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Jusqu’à quand ?

 

Emmanuel Macron a une curieuse conception de la solidarité. Son gouvernement décide de baisser de cinq euros les aides personnalisées au logement (APL). Soit ! On pouvait penser que les économies à réaliser pouvaient cibler une autre catégorie de Français que celle des ménages modestes et des étudiants. Cette mesure improvisée n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut, et a entraîné une chute de popularité vertigineuse du président et de son Premier ministre.

En général, lorsque les dirigeants s’aperçoivent de leur erreur, ils rectifient le tir. Pas Emmanuel Macron qui s’en prend aux propriétaires et aux bailleurs sociaux en les exhortant à baisser les loyers, au nom de  la « responsabilité de chacun ». Il se dit surpris du « silence collectif ».

Exiger un effort de solidarité en opposant les locataires aux propriétaires, voilà qui n’est pas banal. Surtout dans un pays où les taxes et impôts divers ont explosé sous le précédent quinquennat, où plus de 50% des foyers sont exemptés de fiscalité directe, où la CSG va augmenter d’1,7 point à partir du 1er janvier 2018, où les retraites sont gelées depuis plusieurs années, tout comme les barèmes des fonctionnaires, où l’ISF, un impôt sur l’impôt, a déjà fait fuir toutes les grandes fortunes du pays, ce qui fait le bonheur de nos voisins.

Pourquoi, dans ces conditions, ne pas obliger les chefs d’entreprise à augmenter d’autant leurs salariés, afin de financer la perte de pouvoir d’achat ? Pourquoi ne pas demander à tous les parlementaires d’abandonner leurs privilèges historiques, dans un souci d’exemplarité ? Pourquoi ne pas plafonner les salaires indécents des stars du football pour financer des actions d’intérêt public ?

Encore une fois, ces déclarations à l’emporte-pièce exhalent une forte odeur d’amateurisme. La France mérite une politique ambitieuse qui s’inspire des réussites étrangères. La croissance se fait sentir partout, le chômage baisse significativement ailleurs et nous continuons  à jouer les autruches, la tête dans nos contradictions et dans nos lacunes.

Jusqu’à quand ?

A.S

 

 

Mieux vaut tard…

Au mois de mai 2006, en visite à New York, j’avais été frappé par une plaque commémorant la visite de Pierre Laval à Broadway, plaque scellée sur la célèbre avenue Manhattan. D’autant plus choquant qu’elle voisinait avec celles de Ben Gourion, le fondateur d’Israël, de Churchill et de De  Gaulle.

Laval, jeune président du Conseil de la Troisième République à cette époque, avait été élu homme de l’année en 1931 par le magazine Times. Rappelons qu’il fut fusillé à la Libération, pour haute trahison, après avoir été l’une des pièces majeures du régime de Vichy, avec Pétain, et l’artisan de la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Difficile de comprendre qu’un hommage aussi prestigieux soit rendu encore de nos jours  à un tel individu, même si l’on peut penser que le New Yorkais est plus habitué à regarder les gratte-ciel que les trottoirs.

J’avais donc écrit au New York Times, à l'AFP ainsi qu’à l’ambassade d’Israël pour m’étonner de cette incohérence scandaleuse.

Lettre restée sans réponse.

Les événements de Charlottesville, en Virginie, ont fait ressurgir les démons du passé à savoir le racisme, la haine et la violence. Elles ont aussi contribué à réveiller les consciences puisque le maire de New York, n’ayant pas de statues d’esclavagistes à déboulonner et songeant à sa réélection, face à une forte communauté juive, a décidé d’enlever la plaque de Laval.

Au passage, il supprimera également celle de Philippe Pétain laquelle datait également de 1931 et rendait hommage au héros de Verdun.

Donald Trump, sans le vouloir, a ainsi réparé  un outrage infligé à l’Histoire.

(Voir ci-dessous, le courrier en question).

A.S

 

 
 
Dear sir,
 
          While visiting my son in New York this week, I was stunned and annoyed to see the name of Pierre Laval glorified on Broadway street . Laval was a prominent figure of the Vichy government in France during WWII, in charge of the anti-Jewish activities during the German occupation. He created the Vichy Milice, the wartime secret police and was acting as the main armed force for the Gestapo. He was executed in 1945.
            His name though, figures today on a commemorative inscription on the Broadway pavement near Wall Street NY, (probably celebrating  his visit in 1931?), about 20 yards away from other commemorative inscriptions including Jesse Owens the man who dared defying Hitler during the Olymplics in 1936. David Ben Gourion’s plaque is some 30 yards away and so are veterans of the US Navy, Churchill, Eisenhower or De Gaulle.
I must admit, putting my foot and then glancing at this dreadful name disturbed me, as it probably disturbs thousands of visitors everyday. How could the country of  Freedom and melting pot, how could the most cosmopolite City in the world praise a former war criminal. I’d like to know the reason.
 
