le blog andre soleau

Au moment où l’année 2008 vit ses derniers instants, il est tentant de s’interroger sur le fait le plus marquant de ce millésime.

            Beaucoup plébisciteront sans aucun doute la crise qui a démarré aux Etats-Unis et qui a déferlé sur tous les continents à la vitesse d’un tsunami. Sa violence a été telle qu’il est difficile, aujourd’hui encore, d’en mesurer les effets. Mais l’on sait déjà que 2009 en portera les stigmates. Et même si la force de ce monde moderne en perpétuelle mutation réside dans sa capacité d’oubli, il n’est pas non plus absurde d’imaginer un changement profond du système, une fois l’onde de choc retombée.

            Le capitalisme tel qu’on l’a vécu reposait sur une dynamique forte qui tirait les économies vers le haut. Il s’appuyait sur des hommes d’entreprise qui ne craignaient pas d’investir pour anticiper les évolutions de la consommation ou même pour créer d’autres besoins. Le pendant à cette marche en avant parfois déstabilisatrice pour le personnel, c’était un socle de valeurs fortes quasi immuable composé de la confiance, de l’équité, du respect, de la morale.

            L’équilibre était fragile. Sans remonter à 1929, des crises secouaient régulièrement l’édifice. Les reconversions indispensables prenaient parfois l’allure d’une opération survie, avec des plans de restructuration drastiques et des remises en question individuelles douloureuses. Notre région sait mieux qui quiconque le prix à payer pour s’adapter et rester dans la course.

            Mais cela fonctionnait et aurait pu durer longtemps. A condition de préserver les principes fondateurs. Mais l’homme est ainsi fait qu’il ne se satisfait jamais de l’essentiel. Il lui en fallait plus, toujours plus. Le libéralisme sauvage s’est peu à peu imposé comme une évidence pour ces cerveaux brillants, avec son cortège de tueurs de coûts, de destructeurs d’emplois, de délocalisations multiples, le tout donnant naissance à une nouvelle économie reposant, non plus sur l’effort et le partage, mais sur la spéculation et la finance dévoyée.

            Le résultat est à la mesure de l’imprudence. Tout s’est écroulé comme un château de cartes. D’immenses groupes ont disparu du paysage, emportés par cette course au trésor factice. Des fortunes ont été englouties. Le tissu des PME-PMI est asphyxié par manque de liquidités. Et lorsque les riches s’appauvrissent, les pauvres trinquent. Le chômage a repris, si l’on peut dire, son travail de sape. La croissance est en berne, le pouvoir d’achat également.

            Par la faute de quelques esprits retors, nous sommes allés au bout du chemin, derrière le miroir, pour voir si l’herbe pouvait pousser sans semence. Il nous reste à faire demi tour. Tout nous y invite, aujourd’hui. L’urgence de la situation, les faillites en cascade, l’état de la planète, les risques sociaux, les inégalités,  la colère sourde de ceux qui ont faim. Ce n’est pas un vœu mais une nécessité absolue.

André Soleau

             

Sam 27 déc 2008 Aucun commentaire