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GAIN DE FOLIE

Prochaines dédicaces

 

Dimanche 24 septembre

de 11 h à 18 h

Salon du livre de

Neuville-en-Ferrain

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Dimanche 12 novembre

de 10 h à 18 h

Salon du livre de 

Lumbres

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Samedi 18 Novembre

De 14 h à 20h

Prix régional de l'Adan

Cave des Celestines

Lille

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Samedi 25 novembre

de 10h à 18h

Salon du livre de

Loos

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Jusqu’à quand ?

 

Emmanuel Macron a une curieuse conception de la solidarité. Son gouvernement décide de baisser de cinq euros les aides personnalisées au logement (APL). Soit ! On pouvait penser que les économies à réaliser pouvaient cibler une autre catégorie de Français que celle des ménages modestes et des étudiants. Cette mesure improvisée n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut, et a entraîné une chute de popularité vertigineuse du président et de son Premier ministre.

En général, lorsque les dirigeants s’aperçoivent de leur erreur, ils rectifient le tir. Pas Emmanuel Macron qui s’en prend aux propriétaires et aux bailleurs sociaux en les exhortant à baisser les loyers, au nom de  la « responsabilité de chacun ». Il se dit surpris du « silence collectif ».

Exiger un effort de solidarité en opposant les locataires aux propriétaires, voilà qui n’est pas banal. Surtout dans un pays où les taxes et impôts divers ont explosé sous le précédent quinquennat, où plus de 50% des foyers sont exemptés de fiscalité directe, où la CSG va augmenter d’1,7 point à partir du 1er janvier 2018, où les retraites sont gelées depuis plusieurs années, tout comme les barèmes des fonctionnaires, où l’ISF, un impôt sur l’impôt, a déjà fait fuir toutes les grandes fortunes du pays, ce qui fait le bonheur de nos voisins.

Pourquoi, dans ces conditions, ne pas obliger les chefs d’entreprise à augmenter d’autant leurs salariés, afin de financer la perte de pouvoir d’achat ? Pourquoi ne pas demander à tous les parlementaires d’abandonner leurs privilèges historiques, dans un souci d’exemplarité ? Pourquoi ne pas plafonner les salaires indécents des stars du football pour financer des actions d’intérêt public ?

Encore une fois, ces déclarations à l’emporte-pièce exhalent une forte odeur d’amateurisme. La France mérite une politique ambitieuse qui s’inspire des réussites étrangères. La croissance se fait sentir partout, le chômage baisse significativement ailleurs et nous continuons  à jouer les autruches, la tête dans nos contradictions et dans nos lacunes.

Jusqu’à quand ?

A.S

 

 

Mieux vaut tard…

Au mois de mai 2006, en visite à New York, j’avais été frappé par une plaque commémorant la visite de Pierre Laval à Broadway, plaque scellée sur la célèbre avenue Manhattan. D’autant plus choquant qu’elle voisinait avec celles de Ben Gourion, le fondateur d’Israël, de Churchill et de De  Gaulle.

Laval, jeune président du Conseil de la Troisième République à cette époque, avait été élu homme de l’année en 1931 par le magazine Times. Rappelons qu’il fut fusillé à la Libération, pour haute trahison, après avoir été l’une des pièces majeures du régime de Vichy, avec Pétain, et l’artisan de la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Difficile de comprendre qu’un hommage aussi prestigieux soit rendu encore de nos jours  à un tel individu, même si l’on peut penser que le New Yorkais est plus habitué à regarder les gratte-ciel que les trottoirs.

J’avais donc écrit au New York Times, à l'AFP ainsi qu’à l’ambassade d’Israël pour m’étonner de cette incohérence scandaleuse.

Lettre restée sans réponse.

Les événements de Charlottesville, en Virginie, ont fait ressurgir les démons du passé à savoir le racisme, la haine et la violence. Elles ont aussi contribué à réveiller les consciences puisque le maire de New York, n’ayant pas de statues d’esclavagistes à déboulonner et songeant à sa réélection, face à une forte communauté juive, a décidé d’enlever la plaque de Laval.

Au passage, il supprimera également celle de Philippe Pétain laquelle datait également de 1931 et rendait hommage au héros de Verdun.

Donald Trump, sans le vouloir, a ainsi réparé  un outrage infligé à l’Histoire.

(Voir ci-dessous, le courrier en question).