Looking forward to your response,
 
Sincerly yours
 
Andre Soleau
 
 

Une affiche insolite

Cette fois, c’est fait ! Le Brésilien Neymar sera bien la prochaine recrue du Paris-Saint-Germain puisque les 220 millions de la clause libératoire exigée, par Barcelone, pour son transfert, seront acquittés. Ajoutons à cela les 30 millions d’euros nets annuels pour le salaire de la star, les primes versées au père et au joueur et l’on atteint des sommes astronomiques. On évoque un montant total de 700 millions d’euros pour les cinq années de contrat.

Hasard du calendrier, le premier match de championnat du PSG, programmé ce samedi 5 août au Parc-des-Princes, opposera  l’ogre qatari au petit poucet et nouveau promu, Amiens, qui évoluait encore en National lors de la saison 2014-2015.

Autant dire que l’on ne joue pas dans la même cour entre les deux adversaires. Le budget total du club picard, s’élève à…22 millions d’euros ! Les dirigeants pourraient à peine s’acheter quelques orteils de la star brésilienne. Ils viennent par ailleurs de lancer une campagne de financement participatif, auprès de leurs supporters, pour acheter une tribune provisoire de 1500 places, d’une valeur d’environ 100.000 euros sur le marché de l’occasion. Ils ont pour l’instant réuni moins de 10% de l’objectif affiché.

C’est le charme et la glorieuse incertitude du sport, diront les plus optimistes. A Paris on flambe, en Province on compte ses sous. Un constat que l’on pourrait parfois  dresser ailleurs que sur les terrains de foot, non ?

A.S

Adieu Etienne

 

Nous devions déjeuner ensemble le 17 août prochain pour évoquer le futur de notre collaboration et les nouvelles orientations de  notre blog.

 Il débordait d’enthousiasme et d’ambition, évoquait ses projets avec l’excitation d’un jeune reporter. Etienne Desfontaines nous a quittés dans la chaleur d’un mois de juillet incandescent, un peu à son image.

C’était un être délicieux,  toujours à l’écoute des autres, quelqu’un de bienveillant au  sens le plus noble du terme, peu doué pour les polémiques qui peuplent aujourd’hui les réseaux sociaux mais, à l’inverse, curieux de tout, cultivé et profondément attaché à cette région des Hauts-de-France qu’il chérissait.

C’était aussi un correspondant de presse rigoureux même si l’écriture n’aura  été qu’une parenthèse passionnelle dans une carrière professionnelle bien remplie. Il savait trouver le mot juste parce qu’il possédait le vocabulaire de l’âme.

C’était surtout un ami sûr avec lequel une complicité naturelle s’instaurait de manière spontanée. On savait qu’il serait toujours à nos côtés dans les moments les plus compliqués. Sauf aujourd’hui où son absence est terriblement cruelle.

A.S

 

L'opération Dynamo

du  français Jean Vayssouze

 

 

 

Ce sont des histoires perdues. Parce que le temps passe. Parce que la surface de la vie les recouvre d'une pellicule opaque. Et soudain, un évènement surgit. Qui ramène tout, au coeur de la conscience.

 

Christopher Nolan et ses stars accumulent les Unes des medias en ce moment. On évoque l'opération "Dynamo"'. On la raconte à grands coups de plans medias, de vedettes américaines dans les rues de Malo-les-Bains, de montages de figurants et de files interminables de personnages en tissus sur une plage interdite en février à ses promeneurs habituels. Les décors sont impressionnants.. Un avion d'époque passe et repasse dans le ciel. On filme une masse de personnages en uniformes des années 40 soit-disant paniqués, sur une jetée où les estivants vont promener leur chien.

 

Mais tout cela n'a rien à a voir avec la réalité. C'est un film à grand spectacle. Ce n'est qu'un grand "Barnum"  Une machine à faire de l'argent, comme le film de Dany Boon à Bergues. La municipalité de Dunkerque ne s'en cache pas d'ailleurs, qui veut surfer sur le film de Christopher Nolan  pour attirer un maximum de touristes. Et il n'en restera rien, cinq ans, dix ans plus tard. Parce qu'on ne travestit pas la réalité. Parce qu'on ne se sert pas de l'histoire pour créer une émotion, fugace et mercantile.

