surfe sur son succès personnel à l'intérieur de son parti ? Ou, tout le simplement, le Parisien Aujourd'hui en France, qui aurait eu besoin d'un coup médiatique face à la sortie du nouveau JDD ? Au Front National, on reste prudent, on attend le "tacle" des cantonales. Martine Aubry a immédiatement réagi et chargé le président de la République. DSK se tait. Les ténors de l'UMP restent de bois, ils minimisent en chœur les données de Louis Harris Interactive. Le Parisien dément évidemment la moindre idée de "business plan". Tout le monde est trop poli pour être honnête !
On ne peut pas nier la poussée de l'extrême droite, en France comme partout en Europe. Ce qui est sûr, c'est que notre vieux continent est une nouvelle fois soumis au paradoxe de l'œuf et de la poule. Qui a commencé, qui a mis le ferment du populisme et du racisme au cœur de la bataille politique ? Une institution dévoyée, comme celle d'Hénin-Beaumont, par exemple ? Et qui reprend le discours, qui continue à alimenter le moteur de la désintégration européenne et des tensions internationales ? Marine Le Pen et ses multiples coreligionnaires européens, ou tous ceux qui viennent sur les terres de l'extrême droite, qui en déploient les arguments, disent-ils, pour mieux en débattre, au lieu de les contrer sèchement et de développer des thèses fédératrices et humanistes ?
La poussée de l'extrême droite, en soi, n'est pas une nouvelle. La seule information utile aujourd'hui serait le libellé de la facture de Louis Harris Interactive : à qui est-elle adressée ? Qui est encore en train de jouer à l'œuf et la poule ? Qui vient de donner une fois de plus son âme au diable ? Une cellule de communication ? Un quotidien en mal de ventes ? En tous cas, ce sont des "professionnels de la communication", et ce sont leurs initiatives qu'il faut… tuer dans l'œuf !
Etienne Desfontaines
Paris brûle-t-il ?
Tous les scouts savent ça. Il faut constamment surveiller un foyer. Le mettre à bonne distance des tentes, et dégager le terrain plusieurs mètres à la ronde. Parce que le bois craque, les
étincelles sont soulevées par le vent, et les flammèches filent sans crier gare sur tout ce qui traîne à proximité.
Pauvre France ! Nous n'avons même pas vu le feu prendre, fin décembre, de l'autre côté de la Méditerranée. Personne ne l'a signalé. Pire, c'est un vrai "camp scout" qui s'en est approché comme si
de rien n'était, pendant les vacances de Noël. Le chef à Marrakech, le second au Caire, la cantinière en Tunisie, sans parler de tous les autres, qui à Marrakech encore, qui à Tripoli,
comme Henri Guaino, et qui d'autre ? et où ? Le "Canard Enchaîné" n'a pas fini de brasser les étincelles et de compter les pétards qui nous sautent au nez dans le feu arabe.
Forcément, ce qui devait arriver, arriva. Il y a bien une flammèche qui est tombée sur la tente du chef. Tout le monde l'a vue passer.
Maintenant le feu couve, rue du Faubourg Saint-Honoré. La crédibilité du plus haut niveau de l'Etat est entamée. Le président est venu le dire, sans ambages, à la télévision : le moment est
grave. Au mieux, on ne nous entend plus à l'étranger. Au pire, on rit de nous. On a souri, en tout cas, de voir les ailes du papillon Alliot-Marie flamber au soleil de Tozeur. Pourquoi et comment
notre élite politique a-t-elle pu se laisser prendre dans pareil miroir aux alouettes ? Pourquoi et comment a-t-elle pu passer à côté des prémices d'une telle révolution ? Pourquoi le Chef de
l'Etat, son Premier Ministre, la Ministre des Affaires Etrangères, le Ministre de l'Intérieur, les conseillers les plus proches du Président et même ses opposants les plus en vue, comme DSK et
son épouse, sont-ils restés fascinés par des dirigeants aujourd'hui déchus : des Ben Ali, Moubarak, Khadafi, ou menacés : des Boutefflika, Mohamed VI, Saleh au Yemen, sans parler des Emirats
qui vont bientôt entrer dans la danse, au point d'avoir des biens, des riads, chez eux, d'entretenir avec eux des relations privilégiées, et de passer des vacances dorées dans leurs plus
belles contrées, aux portes du désert ? Ils ont même bénéficié pour cela, c'est évident, d'une garde rapprochée, et on les a sans doute aperçus, tous autant qu'ils sont, dans un de ces
convois interminables de 4x4 qui sortent des grands hôtels, et qui traversent les oasis en trombe, en jetant des crayons aux enfants et en mitraillant les paysannes chargées comme des ânes !
Ils ont fait l'ENA, quand même ! N'ont-ils pas appris qu'un dirigeant qui passe les élections sans coup férir, qui se maintient 30 ans, 40 ans, au pouvoir, n'est pas des plus fiables ? N'ont-ils
pas été avertis qu'il faut prendre la cuiller du diable, avant de passer avec ce genre de
personnage à la table des relations internationales ? Honnêtement, qu'est-ce que le plus haut niveau de l'Etat français est allé faire au Maghreb, comme un seul homme, chez ces gens qui fuient
leur misère et que nous ne voulons pas chez nous, pendant les vacances de Noël ?
Au mieux, c'est de l'inconscience, au pire, c'est de l'incompétence. Et c'est à ces gens-là que nous confions notre avenir international. Le nouveau Ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, est
même venu dire hier, sans rire, à l'Assemblée Nationale, qu'il fait de la lutte contre l'immigration irrégulière et du renforcement de la sécurité ses priorités pour améliorer "la tranquillité
des français ! " En clair, circulez, il n'y a rien à voir !
Tant pis pour lui. C'est l'inverse, qu'il faut entendre. Aujourd'hui, la question se pose : "Paris
brûle-t-il ?" Demain, il faut le savoir, si on n'y prend pas garde, on entendra sur le Boulevard St Germain le même cri que celui de la place Tahrir : "Dégage !" Et les CRS fermeront le Pont de
la Concorde.
Etienne Desfontaines
La tenaille et le Mai 68 :
un nouveau conte des Mille et Une Nuits
On connait l'histoire de Sheherazade. Tant qu'elle tient le sultan en haleine, dans une chambre du palais, c'est bon.
Elle passe la nuit, elle a la vie sauve. Mais l'aube n'est pas loin. Il va bien falloir
qu'elle se rende à la réalité. Une terrible tenaille est en train de se refermer sur le monde.
D'un côté, le "printemps arabe". Une mèche allumée qui n'est pas là de s'éteindre. Un "printemps" qui pourrait bien
surgir en même temps, c'est inédit, dans l'hémisphère nord et l'hémisphère sud. On en perçoit quelques effets en France : une façon d'être, des réactions, qui se donnent volontiers des airs de
"Dégage !" On n'en est pas vraiment surpris. Les jeunes sont en mal d'emploi et de reconnaissance, ils entrent de plus en plus difficilement dans la vie
active, ils le crient sur Facebook, sur Twitter et sur leurs blogs. Ils font craquer la carapace du Vieux Monde. La
Chine, elle, sent bien de son côté qu'elle a un talon d'Achille qui est à deux
doigts de craquer : le Tibet. Il y a mieux : elle entend gronder son peuple en surchauffe, qui commence à exiger
des salaires semblables à ceux des Allemands ou des Canadiens ! Les équilibres en Inde, au Pakistan, en Afrique et en Amérique du Sud, sont fragiles. Il ne faut surtout pas sous-estimer la
puissance des populations qui vont réclamer leur part de bien-être, de richesse et de démocratie, dans les dix ans qui viennent.
De l'autre, des incertitudes galopantes sur une économie en pleine mutation. Un transfert de zones d'échanges désormais
beaucoup plus intenses autour du Pacifique que de l'Atlantique. Un changement de
paradigme. Une remise en cause radicale de questions aussi vitales que l'énergie : l'après-pétrole n'est plus pour
demain, nous y sommes maintenant; la production agricole : les OGM vont prendre le pas, on ne pourra pas l'éviter, il faudra bien nourrir la planète; la production industrielle : on voit se
profiler d'énormes questions. Faut-il encore donner à l'automobile une progression à deux chiffres ? Allons-nous continuer à rayer le ciel de lignes aériennes toujours plus denses ? Ou
imaginer d'autres moyens de transports ? Et les services : ils changent de nature, ils se transforment au fur et à mesure que les TIC se développent. La rapidité de la transmission de
l'information, la comptabilité en réseau, l'interférence
des Bourses, nous y sommes déjà aussi ! La dernière crise financière est là pour nous le prouver.
Il suffirait que la mèche, attisée par l'impatience de la jeunesse du monde, atteigne le baril de poudre rempli de ces
angoisses macro-économiques, pour qu'on assiste à un vaste "Mai 68" planétaire ! Je
prends les paris : en Mai 2011, l'imagination sera au pouvoir, il sera à nouveau "interdit
d'interdire"
à travers le monde entier ! Celui qui aurait l'idée à ce moment-là de s'en offusquer entendra siffler à ses oreilles le
mot magique du moment : "Dégage !" Et tout sera dit. Il faudra juste se précipiter alors sur le bouton nucléaire, pour empêcher qu'un doigt, à la fois criminel et innocent, n'appuie dessus.
Pour voir ce que ça donne !
Pour le moment, Sheherazade tient la mèche. Elle n'a pas encore franchi le canal de Suez. Elle virevolte, elle s'en
amuse, dans le Maghreb. Elle a imaginé un nouveau conte : c'est une série de sultans
qu'elle embobine, les uns après les autres ! Du coup, les nuits se suivent et ne se ressemblent pas. Mais gare, le
dernier chant du coq est pour demain !
Etienne Desfontaines
La présidentielle, et moi, et moi, et moi…
D'où me vient cette furieuse envie de zapper le débat présidentiel français ? Et de me concentrer sur le niveau régional, européen et international ? Serait-ce la lamentable teneur du landernau médiatique du début 2011, la dispersion annoncée des candidatures à la candidature qui ramène la présidentielle au niveau d'une cantonale ou d'une municipale, la dérisoire cascade des non-dits et des petites phrases ?
Peut-être un peu, peut-être pas vraiment. Deux ans de recul et de chronique européenne dans l'hebdomadaire Croix du Nord m'ont fait comprendre que dans la plupart des cas, sur des sujets aussi sensibles que l'emploi, la santé, la défense, les transports, les migrants et les Roms, pour ne citer que ces exemples-là, les décisions majeures ne se prennent plus chez nous, mais ailleurs. Dans les QG des sociétés internationales, dans celui de l'OTAN, dans les trois grandes institutions européennes : le Conseil, le Parlement et la Commission Européenne, sinon dans dans le bureau de Jean-Claude Trichet, à la bourse de Pékin, à Washington ou au G20 !
La preuve ? Nicolas Sarkozy revient sans arrêt sur les résultats qu'il a obtenus lors de son dernier passage à la présidence de l'Europe, il tient absolument à marquer d'un sceau d'efficacité la présidence actuelle du G20. Dominique Strauss-Kahn joue à fond la carte de la présidence du FMI avant de rentrer en France : lui seul serait capable d'analyser de façon objective l'avenir de la France dans le concert des nations. Et Martine Aubry n'est pas en reste : elle est déjà présidente de l'Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai, le 1er groupement européen de coopération territoriale (GECT) jamais créé, un héritage de Pierre Mauroy qui sert d'exemple à toute l'Europe, dont le directeur d'origine flamande, Stef Van de Meulebrouck, dit partout qu'il veut créer une dynamique différente de tout ce qu'on n'a jamais vu, et précise bien à qui veut l'entendre "qu'on ne fait pas disparaitre des frontières, pour en construire d'autres un peu plus loin !..."
Alors, à bon entendeur, salut ! Il faut rendre à César ce qui est à César. De là à continuer dans les citations bibliques, et à ajouter que "mon Royaume n'est pas de France", il n'y a qu'un pas, que je franchis allégrement ! Pare que j'en ai aussi la preuve. Le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, vient de signer un décret capital, dont les attendus sont pour le moins… inattendus ! L'église de Bouvines est enfin classée au titre des monuments historiques, il faut lui en rendre grâce, mais il faut surtout lire la suite : "en raison, dit-il, de l'exceptionnelle qualité des vingt-et-une verrières de Champigneulles relatant les épisodes de la bataille de Bouvines, un évènement majeur de l'histoire… européenne !" Panique à bord et vent de force 8, chez les descendants de Philippe-Auguste ! Il a pourtant raison, les historiens sont là pour le confirmer avec de multiples arguments. Mais c'est totalement inédit. Ce n'est pas du tout ce qu'on enseignait dans les manuels d'histoire du XX° siècle, qui ne parlaient que d'un premier sentiment de la "nation" France ! Comme quoi, le passé peut aussi avoir un avenir.
Etienne Desfontaines
Ce n'est qu'un début !
Economie d'un côté, droits de l'homme de l'autre, mondialisation pour tous : c'est le programme annoncé pour le
manifestant de la place Tarhir, comme pour le retraité de notre province la plus reculée. Les évènements d'Egypte et de Tunisie ne sont qu'un début. Ils ne concernent pas seulement le monde
arabe. Ils nous concernent
tous. Nous sommes en train de vivre des mutations fantastiques, dont nous ne mesurons pas les conséquences. Le retour de
l'homme est annoncé au cœur de la politique, de l'économie et de la
finance, de la science et de l'éducation, de l'écologie et de la santé. Nous changeons de paradigme. Les équilibres que
nous avons connus au XX° siècle, perdus et rétablis de guerre en guerre, ne
peuvent plus nous servir de repères. Nous devons en inventer d'autres. Qui prennent en compte la disparition des
frontières, la réduction des distances, l'interpénétration des histoires et des
cultures du monde entier : occidentales, orientales, africaines et sud-américaines.
C'est ce que nous disent les immigrants tunisiens. Ils ne fuient pas la liberté. Ils fuient la misère, un avenir
immédiat compromis par les
soubresauts de leur pays. Leur bonheur, ils le veulent tout de suite. Comme tout le monde. Ils l'ont à portée de main,
ils le savent bien : ils le voient sur internet. Il leur suffit de passer de
l'autre côté de la Méditerranée. Ils ont vingt ans. L'énergie, l'enthousiasme, la capacité d'invention et d'adaptation
de la jeunesse. Un potentiel inouï, que nous devrions considérer avec
attention et la plus grande bienveillance ! Au lieu de les renvoyer chez eux, parce qu'ils n'ont pas de visa. Ils nous
disent qu'aujourd'hui un pays ne peut plus ni se libérer, ni se construire
seul. L'influence d'internet, l'immanence du monde, dans la "révolution du jasmin" est évidente. Il en sera de même
pour la construction de la nouvelle Tunisie.
Cela dit, restons humbles et lucides. Dès maintenant, c'est vers la Chine et le Brésil que tous les regards se tournent.
Un jour, nos jeunes
suivront l'exemple des immigrants tunisiens. Ils ne rêveront que d'une chose, j'en prends le pari : traverser les
océans, prendre un avion ou une navette sub-spatiale, pour découvrir l'eldorado
chinois ou brésilien. Nous n'en sommes qu'au tout début. Le monde va connaitre ce que les allemands de l'Est ont vécu,
quand le mur de Berlin est tombé : un fascinant sens dessus-dessous ! Tous
les "murs" politiques, socio-économiques, écologiques, scientifiques et religieux, sont en train de tomber. C'est
le monde arabe qui en fait
aujourd'hui l'expérience. Les autres vont suivre. Si j'ai la chance d'avoir encore un œil ouvert en 2050, ce sera sur
une autre planète : je ne suis pas certain de m'y repérer !
Etienne Desfontaines
Critique de film
Au-delà
L’histoire
Trois personnages qui ne se connaissent pas vont converger vers un point de rencontre en empruntant les chemins de la mort. Au cours de leur voyage, Ils vont amener les spectateurs à côtoyer l’au-delà afin que ceux-ci finissent par se poser la question cruciale : Y a-t-il quelque chose après la mort ?
Le premier est un homme. George (Matt Damon) est un ouvrier américain de San Francisco qui a frôlé la mort à la suite d’une opération chirurgicale. Il s’en est sorti miraculeusement et doté d’un pouvoir de médium qui lui permet de converser avec les êtres disparus. Il lui suffit de toucher la main de quelqu’un pour établir le contact avec un proche de cette personne qui se situe quelque part dans l’au-delà. Ce pouvoir lui a permis dans un premier temps de gagner de l’argent mais la détresse de ses clients lui pèse comme une malédiction de même que ce flirt constant avec la grande faucheuse. Il finit par sombrer dans une espèce de dépression et par fuir toute forme de sollicitation, conscient de communiquer avec les morts mais d’éprouver des difficultés à le faire avec les vivants.
Le deuxième personnage, Marie, est une femme (Cécile de France). Elle est française et journaliste de télévision. Elle vit à Paris, dans un monde artificiel dans lequel elle excelle. Son talent est reconnu et elle sait jouer de sa séduction pour s’imposer professionnellement. Un accident va néanmoins bouleverser son existence : En vacance en Asie, elle est victime d’un tsunami d’une violence inouïe. Un moment dans un état proche de la mort clinique, elle est ramenée à la vie par deux sauveteurs. Mais ce court voyage dans l’au-delà va la transformer et surtout changer son regard sur l’existence qu’elle mène.
Le troisième personnage (Marcus – George Mac Laren) est un jeune londonien qui perd son frère jumeau, victime d’un accident qu’il vit en direct puisqu’ils étaient en train de se téléphoner. Il entretenait avec lui une relation d’autant plus forte que leur mère, droguée et alcoolique, les obligeait à une complicité de tous les instants. Désespéré, placé dans une famille d’accueil, il recherche un contact avec son double. Une quête acharnée et silencieuse qui lui fait pénétrer le monde des voyants et des religieux où les charlatans sont légion.
Les trois histoires s’entremêlent sans jamais fusionner jusqu’au dénouement où ils se retrouvent par hasard tous les trois à Londres pour une happy end très made in USA. Matt Damon et Cecile de France vont trouver l’amour et lui sera débarrassé de son don. Quant au jeune Marcus, il va trouver les réponses à ses questions.
Le film
Avec son 31ème film, « Au-delà », Clint Eastwood n’a pas choisi la facilité. Il s’attaque à un sujet quasi tabou pour les pauvres mortels que nous sommes : la mort et la notion de passage vers autre chose, un après indéfinissable, qu’on espère tous plus ou moins. C’est cette interrogation posée sur l’inconnu qui trouble l’humanité depuis des millénaires puisque, quel que soit notre QI ou notre compte en banque, nous sommes incapables d’y répondre. Autant dire que le film amène inévitablement une frustration dans la mesure où il ne peut nous éclairer sur cette question fondamentale. Nous en sommes réduits aux hypothèses. Pour l’éternité, oserais-je ajouter.
La religion aurait pu être l’une des clés du film. Mais Eastwood est un laïc et même s’il a dépassé les 80 ans, il affirme avoir été plus séduit par le scénario de Peter Morgan (l’utilisation de catastrophes – tsunami, attentat terroriste dans le métro de Londres - pour bâtir une histoire totalement inattendue) que taraudé par des questions métaphysiques: « La vie après la mort est un concept qui doit avant tout nous faire profiter de la vie. Après, s’il se passe quelque chose, c’est un bonus. La peur, c’est juste l’inconnu. L’interprétation qu’on en fait n’est que croyances et religion. »
Et si on le pousse dans ses retranchements, il s’en tire par une pirouette : « Dans mes premiers films, je passais mon temps à tuer des gens. Pour une fois, je m’intéresse à ceux qui tentent de survivre. »
Il concède simplement avoir modifié le scénario de Peter Morgan (l’auteur de The Queen) pour laisser une fin plus romantique. Morgan l’a écrit après avoir perdu un être cher. Après ce drame, il s’est posé énormément de questions du genre : Comment réagit-on quand on a perdu quelqu’un qu’on aime ? Comment vit-on l’absence ? Comment continuer à vivre ?
Comment l’enfant va réagir alors qu’aucun adulte n’a de réponse à lui donner ?
Précisons encore que Clint Eastwood, excellent pianiste, a composé la musique sauf pour la partie anglaise où le deuxième concerto de Rachmaninov s’imposait à lui. Enfin, il considère que c’est son film européen car il est rarissime de voir un kaléidoscope d’histoires dans les scénarii hollywoodiens.
Le tournage
Le film débute par des images choc, un tsunami d’une violence inouïe qui nous fait mesurer ce qu’ont pu endurer les victimes en 2004. Pour donner plus de réalisme encore aux scènes, Clint Eastwood utilise la même technique que Steven Spielberg (co-producteur du film) dans « il faut sauver le soldat Ryan » : il enlève toute musique de la bande-son pour donner l’impression qu’il s’agit d’un documentaire ou d’un film d’amateur tourné sur place. En réalité, il a utilisé pour la première fois des images de synthèse pour des raisons évidentes de coût. Il a aussi recréé, image par image, des documents d’archives tournés à l’époque. Il a entièrement dessiné la séquence en amont.
Les scènes sous-marines sont tournées en studio. En revanche, il a absolument voulu que celle qui réunit Cécile de France et la petite fille asiatique soit réalisée dans l’océan, à Hawaï. Il s’est mis en maillot de bain pour les rejoindre à la nage.
Sur le plateau, il est d’un calme olympien. Il est capable de tourner quatre ou cinq scènes dans la même journée et ne fait en général qu’une ou deux prises de vues : « Je pense qu’il y a une fraîcheur dans le regard d’un acteur qui joue une scène pour la première fois, qui se transforme en mécanique de jeu dès la troisième ou la quatrième prise. » Il ne dit jamais « Action » mais se contente d’un simple signe de la main.
Les acteurs
Il est intéressant de comparer l’approche des deux acteurs majeurs du film, Matt Damon et Cécile de France, sachant que les enfants n’avaient jamais tourné auparavant. A signaler néanmoins que ces deux jumeaux ont joué tour à tour le rôle de l’autre pour renforcer leur sentiment qu’ils ne font qu’un.
Matt Damon était retenu par le tournage de « L’agence » (thriller de George Nolfi) lorsqu’il a été contacté par Eastwood. Ce dernier a accepté de filmer les deux autres parties du film en novembre et décembre et de passer à la troisième en janvier 2010, afin de permettre à son ami de faire partie de la distribution.
Damon ne s’est pas documenté sur le sujet qu’il jugeait trop personnel. Il voulait rester sur le registre de l’imagination.
