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Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

Le trottoir d'à côté

 

 

 

C'est une humeur. Un sentiment qu'on perçoit au coeur de Lille, comme dans toutes les cités de France. "Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..."  La chanson d'Alain Souchon date des années 70. Il y allait de sa voix douce : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." Les évènements de 68 étaient passés par là. Les trente glorieuses battaient pourtant leur plein. L'inflation caracolait. Le moindre investissement prenait dix points en trois jours. Et Valery Giscard d'Estaing soutenait Simone Veil, qui défendait sa loi contre l'avortement. On venait de mettre fin à la guerre du Viêt Nam. La vie était belle. Mais la France s'ennuyait...

 

La rengaine de Souchon est toujours de mise. Nous venons de vivre une épopée électorale. Annonces de candidatures, primaires de droite, primaires écologistes et primaires de gauche, premier tour et second tour de l'élection présidentielle. Nous avons fait table rase du personnel politique. Mais le 7 mai a sonné le glas de notre investissement dans la vie publique. Les législatives ont connu une abstention record. Jusqu'à plus de la moitié des inscrits au second tour. Comme si tout cela n'avait plus d'intérêt.

 

Le nouveau locataire a pris les clefs de l'Elysée ? Parfait. Rendez-vous dans cinq ans ! Nous, nous attendons fin juin, les vacances et la rentrée. Chacun est retourné chez soi. Le désistement et la résignation sont perceptibles. Dans la rue, dans les dîners en ville, dans les entreprises et les fêtes d'écoles. Dans la tête des bacheliers en peine de choisir leur orientation. Dans le porte-monnaie des retraités qui va subir l'augmentation de la CSG sans la moindre récupération.

 

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté..." Ils sont 341 élus macronistes à l'Assemblée nationale. Le savent-ils vraiment ? La moitié de la France leur a dit : "débrouillez-vous !" Et l'autre moitié n'en a rien à faire. Ils ont mené une campagne tambour battant, sans rien connaître pour beaucoup de la vie politique. Sans avoir affronté la révolte des quartiers, sans avoir appris à travailler l'humain au corps à corps, maison par maison, appartement par appartement, dans l'intimité d'une permanence et dans la gestion, par exemple,  des subventions municipales aux associations !

 

Les français le savent. Ils voient bien cette jeunesse qui afflue au Palais Bourbon. Ils se sont visiblement défaussés, pour ne pas tomber dans l'ornière de extrêmes. Mais le président peut bien faire le beau, jouer du tennis en bord de Seine pour vendre les JO de 2024 à Paris,  ils n'y croient pas vraiment ! Et ils ont la rengaine d'Alain Souchon dans la tête : "Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça..." La rentrée 2017 ne sera pas chaude. Elle sera éteinte.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les aventuriers des mers

 

 

 

L'atmosphère est étrange. Peuplées d'ombres, d'une vibration de soleil et d'aventures humaines. On croit reprendre la chanson de Michel Fugain, en descendant dans le midi : " C'est un beau roman, c'est une belle histoire, c'est une romance d'aujourd'hui...." On tombe à Marseille, gare Saint-Charles et on descend immédiatement dans le Mucem. (Le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée*). Entre le Vieux-Port et les ferries. Et derrière les façades de béton ajourée, façon "moucharabieh" , on devine l'enthousiasme et le destin des antiques, des grecs et des romains, qui ont frayé les côtes de la Méditerranée, au nord, à l'est et au sud, pour découvrir de nouvelles terres, des cultures et des civilisations inouïes.

 

L'enjeu, à l'époque, était de caboter le long des côtes. Avec des coquilles de noix. Des cordes à tirer pour lever une ou deux toiles grossières. La "gouverne" nécessitait deux hommes pour tenir le cap, éviter les récifs et les courants qui  précipitaient l'embarcation contre la roche. Au terme de cette époque qui a sacrifié des centaines d'hommes, on a pu dessiner la carte de la Méditerranée,  et on a pensé qu'il s'agissait des confins du monde ! Plus loin, il n'y avait... que l'au-delà !

 

La donne est bien différente aujourd'hui. Mais la démarche est la même. Un communiqué de l'AFP de ce lundi 19 juin 2017 raconte les résultats de la mission Kepler au sein de la NASA. Télescopes, sondes et satellites à l'appui, les ingénieurs sont capables de déceler dans l'univers "des planètes, dont beaucoup pourraient bien être de nouvelles Terres..." Science fiction ? Nous n'en sommes plus là. L'Astrophysique fournit des données précises.

 

Il faut se rendre à l'évidence. Nous avons fait le tour de la planète. Un Thomas Pesquet, du haut de la station spatiale internationale, peut en témoigner. Il l'a raconté avec conviction et des centaines de photos émouvantes, particulièrement auprès des enfants. Notre horizon, désormais, s'est déplacé au fond de la nuit spatiale. Il y a des planètes qui ressemblent furieusement à la nôtre. Quelle est la vie qui s'est construite à leur surface ? Végétale ? Animale ? Humaine, raisonnable et spirituelle ? Telle est notre nouvelle aventure.

 

Nous devons changer de logiciel. Repenser notre façon d'envisager l'avenir. Ce n'est pas une évolution. C'est une révolution. Dont le commun des mortels n'a pas la moindre idée !         La pensée politique aujourd'hui est dépassée, si elle ne prend pas en compte les fabuleuses perspectives du XXI+ siècle !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Mucem - Aventuriers des mers

Jusqu'au  lundi 9 octobre 2017

 

 

Brexit et résistance

 

 

 

Deux hommes, face à face*. Michel Barnier et David Davis. Deux équipes, des dizaines de conseillers. On évoque une "ambiance policée...". Le Royaume-Uni et l'Union Européenne se séparent. Le divorce est loin d'être consommé, mais le fait est là. Il faut faire les comptes, attribuer la garde du chien et des enfants. Passé le temps des chamailleries, on répartit le "patrimoine". On pose les pions un à un, sur les falaises de Douvres et celles du Cap Blanc Nez. La négociation s'annonce dure.

 

Et si les mots ont un sens, il y a de quoi frémir. Les observateurs racontent que "le  véritable coup d'envoi des discussions entre le Royaume-Uni et le "reste" de l'Union Européenne" a été donné cette semaine. Nous en sommes là. Il y a d'un côté les sujets de "Sa Majesté, la Reine Elisabeth II". De l'autre, ce qui "reste" d'une certaine idée de l'Europe, Et nous employons à plein temps une de nos rares personnalités françaises à la Commission Européenne, le soldat Michel Barnier, pour détricoter le travail de Jacques Delors et celui de Simone Veil ! Dans le même temps, nous n'avons envoyé il y a trois ans que des seconds couteaux au Parlement Européen. Et la plupart de nos 70 élus, dont beaucoup sont "eurosceptiques", ne rêvent que d'une chose :  suivre l'exemple de Marine Le Pen et de Jean-Luc  Mélanchon, et revenir à l'Assemblée Nationale.

 

Il ne fait pas bon être français, en ce moment, à Bruxelles. Soit on rase les murs. Soit on s'efface dans les basses commissions des trois institutions voulues par nos illustres prédécesseurs : le Conseil Européen, la Commission Européenne et le Parlement Européen. Le référendum de 2005 est passé par là, qui a refusé le traité qui établissait une constitution pour l'Europe. Le "non" a été violent : 54,68%. Les parlementaires français sont passés outre. Nous en payons lourdement les conséquences. Jusqu'à devenir la risée de nos contemporains, d'un bout à l'autre de la planète !

 

Pour autant, notre jeune président a un atout. C'est qu'il est "jeune", justement. Ni lui, ni ses parents, n'ont connu les affres de la guerre sur notre territoire. Il regarde devant lui, et il parle le "XXI° siècle" dans le texte, quand il dit à la veille d'un sommet européen** que " les troubles à travers le monde sont issus pour partie des inégalités profondes engendrées par l'ordre mondial et le terrorisme islamiste. A ces déséquilibres s'ajoutent celui du climat." Il voit déjà au-delà des frontières européennes, et il enfonce le clou : "la lutte pour la liberté, la justice et la préservation de la planète est une bataille dont l'Europe, j'en suis convaincu, porte la responsabilité, parce que la démocratie y est née !"

 

On est bien loin du "je t'aime, moi non plus", ni des comptes d'apothicaires du Brexit ! S'il était véritablement européen, s'il avait senti le vent venir d'un autre temps, le commissaire Michel Barnier n'aurait jamais dû accepter de prendre la tête de cette misérable négociation. On l'aurait salué, comme un acte de "résistance" !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Cécile Ducourtieux, Le Monde du 20 juin 2017

(**) L'Obs du 22  juin 2017

 

 

Bonaparte

 

 

 

1799

Il vient d'avoir trente ans. Le 18 Brumaire (9 novembre) 1799, le tout jeune Bonaparte prend la main. Le Directoire a fait long feu. Le personnel politique des deux assemblées est devenu vénal. Tous les partis : modérés, jacobins et royalistes, aspirent à un changement de régime. Et il n'hésite pas : Il commande ses officiers, il dirige ses hommes. Les Tuileries, le château de Saint-Cloud, l'Ecole militaire, le Luxembourg et le Pais-Bourbon sont investis. Dans la foulée, et selon sa volonté, on en fera un Premier Consul, et il sera sacré Empereur le dimanche 2 décembre 1804 par le Pape Pie VII, à Notre-Dame.

 

2017

Il n'a pas encore quarante ans. Le jeune Emmanuel Macron vient de faire main-basse sans crier gare sur l'Elysée. Un pas de côté pour s'isoler des primaires, une campagne menée tambour battant, il a surpris tout le monde. Dans la foulée, il a pris la mesure de la fonction, tutoyé les grands de ce monde. Et ses équipes, hommes et femmes surgis de l'ombre, vont investir le Palais-Bourbon. Il a devant lui cinq ans de règne absolu. Les courtisans se pressent, les adversaires sont médusés. Les commentateurs peinent à trouver les mots.

 

Comparaison n'est pas raison.

Nous ne sortons pas d'un épisode sanglant et révolutionnaire. Tout juste un cri muet sorti des urnes : "Dégage !", qui a renvoyé chez eux bon nombre de titulaires de la République. Mais tout de même.... Il y a des regards, des postures et des stratégies, un charisme et une façon de faire, qu'on ne peut que reconnaitre pour l'un et pour l'autre. Bonaparte était un militaire, il a fait donner la garde.  Emmanuel Macron est un énarque, doté d'une intelligence vive, qui repère et trace le chemin d'une nouvelle vie politique, dans un univers en plein bouleversement. Il entraîne avec lui des "hussards" de la société civile, dont l'histoire fera au moins dans cinq ans, les premiers "grognards" du XXI° siècle !

 

Les deux ont un coup d'avance sur le commun des mortels. Les deux ont un regard qui porte bien au-delà des frontières de l'hexagone. Le premier a bâti un empire. Le second pourrait bien peser lourd dans la suite de la construction européenne, avant de mettre la main sur une institution internationale, comme l'a fait ‎António Guterres, le Premier Ministre portugais, qui vient d'être élu au Secrétariat Général de l'ONU.

