le blog andre soleau

Ce pourrait être une version moderne du mythe de Babel, cette tour que souhaitaient construire les hommes, si gigantesque qu’elle atteindrait le ciel. Orgueil et démesure qui finirent par agacer Dieu, lequel multiplia les langues sur terre pour que ces misérables pêcheurs finissent par ne plus se comprendre et abandonnent leur projet.

            A moins que ce ne soit cette grenouille de la fable qui se voulait être aussi grosse que le boeuf et qui finit par crever à force d’enfler.

            Difficile d’imaginer que l’émir de Dubaï, le sieur Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, ait lu le livre de la Genèse ou qu’il soit un fan des fables de La Fontaine. Dommage, il aurait pu y puiser un peu de sagesse avant de se lancer dans ses projets pharaoniques.

            Son ambition déclarée? Faire de Dubaï, ce confetti de moins de 4000 km² posé sur la mappemonde, un diamant brillant de mille feux et illuminant le reste de la planète. Un univers de luxe et d’opulence qui survivrait à l’agonie de la manne pétrolière comme un piercing accroché au nombril du monde et s’agitant dans tous les sens, dans une danse du ventre démentielle.

            Pour ce faire, le prince du désert ne manquait pas d’inventivité. Des centaines de gratte-ciels surgis du sable, le pont le plus grand du monde avec 12 voies de circulation, 1km700 de longueur, 205 m de hauteur et 64 m de largeur ; une tour de plus de 800 mètres de haut comportant 211 étages, une autre en rotation permanente avec des étages pivotant sur eux-mêmes ; trois îles artificielles disposées en palmiers, trois cents îlots fabriqués également artificiellement et abritant des résidences secondaires et des hôtels de luxe ; une montagne recouverte d’un dogme puis enneigée pour créer une station de ski alors que la température dépasse les 50° en été ; une autre piste de ski indoor ; des golfs entièrement éclairés pour jouer la nuit ; un hôtel, le Burj-Al-Arab, le plus grandiose au monde, ne comportant que des suites, facturées jusqu’à 30.000 dollars la nuit ; un autre proposant pas moins de 6500 chambres…Nous étions à des années lumière de Marco Polo qui décrivait dans ses voyages Dubaï comme une petite ville prospère vivant de la pêche des perles.

            Le plus incroyable de ce conte de fées du 21ème siècle, c’est que tous les financiers du monde, les petits et les gros, les blancs et les noirs, les mêmes qui ont fait confiance à Madoff et ceux qui exigent des cautions scandaleuses pour soutenir les trésoreries des PME, tous ces gens qui ont plongé les économies des Etats dans le rouge, ont cru à ce mirage sorti du désert de Rub-Ak-Khali, à moins que ce ne soit des  neurones desséchés sous le soleil de Cheikh Mohammed. Résultat, 80 milliards de dettes et des difficultés de plus en plus aigues à honorer les engagements pris.

            Nul ne sait aujourd’hui comment l’histoire finira. Dubaï n’est que l’une des sept branches des Emirats Arabes Unis et le voisin Abou Dabi, qui dispose de ressources pétrolières gigantesques, pourrait tendre la main à l’imprudent. Mais si l’on doit tirer une morale de cette drôle de fable, c’est que rien n’a changé depuis La Fontaine. Les hommes continuent à croire au trésor enfoui dans le sol et en oublie le travail du laboureur. L’argent facile, le luxe, les marques, les illuminations bercent les rêves jusqu’à nous faire croire que les sociétés modernes pourront se concentrer sur les activités de services plutôt que sur la production,  désormais réservée aux pays en voie de développement.

            Jouir plutôt que produire ? Le cheikh Mohammed aurait pu inscrire cette maxime au fronton de son palais.

            André Soleau

Dim 29 nov 2009 Aucun commentaire