le blog andre soleau

En guise de cadeau d’anniversaire, Nicolas Sarkozy a reçu une édition originale reliée de Cyrano de Bergerac, de la part de ses proches collaborateurs. Est-ce de l’humour au deuxième degré ? Ils auraient tout aussi bien pu lui proposer les aventures de Pinocchio. Question de nez, évidemment ! Celui de notre président a tendance à s’allonger ces temps-ci, dès qu’il évoque l’affaire Clearstream. Jurer qu’il n’est pour rien dans l’appel du Parquet qui renvoie Dominique de Villepin à la barre du tribunal, voilà un gros mensonge qui mérite quelques centimètres de plus  « au roc, au pic, au cap, à la péninsule. »

         Il suffit de voir le procureur Jean-Claude Marin annoncer sa décision dans les studios d’Europe 1 (une première) pour deviner que l’orchestration médiatique a été réglée au palais de l’Elysée ; d’entendre le porte-parole de l’UMP, Fréderic Lefebvre claironner que « seuls des exécutants ont été condamnés », après la relaxe de Villepin, pour mesurer la frustration du petit Nicolas de ne pas pouvoir jouer avec la tête de son grand rival.

            Comment expliquer un tel acharnement ? Nicolas Sarkozy n’a apparemment rien à gagner dans cette opération. Si Villepin est à nouveau relaxé dans un an, le président subit un second camouflet qui risque d’abîmer durablement une image déjà passablement écornée, à en juger par la courbe des sondages. S’il est condamné, on ne manquera pas de hurler au scandale en désignant du doigt celui qui a instrumentalisé la justice. C’est une partie où l’on perd à tous les coups.

            Reste une hypothèse assez plausible. Elle est plus politique. Elle consiste à couper les ailes d’un adversaire potentiel pour les élections présidentielles de 2012. Pendant l’année qu’il passera à préparer sa défense devant la cour d’appel, Villepin ne pourra consacrer son temps à structurer son groupe de partisans, d’autant que ceux-ci, avant tout soucieux de leur carrière, ne monteront en première ligne qu’avec l’assurance que la candidature de leur champion apparaît légitime aux yeux de l’opinion publique.

            Le pari est risqué. Dominique de Villepin ne peut raisonnablement pas gagner en 2012, face à Nicolas Sarkozy. Mais il peut le faire perdre. L’UMP est une machine de guerre redoutable à condition qu’elle ne se fendille pas et conserve son unité. Il suffit de quelques centaines de milliers de voix perdues en début de campagne pour entraîner un mouvement dont on ne mesure pas aujourd’hui les conséquences. Or, l’ancien Premier ministre ne se privera pas de rendre les coups qu’on lui a si généreusement distribués. Sa capacité de nuisance est indéniable compte tenu des petits secrets qu’il détient depuis tant d’années au service de l’Etat. En outre, en l’attaquant de face, le président de la République lui a offert une vraie dimension, une densité, bref une stature d’homme d’Etat qu’il avait perdue depuis son départ de Matignon.

            Le Parti socialiste saura-t-il tirer profit des divisions de la droite ? Rien n’est moins sûr. Pour l’heure, il observe non sans amusement cette guerre fratricide qui prend des allures de suicide collectif. Mais il a du mal à gérer ses propres divisions internes. La retraite, les affaires Dray et Peillon, et plus encore  la punition infligée à Georges Frêche qui a télescopé Clearstream, démontrent que la pagaille vaut aussi à gauche. En ce sens, la campagne présidentielle de 2012 s’annonce gratinée.

            André Soleau            

Sam 30 jan 2010 1 commentaire
bravo

j'aime bien ton article du 23.01, on aurait pu écrire "on dénigre tout pourquoi ?Pour se faire plaisir ou pour faire mal gratuitement bien sûr"
anquetin christian
christian anquetin - le 30/01/2010 à 16h11