 

La réalité, moi, je l'ai entendue d'un homme qui  n'avait pas vingt ans au moment des évènements. Il s'appelait Jean Vayssouze. Il avait abouti, allez savoir pourquoi, dans l'industrie du médicament. Il visitait les pharmaciens des hôpitaux du Nord Pas-de-Calais. Je lui ai succédé dans les années 1980. Et il m'a raconté ce qu'il a vécu entre Grande-Synthe et Zuydcoote. L'arrière pays de Dunkerque, il le connaissait sur le bout des doigts. Teteghem : anéantie ! Coudekerque-Branche : des rues jonchées de débris, Leffrinckoucke et Capelle-la-Grande, réduites à néant ! Les maisons abattues, les rues  encombrées de cadavres, les bombardements et l'arrivée des allemands de l'autre côté du canal.... Il m'a tout raconté. Entre deux pharmacies d'hôpitaux.

 

C'est dans cet univers  qu'il a survécu. Sans savoir pourquoi. C'est dans cet enfer qu'il est tombé.Sans savoir ce qui lui arrivait. Et c'est ici, à l'arrière des plages, qu'on lui a ordonné, lui, le français, de tenir bon et de repousser le plus longtemps possible les allemands, pendant que les anglais se mettaient en ligne et montaient dans les bateaux.

 

Jean Vayssouze n'est jamais monté dans un bateau ! Il a été fait prisonnier. On l'a emmené à pied, jusqu'en Allemagne de l'Est. Et il n'est rentré en France, qu'à la toute fin de la guerre. C'était un ami. C'est à lui que je pense, au moment de la sortie du film de Christopher Nolan.

 

Etienne Desfontaines

 

"Gain de folie"

sélectionné

 

 

Communiqué de l'Adan (Association des auteurs du Nord) (Hauts de France)
 
Le comité de lecture chargé de la présélection des cinq nominés pour le Prix ADAN 2017  s'est prononcé.
55 ouvrages présentés, 5 nominés, 50 déçus, mais aucun de ces derniers n'a démérité car il faut du courage pour participer.
Donc, sept mois ont été nécessaires à notre comité de lecture pour lire, relire, hésiter, se concerter et enfin trancher, parfois dans la douleur tant est immense le talent de nos auteurs des Hauts-de-France.
Le principal enseignement que nous tirerons de cette première expérience est que notre territoire est un impressionnant vivier d'écrivains.
Nous remercions tous les auteurs qui ont participé à cette première édition du Prix littéraire de l'ADAN et leur souhaitons de continuer d'assouvir leur passion de l'écriture avec toujours autant de bonheur.
 
Les cinq nominés sont :
- Francis ESSIQUE, avec "Le numéro que vous demandez", chez Ravet-Anceau
- Pierre ZYLAWSKI, avec "J'ai dix ans, mais...", chez Le Riffle
- André SOLEAU, avec Gain de folie, chez Les Lumières de Lille
- Philippe DELANGHE, avec "Le sommeil des nymphes", chez Ravet-Anceau
- Lucien SUEL, avec "Angèle ou le syndrome de wassingue", chez Cours-toujours
 
Le jury souverain qui, à partir de ces cinq nominés, attribuera le Prix du roman de l'ADAN 2017 sera composé d'une sélection de libraires de la région des Hauts-de-France, adhérents de l'association Libr'Aire.
 Le verdict ne sera connu que le 18 novembre à 20 heures, lors de la remise des prix dans une salle lilloise.
 
Pour qu'un Prix littéraire soit crédible, il importe avant tout que le jugement apporté en toute impartialité ne repose que sur les valeurs de l'écriture et de l'intérêt du récit, en l'absence de tout préjugé né de la notoriété de l'auteur. Bien sûr, on ne peut nier la subjectivité attachée à tout jugement humain, mais soyez assurés que les membres du comité de lecture n'auront cédé à aucune pression. Sachez aussi que durant les sept mois consacrés à leurs lectures, ils n'ont pu se livrer à leur occupation préférée, l'écriture ! 
 
