le blog andre soleau

« L’incident est clos. » C’est par cette formule lapidaire que la presse a refermé le chapitre consacré aux frasques de Dominique Strauss-kahn. L’enquête diligentée par les organes internes du comité d’éthique du Fonds Monétaire International (FMI) a blanchi le directeur général. Il n’y a eu ni harcèlement, ni favoritisme, ni abus de pouvoir. La relation entretenue par le boss avec l’une de ses collaboratrices était consensuelle et la dame en question n’a été ni forcée ni favorisée. Autrement dit, cet épisode relevait du seul cadre privé.

            On va pouvoir passer à autre chose. Il n’empêche. Depuis la révélation de cette liaison, tous les médias se sont rués sur la « chose » avec une voracité troublante. L’affaire de fesses est devenue une affaire d’état. Rien ne nous a été caché, comme si les caméras et les micros étaient braqués sous la couette. On a ainsi appris que Dominique Strauss-kahn était un multirécidiviste et Ardisson, fidèle à son sens de la nuance, a déclaré : « J’ai quatorze copines qui m’ont dit : il a essayé de me sauter ! Ce type-là a une maladie, il devrait faire une cure. »

L’Express a titré à la Une de son magazine : Docteur Strauss et Mister Kahn. Pas moins de cinq pages ont été consacrées à la double personnalité du présumé coupable dont un portrait plein de compassion de la pauvre Anne Sinclair. Le Point n’a pas été en reste tout  comme le reste des supports, quotidiens, hebdos. Certains ont même soulevé un deuxième scandale en préparation avec l’engagement d’une stagiaire de 26 ans, une protégée qui n’aurait pas les compétences requises.

            Les humoristes s’en sont donnés évidemment à cœur joie. Entre les allusions à une relation équivoque avec Sœur Emmanuelle et  l’animateur Perrin, arpentant les rues de Paris pour alerter les femmes de la présence de l’obsédé sexuel dans les parages, rien n’a été épargné au mari fautif.

            Tout cela pose à nouveau le problème du traitement de l’information, aujourd’hui. La précipitation, le manque de recul, le goût du sensationnel sont devenus les règles d’or du métier. Il ne faut plus séduire le lecteur par un papier brillant mais le harponner par une couverture accrocheuse, quitte à fouler aux pieds les principes fondamentaux que sont la présomption d’innocence ou le respect de la personne. Strauss-Kahn a les épaules larges. Il s’en remettra d’autant qu’il connaît les règles inhérentes aux hommes publics. Mais combien de personnes mal préparées à la jungle médiatique ont été emportées dans ce torrent d’approximations et parfois même de malhonnêtetés intellectuelles.

            L’affaire d’Outreau avait pourtant posé le problème du suivisme et des erreurs de jugement. Elle avait généré des promesses du genre « Plus jamais cela ! ». Mais l’une des autres caractéristiques de cette époque décidément complexe, c’est le manque de mémoire. Tout le monde a déjà oublié. Jusqu’au prochain drame, à l’exemple de ce professeur de l’Aisne qui s’est pendu après avoir été frappé injustement d’indignité, sacrifié sur l’autel de l’audimat, sans aucune précaution.

André Soleau

Dim 26 oct 2008 Aucun commentaire