le blog andre soleau

 

            La presse anglaise fait ses choux gras de l’affaire des notes de frais qui éclabousse l’ensemble de la classe politique du pays, à commencer par le plus illustre de ses membres, le Premier ministre Gordon Brown. Ce dernier aurait fait verser plus de 6 700 euros à son frère pour des frais de nettoyage. Il se serait fait, par ailleurs, rembourser 15 livres d’ampoules et un aspirateur.

            Ses collègues du gouvernement ne sont guère épargnés. Le ministre de la Justice, Jack Straw, a inclus, dans sa note de frais, des impôts locaux qu’il n’avait pas payés ainsi qu’un ouvre-boîtes d’une valeur de 6 livres. Le ministre des affaires étrangères, David Miliband, a présenté la facture d’une poussette, de couches culottes et de matériel de puériculture ; celui de la culture, Andy Burnham, a rénové entièrement sa maison aux frais de la princesse ou plutôt du contribuable de sa gracieuse Majesté. La palme de ce palmarès impressionnant revient à la ministre de l’intérieur, J. Smith, qui a cru bon devoir être dédommagée des films pornos que louait son mari.

            Sans compter également les défraiements pour des travaux de jardin ou d’ordre ménager, dans les résidences secondaires. Qu’en dit l’opposition ? Rien, dans la mesure où elle attend son tour, les journalistes ayant promis des révélations tout aussi croustillantes, à partir du mois de juillet, pour les 646 députés que compte le Parlement.

            Il y a fort à parier qu’une telle enquête en France, auprès de nos députés et de nos sénateurs, produirait les mêmes effets tant l’exercice du pouvoir éloigne des réalités de la vie courante. Pourquoi payer puisque le système permet de telles libertés ? C’est d’ailleurs la défense adoptée par Brown et ses amis qui affirment la main sur le cœur qu’ils n’ont pas enfreint la loi.

            C’est vrai ! Et nos élus, qui bénéficient de leur indemnité parlementaire (5177 euros) mais aussi d’une indemnité représentative de frais de mandat (6278 euros) et d’une enveloppe pour la rémunération des collaborateurs (près de 9000 euros, parfois pour des parents proches), qui voyagent gratuitement en première classe sur les lignes SNCF sont eux aussi dans la plus parfaire légalité lorsqu’ils font preuve de la même mesquinerie pour leurs frais annexes.

            Ce n’est pas propre à notre époque. Combien de dirigeants d’entreprises utilisaient naguère les services de salariés pour leurs besoins personnels ? Sauf que nous sommes aujourd’hui en 2009 et que ces pratiques ne passent plus dans l’opinion publique. La faute à Internet qui révèle les détails les plus intimes de la vie de nos personnages publics, à une vitesse supersonique.

            La faute surtout à un changement de comportement imposé par les événements. Il ne se passe plus une journée sans que l’on fasse appel au devoir d’exemplarité du citoyen ordinaire qui doit prendre à son compte la pollution de la planète, le chômage inhérent au système, les excès de la société de consommation, les abîmés de la croissance, la gabegie des réserves d’énergie, le réchauffement climatique et autres plaisirs du même genre. On le responsabilise, on le met à l’index, on le verbalise, on le ponctionne, on le met sous pression. Le tout au nom de l’effort national et de la solidarité.

            En contrepartie, ce citoyen ordinaire est devenu plus sensible aux inégalités et plus critique face aux faiblesses de nos dirigeants, partant d’un principe emprunté à la sagesse populaire qui veut que charité bien ordonnée commence par soi-même. Qui pourrait l’en blâmer ?

            André Soleau 

Dim 10 mai 2009 Aucun commentaire