Cécile de France a été contactée par un coup de fil pour le rôle qu’elle devait jouer en français. Elle a tourné deux scènes d’essai en l’absence de Clint Eastwood qu’elle n’a rencontré que trois jours avant le tournage. A l’inverse de Matt Damon, elle a énormément travaillé le rôle en se documentant sur les expériences post-mortem. Elle a assuré le doublage en anglais et a même nourri la fameuse scène sur Mitterrand qu’elle a écrite avec deux amis (Vincent Landez et Mickaël Bensoussan). Aucune scène sous-marine n’est doublée. Elle s’est entraînée avec des cascadeurs.
Au total le tournage a duré une vingtaine de jours pour elle mais il s’est étalé sur plusieurs mois car il y eut de longues interruptions. Clint Eastwood assurait en même temps la promotion d’Invictus.
Matt Damon et Cécile de France n’ont eu que deux jours de tournage ensemble. Ils ont quand même pris le temps de boire une bière avec Clint Eastwood le dernier jour.
Rien à déclarer,
Rien à voir !
Depuis l’impensable succès de « Bienvenue chez les Ch’tis », Dany Boon est une icône et peu de critiques se hasardent à l’égratigner. D’où le silence gêné qui accompagne la sortie de son dernier film « Rien à déclarer ».
Or, cette comédie tournée en Thiérache et qui met en scène des douaniers belges et français ne mérite guère l’imposant arsenal promotionnel qui l’inscrit mécaniquement au sommet du hit-parade des salles de cinéma, en ce début d’année.
Le scénario est original mais la réalisation manque de subtilité. Benoit Poolvorde, malgré tout son talent, rame pour donner un peu de crédit à son personnage, dessiné à la truelle. Il ne fait pas rire, il indispose par son racisme caricatural et assourdissant.
Les décors respirent le carton-pâte et la campagne si vallonnée est occultée en permanence. Les hommes politiques du secteur, qui espéraient rebondir sur le film pour promouvoir le patrimoine local, à l’exemple de Bergues, vont s’arracher les cheveux. On imagine mal les cinéphiles étrangers débarquer pour visiter le musée ou emprunter le circuit touristique comme des pèlerins en quête de repères. Non seulement il n’y a rien à déclarer mais il n’y a rien à voir.
La mise en scène manque de rythme. Seuls les gags placés dans la deuxième partie provoquent quelques rires généreux. En ce qui concerne la première moitié, la bande-annonces et la promo ont déjà tout dévoilé. Bref, un film lourdingue que même les inconditionnels de « Dany » auront du mal à trouver drôle.
A.S
TEMOIGNAGE
Mozart, Chopin, et nous, et nous, et
nous….
Sur le thème de ce billet, je me souviens d'avoir vécu deux expériences contradictoires. La première, dans la rue. Dix-huit heures, fin mai.
Le quartier des Halles à Paris, les abords du centre commercial, Saint-Eustache en fond de scène. L'habituel brouhaha des "passersby", comme disent
les Américains, qui s'enfoncent dans les sous-sols pour attraper un RER, changer de quartier ou sortir de Paris. Une jeune violoniste était là. Excellente, sans être virtuose. Efficace, mais
fragile, dans le mouvement lent du 3ème concerto pour violon de W. A. Mozart. Emouvante. Les passants ont formé le cercle. Ils sont restés, ils ont applaudi. Ils ont eu du mal à se
disperser. Je n'ai jamais su qui était cette jeune violoniste, toute mince et vêtue de noir. J'en ai gardé un souvenir impérissable.
La deuxième, un soir de séminaire, toujours à Paris. Je réussis à m'échapper. J'attrape un billet à la volée. Une place de parterre, salle
Gaveau. Je m'y précipite pour 20h. Dans la minute qui suit, Maurizio Pollini fait son entrée sur scène. La virtuosité faite homme. Chopin, Litz
défilent. Je m'ennuie, je n'arrive pas à entrer dans le concert. Et à l'entracte, je m'interroge. Je finis par rentrer à l'hôtel.
De ces deux expériences, je retire l'analyse suivante. D'abord, il ne suffit pas d'être virtuose pour capter l'attention du public. Le partage
d'une émotion, au pied de la beauté, relève d'une grande profondeur humaine. Cela tient du mystère. Parfois, le courant passe. Parfois, ce n'est pas le cas. C'est une leçon d'humilité.
Ensuite,
vous avez raison, l'environnement est important. L'arrivée d'un métro dans une station couvre immanquablement la nuance de "l'allegro ma non troppo"
ou de l'insoutenable "mezzo forte" voulu par l'auteur… Alors, on écrase un peu la corde pour passer au-dessus des voix et du crissement des portes
battantes… Et on écrase l'émotion. Mais le "bruit" extérieur n'est pas tout. Il y a aussi le "bruit" intérieur. Celui du cadre dynamique, qui se jette un soir de séminaire dans une salle de
concert ! Il y a souvent plus de vacarme dans la tête et le cœur d'un homme, qu'entre les portes battantes d'une station de RER !
Il faut faire "vœu de pauvreté" pour écouter une œuvre musicale, pour se laisser emporter par la
beauté et l'émotion. Il faut abandonner son PC, son I-phone, ses clefs de voiture, perdre la notion du temps, vous l'avez dit, mais aussi et surtout, remettre en question tout ce qui est
impératif dans la vie, réévaluer l'échelle des priorités des temps modernes, pour les supprimer toutes, une à une, jusqu'à n'en plus retenir qu'une seule : celle du beau, et… de l'éternité !
Pas
simple, pour le commun des mortels
Etienne
Desfontaines
Sortie en librairie cette semaine
dans tous les Furet, à la Fnac de Lille,
dans toutes les bonnes librairies et
sur commande Internet au site de
l'éditeur
LE CARNAVAL
DES PETITES AMES
Par André Soleau
Editions le Riffle
On laisse entendre qu’il vit en bandes, sans distinction de race ou de statut social. Mais il se montre tout autant solitaire et indépendant.
En fait, le « con », pour utiliser une expression populaire et universelle, est partout. […] il est multiple. Il est l’autre.
Même si ils ou elles se reconnaissent au fil des pages, ce qui paraît peu probable, nul ne songera à m’intenter un quelconque procès pour atteinte à la vie privée. On se sert de sa connerie, on ne la revendique pas. Ce qui m’a garanti un certain confort d’écriture.
Voici réunis quelques spécimens pour une grande photo de famille :
Dix récits où tour à tour des hommes et des femmes de toute condition et habitant la région du Nord de la France font tomber le masque !
André Soleau dédicacera ses livres
Le Carnaval des petites âmes
Le monde comme il va
Samedi 22 janvier après-midi à la librairie Brunet
à Douai
Les samedi 12 et dimanche 13 mars au Salon du livre
à Bondues
Samedi 5 février à la libraire Passe Temps à
Avesnes/Helpe
Samedi 19 et dimanche 20 mars au
Salon de Paris
- Les réactions
Le Carnaval des petites âmes
Dix nouvelles remarquablement écrites, souvent sarcastiques, parfois un peu cruelles, le texte dense et vivant est d’une lecture facile. On aimerait toutefois y trouver un peu de poésie, voire d’optimisme… la prochaine fois peut-être 175 p Le Riffle € 15
H.D
J'ai lu le Carnaval des petites âmes avec beaucoup de plaisir, restant dans l'attente de m'y replonger au plus vite
lorsque je devais en suspendre momentanément la lecture.
Il est des passages tristes, émouvants, désolants, désarmants de ... conneries humaines que chacun rencontre au hasard autour de soi, sans jamais devoir lontemps chercher d'ailleurs. Chaque
nouvelle est comme la touche d'un ensemble pictural. Les coups de pinceaux sont fermes et nets ; chaque nouvelle est simple, montrant des vies telles quelles, sans fard, toutes bêtes, de
toutes conditions, de toutes situations, et, en quelque sorte, en vraie chair et en vrais os !
L'ensemble, le second niveau peut être, celui qui m'est resté en tout cas, m'apparaît comme la vision bien plus vaste
d'une condition humaine menée par l'illusion ; quand le carnaval s'achève, quand les masques dorés et enrubannés tombent, que reste-t-il ? Quels sont les véritables visages ? Poussant plus loin
encore, quels sont nos véritables visages ? L'Humanité, une véritable bande de c... ? (c... : carnavaleux, bien entendu ! )
Bref, j'ai bien aimé.
L.L
A QUAND LE PROCHAIN
Dès que l'on commence à lire, on ressent le besoin de découvrir la suite. C'est d'une justesse implacable. Bravo! A quand le prochain?
J.FJ'AI BIEN RIGOLE
Profitant d'un déplacement en train j'ai lu "le carnaval des petites âmes" d'un seul trait hier.
Un régal cette galerie de portrait qui m'a immanquablement fait penser à La Bruyère, ce qui est plutôt flatteur.
Si je pense avoir mis quelques noms avec certitude, d'autres me font penser à plusieurs personnes.
Y compris à moi-même... et à Toi, dans certaines situations.
Bref :
1 - j'ai bien rigolé
2 - c'est bien vu
3 - on est souvent le con d'un autre..
H.L
LES ARISTOCRATES
Ce livre me plaît. Il me reste la dernière histoire à découvrir.
Il se lit très facilement. Les histoires sont bonnes.
J'ai bien aimé""les aristocrates de Santa Barbara".
P.H
DES TRANCHES DE VIE
Moi qui ne suis pas un grand lecteur,j'ai pris grand plaisir au fil des pages
à découvrir ces tranches de vies très psychologiquement décortiqueés et
transcrites avec style par l'auteur ....sincérement bravo...
A.G
LES ARISTO-CRADES DE SANTA BARBARA.
Nous avons été, sommes, ou serons tous un jour, les infâmes, traîtres et lâches tourmenteurs de nos voisins, collaborateurs, voir nos proches.
Comment avoir les idées larges dans un esprit parfois si étriqué?
BIENVENUE CHEZ LES CHT'IS.
Dans un monde sans pitié ou la loi du plus fourbe régne en maître.Il marrive parfois de faire mienne cette maxime : Heureux les simples d'esprit, le royaume des cht'is leur
appartient.
Ph.M
UN BON LIVRE
Doris et moi ne résistons pas au plaisir de vous conseiller vivement
la lecture du livre "le Carnaval de petites âmes", le Rifle
Une dizaine de nouvelles remarquablement écrites, texte dense et
vivant.
H.D
BON APPETIT !
Les premières pages expriment ce que nous ressentons sans trouver les mots justes, pour exprimer ce que vous savez faire et bien. C'est comme une révélation. Les premières pages donnent envie d'engloutir le reste.
M.F
HUMOUR
Les livres d'André Soleau, c'est comme les nécrologies. Tant qu'on n'est pas dedans, tout va bien
B.P
BRAVO
Ce petit mail pour te dire combien j'ai apprécié ton livre. Il est magnifiquement écrit et, au petit jeu des références, facilité dont sont friands les journalistes, je verrais bi
André SOLEAU
· Né le 29 décembre 1949
· Entré à La Voix du Nord en 1972
· Journaliste en 1980
· Grand reporter en 1983
· Rédacteur en chef de La Voix des Sports en 1989
· Rédacteur en chef et éditorialiste de La Voix du Nord en 1991
· Directeur général adjoint en 1995
· Directeur général du journal en 1998
· Directeur général du groupe en 2004.
Parallèlement :
· Vice-président du directoire et administrateur de La Voix du Nord
· Président de Nord-Eclair, de Presse-Nord, de la SIA, de PGLM
· Administrateur de La Voix-L’étudiant, de Répondances…
· Censeur du Courrier Picard
Quitte volontairement le groupe en 2005 après son rachat par Serge Dassault.
Martine Aubry espérait rebondir sur la victoire du LOSC en Coupe de France. Elle avait convié les joueurs du club et les supporters, à l’Hôtel de Ville de Lille, afin de fêter ce moment historique qui vaut toutes les campagnes promotionnelles. Patatras ! Dominique Strauss-Kahn lui a volé la vedette par le biais d’un fait divers sordide qui tourne en boucle sur toutes les télévisions.
La Cinquième République nous avait déjà réservé quelques scandales sous forme de fausses rumeurs ou de révélations croustillantes. Le premier à en pâtir fut le président Georges Pompidou, éclaboussé par une histoire de ballets roses à laquelle fut mêlée perfidement son épouse, Claude. Puis il y eut Giscard et les diamants de Bokassa, Mitterrand et sa double vie, Chirac et la mairie de Paris, Sarkozy et ses démêlés conjugaux. Mais l’affaire de la tentative de viol, avérée ou non, du candidat favori des socialistes à l’Elysée, sur une femme de chambre, dépasse de loin tout ce qui s’était déjà produit dans le passé. Même les histoires dites culte de Felix Faure, mort dans les bras de sa maîtresse au cours de l’acte sexuel, selon les bonnes feuilles de l’époque, ou de Paul Deschanel, retrouvé en pyjama, errant le long d’une voie ferrée après être tombé du train, apparaissent anecdotiques et sans saveur face à ce que la presse qualifie d’ores et déjà de séisme politique.
Imaginons un instant la scène telle que la décrit l’accusation. Le patron du FMI sort de la salle de bains, nu comme un ver, dans la suite présidentielle du Sofitel à Manhattan. La bedaine en goguette, il verrouille la porte et saute rageusement sur une modeste employée guinéenne, âgée d’une trentaine d’années. Elle parvient à se dégager, comme dans les feuilletons made in US, et alerte les agents. Le méchant s’enfuit mais la police, toutes sirènes hurlantes, l’interpelle dans l’avion, juste avant le décollage. De quoi faire le bonheur des chansonniers pendant quelques mois.
La suite est moins drôle car les Américains ne badinent pas avec la chose. DSK risque une vingtaine d’années de prison, voire plus. Les dégâts sont déjà énormes. Sa carrière politique est quasiment terminée, même s’il parvient à se sortir de ce guêpier. Et il y a fort à parier que les langues vont se délier, que d’autres affaires viendront alourdir son dossier. Marine Le Pen y a fait allusion sans précaution oratoire.
Surtout, l’image d’un homme hagard, perdu au milieu des policiers du commissariat de Harlem, menotté dans le dos et mitraillé cruellement par les flashes des photographes, a fait le tour du monde. Elle s’accommode fort mal d’une campagne présidentielle où l’exemplarité reste une vertu cardinale.
Comment en est-on arrivé là ? Dominique Strauss-Kahn possédait les moyens financiers et la notoriété nécessaires pour s’offrir, en cas de besoin urgent, les escort girls les plus affriolantes. Forts de ce postulat, certains n’hésitent pas à avancer la thèse du complot. On passerait du sexe aux barbouzes. Laissons le soin aux enquêteurs de démêler les fils embrouillés de cette affaire hors normes. Mais si l’agression est confirmée, c'est que DSK souffre réellement d’une pathologie comme l’a évoquée Marine Le Pen. Et l’on aura peine à croire que ses proches et même ses adversaires l’aient ignorée durant toutes ces années. Quant à ceux qui prédisaient des échéances électorales riches en coups sous la ceinture, ils sont servis.
André Soleau
LIBRE OPINION
Les camions à gauche
L'histoire est bien connue, c'est Coluche qui la racontait. On l'entend encore, la voix haut-perchée, le regard en coin et le doigt levé. "Le gouvernement belge a pris la semaine dernière une grave décision. C'est une expérience qu'il veut mener avec fermeté, il a demandé aux voitures de rouler à gauche. Si ça marche, dans deux mois, il demandera… aux camions de faire la même chose !" On rassure évidemment nos amis belges, on les aime. Mais on a envie d'ajouter, toujours à la façon de Coluche : "Riez pas, c'est avec nos sous, et c'est exactement ce qui se passe en ce moment à Bruxelles !"
Sauf que… Quand on dit "Bruxelles", on pense à l'Europe. Et quand on dit l'Europe, on ne sait pas à quoi on pense. Est-ce qu'il s'agit du Parlement Européen ? De la Commission Européenne ? Ou du Conseil Européen ? Qui a décidé de la naissance de l'euro le 1er janvier 1999, à la suite du Traité de Maastricht ? Qui a imaginé de "rouler à gauche", autrement dit de créer une monnaie unique pour onze pays*, d'y ajouter un "code de bonne conduite", autrement dit des critères de convergence**, sans se préoccuper "des camions", autrement dit des budgets, de la fiscalité et de la structure économique de chaque nation. On a voulu faire surgir une convergence économique, en instaurant autour de la monnaie unique une simple "surveillance" des politiques économiques de chaque Etat. Il aurait fallu aller plus vite, oser faire plus. Vaincre les nationalismes, créer un véritable ensemble budgétaire, fiscal et économique.
Le "carambolage" que nous observons aujourd'hui, la crise de la zone euro, était largement prévisible. Elle a été prévue par certains experts. Elle nous amènera sans doute à de grandes avancées européennes. Parce que les politiques vont prendre les choses en main. Ils y seront poussés par la volonté des peuples. C'est ainsi que nous avons toujours progressé, et c'est ce que le monde attend de nous. Il faut bien s'en rendre compte, malgré tout ce qui se dit au fil des campagnes électorales, des sommets et des rencontres bilatérales, c'est maintenant que ça va se passer. Nous en voyons les prémices, nous y serons sans doute dans moins de cinq ans.
Mais tout de même, si le Conseil Européen (le collège des chefs d'Etat) l'avait voulu, puisque c'est de lui qu'il s'agit, et s'il avait demandé au Parlement Européen d'avoir le courage de le valider, puis à la Commission Européenne d'avoir celui de l'appliquer, on aurait pu "faire rouler les camions à gauche"… depuis longtemps !
Etienne Desfontaines
29 mai 2012
(*) la Belgique, l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Finlande (la Grèce a rejoint l'ensemble en janvier 2001, la Slovénie, Chypre, Malte, la Slovaquie et l'Estonie ont suivi en 2004, 2007, 2008, 2009 et 2011)
(**) la stabilité des prix, des taux d'intérêt proche de la moyenne des taux des trois états ayant l'inflation la plus basse, des déficits limités à 3% du PIB, une dette publique inférieure à 60% du PIB, et la stabilité des cours durant les années précédentes.
FRACTURE OUVERTE
Mardi 8 mai
Deux présidents, au pied de l'Arc de Triomphe. Le symbole de l'unité retrouvée. L'image restera dans les annales. Sauf que… Bien loin de la Place de l'Etoile, dans les campagnes et les banlieues, plus du tiers des français, extrêmes de droite et de gauche, ne se reconnaissent plus dans ces deux hommes. Ils crient à la trahison. Ils ne veulent qu'une chose : l'implosion de la droite modérée pour les uns, le débordement de la gauche et la satisfaction immédiate de leurs revendications pour les autres.
La poignée de main républicaine des deux présidents sur le pavé parisien cache une fracture ouverte de la société française, comme partout en Europe. Des fragments d'os sont d'ailleurs sortis en Grèce. C'est un parti néonazi, qui est prêt à entrer, vingt-et-un sièges, dans la représentation officielle d'un état européen. Sans générer de protestation massive.
Samedi 12 mai
Un coup de TGV, vingt minutes de TER. Jean-Luc Mélanchon pose le pied sur le quai d'Hénin-Beaumont. Le loup débarque dans la bergerie. Ici aussi, comme en Grèce, droite et gauche modérées ont sombré dans une gestion calamiteuse. Le système minier a été rongé jusqu'à la corde par les socialistes, l'UMP locale a subi des années de bisbilles internes. Les medias se concentrent sur les vociférations des leaders d'extrême-droite et d'extrême gauche. La population ne croit plus au "politique".
Ce qu'il faut bien savoir, c'est que cette population n'a plus rien à voir avec "la culture collective", le territoire où "est né le mouvement ouvrier français avec ses flamboyances, ses visions d'avenir et, ses rêves les plus fous" imaginé par Jean-Luc Mélanchon. Les résidences pavillonnaires d'Hénin-Beaumont ont pris le pas sur les cités minières d'Hénin-Liétard. Le seul "carreau" qu'on trouve encore, ouvert le dimanche, est celui du vaste Centre Commercial de Noyelles-Godault ! L'individualisme, ici aussi, fait le lit des extrêmes.
Mardi 15 mai
François Hollande fait ses premiers pas sur la scène européenne à Berlin. Il dit sa détermination, et Angela Merkel fait assaut d'amabilité… contrainte. Ils apprennent à se connaître. La conférence de presse est un bijou de diplomatie européenne. On définit le cadre de la discussion. On trace les lignes d'une méthode de travail. On dit à la Grèce qu'on tient à elle dans la zone euro. On lui fait savoir qu'on va "revenir très vite" vers elle avec d'autres propositions de "croissance". Oui, mais quand ? Et lesquelles ? Sans changer les règles de l'austérité.
Combien de temps français et allemands, dirigeant pondérés et modérés, vont-ils tenir dans le concert des fureurs et des extrêmes, qui fusent partout en Europe ? L'individualisme des nations, la rage des peuples, risquent aujourd'hui de briser la zone euro, l'ossature économique voulue par les Pères de l'Europe. De l'après-guerre à l'avant-guerre, il n'y a qu'un pas. S'il est hésitant, comme celui de François Hollande hier soir sur le tapis rouge de la chancellerie allemande, il peut être lourd de conséquences.
Etienne Desfontaines
The Russian dolls
Cette fois, le moment est venu, parlons anglais. Pour nous mettre à la place d'un chef d'état qui s'assoit pour la première fois à la table du Conseil Européen. Pour élargir notre champ de vision, et endosser avec lui la responsabilité de toute l'Europe.
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So, let's have a different way to mind our old country. And listen to the President of the European Council, Herman Van Rompuy, in front of the European Business Summit, 2012 April 26th, in Brussels. The subject of his speech ? "Growing ourselves out of the crisis !" European business men were there, focusing on concrete solutions, to move the EU out of the crisis and enhance growth in our nations.
That's what about François Hollande will hear from his colleagues next Wenesday may 23rd in Brussels, that's what about we have no idea, that's what about we should have been informed during the presidential campaign. "Europe needs structural economic growth, said H. Van Rompuy, and we can deliver it. [But] reforms take time… Some create the impression (or the illusion) that a growth policy is easy. This is not at all the case. We have to shape change, ourselves, otherwise it will be imposed on us !"
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-Revenons maintenant au français. Pour nous dire les choses comme elle sont, les yeux dans les yeux. Le changement, c'est maintenant. Mais ce n'est pas celui auquel nous nous attendons. Il est inutile de penser qu'une manne va nous tomber du ciel européen. On aura beau lancer des grands travaux, et faire tourner la planche à billets de la Banque Centrale Européenne, si nous ne traitons pas le syndrome des "poupées russes", nous n'arriverons à rien.
