le blog andre soleau
Deux scandales menacent d’occuper les médias pendant un bon moment, en cette période de rentrée. La curiosité, c’est qu’ils impliquent des entreprises à priori au-dessus de tout soupçon, l’Imprimerie nationale et Renault.
Le procureur de la République de Paris a ouvert une information judiciaire pour « corruption d’agent public étranger, abus de biens sociaux et recel d’abus de biens sociaux » contre l’Imprimerie nationale qui, rappelons le, est détenue par l’Etat et qui assure notamment la fabrication des passeports biométriques. Certains marchés obtenus en Roumanie, en Georgie, en Syrie et au Sénégal auraient fait l’objet de versements de pots-de-vin à des intermédiaires. Des perquisitions ont été effectuées, un nouveau président a été nommé, une information judiciaire a été ouverte. A cela s’ajoute la plainte déposée contre l’ancien directeur financier de la société, licencié pour faute grave fin janvier, accusé de détournement de fonds. C’est lui qui serait à l’origine de la saisine du Parquet.
La seconde affaire concerne le département compétition de Renault. La Fédération internationale de l’automobile (FIA) a ouvert une enquête au sujet du Grand Prix de Singapour 2008 de Formule 1. Elle soupçonne l’écurie française d’avoir orchestré l’accident spectaculaire de son pilote, Nelson Piquet, afin de bloquer la course par la sortie de la voiture de sécurité et de favoriser ainsi le succès de son deuxième pilote, Fernando Alonso, lequel venait curieusement de ravitailler quelques minutes auparavant alors que seulement douze tours de circuit avaient été bouclés. Autrement dit, Piquet aurait reçu la consigne de ses employeurs de jeter sciemment sa voiture contre un mur à près de 300 km/heure. Cette hypothèse paraît invraisemblable mais l’on voit mal la FIA exhumer un dossier vieux d’une année sans détenir quelques informations précises. Là encore, Piquet, viré récemment par Renault pour absence de résultats, est fortement suspecté d’avoir ébruité l’affaire par vengeance.
Ces sales histoires, dénoncées sur fond de règlements de compte, donnent la nausée. Elles témoignent surtout de la dégradation des valeurs de notre société. L’opinion publique, si prompte à se mobiliser contre les dangers qui menacent notre planète en matière d’environnement, semble curieusement frappée d’apathie face à la crise morale qui pollue ce début de siècle. A croire que les bonus des traders, les malversations des spéculateurs, le cynisme des banquiers, la gangrène du dopage dans le sport, les coups tordus des hommes politiques ou les dérives des patrons voyous ont fini par avoir raison de la capacité d’indignation de tout un peuple.
André Soleau