le blog andre soleau

Les Israéliens veulent en finir à Gaza. La troisième phase de l’opération « Plomb durci », qui prévoit l’arrivée en masse de milliers de réservistes pour éliminer toutes les poches de résistance tenues par les combattants du Hamas, est imminente malgré les appels à la retenue de la communauté internationale. Tsahal ne les entend pas. Le bruit des canons couvre les cris des pacifistes.

            Ce conflit échappe à notre raison. Sans doute parce que les Occidentaux ont du mal à cerner cette haine ancestrale qui sépare deux peuples voisins. Ils la réduisent intellectuellement à l’extrémisme aveugle des uns et à la répression glaciale des autres. Tous ces morts ne sont que la résultante d’une fatalité historique qui durera jusqu’à la fin des siècles. Et c’est avec lassitude qu’ils lèvent les bras au ciel lorsqu’on évoque les 850 morts pris sous un déluge de feu, en quelques jours.

            La réalité est un peu plus subtile. Israël a accumulé les déboires ces dernières années et son avenir s’inscrit en pointillé dans un environnement de plus en plus hostile. Politiquement, la disparition prématurée d’Ariel Sharon, plongé dans le coma après une attaque cérébrale, a laissé un vide sidéral que n’a pas su combler son successeur Ehud Olmert, empêtré dans des affaires de corruption. La proximité des élections et l’ombre menaçante du faucon Benjamin Netanyahou ne font qu’ajouter aux doutes actuels. Militairement, ce n’est pas mieux. L’expédition au sud Liban et le demi-échec enregistré contre le Hezbollah ont été durement ressentis par l’opinion publique. Pris en tenaille, Israël doit également faire face à la menace grandissante de l’Iran et au travail de sape de la Syrie qui alimentent tous deux ses ennemis en matériel de plus en plus sophistiqué. Tout cela, au moment où le protecteur naturel américain traverse une crise profonde et que le futur président Barack Obama affiche une étrange passivité sur le sujet, se réfugiant derrière l’attente de son entrée officielle à la Maison Blanche.

            Les Israéliens donnent ainsi l’impression de se lancer à corps perdu dans une guerre rédemptrice, destinée à la fois à les  nettoyer de toutes les souillures d’un passé récent, à cimenter plus fortement le sentiment nationaliste aujourd’hui lézardé et à éliminer un arsenal qui hypothèque gravement leur futur.

            Le Hamas trouve lui aussi intérêt à lutter. N’oublions pas qu’il est né du revirement politique de l’OLP de Yasser Arafat, qui abandonna sa tenue de combat pour endosser le costume de diplomate et serrer la main de l’ennemi héréditaire. Ses dirigeants ont pris le contrôle de Gaza par un coup de force, aux dépens des modérés du Fatah, et ils puisent leur légitimité dans le culte du martyre. Chaque fois que le processus de paix est engagé, ils perdent comme par enchantement leur vitalité.

            Au milieu des deux camps armés, se terre cette population civile, tenue en cage dans une bande de 40 Km de long et de 10 km de large où s’entassent 1.500.000  personnes prises au piège. Elles ne peuvent pas s’enfuir, adossées à la mer et coincées entre les frontières de l’Egypte et d’Israël. Elles vivent sans eau potable, sans électricité. Le réseau d’égouts est inexistant. Le choléra sévit. Le chômage se situe à près de 40% et 70% d’entre elles vivent sous le seuil de pauvreté avec un peu plus de un dollar par jour. C’est la plus forte densité de population au monde avec 3850 habitants au kilomètre carré. Le désoeuvrement, la pauvreté, la peur, la promiscuité constituent leur quotidien.

            Ces pauvres hères sont les otages de la folie des hommes. Ils sont aussi, paradoxalement, leur seule issue possible dans la mesure où Israël, malgré sa supériorité militaire,  ne pourra pas gagner cette guerre avec les armes. Le désespoir est en effet un réservoir inépuisable du terrorisme.

 André Soleau

Dim 11 jan 2009 Aucun commentaire