Jean-François Zimmermann
Président de l'ADAN, association des auteurs des Hauts-de-France

http://adan5962.e-monsite.com/
Membre de l'AEB, association des écrivains bretons
http://www.jfzimmermann.com
N° téléphone : 03 20 14 04 84
 
Garanti sans virus. www.avast.com

Le trottoir d'à côté

 

 

 

C'est une humeur. Un sentiment qu'on perçoit au coeur de Lille, comme dans toutes les cités de France. "Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..."  La chanson d'Alain Souchon date des années 70. Il y allait de sa voix douce : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." Les évènements de 68 étaient passés par là. Les trente glorieuses battaient pourtant leur plein. L'inflation caracolait. Le moindre investissement prenait dix points en trois jours. Et Valery Giscard d'Estaing soutenait Simone Veil, qui défendait sa loi contre l'avortement. On venait de mettre fin à la guerre du Viêt Nam. La vie était belle. Mais la France s'ennuyait...

 

La rengaine de Souchon est toujours de mise. Nous venons de vivre une épopée électorale. Annonces de candidatures, primaires de droite, primaires écologistes et primaires de gauche, premier tour et second tour de l'élection présidentielle. Nous avons fait table rase du personnel politique. Mais le 7 mai a sonné le glas de notre investissement dans la vie publique. Les législatives ont connu une abstention record. Jusqu'à plus de la moitié des inscrits au second tour. Comme si tout cela n'avait plus d'intérêt.

 

Le nouveau locataire a pris les clefs de l'Elysée ? Parfait. Rendez-vous dans cinq ans ! Nous, nous attendons fin juin, les vacances et la rentrée. Chacun est retourné chez soi. Le désistement et la résignation sont perceptibles. Dans la rue, dans les dîners en ville, dans les entreprises et les fêtes d'écoles. Dans la tête des bacheliers en peine de choisir leur orientation. Dans le porte-monnaie des retraités qui va subir l'augmentation de la CSG sans la moindre récupération.

 

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..." Ils sont 341 élus macronistes à l'Assemblée nationale. Le savent-ils vraiment ? La moitié de la France leur a dit : "débrouillez-vous !" Et l'autre moitié n'en a rien à faire. Ils ont mené une campagne tambour battant, sans rien connaître pour beaucoup de la vie politique. Sans avoir affronté la révolte des quartiers, sans avoir appris à travailler l'humain au corps à corps, maison par maison, appartement par appartement, dans l'intimité d'une permanence et dans la gestion, par exemple,  des subventions municipales aux associations !

 

Les français le savent. Ils voient bien cette jeunesse qui afflue au Palais Bourbon. Ils se sont visiblement défaussés, pour ne pas tomber dans l'ornière de extrêmes. Mais le président peut bien faire le beau, jouer du tennis en bord de Seine pour vendre les JO de 2024 à Paris,  ils n'y croient pas vraiment ! Et ils ont la rengaine d'Alain Souchon dans la tête : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." La rentrée 2017 ne sera pas chaude. Elle sera éteinte.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Publié par SOLEAU

Lorsque les historiens se pencheront sur l’année 2011, ils n’auront que l’embarras du choix pour analyser les faits majeurs qui ont marqué cette période de grands bouleversements. Le premier trimestre suffirait à remplir de volumes une bibliothèque entière.

            Tout y est. Les révoltes populaires en Tunisie, en Egypte, en Libye amorcées à la suite de l’immolation d’un pauvre bougre, Mohammed Bouaziz, tué par le désespoir devant la préfecture de Sidi Bouzid. Comment imaginer à cet instant que le suicide d’un anonyme de 26 ans agirait comme une mise à feu des frustrations du petit peuple contre des dictatures installées depuis des décennies ? Qu’un marchand de rue analphabète symboliserait la victoire de la liberté et de la dignité retrouvées face à des canons et des mitrailleuses ?

            Il y eut aussi la catastrophe de Fukushima, au Japon, provoquée d’abord par le déchaînement des éléments climatiques. Après Tchernobyl, nous sommes en train de découvrir que les recherches les plus sophistiquées de l’homme du 21ème siècle demeurent impuissantes face aux colères d’une nature trop souvent oubliée et méprisée. L’incapacité des savants du monde entier, appelés à la rescousse par Tokyo, à maîtriser les effets dévastateurs de la contamination a fait l’effet d’un véritable électrochoc pour l’opinion publique, jusqu’alors plutôt favorable à l’énergie propre des centrales nucléaires.