La plus petite des poupées russes, celle qui est bien à l'abri des autres, c'est vous, c'est moi, qui nous engageons dans une vie au-dessus de nos moyens. Ce sont les entreprises, qui font de même, depuis plus de trente ans. Nous nous précipitons à l'intérieur des banques, nous n'avons de cesse de les solliciter. Un jour, forcément, elles ont craqué. Alors, elles ont demandé aux Etats de les couvrir, et maintenant, ce sont les Etats qui en appellent à l'Europe ! En lui réclamant de l'argent, des décisions. De la croissance. Il n'y en aura pas, si nous n'inversons pas notre façon de penser.
Le président permanent du Conseil Européen n'est pas vraiment charismatique, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais ce qu'il dit est juste : "nous devons changer de mentalité, lance-t-il, nous devons entreprendre nous-mêmes les changements nécessaires" En clair, il nous demande de faire preuve d'imagination, de conforter de nouvelles compétences, à commencer par celle des langues, de créer des nouveaux marchés, d'aller chercher les jobs là où ils se trouvent : en Flandre, en Allemagne ou en Suède, de rester unis dans l'adversité et de soutenir les plus faibles, comme nous le faisons des régions dans notre propre pays. Ce n'est pas un changement, qu'il évoque, c'est une révolution, où responsabilité rime avec solidarité.
Il ajoute qu'il n'y a pas de quoi avoir peur. Back to the english : "We did it in the past, said H. Van Rompuy, we are the masters of our own future !" He's right.
Etienne Desfontaines
La 3D
dans l'œil du cyclone
La tension monte. Le sortant n'est plus président, le prétendant l'est déjà. Les deux hommes sont à cran, et les mensonges volent en escadrille. Tous les coups sont permis, jusqu'à dimanche… bien avant 20h ! Parce que les "tweeters" vont encore une fois s'en donner à cœur joie. A moins que… Il y a un site, Electionscope*, qui n'en démord pas. Il a une approche économique du vote, qui évacue tous les critères d'analyse des années 80, et qui prend l'électeur de 2012 pour ce qu'il est réellement : un consommateur de politique, dont il calcule l'indice de satisfaction. Il a des références, et il annonce un score très serré. Un Nicolas Sarkozy à 50,2%...
Tempête dans les QG, si jamais cela se produit ! Mais tempête dans un verre d'eau. Parce qu'il faut bien s'en rendre compte : vu de l'extérieur, tous les analystes le confirment, nous sommes dans l'œil du cyclone. Le calme qui règne autour de nous est étrange, laiteux. La caméra du "big brother", qui nous observe du bout du monde, est en 3D : déficit budgétaire, déficit commercial, et déficit en emplois. Avec un facteur p : la pression des migrations internationales sur ces trois fêlures de la nation. La revue de presse est vite faite. La question fuse, toujours la même, à Washington, à Moscou, à Pékin, à New Delhi, à Sao Paulo, en Afrique bien sûr, en Tunisie et en Lybie : "où va la France ?" Immédiatement liée à la suivante : "où va l'Europe ?" Les uns les autres attendent une réponse ferme. Ils n'entendent que des algarades et des demi-mesures. Pas de quoi donner confiance aux dirigeants politiques et aux décideurs économiques.
Il y a pourtant des solutions. Il faut avoir le courage de les porter. Le déficit budgétaire se traite par une diminution du train de vie, l'assèchement de la dette, la concentration sur les forces vives de la nation tout en prenant soin des plus fragiles. Le déficit commercial se traite par un effort ciblé de production et d'exportation dans les domaines porteurs du XXI° siècle (développement durable, numérique, nanotechnologies, etc… ) là où se trouvent les nouveaux marchés : dans l'hémisphère sud. Le déficit en emplois se traite par un effort de mobilité. Il ne s'agit pas seulement de mobilité géographique, mais aussi de multilinguisme, de capacité d'adaptation à différents métiers dans une vie.
Qui sera président, dimanche ? "Lui ou lui ?" titre le Courrier International. Ça n'a pas d'importance. "Can a "normal man" be the right choice for exceptional times ? "se demande Dominique Moisi sur CNN, en évoquant François Hollande. Il répond aussitôt : "why not !" Ce n'est pas la question. Ce qui compte, maintenant, c'est que le président élu ose dire au pays, et au reste du monde, les yeux dans les yeux, où va la France ! Où va l'Europe ! Sur quels leviers nous pouvons et nous devons réellement agir. Il n'aura pas beaucoup de temps, cette fois-ci. La fenêtre de tir sera très étroite. C'est ce qu'on appelle un "état de grâce", entre un dirigeant et son peuple.
Etienne Desfontaines
Des clics et des hommes
Décidément, les campagnes se suivent et ne se ressemblent pas. 120 000 personnes, samedi, sur la plage du Prado, 100 000 à Vincennes et
100 000 à Concorde, dimanche. Les chiffres demandent à être vérifiés. Mais c'est un fait, et il est nouveau. Le meeting en plein air fait recette. Mais il nous laisse pensif. Comment cela peut-il
se produire ? A l'heure du virtuel, des réseaux sociaux, du direct dans les chaînes d'infos, du tweet et de la photo téléphonée, on se dispute les trains et les bus, on mobilise des cohortes de
militants, on leur fait traverser la France, on les jette sur le pavé ou sur le sable, ils agitent des drapeaux, ils se pressent sur le passage du candidat, ils tapent des mains, ils crient, ils
scandent des discours, ils y perdent la voix avant de remonter dans les trains et les bus, de rentrer tard chez eux et de reprendre le travail à la première heure.
L'anachronisme est criant. Mais de quoi s'agit-il réellement ? D'un fantastique bond en arrière, ou d'une prémonition, d'une incroyable percée dans le futur ? A première vue, l'idée venant du Front de Gauche, avec Jean-Luc Mélenchon à la Bastille, ça fleure bon le Léon Blum, le Jean Jaurès des temps modernes. Le discours est construit, mais il frise la révolution. On retrouve le peuple qui gronde, qui revendique des libertés. Il est massif, il fait corps. Il est menaçant. Il renverse les corps constitués, les élites qui se sont installées dans le pouvoir. Le PS et l'UMP ont senti le vent du boulet, les voilà qui utilisent le même procédé pour monter un contrefeu. Peuple de gauche, peuple de droite. Peuple toujours, revanchard et ravageur, violent ou bon enfant. La fleur au fusil ou le piano pendu aux bretelles. Eternel souffle de progrès ou de résistance, qui a fait récemment le bonheur des révolutions arabes.
Mais ça peut être autre chose. Une remise en cause de notre futur proche. Un rejet soudain de l'anonymat, des rencontres tellement virtuelles et numériques, qu'elles n'en sont pas du tout. Un besoin de reprendre réellement la parole, de retrouver le contact, d'éprouver la sensation physique d'appartenir à un corps, à un parti, à une communauté, ou même à une nation. Les chrétiens chantent dans leurs églises, les militaires martèlent le sol au son de leurs fanfares, les supporters hurlent leur soutien dans les gradins, les militants crient sur le pavé. Il s'agit peut-être d'un retour aux fondamentaux dans la relation humaine. L'effet de masse, mais aussi le "one to one", le face-à-face, le regard et la poignée de main, le compagnonnage du train ou du bus, le partage du sandwich et de la cannette, ne seraient-ils pas en train, tout simplement, de remettre le "clic " à sa place ? De nous obliger à ne pas confondre le moyen et la fin, l'outil et la réalité, le numérique et la profondeur du contact humain. Soyons clair. Ce ne sont pas les arguments de campagne de François Hollande, de Nicolas Sarkozy ou de Jean-Luc Mélanchon, que nous allons retenir de ce samedi-dimanche en plein air. C'est le fait qu'avant d'être des internautes, des avatars, des errants sans consistance de Steve Jobs, des cibles anonymes de marketing ou de sondage, nous sommes des hommes.
Etienne Desfontaines
L'Europe, l'Europe, l'Europe ! (2)
Disons-le tout net. L'Europe enflamme ou exaspère. Elle a ses tenants et ses opposants. Il est de bon ton, par exemple, de la fustiger dans la campagne présidentielle. Mais tout le monde y fait référence. Les uns la veulent plus démocratique, les autres mieux gouvernée. La couleur change, selon les points de vue. Mais l'Europe, en elle-même, son existence et son devenir, ne sont pas fondamentalement remis en cause.
La preuve ? Elle vaut son pesant d'or. Les deux candidats les plus virulents sur le thème de l'Europe, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, sont… des députés européens ! Le premier appartient au Groupe confédéral de la Gauche Unitaire / Gauche Verte Nordique, il participe aux travaux de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement Européen. La seconde est non inscrite, membre de la Commission de l'Emploi et des Affaires Sociales. Ce ne sont pas les plus actifs à Bruxelles, concédons-le, mais ils ont tout fait pour gagner les élections et fréquenter les travées du Parlement Européen. Autrement dit, les nouvelles allées du pouvoir.
Ne soyons donc pas dupes. Pendant que nous nous écharpons sur des questions franco-françaises, la construction européenne va son bonhomme de chemin. Les élus s'en occupent, les commissaires européens aussi, et les chefs d'état. Ils le font en connaissance de cause. Ils savent pertinemment qu'ils ne font que suivre en cela, non seulement le sens de l'histoire, mais aussi l'évolution des mentalités et la volonté de leurs peuples.
Ils ont analysé le fait. Ils savent bien qu'une étape a été franchie. Il y a encore bien des questions à résoudre, bien des espoirs à ne pas décourager, mais l'Europe est entrée dans la vie de tous les jours. Et dans la tête des jeunes. Le Nord Pas-de Calais compte par exemple quatre Maisons de l'Europe : à Dunkerque, Douai, Fourmies et Béthune. Il n'y en a que 33 en France, 160 dans l'Union Européenne. Elles font œuvre de pédagogie pour "élaborer la citoyenneté européenne". Les financements européens sont légions, par l'intermédiaire du FEDER (Fonds européen de développement régional), des programmes transfrontaliers INTERREG ou des programmes d'action communautaire. On emmène maintenant les écoliers visiter les institutions européennes : les CM2 de Wignehies viennent d'en faire l'expérience avec la députée européenne Tokia Saïfi. Les lycéens de Saint-Paul de Lens ont ouvert en 2011 un comité régional du Parlement Européen des Jeunes. Ils tiennent session tous les ans, ils vont nous représenter cette année en Pologne. L'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai est un exemple de coopération pour des dizaines d'autres territoires transfrontaliers, à l'autre bout de l'Europe. Et lorsque l'entreprenant vice-président de la CCI Grand Lille, Luc Doublet, parle de l'attractivité de la métropole lilloise, il va droit au but : "on ne se compare pas, lance-t-il, au reste de la France, on se présente comme la porte d'entrée et de sortie de l'Europe du Nord, une région du monde puissante, riche et organisée. C'est très vendeur !"
Etienne Desfontaines
Les français, l'Europe et la planète
On l'a vu venir, c'est arrivé. Les français ont lâché la rampe. L'abstention menace. Avec au moins deux bonnes raisons. D'une part, ils sont lassés du ballet sans fin des chaînes d'info en direct, mêlé de tweets et de buzz. Un jour, une annonce, une polémique. Rares sont les informations validées, les publications analysées en profondeur. Ce n'est plus une campagne, c'est un mouvement brownien. L'électeur n'est pas dupe : il en joue, il est bon public, mais il n'imprime pas.
D'autre part, ils ont une désagréable sensation de plongée dans le vide. Où allons-nous vraiment ? Nicolas Sarkozy parle souvent de la "première élection du XXI° siècle". Il a raison. Le vieil antagonisme gauche-droite à la française a fait long feu. La ligne de démarcation ne sépare plus seulement les patrons des ouvriers, les possédants de la masse populaire. Elle isole d'un côté les classes supérieures, les grandes gagnantes de la mondialisation, qui prônent une société multiculturelle. Emportées par l'avion, les ordinateurs et les I-phone, elles ont perdu le nord, oublié leurs racines, et elles sont comme sidérées dans l'immédiateté. De l'autre, les jeunes de banlieue, venus de loin eux aussi, avec leurs parents ou leurs grands-parents. Ils ne posent pas de revendications sociales à la Jaurès pour un avenir meilleur. Ils sont avides de consommation. Ils ont perdu leurs repères, et ils vivent aussi dans l'instant.
Il faut se rendre à l'évidence. La territorialisation ethnique a remplacé la géographie sociale des années soixante.* Le XXI° siècle est devenu définitivement mondial et se cherche un avenir. Hémisphère nord, hémisphère sud, il suffit de descendre la poubelle ou de changer de quartier, de téléphoner à ses enfants à l'autre bout du monde ou de voir surgir un camp de migrants à Norrent-Fontes, pour se rendre compte que la planète est à portée de main. La classe moyenne et populaire de la gauche plurielle n'y retrouve plus ses petits : le sauvetage à la française des quelques dizaines de Lejaby parait bien dérisoire face au désespoir des Arcelo-Mittal.
Les Français ont pris la mesure de cette situation. Ils ont perçu l'immensité de la tâche du prochain locataire du 55, Faubourg Saint-Honoré. Il devra répondre à d'autres exigences que celles de ses prédécesseurs. Avec ses homologues, il devra réinventer l'Europe et le monde. Et y trouver une place pour la France. Il sera d'abord et avant tout notre délégué au "Justus Lipsius", au 175 de rue de la Loi, à Bruxelles. C'est le siège du Conseil Européen. Et il devra se faire entendre au "First Avenue 46th Street corner", à New York. C'est le siège de l'ONU. Les français le savent tellement bien, qu'ils ne remettent plus l'Europe en question. Ils la veulent différente, ils la veulent démocratique et gouvernée. Mais ils la veulent. Et ils mettent la main à la pâte. Ils n'attendent pas les élites pour la construire au quotidien. Il y en a mille et une preuves autour de nous. Nous y reviendrons.
Etienne Desfontaines
(*) Réf : "Fractures françaises" Christophe Guilly, géographe (Bourin éditeur - 2010)
Le Mal
J'ai eu l'occasion, il y a deux ans, d'interviewer un de nos auteurs préférés :
Jacques Duquesne. "Maria Vandamme", "Catherine courage", "Jean Bart"
: c'est un journaliste-écrivain dont les personnages hantent l'imaginaire du Nord. Mais, on le sait moins, c'est aussi un enfant de la guerre. Il a dix ans en
1940, quand sa ville natale, Dunkerque, est rasée. Il n'a pas trente ans, quand le journal "La Croix" l'envoie en Algérie. Et une question le taraude : "pourquoi le Mal existe-t-il ?" Essayiste et
catholique, il a tenté à plusieurs reprises de pénétrer le sujet. Il s'est intéressé à "Jésus" en 1994, à "Marie, mère de Jésus" en 2004, et puis à "Dieu, malgré tout" en 2005. Avant de s'en prendre directement au "Diable",
en 2009, toujours avec la même question : "existe-t-il ?"
"C'est l'ouvrage qui m'a demandé le plus de travail" raconte Jacques Duquesne. La bibliographie du Démon est aussi longue que celle de l'histoire du monde ! On le débusque partout. Dans toutes les civilisations. Mais il a un défaut : la raison n'en vient pas à bout. De fait, l'auteur du "Diable" ne recueille au fil de ses investigations qu'un collier d'allégories, toutes plus pittoresques les unes que les autres. Alors, dans la seconde partie de son livre, il finit par se rassurer. Il lâche une hypothèse, pas forcément bien établie : l'homme ne doit s'en prendre qu'à lui-même, le Malin n'existe pas... La réaction de la Conférence des Evêques de France est sèche. Immédiate. Elle délègue son porte-parole, un autre homme du Nord, Mgr Bernard Podvin, dans les colonnes de "Famille chrétienne" : "Si, le Diable existe !"
Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet échange par voie de presse a jeté un froid dans la communauté catholique. Mais force est de constater, après ce que nous avons vécu cette semaine, qu'il n'est pas dénué de sens. Il n'y a qu'une puissance maléfique, pour amener un homme à prendre une fillette par les cheveux, lui mettre un revolver sur la tempe et la tirer à bout portant. C'est le geste même du nazi – on l'a encore vu récemment dans un documentaire – qui abat un bambin au pied de sa mère, à l'arrivée dans un camp. Démoniaque, il n'y a pas d'autre mot. Comme toutes les horreurs commises en Algérie, au Laos, au Rwanda et en Bosnie, et… près de chez nous. Elles surgissent en rafale dans les pages de nos quotidiens.
Alors, convenons-en. Le Bien existe, il a ses saints. L'abbé Pierre, Sœur Emmanuelle. Mais le Mal existe aussi, il a ses envoyés. Tous les "Mohammed Merah" de la terre. Peu importe, dans les deux cas, leur religion, leur culture et leur civilisation. C'est un état de fait. En attendant d'y comprendre quelque chose, nous ne pouvons que faire œuvre de pédagogie, poser des digues et des remparts, des lois et des principes suffisamment solides, pour que notre maigre socle d'entendement nous protège un tant soit peu de ce combat de Titans. C'est ce à quoi s'emploient beaucoup de politiques, de scientifiques, de philosophes et de responsables religieux. Ils parlent d'espoir. C'est déjà beaucoup, après Toulouse et Montauban.
Etienne Desfontaines
L'Europe, l'Europe, l'Europe !
Mardi 14 décembre 1965 – La silhouette est imposante. Le Général De
Gaulle répond au journaliste Michel Droit*. Le deuxième tour de l'élection présidentielle est en jeu. Et il élève la voix. "Il faut prendre les choses
comme elles sont, lance-t-il, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un
cabri, en disant l'Europe, l'Europe, l'Europe ! Mais ça n'aboutit à rien, et ça ne signifie rien ! Je le répète, il faut prendre les choses comme elles sont. Alors, comment sont-elles
?..."
La question se pose encore en 2012. Revenons au verbatim du Général. "Vous me demandez si je suis pour une organisation de l'Europe, et si je vous entends bien, vous voulez parler d'une organisation de l'Europe… occidentale." La notion est toujours juste. Nombre de pays de l'Est ont rejoint l'Union Européenne, mais quand on parle de l'Europe, on parle bien de l'occident. Au point de laisser la Turquie sur le Bosphore. "Il est absolument normal, reprend le Général, que s'établisse entre ces pays occidentaux une solidarité. Il s'agit de savoir… comment et sous quelle forme." Le problème reste entier. Solidarité financière ? Economique ? Politique ? Ecologique et sociale ? François Hollande est allé dire au Spiegel que les autres leaders européens "allaient devoir l'écouter", et qu'il les obligerait à renégocier le pacte budgétaire. Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à poser des ultimatums, exigeant la révision des accords de Schengen et des traités commerciaux de l'Europe. De quelle solidarité parlons-nous aujourd'hui ?
Soyons clair. On assiste en fait, à droite comme à gauche, dans le camp des extrêmes comme dans celui des modérés, à une réaffirmation de la souveraineté nationale face aux institutions européennes. Ecoutons encore le Général : "Si on arrive à établir une réelle solidarité économique entre les pays européens, on aura beaucoup fait pour le rapprochement fondamental et pour leur vie commune. Alors, [après] il y a le domaine… politique. Que peuvent-ils faire en commun politiquement ?" Le Général évoque l'action de l'Europe dans le monde. Mais il laisse très vite tomber : "A cet égard, c'est beaucoup plus difficile. Car il faut bien convenir que les uns et les autres ne font pas tous la même chose et ne voient pas tous les choses de la même façon…" Il aurait pu le "tweeter" la semaine dernière !
'Europe existe, l'Europe avance. On en a mille exemples dans notre vie quotidienne. Mais finalement, la question n'a toujours pas été résolue : "L'Europe, l'Europe, l'Europe… " Oui, mais quelle Europe ? Fédérale ? Confédérale ? Le Général avait esquissé une réponse : "cette Europe-là ne sera pas supranationale, avait-il dit, elle commencera par être une coopération. Peut-être qu'après, à force de vivre ensemble, elle deviendra une confédération." Nous y sommes. Président de gauche, président de droite, peu importe. La France ne peut désormais maîtriser son destin, qu'en étant un acteur, soutenu et reconnu, d'une Europe dotée d'une gouvernance politique solidement établie.
Etienne Desfontaines
Ce sera long !
Sept semaines ! Le premier tour de l'élection présidentielle n'aura lieu que dans sept semaines. Mais tout se passe comme si nous étions à quinze jours de l'échéance. Les candidats battent la campagne, ils sautent d'un avion à l'autre. Ils passent au QG le matin, ils visitent une entreprise le midi, ils haranguent les foules le soir. On les retrouve dans toutes les matinales, les JT, les talk-shows, en débat sur des dizaines de plateaux politiques, face à une armée mordante de contradicteurs. Les quotidiens et les magazines ouvrent des pages spéciales. Les sondages tombent. On scrute, on analyse, on décortique. On se précipite sur les "tweets". L'agitation est à son comble.
Mais comment feront-ils pour tenir ? Personne n'a jamais démarré un marathon de cette façon. Un cœur à cent mille tours minute n'a que deux solutions. Soit il explose par manque d'oxygène : c'est l'infarctus. Soit il épuise l'organisme : c'est la crampe, le mollet raide comme un arrêt de justice. Dans le premier cas, ce sont les candidats qui vont faire des erreurs et voler en éclat ! Dans le second, ce sont les électeurs qui resteront scotchés sur piste. Tourneboulés par la valse des surenchères. Déjà, les réactions sont significatives. On le perçoit à la pause café ou sur le zinc : les français prennent de la distance.
Ils ne sont pas dupes du jeu de rôle qui se déroule sous leurs yeux. On élit le président, on élit les députés. Le Sénat, c'est déjà fait. Mais tout ça ne change rien. Une fois les urnes rangées, le président orné du Grand Collier de la Légion d'Honneur et les députés ceints de leurs écharpes, il va bien falloir affronter dans l'ordre : une augmentation des impôts toutes TVA dehors et niches rabotées, une diminution des prestations de l'Etat : services publics, santé, retraites et allocations compris, un coup de froid sur le crédit et une vague attendue de licenciements. En clair, une sérieuse révision du niveau de vie. C'est ce qui arrive à tous les surendettés. C'est ce qui s'est passé en Allemagne, il y a dix ans, en Grèce, en Italie et en Espagne tout récemment. La France ne fera pas exception. Quel qu'il soit, le gouvernement élu prendra des mesures. L'été tombe en hiver, cette année. L'état de grâce ne sera qu'une fenêtre de tir.
