le blog andre soleau

Jean Sarkozy est la photocopie de son père. Dans ses mimiques, dans ses intonations, dans sa manière d’interpeller son interlocuteur, il fait irrésistiblement penser au président de la République. Endimanché et cravaté, de fines montures de lunettes sur le nez, le cheveu court et bien peigné, il avait incontestablement soigné son look l’autre soir, sur le plateau de France 2, histoire de faire oublier son jeune âge. Histoire aussi de prendre rendez-vous avec ses détracteurs dans un futur proche.

            Jean, à l’évidence, reviendra. Comme Nicolas, détruit après le camouflet Balladur de 1995, et qui parvint à se reconstruire à la force du poignet, persuadé de son destin élyséen. Seul ou presque, le rouge de la trahison tatoué sur son front, le futur heureux élu de 2007 avait dû apprendre, de force, les vertus de la patience et de l’humilité. Le même chemin escarpé se présente à sa progéniture, elle aussi victime du pêché de gourmandise.

            Les deux sont des bêtes politiques. Ils ont simplement oublié que le bon peuple n’était pas prêt à avaler toutes les couleuvres, surtout en période de crise et donc de restrictions. Lorsque les temps sont durs, lorsqu’on vous explique à longueur d’antenne que les lendemains seront encore plus contraignants, le réflexe de survie exige que l’on se raccroche aux valeurs et à l’exemplarité. Rien n’est pire que le sentiment d’injustice. L’Histoire de France, avec un grand H, nous rappelle combien nos rois et nos gouvernants auraient pu éviter la colère de la rue avec un peu plus d’écoute et d’humilité. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas des mots sortis par hasard d’une marmite bouillante.

            S’il y a un enseignement à tirer de cette histoire alambiquée, c’est bien que le pouvoir isole. Conseillers du château, ministres ou proches, nul n’a voulu ou osé s’opposer à ce projet de mainmise sur l’Epad par le seul fait du prince. Jean et Nicolas n’ont pas entendu les murmures de réprobation parce qu’il s’agissait précisément de chuchotis et que chacun des courtisans avait quelque chose à perdre à se montrer trop audacieux ou trop indiscipliné. Rama Yade a bien tenté timidement de faire entendre sa différence mais elle a dû faire rapidement marche arrière. Elle paiera un jour ou l’autre son impertinence.

            Au bout du compte, la famille Sarkozy s’est discréditée aux yeux de l’opinion publique mais aussi à l’étranger. Nous qui aimons jouer les donneurs de leçon à l’extérieur de nos frontières, railler Berlusconi en Italie, stigmatiser le régime chinois ou pourfendre les républiques bananières, avons été, à notre tour, brocardés par la presse internationale. La leçon devra être méditée. Non seulement par Sarkozy mais aussi par l’ensemble de la classe politique. La société de l’information, celle du 21e siècle, peut devenir aussi la société du refus. Refus des sphères d’influence, refus des passe-droits, refus des pots de vin, refus des réseaux, refus de la corruption, bref refus de tout ce qui servit, pendant tant de décennies, de points de repères commodes aux enragés du pouvoir.

            André Soleau

Dim 25 oct 2009 Aucun commentaire