A.S

 

 
 
Dear sir,
 
          While visiting my son in New York this week, I was stunned and annoyed to see the name of Pierre Laval glorified on Broadway street . Laval was a prominent figure of the Vichy government in France during WWII, in charge of the anti-Jewish activities during the German occupation. He created the Vichy Milice, the wartime secret police and was acting as the main armed force for the Gestapo. He was executed in 1945.
            His name though, figures today on a commemorative inscription on the Broadway pavement near Wall Street NY, (probably celebrating  his visit in 1931?), about 20 yards away from other commemorative inscriptions including Jesse Owens the man who dared defying Hitler during the Olymplics in 1936. David Ben Gourion’s plaque is some 30 yards away and so are veterans of the US Navy, Churchill, Eisenhower or De Gaulle.
I must admit, putting my foot and then glancing at this dreadful name disturbed me, as it probably disturbs thousands of visitors everyday. How could the country of  Freedom and melting pot, how could the most cosmopolite City in the world praise a former war criminal. I’d like to know the reason.
 
Looking forward to your response,
 
Sincerly yours
 
Andre Soleau
 
 

Une affiche insolite

Cette fois, c’est fait ! Le Brésilien Neymar sera bien la prochaine recrue du Paris-Saint-Germain puisque les 220 millions de la clause libératoire exigée, par Barcelone, pour son transfert, seront acquittés. Ajoutons à cela les 30 millions d’euros nets annuels pour le salaire de la star, les primes versées au père et au joueur et l’on atteint des sommes astronomiques. On évoque un montant total de 700 millions d’euros pour les cinq années de contrat.

Hasard du calendrier, le premier match de championnat du PSG, programmé ce samedi 5 août au Parc-des-Princes, opposera  l’ogre qatari au petit poucet et nouveau promu, Amiens, qui évoluait encore en National lors de la saison 2014-2015.

Autant dire que l’on ne joue pas dans la même cour entre les deux adversaires. Le budget total du club picard, s’élève à…22 millions d’euros ! Les dirigeants pourraient à peine s’acheter quelques orteils de la star brésilienne. Ils viennent par ailleurs de lancer une campagne de financement participatif, auprès de leurs supporters, pour acheter une tribune provisoire de 1500 places, d’une valeur d’environ 100.000 euros sur le marché de l’occasion. Ils ont pour l’instant réuni moins de 10% de l’objectif affiché.

C’est le charme et la glorieuse incertitude du sport, diront les plus optimistes. A Paris on flambe, en Province on compte ses sous. Un constat que l’on pourrait parfois  dresser ailleurs que sur les terrains de foot, non ?

A.S

Adieu Etienne

 

Nous devions déjeuner ensemble le 17 août prochain pour évoquer le futur de notre collaboration et les nouvelles orientations de  notre blog.

 Il débordait d’enthousiasme et d’ambition, évoquait ses projets avec l’excitation d’un jeune reporter. Etienne Desfontaines nous a quittés dans la chaleur d’un mois de juillet incandescent, un peu à son image.

C’était un être délicieux,  toujours à l’écoute des autres, quelqu’un de bienveillant au  sens le plus noble du terme, peu doué pour les polémiques qui peuplent aujourd’hui les réseaux sociaux mais, à l’inverse, curieux de tout, cultivé et profondément attaché à cette région des Hauts-de-France qu’il chérissait.

C’était aussi un correspondant de presse rigoureux même si l’écriture n’aura  été qu’une parenthèse passionnelle dans une carrière professionnelle bien remplie. Il savait trouver le mot juste parce qu’il possédait le vocabulaire de l’âme.

C’était surtout un ami sûr avec lequel une complicité naturelle s’instaurait de manière spontanée. On savait qu’il serait toujours à nos côtés dans les moments les plus compliqués. Sauf aujourd’hui où son absence est terriblement cruelle.

A.S

 

L'opération Dynamo

du  français Jean Vayssouze

 

 

 

Ce sont des histoires perdues. Parce que le temps passe. Parce que la surface de la vie les recouvre d'une pellicule opaque. Et soudain, un évènement surgit. Qui ramène tout, au coeur de la conscience.

 

Christopher Nolan et ses stars accumulent les Unes des medias en ce moment. On évoque l'opération "Dynamo"'. On la raconte à grands coups de plans medias, de vedettes américaines dans les rues de Malo-les-Bains, de montages de figurants et de files interminables de personnages en tissus sur une plage interdite en février à ses promeneurs habituels. Les décors sont impressionnants.. Un avion d'époque passe et repasse dans le ciel. On filme une masse de personnages en uniformes des années 40 soit-disant paniqués, sur une jetée où les estivants vont promener leur chien.