 

Ceci n'empêche pas cela. L'histoire a une furieuse tendance à se répéter. Un jour viendra où le fougueux Macron connaîtra son "Sainte-Hélène". Mais une chose est sûre aussi, il aura marqué son temps. Les manuels scolaires consacrent un long chapitre à l'épopée napoléonienne. Gageons qu'à la fin de ce siècle, on enseignera la naissance et le développement de l'ère "macronienne" !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Chiens de faïence

 

 

 

On en trouve encore dans les vitrines des antiquaires. Ils ont le poil blanc, le regard noir. Une position assise, mais tendue. Les plus réussis donnent la sensation que dans la seconde qui suit, ils vont se jeter dessus et se battre toutes griffes dehors. Ils datent, pour les plus anciens, du XVI° siècle. Ils ont donné naissance à un mot de société : "se regarder en chiens de faïence..."

 

C'est à "Faenza", dans le nord-est de l'Italie, qu'on a vu surgir les premiers "chiens de faïence". Mais c'est à "Taormina" en Sicile, dans le détroit de Messine, qu'on vient d'en retrouver une bonne poignée, de renommée planétaire ! Le G8, rabougri au G7 pour cause d'éviction de la Russie, vient de mettre les grands de ce monde à la parade ! Le poil blanc, le regard noir, la position tendue. Tout y était. Costumes cravates pour les hommes, tailleurs pour les dames, sourires de rigueur devant les photographes, chacun a trouvé sa place dans un protocole implacable qui a servi de socle à la rencontre.

 

On ne peut pas éviter l'énumération : le japonais Shinzō Abe, l'allemande Angela Merkel, l'italien Paolo Gentilini, la britannique Theresa May et le canadien Justin Trudeau ont vu débarquer dans leur club un "éléphant dans un magasin de porcelaine", l'américain Donald Trump, et un "adolescent" de la politique, le français Emmanuel Macron, qui ne baisse pas les yeux à la moindre remontrance ! Ils ont usé de toutes les ressources de la diplomatie pour faire bonne figure, dans une station de luxe et sans le moindre contact avec la population.

 

Selon les commentateurs (AFP, Challenges, Le Monde), on parle d'une "discussion ferme" ou d'une "approche agressive", d'une "réunion utile" ou de nombreux "sujets de contentieux". Tout le monde veut en finir avec le terrorisme. C'est un point de cohésion, et c'est la moindre des choses. Mais sur le reste, le changement climatique, le commerce international, le flux de migrants et la politique de sanctions face à la Russie, ce ne sont pas seulement des divergences de point de vue, ce sont de véritables fractures qui ont surgi.  Sans oublier la position bancale de Theresa May, qui a été d'une discrétion remarquable, et qui a réussi à faire oublier le Brexit sous le ramage et le tapage du président américain !

 

Les sept nations les plus riches du monde ont montré la semaine dernière ce qu'elle sont réellement. Des "chiens de faïence", autrement dit pour les observateurs de l'hémisphère sud, la Chine, l'Inde, l'Afrique et l'Amérique du Sud, et toute la sphère moyenne-orientale, des "colosses aux pieds d'argile !" Le  XXI° siècle devrait leur réserver un traitement, dont ils n'ont pas la moindre idée !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Responsables

 

 

 

Le président est élu. Le gouvernement est nommé. De bric et de broc, quand on garde sur les yeux les lunettes du XX° siècle. Clair comme de l'eau de roche, quand on élève le regard et qu'on le porte à vingt ans, à cinquante ans de notre histoire. Ce qui est une très courte période de tout ce que nous avons vécu au fil des siècles, entre les sommets de l'Oural et les bords de l'Atlantique.

 

Nous entrons aujourd'hui dans une nouvelle campagne électorale. Nous devons désigner plus de 500 représentants de la Nation à l'Assemblée Nationale. Les partis se bousculent, se désagrègent, tout le monde est perdu. Les candidats, les électeurs n'y comprennent plus rien.

 

Mais il y a un élément essentiel dans le choix que nous ferons le 11 et le 18 juin. Il ne s'agit pas pour nous d'envoyer dans les vieilles travées du Palais Bourbon un "défenseur de notre territoire", mais un promoteur d'une nouvelle France, complètement d'aplomb sur notre socle de Liberté, d'Egalité et de Fraternité, capable d'affronter les défis du monde moderne, capable de prendre le leadership d'une Europe des Lumières, qui dresse sur le monde le flambeau de la Liberté et du respect des cultures de tous les peuples de la planète !

 

Notre vote du 11 et du 18 juin n' a rien de local, ni de bénin. Il engage notre entrée dans le XXI° siècle. Il porte l'espoir que chacun de nos députés va endosser la "responsabilité" de la France et de l'Europe dans un univers, une planète, qui entreprend beaucoup plus qu'une évolution. Une révolution, dont nous sommes loin de mesurer toutes les conséquences.

 

Il se trouve que c'est un "Emmanuel Macron", qui a donné la chiquenaude de cette entreprise dans notre pays. Il y en aura bien d'autres, dans les dix ans qui viennent, entre l'Arctique et l'Antarctique. Nous avons une immense "responsabilité" dans ce qui va se produire, face au destin que nous allons dresser pour nos enfants et nos petits-enfants. Rappeler les vieilles guerres du XX° siècle dans les CM1 et les CM2, c'est nécessaire. Penser et expliquer ce que nous allons faire pour éviter de telles catastrophes d'ici 20 ans, c'est urgent !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Le saut de l'ange

 

Primaires obligent, les Républicains et le PS ont volé en éclats. Les deux piliers, droite, gauche, qui ont fait la France de l'après-guerre ont été rangés sur les étagères des horreurs et des réconciliations du XX° siècle. Nous voyons surgir aujourd'hui un jeune homme (39 ans) à la présidence de la République Française. Une famille recomposée, des hautes études, un parcours de finance publique et privée, aucun mandat électoral à son actif : il n'a plus rien à voir avec tout ce que nous avons connu. Il mène une campagne à la hussarde, et il devient à la surprise générale le garant de l'unité d'une Nation, la France, dont l'avenir doit se mêler, quoi qu'on en dise, à celui de l'Europe et de  toute la planète.

 

La formule est connue : "il ne faut jamais rien oublier, mais tout réinventer !"  Nous sommes à cet instant. Le XX° siècle est définitivement mort. Politiquement, économiquement, socialement, écologiquement, et  surtout culturellement. Je veux citer ici un pionnier de l'aventure dans laquelle nous nous lançons. Il s'appelle Stef Vandemeulebrouck. Il est flamand, courtraisien. Et il avait pris la direction, il y a cinq ans, d'une institution qui avait été voulue par Pierre Mauroy : "l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai". Il clamait volontiers, de part et d'autre de Warneton et de Menin, que "la culture est l'avant-garde de ce que nous entreprenons !"

 

Il avait et il a plus que jamais raison. La France sans l'Europe n'est rien. La France sans le numérique, sans la recherche fondamentale, sans les arts et l'aérospatiale qui transgressent toutes les frontières que nous avons connues, n'est rien. "L'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai" n'est qu'un tout petit territoire parmi d'autres. On appelle ça un GECT, un "Groupement Européen de Coopération Territoriale".  Il y en a des dizaines comme celui-là, bientôt plus de cent, égrenés le long de nos vieilles nations européennes. (source Europa Comité des Régions*)

 

Le Général de Gaulle évoquait volontiers l'Europe de l'Atlantique à l'Oural. Il n'avait pas compris, du haut de sa stature, que les zones frontalières - 20 à 50 km d'écart de chaque côté - représentaient quasiment la moitié du territoire européen (photo) Et que la coopération transfrontalière allait faire son chemin, avec ou sans le blanc-seing des autorités nationales.

 

Quand un chômeur d'Armentières, par exemple, fait le pari d'aller travailler tous les jours en covoiturage dans une zone d'activité entre Ypres et Courtrai, il ne le sait pas, ce n'est pas son problème, lui, ce qu'il veut c'est du boulot, mais il fait un véritable "saut de l'ange" dans un avenir dont nous commençons seulement à entrevoir les fantastiques potentiels ! Et ils sont aujourd'hui des centaines dans son cas. Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) http://cor.europa.eu

L'aventure Macron

 

 

Emmanuel Macron en tête. Marine Le Pen en seconde position. Il n'y a rien à faire. Le plafond de verre du Front National est inscrit, quoiqu'on en dise, dans nos gènes. Le Vel d'Hiv, les trains,, le Lutetia. L'histoire nous raconte une histoire familiale, dont le père Le Pen a trop souvent tu la mémoire, comme celle de nos voisins, de nos amis, des parents de celles qui sont devenues nos fiancées, de nos petits-enfants qui se demandent pourquoi on parle encore d'Auschwitz, de Buchenwald, de Sobibor et de toutes ces horreurs dont nos grands parents et nos parents ont tellement souffert. Le nationalisme ouvre les portes sur l'enfer.

 

Nous faisons face aujourd'hui à un nouveau défi. Soit nous nous rendons pieds et poings liés au nationalisme qui a fait le malheur de nos parents. Soit nous faisons confiance à un nouveau venu sur la scène politique. Nous lui confions les rênes de notre nation, sans vraiment savoir ce qu'il en connait, ce qu'il en a appris, et s'il aura les épaules suffisamment solides pour faire face à la renaissance de l'Europe, à l'imprévisibilité d'un Donal Trump, à l'émergence d'un Xi Jinping, au chaos de toute la zone moyenne-orientale, et au destin de la France dans un enfer qui dépassera de très loin les deux guerres mondiales que nos parents ont vécues au XX° siècle !

 

Ce jeune homme-là peut-il prendre la dimension d'un Napoléon ou d'un Général de Gaulle ? On peut imaginer aussi qu'il s'entoure de personnes d'expériences, qui lui tracent un chemin sûr. Et qu'une fois sur le tapis rouge de l'Elysée, il entre réellement dans le costume d'un président qui trouve le contact, le lien avec son peuple, qui lui fasse comprendre que le monde a changé, qu'avant l'Asie, l'Afrique, la Chine et l'Amérique, il nous faut prendre soin de notre planète. Que notre ONU a pris un coup de vieux. Que nos vieilles revendications locales, CGT, CFDT et autres FO, sont passées de mode. Et que "notre" nation et notre patriotisme, n'ont plus aucun sens. Parce que demain, dans dix ans, dans cinquante ans, peut-être plus, peut-être moins, c'est au niveau de la planète que nous allons devoir faire nos choix. Pour subvenir à nos besoins. Pour promouvoir l'humanité, bien au-delà de notre globe terrestre, dans un univers dont nous ne faisons que découvrir les premières autres planètes semblables à la nôtre...

 

Dans plusieurs décennies, nos élections présidentielles et législatives de 2017 auront pris la couleur passée de celles de 1920 ou 1930. Nous aurons vécu des drames et des catastrophes encore inédites. Il reste à espérer que la flamme de la France des Lumières, si fragile soit-elle, vacille toujours dans le vent de l'histoire !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le gouffre

 

 

 

Dans quel gouffre allons-nous tomber ? Y aura-t-il seulement une échelle pour remonter à la surface ? Nous sommes en droit de nous poser la question, à la veille des élections en France.

