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« Le monde comme il va » : et si l'on s'arrêtait un peu pour réfléchir ?

 

Libfly interroge André Soleau

 

La voix du Nord parle du Monde comme il va

 

Le Club de la Presse accueille André Soleau

 

http://adan.blogspirit.com

 

Le tamis

 

Nous sommes à huit mois des présidentielles en France. L'Amérique, l'Allemagne se préparent aussi à des élections délicates. Et le monde tourne, toujours plus vite, toujours plus incertain, sans le moindre GPS pour nous donner un but, un axe, et des raisons de nous lancer, de nous avancer avec optimisme dans un avenir dont nous avons toutes les peines du monde à entrevoir les contours. Pas moins de 25 candidats sont déjà rangés dans les starting-blocks, sans compter la trentaine de personnalités  insolites qui ne cherchent qu'à se faire connaître. La prédiction du Général De Gaulle se réalise. " Ce qui est à redouter quand de Gaulle aura disparu, avait-il lancé en 1962, ce n’est pas le vide politique, c’est plutôt le trop-plein !"

 

Au rayon des Verts, on trouve Cécile Duflot, Yannick Jadot, Michèle Rivasi et la toute dernière venue, Karima Delli, 38 ans, dont le parcours politique dans le nord est réduit à sa plus simple expression : assistante parlementaire de Marie-Christine Blandin, et députée européenne.  Sur les étagères de la gauche de la gauche, l'indéboulonnable Jean-Luc Mélanchon exaspère Pierre Laurent (parti communiste), Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière), et Philippe Poutou (NPA). Au coeur et à la marge du parti socialiste, Arnaud Montebourg, Benoit Hamon, Emmanuel Macron, sans oublier Gérard Filoche et Marie-Noëlle Lienemann, tentent de doubler François Hollande. Dans la tour du centre, on va voir réapparaître François Bayrou, sans l'un de ses fidèles compagnons, Jean-Christophe Lagarde qui a décidé d'y aller tout seul.  Et dans le stand des Républicains, il y a foule. Plus de dix personnalités sont annoncées ! Copé, Fillon, Guaino, Juppé, NKM, Lefebvre, Le Maire, MAM, Morano,  et "ad last, but not least" : Sarkozy, qui ratisse large pour endiguer la vague annoncée de l'extrême droite avec Marine Le Pen.

 

La fourniture de rentrée la plus demandée, cette année, n'est pas le stylo ou le tube de colle. C'est le tamis. Nous allons en avoir le plus grand besoin pour faire le tri de cette masse "d'ego" qui font grand bruit dans les medias. Et il est improbable qu'on en sorte "the right man in the right place", comme disent les anglais. La plupart sont des hommes et des femmes du XX° siècle. Ils ont fait leur temps. Les autres n'ont pas les épaules pour assumer, au nom des 66 millions de français, un destin qui n'a plus rien à voir avec ce que nous avons connu dans la seconde moitié du XX° siècle.

 

Le premier tamis venu fera l'affaire. Mailles plus ou moins serrées, aucun candidat ne résistera à la première analyse raisonnée et raisonnable qui lui sera appliquée. Grille nationale, internationale, privée ou publique, culturelle ou économique, social ou environnementale, les données ne sont plus les mêmes, seize ans après le passage de l'an 2000. Elles sont impitoyables. Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

Résistance

 

Guerre symétrique, guerre asymétrique. En 1940, les autorités descendent à Vichy, publient des lois iniques. En 2016, les autorités ne maîtrisent pas la situation. Ici et là, on recule. On protège la population, on élève une ligne Maginot que les djihadistes contournent avec une aisance déconcertante. La braderie de Lille est annulée.

 

L'heure est venue de réagir. L'heure est venue de prendre des initiatives. Les autorités n'ont plus la main. Elles sont figées. Contraintes de prendre des dispositions contraires à notre liberté, à notre idéal de démocratie. Il n'y a plus qu'une solution dans ce cas. Suivre l'exemple de la résistance. Transgresser la loi, désobéir aux ordres. En évitant le plus possible de mettre la population en danger.

