le blog andre soleau
Les avis divergent au sujet de la sanction infligée au coureur Ricardo Ricco, renvoyé en Italie après son contrôle positif à l’EPO avant le départ de la 12ème étape du Tour de France. Certains y puisent des raisons d’espérer éradiquer le cyclisme de tous les tricheurs qui continuent à considérer l’armoire à pharmacie comme un passage obligé pour être compétitifs. Pour eux, la révolution est en marche grâce à des techniques d’investigations de plus en plus sophistiquées. D’autres, à l’inverse, jugent ce nouveau coup de poignard asséné par un jeune et prometteur champion, comme l’ultime trahison à un sport qui n'en finit pas d’agoniser. Il n’est plus possible, selon eux, d’entretenir l’illusion puisque les générations changent mais que le problème a tendance à s’aggraver d’année en année.
La vérité se situe sans doute à mi-chemin. Mais un phénomène risque de faire pencher la balance du côté des plus pessimistes, le ras-le-bol de plus en plus affiché des sponsors. On peut imaginer l’impact de ces affaires sur l’image de marque d’une entreprise. Voir le maillot de Saunier Duval encadré par une cohorte de gendarmes et le champion qui le porte menotté et tête basse, voilà qui ne doit pas spécialement réjouir l’état-major de la société. Le directeur France a d’ailleurs envisagé un retrait pur et simple à la suite de cette affaire. Chez Badelword, la décision est déjà officielle. La firme britannique n’a pas supporté de voir son nom éclaboussé par les écarts de conduite du dénommé Moises Duenas. Elle arrête les frais à la fin de la saison.
D’autres avaient déjà programmé leur sortie. C’est le cas de Cofidis et du Crédit Agricole pour ne citer qu’eux. Le coût astronomique de leur investissement en comparaison des effets négatifs qui émanent du peloton a douché leur enthousiasme initial. Quelle sera ensuite l’attitude d’autres sponsors, interdits au départ pour des faits de dopage avérés et privés ainsi de la plus grande scène médiatique au monde?
Le cyclisme risque à terme d’être asphyxié financièrement. La fuite des principaux supports va réduire l’offre et faire baisser les prix. De nombreux coureurs se retrouveront sans contrat. Juste retour de bâton après leur comportement irresponsable ? Sans doute. Mais à l’heure de payer l’addition, chaque acteur devrait faire son examen de conscience. A commencer par la presse, si prompte aujourd’hui à hurler avec les loups mais qui a trop longtemps fermé les yeux sur des pratiques qui remontent à la nuit des temps. Tous les observateurs savaient, nul n’a rien dit. La gangrène a gagné les courses amateurs et même les jeunes. En toute impunité.
Les sportifs d’aujourd’hui ne sont que les héritiers d’un système organisé que l’on se transmettait d’un guidon à l’autre pendant que les différents accompagnateurs levaient les yeux au ciel pour ne surtout pas être les témoins directs de ces usages peu recommandables. « On ne savait pas ! » clament-ils aujourd’hui pour leur défense ! Belle hypocrisie. Il ne fallait surtout pas toucher à la légende des forçats de la route, à ces dieux des Alpes et des Pyrénées qui volaient au-dessus des cols pour faire rêver les foules. Aujourd’hui, tout le monde est retombé sur terre. Le cyclisme est même en train d’y mettre les deux genoux.
André Soleau