 

Mais tout cela n'a rien à a voir avec la réalité. C'est un film à grand spectacle. Ce n'est qu'un grand "Barnum"  Une machine à faire de l'argent, comme le film de Dany Boon à Bergues. La municipalité de Dunkerque ne s'en cache pas d'ailleurs, qui veut surfer sur le film de Christopher Nolan  pour attirer un maximum de touristes. Et il n'en restera rien, cinq ans, dix ans plus tard. Parce qu'on ne travestit pas la réalité. Parce qu'on ne se sert pas de l'histoire pour créer une émotion, fugace et mercantile.

 

La réalité, moi, je l'ai entendue d'un homme qui  n'avait pas vingt ans au moment des évènements. Il s'appelait Jean Vayssouze. Il avait abouti, allez savoir pourquoi, dans l'industrie du médicament. Il visitait les pharmaciens des hôpitaux du Nord Pas-de-Calais. Je lui ai succédé dans les années 1980. Et il m'a raconté ce qu'il a vécu entre Grande-Synthe et Zuydcoote. L'arrière pays de Dunkerque, il le connaissait sur le bout des doigts. Teteghem : anéantie ! Coudekerque-Branche : des rues jonchées de débris, Leffrinckoucke et Capelle-la-Grande, réduites à néant ! Les maisons abattues, les rues  encombrées de cadavres, les bombardements et l'arrivée des allemands de l'autre côté du canal.... Il m'a tout raconté. Entre deux pharmacies d'hôpitaux.

 

C'est dans cet univers  qu'il a survécu. Sans savoir pourquoi. C'est dans cet enfer qu'il est tombé.Sans savoir ce qui lui arrivait. Et c'est ici, à l'arrière des plages, qu'on lui a ordonné, lui, le français, de tenir bon et de repousser le plus longtemps possible les allemands, pendant que les anglais se mettaient en ligne et montaient dans les bateaux.

 

Jean Vayssouze n'est jamais monté dans un bateau ! Il a été fait prisonnier. On l'a emmené à pied, jusqu'en Allemagne de l'Est. Et il n'est rentré en France, qu'à la toute fin de la guerre. C'était un ami. C'est à lui que je pense, au moment de la sortie du film de Christopher Nolan.

 

Etienne Desfontaines

 

"Gain de folie"

sélectionné

 

 

Communiqué de l'Adan (Association des auteurs du Nord) (Hauts de France)
 
Le comité de lecture chargé de la présélection des cinq nominés pour le Prix ADAN 2017  s'est prononcé.
55 ouvrages présentés, 5 nominés, 50 déçus, mais aucun de ces derniers n'a démérité car il faut du courage pour participer.
Donc, sept mois ont été nécessaires à notre comité de lecture pour lire, relire, hésiter, se concerter et enfin trancher, parfois dans la douleur tant est immense le talent de nos auteurs des Hauts-de-France.
Le principal enseignement que nous tirerons de cette première expérience est que notre territoire est un impressionnant vivier d'écrivains.
Nous remercions tous les auteurs qui ont participé à cette première édition du Prix littéraire de l'ADAN et leur souhaitons de continuer d'assouvir leur passion de l'écriture avec toujours autant de bonheur.
 
Les cinq nominés sont :
- Francis ESSIQUE, avec "Le numéro que vous demandez", chez Ravet-Anceau
- Pierre ZYLAWSKI, avec "J'ai dix ans, mais...", chez Le Riffle
- André SOLEAU, avec Gain de folie, chez Les Lumières de Lille
- Philippe DELANGHE, avec "Le sommeil des nymphes", chez Ravet-Anceau
- Lucien SUEL, avec "Angèle ou le syndrome de wassingue", chez Cours-toujours
 
Le jury souverain qui, à partir de ces cinq nominés, attribuera le Prix du roman de l'ADAN 2017 sera composé d'une sélection de libraires de la région des Hauts-de-France, adhérents de l'association Libr'Aire.
 Le verdict ne sera connu que le 18 novembre à 20 heures, lors de la remise des prix dans une salle lilloise.
 