 

L'ancien juge antirerroriste Marc Trévidic prédit une "année épouvantable" pour la France*. Il est aujourd'hui premier vice-président du tribunal de grande instance de Lille. Il connait bien les deux tueurs  de Saint-Etienne-du Rouvray. Il a croisé Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean dans son prétoire. Et il en connait des centaines d'autres. Il décrit leurs personnalités, leur jeunesse, leur entourage. Une analyse froide et objective qui  devrait suffire à nous convaincre. Nous avons les moyens d'agir. Nous avons les moyens de circonvenir la source des agressions que nous subissons. Il y faudra du temps. "10 ans", dit le juge Trevidic. Mais au lieu de gémir ou d'encenser la décision de Martine Aubry et du Préfet Michel Lalande, nous devrions mettre nos pas dans ceux de nos prédécesseurs, les résistants de la première heure, ceux qui ont défié à la fois l'ennemi et le pouvoir en place.

 

La braderie de Lille est annulée ? C'est un signal fort. Nous sommes atteint dans notre intégrité. Il est de notre devoir de répondre à l'agression. De désarmer, moralement et physiquement, tous ceux qui se laissent prendre chez nous dans les filets de Daesh. Ils sont des dizaines, des centaines. Ils évoluent sur internet, ils ont des camions, des couteaux, des kalachnikofs et des bombes artisanales. Nous devons les débusquer. Couper le courant de leurs mobiles et de leurs ordinateurs, et les isoler de leurs mentors.

 

Le principe de précaution est une chose. La responsabilité en est une autre. Le premier annule la braderie. La seconde ne se contente pas de monter une ligne de défense. Elle agit dans l'ombre. Elle s'organise et elle contre-attaque. En rassemblant les moyens dont elle dispose, et en prenant l'ennemi à contrepied. Quitte à se faire massacrer, quitte à se faire pourchasser aussi par les autorités.

 

Nous en sommes-là, aujourd'hui, en France. Le moment arrive où nous allons voir surgir des "tracts" numériques et des actes qui appellent à la résistance. Ici et là, une nouvelle "armée des ombres" est en train de naître. Elle réunira des gens de tous bords, des personnalités, des voisins, des amis, dont nous ne soupçonnerons pas les engagements. Une nouvelle élite, qui montrera le chemin à tous ceux qui imaginent prendre les rênes de la France en 2017.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) BFMTV - 5 août 2016

Responsables

 

 

Etat d'urgence

Six mois, c'est long. Sous le coup de l'attentat de Nice, nos élus viennent de décider que nous allons vivre jusqu'en janvier sous le régime de la loi du 3 avril 1955. Nous étions alors en pleine guerre d'Algérie. On y évoque un "péril imminent", ou "des évènements présentant par leur nature et leur gravité, un caractère de calamité publique." On ne peut pas être plus clair. C'est un appel à la mobilisation générale.

Mais un rapide passage sur un moteur de recherche nous amène à une constatation sidérante ! Le premier alinéa développe la notion d'état d'urgence. Le second lance à l'encan : "Paris-Plage 2016, mode d'emploi !..." Le hiatus est béant. Nos dirigeants affichent un sens aigu de la responsabilité.  L'opinion les jugent là-dessus. Mais la population n'a pas percuté. Elle envoie bien quelques réservistes dans l'armée. Mais elle ne se mobilise pas. Au moment où il faut inventer une réponse efficace à une "guerre" d'un nouveau genre - "asymétrique" disent les experts - elle ne s'estime pas responsable de son destin. Elle part en vacances !

