le blog andre soleau
Martine Aubry et Ségolène Royal n’ont pas attendu longtemps avant d’entamer leur bras de fer. Dès la présentation de son équipe, la maire de Lille a annoncé la couleur en ne proposant aucun poste à sa rivale. Ce qui revient à dire que la moitié des électeurs du Parti socialiste a été ignorée dans la répartition. On ne pouvait pas être plus clair.
Il est un fait que Mme Royal, la grande battue du congrès de Reims, a provoqué cette mise à l’écart en exigeant la présidence nationale des élus socialistes et républicains (Fneser) pour elle-même et la place de numéro deux du parti pour son bras droit, Vincent Peillon. Par cette manœuvre, elle obligeait Mme Aubry à prendre la responsabilité de la cassure d’autant que celle-ci devait prioritairement distribuer les accessits à ses alliés, Delanoë, Hamon et autre Montebourg.
Martine Aubry aurait pu déjouer le piège en usant de diplomatie. Elle ne l’a pas fait. Au contraire, en se montrant inflexible sur certains sujets, par exemple en rejetant sans ménagement toute idée de rapprochement avec le Modem de François Bayrou, elle a attisé le feu allumé par Ségolène Royal. Ces deux tempéraments bouillants voulaient en découdre quelles que soient les conséquences de l’affrontement.
Ceux qui refusaient l’évidence en sont pour leurs frais. Le Parti socialiste est bel et bien coupé en deux et l’unité de façade qui prévalait avant les élections présidentielles a volé en éclats. Nul n’est en mesure, aujourd’hui, de mesurer la magnitude du séisme mais l’on reste confondu par le jusqu’au-boutisme de ces deux femmes qui, rappelons le au passage, portent la même couleur politique.
Nicolas Sarkozy pourrait s’en réjouir. Mais il a d’autres chats à fouetter occupé qu’il est dans un bras de fer d’une autre envergure, face à la Chine. Sa rencontre avec le dalaï-lama a redonné une nouvelle vigueur aux sentiments anti-français qui avaient agité Pékin au moment du passage de la flamme olympique à Paris. Une fois encore, il est question de boycott économique à grande échelle.
Le président de la République n’a pas cédé et c’est heureux. Mais on peut s’interroger sur l’opportunité de se mettre dans de tels draps. Les autres grands dirigeants du monde ont tous rencontré le chef spirituel tibétain sans susciter une telle polémique. Certes, l’association Reporters sans frontières de Robert Ménard n’a pas contribué à faciliter le dialogue. Mais la posture de Sarkozy, dressé sur ses talonnettes tel un coq de combat, en fait une cible idéale. D’autant qu’il n’était pas sans ignorer la portée symbolique de son rendez-vous, tenu durant son mandat de président de l’Union Européenne.
Sarkozy n’a pas pris en compte l’amour propre des Chinois qui ont horreur de perdre la face. Comme
les dames du PS, son ego l’a emporté sur la diplomatie. Là où il aurait fallu de la discrétion et du doigté, il a choisi les caméras de télévision à Gdansk. Nos politiques sont décidément de
grands enfants.
André Soleau