le blog andre soleau
Il y a encore quelques mois, l’automobiliste était considéré comme un paria qui devait changer de comportement au sein d’une société se voulant vertueuse. Principal moteur de la pollution et du réchauffement de la planète, on voulait le chasser des villes au profit des transports en commun. On stigmatisait les individualistes forcenés qui refusaient de se plier aux règles de bonne conduite, c’est à dire du covoiturage. On applaudissait à la hausse des carburants qui avait le grand mérite de frapper ces inconscients au porte-monnaie. On promettait de doubler le nombre de radars fixes afin d’accentuer la pression. On sortait l’arsenal répressif de la double peine, avec le PV et les points perdus pour chaque infraction ; pas moins de 100.000 permis se sont ainsi évaporés en 2008.
Les messages ont été entendus. La crise est peut-être passée par là. La consommation de carburant, en novembre, a diminué de plus de 12 % par rapport à la même période de l’an dernier, malgré un prix à la pompe qui évolue à son plus bas niveau depuis 2005. Les ventes se sont effondrées et elles frappent toutes les marques. Le phénomène tend à se généraliser puisque l’Europe entière est touchée et que les géants américains comme Ford, Général Motors ou Chrysler sont menacés purement et simplement de faillite.
Du coup, nos gouvernants se grattent le menton et commencent à s’inquiéter. La filière auto, c’est un peu comme le bâtiment : quand elle tousse, c’est le pays qui s’enrhume. Les pourfendeurs d’hier font leurs comptes. Ils s’aperçoivent que les emplois directs ou induits se comptent par millions de par le monde. Qu’en France, ils représentent près de 700.000 salariés dont plus de 50.000 pour le seul Nord – Pas-de-calais. Que notre région, dévastée par la disparition des piliers industriels que furent le textile, le charbon ou la sidérurgie, puis régénérée par sa faculté à réussir sa reconversion dans l'automobile, est à nouveau au bord du précipice. MCA, Toyota, Peugeot SA, Valeo, la Française de Mécanique, Sevelnord…tous ces fleurons de la nouvelle économie, sont gravement touchés.
Aux grands maux, les grands remèdes ! Face à ce constat, l’automobiliste redevient fréquentable. On glisse une prime à la casse sous le sapin de Noël pour relancer la consommation. Le gouvernement veut une nouvelle fois casser sa tirelire pour distribuer ses milliards d’euros (?) aux constructeurs en difficulté. Certains concessionnaires vont même jusqu’à proposer deux voitures pour le prix d’une. A ce rythme là, on pourrait doubler le parc en quelques années.
Certes, on n’ira pas jusqu’à démonter les radars ou restituer les permis de conduire aux contrevenants. Mais de savoir que nous pouvons, tous, à nouveau tourner la clé de contact sans culpabiliser, voilà qui nous aidera à passer de meilleures fêtes.
Joyeux Noël à toutes les vaches à lait du volant, pour un temps réhabilitées.
André Soleau