le blog andre soleau

On se souvient des manifestations de grande ampleur qui avaient secoué la Grèce à la fin de l’année 2008. Après la mort d’un étudiant, Alexis, tué par un policier, le pays tout entier avait été secoué par des heurts extrêmement violents entre jeunes et forces de l’ordre. Vitrines brisées, incendies, scènes d’émeutes s’étaient propagés dans les grandes villes, par un élan spontané qui avait inquiété l’Europe.

            La période des fêtes a peut-être calmé le jeu du côté d’Athènes. Mais le feu n’est pas pour autant éteint et une espèce de climat insurrectionnel semble prendre forme ici et là. Par exemple en Islande où des milliers de personnes sont descendues dans les rues, chose inimaginable sur cette île réputée paisible, pour réclamer la tête des dirigeants, responsables de la crise et de la quasi faillite du pays. La police a dû faire usage de gaz lacrymogènes afin de mettre un terme passager ( ?) aux échauffourées qui s’amplifiaient dangereusement. Une première depuis plus d'un demi-siècle.

            En Guadeloupe ou en Guyane, des grèves ont éclaté contre la vie chère avec, là encore, des saccages organisés. On assiste d’ailleurs à une nouvelle forme de contestation avec le pillage des supermarchés ; un exercice qui pourrait bien se reproduire ailleurs tant la tentation est grande de se servir là où l’abondance de biens peut être parfois considérée comme une provocation.

            En France, la chaudière n’a pas encore explosé mais le climat est tendu et une simple étincelle pourrait servir de détonateur, sans même que les organisations syndicales aient à initier le mouvement. Le dernier incident, à la gare Saint-Lazare, est à ce sujet révélateur. Vendredi après-midi, l’ensemble des trains a cessé de circuler entre 17h30 et 19h30 à cause d’un accident grave dont a été victime une femme tombée sur les voies. Cela a suffi pour exciter les esprits, il est vrai chauffés à blanc après les grèves à répétition des semaines précédentes. Là comme ailleurs, les vitres ont explosé et les policiers ont été pris à partie par la foule.

            Tout se passe comme si nous traversions des turbulences à répétition qui précéderaient un cycle prérévolutionnaire. Et l’on peut penser que la perte brutale de nos repères fondamentaux, due à une crise dont on peine à mesurer les effets à long terme, n’est pas étrangère à cette poussée de fièvre planétaire. A voir les milliards d’euros voler au-dessus des têtes, le système économique se lézarder de tous les côtés, les licenciements se multiplier au fur et à mesure des faillites d’entreprises, le bon peuple sort ses griffes.

            On ne saurait trop conseiller à nos gouvernants un devoir d’exemplarité durant cette période à hauts risques. En fin politique, Sarkozy l’a d’ailleurs bien compris qui fait publiquement la chasse aux parachutes dorés et autres bonus réservés à une minorité de privilégiés. Rien n’est en effet plus dangereux que la désespérance doublée d’un sentiment d’injustice.

            André Soleau

Dim 25 jan 2009 Aucun commentaire