le blog andre soleau

Raymond Domenech ne connaît décidément pas le sens du mot élégance. La manière dont il exhorta le pauvre arbitre de ce triste France – Irlande à siffler la fin du match alors qu’il restait quelques secondes à courir, ses effusions démonstratives auprès du président de la Fédération Jean-Pierre Escalettes, au moment de la délivrance, en disent long sur la vulgarité de son mode de pensée. Certes, il aura sa place au Panthéon du football pour avoir qualifié son équipe pour l’Afrique du Sud et pour avoir battu le record de Michel Hidalgo à la tête de la sélection bleue. Mais il est des circonstances où un simple sourire s’apparente à une obscénité. Domenech, lui, a ri toutes dents dehors.

            Le sport doit être une école de vie. Il permet au jeune de maîtriser son corps, de dépasser la souffrance, de se confronter aux autres, de partager l’effort, d’admettre la défaite. Dans ce monde abîmé par la cupidité et les inégalités, il doit rester un espace à peu près préservé où l’on puise nos besoins vitaux d’espérance. Or, mercredi soir, Thierry Henry a violé cet espace. Il l’a transformé en zone de non droit. Il l’a réduit à un tripot nauséabond où l’on joue avec des cartes faussées. Au stade ou devant son poste de télévision, le jeune a ainsi compris qu’il ne suffisait pas d’être le meilleur pour gagner, que la tricherie permettait de masquer ses faiblesses, en tout cas de les compenser.

            Au moment où Thierry Henry a mis la main pour maîtriser un ballon qui lui échappait, était-il conscient de salir à jamais sa carrière et son image ? On peut en douter tant sa promptitude  à courir vers Gallas, pour le féliciter, avait quelque chose de puéril et de malsain. Il nous a rappelé le tour d’honneur de Michel Platini en 1985 au Heysel, après la victoire de la Juve en Coupe d’Europe, alors que trente neuf corps étaient allongés dans les installations du stade. Partout où il se produira maintenant, on lui rappellera ce réflexe idiot qui l’a conduit à commettre un hold-up.

            La victoire n’est pas toujours belle. Elle est même parfois hideuse. N’en déplaise aux sponsors du ballon rond qui rongeaient leurs ongles face à la menace d’une élimination aux conséquences financières catastrophiques. N’en déplaise aussi aux dirigeants qui portent la responsabilité d’avoir maintenu Domenech à son poste, contre vents et marées, et qui ont sauvé in extremis leur tête grâce aux doigts crochus d’un joueur autrefois emblématique. N’en déplaise enfin aux journalistes de TF1, incapables de poser la question dérangeante au sélectionneur et qui prirent une leçon de vérité et d’éthique de la part d’un ex-footballeur reconverti en consultant, Bixente Lizarazu.

            Les Irlandais resteront chez eux en 2010. Il s’agit d’une injustice tant ils ont dominé leur sujet. La France est qualifiée, ce qui évitera de s’interroger sur la pauvreté de son football sous l’ère Domenech. Et il nous reste un drôle de goût dans la bouche. Une forme de malaise indéfinissable à l’égard d’une société capable de comparer Jean-Pierre Treiber à un Robin des Bois moderne, Tony Musulin à Arsène Lupin et Thierry Henry au sauveur de la nation.

            André Soleau

           

Ven 20 nov 2009 Aucun commentaire