le blog andre soleau

  L’agitation provoquée par les élections municipales est retombée comme un soufflé. Hormis quelques poches de résistance qui s’évertuent à jouer le troisième tour, à l’instar de Perpignan où un vent de chaussettes sales flotte au-dessus des urnes, l’heure est aux bilans, aux promesses et accessoirement aux règlements de compte.

            Pas facile, pour un observateur neutre, de s’y retrouver parmi les déclarations des uns et des autres. Comme toujours en pareil cas, les vainqueurs forcent le trait et les battus l’atténuent avec, pour chacun, une bonne dose de mauvaise foi. Scrutin national et avertissement sans frais au président de la République pour les uns, consultation essentiellement locale pour les autres…Plébiscite à gauche ou record d’abstentions à droite…Tsunami ou vaguelette, nouveau départ ou rééquilibrage naturel, vote sanction ou message diffus... Chaque argument a ses partisans dans un jeu post-électoral tout à fait classique.

            Laissons à Nicolas Sarkozy le soin de s’interroger sur l’opportunité d’infléchir sa politique ou au contraire d’accélérer la mise en place des réformes. Il y a, en dehors du palais de l’Elysée, suffisamment d’enseignements à tirer et de verdicts difficilement contestables.

            Ainsi, Martine Aubry apparaît-elle aujourd’hui comme l’une des grandes gagnantes de cette consultation. Il y a à peine deux ans, on la disait rejetée par une majorité de Lillois, y compris dans son propre camp. Elle  était désignée comme le vilain canard de la gauche, capable de faire perdre la capitale des Flandres au parti socialiste. Au plan national, ce n’était guère plus réjouissant. Son « ennemie » intime Ségolène Royal occupait le devant de la scène et la repoussait sans ménagement sur un strapontin, aux côtés des Jospin, Lang et autres dinosaures roses.  Même son mentor, Pierre Mauroy, la soutenait du bout des lèvres. Martine Aubry n’a pas jeté l’éponge. Au contraire. Elle a continué son travail de fond tout en soignant un peu plus la forme. La sauce, rehaussée par une ch’timania dont elle a habilement profité,  a fait recette. Elle a retrouvé d’un coup une légitimité qui lui permet d’envisager avec optimisme le fauteuil présidentiel de la communauté urbaine. Au passage, elle s’est débarrassée d’une droite déjà mal en point après le retrait de Christian Decocq et, cerise sur le gâteau, elle s’est replacée dans la course pour la succession de François Hollande, au PS.

            François Bayrou  se situe à l’inverse dans le camp des perdants. Il est vrai que sa stratégie exigeait de vrais talents de contorsionniste tant le passage était étroit entre les deux blocs traditionnels. Dans son esprit, exister au centre revenait à refuser toute alliance officielle à droite ou à gauche pour mieux s’adapter aux sensibilités locales. Sur le papier, la démonstration avait peut-être de quoi séduire quelques politologues parisiens. Mais elle n’a pas résisté aux réalités du terrain. Les électeurs n’ont rien compris et ont abandonné en route. Cruelle désillusion pour celui qui voulait incarner la troisième voie avec, en point de mire, l’élection présidentielle de 2012.

            L’ambition personnelle de Bayrou, totalement concentrée sur sa conquête du pouvoir suprême, avait donné sa pleine mesure en mai 2007. Dix mois plus tard, elle a semblé hors sujet. De ce côté-là au moins, les Français ont su rappeler aux candidats les véritables enjeux des Municipales.

             André Soleau

           

 

Sam 22 mar 2008 1 commentaire
Aubry élue par 1 Lillois sur 4. Score fameux.
Ps - le 25/03/2008 à 17h57