le blog andre soleau
En 2007, une série de suicides chez Peugeot et Renault mettait à l’index les constructeurs automobiles. Les organisations syndicales dénonçaient le stress provoqué par les cadences infernales et mettaient en cause le management. Deux ans plus tard, c’est au tour de France Télécom de subir le même phénomène.
Vingt quatre personnes ont mis fin à leurs jours chez l’opérateur téléphonique, en l’espace de dix-huit mois, provoquant une incompréhension palpable dans le pays et ce, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. Là encore, la pression exercée sur les salariés, la mauvaise qualité des relations sociales et la politique de la direction, axée sur la rentabilité à tout prix, sont pointées du doigt.
Ce traumatisme doit être analysé avec beaucoup de précaution et non pas être caricaturé comme c’est souvent le cas lorsque la dictature de l’émotion l’emporte sur le raisonnement. Née en 1988, sur les cendres de la direction générale des Télécommunications, France Télécom se voulait une réponse efficace à une directive européenne qui prévoyait l’ouverture à la concurrence des services publics. Elle est devenue société anonyme en 1996, deux ans avant la date fatidique, et le désengagement de l’Etat dans l’actionnariat de l’entreprise n’a pas cessé de s’accroître depuis. Aujourd’hui, celui-ci se situe bien en dessous de la minorité de blocage.
France Télécom est confrontée non seulement à une lutte féroce, en France et hors frontières, mais aussi à une évolution technologique d’une cadence insensée. Que des salariés longtemps installés dans le confort d’un marché protégé se sentent désormais dépassés par ce « changement de planète », quoi de plus normal ! Ils doivent être accompagnés et formés en conséquence. Mais la rupture doit être relativisée. Présenter les dirigeants et les managers comme des robots dépourvus de tout sens moral n’est pas intellectuellement acceptable. Réduire les salariés à des pions exploités abusivement, alors que la rémunération moyenne mensuelle se situe à 3000 euros, ne l’est pas plus.
Les entreprises privées sont depuis longtemps en butte aux problèmes liés à une concurrence sans concession et à une adaptation continue des personnels à la modernisation des outils. Cela ne se fait jamais sans une remise en cause des acquis professionnels et parfois même sociaux. Toutes celles qui refusent cette réalité sont condamnées à disparaître. La sidérurgie, le textile, l’automobile et quantité d’autres secteurs d’activités ont connu une situation analogue dans le passé et sauf à imaginer que la France puisse se tenir à l’écart des effets de la mondialisation, dans une espèce de havre de paix virtuel, il faut bien se plier à cette évidence.
Vingt quatre suicides dans une entreprise qui ne compte pas loin de 200.000 personnes dans le monde, dont la moitié en France, c’est hélas, en pourcentage, un chiffre comparable aux statistiques nationales (Plus de 2 pour 10.000 habitants, chaque année). Un chiffre qui a tendance à augmenter sensiblement en période de crise. Cela démontre surtout l’impérieuse nécessité de préparer les nouvelles générations à la bagarre qu’exige le monde d’aujourd’hui. Et il ne semble pas que le fait de payer des lycéens pour lutter contre l’absentéisme à l’école soit le meilleur moyen d’y parvenir.
André Soleau