            Il y eut encore la rocambolesque histoire de Renault et de ces trois salariés jetés en pâture aux médias nationaux et internationaux sans la moindre précaution. Accusés d’espionnage sous la seule foi d’un faux témoignage, ils ont été victimes de cette espèce de tourbillon médiatique infernal qui fait perdre  à la fois la notion du temps et le sens des réalités aux dirigeants les plus aguerris.

            Il y eut enfin la chute de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, provoquée plus par l’intervention de la communauté internationale que par les efforts militaires de son rival, Alassane Ouattara. L’ONU et plus encore la France ont changé de stratégie ces derniers temps comme en témoignent également les raids effectués contre les partisans de Khadafi, en Libye. Le Quai d’Orsay, naguère d’une prudence de sioux dans son approche des conflits récurrents dans le monde, semble dépassé par l’activisme du Président de la République.

            Avouons que ce bref rappel des événements impressionne. Et ce n’est pas fini ! En politique étrangère, les contestataires se font de plus en plus entendre au Maroc, en Algérie, en Syrie, en Iran, au Yémen…et bravent ouvertement leurs dirigeants. En économie, la crise qui sévit plus fortement sur le vieux continent ne s’arrêtera pas au Portugal et d’autres pays comme l’Espagne, l’Italie voire la France pourraient fragiliser à leur tour le dogme de la monnaie unique et par là, la cohésion de l’Union européenne. Enfin, au plan intérieur, nous allons entrer de plain-pied dans la campagne électorale et nous aurons un avant-goût de ce qui nous attend avec des primaires socialistes qui promettent d’être explosives.

            Tout se passe comme si, onze ans après la date fatidique, nous entrions seulement aujourd’hui dans le nouveau millénaire. 2011 se dessine progressivement comme une année charnière où notre conception du monde, nos critères de vie, nos repères habituels et nos valeurs historiques sont à redéfinir en profondeur. Après Fukushima, par exemple, on peut penser que l’environnement ne sera plus un simple mot de militant écologique que l’on ressort à chaque campagne électorale. Autre exemple, les dictatures les plus hermétiques devront composer avec les réseaux sociaux mais aussi avec la communauté internationale qui joue de plus en plus le rôle de gendarme au nom d’un droit d’ingérence aux contours flous. Les peuples, longtemps confinés dans des postes de figurants titilleront les pouvoirs en place et cette tendance s’accentuera, y compris dans les démocraties où l’isoloir ne suffit plus à calmer les impatiences.

            A l’évidence, nous sommes à l’aube d’un monde nouveau et la plupart des gouvernants n’ont rien vu venir.

            André Soleau

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Chantal Laden-Moreaux 17/04/2011 11:50



Le monde tournerait-il plus vite ?
Pollution, sur-consommation ne sont pas les deux mamelles de la France mais les fléaux du XXIe siècle qui, abstraction faite d'une nouvelle période géologique, nous conduiraient à notre perte.
Dans ce contexte, il est normal d'agir vite puisque l'influence des planètes s'y prête.
Alors on rêve d'un monde meilleur, un monde libre où la démocratie reste pourtant précaire et l'ingérence pacifiste inévitable.
Ne rien voir venir ou se souvenir ?
Petite fille, j'entendais parler du péril jaune et d'un possible conflit armé. Je comprends aujourd'hui qu'il s'agit d'une guerre économique déjà bien engagée (produits
dangereux importés au nom du profit, entreprises rachetées...). Notre gouvernement, fier d'enlever quelques marchés, tend la main à la Chine écartant l'idée qu'elle va lui
manger le bras. Quand les Chinois se réveilleront, les sociétés qui ont délocalisé reviendront produire en France, moins d'oisiveté, moins de violence.
Rappelons-nous aussi que les troupes allemandes, lors de la guerre 40-45, rejoignaient la France en traversant la frontière belge, habillées en nonnes ! Sans crier aux loups et alors que le plan
vigipirate est toujours d'actualité, la sécurité doit prévaloir sur le port de tenues de camouflage, type burka.
Oui le monde change mais pour un monde nouveau, il faut des mentalités nouvelles. Sommes-nous disposés à courir ou à tenir ?
2011 nous apportera d'autres moments de souffrance, de frayeur mais aussi de bonheur, de raison qui, se succédant, feront l'histoire. Hier ... la renaissance, demain ... le renouveau, mais
demain est encore loin.