 

Les sondages sont ce qu'ils sont. Mais ils donnent des indications plausibles. Ils annoncent quatre formules de second tour, avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélanchon et François Fillon. Deux personnes qui n'ont qu'une envie : renverser la table ! Deux autres qui prônent une évolution, à la limite de la révolution.

 

En vérité, nous sommes au pied du mur.

 

Personne ne le dit, mais nous savons tous que nos élections ont pris un coup de vieux. Tout le monde sait que les décisions essentielles pour notre territoire ne se prennent plus à Paris. Mais au sein de l'OTAN, au coeur des institutions européennes ou à l'ONU. Tout le monde sait aussi que nous ne sommes que 67 millions d'individus au sein de 7 milliards et demi d'habitants sur la planète. Nous avons beau avoir une histoire en forme d'une encyclopédie en 25 volumes à tranche dorée, à l'ère du numérique, tout cela ne pèse plus rien !

 

Les turcs sont en passe de donner tous les pouvoirs à leur dirigeant. Les allemands s'apprêtent à bousculer Angela Merkel. L'Angleterre a décidé de larguer  les amarres. Ni la Russie de Vladimir Poutine, ni les US de Donald Trump n'ont plus la main dans les affaires du monde. Ils haussent le ton, l'un face à l'Ukraine, l'autre face à la Corée du Nord. Mais hormis le nombre de morts, le résultat sera le même. Le président que nous allons élire, sans doute par défaut, sera celui qui devra affronter le premier enfer du XXI° siècle !

 

Soyons-en bien conscients. Notre vote du 23 avril et du 7 mai, celui du 11 et du 18 juin, n'a plus aucune importance au regard de la planète. Nous devons reprendre notre bâton de pèlerin, pour rassembler par tous les moyens, une entité d'au moins 500 millions d'individus et peser sur un avenir plus que jamais incertain. Nous devons trouver nos nouveaux Jean Monnet, Robert Schumann, Simone Veil et Jacques Delors, pour nous faire entendre au Moyen-Orient, en Chine, en Inde, en Afrique, en Amérique du Sud et en Amérique du Nord.

 

Il ne s'agit plus aujourd'hui de faire preuve de générosité en envoyant nos ONG en tête de pont. Il ne s'agit plus de colonisation ni de créer des empires. Il s'agit d'exister. Et d'affirmer notre présence et nos valeurs. A raison d'1 français pour 7500 individus sur la planète, nous sommes totalement inaudibles. A raison de 743 européens, toujours pour 7500 individus (10%), nous avons une chance de ne pas subir les trajectoires et les volontés des autres continents ! Avant d'invoquer une nouvelle  idée du monde, et de sa projection dans l'univers. C'est à chance-là que nous devons nous accrocher. C'est à cette échelle-là que nous devons nous agripper, pour sortir du gouffre !

 

Etienne Desfontaines

Prendre la main

 

                                                                                                                                                         

Nous sommes en juillet 1830. Eugène Delacroix peint : "La liberté guidant le peuple." Quarante ans auparavant, on avait vécu la Révolution. Dix ans plus tard, on avait vu surgir Napoléon. Ses campagnes, la constitution, l'empire. Et puis les années "trente" arrivent. Le peuple gronde. La nouvelle monarchie est bousculée. La République finit par prendre la main. La République ? Le peuple, à travers ses représentants.

 

Mais il n'aura pas fallu longtemps. En 1870, le Second Empire déclare la guerre au Royaume de Prusse. On connait la suite. La signature de la victoire allemande au Château de Versailles, l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine, l'avènement de la troisième république, et la rancoeur des français qui a contribué à l'entrée du pays dans la Première Guerre Mondiale ! Avant de subir une seconde fois l'invasion allemande, et les affres de la Seconde Guerre Mondiale !

 

Il y a une ligne directrice dans toute cette histoire.

Chaque fois que le peuple perd la main, nous allons à la catastrophe.

 

Nous abordons le XXI° siècle. Le peuple ne sait plus où il en est. Il a perdu la main sur la France, et sur l'Europe. Tout peut arriver. Pas besoin d'attendre un coup de travers de l'imprévisible Donald Trump, pas besoin non plus du prochain coup de menton de Vladimir Poutine, ou d'une décision économique unilatérale du président chinois, nous le savons, la moindre étincelle peut aujourd'hui faire flamber le monde. Et nous sommes nombreux, observateurs et commentateurs nationaux et internationaux, à le dire.

 

Mais pour le coup, samedi dernier à Bouvines dans le Nord, à l'occasion d'une brève cérémonie pour marquer la fin de la restauration de l'église Saint-Pierre, au coeur même des immenses verrières qui décrivent la victoire de Phiippe-Auguste (1214) et l'apparition selon les mots de l'ancien ministre Max Gallo "d'un premier sentiment de nation France", c'est un de nos représentants les plus expérimentés à l'Assemblée Nationale, Thierry Lazaro, qui a lâché des mots difficiles à entendre.

 

 

Il a évoqué "une période extrêmement trouble", des "turbulences", des "dictatures", de "grandes incertitudes à la Maison-Blanche", une "détermination dangereuse de Vladimir Poutine". Il a cité un chiffre effrayant "11% du budget de la Chine est réservé à l'armement", avec cette précision : "à ce stade, ce n'est plus de la défense, c'est un effort de guerre !"  Avant de revenir à un propos plus positif, pour demander au peuple français "de montrer l'exemple, de réapprendre à se serrer la main !"  Le tout sous le vitrail axial de l'église Saint-Pierre, qui montre le roi Philippe-Auguste serrant la main d'un simple combattant, un homme du peuple, pour le remercier de son courage, de la victoire acquise entre Bouvines et Cysoing, et des... quelques années de paix gagnées au Moyen-âge sur le territoire européen ! L'assistance en est restée pantoise.

 

Etienne Desfontaines

 

 

L'enfer du Nord

 

 

 

C'est tous les ans la même chose. Le Nord retourne en enfer. Ciel bas, murs de briques rouges, pavés boueux ou poussiéreux, selon les aléas du mois d'avril. Le vainqueur du Paris-Roubaix lève un grès lourd comme le monde après avoir obligé tous ses poursuivants à "faire de l'huile" entre Arenberg et le Carrefour de l'Arbre. Et le soir même, il rentre dans ses pénates et il prépare la course suivante, coach et soigneurs à l'appui. Pendant que le Nord reste cloué sur un fond d'écran détestable : une météo à rejeter le premier touriste qui passe le long du terril d'Hénin-Beaumont, un réseau de voies pavées qui datent de la fin du XIX° siècle, des "supporters" flamands enivrés, des commentaires à l'accent prononcé, et ici ou là, quelques sportifs avisés qui lâchent sous les pales des hélicoptères un cri d'admiration derrière le gagnant : "il les a eus au "mollet" !.

 

Le travail, l'abnégation, la force et la résistance ont fait la gloire et la légende des coureurs du Paris-Roubaix, comme celle des mineurs, quand il a fallu après-guerre donner de l'énergie à la France. Nous devons en garder une mémoire aigüe. Et forts de cette expérience dramatique qui a exténué nos parents et nos grands-parents, forts de cette histoire qui est notre socle, nous devons nous tourner vers l'avenir.

 

Quand le vainqueur du Paris-Roubaix lève son pavé à bout de bras, nous devons imaginer que nous sommes tous un grain de ce bloc de grès ! Que nous sommes solides comme un roc. Et que nous sommes capables d'affronter un avenir complètement différent. Quand les concurrents du Paris-Roubaix partent de Compiègne, pour monter dans le Nord, nous devons imaginer qu'ils s'élancent dans un univers dont ils n'ont pas la moindre idée. Un territoire dont les frontières se sont tellement estompées, qu'on ne bute plus sur Menin, Mouscron ou Comines. Un territoire où les anglais, en 1940, sont venus en masse récupérer leurs soldats du côté de "Dunkirk". Le film de Christopher Nolan va nous raconter ça dans le détail cette année Mais ce qu'il ne dira pas, c'est que dans le nom de "Zuydcoote" en flamand, un peu plus au nord de Dunkerque, la syllabe "Zuyd" veut dire "au sud de...." Vous avez bien lu : " Au sud de... quelque chose." ! Nous y sommes. Il ne faut jamais oublier que le Nord est au sud des Pays du Nord, et que notre avenir n'est plus à Paris, mais à Anvers, Bruxelles, Rotterdam, Stockholm et Hambourg.

 

Une fois cela dans la tête, on regarde le Paris-Roubaix d'une toute autre façon. Et boueux ou poussiéreux, on n'a qu'une envie : se jeter sur le vainqueur pour l'embrasser, et l'emmener... dans notre nouveau monde !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les trois europes

 

 

 

L'histoire de nos élections présidentielles a toujours été mouvementée. Mais en 2017, pour le coup, c'est une véritable bombe à fragmentations qui s'abat sur nos institutions ! Le PS sort étriqué des primaires, à l'image des épaules de Benoit Hamon. Le leader de la droite républicaine, François Fillon, en sort serré dans les filets de la justice. Les extrêmes de gauche et de droite sont portés par des tribuns de belle envergure. Et il y a une personnalité sortie de nulle part, Emmanuel Macron, qui rêve d'un monde, où les opposants de toujours inventeraient des lendemains qui chantent...

 

Le citoyen français fait face à un imbroglio totalement inédit. Mais il y a une réalité qu'il perçoit sans le dire. Notre pensée politique est révolue. La vraie question, c'est ce que nous voulons faire de la France en... Europe ! Tout démontre que nous refusons l'obstacle. Mais il n'y a rien à faire. La France, seule, n'est plus une pièce maîtresse sur l'échiquier de la planète. L'Europe est aujourd'hui seule capable de reprendre le flambeau de la France des Lumières.

 

Et il n'y a que trois façons d'aborder la question.

 

1 - Le scenario "catastrophe". Nous prenons la suite de l'Angleterre. Après le "Brexit", le "Frexit". Les Pays-Bas et l'Italie suivront le même chemin. La Flandre occidentale fera sécession. L'Allemagne, et ce qui restera de "Bruxelles" sans "Strasbourg", feront pot commun avec les pays de l'Est, pour faire  front à la menace de Vladimir Poutine. Dans ce cas, c'est à une "implosion" de l'Europe que nous allons assister. Et la France y sera réduite aux cendres qu'on ramasse au bas d'un foyer éteint...

 

2 - Le "statu quo". Nous tentons de jouer avec les pions en place, nous en restons à l'idée d'une coopération entre les nations, et nous réduisons la zone euro à sa sa plus simple expression. Nous délaissons les mauvais joueurs et les petits pays pour créer une Europe à deux vitesses. Cette perspective nous amènera à nous retrancher dans une espèce de "Fort Alamo", avec l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et deux ou trois autres nations. Une position rapidement intenable, face aux autres continents, qui ne vont pas manquer de s'en prendre à nos flancs sans défenses.

