le blog andre soleau

 

            Les périodes de crise déroutent totalement les analystes les plus éclairés, par la démesure des réactions qu’elles provoquent. Les commentaires apparaissent dépourvus de toute nuance et l’on  peut passer, en quelques jours, d’un abîme de perplexité à un pic d’euphorie collective dont on serait bien  en peine d’expliquer le mécanisme. Les bourses illustrent d’ailleurs parfaitement ces accidents de parcours qui désorientent les spéculateurs amateurs. C’est un peu comme si un papier graphique enregistrait toutes les pulsations d’une planète parcourue de secousses telluriques.

            Ces dernières semaines, on nous prédisait l’apocalypse : Fermeture d’entreprises en cascade, flambée du chômage, montée de la grogne, violence urbaine, patrons séquestrés, pillages, grèves et toutes joyeusetés du même style, pour un printemps de tous les dangers. Le scénario semblait d’autant plus crédible que les médias rivalisaient d’imagination dans l’injection quotidienne de sinistrose à fort dosage.

            Et puis, il y a eu le G 20 et sa pluie miraculeuse de dollars. Pas des milliers, pas des millions, pas des milliards, mais des milliers de milliards qui sont tombés brutalement du ciel pour arroser les terres ingrates des pays pauvres et pour remettre en marche le système financier. D’où sortent-ils ? Par quel tour de passe-passe nos gouvernants, hier complètement démunis et désemparés, ont-ils déniché la cassette au trésor ? Peu importe ! Ils ont juré qu’ils marcheraient désormais main dans la main et qu’ils travailleraient à un monde plus juste et plus moral. Nous sommes ainsi passés en un éclair d’une agonie inéluctable et douloureuse à la  naissance d’un ordre nouveau.

            Comme toujours, il faut chercher la vérité à mi-chemin entre les cafardeux d’hier et les bienheureux d’aujourd’hui. Les chefs d’Etat ont compris que la sortie de crise dépendait pour beaucoup d’un retour à la confiance et que les ressorts psychologiques devaient être stimulés afin de redonner un coup de fouet décisif à la consommation. D’où ces sourires à la « Barack Obama » chez tous les participants et ces déclarations enflammées avant de se quitter.

            Quelques questions demeurent néanmoins en suspens. Comment la condamnation des paradis fiscaux sera-t-elle appliquée par la Chine, les Etats-Unis ou le Royaume Uni alors qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans cette tolérance suspecte depuis toujours, de Hong Kong à l’île de Jersey ? L’unité de façade affichée à Londres résistera-t-elle au dur retour à la réalité, lorsque chacun sera confronté aux problèmes intérieurs qui noircissent l’horizon pour le deuxième semestre 2009 ? Les 250 milliards de dollars proposés pour soutenir le commerce

International suffiront-ils à éviter le retour du protectionnisme ? La mise sous tutelle des fonds d’investissement sonnera-t-elle réellement la fin de la spéculation sauvage ?

            Le G20 n’a pas répondu à ces questions. En quelque sorte, il a distribué le jackpot avant d’établir le règlement et d’obtenir les bonnes réponses. C’est encore mieux que la Française des Jeux.

André Soleau

           

Sam 4 avr 2009 Aucun commentaire