le blog andre soleau

Tout a été dit ou écrit sur la future élection de Jean Sarkozy à la présidence de l’établissement public de la Défense (Epad). Mais ce qui frappe le plus dans cette nouvelle affaire, c’est la pauvreté des arguments avancés par l’entourage du président de la République pour justifier ce choix. Comme si le fait du prince suffisait à exonérer l’Elysée de tout soupçon de népotisme, comme si la vague de protestations submergeant le réseau Internet ne pouvait atteindre et encore moins troubler la sainte famille, installée dans ses certitudes d’œuvrer pour le bien-être de ses sujets.

            Jean Sarkozy tire sa légitimité au fond des urnes, avancent ses partisans. C’est un élu et il devra encore passer par les élections pour prétendre au fauteuil de président. Certes, mais quand on s’appelle Sarkozy, qu’on porte l’étiquette de l’UMP et que l’on se présente à Neuilly, les choses sont forcément un peu plus simples. Même constat au Conseil général des Hauts de Seine qui compte trente représentants de la majorité sur quarante cinq votants. De quoi ôter tout suspense le 23 octobre, lors de la séance plénière chargée de désigner le champion. D’ailleurs, la vice-présidente de cette vénérable institution, Isabelle Balkany, une amie intime des Sarkozy, s’est déjà pesamment positionnée sur le débat en indiquant qu’il ne manquera aucune voix du parti dans la besace du rejeton. De quoi faire réfléchir les éventuels récalcitrants.

            D’autres avancent que le poste est essentiellement honorifique et que le véritable pouvoir de décision est entre les mains du directeur général. Pas de quoi entretenir la polémique ! Là encore, le raisonnement ne tient pas. A vingt trois ans, on n’occupe pas un poste dit honorifique. On s’efface devant ceux qui, par leur longue expérience, ont acquis la légitimité nécessaire pour « remplir » le costume et on travaille dans l’ombre pour gagner ses galons. L’Epad n’est pas un gadget pour fils à papa pressé. Il gère le quartier d’affaires le plus important d’Europe et dispose d’un budget de fonctionnement de 115 millions d’euros. 2500 entreprises y sont recensées sur 160 hectares et pas moins de 150.000 salariés y travaillent. Des projets pharaoniques – on parle d’un investissement d’un milliard d’euros – sont en préparation, simplement retardés par la crise. Le président devra non seulement assumer ce développement mais encore le porter auprès des capitaines d’industrie, français et étrangers.

            « Quoi que je fasse, je serai critiqué » s’est défendu mollement Jean Sarkozy. On a envie de lui répondre de commencer justement par « faire », comme le conseillait le titre du film de Maurice Pialat « Passe ton bac d’abord ». Lui en deuxième année de droit, elle en congés d’études de professeur des écoles, pour cause de maternité, le couple Sarkozy junior ressemble à des milliers de jeunes de cette génération du début du XXIe siècle qui doivent se battre contre les galères de notre époque, le chômage, la précarité, la crise, la désespérance. Sauf que ces mots-là, n’ont plus aucun sens dans la bouche du fils du président.

            C’est en cela que cette nomination (et non cette élection) scandalise en même temps qu’elle discrédite tout à la fois le fils et le père. Le premier parce qu’il aura du mal à convaincre ses futurs électeurs de la sincérité de son engagement politique, lorsqu’il se présentera à un scrutin plus sélectif. Le second parce qu’il a martelé le mot rupture dans ses discours, en évoquant le quinquennat de l’exemplarité et en sublimant l’école du mérite.

            André Soleau

Dim 18 oct 2009 Aucun commentaire