le blog andre soleau
Florence Cassez, cette jeune nordiste qui purge une peine de soixante années dans une prison mexicaine, vient de lancer, cette semaine, un appel désespéré sur les ondes de la station Europe 1. Elle réclamait l’intervention de Sarkozy dans ce qui ressemblait plus à un souffle qu’à un cri. Le souffle d’une femme de 34 ans qui se vide jour après jour de son énergie et que l’on sent proche du renoncement.
Tous ceux qui ont pu entendre cet « ultime » SOS, comme elle l’a elle-même qualifié, ont compris qu’elle était réellement en danger de mort. Non seulement parce que l’on ne peut exclure un règlement de compte dans cet environnement à risques mais plus sûrement parce que son état psychologique se détériore gravement. Elle perd l’envie de se battre ce qui, là-bas, équivaut à une forme de suicide annoncé.
Florence Cassez a-t-elle réussi à émouvoir suffisamment l’opinion publique pour créer un vaste mouvement de solidarité susceptible d’amener Sarkozy à reprendre contact avec son homologue mexicain, Felipe Calderon, ceci afin de réaliser le transfèrement dans une prison française, selon les accords judiciaires qui lient les deux pays ? Rien n’est plus incertain et ce n’est pas le moindre paradoxe de cet épineux dossier. Malgré les efforts continus de son avocat Me Franck Berton, malgré les coups de projecteurs réguliers des médias régionaux et nationaux, malgré les incohérences avérées de l’enquête qui a conclu à sa culpabilité, cette jeune et jolie femme ne parvient pas à soulever une vague d’émotion assez forte pour forcer les verrous de sa cellule.
Il y a sans doute plusieurs raisons à cela. La première tient à la difficulté du français lambda à démêler les fils d’une affaire hors normes. Les zones d’ombre ne manquent pas autour de la relation amoureuse de Florence Cassez avec Israel Vallarta, le chef des kidnappeurs. Pouvait-elle véritablement ignorer les activités criminelles de son compagnon après des mois de vie commune ? Cette question taraude la plupart des esprits neutres qui n’ont qu’un regard forcément distant sur le dossier.
La seconde est liée à la nature même des faits. Les enlèvements, pratique courante au Mexique où l’on en dénombre prés d’un millier par an, n’incitent guère à la clémence pour leurs auteurs. Les récits des atrocités subies par les victimes ont écoeuré les gens. A titre d’exemple, le témoignage de Cristina Rios Valladares, l’une des principales accusatrices de Florence Cassez, a attisé la colère des associations de victimes et provoqué un certain trouble, y compris en France.
Enfin, la crise n’arrange pas les affaires de Florence Cassez. Disons le crûment, l’angoisse au quotidien qui touche tous les pays et toutes les couches sociales aujourd’hui, ne favorise pas la prise en compte émotionnelle d’un fait divers qui, de surcroît, a eu lieu à des milliers de kilomètres de Paris. Les peuples se recroquevillent et leurs préoccupations se limitent à leur foyer et à leur entreprise. Et c’est parti pour durer. Or, Florence Cassez n’a plus la force d’attendre.
André Soleau