Les français en ont conscience. Ils savent qu'ils vont devoir faire preuve d'imagination et de solidarité, comme toujours en temps de disette. Beaucoup s'y préparent. Ils font mieux que prendre de la distance, ils prennent de l'avance. Il suffit de poser une ou deux questions dans les conversations courantes, on s'en rend compte : ils font le compte de leurs biens, ils anticipent une perte d'emploi, une baisse de revenus. Particuliers et entreprises, institutions et associations, tout le monde tente déjà de conjurer le sort. Les "plans B" et le système D sortent des cartons. Non sans raison. Parce que ce temps-là aussi sera long. Très long.
Etienne Desfontaines
Des châteaux-forts aux cathédrales
Les mots ont un sens. Protéger et promouvoir : voilà
bien des termes qui reviennent souvent en période électorale. Ils sont rassurants et entraînants. Ils sonnent bien aux oreilles de ceux qui les entendent. Mais il ne faut pas se leurrer : ils
n'ont rien à voir. L'étymologie est impitoyable. Le premier : "pro-tegere", signifie "couvrir devant". Le second : "pro-movere", signifie "mettre en avant".
Par extension, on voit bien qu'avec le premier, on va prendre la défense de quelqu'un ou d'une situation, on va les soutenir ou les maintenir en l'état, les mettre à l'abri du danger. Pour vivre heureux, vivons cachés. C'est ce que font les plantes en hiver : elles se concentrent sur leurs racines. Alors qu'avec le second, on va se mettre en mouvement ! Provoquer le développement d'une personne ou d'un projet, les élever à un rang supérieur, les sortir de leur cadre, les mettre en pleine lumière, leur faire franchir une étape décisive et peut-être même, les emmener là où on ne pensait pas les voir. C'est ce que font les arbres au printemps : ils s'épanouissent, ils s'élancent dans les airs, ils se forgent un avenir toujours plus vaste.
L'analyse des discours électoraux avec cette grille de lecture peut être enthousiasmante ou dévastatrice. "Si le pays est fort, dit le candidat Sarkozy, en s'adressant aux agriculteurs Porte de Versailles, chacun d'entre vous sera protégé dans l'exercice de son métier, il pourra rester là où il est né" On est en hiver. "La 1ère tâche qui m'incombera, dit François Hollande devant la FNSEA, sera de préserver le budget agricole au niveau européen". Pour le coup, l'hiver étend son ombre à tout le territoire européen. A l'inverse, on peut avoir de bonnes surprises : "promouvoir la jeunesse, dit encore François Hollande à Strasbourg, c'est servir la République toute entière." Le soleil se lève à l'est. Et tomber sur des curiosités. "Nous voulons promouvoir, lit-on sur le site de l'UMP, une Europe forte et… protectrice !" Là, l'étymologiste y perd son latin. Et ses saisons.
Il n'en reste pas moins vrai qu'il y a deux attitudes possibles en politique : protéger… l'emploi, le pouvoir d'achat, la santé, l'éducation, un patrimoine, l'identité d'une commune, d'une région ou d'un état, les frontières européennes. Ou promouvoir… les entreprises, le travail manuel, les investissements, la recherche, le métier d'enseignant, le bâtiment, la culture, une certaine idée de l'Europe et de la démocratie dans le monde, la paix et le bien-vivre ensemble. C'est un fait de société. Une distinction qui transgresse les frontières de droite ou de gauche. Une façon d'être qui peut conduire, en période de guerre à construire une ligne Maginot ou à passer à l'attaque avec un nouvel armement, en période de crise ou pire, au cœur d'un changement de paradigme comme celui que nous connaissons, en bien des points comparable à celui du Moyen Age, à nous enfermer dans des châteaux-forts ou à construire… des cathédrales !
Etienne Desfontaines
Don't you speak english ?
L'anecdote a fait le tour des salles de rédaction. Nicolas Sarkozy reçoit Hillary Clinton à l'Elysée, il fait un temps de chien (bad
weather), et il veut faire preuve d'attention : "Sorry for the time !" La secrétaire d'Etat a éclaté de rire….
On tombe des nues. On sait la situation de l'emploi. On sait que la consommation intérieure ne suffira pas à relancer la croissance en France. La solution se trouve à l'export. On sait, on le répète, que la mondialisation est un phénomène complexe : économique, politique, social, écologique et culturel, et qu'il faut la maîtriser, la soumettre à la volonté de l'homme au lieu de se contenter de la subir. La France doit prendre la tête de cette entreprise-là. On sait aussi que la moindre des politesses quand on aborde un pays étranger, c'est de parler sa langue ou de trouver un canal commun de communication. On sait enfin que les grandes décisions internationales se construisent souvent en aparté. A table, ou dans la discrétion d'un colloque singulier, quand un argument bien amené, un regard appuyé et une solide poignée de main, suffisent pour obtenir un soutien dans un dossier difficile. Et on fait un terrible constat, François Hollande est dans le même cas : nos deux principaux candidats à l'élection présidentielle sont incapables de mener une conversation courante dans la langue de Shakespeare !
Pathétiques. Il n'y a pas d'autres mots. On les voit dans les rencontres internationales, flanqués d'un interprète, le regard vide devant un interlocuteur qui débite un magma de locutions auxquelles ils ne comprennent absolument rien. Quand c'est à leur tour de parler, ils attendent la fin de la traduction, on entend une mouche voler. Du coup leur partenaire s'impatiente, il avance dans le raisonnement, et lorsque la réponse tombe, traduite avec le plus d'exactitude possible mais souvent inexpressive, il est trop tard ! La justesse de jugement et la réactivité sont des atouts majeurs dans les relations internationales. Ni l'une, ni l'autre, ne peuvent s'exercer pleinement quand on passe par un professionnel, qui introduit de la distance entre les intervenants.
Nos enfants s'initient aujourd'hui à l'anglais dès la maternelle, le premier BTS venu doit se prévaloir d'être bilingue, beaucoup de nos PME prennent résolument le chemin de l'étranger, et la CCI de Région Nord de France montre l'exemple : elle affiche une volonté ferme de " renforcer la place et le rôle du Nord Pas-de-Calais dans la dynamique économique de l’Europe, en privilégiant toutes formes de coopérations transfrontalières". Son président, Philippe Vasseur, va beaucoup plus loin : il engage ses adhérents à "pénétrer le marché des BRICs " - entendez Brésil, Russie, Inde et Chine ! Et pendant ce temps-là, nous nous apprêtons sans le savoir à mettre à la tête de notre pays… un homme qui sera bien incapable de mener ne serait-ce qu'un début de conversation en anglais ! "World's turning upside down !" C'est le monde à l'envers !
Etienne Desfontaines
Création
C'est une petite musique, qui se faufile entre les oreilles, au gré des reportages. La semaine dernière, j'ai rencontré dans l'ordre : l'animatrice d'un petit atelier d'encadrement dans un village de la Pévèle, la direction régionale de l'Enseignement Catholique du Nord Pas-de-Calais au grand complet, Martin Hirsch en conférence dans un lycée, il faisait face à une promotion de classes préparatoires dont il est appelé à devenir le parrain, et le maire de Tourcoing, Michel-François Delannoy, dans une réunion du Conseil de Développement de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU). A première vue, aucun rapport. Mais il y a un point commun qui a surgi, surprenant. C'est en reprenant mes notes, le mot est juste, que j'ai "entendu" la ritournelle. Elle gambadait dans la grisaille, elle entreprenait de repeindre le ciel en bleu quand tout devient sombre, à la façon de Mireille et de son "petit chemin, qui sent la noisette."
"C'est un vrai bonheur de créer quelque chose avec ses mains", dit une élève de l'atelier d'encadrement. Et d'un. "Ils ont le sens de leur mission, ils vont au-delà de leur métier dans l'urgence et la contrainte, dit le directeur régional de l'Enseignement Catholique en parlant de ses chefs d'établissements, ils inventent des solutions, ce sont des créateurs !" Et de deux. "Notre système éducatif consiste à dire aux jeunes : vous ne deviendrez grands que lorsque vous vous serez départis de vos idéaux, lance Martin Hirsch devant ses lycéens, je pense que c'est exactement l'inverse qu'il faut vous dire !... Sauf à vieillir avant de grandir." L'ancien Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté sait de quoi il parle, sa carrière consiste à réinventer la société en suivant l'exemple de Jean Monnet et de l'Abbé Pierre, y compris à l'ONU – c'est moins connu - dans une commission* qui a posé une question essentielle : "peut-on mettre de la protection sociale dans les pays qui en sont dépourvus ?" On n'imagine pas plus belle façon de recréer le monde, et de modifier la donne dans l'hémisphère sud ! Et de trois."Nous sommes dans une compétition mondiale, lâche enfin le 1ervice-président de LMCU, Michel Delannoy, chargé du développement économique, nous devons être une métropole créative !" Et de quatre.
Innovation, invention, imagination, sont décidément "des mots qui vont très bien ensemble" pour reprendre une autre rengaine. On les trouve, lumineux, dans le sillage d'une très vieille histoire toujours répétée : la création du monde. Ils nous donnent une bouffée d'espérance. Ne les éteignons surtout pas, et laissons faire le destin qui tape à la porte du troisième millénaire : il trouvera bien le moyen de nous emmener… danser la sarabande dans l'œuvre de Michel-Ange (notre photo). Pour rendre des couleurs à la vie !
Etienne Desfontaines
(*) Le "Social Protection Floor Group" dirigé par l'ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, envisage un socle mondial de protection sociale, comme un facteur essentiel de développement économique.
La règle d'or
C'est une façon d'être, qui s'est installée après-guerre. Tout le monde vit à crédit. Les ménages, les étudiants, les communes, les départements, les régions, l'Etat, l'Europe. Les petites, les moyennes et les grandes entreprises, les banques, la plupart des institutions et des associations. Les pays développés et les pays émergents. Que ce soit pour un écran plat, une scolarité, un appartement, un bâtiment communal, un Grand Stade, des autoroutes, une machine-outil ou une unité de lancement de gros porteurs spatiaux, quelle est la comptabilité dans laquelle on ne va pas trouver la moindre trace de crédit ?
La réalité va même bien plus loin : on ne conçoit plus la vie, tout simplement, sans prendre un crédit. Un exemple frappant : on ouvre aujourd'hui un livret de "Caisse d'Epargne" à la naissance du petit ! Histoire d'y déposer des fonds, qui seront prêtés à l'autre bout de la chaîne, à des acteurs du logement social, lesquels iront chercher des placements financiers pour équilibrer leur bilan, et dégager une rentabilité supérieure, tout en assurant un risque maîtrisé ! En clair, dans notre monde moderne, le cordon ombilical est à peine coupé, qu'on met le nouveau-né sous perfusion de crédits ! Pire, l'âge de raison venu, on lui apprend que ses parents, lui laissent une dette dont le montant est tellement vertigineux : famille, commune, Région, Etat, Europe et entreprises réunis, qu'il n'aura pas assez de sa vie de travail, ni de celles de ses frères et sœurs, pour la payer !
Quand un François Mitterrand s'était mis à vouer les spéculateurs aux gémonies, on l'avait laissé entonner ce qu'on pensait être les vieilles rengaines du socialisme de l'entre deux-guerres : ça ne prêtait pas à conséquence. Quand un François Bayrou a crié au loup en 2007, en pointant la dette du doigt, on l'a abandonné en rase campagne au second tour de l'élection présidentielle. Quand un Nicolas Sarkozy se démène aujourd'hui avec ses partenaires européens, pour régler le problème de la dette grecque, on le laisse faire, tant que ça ne nous coûte rien. Et quand un François Hollande fait de "la finance" son adversaire politique, on applaudit mollement, et on attrape la perche qu'il nous tend en fondant ses soixante propositions sur une croissance de 2,5% en 2014 ! Alors qu'il est tout simplement en train de nous placer un "produit", comme un vulgaire promoteur immobilier, sur la base d'une rentabilité alléchante à cinq ans, bien supérieure à l'apport personnel et au taux de crédit nécessaire. Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent !
Un jour, le réveil va sonner. Nous nous souviendrons alors de la façon de vivre de nos grands-parents. Ils ne dépensaient pas plus que ce qu'ils avaient dans leur porte-monnaie. Ils économisaient, pour transmettre du bien à leurs enfants. Il est vrai qu'ils avaient connu deux guerres, ils savaient la valeur de l'argent. Une chose est sûre, ils la respectaient, eux, la "règle d'or". Celle qui est aujourd'hui au menu… de la zone euro !
Etienne Desfontaines
Le pays oublié
Un jour, il faudra redécouvrir l'Afghanistan. Un jour, il faudra se souvenir que les anglais, puis les russes y sont passés sans gloire. Un jour, il faudra cesser de le réduire à une terre de lutte contre le terrorisme. C'est un pays splendide, qui a une culture hors du commun. Pour le comprendre, on peut relire Joseph Kessel (Les cavaliers Gallimard 1967). On peut aussi reprendre le catalogue de l'exposition du Musée Guimet (Paris 2006) : "Afghanistan, les trésors retrouvés". Ou revivre l'épopée du commandant Massoud, dans l'ouvrage de Christophe de Bonfilly : "Massoud l'afghan" (Arte éditions 2001). Avant d'aller se soumettre à la terreur quotidienne, avec des publications plus récentes : "Syngué sabour, pierre de patience" d'Atiq Rahimi (POL 2008) ou "Les hirondelles de Kaboul" de Yasmina Khadra (Julliard 2002). Quand les femmes se mêlent de dire les choses, elles vont bien plus loin qu'un simple tir de mitraillette.
Quand on aura fait ce chemin-là, quand on aura pris soin aussi d'écouter les journalistes qui prennent des risques pour faire leur métier, comme l'ancien otage Hervé Ghesquières, alors on pourra observer ce qui se passe dans la vallée de la Kapisa. Là où nos soldats se font assassiner. Il ne s'agit plus effectivement de faire la chasse aux terroristes. Ben Laden est mort. Nos troupes sont là désormais, c'est une mission noble et difficile, pour tenter de constituer une force afghane digne de ce nom, de stabiliser le pays et de lui donner l'opportunité de révéler sa personnalité, dans un gouvernement d'union nationale.
Pour cela, il y a une voie essentielle. Une voie qui a malheureusement été oubliée. Le partage culturel. On ne peut pas mettre un peuple en charge de sa liberté, ni l'amener à construire son avenir, si on ne prête pas attention à sa culture. Jeffrey T. Bordin est médecin, spécialiste du comportement, il est allé en Afghanistan à la demande de l'armée américaine et il a publié un rapport en mai 2011*. Il conclut à "une crise de confiance et une incompatibilité culturelle" entre les soldats américains et les hommes de la force nationale de sécurité afghane.
Le diagnostic est tragique. Parce qu'on aurait pu l'éviter. Sans revenir sur les exactions dont la presse internationale s'est fait l'écho, J.T. Bordin décrit des comportements en tous points semblables à ceux des touristes qui sortent des grandes chaines hôtelières et qui sillonnent la campagne des pays du Maghreb à bord d'interminables convois de 4x4, en jetant des chewing-gums et des crayons par les fenêtres ! Ses relevés font état d'une violation culturelle quasi permanente. C'est cette arrogance-là que les Talibans ont repérée. Ils se sont engouffrés dans la brèche, et ce sont tous les hommes de l'ISAF (International Security Assistance Force), qui le paient. Au prix fort.
Comme les anglais, les russes autrefois, et bientôt les américains, nous allons quitter l'Afghanistan, et nous le ferons probablement dans les temps prévus, par respect pour les hommes et pour tenir notre rang dans la communauté internationale. En abandonnant le pays… à ses "Cavaliers".
Etienne Desfontaines
*www.michaelyon-online.com/images/pdf/trust-incompatibility.pdf
La piscine
D'abord, c'est une séquence que nous avons tous vécue un jour, juste pour jouer. Nous laisser aller dans le grand bain. Tomber au fond, taper du pied et remonter à la surface par le simple effet de la poussée d'Archimède. Sensations garanties. Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est plus un jeu. La Grèce, l'Espagne et l'Italie, chacune dans leur couloir, en font l'amère expérience. La France entame la descente. Tout ce qu'il faut espérer, c'est qu'au jeu des dégradations de Standard & Poors, Moodys et autre Fitch, nous soyons très vite amenés à taper du pied. Comme la Belgique en novembre. Elle en était arrivée aux deux "AA", elle a immédiatement réagi. Elle a écarté du pouvoir la"Nieuw-Vlaamse Alliantie" (N-VA) du bouillant Bart De Wever, et elle s'est dotée d'un gouvernement !
Ensuite, c'est un établissement de Roubaix, que nous connaissons bien. "La Piscine". Un haut lieu, désormais, de la culture. Il nous amène à penser que, paradoxalement - l'histoire nous a resservi cent fois ce plat-là - c'est en pleine crise qu'il faut s'accrocher à la culture. Comme à une bouée."C'est l'avant-garde du bien-vivre ensemble" lance le directeur de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, Stef Vande Meulebrouck. Il a raison. S'il y a un endroit où il y a des jobs à prendre en ce moment, alors que nous en perdons dans le Nord Pas-de-Calais, c'est en Flandre Occidentale. A Courtrai, à Bruges et à Gand. Mais pour y aller, il nous faut changer de paradigme. Passer ce qui reste de la frontière franco-belge, apprendre le néerlandais, nous doter des moyens de transports adéquats et nous souvenir qu'en 1214, au temps où Philippe-Auguste était venu signer à Bouvines un premier sentiment de nation-France, Lille était… flamande ! Nous souvenir aussi que les entrepreneurs du XIX° siècle, de Flandre et de métropole, avaient le même génie industriel et social, dans le textile, la brasserie ou l'ameublement. Nous sommes de la même trempe, nous avons une même histoire et une même culture. Les musées du nord et ceux de Flandre regorgent des œuvres des mêmes peintres flamands. Alors, pourquoi ne pas reprendre un bout de chemin ensemble ?
Reste à aller à l'essentiel. Une fois remonté à la surface de notre bain de culture, une fois compris qu'en changeant de mentalité, on peut construire ici un nouveau bassin de vie, précurseur d'un vrai rassemblement des peuples en Europe, il nous faut encore changer du tout au tout. Oublier la bonne vieille brasse papillon et la tête maintenue hors de l'eau. Lâcher prise sur l'onde mouvante, passer au crawl ou à la nage sur le dos. Adopter une attitude souple, confiante et ouverte, conjuguant innovation et régulation, sérénité et adaptation au monde. Avec encore un autre souvenir en tête : celui d'Alain Delon et Romy Schneider, sur le bord de "La Piscine" (J. Deray). Ils étaient beaux, ils étaient jeunes, ils avaient la vie et une carrière devant eux. Contrairement à ce que tout le monde pense, c'est peut-être ce qui nous arrive en ce moment !
Etienne Desfontaines
La liseuse
"Fcchhh…" Le coin de page s'enroule délicatement, le chuintement du papier vient flatter l'oreille du lecteur. On croit tenir un livre entre les mains : on effleure le "Kobo" de la Fnac, le concurrent direct de la "Kindle" d'Amazon. Bienvenue dans le monde du livre numérique ! Le bon père Gutenberg se retourne dans sa tombe. Et le brave Jean-Honoré Fragonard s'inquiète du devenir de son charmant modèle. Mais il se rassure vite : sa "Liseuse" reste paisible. Imperturbable dans la tourmente. Les promoteurs du "livre" moderne, plasma et bakélite en guise de composants, ont eu la bonne idée de donner son nom à leur invention diabolique : une "liseuse" !Certes le débat fait rage. D'un côté, il y a les amoureux de la reliure, les nostalgiques des caractères en plomb : ils crient au sacrilège. De l'autre, les accros de la tablette tactile : ils s'extasient devant la facilité d'accès à toutes les œuvres du monde entier ! Les uns et les autres ont raison. Rien ne remplacera jamais le toucher du papier : sa texture, son épaisseur. Sans oublier la couverture, la page de garde et les annotations jetées dans la marge au crayon de bois. Et puis il y a le temps donné au temps : pour trouver l'ouvrage dans une librairie, pour en tourner les pages, pour revenir au chapitre précédent, y reprendre la description du personnage principal, avant de suivre le fil de l'histoire. Mais on peut faire ça aussi sur écran, on peut faire des allers-retours dans un ouvrage et prendre des notes au clavier. Ce n'est pas une question de support, c'est un état d'esprit. Et à l'inverse, il faut bien en convenir, le papier n'arrive pas au pied du numérique, quand il s'agit de visiter chez soi toutes les collections et les nouveautés des grands éditeurs !Il y a une formule magique qui court dans les officines des conseils en entreprise à l'aube de ce troisième millénaire : "n'oublions rien de ce que nous sommes, inventons tout ce que nous serons !" N'oublions surtout pas le papier ni le parchemin. Gardons-les précieusement dans nos mémoires, comme la densité de la "toile" dans une exposition de peinture, ou le son d'un Stradivarius dans le Musikverein de Vienne. Mais ne nous laissons pas rebuter par la nouveauté. Qui d'entre nous osera dire qu'il n'a pas été touché en 2011 par la grâce des mots, dans un mail, dans un article ou déjà dans un livre numérique, aussi puissamment à l'écran que sur papier ?Dans La Tribune du 3 janvier, la journaliste Sandrine Pajos, n'y va pas par quatre chemins. Elle annonce que "le livre dématérialisé pèse déjà 12,5% du marché aux Etats-Unis". Dématérialisé : le mot est terrible. Tout ce qui n'est plus matériel, on le sait bien, n'est plus. J'ai craint le pire, en le lançant à l'instant, dans le dos de ma "Liseuse" préférée. Mais non, elle m'a regardé un instant. Elle a souri. Et nous avons repris le cours de notre pensée. Elle dans son livre. Moi, sur ma tablette.
Etienne Desfontaines
Un livre à lire en janvier :
"La Liseuse" Paul Fournel Editions P.O.L. 224 p. 15€
2012
- Qu'est-ce que tu regardes ?
- Je ne sais pas
- C'est beau ?
- Je ne peux pas dire
- Alors, rentre, il fait froid
- Non
- Mais qu'est-ce que tu regardes, à la fin ?
- L'avenir
Il m'est arrivé une chose étrange, ce matin. J'ai ouvert la fenêtre, je suis sorti sur le balcon, et j'ai regardé ce qui allait arriver. Je n'y ai rien compris. Tout ce que je sais, c'est que mon ordinateur s'est mis à ressembler à la vieille Remington de mon grand-père, et que mon Qashqaï Nissan a pris le noir et la fragilité brinquebalante des premiers véhicules sortis des usines du Père Ford. Dans la foulée, ma carte bleue est devenue digne de collection, comme les trois pièces d'or que j'avais retrouvées dans la pile de linge de ma grand-mère, la plongée rituelle de Google Earth pour annoncer un sujet dans les JT était aussi surprenante qu'une planisphère dans un Certificat d'Etudes de province, et notre Président de la République, avec un P et un R majuscules sur le perron de l'Elysée, avait tout l'air d'un chef indien sortant de sa réserve, comme on peut en voir au Quai Branly !