Pour qu'un Prix littéraire soit crédible, il importe avant tout que le jugement apporté en toute impartialité ne repose que sur les valeurs de l'écriture et de l'intérêt du récit, en l'absence de tout préjugé né de la notoriété de l'auteur. Bien sûr, on ne peut nier la subjectivité attachée à tout jugement humain, mais soyez assurés que les membres du comité de lecture n'auront cédé à aucune pression. Sachez aussi que durant les sept mois consacrés à leurs lectures, ils n'ont pu se livrer à leur occupation préférée, l'écriture ! 
 
Jean-François Zimmermann
Président de l'ADAN, association des auteurs des Hauts-de-France

http://adan5962.e-monsite.com/
Membre de l'AEB, association des écrivains bretons
http://www.jfzimmermann.com
N° téléphone : 03 20 14 04 84
 
Garanti sans virus. www.avast.com

Le trottoir d'à côté

 

 

 

C'est une humeur. Un sentiment qu'on perçoit au coeur de Lille, comme dans toutes les cités de France. "Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..."  La chanson d'Alain Souchon date des années 70. Il y allait de sa voix douce : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." Les évènements de 68 étaient passés par là. Les trente glorieuses battaient pourtant leur plein. L'inflation caracolait. Le moindre investissement prenait dix points en trois jours. Et Valery Giscard d'Estaing soutenait Simone Veil, qui défendait sa loi contre l'avortement. On venait de mettre fin à la guerre du Viêt Nam. La vie était belle. Mais la France s'ennuyait...

 

La rengaine de Souchon est toujours de mise. Nous venons de vivre une épopée électorale. Annonces de candidatures, primaires de droite, primaires écologistes et primaires de gauche, premier tour et second tour de l'élection présidentielle. Nous avons fait table rase du personnel politique. Mais le 7 mai a sonné le glas de notre investissement dans la vie publique. Les législatives ont connu une abstention record. Jusqu'à plus de la moitié des inscrits au second tour. Comme si tout cela n'avait plus d'intérêt.

 

Le nouveau locataire a pris les clefs de l'Elysée ? Parfait. Rendez-vous dans cinq ans ! Nous, nous attendons fin juin, les vacances et la rentrée. Chacun est retourné chez soi. Le désistement et la résignation sont perceptibles. Dans la rue, dans les dîners en ville, dans les entreprises et les fêtes d'écoles. Dans la tête des bacheliers en peine de choisir leur orientation. Dans le porte-monnaie des retraités qui va subir l'augmentation de la CSG sans la moindre récupération.

 

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..." Ils sont 341 élus macronistes à l'Assemblée nationale. Le savent-ils vraiment ? La moitié de la France leur a dit : "débrouillez-vous !" Et l'autre moitié n'en a rien à faire. Ils ont mené une campagne tambour battant, sans rien connaître pour beaucoup de la vie politique. Sans avoir affronté la révolte des quartiers, sans avoir appris à travailler l'humain au corps à corps, maison par maison, appartement par appartement, dans l'intimité d'une permanence et dans la gestion, par exemple,  des subventions municipales aux associations !

 

Les français le savent. Ils voient bien cette jeunesse qui afflue au Palais Bourbon. Ils se sont visiblement défaussés, pour ne pas tomber dans l'ornière de extrêmes. Mais le président peut bien faire le beau, jouer du tennis en bord de Seine pour vendre les JO de 2024 à Paris,  ils n'y croient pas vraiment ! Et ils ont la rengaine d'Alain Souchon dans la tête : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." La rentrée 2017 ne sera pas chaude. Elle sera éteinte.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Publié par SOLEAU

 

 

         Passer de Paris à Pékin, le temps d’un battement d’ailes, c’est laisser derrière soi les événements qui agitent en permanence le quotidien d’un vieux pays comme la retraite, l’agitation sociale, les roms, le remaniement du gouvernement ou les démêlés judiciaires d’un trader fou. C’est pousser les portes d’un autre univers où les problèmes sont d’un tout autre ordre : la croissance débridée, le choix des projets prioritaires, la boulimie des nouveaux riches, la difficulté à prendre place dans un train lancé à grande vitesse. La Chine s’est éveillée et les Occidentaux, les nouveaux pauvres, n’ont pas fini d’en ressentir les effets. Cela valait bien un petit retour en forme de carte postale.

