le blog andre soleau

L’interview de Nicolas Sarkozy par Laurence Ferrari et David Pujadas, à New York, à l’occasion du G20, pose question. Comment, par exemple, ces deux professionnels de l’information ont pu laisser passer le message du président de la République à l’adresse de l’Iran, sans songer à le relancer ? Fidèle à son penchant pour la petite phrase lourde de sous-entendus, Sarkozy venait de fixer une forme d’ultimatum en évoquant l’échéance du 31 décembre 2009 afin d’obtenir une réponse définitive des Iraniens sur le dossier  nucléaire. Il suffisait de lui demander ce qu’il comptait faire au cas, plus que probable, où Ahmadinejad balaierait l’avertissement d’un revers de manche. Nos deux journalistes préférèrent passer à un autre sujet. On sait aujourd’hui que le président était informé de l’existence d’un deuxième centre d’enrichissement d’uranium à Qom et qu’il souhaitait, sans doute, réaffirmer solennellement la position musclée de la France avant l’intervention d’Obama sur ce dossier brûlant.

            Que dire encore de son terrible lapsus sur les « coupables » de l’affaire Clearstream qui n’appela, là encore, aucune remarque de la part de ses contradicteurs ? Confondre prévenus et coupables alors que l’on s’honore d’une formation d’avocat et que l’on est, par son statut, le garant du bon fonctionnement des institutions, constituait pourtant une aubaine pour TF1 et France 2 en terme de scoop. Laurence Ferrari et David Pujadas restèrent de marbre, unis dans une même et incompréhensible passivité.

            Ces ratés, gravissimes pour une profession en quête de reconnaissance, illustre cette tendance au journalisme spectacle qui sacrifie le fond au profit du paraître. Forcés à une cohabitation inconfortable sur le plateau, Ferrari et Pujadas n’eurent de cesse que d’occuper le devant de la scène, de couper l’autre pour mieux prendre la main, sans songer à écouter les réponses de leur hôte. La jolie blonde, regard quelque peu halluciné, comme si le décalage horaire avait laissé des traces sous les paupières, ne s’intéressait visiblement qu’à la prochaine question qu’elle avait préparée sur sa feuille. Le petit brun, sourire énigmatique accroché en permanence au coin des lèvres, tentait d’imposer sa meilleure connaissance des dossiers tout en veillant à ne pas être taxé de condescendance à l’égard d’une consoeur. Résultat de ce marquage feutré mais impitoyable, ils en oublièrent l’une comme l’autre les automatismes du métier.

            Perdre le sens de l’écoute, c'est-à-dire la curiosité, est une faute pour un journaliste. Mais Laurence Ferrari et David Pujadas ne sont pas les seuls responsables. La mise en scène systématique de l’information, comme si la télé réalité devait étendre ses ravages partout et jusqu’aux émissions politiques, fait peser une lourde menace sur le métier. Le sujet devient accessoire. Les invités sont des faire-valoir. On surfe sur les faits par crainte du zapping, dans une espèce de carrousel endiablé où le maquillage, l’éclairage, le sourire hollywoodien et la phrase choc font office de feuille de route. C’est désolant et inquiétant.

            André Soleau

           

Mar 29 sep 2009 Aucun commentaire