le blog andre soleau
Exister, pour un leader politique, n’est pas un objectif mais une condition de survie. Il faut constamment jouer des coudes pour être sur la photo et à la une de l’actualité. Cela suppose une détermination de tous les instants et d’excellents réseaux, notamment dans les médias. Cela oblige également à adopter une démarche individuelle parfois très éloignée de l’intérêt collectif.
On le voit, par exemple, avec la préparation des élections européennes, qui auront lieu début juin et qui devraient attribuer les soixante douze sièges de députés appelés à composer la représentation nationale, au parlement de Strasbourg ainsi qu'à Bruxelles, pour le travail des commissions. Logiquement, les candidats devraient se bousculer. Non seulement parce que le poste, en ces temps de crise, ressemble à un parachute doré (près de 7000 euros par mois sans compter de confortables indemnités relatives aux frais divers et de fonctionnement), mais surtout parce que l’aventure européenne fait partie des aspirations majeures des peuples du vieux continent.
Nous sommes loin du compte. A droite, le billet pour Strasbourg est vécu comme une mise à l’écart. Rachida Dati a accepté l’invitation du bout des lèvres, surtout parce qu’elle n’était plus en position de refuser. Rama Yade, elle, n’a pas hésité à s’attirer les foudres de Nicolas Sarkozy en déclinant poliment mais fermement la proposition.
A gauche, ce n’est guère plus enthousiasmant. Martine Aubry répartit les candidatures non sur les compétences des uns et des autres mais sur des critères de stratégie politique propres au parti socialiste. Je récompense quelques amis sûrs, j’exile certains trublions, j’écarte des rivaux et le tour est joué. Les réactions négatives venues de son propre camp, de Gérard Collomb à Vincent Peillon, sont à la mesure de ce complexe jeu de go.
La vérité est que toutes ces personnalités de premier plan craignent avant tout d’être oubliées et, par voie de conséquence, écartées des grands débats qui agitent le microcosme franco-français. Le cas de Ségolène Royal doit certainement en faire réfléchir quelques uns. L’ex-candidate aux élections présidentielles a raté d’un bulletin, ou presque, le poste de secrétaire national du PS, véritable marchepied pour la course à l’Elysée, en 2012. Depuis, elle se bat contre vents et marées pour, précisément, exister. Elle court le monde partout où se dressent des micros et des caméras. Elle sollicite les journalistes, elle multiplie les phrases assassines susceptibles d’être reprises ici et là, les jours où l’information se fait rare. C’est pathétique et terriblement révélateur des pratiques en vigueur. Ségolène doit ainsi tenir pendant trois ans encore alors que sa cote de popularité commence à accuser une sérieuse panne d’énergie.
En fait, le seul à tenir la distance, c’est Jack Lang. Lui dont les derniers postes ministériels remontent à plus de quinze ans continue d’être interviewé dès qu’un événement culturel fait débat ou qu’une réforme de l’éducation nationale se dessine. Hier, il soutenait Ségolène Royal après avoir failli la vilipender dans un livre jamais publié. Aujourd’hui, il revient de Cuba où il a été missionné par Sarkozy. Il fait toujours la une, sollicitant au passage tous les professionnels de l’info. Beaucoup tombent dans le panneau, ce qui n’est pas une mince performance. C’est ce qu’on appelle de l’opportunisme politique. En ce domaine, au moins, nul ne lui arrive à la cheville.
André Soleau