le blog andre soleau
On se souvient de la réflexion scandaleuse de Jacques Séguela qui déclarait récemment sur France 2 : « si l’on n’a pas une Rolex à 50 ans, c’est qu’on a raté sa vie. »
Le célèbre publicitaire a eu maintes fois l’occasion de battre sa coulpe après cette sortie désastreuse, avouant piteusement qu’il avait dit une énorme « connerie ». On ne mettra pas en doute la sincérité de son repentir même si la virulence des réactions a pu favoriser une prise de conscience salutaire. Le débat est ailleurs. Il porte sur le décalage qui existe désormais entre les conversations de salon d’un microcosme parisien et la froide réalité d’un quotidien désenchanté, réservé à une majorité laborieuse.
Séguela est l’ami et le conseiller des présidents, passés ou en exercice. A ce titre, il goûte avec volupté aux charmes de la vie de courtisan. Il touche au plus près le pouvoir en place et peut parfois nourrir le sentiment de l’exercer par procuration. Or, lui et ses clones, trop occupés à séduire, sont restés figés sur des schémas anciens où le luxe, l’ambition forcenée et le toujours plus balisaient les carrières. C’est ce que la sagesse populaire a qualifié de côté bling bling de la mandature de Sarkozy mais qui valait aussi pour certains de ses prédécesseurs, membres du gouvernement et amis divers, de la Jet set ou des médias. Sous les fastes de la République et les parfums capiteux qui embaument les allées fleuries des palais et châteaux, ces amis de fraîche date et d’intérêt permanent n’en finissent pas de dicter au bon peuple leur mode de vie, leurs conceptions, leurs caprices, leurs travers.
Ce monde-là est en voie de disparition. La crise est passée par là. Peut-être aussi Internet et d’autres moyens de communication qui ont facilité les échanges et permis au plus grand nombre de s’émanciper progressivement d’une pensée unique imposée par ces pseudo élites. La société de consommation qui rythmait les rêves du Français moyen, avec le paraître et les paillettes comme accessoires, a perdu ses adeptes. On revient, doucement mais sûrement, aux valeurs d’hier, peut-être contraint et forcé par l’effondrement des mythes de carton pâte nés des trente glorieuses.
Demain ou après-demain, il en sera fini de la course effrénée à la voiture puissante ou au 4X4 gaspilleur d’énergie. Même chose avec le suréquipement ménager, le confort à crédit et le surendettement suicidaire. Les gens retrouvent le plaisir de cultiver un potager et s’inquiètent de l’état de santé de la planète. Ils se découvrent une âme d’écolo et veulent aller à l’essentiel. Sans courir après on ne sait quelle chimère inventée par les marchands d’illusion.
Ceux qui n’ont pas compris ce changement de cap radical s’exposent à un réveil douloureux. Il prendra parfois la forme d’une violence subite, à l’image des producteurs de lait, las d’engraisser les grandes surfaces pour un salaire misérable. Il sonnera surtout comme un désaveu pour les hommes politiques et même chez les professionnels de l’information qui continuent à se gargariser d’un transfert de footballeur pour un montant de près de 100 millions d’euros, sans songer à en dénoncer l’indécence.
Avec ou sans Rolex au poignet, il est temps de se mettre à l’heure. Le monde du 21ème siècle ne se dessinera plus avec des feuilles dorées pour appâter les gogos. Il prendra les couleurs sobres du naturel et de l’authentique. Il revêtira les habits discrets de la solidarité et du respect de l’environnement. Ou il ne sera pas.
André Soleau