 

3 - Le "Tout pour le tout". Nous nous engageons dans la création d'une véritable entité européenne, qui sublime les nations, qui renverse la table des institutions (le Parlement Européen, la Commission et le Conseil Européen), pour mettre en place deux chambres législatives, et un réel exécutif. Et nous nous employons dans la foulée à rapprocher le citoyen de ces nouveaux centres du pouvoir par des antennes territoriales. Nous nous impliquons pour cela, à tous les niveaux de notre société, pour asseoir une unité de culture, de langage, de définition politique, économique, sociale, sociétale et environnementale.

 

La troisième solution relève de la citation Mark Twain : "Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait !" . On l'évoque souvent pour parler des résistants de la première heure, en 1940. Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

Shame on the Queen

 

 

 

C'est une immense déception. Elisabeth II, Reine d'Angleterre (91 ans), vient d'apposer sa signature "E II R", sur un document qui autorise la Première ministre britannique du moment, Theresa May, à déclencher la procédure du Brexit. On connait les institutions britanniques, le rôle purement représentatif de la famille royale. Mais, tout de même...

 

Signer ainsi une énorme brèche dans la construction européenne, et envoyer dans le même temps son petit-fils William et son épouse, à la rencontre d'un président français à la dérive, pour enfoncer le clou, et promouvoir ce qui reste de la grandeur britannique dans une géopolitique qui part dans tous les sens... On aurait pu espérer mieux de la jeune fille qui a vécu les bombardements de Londres, et de la femme d'expérience qui a signé tous les actes royaux nécessaires pour donner à l'Europe l'espoir de voir surgir une entité raisonnablement construite et responsable face aux défis du XXI° siècle.

 

Sur le plan de la constitution britannique, évidemment, c'est une formalité. Sur le plan moral, c'est une insulte ! Un reniement de l'histoire. Les uns les autres, Winston Churchill, Franklin Roosevelt, le Général De Gaulle et les Pères de l'Europe, Konrad Adenauer, Jean Monnet, Robert Schuman, sans oublier le luxembourgeois Joseph Bech,  le néerlandais Johan Willem Beyen et l'italien Alcide De Gasperi, doivent se retourner dans leurs tombes !

 

On ne sait pas ce que notre "président normal en fin de mandat",  François Hollande, a bien pu dire aux jeunes époux qui ont franchi la Manche, pour leur "faire la leçon". On pouvait seulement craindre qu'il n'ait eu qu'un de ces traits d'humour dont il a le secret. C'est ce qui est arrivé, sur le perron de l'Elysée : "Revenez, quand vous voulez !" leur a-t-il lancé. Alors que la France aurait dû entrer dans une colère noire face à la trahison du Royaume-Uni ! Et renvoyer la famille royale à son idéal et ses responsabilités : fermer la porte des tragédies du XX° siècle, et emmener son peuple dans une démarche qui en finit avec le Commonwealth, pour se porter à la pointe de l'union européenne.

 

Faisons fi du protocole, et osons le dire ici : Kate et William auraient dû faire étape à Bouvines ! On aurait pu leur expliquer qu'il fut un temps où c'était le roi, Jean-sans-Terre (1166-1216), qui avait la main sur le destin de son pays. Il l'a perdu en juillet 1214, lorsque son représentant, William de Salesbury, a été assommé d'un coup de masse sur un champ de bataille à deux pas de Lille, rançonné et renvoyé chez lui quasiment nu comme un ver par Philippe-Auguste. Un an plus tard, les "Lords" obligeaient leur souverain à signer "La Grande Charte", qui inaugurait l'évolution de l'Angleterre vers la démocratie parlementaire. Une institution dont Kate et William sont les nobles hériters, en espérant que leur jeunesse les amènera à ne pas rester pieds et poings liés par la Chambre des Lords, et à prôner un idéal d'ouverture et d'union digne du XXI° siècle auprès de leurs sujets !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Sébastien Destremau,

un nom à retenir !

 

La citation est incertaine. "L'important, c'est de participer..." On l'attribue au Baron Pierre de Coubertin (1863-1937), "le pédagogue, l'historien, l'humaniste et le rénovateur des Jeux Olympiques", comme on peut le lire sur la plaque commémorative au 20 de la rue Oudinot dans le 7° arrondissement de Paris. Là où il est né. Mais il y a des versions différentes. D'abord celle d'un évêque anglican de Pennsylvanie : "L’important dans les olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part". Et puis cette autre d'un auteur inconnu : "l'important dans la vie, ce n'est pas le triomphe, c'est le combat !"

 

Tout cela était bien dit, mais maintenant, il faudra retenir celle du français Sébastien Destremau, 52 ans (Technofirst-faceOcean). Il est arrivé bon dernier de la huitième édition du Vendée Globe. Il s'est présenté la semaine dernière à l'entrée du chenal des Sables d'Olonne, cinquante jours après le triomphe d'Armel Le Cléac'h (Banque Populaire). Et il a bluffé tous les observateurs : "je suis le premier toulonnais, a-t-il lancé, le premier varois et le premier 18ème de l'histoire du Vendée !" Avant d'enfoncer le clou : "nous ne sommes que 88 à avoir accompli ça ! " Il a raison. Pour tous ceux qui se lancent sur les eaux du Vendée Globe, jusqu'à passer la ligne d'arrivée, c'est un exploit !

 

La galère de Sébastien Destremau restera dans les annales. Avant le départ, il lui a fallu récupérer un bateau, le préparer pour la compétition, et sortir victorieux de la régate qualificative pour le Vendée Globe, avant de trouver un sponsor et de rassembler tout le matériel. A l'arraché. Avec un budget de 350 000 euros, à comparer avec les dizaines de millions investis dans les bateaux d'Armel Le Cléac'h ou d'Alex Thomson (Hugo Boss).

 

Et puis dès le départ, les ennuis commencent. Des pales d'hélice se rompent, un démarreur fait des siennes. Il manque d'électricité pour remplir les ballasts et stabiliser son bateau. Le pire est à venir. Il chavire à deux reprises dans l'océan indien. Le mât dans l'eau, les côtes cassées parce qu'il est tombé de sa couchette. "Au départ, dit-il, je rampais sur le pont, pour manoeuvrer, puis j'y allais à genoux, puis debout !"  Il franchit enfin le Cap Horn. Le 1er janvier, il publie une vidéo avec un panneau : "Armel, ne m'attends pas pour dîner !" La solitude n'empêche pas l'humour. Et il remonte l'Atlantique avec des vents de face. Jusqu'à manquer de provisions, devoir se rationner, et franchir la ligne d'arrivée en pleine nuit, épuisé mais heureux ! Enfin sur le quai, il lâche devant la seule caméra de France Télévisions qui trainait par-là : "Si le Vendée Globe repartait dimanche,  je repartirais !"

 

Il y a des hommes de l'ombre qui forcent l'admiration. Peu importe le "copier-coller" des citations du Baron Pierre de Coubertin. Tout le monde n'entre pas l'enceinte des Jeux Olympiques. Tout le monde ne part pas en mer, non plus. Mais chacun mène son combat. Pour atteindre un idéal et vaincre l'adversité. C'est ce combat-là, qui mérite l'attention. Et qui mérite d'être raconté.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

 

Le crocodile

 

 

 

En politique, comme dans le business, il faut avoir une carapace et des dents de crocodile. Quelle que soit l'élection, quel que soit le poste qu'on atteint dans une multinationale ou à la direction d'une PME, il faut être indéboulonnable ! Il faut tout prévoir, ne rien laisser au hasard, et anticiper la moindre faille qui pourrait vous déstabiliser. L'ancien premier ministre, François Fillon, qui a tenu cinq ans sous l'autorité du bouillant Nicolas Sarkozy en avalant des couleuvres par dizaines, n'a visiblement pas cette stature.

 

Dans l'histoire, on a vu surgir des personnalités qui ont eu  ce socle, ce fondement, qui leur a permis d'affronter l'adversité, de renverser des situations qu'on disait perdues, et de donner à leur peuple ou à leurs collaborateurs quelques années, sinon quelques décennies de paix, d'innovation et de développement dans un contexte plus que difficile.

 

Qui peut prétendre aujourd'hui tenir ce rôle à la tête de la France ? C'est la première question que nous devrions nous poser à l'approche des élections présidentielles et législatives. Qui a la carapace et les dents suffisamment solides pour faire face au djihadisme et à la déliquescence du Moyen-Orient, pour prendre le leadership de l'Europe, pour emmener les français dans une nouvelle aventure européenne qui sublime nos 28 vieilles nations, regarder Vladimir Poutine les yeux dans les yeux, renvoyer Donald Trump dans ses cordes, investir une nouvelle institution planétaire à la place de l'ONU, et penser enfin un nouveau millénaire où l'hémisphère sud, la Chine, l'Afrique et l'Amérique du Sud deviennent non seulement des moteurs économiques, mais aussi des décideurs, des pionniers d'un "nouveau monde" dont nous ne connaissons, aujourd'hui en 2017, ni les tenants ni les aboutissants ?

 

Telle est la question que nous devrions nous poser. Au lieu de revenir sur nos régimes de retraite, la défense de nos ouvriers dans des usines du siècle dernier, ou le sort de nos demandeurs d'emplois. La solidarité et le partage des richesses ne peuvent s'exercer que si richesse il y a. Et la richesse, économique et culturelle - les deux sont indissociables - n'est rien d'autre que le produit de l'innovation, de l'esprit d'ouverture, de l'aventure et de la découverte. Et d'une énergie, d'une force, d'une capacité de mordre dans la vie, dont nous sommes très loin... à la veille des élections françaises !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le doute

 

 

 

On ne manque pas de mots pour définir le phénomène. "Contre-vérité, hoax, intox, fake news..." Ce qui est devenu notre première source d'informations, celle qui inonde nos PC et nos smartphones, est totalement infestée de fausses nouvelles.

 

On connaissait la contre-vérité. Un Jérôme Cahuzac à l'Assemblée Nationale : "je n'ai pas, je n'ai jamais eu de compte à l'étranger !" On connaissait aussi le "hoax". Le visage d'un enfant disparu, par exemple, qui inspire de la compassion. On le fait circuler. Il infecte tous les appareils qu'il traverse ! Et bien avant le numérique, ne soyons pas dupes, que ce soit en temps de guerre ou en temps de paix, dans le sport ou la géopolitique, on a toujours utilisé la bonne vieille technique de la "propagande". On parle aujourd'hui "d'intox". C'est une information erronée, volontairement présentée comme vraie, pour soutenir une campagne ou faire de l'argent. Il faut y ajouter désormais les "fake news". Des fausses informations qui prennent l'apparence d'un article de presse. Les sites conspirationnistes en sont particulièrement friands.

 

Mais il y a pire. La rapidité avec laquelle la soi-disante information se diffuse aujourd'hui ajoute à la complexité de la situation. Le discernement n'a pas le temps de prendre les commandes. Les images s'en prennent au système limbique. Quelle que soit notre culture ou notre race, "l'émotion" et la "croyance" prennent immédiatement le pas sur le cortex. L'analyse, lorsqu'il y en a une, arrive toujours avec un temps de retard. Inaudible. Pieds et poings liés, par l'immensité du flux qui a déjà couvert les écrans.

