le blog andre soleau

On a souvent moqué les Américains pour leur manque de culture politique. Ils passent pour de grands enfants dont le champ de vision se réduit aux limites de leur Etat et qui sont prêts à suivre n’importe quel prêcheur pour peu qu’il les caresse dans le sens du poil. N’ont-ils pas élu et réélu Bush junior, le pire crétin de la famille ? N’ont-ils pas applaudi à l’intervention en Irak, persuadés qu’il s’agissait d’une croisade contre l’incarnation du mal ?

            Or, voilà que ces gens frustes infligent une leçon de démocratie à la face du monde en choisissant de confier leur futur à un nouveau venu, sans véritable expérience. Un homme au sang mêlé qui, en toute logique, n’aurait pas dû peser lourd face à McCain, le héros couvert de médailles, surtout en période de crise. Du coup, les railleurs d’hier changent radicalement d’avis. Le mangeur de hot dog redevient fréquentable et Barack Obama apparaît déjà comme un faiseur de miracles alors qu’il n’a pas encore posé ses valises à la Maison blanche. A titre d’exemple, l’édition spéciale du New York Times consacrée à son  avènement se négociait à 200 dollars, à Manhattan !  

            Gardons nous néanmoins de tout effet de mode. Le futur président n’est pas le messie. Sans forcément mettre en doute sa bonne foi et sa détermination, il est l’héritier d’un système, comme tous les autres candidats avant lui. Les fonds énormes qu’il a levés pour financer sa campagne ne sont pas tombés du ciel et les généreux donateurs attendent un retour sur investissement. En outre, la situation économique du pays, illustrée actuellement par une monstrueuse vague de licenciements tous secteurs d’activités confondus, les zones à hauts risques que sont l’Afghanistan et l’Irak ainsi que les nouveaux foyers de tension, avec le retour au premier plan d’une Russie belliqueuse, limitent  considérablement sa marge de manœuvre. Sans oublier le discrédit général qui frappe la bannière étoilée depuis la gestion calamiteuse de George W. Bush.

            Barack Obama a, plus modestement, l’immense mérite d’incarner un fol espoir de changement pour les Américains mais aussi pour tous les peuples, ce qui est déjà en soi un luxe, au début d’un millénaire gorgé de menaces de toute nature. Ses origines modestes, sa couleur de peau et sa jeunesse en font un porte-drapeau idéal pour les minorités, à l’opposé de l’arrogance de son prédécesseur. L’incroyable ferveur qui a accompagné sa victoire témoigne également du désarroi dans lequel nous étions progressivement tombés. Entre une terre malade de trop d’excès et un système spéculatif à l’agonie, nous avions besoin qu’une petite lumière s’allume quelque part. C’est en cela que le vote américain délivre un message exemplaire. Il renvoie chacun d’entre nous à sa capacité à chercher un nouvel élan dans l’adversité, quitte à balayer les préjugés les plus coriaces. C’est une victoire collective qui va bien au-delà de la performance individuelle parce qu’elle surmonte la peur et le repli sur soi.

            Il est de bon ton aujourd’hui de s’interroger sur notre capacité, à nous Français, à provoquer une telle réaction. Autrement dit, un Barack Obama peut-il sortir de nos urnes sans passer par la case du conflit dans la rue ? Difficile d’y croire ! A gauche, les éléphants du Parti socialiste sont trop occupés à se disputer les lambeaux de la tunique rose pour céder la place à un jeune loup. Le congrès de Reims devrait être, sur ce point, édifiant. A droite, l’omnipotence de Nicolas Sarkozy interdit la levée des jeunes pousses. On s’y bat uniquement pour exister. Quant à l’électeur, désabusé, il regarde tout ce beau monde se relayer depuis un demi siècle sous les ors de la République, en utilisant les mêmes mots, les mêmes promesses, les mêmes artifices. Et il a, depuis le temps, perdu complètement son âme d’enfant.

André Soleau

 

           

           

           

Sam 8 nov 2008 Aucun commentaire