 

            10 heures d’avion, à peine le temps d’écoulement de deux dimanches après-midi druckerisés devant la télé et un monde nouveau, quasi irréel, s’offre à nous. De Paris à Pékin, c’est un trait en forme de fulgurance qui raye l’azur pour plonger vers l’Asie et ses mystères, ses rites ancestraux, sa philosophie génétique, sa force tranquille mais aussi et surtout ce féroce appétit de vivre, si prompt à jaillir d’un peuple en apparence placide.

            Cette première étape donne le ton. Pekin ou Beijing, dont le nom signifie capitale du Nord par opposition à Nankin ou Nanjing, l’ancienne capitale du sud, semble se transformer jour après jour et jusque dans ses moindres recoins. Il y a vingt ans, le vélo y était roi. C’était celui des paysans durs au mal qui chargeaient leur monture jusqu’à la gueule des produits de leur lopin de terre pour les vendre, à même le trottoir, aux premières lueurs de l’aube ; c’était celui, aussi, des ouvriers qui s’échappaient de leurs dix mètres carrés de béton, avec l’énergie des miséreux, pour gagner à peine de quoi nourrir la famille.

            Le vélo s’est évanoui, balayé par cette course éperdue vers la modernité. Une course qu’il ne pouvait plus suivre à la seule force du coup de pédale. Certains irréductibles ont bien tenté d’y mettre un petit moteur, histoire de lui rendre une seconde jeunesse, mais la greffe n’a pas pris. La voiture, au premier coup de démarreur, a pris possession des rues sans ménagement. Au point que le piéton doit s’acquitter d’une mission périlleuse à chaque carrefour. Même avec le soutien bienveillant d’un feu vert et d’un passage protégé, il faut sans cesse se contorsionner ou courir pour éviter un élément incontrôlé de la meute vrombissante et parvenir ainsi à bon port, c'est-à-dire de l’autre côté de la chaussée.

            Le Pékinois mobile n’a pas le temps de s’arrêter. Il fonce vers le futur en laissant souvent les traditions dans le rétroviseur. Et les choses ne vont pas s’arranger. Chaque matin, plus de mille nouvelles immatriculations de voitures sont enregistrées. De quoi donner le vertige aux pauvres bipèdes qui survivent.

            Il reste pourtant quelques îlots préservés. La Cité Interdite, parenthèse impériale quelque peu anachronique au pays du grand timonier, en est un. Elle dresse son charme suranné tel un ultime râle surgi des entrailles de cette terre millénaire, martyrisée par les marteaux piqueurs et les mâchoires des tractopelles. Pas moins de1000 bâtiments et très exactement 9999 pièces (le chiffre neuf est présent partout), se dissimulent derrière des murs de dix mètres de haut, le tout étalé sur 72 hectares.

            Nous sommes à deux pas de la place Tian’anmen, autre lieu symbolique mais où bat plutôt le cœur du peuple et parfois celui des révoltes étudiantes. On en oublie presque les acrobaties oratoires du guide qui nous accompagne, lequel possède une version originale des événements de 1989. Il y change allégrement les couleurs et le scénario du massacre puisque ce sont les corps des militaires qu’il a vus, la main sur le cœur, joncher le sol, victimes des bras armés des étudiants.

 

          Xian la culturelle

 

            Cette réécriture de l’Histoire démontre en tout cas que les fantômes du passé n’ont pas fini de hanter le pays, bien que celui-ci conjugue de plus en plus vite au futur. D’ailleurs, dès que l’on s’éloigne de quelques kilomètres de Pékin, le poids des traditions pèse davantage. Même si les cinq périphériques (le dernier en construction), qui s’entrecroisent dans l’espace autour de la mégapole pour la désengorger, frappent l’imagination au premier abord, que dire des 6000 kilomètres de la Grande Muraille qui semblent jouer à saute-mouton avec les montagnes ? C’est la plus longue construction jamais réalisée par la main de l’homme et ce joyau, inscrit au patrimoine de l’Unesco, a traversé les âges et les modes jusqu’à devenir l’un des sites touristiques les plus visités avec, bien évidemment, les soldats en terre cuite de Xian.

            Xian, deuxième étape de ce voyage d’une grande intensité, propose un tout autre visage. Ou plutôt plusieurs milliers de visages, ceux des soldats en terre cuite, répliques de sa propre armée, que l’empereur Qin fit disposer autour de son tombeau pour protéger son sommeil éternel.