 

Comment nous y prendre, dans ce contexte, pour atteindre une part de vérité ?

La réponse en cinq propositions.

 

1 - Diversifier nos sources d'informations. Repérer celles qui font référence aux communiqués des agences de presse (AFP, Reuters). Et celles qui disposent d'un réel pouvoir d'investigation. Avec une idée essentielle : deux sources contradictoires amènent plus sûrement à un minimum de vérité.

2 - Repérer "qui est qui". L'auteur d'un article, la rédaction d'un journal, l'animateur d'un site ou le rédacteur d'un blog. D'où viennent-ils ? Avec quelle formation, quelle expérience, quelle opinion ou quelle cause à défendre ?

3 - Dresser le contexte. Quel est, par exemple, celui d'un plan social ou d'un drame familial ? Dans quel univers, politique, économique, écologique et humain, cela se passe-t-il ?

4 - Remonter dans le passé. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Et tenter une projection sur l'avenir : quelles seront les conséquences de ce qui se passe ?

5 - Tenter de définir à qui le message est adressé ? A un lecteur, un client, un partisan ou un adversaire ? Il y a sur internet des publics de toute sorte, dont nous ne faisons pas forcément partie.

 

Au total, il est une chose sûre que nous devrions apprendre à nos enfants,  le smartphone à la main, dès qu'ils ne croient plus au Père Noël et dans le temps qui leur reste pour devenir des adultes responsables, c'est l'exercice du... doute !

 

Etienne Desfontaines

La septantaine

 

 

C'est un mot qui chante. La "septantaine". Les flamands le prononcent en appuyant sur chaque syllabe, comme on donne les trois coups pour ouvrir le rideau d'un théâtre. Les wallons le mettent en musique, ils en font toute une symphonie, et ils laissent la dernière note flotter dans le mode mineur, pour lui donner la juste couleur de nostalgie qui lui convient. Les français n'en ont rien à faire. Ils chiffrent brutalement le fait. Ils plantent un "7" et un "0" sur le gâteau d'anniversaire de la personne qui atteint un âge dont ils disent qu'il est respectable. Et une fois les bougies soufflées, ils rentrent chez eux.

 

Il n'en reste pas moins que tous ceux qui atteignent la "septantaine", en 2017 sur notre territoire,  ont ue chance extraordinaire. Ils sont nés juste après-guerre. Entre 1945 et 1950. Ils ont vécu quelques privations, le temps de la reconstruction de la France. Mais ils ont surtout perçu, dans leur famille et leur entourage, le formidable regain d'espoir, la vie et la liberté retrouvées, le souffle d'une nouvelle ère, que la Guerre Froide n'a pas tempéré et qui a été suivi de trente années de folie, de développement, de progrès et de fabuleuses entreprises et découvertes. Avec en apogée, les premiers pas de l'homme sur la lune !

 

Tous ceux qui atteignent aujourd'hui la "septantaine" devraient clamer leur chance, en dehors des destins personnels, des maladies et des échecs, qu'on rencontre inévitablement dans une vie. Ils devraient dire haut et fort, à coups de rencontres et de conférences, d'échanges avec leurs enfants et leurs petits-enfants, de visites dans les collèges et les écoles, d'implication dans les associations et la vie citoyenne, qu'ils ont traversé quasiment sept décennies sans avoir eu de guerre sur leur territoire. Sans voir passer un blindé dans la Pévèle, les Weppes ou les faubourgs de Lille. Sans entendre sonner l'alerte, et devoir descendre dans la cave. Sans entendre tomber des otages sous le coup de l'occupant. Et sans subir la dévastation d'une bombe nucléaire, entre Berlin, Amsterdam et Paris, comme à Hiroshima ou Nagasaki.

 

Les élections, présidentielles et législatives, sont un moment de débat. Un droit de démocratie que nous avons failli perdre en 1940. Il est urgent que tous ceux qui atteignent la "septantaine" rentrent de leurs paradis de retraite méridionale, marocaine ou espagnole, et que tous les enfants du "baby-boom" qui alimentent aujourd'hui le "papy-boom" s'interrogent et racontent aux deux ou trois générations qui les suivent : "pourquoi il n'y a pas eu de guerre sur notre territoire depuis soixante-dix ans..." et "pourquoi il n'y aura pas de guerre sur notre territoire dans les dix ans qui viennent..."

 

La question nous ramène inévitablement aux pères fondateurs de l'Europe, à la création de l'ONU et à la dissuasion nucléaire. Des sujets effroyablement absents de notre semblant de campagne présidentielle.

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le triptyque

 

 

 

On s'en est beaucoup servi au Moyen-âge. Le triptyque est un moyen d'expression qu'on retrouve partout en Europe. Il s'agissait alors de lutter contre le diable et la destinée infernale d'un monde limité à portée de cheval. Dans les oeuvres peintes ou sculptées en trois panneaux, comme "L'adoration de l'Agneau Mystique" - Het Lam Gods* - dans la Cathédrale Saint-Bavon de Gand, on se réfugiait dans la religion. Mais on imaginait déjà trois éléments : un autre monde (le paradis), le moyen d'y parvenir (un changement de paradigme) et la façon de raconter cette histoire littéralement fantastique à une population qui ne savait pas lire....

 

C'est une idée que nous devrions reprendre aujourd'hui. Avec ou sans la religion. Chacun peut prendre le filtre qui lui convient, mais il y a des vérités qui s'imposent à tous, debout sur la planète, que ce soit dans l'hémisphère nord ou dans l'hémisphère sud !

 

1 - Tableau central

Le temps est venu. La recherche et la science, le numérique, nos escapades dans l'univers et les transports, les déplacements de populations parmi les plus pauvres à des milliers de kilomètres de chez elles,  et la fragmentation des familles entre les continents : tout nous indique que nous devons concevoir aujourd'hui notre façon de vivre non plus dans une nation, ni même un continent, mais sur la planète ! Tel est notre nouveau monde. Une belle boule bleue vue de nos satellites, qui ne demande qu'une chose : que nous la quittions pour aller voir ce qui se passe dans les autres constellations !

 

2 -  Volet gauche

Face à cette situation inédite, nous n'avons qu'une solution. Imaginer une nouvelle façon de promouvoir les avancées et de gérer les retards de notre planète pour donner à toutes ses populations, au premier comme au dernier de ses individus, une chance de mener une vie digne de ce nom. Nos institutions du siècle dernier sont obsolètes. Nos moyens économiques aussi. Il est urgent, par exemple, de repenser notre Organisation des Nations Unies (ONU) et de la délocaliser hors des Etats-Unis. Et de réorganiser nos productions et notre commerce.

 

3 - Volet droit

Les leviers essentiels de cette "Révolution" en forme de "Renaissance" restent les mêmes qu'au Moyen-âge : l'éducation et la culture sont plus que jamais d'actualité ! Du temps des cathédrales, on avait les vitraux pour raconter le "nouveau monde" et donner de l'espoir aux populations. Aujourd'hui, nous avons les écrans. Il y a des écoliers indiens qui utilisent désormais des smartphones pour apprendre à lire ! Nous avons l'histoire de la Chine et celle des Incas au bout de deux clics dans notre salon ! Il n'y a pas un seul politique qui nous le dit, mais nous avons un socle d'histoire et de culture d'une richesse inouïe ! A nous d'en faire notre miel pour entrer dans une nouvelle ère.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Une oeuvre des frères Van Eyck 

 

 

 

 

Le mur

 

 

 

Il est un des 577 obscurs députés de l'Assemblée Nationale. Edouard Philippe, maire du Havre et président de l'agglomération havraise, a pris la succession d'Antoine Rufenacht, ancien RPR devenu UMP, à la suite d'une "dynastie" d'élus PCF de 1956 à 1995. Il est au contact d'une population rude, qui vit au jour le jour, dans le port du Havre, les mutations du XXI° siècle. Et il n'y va pas par quatre chemins. Il annonce dans le quotidien "Paris Normandie" du 14 février 2017 : "la fin d'un cycle, et l'imminence d'un "drame".

 

Il fait une série de constats désarmants : "l'incapacité des gouvernements à résoudre les questions de chômage et du déficit, l'affaiblissement de l'autorité de l'Etat, la disparition affligeante d'une scène européenne que nous avons si souvent animée...."  Il énumère les acteurs politiques qui ont été sortis, manu militari, à l'occasion des primaires : Sarkozy, Juppé, Valls, et François Hollande, l'actuel Président de la République qui n'a même pas osé y aller du haut de sa fonction. A deux mois de la rafale électorale, présidentielle et législative, il évoque "les survivants d'un jeu de massacre qui s'érigent en candidats anti-système..." Et il laisse tomber un pressentiment. "Nous savons tous que nous sommes en 1957 (ndlr : à la veille de la nouvelle constitution de 1958), voire en 1788... " Et il conclut : "je constate aujourd'hui que la crise est imminente, et qu'en France, on en sort par la violence ou par les institutions. Et parfois par les deux..."

 

C'est exactement ce qui nous attend. Nous allons dans le mur. Nous le savons, et il est trop tard pour y changer quoi que ce soit. Les présidentielles et les législatives de 2017 vont nous plonger dans un cauchemar. Il n'y a pas un seul candidat de droite ou de gauche républicaine qui sorte du lot, et qui ait les épaules pour assumer la présidence de la République et une présence réelle de l'Europe à l'international. L'extrême droite est en embuscade. Plus forte et plus déterminée que jamais. La dislocation de l'Europe n'est plus seulement une hypothèse : "Brexit" et "Frexit" à l'appui, elle est clairement envisagée. Nous sommes tétanisés devant le fait. Mais il est bien réel.

 

La guerre, les guerres, Russie d'un côté, Chine et USA de l'autre, ne sont pas clairement déclarées, mais une étincelle, un énervement subit des tenants du pouvoir, Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Ping, ou d'un simple dictateur comme Tayyip Erdogan en Turquie, pourrait mettre le feu aux poudres... nucléaires !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caniveau

Il y a soixante-dix ans, autrement dit juste une ou deux générations précédentes, ce qu'on appelait un "caniveau" à Lille, ce n'est pas le fil d'eau propre comme un sou neuf qui longe les trottoirs de nos boulevards et de nos buildings ! Les eaux pluviales y retrouvaient au ras du pavé tous les rejets familiaux, y compris les déjections, dans un tuyau de fonte ouvert en surface, qui se jetait dans un égout, dont la puanteur se répandait dans les maisons dès qu'on laissait les fenêtres ouvertes en été.

 

Voilà ce qu'on évoque, quand on parle de "caniveau". Et voilà ce qu'on installe dans la tête du lecteur ou de l'auditeur , quand on traîne le personnel politique et la campagne présidentielle dans ce genre de conduit pestilentiel dont les nouvelles générations n'ont pas la moindre idée.

