le blog andre soleau

            Les manifestations des routiers et des marins pêcheurs contre la hausse du prix des carburants ont quelque chose de pathétique tant le combat paraît inégal et incongru,  entre la froide réalité d’un système d’exploitation énergétique à bout de souffle et les cris désespérés de professionnels qui refusent l’inéluctable, synonyme d’une mort annoncée.

            Souvenons nous ! En 1973, le premier choc pétrolier avait provoqué la panique dans notre monde de consommation débridée. Bercés par le confort de ce qu’on allait appeler les trente glorieuses après coup, nous étions désemparés face au coup de force des pays arabes de l’OPEP imposant une augmentation de 70% du prix du baril de brut. Nous étions brutalement placés devant une évidence : le robinet de l’or noir risquait à terme de se fermer, au gré des tensions politiques ou par assèchement naturel puisque les réserves mondiales permettaient de satisfaire l’offre pour un délai estimé à trente années.

            En ce temps-là, la France n’avait pas de pétrole mais, paraît-il, des idées. C’est vrai que le vaste projet de développement électronucléaire, initié par Pompidou, associé à des mesures d’économie d’énergie, permit de réduire sensiblement la facture de nos importations en même temps que notre dépendance. Mais cette première déflagration exigeait beaucoup plus. Elle imposait de revoir totalement les fondamentaux d’une société dont l’équilibre repose essentiellement sur la croissance et le développement donc sur la capacité de chacun à consommer. Quel est l’homme politique qui se risquera non pas à dire mais à faire pour que nous changions nos habitudes de vie en nous serrant la ceinture et en entamant une cure drastique d’amaigrissement ? Il suffit de mesurer le chemin parcouru depuis trente cinq ans pour connaître la réponse.

            Le roi Faycal d’Arabie Saoudite, artisan du bras de fer entre les états producteurs et les pays importateurs de pétrole, est mort assassiné en 1975. Son embargo destiné à peser politiquement, en particulier sur la politique des Etats-Unis à l’égard d’Israël, a échoué. La machine s’est remise à tourner à plein régime, à peine freinée par le deuxième choc de 1979. Les nouvelles technologies ont permis d’exploiter d’autres réserves, à l’époque inaccessibles, et nous sommes repartis pour trente nouvelles années, en espérant qu’un nouveau miracle se produise pour les générations futures.

            Les promesses et les bonnes résolutions ont subi à peu près le même sort que le malheureux Faycal. Aujourd’hui, il n’est pas rare de posséder deux voire trois voitures par foyer. Le prix de l’essence à la pompe devient hallucinant mais le 4x4 est devenu le symbole  du modernisme pétaradant. Le week-end en avion a remplacé la balade à vélo dans la campagne environnante. Le transport routier reste dépendant à 97 % des carburants pétroliers. L’agriculture qui a peu à peu éliminé les petites exploitations s’est mécanisée de manière vertigineuse ces dernières années. Les marins pêcheurs ont oublié d’investir et leurs moteurs sont des gouffres totalement dépassés. Les pays émergents, loin de tirer les leçons de notre gabegie, veulent nous imiter et les demandes de la Chine et de l’Inde, par exemple, affolent les compteurs.

            Tout se passe comme si le monde était lancé dans une course contre la montre pour vider les coffres avant le grand cataclysme. Le manque de pétrole, c’est un peu comme une crise de l’oxygène qui viendrait à frapper notre planète. Comme on ne peut s’empêcher de respirer, on avale notre bol d’air à pleins poumons, en essayant au passage de dérober celui du voisin.

            L’armée des consommateurs du monde continue ainsi à revendiquer sa part du gâteau. Pêcheurs et routiers en tête, on menace de tout casser. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à casser.

            André Soleau

           

           

Sam 7 jun 2008 Aucun commentaire