 

Mark Cavendish

Jamais Darrigade n'aurait fait ça ! Le sprinter Mark Cavendish annonce son abandon dans le Tour de France. Il a glané quatre victoires d'étape (Utah Beach, Angers, Montauban et le Parc des Oiseaux). Il évoque dans "L'Equipe" son "niveau de fatigue", il sait qu'il n'a plus rien à gagner dans les Alpes, et il le dit tout de go : "si je continuais, ce serait dommageable pour mon autre grand objectif de l'année, les Jeux Olympiques...» En clair, il joue le Tour de France à la carte. Il ajoute qu'il remercie "une organisation que je respecte énormément". On a peine à le croire. "Et une équipe avec laquelle j'ai des attaches particulières..." Les fantassins de Dimension Data apprécieront. Eux vont mettre un point d'honneur, en l'absence de leur "responsable", à passer la ligne d'arrivée sur les Champs Elysées !

 

Louis

Louis est un jeune papa, qui nage dans le bonheur. Une femme qui l'aime, une petite fille, un garçon qui vient de naître. Le choix du roi. Il a de la chance, il a un job. Il court la campagne, dans sa fonction de commercial pour une PME qui a les reins solides. Voter, pour lui, c'est un devoir. Il l'a appris en instruction civique au lycée. Il l'accomplit scrupuleusement. Après... Il n'a aucune idée de ce qui se passe dans son conseil municipal, il n'a jamais occupé une des chaises vides de la zone du public dans les réunions communales. Il ne sait pas donner le nom de son député, de son sénateur, de son député européen. Il n'a aucune idée de ce qui se passe dans l'enceinte de la Métropole Européenne de Lille, et il peste contre le président de sa copropriété qui l'oblige à aller porter ses tontes à l'autre bout de la résidence. Louis est un jeune homme moderne. Il n'a pas la moindre idée de la "responsabilité sociale". Personne ne le lui a jamais appris.

 

Moralité

La responsabilité est une des vertus les plus mal partagées en France.  Ce défaut-là nous tuera plus sûrement que les invectives de Daesh.

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

Education

 

Entre le Brexit et l'Euro 2016, personne n'a vu passer l'information. Ou n'a pas voulu la voir. Le chômage est reparti à la hausse en mai : + 0,3%. Les mois et les trimestres, qui font les bons comptes du ministère du travail, n'y changent rien. Nous avons toujours plus de 10% de chômeurs en France. Derrière la Grèce, le Portugal, l'Italie et la Slovaquie....

 

La principale raison invoquée de cette situation, c'est le manque de formation. Une ritournelle qui nous échauffe les oreilles au gré des publications des chiffres de l'emploi, des élections et des manifestations entre Bastille et Nation. On oublie un fait. La formation professionnelle, la plus adaptée et la plus pointue soit-elle, s'appuie sur un socle : l'éducation. Et sur le sujet, nous avons beau avoir près de 80% de bacheliers en 2016, ça ne change rien à rien. L'éducation nationale fait ce qu'elle peut. Elle a dans les majorité des cas des enseignants et des personnels dévoués, qui croient encore à leur mission. Mais ils travaillent sur un terrain qui leur échappe. Dégradé, pour ne pas dire pourri.

 

Le premier de l'éducation, c'est la maison

Le premier lieu de l'éducation, en effet, c'est la maison. La cellule familiale. Ou ce qu'il en reste. Entre les familles décomposées, recomposées, les mères seules au foyer, les pères qui se débrouillent pour avoir un droit de visite, les ménages brinquebalants de toutes origines et toutes les autres "cellules familiales" qui surgissent depuis cinquante ans, les enfants sont désemparés. Ils ne reçoivent plus "à la maison" une éducation structurée, quelle qu'elle soit, sociale, culturelle, religieuse ou spirituelle, digne de ce nom. Ils n'ont plus de repères. Plus de rails. Plus de guides à contester à l'adolescence, avant de les retrouver à vingt ans. Ils n'ont plus de socle. L'exemple de leurs parents, ou de ce qu'il en reste, conteste matin, midi et soir, ce que les maîtres et les enseignants de l'éducation nationale tentent de leur inculquer de huit heures du matin à seize heures de l'après-midi, quatre jours par semaine.