 

Prenons de la distance. Aujourd'hui, on "post" sur Instagram, What'sapp ou Snapchat, des images débiles ou indécentes qui répandent la bassesse et la misère humaines à la vitesse de la lumière. Même le nouveau président des US, Donald Trump, passe pour un ringard avec ses "tweets", qui restent enregistrés sur les écrans "ad vitam aeternam". Il n'y a plus d'informations. Juste un flux permanent d'images, de sensations, de polémiques qui s'effacent au fur et à mesure qu'elles apparaissent autour de la planète. Et le "caniveau", plus que jamais sensationnel et labile, est à deux doigts de se jeter dans... le vide sidéral ! Le royaume d'Albert Einstein, l'espace et le temps, devient la poubelle de l'humanité.

 

Comment réagir dans ce contexte ? Comment rendre à l'information ne serait-ce qu'un peu de sens, une colonne vertébrale, un battement de coeur, un contexte, de l'analyse et du recul ? Le défi est immense pour les medias. Papier,  numérique, télé et vidéo : peu importe le format. Les images et le son d'un côté, les mots de l'autre, agences de presse, radios, télévisons, hebdomadaires ou quotidiens, nationaux ou locaux, il va falloir tout remettre à plat. Reconsidérer ce qu'il faut "vendre" à l'auditeur ou au lecteur. Pour le sortir du "caniveau", de l'ornière dans laquelle il s'est embourbé. Et l'amener avec beaucoup d'efforts, de trésors de patience et de détermination, à... regarder les étoiles ! A poser ses informations, et à les traiter, sur un socle d'éducation et de culture qu'il doit se construire, parce qu'il ne les a pas reçus pendant des dizaines d'années.

 

Tels sont les maîtres-mots. Culture, éducation. Les "medias", qu'on met après tant d'autres au pilori de multiples "affaires", n'y pourront rien tant que leurs "clients" ne seront que des "zombies" qui prennent tout ce qui se passe autour d'eux au premier degré.  A coups de "selfies", et de clics sur "Youtube".

 

La solution est ailleurs. Dans les familles, dans les premières années de l'enfance, dans l'accompagnement des collégiens et des adolescents, dans l'éducation au numérique et dans la mise au pied à l'étrier des jeunes adultes qui sont appelés à devenir des hommes et des femmes 'responsables". Une denrée rare, à l'aube du 3ème millénaire.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Proximité

 

 

C'est une des questions essentielles, que nous allons devoir résoudre rapidement. La proximité de l'individu, un homme, une femme, un enfant, avec les centres de décision qui déterminent sa vie quotidienne.

 

80% des décisions communales, aujourd'hui, sont une déclinaison des choix des intercommunalités.. 80% des décisions intercommunales sont dépendantes des choix du Département ou de la Région, Et 80% des grandes opérations régionales, telle le Canal Seine Nord, dépendent non seulement de la nation, mais avant tout de l'Europe, de ses institutions multiples et disséminées dans le quartier européen de Bruxelles.

 

Que nous le voulions ou non, telle est la situation Elle est le résultat d'un changement radical de nos modes de vies de l'après-guerre. Nous prenons l'avion aujourd'hui, comme nous prenions le tramway. Nos dirigeants ont commencé à réunir les nations européennes, pour faire face au destin de la planète : le réveil de la Chine, la montée en puissance de l'hémisphère sud, la numérisation qui met Pékin en ligne directe avec Maubeuge, Anstaing ou Armentières. Il nous faudra bientôt investir l'univers, non pas à la façon d'Iris Mittenaere, la nouevlle Miss Univers originaire de Steenvorde;, mais à celle de Thomas Pesquet, du haut de son International Spatial Station (ISS). Pour découvrir d'autres mondes. Pour nous y implanter à la façon de Christophe Colomb ou de Magellan.

 

L'aventure qui s'ouvre à nous est extraordinaire. Elle peut être enthousiasmante. Elle peut aussi nous faire peur, et nous tétaniser. Il est urgent que nos intercommunalités, nos grandes régions, et notre nation redescendent sur terre. Il est urgent qu'elles créent des points de rencontre avec leurs administrés. Il est urgent de savoir, par exemple, que nous avons dans le Nord une députée européenne originaire de Roubaix, Karima Delli, groupe des verts/Alliance libre européenne, qui vient de prendre la présidence de la Commission Transports et Tourisme du Parlement Européen.

 

Peu importe son appartenance politique. Elle est un trait d'union entre ce qui se dit dans  la rue de Lannoy à Roubaix, le siège de la Métropole Européenne de Lille (MEL), celui du Département, celui des Hauts-de-France, et ce qui se décide dans les couloirs du Parlement Européen ! Tout le monde devrait la connaitre. Et tout le monde devrait savoir que la prochaine réunion de la commission Transport et Tourisme se tiendra le 27 février de 15h à 18h30. Et qu'on pourra la suivre en direct, non pas sur France 3 à trois heures de l'après-midi,  mais sur le site du Parlement Européen*

 

Député européen : tel était le  premier job de Benoit Hamon, qui vient de franchir la barre de la Belle Alliance Populaire. Pourvu qu'il s'en souvienne. Pourvu qu'il impulse une nouvelle façon d'envisager l'avenir. Pourvu que ses concurrents soient imprégnés du même esprit d'ouverture, tout en gardant un lien de grande proximité avec leurs "administrés".

 

Etienne Desfontaines

 

http://www.europarl.europa.eu/portal/fr

Quel président,

pour quel Parlement ?

 

Il l'a décidé. Il rentre à Berlin. L'Allemand Martin Schulz a fait savoir en novembre dernier qu'il ne briguerait pas un troisième mandat à la présidence du Parlement Européen. Soixante et un ans, une belle assise politique, membre actif du Parti Social Démocrate, député européen, président du Parti Socialiste Européen (PSE) rebaptisé Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D), il devient en 2012 un des prestigieux successeurs de Simone Veil à la Présidence du Parlement Européen. Il y mène une véritable campagne de promotion de la démocratie européenne. Il y est réélu le 1er juillet 2014, en s'appuyant sur la "grande coalition", un accord entre les deux principaux groupes du Parlement Européen, le Parti Populaire Européen (PPE) et l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D). Il impose sa faconde et ses options, il tient tête à la Commission Européenne et au Conseil Européen. Il se répand dans les medias, pour promouvoir une certaine idée de l'Europe. Plus unie, plus forte, plus solide, dans tous les domaines, intérieurs et extérieurs.

 

Mais aujourd'hui, c'est dit. Il jette l'éponge. Il fait le choix de briguer la tête du Ministère des Affaires Etrangères de sa nation, dans le prochain cabinet d'Angela Merkel. C'est un poste qui lui semble plus à même de répondre à la problématique des années à venir que les institutions européennes, plus que jamais aléatoires.

 

Le départ de Martin Schulz est une catastrophe, et il est passé sous silence. Il ne fait pas le poids dans les medias, face aux élucubrations d'un Donald Trump ou aux coups de menton d'un Vladimir Poutine. C'est pourtant un des sujets les plus graves de ce début d'année. Les 751 eurodéputés européens sont livrés à eux-mêmes.

 

La belle entente du PPE (droite et centre-droit) et du S&D (sociaux-démocrates) a volé en éclat. Les europhobes et l'extrême droite sont en embuscade. Deux italiens et un belge tiennent la corde, dans une lutte totalement inédite. Antonio Tajani  est le membre fondateur de Forza Italia, un ancien porte-parole de Sylvio Berlusconi.... Autrement dit, un Trump à l'européenne ! Le socialiste Gianni PItella clame que l'Europe a besoin de la gauche pour mettre fin à l'austérité aveugle... Une fuite en avant assurée à coups de crédits sur les générations à venir ! Et l'ancien Premier Ministre belge, Guy Verhofstadt, la joue "à la belge", façon "médiateur", qui cherche le compromis comme il l'a fait entre flamands et wallons. Il aboutit toujours à un statut quo, dont aucun destin ne peut se satisfaire !

 

Quel président, pour quel parlement européen ?

Lorsque nous sortirons en mai 2017 de notre élection présidentielle franco-française, qui se vautre dans le caniveau des primaires et des candidatures hors-cadre, il sera trop tard. Notre destin sera scellé. Nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer, dans le tourbillon des évolutions de la planète.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le plongeon

 

Le phénomène se reproduit tous les ans. On s'embrasse dans la Nuit de la Saint-Sylvestre. En famille, entre amis, dans le salon ou dans la rue. On se presse sur les places publiques une bouteille de champagne à la main. On allume des pétards, on brûle aussi des voitures. Et on danse, en smoking ou en marsupilami, jusqu'au bout de la nuit.

 

A vingt heures, le président de la République dit des mots que personne n'écoute. Plus que jamais cette année, puisque François Hollande nous a annoncé son retrait. Aucun intérêt. Et parce que, de toute façon, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, sur les Champs-Elysées ou dans le fond d'une salle polyvalente, avec ou sans feu d'artifice, nous le clamons avec Juliette Greco* : "il n'y a plus d'après... plus d'après-demain, plus d'après-midi, il n'y a qu'aujourd'hui !" 

 

Reste que l'aube se lève. Imperturbable.

Et que le réveil est difficile. Le fêtard n'en revient pas encore, en 2017. Il se retrouve à 10 mètres de haut. Il tente de garder l'équilibre sur un plongeoir, dont la souplesse lui donne la nausée. Et il le sait. Il n'y a pas de retour possible. Il lui faut plonger tête la première dans...l'eau glacée de l'incertitude des mois à venir.

 

Incertitude géopolitique, incertitude européenne, nationale, territoriale. Incertitude démographique, écologique, financière, économique, culturelle et religieuse. Incertitude sociale et sociétale. Tous les domaines que nous approchons dans la vie, privée, publique ou professionnelle, sont en cours de "transition". Le Larousse ne s'y trompe pas, qui définit la transition comme "le passage d'un état à un autre". Avec un synonyme : la "mutation" dont l'étymologie n'est rien d'autre que la "mue". Et l'histoire, comme la zoologie, nous apprennent que ces temps-là sont des moments... de grande fragilité.

 

C'est à cette transition que nous devons tous nous atteler. Gens de peu et gens de bien. Décideurs ou simples citoyens. Si nous le faisons pas, si nous n'adoptons pas une nouvelle façon d'être et un état d'esprit d'ouverture, si nous ne nous lançons pas à l'aventure, prêts à en découdre avec des éléments dont nous ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants, alors nous resterons de bois. Et nous serons fossilisés, comme les forêts dont nous prélevons sans vergogne le pétrole, jusqu'à l'épuisement.

 

Il n'y a qu'un souhait à formuler en janvier 2017. C'est qu'une fois atteint le fond de la piscine, nous donnions le coup de pied salvateur pour remonter à la surface. Prendre un peu d'oxygène. Et retrouver le plaisir d'évoluer avec nos congénères sur... des eaux un peu plus calmes, un peu moins angoissantes, que celles de l'année dernière.

