le blog andre soleau
La rédaction de France 2 s’est livrée, jeudi soir, à un exercice extrêmement périlleux. Elle a d’abord participé à l’émission consacrée à Sarkozy face à la crise avec, pour la représenter, son journaliste vedette David Pujadas, entouré de ses confrères Guy Lagache pour M6, Laurence Ferrari pour TF1 et Alain Duhamel pour RTL. Dans la foulée, elle a organisé un débat sur le plateau d’Yves Calvi, avec Sylvie Pierre-Brossolette (le Point), Nicolas Beytout (les Echos), Nicolas Domenach (Marianne) et Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde et président de Médiapart, un média en ligne.
Proposer un deuxième rendez-vous, après un temps de recul nécessaire à l’analyse des propos du président de la République, n’est pas, en soi, une mauvaise idée. A condition de fixer des règles strictes. Sarkozy parti, donc dans l’incapacité de défendre ses idées et ses prises de position, il convient de s’en tenir à ses déclarations, de les commenter, de les replacer dans un contexte politique et économique. Bref, d’éclairer le public par un travail de fond. C’est le propre du métier de journaliste. Il demande beaucoup de nuances, de sobriété et surtout d’honnêteté intellectuelle.
Or, on a assisté, à l’inverse, à une violente diatribe d’Edwy Plenel qui, décidément, vieillit bien mal. Sur un ton professoral faussement indigné, un sourire méprisant accroché en permanence aux lèvres, il a commencé par accuser les journalistes choisis pour donner la réplique à Sarkozy d’être des commis de l’Etat, les complices d’une imposture. Ce n’est pas, convenons en, très confraternel. Puis il s’en est pris violemment au président, dans une mimique militante qui a dû indisposer toute la profession. Rien n’a trouvé grâce à ses yeux. Tout est mensonge, manipulation, fourberie. Sarkozy est jugé coupable de ne pas avoir prévu la crise mondiale et même de ne pas avoir fixé la date du retour à la croissance.
Il y avait pourtant bien d’autres choses à dire sur la mort annoncée de la taxe professionnelle (quelles ressources, demain, pour les collectivités locales ?), sur l’interventionnisme de l’Etat dans la répartition des bénéfices d’une entreprise (1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires, 1/3 pour l’investissement), sur la non revalorisation du Smic, sur la suppression de la première tranche de l’impôt, sur le pouvoir d’achat ou la montée inquiétante du chômage et du malaise social. Les différents intervenants extérieurs, syndicalistes et hommes politiques de gauche, ont d’ailleurs fait preuve d’un peu plus de discernement en évitant les attaques personnelles pour s’attacher à démontrer les failles des mesures annoncées.
Edwy Plenel, lui, a préféré l’invective, comme s’il avait des comptes personnels à régler avec l’hôte de l’Elysée. C’est une manière très parisienne d’exposer ses états d’âme. Sans doute considère-t-il aussi que ses états de service passés lui confèrent une espèce de statut privilégié, sorte de gardien de l’éthique journalistique, dépositaire d’une carte de presse immaculée. Auquel cas on ne saurait trop lui conseiller de compter ses partisans.
André Soleau