le blog andre soleau

Les militants socialistes vont voter jeudi, dans leur section, pour désigner le premier secrétaire du parti. Cela revient à dire qu’ils doivent apporter leur suffrage à celui qui incarne le mieux les valeurs de la gauche mais aussi à celui qui paraît le plus apte à mener le combat contre Nicolas Sarkozy dans l’optique des Présidentielles de 2012.

            On peut souhaiter beaucoup de courage à celles et ceux qui vont s’atteler à la tâche, dans le secret de l’isoloir. Ils vont en effet devoir recoller les morceaux de la vaisselle que les leaders se sont joyeusement jetés à la tête durant le congrès de Reims. C’est mission quasi impossible.

            Comment, par exemple, s’appuyer sur un projet pour fixer son choix ? Il n’y a pas de projet. A l’heure où le monde est secoué par la plus grave crise financière depuis près de quatre vingt ans, que la France voit ressurgir les habituels épouvantails que sont la montée du chômage, la baisse du pouvoir d’achat et les risques de conflits sociaux, le PS n’a aucune alternative à proposer. Les chefs sont hors sujet ou ont carrément rendu copie blanche. La motion de synthèse censée tracer le chemin du renouveau a été sacrifiée sur l’autel des règlements de comptes. Zéro pointé !

            Passons aux individus. Dans les semaines qui ont précédé le week-end noir, personne ne voulait se déclarer candidat, comme si le fait de dévoiler son jeu trop tôt pouvait être interprété comme une provocation ou une déclaration de guerre. Lorsqu’on prétend aux plus hautes fonctions, il paraît pourtant logique d’assumer pleinement ses responsabilités.

            La suite fut de la même veine. Deux femmes et deux hommes qui jurent la main sur le cœur qu’ils s’aiment et qu’ils partagent le même idéal pour finalement jeter bas les masques et boucler le dernier acte par une calamiteuse scène de ménage. A tel point que le public, ébahi et qui ne comprend rien à l’histoire, finit par applaudir celui qui bat en retraite, Bertrand Delanoé. Cela en dit long sur le malaise des troupes.

            Aujourd’hui, tout le monde a la migraine. Mais il va falloir pourtant trancher entre deux femmes qui se haïssent, Martine Aubry et Ségolène Royal. A moins que le petit nouveau, Benoît Hamon ne profite de la situation pour ramasser le pactole. Mais, au-delà du nom du vainqueur, se pose la question de l’avenir. Le congrès de Reims a été un révélateur cruel de l’état de santé du Parti socialiste, dix-huit mois après l’amère défaite des Présidentielles 2007. Orphelin de François Mitterrand qui n’a pu ou n’a su préparer sa succession, déserté par ses personnalités historiques (Rocard, Jospin, Fabius) qui ne furent pas en mesure d’assurer la prise de relais, il souffre maintenant d’un trop-plein de postulants autoproclamés, ce qui peut être traduit par l’absence d’un véritable rassembleur. Du coup, les ambitions personnelles prennent le pas sur l’intérêt collectif et le message devient illisible.

            Nicolas Sarkozy peut dormir tranquille. Après avoir fait le ménage à droite où il a écarté un à un tous ses challengers potentiels notamment de Villepin et Juppé, il est en train de provoquer l’implosion à gauche après avoir « promu » le seul adversaire qui pouvait le titiller, Dominique Strauss Kahn. Du grand art ! Mais attention à ne pas trop en faire. Les électeurs ont horreur du vide et s’ils ne trouvent plus dans l’urne les moyens de faire entendre leur différence, ils iront les chercher dans la rue.

André Soleau

Lun 17 nov 2008 Aucun commentaire