 

Etienne Desfontaines

(*) www.youtube.com/watch?v=_6pAS3gexS8

Abattu

 

 

Il y a deux mots pour le dire. "Abattu" ou "neutralisé". Le premier est direct. Conforme à la réalité. Le second est diplomatique. Il laisse libre cours à la pensée de celui qui l'entend. Mais le résultat est le même. Le tunisien, le djihadiste Anis Amri, l'auteur de l'attentat de Berlin est mort. Dans une rue de Milan. A Berlin, on respire. La menace d'un autre attentat est écartée. Ailleurs, on se pose des questions sur la cavale du tueur. Sur la perméabilité des frontières européennes. Et sur le fait que ce soit un contrôle de routine, qui l'ait fixé et éliminé.

 

Sur les écrans, on voit fleurir naturellement les commentaires. Dont un micro-trottoir. Une dame dans un marché quelque part en France, qui fait froid dans le dos : "Moi, je suis contente qu'il soit mort..." Oeil pour oeil, dent pour dent. La loi du Talion, appliquée à la lettre. Le contraire de tout de que nous avons voulu, en France et Europe, avec la volonté politique de François Mitterrand, le travail de Robert Badinter, et le rejet de la peine de mort le 18 septembre 1981 l Confirmé par le Protocole n°13 à la Convention Européenne des Droits de l'homme, ouvert à la signature en 2002, ratifié par tous les membres de l'Union Européenne et clairement posé comme condition à l'entrée dans l'institution européenne.

 

Il dit les choses de manière claire, ferme et définitive. "La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine. Aucune dérogation n'est autorisée. Aucune réserve n'est admise."  Dans ces conditions, on comprend bien l'acte de légitime défense des policiers italiens. Mais on ne peut pas admettre qu'un citoyen français, européen de fait, dise publiquement qu'il est "content" qu'il soit mort. Les familles, la nation allemande et l'Union Européenne aurait dû avoir droit à un procès.

 

La haine engendre la haine. Le droit est le seul rempart que nous ayons pour ne pas tomber dans l'apocalypse - comme à Alep - et protéger la vie. Prenons-en soin. Et ne le laissons pas bafouer, devant un étal de marché, ou dans la plus banale de nos conversations. Entre les huîtres et le foie gras des fêtes de fin d'année, par exemple, dont nous jouissons en paix et en pleine liberté parce que des hommes de l'ombre se sont levés, il y a 70 ans, pour nous, et pour toute notre descendance !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Noël au bunker

 

 

Noël 1939

Le conservateur Arthur Neville Chamberlain est le Premier Ministre du Royaume Uni. Il est un des signataires de l'accord de Munich. Les déclarations de guerre sont tombées en pagaille en automne. La "drôle de guerre" bat son plein. On  n'entend pas encore le son du canon, mais son discours est alarmant. "Si les peuples s'abandonnaient, lance-t-il, s'ils laissaient triompher l'injustice, ils ne tarderaient pas à connaître la future épreuve de l'histoire..."  On connait la suite.

 

Noël 2016

L'attentat de Berlin secoue l'Allemagne, l'Europe et la communauté internationale. Un camion ravage un marché de Noël, au pied de "l'église du Souvenir". Une ruine conservée dans son état, à la suite des bombardements de la seconde guerre mondiale. On ne peut pas ne pas faire le lien. L'histoire trouve toujours des chemins différents pour se répéter.

 

Nous faisons face à de nouvelles menaces. Et comme en 1939, nous nous "bunkérisons". C'est le réflexe de la Ligne Maginot. Grillages et plots de béton autour des marchés de Noël (notre photo, Place Rihour à Lille), retour des contrôles aux frontières, prolongation et banalisation de l'état d'urgence, tentation de rejet des réfugiés. Défiance aussi  vis-à-vis de l'Europe. Populismes et patriotismes, démographiques et économiques, qui font florès.

 

Les démons des années 30 sont à l'oeuvre. La Syrie et la volonté d'hégémonie de Vladimir Poutine, les soubresauts issus des Printemps Arabes et le cancer récurrent de la question d'Israël, sapent les velléités de l'ONU et l'équilibre de la peur établi dans les années 60.

 

Le Général Pierre de Villiers, chef d'Etat-Major des Armées, en profite pour réclamer encore "l'effort de défense" nécessaire. Il ne disait pas autre chose, il y a deux ans, sur le perron de l'Eglise Saint-Pierre de Bouvines, où l'on tentait à l'occasion du 800ème anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste de parler de Paix, d'Europe et de Jeunesse....

 

Les choix de 2017

Il n'y a pas trente six mille solutions. Soit nous nous refermons sur nous mêmes, comme une huître qui se brûle au contact du citron. Soit nous décidons de sortir de notre coquille. Français, et fiers de l'être, nous nous portons aux avant-postes d'une Europe qui rattrape les anglais par la peau du dos, qui donne une véritable colonne vertébrale et démocratique à ses institutions, et qui impose au monde ses options, ses ambitions et son pouvoir d'apaiser les peuples. Son intention aussi de créer une nouvelle organisation internationale, hors les murs de New York. Une institution qui élimine de son titre la notion de "nations", et qui prenne à bras-le-corps... le sort de la planète !

 

Nous avons en France des hommes et des femmes, qui ont cette intention et cette capacité. Ils ne figurent pas sur la liste des candidats à l'élection présidentielle. Il est de notre devoir de citoyens de les porter sous les feux de la rampe ! Nous y reviendrons.


Etienne Desfontaines

 

A perdre la raison

 

 

 

Populismes, extrémismes, traditions et religions. Nous ne voulons pas nous l'avouer. Mais la réalité est têtue. Elle nous jette une vérité à la figure : ce qui mène le monde, à l'aube de l'année 2017, ce n'est plus la raison, et son cortège de diplomatie, de forces opposées mais maîtrisées, de négociations et de rencontres multilatérales ou bilatérales. C'est l'émotion.

 

Les US partent en vrille sous la houlette d'un huluberlu, milliardaire de son état, qui n'a jamais passé la porte de l'ONU à deux pas de chez lui. La Russie se réapproprie la Crimée sans que l'Europe ne bouge le petit doigt. La Chine fait craquer les murs de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) sans se faire rappeler  à l'ordre. Le reste est à l'avenant, qui voit la guerre détruire des familles par milliers au Moyen-Orient, l'Europe se diviser sur la question des réfugiés, se désintégrer sans comprendre qu'elle redonne libre cours aux démons qui l'ont conduite aux désastres de 14-18 et 39-45. Et l'écart se creuse plus que jamais entre les grands de ce monde et la misère.

 

Il y a déjà deux ans, l'AFP publiait des données insoutenables (*) : "1% des plus fortunés posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale, disait le communiqué, 80 personnes se partagent aujourd'hui la même richesse que 3,5 milliards d'individus !" Rien n'a changé. Chacun voit midi à sa porte. Chacun s'émeut dans son pré carré. L'astronaute Thomas Pesquet, qui vient de rejoindre l'ISS, (International Space Station) a beau nous inonder de splendides images de notre planète, nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez !

 

C'est pourtant lui qui dit vrai. Il le vit à raison de sept levers et couchers de soleil par jour. Et il le démontre, sans vraiment s'en rendre compte, avec les photos qu'il distribue sur tous les écrans. Nos nations, nos continents ne sont rien au regard de ce qui nous attend dans le troisième millénaire. C'est au  niveau de la planète que nous devons considérer notre avenir. C'est au niveau de la planète que nous devons mesurer les misérables candidatures à l'élection de la Présidence de la République Française. Nous sommes des lilliputiens. Nous n'avons pas la moindre conscience de ce que nous devons entreprendre dans les années qui viennent.

 

Convenons-en : il s'agit évidemment sur notre bonne vieille terre de ne rien oublier, mais de tout réinventer ! Au-delà de la France, au-delà de l'Europe, au-delà des continents. Dans un univers qui nous dépasse. Le dessinateur Hergé avait déjà tout compris lors de la publication de ses albums : "Objectif Lune", "On a marché sur la lune".

 

Si nous n'intégrons pas cette réalité, si nous n'arrivons pas à aimer notre planète, comme le disait Jean Ferrat, "à perdre la raison", alors les splendides photos de Thomas Pesquet vont devenir notre cauchemar. Et notre planète ne sera plus... qu'une bombe à retardement.

 

Etienne Desfontaines

 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/19/les-1-les-plus-riches-possederont-bientot-la-moitie-de-la-richesse-mondiale_4558585_3234.html#qOVei7SQ4x1VXP71.99

 

 

La fenêtre ouverte

 

 

C'est une règle managériale. Tous les cadres des grandes entreprises et tous les employés des grandes institutions la connaissent bien. Ils l'appliquent avec une extrême rigueur : "surtout ne jamais passer devant une fenêtre ouverte !"  Un coup d'épaule est si vite donné. Il ne s'agit pas naturellement des grande baies vitrées qui couvrent les immeubles de la Défense, ou de celles qui servent de champ de fond aux journalistes qui scrutent les jours et les nuits de l'Elysée. Il s'agit des trous d'air qui secouent régulièrement les groupes privés ou les institutions locales, régionales, nationales, européennes ou internationales. A l'occasion d'une fusion, d'une refonte ou d'une réorganisation, d'une reconstitution politique ou d'une échéance électorale.

 

Trois pivots de notre horizon national viennent d'en faire les frais. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande. Ils ont été piégés par les primaires. Jetés dehors. D'autres ont été plus malins. Jean-Luc Mélanchon, Emmanuel Macron, ont pris un autre couloir. Et Marine Le Pen, elle, s'est située d'emblée sur le toit du bâtiment ! C'est un fait acquis. Elle sera au second tour. Plus personne ne la remet en cause. La droite et la gauche républicaines ont mis un genou à terre, devant le Front National.

 

C'est sur cette base que les élections françaises de 2017, présidentielles et législatives, sont définitivement établies. Il manque à la droite l'apport infime de ce qui reste des troupes de François Bayrou. La gauche aligne plus de dix candidats, "in" et "off" des primaires, dont les résultats sont plus qu'incertains. A six mois de l'élection, comme le souligne notre hôte, ce n'est plus une "fenêtre ouverte". C'est une béance.

 

La France est à l'arrêt. Inquiétée et inquiétante. Sans voix, en Europe et à l'international.

Plus que jamais, nous devons résister au vertige... du vide !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Europe.jpg

Un seul être vous manque....

 

 

C'est une idée force du Front National. Evacuer l'Europe de notre destin. Ramener la France aux frontières de 1945. Surtout ne pas voir au-delà de Calais, de Lille, de Thionville, de Strasbourg, de Belfort,  de Modane ou de Vintimille !  Et clamer notre identité. Faire savoir au monde, bien au-delà des limites incertaines de Schengen (mais où se trouve donc cette bourgade qui nous empêche de tourner en rond ? ) que nous sommes debout, que nous avons une histoire, une fierté, une force de frappe économique, un porte-avion et des bombes nucléaires capables de détruire sur pied la première grande puissance qui voudrait nous reprendre notre emblème du XX° siècle : "L'Alsace et la Lorraine" ! Faire savoir aussi, et plus que jamais, que nous sommes à même de réduire à néant avec notre DGSI et notre DGSE, notre RAID et notre GIGN, les forces terroristes qui s'infiltrent dans nos villes.

