le blog andre soleau
Nicolas Sarkozy confiait récemment à plusieurs confrères qu’il avait commis quelques erreurs durant les deux premières années de son mandat et qu’il était devenu, au fil du temps, « plus tolérant, plus ouvert, plus serein. ». Il qualifiait la charge de président d’inhumaine et avouait, désormais, apprendre et écouter beaucoup. Belle leçon d’humilité pour un homme pressé, ambitieux jusqu’à la gourmandise, tendu vers ses objectifs jusqu’à la férocité.
Il n’y a, a priori, aucune raison de mettre en doute sa sincérité. On attendra néanmoins des signes tangibles de changement pour juger de cette mutation vers la prétendue sagesse. Son dernier « coup » avant les vacances, le remaniement ministériel, ne plaide pas en faveur d’une confiance aveugle même si, politiquement, la stratégie est exemplaire. Choisir le nom d’un Mitterrand pour embrouiller un peu plus la gauche puis débaucher Michel Mercier, l’un des plus fidèles alliés de Bayrou, afin d’achever la dégringolade du Modem dans les sondages, voilà qui ne manque pas d’efficacité. On retrouve la patte du tueur, celui qui élimine ses rivaux les uns après les autres et les dépèce sans état d’âme.
L’impact médiatique est en outre assuré. Les journalistes politiques adorent le goût du sang, surtout à la Une. Mais, est-ce réellement, sur le long terme, une bonne affaire ? Nicolas Sarkozy a surtout démontré que le goût du pouvoir commandait les gens de gauche comme de droite et que les scrupules s’effaçaient là où s’imposait le réalisme du portefeuille, pas seulement ministériel d’ailleurs. Dans ce monde particulier où les bonnes intentions dépassent rarement le stade des promesses électorales, les fastes des salons de la République et le confort des fauteuils de velours valent bien quelques entorses à la morale.
Mais qu’en disent les Français ? Pensent-ils vraiment que si Frédéric Mitterrand s’était appelé Dupont ou Durand, il aurait représenté le même intérêt pour notre Président ? Acceptent-ils de gaieté de cœur les supputations de ralliement prochain des Allègre, Lang ou Schwarzenberg ? Nos compatriotes sont-ils à ce point daltoniens qu’ils adhèrent sans sourciller à un mélange de couleurs plutôt impersonnel où l’on ne distingue plus le rose du bleu ? N’ont-ils pas le sentiment que Sarkozy démontre, au-delà de son jeu subtil, le peu d’intérêt qu’il porte à son gouvernement et qu’il se considère, lui, comme le décideur unique et incontestable, ses équipiers devenant de simples faire-valoir ? Auquel cas nous sommes bien loin de cette confession publique en forme de mea culpa que le Figaro relayait il y a quelques jours.
La désaffection des urnes, que l’on déplorait dernièrement à l’occasion des élections européennes, apporte en tout cas la preuve que l’on ne joue pas impunément avec les convictions du citoyen.
André Soleau