le blog andre soleau
L’émotion a gagné toute la France à l’annonce de l’hospitalisation de Johnny Hallyday, à Los Angeles. Le rocker légendaire du monde francophone a beau être un parfait inconnu pour les Américains, la fièvre qui s’est emparée des médias sur place les a quand même impressionnés.
Cet étrange culte voué à un artiste par des générations de fans, depuis un demi siècle, a quelque chose d’attendrissant. Mais cette dévotion, forme d’aliénation émotionnelle, peut se transformer en hystérie collective chez les plus vulnérables dès lors que l’idole, comme c’est le cas aujourd’hui, se trouve fragilisée et en danger. Johnny est quasiment « condamné » à l’éternité et toute menace extérieure est vécue comme une agression intolérable.
Jean-Claude Camus, l’inamovible producteur de la star, sait tout cela. Pendant des décennies, il a vécu cette communion mystique avec le public qui transformait les concerts en saintes messes. Il aurait donc dû faire preuve d’un peu plus de retenue au moment d’évoquer publiquement les raisons qui ont conduit Johnny Hallyday à un face à face angoissant avec la mort. Mettre directement en cause le chirurgien français qui l’a opéré et employer le terme de massacre à propos de son opération revenaient à lancer une chasse à l’homme immédiate et forcément décuplée par le trouble.
Nul ne sait si le docteur Stéphane Delajoux est coupable de négligence, ou pire. Mais il a déjà été condamné par les médias qui ont rappelé avec complaisance son passé sulfureux. Il l’a été aussi par Camus et quelques proches. Or, jusqu’à plus ample informé, aucune plainte n’a encore été déposée. Le « massacre » n’est peut-être pas aussi évident que cela, du point de vue juridique.
Certes, il est délicat à l’heure actuelle d’établir un quelconque lien entre ce déchaînement médiatique contre le médecin et l’agression dont il a été victime de la part d’hommes cagoulés. Mais il existe quand même de fortes présomptions pour que cette piste d’un règlement de comptes orchestré par des fans déboussolés soit privilégiée par les enquêteurs. Peu importe, après tout que ce premier accroc soit ou non une conséquence directe de la maladresse de Camus. La menace existe et planera au-dessus de Delajoux tant que Johnny Hallyday ne sera pas sorti officiellement d’affaire.
Exagération ? Considérons un instant qu’un arbitre de football soit directement désigné comme l’unique responsable de la défaite d’une équipe et qu’il soit livré ensuite à la colère et à la frustration de ses supporters. Une sorte de « A mort l’arbitre » authentique qui n’est pas sorti de l’imagination d’un cinéaste mais bien tiré d’une escalade de la violence gratuite dans les stades. Les fans de Johnny sont-ils plus modérés que les fous de foot ? Sont-ce les mêmes ?
En réalité, la sortie de Jean-Claude Camus évite, pour un temps, de se poser la véritable question : L’état de santé de Johnny Halliday, un homme de près de soixante dix ans qui ne s’est jamais ménagé, qui a subi des opérations lourdes encore récemment, est-il compatible avec une tournée harassante qui prévoit un marathon de près d’un an sur les routes de France ? Cela, le producteur attentionné et outré n’a pas cru bon devoir en parler pas plus qu’il n’a remis en cause les premiers rendez-vous 2010, dès janvier. On a les indignations sélectives dans le show…business.
André Soleau