le blog andre soleau

 

            Henri Proglio ne touchera pas les 450.000 euros complémentaires qu’il devait encaisser, chaque année, pour son poste de président du conseil d’administration de Veolia environnement. Il se « contentera » d’une rémunération de 1,6 million d’euros en sa qualité de président directeur général D’EDF.

            A gauche comme à droite, on se félicite de cette issue tant la révélation de ce double salaire avait scandalisé tout le monde, à la fois par l’importance des montants et par l’incongruité d’une telle largesse en période de crise. De Martine Aubry à François Bayrou, de François Fillon à Nicolas Sarkozy, chacun s’est exprimé sur le sujet.

            Il ne viendra évidemment à l’idée de personne de remettre en cause la décision prise, sous la contrainte précisons-le, par l’intéressé. En revanche, la forme donne à réfléchir. Pendant plus d’une semaine, le nom de Henri Proglio a été jeté en pâture dans la presse. Quel était son délit ? Avoir accepté, en toute légalité, le chèque qu’on lui tendait. Cette « faute », nombre de salariés l’auraient certainement commise de la même manière.

            Surtout, cette curée a quelque chose de malsain. Elle reflète les travers de notre société où l’on s’indigne sur commande, on dénonce sans précaution, on polémique par plaisir et on condamne sous la pression. Les politiciens se chargent de prononcer la petite phrase, les médias amplifient et l’opinion publique fait le reste. Cela s’appelle, paraît-il, la démocratie.

            Cette manie d’opposer ainsi le blanc et le noir, le bien et le mal, les riches et les pauvres va à l’encontre des notions de solidarité que développent ces censeurs de circonstance. Elle porte en elle, les germes d’un déséquilibre qui peut aller jusqu’à la rupture sociale, voire pire. Et il serait illusoire de penser qu’elle ne concerne que les personnages publics. J’en veux pour preuve l’affaire Béatrice Cottin, cette brave dame de 87 ans dont le seul pêché est de posséder un immeuble de grand standing au cœur de Paris, immeuble inoccupé depuis des décennies. Le collectif « Jeudi Noir » a investi les lieux pour loger, gratuitement et en toute illégalité, des étudiants dans l’incapacité de payer un loyer. Le tout au nom du droit de chacun au logement.

            Avant même que la Justice n’ait tranché, la députée socialiste Anne Hidalgo a dénoncé… « Le scandale d’un patrimoine exceptionnel laissé égoïstement à l’abandon depuis des années. »  Les radios puis les journaux se sont emparés de l’affaire et ont lancé le débat sur la place publique. Et chacun d’apporter sa contribution à ce vacarme orchestré, sans le moindre égard pour l’âge et la santé de cette propriétaire dite indélicate.

            Où s’arrête donc le curseur de la bonne ou de la mauvaise conscience ? Le fait d’être propriétaire d’un bien vous rend-il suspect ou même coupable au regard des indigents ? Le fait de manger à sa faim alors que la misère court le monde est-il considéré comme une provocation ? Comme un crime ? Le fait simplement d’être salarié n’est-il pas d’une criante injustice vis-à-vis des millions de chômeurs que compte le pays ? Dans un monde où les points de repère sont constamment déplacés par la faute d’une démagogie électoraliste indécente et d’une résonance médiatique complaisante, ces questions méritent d’être posées.

            André Soleau

           

Sam 23 jan 2010 Aucun commentaire