La poussière des temps a cette caractéristique : elle ne laisse pas de temps au temps. Elle recouvre immédiatement le présent d'une fine couche grisâtre, elle le rend irrespirable et elle l'envoie définitivement dans le passé. Lorsque nos petits-enfants se pencheront sur ce que nous aurons été, ils nous considéreront, avec tout notre savoir-faire du XXI° siècle, comme des pantins du cinéma muet ! Ils nous jugeront, ils nous "excuseront" plutôt de ne pas avoir tout compris, de ne pas avoir osé explorer la vie, de ne pas avoir su visiter le temps et l'espace comme eux le feront, de ne pas avoir su empêcher les guerres et de ne pas avoir compris ce qui fait leur quotidien. Ils nous regarderont avec tendresse, mais avec lucidité. Ils analyseront nos découvertes, comme on raconte l'invention de la roue.
J'ai l'impression d'entrer dans l'année 2012 comme un bambin qui joue à colin-maillard avec ses frères et sœurs. Il connait le jardin. Il sait bien où se trouvent l'arbre et le bassin. Il a une peur terrible d'y tomber ou de s'y cogner. Il est guidé par les cris, il rit quand même, et il est sauvé par l'appel de sa maman : "A table !" Mais il n'a pas atteint son but, il a perdu la partie, et il ne sait pas, personne ne le lui dira, qu'il a posé le pied à deux doigts de la catastrophe.
Vus comme cela, le pas-de-deux d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, le legs de Steve Jobs, l'affrontement israélo-palestinien qui n'en finit pas, le ralentissement du rêve des pays émergents, la rébellion annoncée de l'Afrique et de la Russie après le Printemps Arabe, la promesse des cellules souches qui vont décupler notre potentiel de régénérescence et la découverte récurrente de planètes qui "ressemblent à la terre" : tout cela n'est rien à côté de ce qui va se passer. Je ne sais pas de quoi seront faits les temps futurs, mais j'enrage de ne pas déjà y être. J'enrage surtout de savoir que je n'y serai jamais.
Etienne Desfontaines
Un diamant noir pour le réveillon

Elle repose au creux de la main. A la fois tendre et rugueuse. Dense et légère. D'abord, il y a la vue : un aspect rond, parfois tourmenté. Ensuite il y a le toucher : la caresse du doigt pour la déterrer. Et le silence qui l'entoure, dans la profondeur d'une vallée du Périgord. Et puis surtout, il y a le nez : un parfum puissant, capiteux, envoûtant. Promesse d'une saveur qui envahira le palais, si on la traite avec amour, le soir au coin du feu. Parce que c'est à ce moment-là que la truffe se donne. Quand le mystère rôde dans l'ombre de la maison. Quand les chiens truffiers surgissent dans la conversation avec les toits de lauzes. Quand il se raconte que le curé a beau lever le calice à l'autel, c'est le lundi au marché aux truffes qu'on trouve le plus de paroissiens !
Inutile de se précipiter dans les grands restaurants. Il y a trois étapes à franchir* pour la savourer dans sa plénitude. La première nous emmène au nord de Sarlat, sur les pentes de la Vézère. On suit un trufficulteur. Il va d'un chêne à l'autre dans sa propriété, en plein mois de décembre. Il examine les abords, il repère les mouches qui posent leurs larves sur la truffe à fleur de terre, ou il envoie son chien flairer le carré. Un coup de patte, voilà notre homme au sol. 70 ans, le regard tendu : il prend la terre en main, il la sent. Un peu à droite, un peu à gauche. Il repère la truffe à l'odeur. Et il l'extirpe, l'œil allumé comme un Rackham Le Rouge qui aurait mis la main sur le trésor de la Licorne !
La deuxième nous transporte devant les portes vitrées de la petite halle de Saint-Alvère. Au Nord de Sarlat. Il est dix heures moins dix. Les restaurateurs, les courtiers se pressent dans le jour blafard. Chapeaux, accents rocailleux, calculettes dans la poche. Les visages sont animés. A l'intérieur, les trufficulteurs ont disposé leurs diamants noirs sur des nappes blanches, les commissaires valident la qualité de la production. A dix heures pile, les battants s'ouvrent. Une énorme bouffée de parfum part à l'assaut de la place du village. En dix minutes, les affaires sont faites. Au prix fort**. A dix heures trente, on discute encore un peu. Mais on est au plus bas, pour des pièces mal conformées. A onze heures, tout le monde se retrouve au café. On refait les ventes.
La troisième nous ramène devant le feu. Une coupe de champagne, à portée de main. Une première tranche très fine, un peu sèche, sur un rond de pain grillé. Pas grand-chose à dire : c'est le premier abord. Une seconde tranche, coupée dans la cueillette du jour : les effluves montent. On passe à une petite brouillade d'œufs battus, copeaux noirs mêlés. La chaleur, la texture de l'œuf subliment la saveur de la truffe. Avant d'arriver au sommet de l'expérience : une demie truffe nichée au cœur d'un petit chou vert et tendre. Le tout est enveloppé d'un film, chauffé au bain-marie, déshabillé et posé sur un consommé de potiron : le fumet du diamant noir est à ce moment-là indicible. C'est la Joconde, c'est une mélodie de Mozart au sommet de son art. On comprend alors le regard du trufficulteur. On comprend aussi les sommes qui sont engagées sur un produit aussi éphémère : il nous ouvre les portes de l'éternité !
Etienne Desfontaines
(*) week-end truffe en maison d'hôtes
(**) 800 € le kg
Curiosity et le passant
Tout nous le rappelle, autour de nous. Les lumières dans la nuit, la frénésie des achats. Dans moins d'un mois, nous aborderons 2012. Les rétrospectives vont fleurir dans les matinales et les colonnes des quotidiens. Les observateurs vont nous inonder de leurs considérations, pour beaucoup en forme d'inquiétudes profondes et tenaces, dans un avenir plus que jamais incertain. Parce que tous les signaux sont là pour le dire : le monde est arrivé à un point de rupture, semblable à celui qu'il a déjà connu dans des périodes marquantes de son histoire. Bien malin qui peut décrire l'année 2012 !
Il y a pourtant deux observateurs particuliers, dont j'attends beaucoup. Le premier regarde le monde de très haut. Il a ce recul, absolument nécessaire dans le temps et dans l'espace, que la plupart n'ont pas. C'est le robot d'exploration "Curiosity", que la Nasa a lancé en novembre. Il est parti dans l'indifférence générale. Mais il ne faut pas s'y tromper : il est peut-être notre unique planche de salut. Lui seul peut à la fois observer la planète dans sa globalité, et nous en extraire s'il le faut. Lui seul pourra nous montrer le chemin, tel un Christophe Colomb des temps modernes, vers des mondes nouveaux, complexes et inattendus. Comme les Indes de la Renaissance. Nos soucis de climat, de croissance et de gouvernance, lui paraissent bien dérisoires, dans l'univers dont il commence à peine l'inventaire. Un physicien de l'Université de Standford (US), Leonard Susskind, parle même, bien au-delà de Mars, "d'une notion d'univers qui serait remplacée par celle d'un megavers, dont le paysage présente des proportions d'une étrangeté inouïe.*" Je l'avoue, je guette le retour de "Curiosity", comme les portugais attendaient celui de Vasco de Gama, sur les quais de Lisbonne !
Le second arpente le terrain. Il descend dans les quartiers et les villages, au plus près des individus et des familles. C'est mon ami, le "passant". Un illustre inconnu, dont j'aime capter le regard et la pensée. Je ne sais même pas si c'est un homme ou une femme, quelqu'un de jeune ou une personne âgée. Parfois, c'est un enfant. Mais il a cette qualité extraordinaire, quelles que soient les circonstances, légères ou tragiques : il est curieux. Il a du temps pour lui : il sait s'arrêter. Et il a un espace aussi, toujours changeant : le café, la rue, la réunion publique, l'intimité d'un foyer chez des amis, l'open-space d'un bureau à Euralille, la misère d'un campement de roms, le silence d'un monastère, la salle des pas-perdus d'une gare grouillante de monde à six heures du soir. Pour lui, chaque endroit est un monde nouveau, dont il dresse les contours. Je l'attends tous les soirs. Et j'ouvre mon carnet de notes : j'aime l'entendre raconter ses histoires. A cent mille lieues des querelles sur l'euro, et de la montée de l'islamisme.
Un jour viendra, j'en suis certain, le "passant" montera dans le "Curiosity". Avec la facilité et la désinvolture de celui qui reste sur la plateforme d'un tramway. Ce jour-là, j'espère, sincèrement, que je serai à côté du "grand conducteur". Pour le voir monter.
Etienne Desfontaines
[*] Science et avenir – Décembre 2011
L'abeille dans le verre
Elle s'est laissé piéger, elle est dans le verre retourné. Elle bourdonne, elle se cogne, dix fois, cent fois, mille fois, contre une barrière invisible. Une heure se passe. Elle finit par abandonner, on la retrouve le soir sur le dos, sèche et morte.
C'est ce qui arrive à l'Europe. Elle s'est laissé prendre dans le verre de la dette et de la finance. Les Etats ont beau faire, ils changent de gouvernement, ils accumulent les mesures d'austérité, ils valsent d'un plan de rigueur à l'autre, ils ne s'en sortent pas. Ils se retrouvent au pied du mur. Le peuple gronde, il demande la parole, mais on lui passe dessus : l'idée même d'un référendum est allée se fracasser contre la paroi de verre. Ici et là, on remplace les politiques par des cadors de l'économie et de la finance : ils continuent à tourbillonner dans tous les sens. Le couple Merkel-Sarkozy se retrouve tous les quinze jours : sans résultat. La BCE reste inflexible, elle ne reprend pas la dette des Etats. Pendant ce temps-là, le Parlement Européen, la Commission Européenne et le Conseil Européen ronronnent. Alors que la Belgique, symbole s'il en est des jours heureux de l'Europe naissante, se meurt. Bientôt, on suivra son convoi. S'il ne se passe rien, ce sera ensuite le tour de l'Europe : on la retrouvera sur le dos, dans le quartier européen de Bruxelles, sèche et morte.
Une solution ? Soulever le verre. Donner de l'oxygène. Supprimer la barrière invisible, ouvrir l'Europe sur le monde. Lui faire visiter la Chine, l'axe Pacifique, l'Amérique du Sud, l'Afrique. Mélanger les ruches, et les emmener au fin fond de l'Australie et du Brésil. C'est bien connu. Pour donner du souffle à une équipe de foot ou de rugby, on lui fait voir ses challengers. Ouverture, observation, analyse, construction d'une stratégie, travail de motivation et déroulés tactiques : la méthode a fait ses preuves. Ça devrait être le travail d'un Herman Van Rompuy, c'est pour cela qu'on l'a nommé à la présidence permanente de l'Europe, et qu'on l'a flanqué de Catherine Ashton aux Affaires Etrangères. Mais il ne fait pas le job. Il négocie, il ménage les uns les autres, comme il l'a toujours fait dans son pays d'origine : la Belgique ! On voit le résultat. Ce n'est pas lui, malheureusement, qui va soulever le verre.
Alors qui ? Pas forcément une personne physique. Plutôt un concours d'évènements majeurs. Un conflit, une catastrophe internationale, une révolution, un vent de liberté, du genre de celui qui souffle dans le Maghreb et au Moyen-Orient. Le collapsus, peut-être, de la Belgique et le son du glas aux portes des institutions européennes. Les peuples ont cette faculté de provoquer le temps, de traverser des enfers pour arriver au paradis. L'histoire en est pleine. C'est ce qu'un Jacques Attali a prédit dans son ouvrage : "Une brève histoire de l'avenir" (Fayard, 2009), nous n'en sommes peut-être pas loin. L'heure des capitaines – des vrais – a sonné : capitaines de continents, d'états, de régions, de communes et de familles. Il va falloir tenir bon dans la tempête, quand le verre sera soulevé.
Etienne Desfontaines
Un grand ordonnateur
peut en cacher un autre
Oh, qu'elle est belle cette image du "grand ordonnateur qui veille sur notre bonne vieille terre" ! Vous
m'autorisez à me laisser aller ? On imagine le "vieux", le Zeus des grecs qui naturellement tient la corde, il tend ses éclairs au-dessus d'un cumulus ; ou le terrible Yahvé qui se soulage
des Tables de la Loi dans les bras de Moïse au sommet du Sinaï ; ou le Dieu des chrétiens qui approche son doigt de celui de l'homme dans l'œuvre de Michel-Ange pour lui donner la vie ; ou encore
notre ami le bon Bouddha qui dessine de ses mains le "Dharmachakra Mudra", le geste de l'enseignement ; sans oublier l'invisible Mahomet qui souffle le Coran dans la nuque de ses
fidèles…
Eh bien non, c'est un hussard de la République, un de ces hommes en blouse noire, un de ceux qui se sont attachés au
début du siècle précédent à avoir devant eux des têtes bien faites plutôt que des têtes bien pleines, c'est un de ces serviteurs laïcs et anonymes de la démocratie, qui trempe sa "grande éponge"
dans le seau au pied du tableau, et qui efface la leçon de la veille ! Les dictatures, le terrorisme, les dinosaures, l'incompétence ou le libertinage, sont autant de simples traces de
craies qui disparaissent sous le geste énergique, elles laissent la place à la pensée audacieuse du jour, inscrite lentement à coups de courbes et de déliés, elles avancent un autre grand
ordonnateur sur la scène de l'esprit à deux pas du spirituel, un autre homme en noir, un rebelle doté lui aussi d'un immense pouvoir de création, Victor Hugo, pour ne pas le nommer, qui lance à
la face du monde : "l'avenir n'est à personne, l'avenir est à Dieu !" Malraux est battu sur le fil.
Etienne Desfontaines
Explosion en vol
La dette ? Plus de dette ! On en a déjà effacé la moitié, le reste suivra. Un référendum ? Plus
de référendum ! Le peuple est renvoyé chez lui. Un vote de confiance ? C'est fait, mais il est trop tard. Celui qui vient de
l'obtenir s'est totalement discrédité. Et il va tirer sa révérence ! A ce niveau-là, ce n'est plus une crise, c'est une
explosion en vol ! Et contrairement à ce qu'on pense, la Grèce n'était pas omniprésente au G20, elle était seulement en train de… disparaitre des écrans ! Ce qui aurait dû être le joyau de l'Europe, le "berceau de la civilisation", est en train de tomber sous le coup de
l'irresponsabilité accumulée au fil des ans. C'est terrible.
Parce que le symbole est fort. Le peuple gronde au pied de l'Acropole : la voix qu'il ne déposera pas dans les urnes, il
la jettera dans la rue. Et elle se fera entendre, dans un autre pays qui est déjà dans le même cas. Celui-là enserre le "berceau" moderne de la démocratie. Il n'a pas explosé en vol : il coule
lentement, emportant Bruxelles avec lui. La Belgique n'a plus de gouvernement. En aura-t-elle un bientôt ? On se le
demande, mais à vrai dire, plus personne n'y fait attention ! Ce qui est sûr, en revanche, c'est que le mécanisme infernal de désintégration du pays est enclenché : la dette de ce qui reste de
l'Etat belge est une fusée qui ne demande qu'à tomber sur les dépôts de munitions des flamands et des wallons ! La déflagration belge sera d'une toute autre envergure que celle de la
Grèce.
Deux pays, deux symboles, en perdition. Ça fait beaucoup. Vu de la Chine ou des Etats-Unis, c'est ahurissant.
Laisserait-on le Yunnan ou le Wyoming, par exemple, sans gouverneur ? Il y a pire. Dans la crise grecque, personne n'a vu le président permanent de l'Europe, Herman Van Rompuy, prendre la main et
donner des directives.
Personne n'a vu non plus le Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères, en l'occurrence la très discrète
et britannique Catherine Ashton, partir en tournée dans les chancelleries pour expliquer la situation et vendre la
capacité de réaction de l'Europe. La gouvernance de l'Europe est aux abonnés absents, elle laisse faire la loi du plus fort, autrement dit la BCE, l'Allemagne et la France, qui ont pris le
pouvoir. Et qui font le travail.
D'un côté le peuple, de l'autre, des dirigeants autoproclamés. Ça ne peut pas durer longtemps. Nous devons nous préparer
à une crise beaucoup plus grave. Une explosion en vol d'une toute autre nature qui amènera enfin l'Europe à se doter d'une gouvernance digne de ce nom. Qui va allumer la mèche ? Le peuple grec,
qui s'en prendra
directement à Bruxelles, entraînant avec lui tous ceux qui ont fait de la résistance au traité de Lisbonne ? Le
peuple belge, flamands d'un côté, wallons de l'autre, qui vont finalement faire sauter le vernis d'un Etat qui n'a pas de consistance réelle ? Le peuple français, à l'occasion des élections
présidentielles ? Le peuple allemand,
qui ne supportera plus de payer pour les autres ? A moins que ce ne soit l'Italie… Les grenades dégoupillées ne manquent pas.
Etienne Desfontaines
Barbarie
Les videos, les photos sont insupportables. On l'a traqué, il a la tête et la chemise en sang. Il répond à ses tortionnaires, on ne sait pas ce qu'il dit. Combien de temps dure le lynchage ? On se le demande, on hésite entre l'anxiété et la révolte. On apprendra seulement qu'il a été abattu : une balle dans le ventre, une balle dans la tête. Puis son corps sera exposé, torse nu, dans une chambre froide. Et des centaines d'inconnus lui tourneront autour, en brandissant des téléphones et des appareils photos. Pour vérifier qu'il est mort, pour l'injurier aussi et le vouer ouvertement aux chacals du désert. Peu importe son nom. Tout le monde l'aura reconnu. Il n'est pas utile d'en rajouter en l'écrivant ou le prononçant une fois encore. Il est notoire que ses crimes sont immenses, qu'il a répandu la mort dans son propre pays. Par appât du gain et du pouvoir. Personne ne peut pardonner ses actes, personne ne peut ni ne doit les oublier. Mais personne n'a le droit, non plus, comme l'a dit le président de la République Française, dans l'exercice plein et entier de sa fonction, "de se réjouir de la mort d'un homme, quoi qu'il ait fait."
Nous le savons bien, nous qui avons connu la Révolution, la Commune et la Libération. Ce n'est pas la barbarie qui fonde une Nation. C'est la Justice. Ce n'est pas l'ignominie qui sauve un peuple, c'est le sens de l'Homme. Ce n'est pas la vengeance qui le construit, c'est un surplus d'humanité. Celui qui nous amène à faire la part des choses, entre les actes et l'homme qui les a commis. Les actes sont révoltants, inacceptables, ils doivent être condamnés avec la plus grande fermeté, on doit en demander réparation avec la plus grande vigueur. L'homme doit être tenu pour ce qu'il est : un homme comme un autre, capable du meilleur comme du pire, fait de chair et d'os, d'un esprit et peut-être d'une âme, d'une étincelle d'humanité que nul n'a le droit de lui retirer.
Nous avons mis des siècles pour inscrire l'abolition de la peine de mort au fronton de notre constitution. Nous avons mis quelques années de plus pour la graver dans le marbre Européen. Si nous n'y prenons garde, si nous ne disons rien, si nous laissons la barbarie flamber à portée de nos jets et de nos touristes, elle nous rattrapera par le collet en moins de temps qu'il ne faut pour la voir venir, elle emportera nos enfants qui "supporteront" les images du 20h ou du web comme une vulgaire séquence de jeu video. Elle traquera ce qui nous restera d'humanité jusqu'au plus profond de notre société.
La mondialisation de la barbarie exige une réponse : la mondialisation de la Justice et de l'humanité.
Ce ne sont pas des touristes, justement, que nous devons envoyer dans les pays du printemps arabe. Ce sont des experts en humanité. Politiques, économiques, sociaux, culturels ou religieux. Des hommes et des femmes qui entendent les peuples hurler de souffrance au moment de sortir de la répression. Qui les aident à trouver leur personnalité, à renouer avec leur humanité, dans un balbutiement de démocratie. La tâche est immense. Elle est de tous les temps. Elle est universelle. Elle est urgente, en 2011.
Etienne Desfontaines
Chercher ailleurs
De quoi avons-nous le plus besoin, aujourd'hui ? D'un programme ou d'un capitaine ? Je penche pour la seconde hypothèse.
Les mutations profondes dans lesquelles nous sommes engagés, bon vent ou mauvais vent, ne nous autorisent plus à graver dans le marbre des promesses économiques et sociales, qui seront balayées
d'un revers de
main, à peine les bulletins sortis des urnes présidentielles franco-françaises.
Il nous faut un capitaine. Avec un bon sextant et des cartes mises à jour. Capable d'analyser les horizons changeants, de repérer les récifs
et les bancs de sable, d'anticiper les tempêtes, et de faire grimper les hommes dans les haubans au premier vent porteur ! C'est un nouveau Comte de Tourville qu'il nous faut, dans le Château
arrière du vaisseau France.
Homme ou femme n'est pas le problème, cette question-là date du XX° siècle. Gauche ou droite, non plus. On peut être aujourd'hui solidaire ou
libéral, dans les travées de l'UMP comme dans les rangs du PS. Il nous faut un personnage solide et charismatique. Imaginatif aussi, ouvert au monde et proche de ses hommes. Profondément
attaché
à tout ce qui peut servir l'intérêt général de la planète, et par conséquent, mais par conséquent seulement, celui de la France et de l'Europe. Outillé de par son expérience et fermement décidé
à
construire le bien-vivre ensemble, à étouffer dans l'œuf la moindre étincelle de division, que ce soit à Paris, à Bruxelles ou à l'ONU.
Un signe fort serait que ce Marco Polo des temps modernes parle mieux l'arabe, le chinois et l'espagnol, que l'anglais. Parce qu'un regard ne suffit pas, un langage neutre – ou pire, un
interprète – est toujours une barrière, quand il s'agit de prendre une bonne décision et d'en convaincre ses partenaires, que ce soit par temps calme
ou au plus fort de la tempête.