 

C'est une idée force, et c'est une idée bien établie. Durablement inscrite dans nos consciences. Les deux challengers de la droite française, François Fillon et Alain Juppé, l'ont admis implicitement dans le débat de cette semaine. Echanges polis, feintes et attaques à fleurets mouchetés, ils ont usé de tout leur savoir-faire. Sans toucher au dogme de la préparation des présidentielles de 2017  : "Marine Le Pen sera au second tour". Ni à sa conséquence immédiate: "il faut bouter l'Europe hors de nos frontières."  Comme l'ont fait les anglais.

 

Les journalistes requis pour le "spectacle" de la primaire de la droite ont joué le jeu. Il s'agissait pourtant de gens expérimentés. David Poujadas (France 2), Alexandra Bensaid (France-Inter), Gilles Bouleau (TF1). Aucun d'entre eux n'a pourtant abordé de front la question fondamentale de.... l'Europe. Pas un mot sur le sujet.

 

"Un seul être vous manque, clamait Alphonse de Lamartine, et tout est dépeuplé..." Il pleurait la perte d'une amante, emportée par la tuberculose. Le titre du poème dit tout : "L'isolement". Et son contenu nous jette dans l'effroi :

 

De colline en colline en vain portant ma vue,

Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,

Je parcours tous les points de l'immense étendue,

Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

 

La France, sans l'Europe, n'est rien. La France, sans l'Europe, ne tient pas dix secondes face à Vladimir Poutine. La France, sans l'Europe, subit profondément la pression économique des US, de la Chine, de l'Inde, de l'Amérique du Sud et de l'émergence africaine. La France, sans l'Europe, n'a plus de consistance culturelle.

 

Le premier job de notre prochain Président de la République sera de reconstruire l'Europe. Qui s'en inquiète aujourd'hui, à gauche et à droite ? Qui ose dire aujourd'hui qu'il faut emmener nos enfants visiter le Parlement Européen, le siège de la Commission Européenne et celui du Conseil Européen ? Pour entrer de plain-pied dans le XXI° siècle. Il ne sert à rien de réveiller les ombres d'après-guerre des pères fondateurs de l'Europe. Nous sommes, nous, les pères fondateurs de l'Europe du XXI° siècle. Il est urgent de nous réveiller !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Amérique : la désillusion (2)

 

Elections américaines participation.jpg

 

 

Jeudi 9 novembre - 3h du matin. La "Trumpmania" déferle sur les écrans. Les instituts de sondage et tous les observateurs avertis changent leur fusil d'épaule. Un frisson parcourt le monde. Donald Trump passe sous le nez d'Hillary Clinton. Et le "personnage" prend immédiatement les feux de la rampe.  Ici, on se félicite : "c'est le peuple qui a parlé !" Là, on panique : il va semer la division, et provoquer une récession mondiale. Et puis, on tente de retrouver la raison.  "Il fera ce qu'il a toujours fait, c'est un pragmatique, il s'adaptera". Tandis que d'autres se raidissent. Les premières pancartes fleurissent, au pied de la Trump Tower : "Not my president !"

 

Le tintamarre est à son comble, quand une autre information tombe. Discrète. A peine commentée sur les écrans. La moitié seulement des 230 millions d'américains en âge de voter (54,2% exactement) se sont déplacés pour déposer un bulletin dans l'urne. "C'est le moins bon [taux de participation depuis 2000, dit Pierre Breteau (Le Monde, édition du 9 novembre 2016), qui évoque les records des années 60, les élections de Kennedy et de Nixon, à plus de 60%.

 

A ce stade, légalement, c'est acceptable. Légitimement, c'est un déni de démocratie. Donald Trump n'emporte finalement qu'un quart des voix des inscrits sur les listes électorales américaines. Un commentateur dans l'émission d'Elisabeth Quin,  "28 minutes" (Arte), lance le soir même une analyse qui fait froid dans le dos. "On ne peut pas passer quarante ans à déresponsabiliser les citoyens, dit-il,  pour en faire de meilleurs consommateurs, et espérer qu'ils redeviennent intelligents le jour de l'élection !"  Et il enfonce le clou : "ils votent comme ils éliminent un candidat de la téléréalité, ils choisissent comme dans les allées d'un hypermarché !" Avant de conclure : "Seule une remise en cause profonde du modèle socio-économique permettra de redonner du souffle à une démocratie renouvelée".

 

Donald Trump n'a pas fait fortune dans l'industrie productrice de richesse. Il n'a jamais exercé la moindre fonction publique. Il a surfé dans l'immobilier, il a été producteur et animateur d'une émission de téléréalité. Il a intégré le phénomène de l'opinion, et de la consommation. Ses électeurs ne sont pas des citoyens. Ce sont des "zombies", produits de la dérive d'une société fixée dans l'immédiat et le profit. Il n'y a plus d'intérêt général aux Etats-Unis. Ni pour le territoire américain, ni pour le monde.

 

La première mesure à prendre, dans ce cauchemar dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences, serait de délocaliser le siège de l'ONU.

 

Etienne Desfontaines

 

Photo : courbe des participations aux élections américaines

Amérique : la désillusion

Olivier Piton.jpg

"La campagne américaine est-elle en train de dégénérer ?" La question parait banale, au vu de ce qui surgit sur nos écrans. Et le journaliste Maxime Suitec la pose sans crier gare, cette semaine, dans le 13h d'Europe 1. Mais les mots ont un sens. Et la "dégénérescence" n'est pas une simple "dégradation". En biologie, c'est une façon de dire qu'une cellule ou un tissu perd ses caractéristiques fonctionnelles, au point de disparaitre dans un temps compté !

 

Où va l'Amérique ? Nous sommes en droit aujourd'hui de nous interroger. Le duel Donald Trump - Hillary Clinton est désolant. Il ne nous donne pas de réponse. Il y a un ouvrage, en revanche, qui prend de la hauteur et qui nous apporte un éclairage utile*.

 

Olivier Piton (50 ans) est avocat spécialisé en droit public français, européen et américain, au barreau de Paris et de Washington. Il a créé et dirigé la cellule de stratégie d'influence de l'ambassade de France à Washington de 2005 à 2010. Et il est président de la commission des lois de l'Assemblée des Français de l'étranger**. En clair, il est aux avant-postes de nos relations avec les US. Et il annonce "la fin d'un monde", un véritable "tournant de l'histoire !"  A cent mille lieux des images d'Epinal que nous nous sommes forgées sur l'Oncle Sam, au fil de la seconde moitié du XX° siècle.

 

Première immense désillusion : "pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, dit Olivier Piton, une majorité des Américains rejette en bloc l'immigration, foulant aux pieds une tradition bicentenaire d'accueil de l'étranger, autrefois appelé à intégrer le peuple américain en une génération..." Les Pères Fondateurs doivent se retourner dans leurs tombes !  Deuxième désillusion : la zone d'influence des US subit un rétrécissement inexorable. Olivier Piton stigmatise "la réussite purement occidentale" de l'Amérique, "parce qu'elle est limitée au cadre de pays partageant la même culture..." Exit le continent asiatique, l'Afrique et la sphère musulmane, qui lui sont hostiles. Troisième désillusion : le modèle économique des US est remis en cause. Crise morale des "subprimes" à l'appui,  on s'aperçoit que "le capitalisme industriel" [porteur d'espoir et producteur de richesses] "a été délaissé au profit des puissances financières." Après le communisme, c'est au tour du capitalisme de monter sur l'échafaud !

 

Résultat : le doute s'installe. L'Amérique sombre dans le syndrome européen, qui aligne la peur et la colère. Peur de la paupérisation. Peur des nouvelles puissances comme la Chine. Colère et défiance contre les élites, populisme et béance des idées. Le parti le plus puissant, qui sortira des urnes le 8 novembre aux US, n'en doutons-pas, sera une nouvelle fois celui... des abstentionnistes !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) "La nouvelle révolution américaine" par Olivier Piton (Plon - mai 2016)

(**) L’Assemblée des Français de l’étranger représente 2 millions de personnes établies hors de nos frontières  (www.assemblee-afe.fr)

 

 

 

 

António Guterres

 

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Il est portugais. Et pour tout dire, il est l'héritier des grands Lisboètes. Ceux qui ont descendu le Tage, avant d'affronter l'océan Atlantique. António Manuel de Oliveira Guterres a 67 ans. Il est ingénieur, catholique et socialiste. Il parle couramment anglais, français et espagnol. Député en 1976, président de son groupe parlementaire en 1988, secrétaire général du PS en 1992, Premier Ministre en 1995. Il organise l'exposition universelle de 1998, fait surgir pour cela le "Parque das Nações" - le Parc des Nations - qui défie l'imagination à l'est de Lisbonne. Il tient bon et gère un pays d'un peu moins de 10 millions d'habitants jusqu'en 2002. Et il traverse l'Atlantique en 2005, à la demande du Secrétaire Général de l'ONU, le Ghanéen Kofi Annan, pour devenir le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR).

 

La suite est impressionnante. En janvier de cette année, le Premier ministre portugais en exercice, António Costa (PS) propose la candidature d'António Guterres au poste de secrétaire général de l'ONU, à la suite du sud-coréen Ban Ki-moon le 1er janvier 2017. Le portugais passe haut la main la séquence des auditions en juillet, il vient d'obtenir 13 votes favorables sur les 15 membres du Conseil de Sécurité, et il devrait être confirmé courant octobre par les 193 Etats membres de l'Assemblée Générale de l'ONU.

 

Marie Bourreau, la correspondante du Monde aux Nations Unies, rapporte* les propos du représentant russe, Vitali Tchourkine : "vous êtes les témoins, je pense, d'une scène historique". Et ceux de l'américaine, Samantha Power : "nous avons un candidat, dit-elle, dont l'expérience, la vision, la capacité d'adaptation sur un grand nombre de sujets ont fini par convaincre." Elle ajoute : "c'est remarquable qu'il n'y ait eu ni contentieux ni controverse...Tous les jours [...] nous aspirons à l'unité que nous avons pu observer aujourd'hui [au Conseil de Sécurité]" Le message est fort. Il dit clairement qu'un homme doté d'une solide expérience politique, capable de pointer du doigt l'intérêt général et d'entraîner ses interlocuteurs sur le chemin pour y parvenir, peut faire l'unanimité de la planète !

 

Il reste que les défis qui attendent António Guterres sont immenses. La Russie et l'Amérique se regardent en chiens de faïence. L'Afrique émerge doucement, mais sûrement. L'Inde et la Chine ne sont plus seulement les usines du monde, elles en deviennent aussi les laboratoires de recherche, et leur prévalence scientifique, économique et démographique, va radicalement changer la donne. L'influence de la grande Amérique, celle qui a sauvé et soutenu l'Europe en 1944, n'est plus qu'une peau de chagrin** (nous y reviendrons). Et l'idéal des pères fondateurs de l'Europe est en train de voler en éclats.

 

Au-delà des nations, au-delà du conflit syrien qui fixe toutes les attentions en ce moment, c'est aux continents que le portugais António Guterres va devoir se frotter. Pas de quoi effrayer un Lisboète !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Le Monde - 6 octobre 2016

(**)  "La nouvelle révolution américaine" Olivier Piton (2016 - Plon)

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