Etienne Desfontaines 15/04/2011 11:35



Acteurs dans un monde en mutation


 


Ce n'est pas un vœu, c'est un titre : "Acteurs dans un monde en mutation". L'ouvrage avait été
pensé et rédigé en 2008 par un collectif de chercheurs, sous la houlette de Thérèse Lebrun, économiste de la santé, présidente de l'Université Catholique de Lille, et de son prédécesseur Michel
Falise, économiste lui aussi (*). La crise financière couvait : elle explose en septembre 2008. Au moment même où l'ouvrage parait. Et depuis, les mutations que les auteurs annoncent ne cessent
de prendre corps. Economiques, écologiques, médiatiques, sociales et éthiques, et enfin politiques.  Ce sont les "grands bouleversements" dont vous parlez. Ils surgissent maintenant en salves. Mais ils étaient pensés et prévisibles.


Espoir contre désespoir


Ils confirment plus que jamais une donnée essentielle : un homme, un seul, un "pauvre bougre",
un "marchand de rue analphabète", peut mettre le monde à feu. Son exemple, et "l'effet papillon" qu'il
a engendré, doivent nous engager à suivre les recommandations de l'ancien président de la Communauté Européenne, Jacques Delors, qui a préfacé l'ouvrage des Lillois : "Voir, connaitre, comprendre, cultiver la mémoire, juger, faire, agir. Telles sont les règles que doit s'assigner tout homme ou toute femme qui se veut présent au
monde et responsable". Mohamed Bouaziz s'est immolé par désespoir, dit-on. On a tort.  Il l'a fait avec l'espoir d'interpeller les autorités de
son pays. Sans aller jusqu'au suicide, nous devons tous aujourd'hui mourir à une partie de nous-mêmes. Nous devons tous, autant que nous sommes, ouvrir nos fenêtres, poser un regard différent sur
le monde qui nous entoure, et trouver un moyen d'agir, si petit soit-il : au nom de l'espoir !


Remettre l'homme au centre


D'ailleurs, c'est bien simple. Ou nous serons responsables, ouverts au monde et décidés à le prendre en charge, ou nous périrons. C'est notre
Renaissance, notre XVI° siècle des temps modernes. Le seul moyen de nous en sortir, c'est de remettre l'homme au cœur de nos activités et de nos valeurs. Il doit prévaloir sur l'argent, prévaloir
sur la consommation, prévaloir sur l'énergie, prévaloir sur le virtuel, prévaloir sur le pouvoir, prévaloir sur les armes. Prévaloir en tout. C'est facile à dire. Mais vous avez raison de le
penser : c'est "notre conception du monde [qui doit être] redéfinie !" Et ce n'est pas une mince affaire.


Du "top-down" au "bottom-up"


Il y a pourtant déjà des artisans de cette reconstruction. Un exemple, au hasard. J'interviewe cette semaine, pour l'hebdomadaire Croix du
Nord, le nouveau directeur de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, Steff Van De Meulebrouck. L'institution est récente, décalée, novatrice. On la regarde avec étonnement, de Paris et de
Bruxelles. L'homme aussi est atypique. Pas vraiment le profil d'un administratif. C'est un entrepreneur, il a cédé une affaire familiale et novatrice (hardware et software dans le bâtiment) pour
prendre le poste qu'on lui a confié. Il dit de lui-même : "je ne suis pas un directeur, je suis un intégrateur", en évoquant tous les partenaires
français, flamands et wallons, auxquels il a affaire. Et il a un credo : avant de parler emplois, transports et santé, il parle culture ! Pour lui,
c'est l'avant-garde. Il l'assène au fil de ses entretiens. "Il y a un espoir énorme, lance-t-il, il y a dans
ce territoire transfrontalier une culture commune, qui ne demande qu'à s'exprimer, une convivialité naturelle qui m'a vraiment touché !" On est loin du business et du politique, des fausses
frontières de l'argent et des territoires d'après-guerre. On est  au cœur de l'humanité. Il va plus loin, il inverse les rôles. "Il faut qu'on cesse de voir l'Europe dans le sens "top-down", lance-t-il encore, il faut la concevoir en
"bottom-up" !" Et il précise : "L'Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai sert déjà d'exemple à quinze
autres zones transfrontalières en Europe. " Une façon de nous mettre devant nos responsabilités, de faire de nous des hommes et des femmes libres. En écho à Thérèse Lebrun et Jacques Delors
: si nous le décidons, nous pouvons être des acteurs et des actrices du changement, concrètement, ici à Lille, à Courtrai et à Tournai. Dans un monde en mutation.


Etienne Desfontaines


 


"Acteurs dans un monde en mutation". Editions de l'atelier(2008)  19 €