le blog andre soleau

H1N1 ! Cela ressemble à une formule chimique que l’on inscrivait au tableau noir de nos années de lycée, quelque part entre HCL et H²O. A la différence près que l’on a peu d’efforts à consentir pour la mémoriser. Elle est partout ! A la une de nos quotidiens le matin, à l’entame des journaux télévisés du midi et du soir, dans les émissions de radio, au milieu des conversations chez le boucher, sur le zinc du café de la gare. Elle roule comme une mauvaise rumeur, circule à la vitesse du bouche à oreille, vous occupe l’esprit jusque dans vos rêves les plus agités.

            H1N1, c’est magique, si l’on ose dire. Cela dissout un bloc de contestation avec davantage d’efficacité qu’une compagnie entière de CRS. Prenez l’exemple du 1er mai. On annonçait une mobilisation historique pour cette date symbolique inscrite sur fond de ras le bol social. Que nenni ! Les organisations syndicales ont eu beau sonner le rassemblement en défilant bras dessus, bras dessous, comme aux plus beaux jours de la contestation de rues, le pétard a fait long feu. Les manifestants sont restés chez eux. Du coup, chaque leader s’interroge sur l’opportunité de programmer d’autres rendez-vous au cours de ce mois de mai présenté pourtant comme celui de tous les dangers, pour le gouvernement. Pas facile d’attirer les foules derrière une banderole quand les contacts physiques sont déconseillés. D’autant qu’avec la nouvelle loi sur l’interdiction du port de la cagoule dans les cortèges, on peut logiquement s’interroger sur la pertinence un tantinet provocatrice du port du masque.

            H1N1 s’attaque aussi à la crise économique. Les séquestrations de patrons voyous, les fermetures d’usines à répétition, les chiffres du chômage qui flambent, le CAC 40 qui s’effondre, tout cela est relégué au second plan, comme une mauvaise scène d’un film à petit budget. Là encore, difficile de sensibiliser le bon peuple protestataire à une série noire alors que le scénario catastrophe est à nos portes. Que sera l’économie demain, si les échanges internationaux sont interrompus ou même limités, si les gens sont confinés chez eux par peur ou par obligation, si les commerces sont désertés, les écoles fermées, la vie sociale paralysée ? Du coup, le quotidien paraît d’un coup moins sinistre comparé aux menaces à venir.

            H1N1, c’est quoi au fait ? Un virus né quelque part au Mexique, dans une porcherie insalubre, que les savants les plus éminents peinent à identifier puisqu’il est de type inconnu et dont les effets sur l’homme sont pour l’instant discutés. Quelques centaines de cas répertoriés dans le monde, un petit nombre de morts suspectes, notamment au Mexique et aux Etats-Unis, deux malades avérés en France et la menace d’une pandémie qui revient continuellement. Cela suffit à créer une psychose qui fait trembler la planète sur ses bases, elle qui ne tournait déjà pas bien rond. Incontestablement, il existe un écart saisissant entre la réalité des chiffres, aujourd’hui modestes, et le système d’alerte mis en place. Il s’agit sans doute d’un effet combiné du principe de précaution, appliqué à nos sociétés modernes, et de la propagation incontrôlable d’infos par internet. A moins que l’on ne nous dise pas tout, comme dirait l’une de nos humoristes.

            Face à l’attaque du H1N1 qui risque, selon nos éminents spécialistes, de se déclencher à tout moment, chaque pays évalue ses ressources en Tamiflu, en masques, en vaccins classiques, dans l’attente du remède miracle qui ne pourra être opérationnel que plusieurs mois après le déclenchement de la pandémie. Les pays les plus pauvres sont les plus exposés. Leurs réserves sont insignifiantes, leur système de protection inadapté. Mais comme le virus ne connaît ni frontières ni statut social, toute la planète risque d’être contaminée et il est donc vivement conseillé de tourner le dos à nos égoïsmes naturels pour partager nos richesses, dans un mouvement de solidarité internationale salvatrice.

            Voilà qui donne au moins matière à réflexion. Tous ces fléaux qui s’abattent sur nos têtes en ce début de nouveau millénaire ont quelque chose  d’inédit. Du réchauffement climatique accéléré au krach financier destructeur en passant par cette grippe à hauts risques, ils frappent indifféremment au nord et au sud, les riches comme les pauvres, les puissants et les autres, pour nous lier dans une espèce de ronde infernale qui condamne celui qui la rompt. A croire que la nature reprend de cette façon les droits que  le genre humain a bafoués si longtemps et qu’elle nous remet, de force, sur le bon chemin.

            André Soleau

Dim 3 mai 2009 Aucun commentaire