le blog andre soleau
Il ne s’agit pas de l’effet papillon cher à Benabar mais plutôt de l’effet boomerang, bien connu des hommes politiques. Il s’est abattu sur Frédéric Mitterrand sous forme d’une polémique qui enfle de jour en jour, depuis sa prise de position plus que discutable sur l’affaire Polanski.
Le nouveau ministre de la culture ne s’attendait certes pas à un tel déchaînement médiatique lorsqu’il a réagi « sous le coup de l’émotion » à l’arrestation du cinéaste, en Suisse. Volontiers censeur, il avait dénoncé ce visage de l’Amérique qui fait peur et cette interpellation « pour une histoire ancienne qui n’a pas de sens ». Depuis, son passé ambigu est remonté à la surface sous l’action de Marine le Pen et des militants du Front national. Après son livre confession « La mauvaise vie » paru en 2005, dans lequel il avouait avoir cédé aux relations sexuelles tarifées en Thaïlande avec des « garçons », des « gosses », Frédéric Mitterrand doit désormais s’expliquer sur le fait de s’être porté témoin de moralité des parents de deux jeunes condamnés pour le viol d’une mineure, à la Réunion. Surtout d’avoir utilisé son statut de directeur de la Villa Médicis pour s’adresser au tribunal et promettre son aide à la réinsertion des coupables.
« Je ne supporte plus les attaques. C’est immonde » a-t-il déclaré aux journalistes. On le croit volontiers. Expliquer sur un plateau de télévision qu’on s’est égaré sur les chemins sordides du tourisme sexuel, y dénoncer les amalgames entre homosexualité et pédophilie, y reconnaître un excès de précipitation dans le traitement du cas Polanski n’est pas un exercice courant pour un ministre. Il est même périlleux pour son équilibre psychique.
Frédéric Mitterrand est un écrivain de talent et certainement un homme sincère. Mais ces qualités ne font pas de lui un politique de métier. En quatre mois de présence au sein du gouvernement Fillon, il a multiplié les gaffes avec une naïveté confondante. Il a commencé par griller la politesse à Nicolas Sarkozy en annonçant sa nomination avant même le communiqué officiel, au grand dam de Christine Albanel, titulaire du poste. Puis il a donné le nom de son successeur à la Villa Médicis au journal italien la Stampa, au mépris une fois encore de la déclaration officielle de l’Elysée. Son apparition à la fête de l’Humanité, où il fut accueilli et raccompagné par une bordée d’insultes, souleva encore l’incompréhension dans les rangs de l’UMP. Tout cela avant ce terrible piège qui s’est refermé sur lui et qui, de toute évidence, laissera des traces.
Poussé à la démission par les uns, soutenu du bout des lèvres par d’autres, Frédéric Mitterrand illustre les limites de la politique d’ouverture chère au président de la République. Il ne suffit pas de porter un nom pour obtenir un blanc-seing permanent de l’opinion publique. Ces bourdes à répétition portent au contraire préjudice à la cohérence de l’action gouvernementale et brouillent son message. Il est vrai que de Kouchner à Besson, de Rama Yade à Fadela Amara, comme précédemment de Rachida Dati à Bernard Laporte, le casting paraît plus porté sur l’apparence que sur la compétence. Peut-être les effets résiduels de la période bling bling.
André Soleau