le blog andre soleau

Le magazine « Entreprises et Management », mensuel gratuit régional, met l’accent, dans son numéro estival, sur les difficultés rencontrées par le Val Joly, la « station touristique » de l’Avesnois.

            Le Conseil régional et d’autres partenaires financiers ont investi 60 millions d’euros, dont plus de la moitié en fonds publics, pour transformer cet écrin de verdure, naguère prisé par les randonneurs et les pêcheurs, en locomotive touristique et économique du sud du département. Des commerces, un centre aquatique de 3000 m², un centre équestre, une maison des enfants, 180 cottages ultramodernes proposés à la location, des parcours de randonnées…le projet ne manque pas d’allure, sur le papier.

            Seulement, le succès escompté tarde à se concrétiser. « Entreprises et Management » évoque même un flop magistral. Depuis l’ouverture, seulement 160 000 entrées ont été enregistrées contre 500 000 prévues, le taux de remplissage des cottages est évalué à 40%, le chiffre d’affaires suffit simplement à équilibrer la subvention annuelle de 2,2 millions d’euros octroyée par le Département et le nombre d’emplois directs et indirects créés se situe à 50 contre 500 inscrits dans les prévisions. La faute à la crise économique qui, là-bas plus qu’ailleurs, a provoqué un véritable séisme. La faute à Center Parcs qui souhaitait s’installer dans ce secteur préservé mais qui, après s’être heurté à l’hostilité des écolos, s’est replié un peu plus loin, au Parc de l’Ailette de Laon. Résultat, avec ses 220 millions d’euros investis, ses 800 cottages occupés à 80% et ses 650 emplois créés, la filiale du groupe Pierre et Vacances est en train de rafler la mise. La faute, enfin, aux caprices du temps qui influent énormément sur le taux de fréquentation de la station, compte tenu du choix de privilégier les seules activités de plein air.

            Le constat est sinistre. Il tranche avec les bulletins de santé réjouissants, émis régulièrement par la majorité des médias locaux et régionaux qui confondent parfois information et communication, budgets de publicité obligent. Il a au moins le mérite de créer le débat et de pointer du doigt les manques du projet. Et ils sont nombreux.

            Le Val Joly est perdu au fin fond de l’Avesnois et les voies d’accès sont d’un autre âge. On voit mal une famille lilloise endurer quatre heures de voiture, aller et retour, le dimanche, pour admirer un plan d’eau, fut-il le royaume de la biodiversité. Il est donc condamné, pour l’instant, à vivre essentiellement avec la population locale dont le taux de chômage, déjà très largement supérieur à la moyenne régionale, vient de subir une hausse de près de 25% ces derniers mois. Or l’entrée du site et les différentes activités sont trop chères pour un couple et ses enfants. Ajoutez à cela des commerces qui ronronnent, une gestion pépère, une animation quasi inexistante malgré les efforts déployés, notamment, par Jean-Marie Leblanc pour faire bouger les choses, une architecture « originale » qui réussit le tour de force de dissimuler la vue du lac aux clients en terrasse du seul restaurant ouvert, des options discutables comme ce bar à soupes créé à l’origine pour attirer une clientèle plus sélect que celle des baraques à frites (il est mort prématurément),  un service approximatif, très éloigné des critères en vigueur dans le privé, et l’hostilité toujours très marquée des écolos purs et durs qui s’opposent, à coups de procédures, à toute initiative.

            Le Conseil général du Nord n’entend pas pour autant renoncer. Il prévoit au contraire la construction de 60 nouveaux chalets et d’un hôtel trois étoiles. On peut admirer son entêtement. Mais on ne saurait trop lui conseiller de s’attaquer, avec la Région, avec l’ensemble des pouvoirs publics, aux racines du mal. L’Avesnois est une zone en perdition économique, oubliée depuis des décennies par l’ensemble de la classe politique et par les décideurs de toute nature. Il faut désormais un plan d’urgence d’envergure plutôt que cette enveloppe ridicule de trois millions d’euros octroyée dernièrement par l’Etat pour freiner la descente aux enfers. Après quoi, les gens retrouveront peut-être l’envie de rire et d’ouvrir leur porte-monnaie au Val Joly.

            André Soleau

 

 

Sam 12 sep 2009 1 commentaire
Excellent et pertinent article. J'y suis allé courant août pour voir, car la publicité autour de ce complexe était éloquante.Malheureusement j'ai dressé le même constat. Rien n'est fait pour donner l'envie d'y retourner. Le service et l'accueil sont inexistants.

Jean-Edouard Péru 
Péru Jean-Edouard - le 27/09/2009 à 10h24