le blog andre soleau
La première polémique de l’année 2010 n’a pas tardé. A peine les vœux échangés, avec l’espérance de jours meilleurs accrochée tout en haut du sapin, que les préoccupations du quotidien venaient briser la féerie de Noël et nous replonger dans le flot sombre des tracasseries d’hier.
Après Johnny Hallyday, engagé malgré lui dans une série dramatique américaine digne des meilleurs épisodes de « Urgences », à l’hôpital de Los Angeles, voilà qu’on nous sert une comédie loufoque sur le thème de la hotte du Père Noël qui déborde de paquets cadeaux H1N1 dont personne ne veut, ni les jeunes enfants classés pourtant prioritaires dans la distribution, ni les adultes qui se disent sans doute qu’on y verra plus clair demain. Sans oublier les vieux qui haussent les épaules devant tant d’agitation.
Du coup, une question agite le microcosme parisien autour de Roselyne Bachelot qui est passée, entre 2009 et 2010, du rôle de sauveur de la nation à celui de responsable du fiasco. En effet, il va falloir désormais désigner le coupable de cette gabegie annoncée : quatre vingt quatorze millions de vaccins achetés à un prix compris entre six et dix euros la dose, pour une population totale de soixante cinq millions d’âmes. Aujourd’hui, alors que le pic de la pandémie est annoncé derrière nous, seuls cinq millions d’individus ont répondu positivement à l’appel de notre ministre. Le tout sans compter les deux milliards de masques commandés et qui attendent sagement dans des caisses que la burqa hygiénique ne soit plus considérée comme un gadget.
La facture s’annonce salée, de l’ordre de six à sept cents millions d’euros uniquement pour les vaccins qu’il va falloir tenter de revendre à bas prix à l’étranger. Mais les amateurs ne se bousculent pas d’autant que les nouvelles concernant les effets de la pandémie sont plutôt rassurantes.
La France, une nouvelle fois, a fait preuve d’amateurisme dans le traitement de ce dossier. D’abord en écartant les médecins du plan d’urgence au profit de centres de vaccination peu performants et qui n’inspiraient guère confiance. Une communication désastreuse a accentué le rejet massif de l’opération. L’insistance du gouvernement à écouler ses stocks est devenue rapidement suspecte, tout comme la mise en scène de personnalités allongées, la manche relevée, pour accomplir leur devoir de citoyen. La dramatisation à outrance n’a jamais provoqué une prise de conscience collective.
Cette histoire pose à nouveau le problème du principe de précaution dans notre pays. Nulle part ailleurs les autorités n’ont été à ce point présentes sur le front avec cette espèce d’hyperactivité qui est la marque de fabrique du quinquennat. Les politiques ne viennent pas appuyer l’action des spécialistes, ils les devancent, monopolisent les micros et caméras, disent tout et son contraire dans le seul but d’occuper la scène et de plaire au président. Accessoirement, ils créent un écran de fumée qui nous empêche de poser les bonnes questions. A savoir, comment a-t-on pu décréter dès l’origine qu’il faudrait deux doses pour chaque français alors qu’une seule a suffi ? Ne pouvait-on attendre d’en savoir un peu plus avant de constituer ces stocks aujourd’hui invendables ? Qui a négocié le prix de 6 à dix euros le vaccin, présenté par paquet de dix pour paraît-il faire baisser les tarifs, alors que c’est précisément le montant habituel proposé à l’unité pour ce genre de prestation ? Pour l’heure, ces questions et bien d’autres reposent dans les caisses, dissimulées sous les masques.
André Soleau