Vu sous cet angle-là, le débat Hollande-Aubry me donne l'impression de ne pas être sorti du bassin du jardin du Luxembourg ! Il faut chercher ailleurs…
Etienne Deffontaines
Et
si c'était vrai ? (2)
Imaginons de nouveau les choses. Tout s'est passé comme nous l'avions pensé. Le premier étage de la fusée Aubry a bien fonctionné. "La dame des 35 heures" n'est pas encore sur orbite, mais le vol se déroule normalement. Une bonne participation au 1er tour, des petits candidats - en l'occurrence, Arnaud Montebourg – qui rognent la part des grands, des écarts réduits à la portion congrue : c'est une partie serrée qui va se jouer dimanche prochain entre l'homme "normal" de la Corrèze et la fille de Jacques Delors. Que va-t-il se passer ?
Il faut être clair. Les moteurs du second étage sont déjà allumés. Les reports de voix sont épluchés. Du côté de François Hollande, l'équation est difficile. Il a fait le plein. Les voix de Manuel Valls et de Jean-Michel Baylet sont un cadeau empoisonné : elles ne lui donnent pas la majorité, et elles portent à droite. Il ne peut pas espérer grand-chose de celles de Ségolène Royal : pas suffisantes, et la rancœur est au rendez-vous. Il lui faut donc se projeter à gauche, dans le vivier d'Arnaud Montebourg. C'est le mariage de la carpe et du lapin.
Du côté de Martine Aubry, la phase est ascendante. Elle est mieux campée à gauche que son adversaire. Elle n'a pas besoin de se démener. Une grande partie des électeurs d'Arnaud Montebourg, quoiqu'il fasse, sont prêts à la rejoindre. Quoiqu'on en dise aussi du côté des Verts et de Jean-Luc Mélanchon, leurs électeurs sont libres et ce sont aussi des "sympathisants" du Parti Socialiste, qui vont déposer leur obole et leurs voix pour Martine Aubry. La droite n'est pas en reste : elle est certaine, instituts de sondages à l'appui, que Martine Aubry serait une concurrente plus facile à croquer que François Hollande. Elle va y mettre son grain de sel.
Résultat : le 16 octobre, à 20h, la foudre tombe sur les plateaux de télévision ! Le score est très serré. Mais c'est la Maire de Lille qui est désignée ! A quelques milliers de voix près, il n'y a pas de quoi emboucher les trompettes de la renommée. On discute même ici ou là les résultats. Mais celle qui pourrait bien devenir la première dame de France au sens fort du terme, la première secrétaire du Parti Socialiste, est habituée. Elle ne bronche pas. Puisqu'on le lui demande, elle endosse cette responsabilité, et elle l'assume avec la détermination qu'on lui connait : elle sera la candidate du Parti Socialiste à la Présidence de la République.
Cette fois, à Lille, la ritournelle devient lancinante : "et si c'était vrai ?" Dans huit mois, on en est persuadé, une voiture officielle attendra Martine Aubry au pied du beffroi. Emue, elle fera un signe d'adieu au personnel de la mairie, qui se sera précipité sur le perron. Et elle prendra la route de l'Elysée. Dans le convoi naturellement, il y aura nombre de ministres et de chefs de cabinets, tous issus du personnel politique de notre bonne et grande région ! Dany Boon n'en reviendra pas : le coup du facteur, c'était bien. Mais celui de la Présidente ? Inimaginable !
Inimaginable, c'est le mot juste.
Il arrive (?) que la réalité dépasse la fiction.
Etienne Desfontaines
La tentation du repli
Le monde est en crise. Economique, politique, écologique, sociale et culturelle. Rien de plus naturel que d'avoir peur quand les tours de New York s'effondrent, quand un tsunami balaie le Japon et ses installations nucléaires, quand la France perd de l'influence dans le concert des nations. La tentation du repli est forte :
on renforce les digues, on déterre et on ravive ses racines. Pour se rassurer.
Il y a la forme criante du repli sur soi. Arnaud Montebourg en appelle à la démondialisation. Marine Le Pen ne jure que par la sortie de l'Euro. Et il y a la forme insidieuse. Celle qui prend les habits de l'alternance paisible, celle dont on a dit en 1981 qu'elle était une "force tranquille". C'est ce qui vient de se passer au Sénat. Il ne faut pas s'y tromper : la "révolution de palais" que nous venons de vivre n'est en fait qu'une involution. Un retour en arrière, un refus d'aller de l'avant.
Trois anachronismes ont force de symbole dans cette affaire.
Premier anachronisme. Derrière les 170 sénateurs (sur 348) qui ont été élus la semaine dernière, il y a 71.890 grands électeurs. Autant de maires de toutes petites communes, de maires adjoints et de délégués municipaux, de conseillers régionaux et de conseillers généraux, de gauche comme de droite, qui représentent leurs villages, leurs quartiers, leurs cantons et leurs régions, en les opposant au pouvoir central ! Le message est clair : les 36.000 communes de France font de la résistance, et elles font rire nos voisins. La réforme territoriale, pourtant nécessaire pour donner du corps et une dimension européenne à la France, a été malmenée dès le départ. Elle n'aura fait que des mécontents, alors même qu'elle a été abandonnée au milieu du gué.
Deuxième anachronisme. Le second personnage de l'Etat est aujourd'hui connu. Enfin, c'est ce qu'on croit. Jean-Pierre Bel n'est pas un ténor de la politique. Il a été maire de Mijanès (90 habitants), maire de Lavelanet (6700 habitants), il est conseiller régional de Midi-Pyrénées et conseiller général de l'Ariège (150 000 habitants), et il a tracé son chemin dans les couloirs du Sénat. Mais qui connait Jean-Pierre Bel à Londres, Bruxelles, Washington, Pékin et Brasilia ? De quel recours sera-t-il, par exemple, auprès du favori des primaires socialistes, François Hollande, un élu "normal", dont l'implantation est aussi parfaitement locale – c'est celle de Jacques Chirac, un président d'une autre génération – du côté de Tulle (15000 habitants) et de la Corrèze (240 363 habitants) ?
Troisième anachronisme. Le vote du 25 septembre était obligatoire, pour les 71.890 grands électeurs concernés, mis à l'amende au cas où ils ne se présenteraient pas dans le seul bureau de vote qu'on a mis à leur disposition dans chaque département. On les a défrayés, pour ce déplacement : 15,25 € chacun ! Autrement dit : 1.096.632,25 € pour l'opération globale. A l'heure d'internet ! Il y a des économies qui se perdent. Et bien de la poussière à soulever sous les ors du Palais du Luxembourg.
Etienne Desfontaines
Et si c'était vrai ?
Imaginons les choses. Nous sommes à quinze jours des primaires socialistes. Comme toujours, celui qui caracole depuis des mois dans les sondages, s'efface. Il est l'homme à abattre : on le pousse à la faute. Un mot de trop dans une interview, une proposition mal comprise : le doute surgit. On n'y prête pas vraiment attention, il reste en tête, mais son score se tasse. Alors que ses challengers confortent leurs positions.
Et puis le mouvement s'accélère. Dans la dernière ligne droite, François Hollande reste en pole position. Mais en-dessous, sans faire de bruit, Martine Aubry joue "la tortue" : elle conforte sa position de premier challenger. Et surtout, les voix se dispersent. Royal, Valls, Montebourg, gagnent du terrain. Les militants sont gens disciplinés, mais les sympathisants du Parti Socialiste, ceux des Verts et du Front de Gauche qui s'invitent aussi dans les urnes, eux, ne détestent pas jeter un pavé dans la mare ! Hollande, Aubry, sont bien trop policés. Ils ne donnent pas de vraies réponses aux défis du monde et à la misère des gens. Il faut remuer la classe politique, pour en faire sortir un homme neuf. Vraiment, neuf ! Ou… une femme !
A ce moment-là, que se passe-t-il ? La participation est bonne. Inespérée, même. François Hollande sort en tête au premier tour. Martine Aubry le suit. Mais tout le monde est surpris : les écarts sont très réduits. Entre les deux tours, les soutiens se cherchent du côté de François Hollande. Ségolène Royal est à fleuret moucheté avec l'un comme avec l'autre. Martine Aubry ne bouge pas. Elle est bien mieux campée à gauche que son adversaire. Elle rassemble plus facilement les femmes et les petites gens. Et elle a un caractère trempé. Pour le coup, les leaders du Front de Gauche se décident. Ils lancent des messages. Ils savent bien que Jean-Luc Mélenchon n'ira pas au-delà du premier tour en 2012 : ils donnent leur préférence à la Première Secrétaire du Parti Socialiste. Une majorité des Verts pense la même chose. Et la droite y ajoute son grain de sel : les sondages lui disent que contrairement à François Hollande, Martine Aubry serait battue en 2012 par Nicolas Sarkozy. Alors, le 16 octobre, le résultat tombe : "la dame des 35 heures" remporte la primaire ! A quelques centaines de voix près.
On discute bien un peu les résultats, mais elle ne bronche pas. Comme à Reims. Elle reçoit l'investiture avec sobriété. Elle n'a pas vraiment tout fait pour endosser cette responsabilité. Mais puisqu'on le lui demande, elle sera la candidate du Parti Socialiste aux présidentielles de 2012. Et elle le dit : elle ne sera pas une candidate par défaut. Elle y mettra toute son énergie.
Nous sommes à six mois de la présidentielle. Les états-majors sont en ébullition. On commence à y croire : et si c'était vrai ? Dans la foulée, on s'interroge : mais alors, dans ce cas, qui sera le prochain maire de Lille ? Et qui va prendre les rênes de la Communauté Urbaine ? Les espoirs et les illusions s'animent, on les voit gravir quatre à quatre le beffroi de Lille. Le perron est grand ouvert. Il donne directement sur l'Elysée…
C'est le moment de rester calme. Il faut se méfier de l'imagination.
En politique, ce n'est que vent mauvais.
Etienne Desfontaines
la révolution est en marche
Il y a des jours qui marquent. Chacun se souvient de ce qu'il faisait ce jour-là. Le jeudi 9 novembre 1989, les premiers
pans du Mur de Berlins'écrasent au sol. Je suis en voiture, dans la Somme. J'engage la conversation avec un collaborateur : un immense espoir envahit l'habitacle. Le mardi 11 septembre 2001, je
travaille chez moi, à mon bureau. Ma fille m'appelle de Paris : "Papa, regarde la télé !" La Tour Nord du World Trade Center s'effondre sur l'écran. Je suis plongé dans
l'effroi.
Ça n'aura pas duré longtemps. A dix ans d'écart pratiquement, les deux plus grandes puissances, celles qui se sont
partagé le monde à Yalta, sont atteintes. Pas vraiment abattues, mais durement touchées. "Ce siècle avait deux ans, Rome remplaçait Sparte…" : Victor Hugo n'est pas mort ! En l'an 2000, c'est une
nouvelle Rome qui apparait. La carapace craque aux jointures. On ne parle pas ici d'un autre siècle, mais bien d'un millénaire, un tout jeune millénaire qui cherche de
l'oxygène et qui pousse son premier cri !
Dans la foulée, l'URSS se disloque. Les "libérateurs" de Berlin et de Varsovie rentrent chez eux L'Allemagne réussit le
tour de force de se réunir, et de devenir la pièce maîtresse de l'Europe. La Pologne se jette dans les bras de l'Europe. Et les US
apprennent à leurs dépens que la pire des mondialisations, celle du terrorisme, peut les frapper à la tête : le
Pentagone est touché, la Maison Blanche est visée, le symbole du business tombe en poussière.
Capitalisme d'un côté, communisme de l'autre. Les deux ont été violemment balayés d'un revers de main. Le doute n'est
plus permis. On a rebattu les cartes. Ceux qui détiennent les atouts, aujourd'hui, sont au sud. La Chine s'est éveillée, le Brésil est sorti de sa torpeur, l'Inde relève la tête. Bientôt ce sera
le tour de l'Afrique.
La clef du troisième millénaire ne se trouve plus à Bruxelles, ni à Moscou ou Washington. Ce sont des capitales qui
s'enferment dans le passé.
Il faut désormais porter le regard vers Shangaï, Sao Paulo ou New Delhi. C'est en se confrontant à ce monde-là, que la
Vieille Europe et notre Vieille Nation vont se disperser ou se reconstruire.
Les "jeunes", les pays arabes, ont déjà pris le départ d'une course dont on ne connait pas encore toutes les règles. Ils
ont un mot significatif : ils parlent de "printemps". Et la Grèce a déjà reçu, elle, la visite de la Chine. Si j'étais Georgios Andreas Papandréou, en ce moment, je serais beaucoup plus
enclin à accueillir les investissements chinois qu'à subir les remontrances européennes !
Nouveau siècle, nouveau millénaire. Si nous les observons avec les lunettes des années cinquante, comme les
dirigeants
occidentaux semblent continuer à le faire, nous ne voyons rien. Nous sommes aveugles. Et le poison du doute,
effectivement, va nous glacer les veines. Si nous sortons au contraire de notre carapace, si nous prenons le risque de nous remettre en cause et de nous confronter à une nouvelle donne, nous
avons une chance de nous en sortir et de former de nouveaux espoirs.
La nouvelle frontière des US n'est plus à l'Ouest. Elle est au Sud. Il ne s'agit plus de la concevoir comme une
conquête, mais comme un accueil. Telle est bien la "révolution" qui nous attend.
Etienne Desfontaines
Un suicide collectif
Je ne connais pas l'expert financier qui est intervenu dans la conférence que vous évoquez, mais son "tableau
apocalyptique" fait écho à l'analyse implacable de Jean Peyrelevade (ancien haut fonctionnaire et PDG du Crédit Lyonnais, président de la banque d'affaires Leonardo, soutien de F. Bayrou en 2007,
soutien aujourd'hui de F.
Hollande) dans son dernier ouvrage : "France, état critique" (Plon 2011)
Nous avons des experts, nous voyons bien le mur dans lequel nous fonçons tête baissée. Mais personne n'ose appuyer sur le frein. Ça ressemble à un suicide collectif. Comme si plus rien ni
personne ne pouvait arrêter la machine infernale… Le temps approche, où la solution nous sera imposée de l'extérieur, par-dessus les élections
présidentielles, qui ne pèsent plus vraiment sur le cours des choses en France. Reste à savoir par quelle porte : financière ? économique ? écologique ? politique ? ou sociale ? C'est le sujet le
plus tendu qui lâchera le premier, et qui mettra le feu aux poudres. Nos dirigeants élus – quels qu'ils soient, hommes, femmes, autonomes ou issus d'un parti – devront alors puiser dans leur
réserve de grandeur et d'humanité, pour redécouvrir un horizon, nous faire sortir de nos frontières et nous montrer le chemin. A la façon de Moïse, devant la Mer Rouge.
Etienne Desfontaines
Des nouveaux antivirus :
Les trois AAA
Cette fois-ci, ça y est, effectivement. Le Vieux Monde, celui que nous avons aimé et traversé sans connaître le moindre conflit armé sur notreterritoire depuis plus de soixante ans, le monde de croissance qui nous a fait passer du train à vapeur au TGV, de la pénicilline à la trithérapie,du bimoteur à la navette spatiale, et du combiné à la tablette, ce monde-là est en train de se débarrasser de ses oripeaux.
Il a commencé par jeter le "produit industriel" et la "consommation" aux orties. Il prône de plus en plus un retour à la nature. Il a balayé d'un revers de main les bonheurs promis du "virtuel" et de la "finance" : la "bulle internet" et la crise des "subprimes" sont passées par là. Et il vient d'envoyer l'une de ses propres créatures, Standard & Poor's, donner un coup de poignard dans le dos à ce qui a fait l'objet même de tous nos espoirs de l'après-guerre : la "croissance". Nous pouvons faire le vide dans nos étagères : nos manuels d'économie viennent de prendre un sacré coup de vieux.
Il y a plus. La plus grande puissance mondiale vient de comprendre qu'elle n'est qu'un colosse aux pieds d'argile. Le "gendarme du monde" a perdu de sa prestance. L'Amérique sait, depuis le 11 septembre 2001, qu'elle peut être atteinte sur son territoire. Elle a réussi à éliminer Oussama Ben Laden, mais elle ne s'en sort pas en Afghanistan. Elle donne de la voix, mais elle ne fait plus peur. Nous pourrons bientôt mettre "l'équilibre de la peur" aux encombrants, il ne nous sera plus d'aucune utilité. Il faudra bien construire la paix, au lieu de la garder.
On se demande aujourd'hui comment qualifier les agences de notation, qui brandissent le fameux "triple AAA". On les traite de "thermomètres", ou de "nouveaux gendarmes du monde". Dans le premier cas, c'est qu'il y a un malade ! Il ne faut pas chercher loin. Dans le deuxième cas, c'est qu'il n'y a personne d'autre pour faire la police ! Donc, les voleurs courent les rues. Ne vaudrait-il pas mieux prendre les agences de notation pour des "antivirus" ? Elles ont une façon d'analyser le disque dur de notre civilisation, et de délivrer des messages d'alerte aux dirigeants de la planète, qui mérite de la considération. Gare à ceux qui ne les écoutent pas.
Comme la France, par exemple. Nous faisons grand cas de notre plumage et de notre ramage : nous gardons nos trois AAA ! Standard & Poor's n'a pas encore froncé le sourcil sur notre dette et nos déficits. Alors, nous en profitons. Les trois AAA qui nous préoccupent le plus cet été sont l'A6, l'A7 et l'A9 ! Record battu : 723 km de bouchons le samedi 6 août, classé noir dans le sens des départs, et rouge dans le sens des retours, pendant que l'Amérique se faisait taper sur les doigts ! Mais le réveil sera difficile. Les nouveaux "antivirus" nous attendent à la rentrée. Ils ont investi les I-phones et les ordinateurs de bureaux. Ils vont secouer nos comptes en banque et nos portefeuilles boursiers. Il ne faudra pas les prendre pour des "gendarmes" ou des empêcheurs de tourner en rond, mais pour des "guetteurs" du nouveau monde.
Etienne Desfontaines
Mediator :
chronique d'une mort annoncée
Coup de tonnerre médiatique, dans le ciel du médicament. Le Mediator a tué 500 à 2000 personnes en trente ans. Les communiqués tombent, la machine s'emballe en janvier 2011. Et le gouvernement embraye. Xavier Bertrand donne des coups de menton. Les victimes seront indemnisées. On va mettre de la transparence dans les relations entre les médecins, les agences de contrôle du médicament et les industriels.
Vu de l'intérieur, du cœur de l'industrie pharmaceutique, c'est effarant. Tout cela n'a rien à voir avec la réalité. Les chiffres lancés à la Une ne sont que des extrapolations statistiques. Ils sont discutés par les experts. La relation de cause à effet entre la prise de Mediator et la survenue d'une valvulopathie cardiaque sévère, même si elle existe, est difficile à mettre en évidence. Les tribunaux devront se contenter de ce qu'ils appellent des "faisceaux d'indices". La majorité des "victimes présumées" qui vont réussir à présenter un dossier à l'ONIAM* seront déboutées.
Il y a pire. Le laboratoire Servier est accusé d'avoir trompé les autorités, les médecins et les patients, sur la nature et les qualités attendues du Mediator. Dans la foulée, la suspicion est jetée sur l'ensemble de l'industrie du médicament. Elle est accusée, dans l'ordre : d'être sous l'emprise de la finance, de cacher la vérité et de masquer des effets secondaires graves pour continuer à promouvoir des substances à fort rendement économique, de soudoyer des experts, les autorités et les médecins libéraux et hospitaliers, pour mener des affaires répréhensibles aux dépens de la société, des familles et des patients.
Il n'en est rien, évidemment. On s'en apercevra plus tard, lorsque l'émotion sera tombée. On se souviendra que la diffusion des innovations thérapeutiques, toujours plus dense dans le monde, élève un peu plus tous les ans non seulement la durée, mais aussi la qualité de vie. Que serions-nous aujourd'hui, sans les antibiotiques, les antihypertenseurs et les anticancéreux ? La plupart d'entre nous seraient morts. En nombre bien plus important que les 500 à 2000 morts attribués au Mediator.
Ces progrès thérapeutiques, nous les devons à la recherche, mais aussi aux représentants des laboratoires, qui ont une double mission et qui l'assument dans leur très grande majorité avec beaucoup de conscience professionnelle. Ils ont d'abord une mission de santé publique. Sans eux, les médecins et la population ne seraient pas tenus au courant des évolutions thérapeutiques, et les laboratoires ne seraient pas au fait des besoins de la population. Ils doivent ensuite assurer la vie et la pérennité de leur entreprise. C'est tout à leur honneur. Le rôle d'un commercial peut être parfaitement noble. Il est vital pour l'entreprise. Vouloir supprimer les visiteurs médicaux, les barrer à l'hôpital et encadrer leur travail de façon drastique, c'est condamner l'industrie pharmaceutique française à mort. Ou à la nationalisation. La concurrence internationale, chinoise et indienne, avant d'être américaine, est prête à se partager la dépouille.
Etienne Desfontaines
* Office National d'Indemnisation des Accidents Médicaux
LILLE TROIS ETOILES
La ville de Lille vient d'obtenir trois étoiles au Guide Vert. C'est une bonne nouvelle. Elle rejoint ainsi quelques dizaines de villes françaises et quatre villes belges : Bruxelles, Bruges, Gand et Anvers, au panthéon du Michelin. Elle "vaut le voyage" selon l'expression des auteurs de la nouvelle édition. La presse locale en fait des gorges chaudes. La presse nationale et les télévisions emboîtent le pas. Martine Filleul, l'adjointe au maire de Lille chargée du rayonnement international, des relations internationales, des affaires européennes et du tourisme, se réjouit : "c'est une sorte de consécration, dit-elle, nous sommes partis de très loin : Lille avait, il y a vingt ans, une image industrielle et industrieuse" Et le directeur de l'Office de Tourisme de Lille, Bruno Goval, y voit "la reconnaissance d'un travail de longue haleine".
"Une image industrielle et industrieuse…Un travail de longue haleine…" On ne peut pas dire que les promoteurs de Lille au plus haut niveau soient exaltants et exaltés par l'évènement ! Les voilà qui retombent dans l'ornière du Nord, "terre d'accueil et de travail", comme on l'a lu pendant des années sur le bord de l'autoroute, avant l'avènement de Lille 2004. Leur réaction est significative. Ces trois étoiles sont un évènement du passé. C'est un aboutissement, ce n'est pas forcément un élément moteur pour l'avenir de Lille.