            C’est un paysan, Yang qui, le premier, cassa la croûte terrestre pour forer un puits et mit au jour cet immense mausolée oublié. Dans son affolement, à la vue d’un de ces soldats surgis du néant, le brave homme n’imaginait pas un instant avoir découvert la « huitième merveille du monde », selon une déclaration prêtée à Jacques Chirac. Des cavaliers, des archers, des fantassins, des généraux, des chars sont sagement rangés dans les fosses, semblant attendre un ordre de leur maître pour se mettre en mouvement. Le tombeau de Qin Shi Huangdi, l’unificateur de la Chine, n’a pas encore été dévoilé comme si l’on répugnait à exhumer son âme pour la livrer aux marchands du temple.

            Xian paraît ainsi figée, avec ses trésors, dans la nuit des temps. Ses soldats qui voisinent les deux mètres de hauteur lui ont apportée la notoriété, la foule, l’argent. Le site développe ses échoppes et quand la veine se tarira il suffira de creuser un peu plus loin tant le sol regorge de merveilles archéologiques. Quant à Yang le paysan, il était là à notre arrivée, le jour de la fête nationale, paisiblement assis à une table d’écolier pour signer les livres retraçant son immense découverte. Ses yeux se perdaient parfois vers l’extérieur, indifférent à l’agitation ambiante, s’agaçaient aussi face aux flashes des photographes comme s’il voulait un peu tardivement protéger ses rêves.

 

            Shanghai vers le 22ème siècle

 

            Restait à boucler le programme avec Shanghai et son Exposition universelle. Un vaste chantier à ciel ouvert où dix neuf millions d’habitants vivent au rythme des destructions massives dans les quartiers sales pour céder la place à des immeubles aux formes de plus en plus audacieuses. Il pousse un building chaque jour qui passe car, à la différence de Pékin et de son compromis entre modernité et tradition, ou de Xian fièrement arrimée à la culture et à l’histoire impériale, Shanghai fonce vers le 22ème siècle à la vitesse supersonique. On casse, on creuse, on construit, on exproprie, on va même jusqu’à offrir un logement neuf à la périphérie pour accélérer le départ des familles des vieux quartiers et permettre la construction des grands ensembles immobiliers.

            Tout le monde semble avoir adopté un rythme de folie, y compris les piétons du centre d’affaires qui vous plongent en un instant dans une fourmilière géante à côté de laquelle la braderie de Lille et ses deux millions de visiteurs ressemble à une aimable boum entre copains. On se marche allègrement sur les pieds, on se perd en un clin d’œil mal ajusté. C’est la foire à toutes les heures et à tous les carrefours ;

            Parlons-en justement de la foire. L’Exposition universelle 2010 ne pouvait rêver meilleure vitrine ou théâtre plus grandiose. Le parc s’étale à perte de vue, ce qui permet d’écouler tant bien que mal les files ininterrompues de  visiteurs. Chaque pays est venu vendre qui son image, qui ses produits, qui sa technologie, qui ses charmes. L’Allemagne, par exemple, a trouvé un savant équilibre entre les racines qui ont fait son histoire et les conquêtes qui lui permettent de s’approprier une partie du futur de la planète. On y évoque l’environnement et la culture mais aussi les produits phares de l’industrie ou du commerce.

            En revanche, le pavillon France a privilégié l’architecture, la cuisine, les vieux films en noir et blanc et les toiles du musée d’Orsay au détriment, me semble-t-il, du TGV, d’Ariane ou du Viaduc de Millau. C’est le seul regret de ce voyage passionnant jusqu’au bout du gigantisme.

            André Soleau

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claude hivet 27/10/2010 21:31



J'apprécie beaucoup ton blog qui retrace fidèlement les trois temps forts de notre voyage en Chine.


Toutefois, j'ai une appréciation quelque peu différente de ton analyse de l'image donnée par les pavillons français et allemand.


En effet, le thème de l'exposition était : " une meilleure ville pour une meilleure vie ". Dans ce cadre, le parti pris du savoir faire technologique donné par le
pavillon allemand m'a paru hors sujet même si sa visite se révélait fort intéressante.


L'image de la ville donnée par le pavillon français m'a paru beaucoup plus en rapport avec le thème de l'exposition. Il est vrai que nous aurions pu compléter cette
image quelque peu suranée de la ville et forcément idyllique par nos réalisations techniques et architecturales; le pont de Millau en est un bon exemple ( même si le cabinet de maîtrise d'oeuvre
est anglais ).


Amitiés.


Claude.