D'abord, considérons bien le fait. Dans la nouvelle édition du Guide Vert, Lille arbore effectivement trois étoiles (p. 93). Mais l'enthousiasme tombe vite dans les pages suivantes. Si le Vieux Lille et le Palais des Beaux-Arts brillent de tous leurs feux : trois étoiles aussi, le reste n'obtient qu'une étoile (Cathédrale, Grand-Place, Hospice Comtesse), sinon rien (rue Esquermoise, Hôtel de Ville, Gare Saint-Sauveur). Et on ne retrouve pratiquement pas d'étoiles aux alentours. Roubaix, Tourcoing, restent dans l'ombre. Ensuite souvenons-nous bien que ces étoiles sont à mettre au bénéfice de ce qui a été accompli dans les trente dernières années. A savoir le désenclavement de Lille, l'arrivée du TGV, inauguré par Pierre Mauroy et François Mitterrand le 18 mai 1993. La possibilité de venir de Paris en une heure, de Bruxelles en une demi-heure, et de Londres en un peu plus d'une heure, constituera une offre, qui va créer la demande. Et donner à Lille la possibilité de se faire voir au monde.
Quel est aujourd'hui le grand projet, dont on peut attendre le même effet ? Quelle est l'offre qui va créer un pareil bond dans la demande, dans dix ans, dans vingt ans, non seulement à Lille, mais dans tout le Nord Pas-de-Calais ? En 1993, l'arrivée du TGV avait été voulue par Pierre Mauroy. Est-ce que nous avons aujourd'hui à l'œuvre pour Lille une personnalité de cette envergure, capable de repérer et de promouvoir un projet de cette nature, qui fasse de Lille une métropole reconnue et enviée dans le monde entier ? On peut se poser la question. Une candidature à l'élection présidentielle, en soi, ne constitue pas une réponse pour Lille.
Etienne Desfontaines
NDLR: Le budget d'investissements de Lille Métropole pour les dix ans à venir s'élève à un milliard d'euros. La réouverture des canaux avec des navettes fluviales, l'aménagement de la Deûle, la réhabilitation de Lille Sud, la transformation de la gare St Sauveur figurent notamment dans les projets prioritaires. Il faut en passer par cette phase en poursuivant le travail de Pierre Mauroy avant de voir Lille rivaliser avec les mégapoles étrangères.
A.S
PARIS EN JUILLET
Paris à pied. Paris en tête-à-tête. C'est le fait des vacances, c'est le fait d'un observateur qui prend le temps de sillonner les buttes et les
arrondissements, hors voiture, hors bus et hors métro. Les deux pieds posés sur le bitume. L'œil et le carnet de notes grand
ouverts.
Mercredi 13 juillet, 17h. Le soleil et les nuages se disputent le ciel. Les trottoirs de l'opéra sont noirs de monde. Les grands magasins avalent et recrachent leurs clients par centaines, sacs et paquets à l'épaule ou à la main. On aperçoit les pompiers de Paris qui se glissent sans faire hurler la moindre sirène, juste quelques coups de sifflets de préposés à la circulation, entre les bus à impériale. Ils positionnent des dépanneuses, ils font tourner des treuils. Les passants s'arrêtent. C'est une superbe rangée de véhicules du début du siècle dernier, qu'on aligne, rutilants, devant le Palais Garnier. Paris inénarrable, Paris incontournable. La rue, l'histoire et la fête se donnent rendez-vous. Dans quelques heures, ici, au pied du temple de la musique bon chic bon genre, on tiendra bal. Ronflant et pétaradant. Dans les bras des sauveteurs les plus aimés de la planète, après ceux de New-York.
Jeudi 14 juillet, 16h. Le convoi des jeunes officiers de Saint-Cyr Coëtquidan est bloqué devant le Pont au Change. Quatre bus, autant de véhicules d'accompagnement, blasons flamboyants sur les carrosseries. Mais rien n'y fait. La jeep ouvreuse a déjà traversé la place du Chatelet. Un jeune aspirant sans doute, qui ne connait rien à la ville. La promotion du Chef d'escadrons Francoville, qui a fièrement défilé le matin même au pied de l'obélisque et du Président de la République, toutes médailles et fanions dehors, est noyée dans la circulation. Bloquée entre les bus, les taxis, les scooters, les hordes de touristes en shorts et en casquettes, japonais, italiens, américains, français aussi mais parfaitement incapables de la reconnaitre, qui investissent les bords de Seine. Paris grouillant, Paris anonyme. Qui oublie les héros du matin. Et ceux qui ne rentrent pas au camp, le soir, en Afghanistan.
Vendredi 15 juillet, 13h. Deux SDF, un homme, une femme. Ils ont atterri là, dans un carré d'herbe, entre le Bon Marché et l'Hôtel Lutetia de sinistre mémoire. La statuaire est dédiée aux bonnes œuvres d'Aristide Boucicaut, le fondateur du grand magasin qui domine le petit square, dont l'épouse se penche sur une pauvre famille. Des jeunes se retrouvent et font grand bruit dans leur coin, quelques personnes âgées tentent de se reposer sur les bancs. Deux employées de magasin, fraîches et pimpantes comme un matin de printemps, cherchent la caresse du soleil et ouvrent leurs barquettes de salades. L'homme et la femme se disputent, puis s'apaisent. Ils fouillent leurs sacs, il trouve une lingette rafraîchissante. Elle se déshabille, il lui frotte le dos. La pudeur n'est pas vraiment l'invitée de la misère. Paris du bitume, Paris du métro, qui surgit aussi au pied de l'histoire, au bas des Arcs de Triomphe. Paris oublié, des bonnes œuvres de l'an 2000.
Etienne Desfontaines
DISCREDIT
Discrédit : il n'y a pas d'autre mot, face à l'affaire DSK. Il y a bien celui de Jacques Chirac :
"abracadabrantesque", mais il comporte une dose d'humour, qu'on n'arrive même plus à intégrer. Parce qu'enfin, peu importe que ce soit de son fait, ou qu'il ait cédé à la tentation le samedi 14 mai, midi, dans la suite 2806 du Sofitel américain – c'est la seule information qui soit encore vérifiée à ce jour : il y a bien eu un acte
sexuel – Dominique Straus-Kahn a de toute façon prêté le flanc à un incroyable imbroglio, dont personne ne peut encore définir les contours.
Discrédit politique d'abord. Mettons nous à la place de ceux qui doivent traiter avec le FMI. Quelle
confiance peuvent-ils accorder maintenant à ses dirigeants ? Ce sera la première tâche de Christine Lagarde : restaurer l'image terriblement écornée de son institution. Mettons-nous ensuite
à la place des électeurs potentiels de DSK en France. C'est à un homme de ce genre qu'ils
ont failli confier la France ? Quelqu'un qui ne sait pas se maîtriser ? Quelqu'un qui mène grande vie dans
les palaces, alors même qu'il n'est pas en représentation officielle ? C'est du pain bénit pour Marine Le Pen et le populisme. Et mettons-nous enfin à la place des sympathisants du parti
socialiste : voilà un homme qui n'est jamais là, une fois à la tête du FMI, une autre fois en
prison, il ne cesse de déstabiliser le parti, les primaires et la bataille de la gauche pour la reprise du
pouvoir. Est-ce que cela va s'arrêter un jour ? Quand va-t-il faire preuve d'un minimum de responsabilité et de sens de l'honneur par rapport à son parti ?
Discrédit médiatique ensuite. Toutes les "informations" qui ont été jetées en pâture au monde entier
à partir du 15 mai ont été contredites au moins une fois, en mai-juin, par l'accusation ou la défense. Sauf une : il y a eu un acte sexuel. Pour le reste, rien n'est vérifié. Nous avons passé des
heures, des jours entiers, devant la porte du tribunal de Manhattan ou devant la résidence de DSK selon les chaînes de télévision, sans rien apprendre réllement. Comment peut-on faire
confiance aux medias, après une telle carence de l'information ? En l'occurrence, il faut bien s'en rendre compte, il y a des journalistes comme Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier qui
rentrent de l'enfer, parce qu'ils ont voulu vivre un idéal professionnel. Diversifier et valider leurs sources. Et d'autres qui vident le métier de tout son sens. Il faudra bien un jour qu'on
fasse le ménage.
Discrédit de la femme, enfin. Le pire. Imaginons que DSK revienne blanchi de Manhattan. Ainsi donc, on
peut exercer les plus hautes responsabilités dans ce bas monde, prendre un plaisir fugace avec une créature de passage, monnayer son plaisir, descendre faire son "check out", déjeuner avec sa
fille, sauter dans le premier avion pour Paris et embrasser sa femme en débarquant à Roissy ? Il n'y a pas une once de différence avec une canette de bière, qu'on aurait payée et jetée à la
poubelle. Pire, si cette créature, qui ne peut décidément pas être une femme, a eu le tort de mentir, elle est dans l'ordre
vouée à l'anonymat, tourmentée, puis attachée au pilori par avocats et medias interposés. Les féministes
viennent de perdre une guerre. Le statut de la femme dans le monde vient de descendre d'un cran. La cause de la parité est loin d'être gagnée, et la burka a encore de beaux jours devant
elle.
Etienne Desfontaines
Les Peugeot : la reconversion ou… la Chine !
Je voudrais être une souris. Je voudrais savoir ce qui se dit du marché français de l'automobile, dans les réunions marketing de nos grands constructeurs. Et par exemple, tiens, puisqu'on en parle, chez Peugeot ! Est-ce que le marché peut encore absorber une progression à deux chiffes ? A un chiffre ? Est-ce que
nous faisons mieux
que les nippons, les allemands, les coréens et les américains ? Quelles sont les perspectives réelles à dix ans, à vingt ans ? Difficile d'imaginer le contenu des
slides qui défilent devant les cadres en costume sombre de l'Avenue de la Grande Armée.
Alors, j'observe ce qui se passe autour de moi. Je vois des voitures scotchées dans les bouchons. Des conducteurs traqués comme des voleurs, dès qu'ils ont un peu d'espace devant eux, par les radars fixes et mobiles. Des automobilistes limités la plupart du temps à 30, 50, 70 ou 110 km/h. On les fait danser en
ville sur des
plateaux ralentisseurs. On les empêche de rallier les centres villes. On leur dit que ce n'est pas bien d'utiliser leur voiture, on leur demande de prendre un
vélo, le bus, le tram-train ou le TGV. Pire, vous avez déjà remarqué ? Quand on tourne maintenant les pages de l'Autojournal, toutes les voitures se ressemblent: même avant, même arrière arrondi, large pare-brise, rien de saillant, aérodynamique oblige. D'ailleurs, on ne vend plus une voiture : on vend un crédit, un GPS et un
ordinateur de bord, des radars avant et arrière, un confort et une couleur. Le moteur a disparu, la puissance et la souplesse du double arbre à came aussi :
perdus corps et biens ! C'est à dégoûter l'amateur averti.
C'est à remettre en cause, profondément, le plaisir de prendre le volant.
Il y a bien longtemps qu'il n'y a plus de flancs de pneus blancs, de capots longs comme des transatlantiques, de marchepieds ni de bouchons de radiateurs à
défier les Dieux. Il n'y a plus qu'un outil de travail, rond, fonctionnel comme tous les autres. Une nécessité à moindre coût pour les courses et les
conduites des enfants.
Pour autant, le réflexe de l'investigation garde le dessus : je file sur internet et je m'avance dans la lumière crue des statistiques nationales et internationales. (www.statistiques-mondiales.com) En 2007, en France, on comptait déjà 598 voitures pour 1000 habitants. Plus d'un habitant sur deux au volant
d'une berline ! Un peu plus à Lyon : 640. Un peu moins dans le Nord : 450. Nous sommes en 2011, la population caracole au-dessus de 65 millions d'habitants.
Les ventes de voitures neuves auraient-elles continué à saturer le trafic ? Pas du tout. Elles sont en baisse. De O,75% en 2010 par rapport à l'année
précédente. Le Nord Pas-de-Calais tirant le résultat national vers le bas : - 3,6%. Me voilà bien, les chiffres confirment mon mauvais rêve : nous sommes à
la limite de la saturation, nous ne prenons plus aucun plaisir à acheter une voiture. C'est un objet du passé, qui bientôt ne se vendra plus. Trop cher, pour
le service rendu. Inutile, dans le prochain mode de vie. Comme le charbon.Le marché de l'automobile en France est en train de prendre la couleur des
dernières gaillettes que nous avons sorties des mines. Je suis prêt à en prendre le pari. Nous allons devoir faire autre chose que construire des voitures.
Nous allons devoir reconvertir les personnels de Renault et de Peugeot. Il faut s'y prendre dès maintenant, demain il sera trop tard. A moins de les envoyer,
non pas en Turquie ou au Maroc, mais en Chine ! Là-bas, il n'y a que… 40 voitures pour 1000 habitants ! Let's go : 你好 中國 ! (traduction : bonjour la Chine !)
Etienne Desfontaines
A quand les hussards de l'Europe ?
"Bruxelles, mercredi 11 mai, 14h – Les députés européens sont en session à Strasbourg.
On en profite pour tenir dans l'hémicycle bruxellois une réunion du Comité des Régions, qui reçoit pour la première fois Herman Van
Rompuy, le président permanent du Conseil Européen…" C'est comme cela que je voulais entamer un papier, récemment. On m'a arrêté. "Etienne, attends, de quoi tu parles ? " Je me suis retourné sur
ce que je disais. Et je me suis aperçu que tout cela ne correspondait à rien. Rien de concret. Rien d'humain. Rien de palpable, pour le lecteur, confortablement installé dans son fauteuil de
salon, ou assis devant sa tasse de café à la cuisine… "Les députés européens ?" Au fait, c'est qui, mon député européen ? "Strasbourg ?" Ah, bon, ils vont à encore Strasbourg ? Ça doit
coûter cher, ça ! "L'hémicycle bruxellois ?" Ça doit être le parlement… Il est où ?
"Le Comité des Régions…" Connais pas. "Herman Van Rompuy" Qui ? "Le président permanent du Conseil Européen…" Ben, c'est pas
Sarko qui était président de ça ?"
C'est inimaginable. "L'Europe fait toujours rêver, dites-vous, l'Europe est une belle idée…" C'est vrai. Il y a un idéal européen. "Unie
dans la diversité", telle est la devise de l'Union Européenne. Mais de quoi rêve la Serbie, par exemple ? Pourquoi s'acharne-t-elle à répondre aux critères d'entrée au club ? Pour un bel idéal ?
Ou pour bénéficier de la manne européenne ? Les dirigeants serbes entrent-ils vraiment dans une démarche collective, avec un sens prononcé de l'intérêt général ? En se
disant
qu'ils peuvent apporter une différence, des savoir-faire et des savoir-être utiles à la collectivité ? Ou pour accéder à un "paradis",
dont ils attendent énormément, sur le plan économique et social ? Les rêves des uns ne sont pas les rêves des autres. J'ai le sentiment qu'il y a, encore aujourd'hui, malgré tous les efforts des
fondateurs et de leurs successeurs, autant d'europes que
de nations !
Pire. Lorsqu'on passe du rêve à la réalité, parce qu'il faut bien qu'on fasse ce chemin-là en politique, alors on s'aperçoit qu'il n'y a
pas de réalité ! Ou plutôt, si. Un début de réalité. Des traités, des accords, des institutions, dont des gens importants s'occupent. Ils se réunissent, ils font des allers-retours à Bruxelles,
ils édictent des "directives" qu'on encense ou qu'on combat dans les territoires selon qu'elles nous sont favorables ou défavorables. A part cela, l'inculture européenne des familles et de
la
population ressemble franchement à un vide sidéral ! Il n'y a rien entre les étoiles jaunes sur fond bleu, du drapeau
européen.
Celui que j'appelle volontiers "le passant", celui qui vit, paisiblement ou difficilement, dans son quartier ou dans un bout de village,
n'a pas le minimum d'informations et de formations nécessaires, pour entrer dans le rêve et travailler à la réalisation d'un idéal européen. C'est un enfant à qui on n'a pas appris à manger, à se
tenir debout ni à être propre, en terre européenne. Alors, de là à avoir appris à lire européen, à compter européen, à savoir vivre par-delà les frontières et à partager une certaine idée
de
l'Europe ! Il y a du chemin à parcourir, et des générations à éduquer.
Moralité : il nous faut d'urgence des "hussards" de l'Union Européenne. Avec un savoir-faire pédagogique, et une réelle conscience
européenne. Dans les écoles, les collèges et les lycées. Dans les cours du soir, aussi. Dans les 36 000 communes de France ! Des "instituteurs de l'Europe", qui nous expliquent qui est Herman Van
Rompuy, ce que c'est que le Comité des Régions, cet endroit où des territoires come la Région Nord Pas-de-Calais se montrent, s'entraident et se concertent, au pied des institutions européennes,
comment l'idée même de l'Europe, la solidarité entre le nations, s'insère dans la vie de tous les jours et dans les dossiers les plus difficiles du Nord Pas de Calais : l'emploi, l'industrie, les
transports, la santé, l'éducation, la culture et le tourisme. On commence quand ?
Etienne Desfontaines
L'aire Eurométropolitaine :
une nouvelle ère pour le Nord Pas-de-Calais
Nous vivons la fin d'une époque dans le Nord Pas-de-Calais. Monde sportif, monde culturel, monde économique, monde politique : nous ne vivons plus en autarcie, les frontières ont été repoussées. L'aviation, les TGV et le flot numérique, connectent brutalement nos salons et nos bureaux à toute la planète. La tentation est grande, devant un tel challenge, de réagir avec ses propres moyens, et de jouer le chacun pour soi.
C'est ce qui est arrivé à Lille. Nous avons eu un Premier Ministre Lillois, Pierre Mauroy. Il avait son histoire et son assise à Lille. Il a ouvert sa ville, il a ouvert les portes et les fenêtres de son beffroi. Il a rassemblé toutes les communes des environs, en y mettant les moyens, et il a connecté le tout directement à Paris, Londres et Bruxelles, avec le TGV. Dans les années 80, c'était une révolution. Il fallait oser. Il fallait poser le concept des grandes métropoles : Paris, Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, même combat, et leur donner une autonomie par rapport aux départements.
Martine Aubry a pris la suite. Mais elle ne nous a pas encore donné un élan, un projet, une vision du genre de celle de Pierre Mauroy, qui ouvre grand les portes et fenêtres de la maison Lille. Elle a pris le train en route, elle n'a pas encore changé la motrice. Les quartiers, l'immobilier, le tourisme, la culture : tout est encore concentré sur Lille, sur la Communauté Urbaine de Lille, alors qu'il faudrait voir maintenant beaucoup plus large.
Les choses changent
On commence à s'en rendre compte, rue du Ballon : les choses changent. Le contexte d'abord : une communauté urbaine ne pèse pas bien lourd en 2011 dans le concert des nations. Lille à Shangaï, c'est Dammartin-les-Saules à la foire internationale de Paris ! Nous devons changer d'échelle. Nous devons intégrer un bassin de vie beaucoup plus vaste, pour être aperçu à l'autre bout de la planète ! La notion de taille critique est bien connue des entreprises. Il va falloir la prendre en compte, pour une politique locale digne de ce nom. Les structures économiques et politiques ensuite : les chambres de commerce ont fusionné, la réforme territoriale annoncée va donner un poids complètement différent à la nouvelle assemblée régionale. La Communauté Urbaine de Lille ne peut pas continuer à évoluer dans le petit périmètre de ses 86 communes : elle pourrait très vite se faire déborder, et ne plus jouer le rôle moteur qui lui est dévolu.
Dès lors, il faut concevoir les choses autrement. Il faut prendre une dimension internationale. C'est ce que Pierre Mauroy – encore lui - avait initié, juste avant de quitter la Communauté Urbaine. Il a créé l'Eurométropole, avec les bourgmestres de Courtrai et de Tournai. Aujourd'hui, le Conseil de Développement de LMCU, le "think tank" de la métropole, commence à réfléchir aussi sur la création d'une "aire eurométropolitaine" qui englobe : Lille Métropole Communauté Urbaine, l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, et le bassin minier, autrement dit l'ensemble Béthune, Lens, Douai, Valenciennes, et Charleroi !
Lens et Lille dans le même bateau
Le premier groupe de travail créé par le Conseil de Développement de LMCU sur le sujet a pris pour thème : la culture ! Il a raison. "La culture, c'est l'avant-garde du bien-vivre ensemble". Le mot est du courtraisien, Stef Van de Meulebroucke, le nouveau directeur de l'Eurométropole. Ce n'est pas pour rien que la Région est venue poser le Louvre-Lens à… Lens ! Cela dit, il ne suffit pas d'avoir des grands lieux de culture : le Louvre-Lens, la Piscine, le Musée des Beaux-Arts, l'Opéra, l'ONL. Ou de grands évènements : Lille 3000, Béthune 2011, Bouvines 2014. Il faut aussi que la culture surgisse au bas des terrils, dans les villages et les quartiers de toute la zone transfrontalière. Et il faut animer les flux : emmener les gens de Lille à Lens, et les gens de Lens, à Lille ! L'enjeu est énorme. En clair, pardon de vous contredire, Mr Soleau, mais Lens et Lille sont bien aujourd'hui dans le même bateau. Comment dit-on à Paris ? "Fluctuat, nec mergitur." Ça va tanguer, mais on ne laissera pas Lens sombrer, derrière ses terrils et son stade Bollaert.
Etienne Desfontaines
Dans le prétoire du monde
L'humanité est ainsi faite. Personne n'arrivera jamais à en percer le mystère.
Le plus petit d'entre les hommes, un inconnu plongé dans la misère et le désespoir, un Mohamed Bouaziz
s'immole devant la préfecture de Sidi Bouzid (Tunisie), et cela suffit à éveiller les consciences, à faire surgir une espérance de liberté, de fraternité et de solidarité, qui secoue le
monde et l'oblige à porter le regard vers le haut. Il tire l'humanité vers ce qu'elle a de plus noble. Il encourage les peuples à se prendre en main. Il force les vieilles nations à revenir
à leurs valeurs fondamentales, pour construire un avenir à la fois difficile et porteur d'espoir.
A l'inverse, le plus grand, le plus responsable des hommes, celui qui est en charge justement de la
liberté, de la fraternité et de la solidarité, celui qui doit tirer le monde vers un idéal affiché, le patron du FMI, nous envoie des images terribles de New-York. La ville tronquée de ses
twin-towers, symbole à bien des égards, des espoirs et des perversions de la planète. Peu importe que ce soit de son fait, ou qu'il ait prêté le flanc à un extraordinaire imbroglio. Il nous
oblige de toute façon à baisser les yeux, à jeter un regard épouvanté sur ce qu'il faut bien appeler la fange de l'humanité. Le sordide et le misérable surgissent dans les allées feutrées de la
gouvernance mondiale. Le doute est semé sur le bien fondé de ce genre d'institution, sur tout ce qu'elle gère, sur ses objectifs, sur des années de travail d'un personnel discret et dévoué à la
cause des nations. L'indignation et la consternation courent dans les chancelleries. Les rires et les insultes fusent dans les troquets de quartier.
On pense au proverbe chinois : "le poisson pourrit par la tête". Il va falloir beaucoup d'autres Mohamed
Bouaziz pour compenser ce qui vient de se passer à New-York. Il va falloir beaucoup d'hommes honnêtes pour dire, avec courage et détermination, le contraire de ce qui vient d'être jeté à la face
du monde. Oui, la France peut avoir des émissaires dignes de ce qu'elle représente aux yeux du monde. Oui, la politique est l'expression la plus haute de la charité. Oui, le monde peut et doit
trouver une gouvernance respectable et responsable. Oui, on peut créer sur cette planète, avec la volonté et l'énergie d'une poignée d'hommes de bien, les conditions du "bien vivre ensemble"
auquel nous aspirons tous.
Je me jure bien de le dire, haut et fort, à tous ceux que je croise, et dans tout ce que je produis et
écris. Et je le prédis tout net : les chefs d'accusation contre DSK sont graves. Il en est d'autres, bien plus graves encore, qui l'attendent à la sortie des geôles américaines. Il devra en
répondre devant le monde, dans le prétoire de la communauté internationale.
Etienne Desfontaines
Demain, qui gouverne Gruson ?
"Demain, qui gouverne Gruson ?" Poser la question, c'est parodier Jacques Attali ("Demain, qui gouverne le monde ?" Fayard – Mars 2011). Mais c'est aussi mettre les deux pieds dans le plat de la réforme territoriale annoncée. Et engager le débat sur ce qui se passe réellement dans les 36 000 communes de France. Elles sont confrontées, telles les nations face à une hypothétique gouvernance mondiale, à de nouvelles instances, lointaines mais nécessaires, complexes mais plus efficaces.
Revenons à Gruson. Il se trouve que c'est le village où j'habite. Il se trouve aussi qu'il se divise sur un gros projet immobilier : 123 maisons, 123 familles de plus, dans un laps de temps très court – tout sera fini en 2013-2014 – dans une commune de 1200 habitants ! Le débat fait rage. On comprend tout de suite que c'est la lutte du pot-de-terre contre le pot-de-fer. Gruson doit bâtir, pour ne pas vieillir et périr sur pied. La Communauté Urbaine de Lille, à laquelle le village appartient, impose ses règles : un COS à 0,40. Trente-cinq habitations à l'hectare. Une révolution pour un village qui n'a jamais bâti de façon aussi dense.
Dans ce dossier, le maire est bien le représentant de la commune à LMCU. Mais ce n'est plus lui qui décide. Il lui faut se battre, tenter d'influer l'institution ou négocier des aménagements. Pareil pour la préemption de terrains et la construction de nouveaux bâtiments municipaux. Pareil pour la rue principale, le CD 94, sauf que là, c'est au Conseil Général qu'il faut s'adresser. Les écoles ? Voyez l'Académie et la Direction Diocésaine de l'Enseignement Catholique. La restauration de l'église ? Voyez la DRAC ou la Fondation pour le Patrimoine. Le sport et la vie culturelle ? Vivent le Conseil Régional et les Fonds Européens Interreg. Qu'est-ce qu'il reste au maire ? La gestion administrative, les mariages, l'accueil de loisirs, le CCAS, le soutien aux aînés et la vie associative. Des fonctions de service très utiles – la preuve, ce sont les curés qui s'en occupaient il y a cinquante ans – mais certainement pas déterminantes pour l'avenir d'une population.
En clair, le maire est aujourd'hui l'homme politique le plus apprécié de l'opinion et de la population. Parce qu'il écoute, parce qu'il est très proche de ses concitoyens. Peut-être aussi, parce qu'on ne peut pas lui en vouloir… Il ne décide plus grand-chose ! Il défend sa commune dans les couloirs des Communautés Urbaines, des Conseils Généraux et des Conseils Régionaux. La réforme territoriale (adoptée par l'Assemblée Nationale en Novembre 2010) va renforcer cet état de fait : elle préconise encore plus de structures intercommunales, et plus de mutualisation, plus de partage des moyens et des services communaux et territoriaux.
Le prochain maire sera lobbyiste,
ou il ne sera pas.
Etienne Desfontaines
Un nouveau livre en vente
Après Le Carnaval des petites âmes,
place à un nouveau livre intitulé :
"Le monde comme il va"
Il traite de l'actualité 2010, sous forme de
chroniques plus ou moins acides liées
au événements qui ont marqué l'année,
et sur la manière dont les médias en ont
rendu compte.
Il n'est pas question de porter un jugement de
valeur mais plutôt de s'interroger sur l'évolution
de l'information dans notre société de
communication.
Les droits d'auteur de ce livre seront
entièrement reversés à l'Association
Dmitry Vassilenko.
Ce gymnaste russe domicilié désormais
à La Madeleine, a été champion olympique
par équipes aux Jeux Olympiques d'Atlanta.
Il est atteint de la maladie de Charcot,
qui nécéssite un traitement extrêmement onéreux,
lequel permet de ralentir la dégénerescence
des neurones moteurs.
Ce livre sera est en vente dès ce samedi 15 janvier
André Soleau
Le Monde comme il va
Editions Le Riffle
Séances de dédicaces
- Samedi 19 mars au
salon du livre de Paris
- Jeudi 24 mars à partir de 18h
débat à la mairie de Marcq-en-Baroeul
- Samedi 2 avril à partir de 15h,
dédicaces à Cultura Villeneuve d'Ascq
-Samedi 9 avril chez Majuscule à Dunkerque
Le Carnaval des petites âmes
- Séance de dédicaces à Lens
en compagnie de Michaël Moslonka
auteur de :
"A minuit, les chiens cessent d'aboyer"
8-11 octobre 2010
LILLE AUX ORCHIDEES
Une exposition exceptionnelle aura lieu au Palais Rameau de Lille du 8 au 11 octobre 2010. Organisée par le Rotary club de Lille, avec le concours des associations D'Geof et Pachacamac, elle est destinée à montrer la beauté envoûtante des orchidées. Le thème retenu est 'l'Asie et ses orchidées" avec l'île de Taïwan en vedette.
Au programme des visites guidées, un parcours pédagogique pour les écoles, des conférences et des cours d'initiation à la culture des orchidées et des cours de rempotage.
La manifestation a pour but de collecter des fonds pour les oeuvres soutenues par le Rotary ainsi que pour les enfants handicapés de l'association G'Deof et pour la protection des orchidées de l'association Pachacamac.
Ce week-end à Baisieux,
Le Relais pour la vie
24 heures de solidarité, 24 heures de joies simples, 24 heures d’espérance. Tel est le programme en forme de message que propose le « Relais pour la vie » qui a lieu ces samedi 18 et dimanche 19 septembre, au complexe sportif de Baisieux.
Le cancer est un mal que l’on a trop longtemps dissimulé derrière des silences assourdissants. Les bonnes consciences se refusaient même à prononcer ou à écrire le mot, synonyme presque à coup sûr de solitude, de souffrances, de déchéance physique et de condamnation. On préférait évoquer une longue et douloureuse maladie. Comme si le secret protégeait l’entourage, comme si la honte germait sous un sentiment trouble de culpabilité.
La médecine a heureusement fait d’énormes progrès, les mentalités aussi. Aujourd’hui, on ne fuit plus l’épreuve. On la regarde droit devant, on la défie, on la combat et on la terrasse de plus en plus souvent. Le Relais pour la vie en est la plus belle expression. L’an dernier, à Marcq en baroeul, ils étaient 1200, participants et spectateurs, à se rassembler à l’invitation de la Ligue contre le cancer. Simplement pour crier leur amour de la vie, leur bonheur de partager ce moment avec d’autres et aussi leur souci de rendre hommage à ceux qui, hélas, ont quitté le groupe en chemin.
Cette nouvelle édition n’a rien à envier à la précédente tant la Municipalité de Baisieux a œuvré pour sa réussite. Le départ sera donné officiellement samedi à 16 heures par Gérard Depadt, le président de la Ligue contre le cancer, qui s’est entouré de deux parrains prestigieux, Cécile Novak et Jean-Marie Leblanc.
Ensuite, le spectacle sera non stop avec le défilé des survivants, les relais par équipes, la cérémonie des lumières programmée à la tombée du jour et rythmée par le gospel, le tout agrémenté de nombreux stands d’information, de prévention et de dégustation. Des concerts, des spectacles de danse, des représentations théâtrales, des ateliers de peinture et de nombreuses activités attendent les visiteurs toute la nuit et jusqu’au dimanche 16 heures. La restauration est évidemment prévue tout au long de la manifestation avec, en point d’orgue, le méchoui du samedi soir.
Quarante équipes seront au départ du Relais. En marchant ou en courant, chacun aura en tête le triple objectif affiché par la Ligue contre le cancer en arrière-plan de cette journée : changer le regard de l’autre sur le malade, démontrer au malade et à ses proches qu’ils ne sont pas seuls, augmenter l’audience de la Ligue qui compte 24000 adhérents.
Un droit de 5 euros sera acquitté par chaque participant pour aider au financement des chercheurs. Les dons complémentaires seront évidemment appréciés.
Le traumatisme
reste bien présent
L’équipe de France concoctée par Laurent Blanc a commencé sa campagne européenne de la pire des manières, par une défaite cuisante face à la modeste Biélorussie. A la décharge du nouveau sélectionneur, le manque de préparation imposé par le calendrier et par l’absence de quelques cadres, blessés ou punis, a incontestablement nui à la cohésion du groupe. Mais ces circonstances atténuantes ne doivent pas masquer une réalité autrement plus inquiétante : le traumatisme de la Coupe du Monde n’est pas évacué, loin s’en faut, et il faudra du temps pour remettre la machine à gagner sur les bons rails.
Les années Domenech ont décidément fait beaucoup de mal au football français, à la fois sur le terrain et dans les têtes. L’indigence tactique et l’absence de règles comportementales ont gangrené la sélection et le mal a gagné l’ensemble des structures de la Fédération. Aujourd’hui, tout le monde doute, à tous les niveaux. Il suffisait de voir Laurent Blanc triturer nerveusement ses portables pendant la conférence de presse d’après match pour ressentir l’ampleur du malaise.
Ajoutons à cela l’incertitude pesant sur les échéances proches (Quid de la gouvernance à venir, quel rôle pour Gérard Houllier, l’arrivée aux affaires de la génération 98…) pour mesurer l’ampleur du chantier en reconstruction. Il va falloir pourtant s’y employer avec patience et humilité, quitte à revoir momentanément ses ambitions à la baisse, notamment pour l’Euro 2012. Les jeunes espoirs ne manquent pas de talent mais n’ont pas le vécu suffisant pour s’imposer. Les anciens sont au mieux convalescents, au pire en retraite internationale.
Ce douloureux retour sur terre ne fait que prolonger le désastre africain. Mais le principal coupable, Domenech, a disparu et l’héritage revient comme une patate chaude dans les mains de L aurent Blanc. Le leader emblématique des Bleus, version 98, acceptera-t-il sans broncher cette période de disette qui pointe à l’horizon, quitte à polluer son image jusqu’alors immaculée ? Rien n’est moins sûr d’autant que les sponsors, les supporters et les médias n’ont pas pour habitude de prolonger indéfiniment la période de grâce.
A.S
Une tribu de zozos
Le journal l’Equipe a révélé, dans son édition du samedi 18 juin, le clash intervenu entre Raymond Domenech et Nicolas Anelka, à la mi-temps du match entre la France et le Mexique. Incité fermement à mieux respecter les consignes par son sélectionneur, le joueur de Chelsea aurait répondu : « Va te faire enculer, sale fils de pute ! » Il aurait été prié de faire illico ses valises, pour un retour précipité à Londres.
Ce scoop appelle plusieurs remarques. La première concerne le journal du groupe Amaury, considéré comme la bible du sport. Etait-il nécessaire de reprendre in extenso les propos d’Anelka en première page, sur un titre 8 colonnes, alors qu’ils ont été tenus dans l’intimité du vestiaire, hors la présence des journalistes ? La réponse est non. Donner l’information ne veut pas dire tomber dans l’extrême vulgarité. On suppose que la décision a fait l’objet d’un débat au sein de la rédaction et que l’importance de l’événement a pris le pas sur d’autres considérations. Mais les journalistes professionnels sont précisément là pour protéger la profession de ces dérives qui fleurissent depuis l’avènement des nouvelles technologies. En se faisant complaisamment l’écho de paroles ordurières, l’Equipe se met au niveau d’Anelka, c'est-à-dire au degré zéro de l’intelligence et de l’éducation. On peut hélas supposer que les responsables de cette décision ont agi par intérêt mercantile plus que par souci de vérité.
Le pire est à venir. Au cours de la conférence de presse qui a suivi cette embarrassante révélation, le président de la fédération, Jean-Pierre Escalettes, et le capitaine de l’équipe, Patrice Evra, ont tenu des discours ahurissants. Le premier a cherché à minimiser l’incident en parlant de « Nico » comme d’un petit garçon qui aurait dérapé involontairement. En gros, il ne s’est pas directement adressé à l’entraîneur, il a bougonné en lui tournant le dos. Dans la tête d’Escalettes, ne pas avoir le courage d’affronter le regard de celui qu’on injurie équivaut à l’exonérer partiellement de sa faute. Comprenne qui pourra.
Patrice Evra a fait plus fort encore. Pour lui, le problème n’est pas Anelka mais le traître qui a révélé les choses à la presse. Celui-là doit être écarté du groupe !
Evra est capitaine de l’équipe de France. Ce qui revient à dire qu’il est considéré par l’encadrement comme le joueur le plus charismatique et le plus mature de la sélection. Si tel est le cas, on comprend mieux pourquoi nous en sommes là. Domenech n’est pas le seul coupable. Il y a, autour de lui, tout un troupeau de zozos qui mâchonnent leur chewing-gum pendant les hymnes, qui méprisent leurs supporters, qui profitent honteusement du système, sans le moindre respect pour le maillot qu’ils portent.
Il est grand temps de faire le ménage dans ce foutoir. La piteuse élimination qui nous guette peut précipiter le grand nettoyage. C’est la seule consolation après cette expédition désastreuse.
A.S
Ces pauvres footballeurs
Le journal l’Equipe barrait sa une d’un titre édifiant dans son édition du vendredi 11 avril : « Ribéry en enfer ». Diable ! Les lecteurs du quotidien sont ainsi invités à s’épancher sur le sort d’un garçon né dans un des quartiers les plus défavorisés de Boulogne-sur-mer, fâché avec l’école dès son plus jeune âge, jeté du centre de formation du Losc à cause de son manque de sérieux, devenu à 27 ans multimillionnaire, star adulée du Bayern de Munich et international à part entière.
Le pauvre est paraît-il perturbé par la faute d’une jeune prostituée qui collectionnait peut-être les maillots de l’équipe de France et qui a avoué avoir eu des relations tarifées avec lui mais aussi avec Govou, Benzema et d’autres, dans une boîte de nuit des Champs Elysées. On a connu châtiment plus sévère et endroit moins confortable.
Dans la même édition, l’étoile montante du foot français, Yohann Gourcuff, se plaignait du traitement infligé par la presse aux Girondins de Bordeaux. Selon lui, ce sont les critiques systématiques des journalistes qui ont déstabilisé le club et qui expliquent la baisse de régime flagrante des joueurs depuis quelques semaines.
Dommage que Super Nanny soit décédée en début d’année. Cette nurse qui venait en aide aux familles rencontrant des difficultés dans l’éducation de leurs enfants, sur M6, aurait pu épauler Raymond Domenech en équipe de France pour le prochain voyage en Afrique du Sud. Elle aurait vigoureusement rappelé à ces chers chérubins, enfants gâtés des pelouses, que la vie sur terre ne se résume pas au divan d’une « psy » de circonstance, aux formes généreuses, ni aux caprices d’un ballon qui refuse de rouler dans le bon sens. Que des centaines de millions de gens victimes d’une crise économique qui les dépasse n’ont pour préoccupation unique que de boucler tant bien que mal les fins de mois. Que ce sont ces gens-là qui se nourrissent encore de passion pour rêver devant des filets de buts qui tremblent ou une reprise de volée acrobatique. Pendant que leurs héros, fatigués, perturbés par la pression ambiante, pourchassés par les photographes, cherchent un peu de réconfort sous la couette et pleurent sur leur triste sort.
A. S
La face obscure de Dany Boon
L’autre jour, sur les ondes d’une radio périphérique, Dany Boon répondait aux questions de Christophe
Hondelatte à propos de son nouveau spectacle intitulé « Trop stylé » et d’une critique jugée sévère dans Nord Eclair. Après avoir confondu Nord Matin et Nord Eclair (« De toute
manière, c’est la même chose » dira l’un d’eux), Dany Boon perdit subitement tout sens de l’humour en évoquant, cette fois, La Voix du Nord : « Ce n’est pas la première
fois que je suis attaqué par les médias régionaux. Je peux même vous citer de mémoire un extrait du papier d’un journaliste de La Voix du Nord qui a couvert la sortie du film « Bienvenue
chez les ch’tis ». Il a écrit : « Le Nord est à Dany Boon ce que St Tropez est à Max Pégas ! Pégas réalisait des films érotiques de série Z dans les années 80 ». Et
il enchaîna : « Ce journaliste n’était plus très à l’aise quand mon film a dépassé les vingt millions d’entrées… Aujourd’hui, je suis entré dans une nouvelle dimension grâce au
succès. Ce genre de critique ne m’atteint plus.»
Revenons au journaliste de Nord Eclair incriminé. Il avait simplement pris la peine d’aller voir le one man show de notre humoriste préféré, à Bruxelles, avant ses représentations données au théâtre Sébastopol de Lille, histoire d’étayer son papier ce qui témoigne d’un professionnalisme non discutable. Pas convaincu, il avait décrit un spectacle inabouti, hésitant, sans surprise majeure. Résultat, il fut interdit d’entrée lors des représentations données à Lille.
Cet incident témoigne des difficultés d’un artiste, quel qu’il soit, à accepter d’être égratigné, surtout lorsqu’il a été installé très vite (trop vite ?) sur un piédestal. La presse régionale, contrairement aux allégations de Dany Boon, n’a fait qu’encenser l’enfant du pays. Le matraquage sans nuance qui accompagna la sortie de « Bienvenue chez les Ch’tis » ressembla plutôt à un plébiscite et les rares, très rares voix discordantes furent considérées comme blasphématoires. Il est vrai que chaque apparition de l’homme aux oreilles décollées à la une du quotidien fait vendre plusieurs milliers d’exemplaires supplémentaires, ce qui peut expliquer une certaine mansuétude voire une complaisance certaine.%
DSK
Dans le prétoire du monde
L'humanité est ainsi faite.
Personne n'arrivera jamais à en percer le mystère.
Le plus petit d'entre les hommes, un inconnu plongé dans la misère et le désespoir, un Mohamed Bouaziz s'immole devant la préfecture de Sidi Bouzid (Tunisie), et cela suffit à éveiller les consciences, à faire surgir une espérance de liberté, de fraternité et de solidarité, qui secoue le monde et l'oblige à porter le regard vers le haut. Il tire l'humanité vers ce qu'elle a de plus noble. Il encourage les peuples à se prendre en main. Il force les vieilles nations à revenir à leurs valeurs fondamentales, pour construire un avenir à la fois difficile et porteur d'espoir.
A l'inverse, le plus grand, le plus responsable des hommes, celui qui est en charge justement de la liberté, de la fraternité et de la solidarité, celui qui doit tirer le monde vers un idéal affiché, le patron du FMI, nous envoie des images terribles de New-York. La ville tronquée de ses twin-towers, symbole à bien des égards, des espoirs et des perversions de la planète. Peu importe que ce soit de son fait, ou qu'il ait prêté le flanc à un extraordinaire imbroglio. Il nous oblige de toute façon à baisser les yeux, à jeter un regard épouvanté sur ce qu'il faut bien appeler la fange de l'humanité. Le sordide et le misérable surgissent dans les allées feutrées de la gouvernance mondiale. Le doute est semé sur le bien fondé de ce genre d'institution, sur tout ce qu'elle gère, sur ses objectifs, sur des années de travail d'un personnel discret et dévoué à la cause des nations. L'indignation et la consternation courent dans les chancelleries. Les rires et les insultes fusent dans les troquets de quartier.
On pense au proverbe chinois : "le poisson pourrit par la tête". Il va falloir beaucoup d'autres Mohamed Bouaziz pour compenser ce qui vient de se passer à New-York. Il va falloir beaucoup d'hommes honnêtes pour dire, avec courage et détermination, le contraire de ce qui vient d'être jeté à la face du monde. Oui, la France peut avoir des émissaires dignes de ce qu'elle représente aux yeux du monde. Oui, la politique est l'expression la plus haute de la charité. Oui, le monde peut et doit trouver une gouvernance respectable et responsable. Oui, on peut créer sur cette planète, avec la volonté et l'énergie d'une poignée d'hommes de bien, les conditions du "bien vivre ensemble" auquel nous aspirons tous.
Je me jure bien de le dire, haut et fort, à tous ceux que je croise, et dans tout ce que je produis et écris. Et je le prédis tout net : les chefs d'accusation contre DSK sont graves. Il en est d'autres, bien plus graves encore, qui l'attendent à la sortie des geôles américaines. Il devra en répondre devant le monde, dans le prétoire de la communauté internationale.
Bien à vous
Etienne Desfontaines
Quel gâchis !
Le parti socialiste avait son ténor, la prudence n'a pas été son "credo" et DSK joue maintenant sa propre partition.
Habitué des rappels DSK, déjà en 1999, il démissionnait de son poste de ministre pour affaires financières. Aujourd'hui, pour une nouvelle histoire de sexe, il déstabilise le FMI en y déclenchant une bataille de succession, il bouscule le clan socialiste en anéantissant les espoirs de leurs électeurs.
Quelle stratégie est donc la sienne ? Courage... fuyons de préférence en porsche,
bien plus médiatique.
Acte irréfléchi ou de sabordage orchestré ? DSK est KO, "out".
Alors que cette affaire tourne en boucle sur les chaînes, telle une masturbation qu'il aurait dû pratiquer, certains pleurent ou s'offusquent, d'autres jubilent ou se défoulent, moi je suis déçue et pense à la famille qui doit être bouleversée, à cette femme de ménage qui va être l'objet d'acharnement.
Espérons que la vérité sortira de l'enquête.