 

A ce rythme-là, et de cette façon-là, nous allons droit dans le mur. Les populistes ont un boulevard devant eux. Ils frappent de plein fouet des esprits dépourvus de toutes connaissances, de tout bon sens et de tout esprit critique. Et nous pouvons craindre le pire dans les prochaines élections.

 

Nous n'avons qu'une solution, dans cet état de fait. Reprendre le sujet à la base. Rendre à "la maison", aux familles, le pouvoir de comprendre la société où elles évoluent et d'éduquer leurs enfants en conséquence. C'est un travail de fourmi. Une oeuvre de longue haleine. Qu'il faut entreprendre, comme l'ont fait les résistants de 1940, dans "l'ombre" et par réaction. Sans se poser de questions existentielles sur la forme et les moyens de l'éducation. Une sorte de coup de pied au fond de la piscine, qui nous permettra de remonter à la surface, et de prendre un peu d'oxygène !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le passé, l'avenir, 

l'Être et le Néant.

 

"Faut-il oublier le passé pour se donner un avenir ?" C'est un des meilleurs sujets de philosophie du baccalauréat 2016. Un des plus "présents" dans le contexte du monde actuel. Ni une, ni deux. J'oublie ce que je suis, un enfant d'après-guerre, un homme du "papy-boom" qui encombre les régimes de retraites des années 2000, et je me mets à la place de celui qui a vingt ans, aujourd'hui, dans les "Hauts de France"... Quel est le passé que je peux ou je dois oublier ? Quel est l'avenir que je peux ou je dois me donner ? La réponse est sidérante.

 

1 - Je suis né en 1996. Mes parents ne sont plus ensemble depuis longtemps, ils ont vu le jour entre 1965 et 1970. Il y a un bon moment que mes grands-parents ont passé la barre des 80 ans, et je l'avoue, c'est un peu une corvée d'aller les voir, ma grand-mère maternelle et mon grand-père paternel,  dans leurs EHPAD à Lille et Valenciennes. Ce que je sais de mon histoire, de mon pays, de l'Europe et du monde, je l'ai appris à l'école. On n'en a jamais parlé à la maison. On se chamaillait, on regardait la télévision. Il y a plein de films de guerre à la télévision. Mais à côté de ce que je trouve dans mes applications, c'est franchement vieillot. Ça ne me dit rien du tout. J'attends de voir ce que va donner le film de Christopher Nolan à Dunkerque. C'est impressionnant, ce qu'ils font là-bas : les décors, les caméras, les vieux avions et les explosions... J'irai sûrement le voir.

 

En clair, mon passé n'est pas vraiment inscrit dans le présent. Il est livresque, professoral. Ou il est virtuel. La vraie question aurait dû être celle-ci : "est-ce que j'ai vraiment un passé" ?

 

2 - Côté avenir, autant le dire tout de suite, je "balise grave"... J'ai mon bac, je suis en seconde année de l'IUT de commerce, marketing et numérique de Roubaix, et je n'ai aucune idée de ce qui va se passer après. Aimer, fonder un foyer, ça, c'était avant. Travailler, c'est un mot des "gens du Nord". Avoir un emploi, gagner de l'argent, frimer et avoir des "fellows" sur Periscope, Tweeter et Instagram, ça c'est du lourd ! CDD, mondialisation, Europe et Brexit, populismes, migrants, extrêmes droites et extrêmes gauches, honnêtement, je ne sais pas quoi en penser. Les politiques sont tous des pourris. Les patrons sont des voleurs. Je n'ai plus qu'une solution : aller voir ailleurs ce qui s'y passe !  

 

En clair, je n'ai pas d'avenir non plus, inscrit dans le présent. Il est encore plus virtuel que le passé. Et la vraie question aurait pu être posée différemment : "le passé et l'avenir ont-ils une réalité, hors du présent ?" Androïd à l'appui, couplé à une paire de moteurs de recherche, j'aurais vite fait de vous apporter la réponse : "il n'y a rien, ni avant ni après l'immédiat." Et comme j'ai un peu travaillé le sujet quand-même, j'en aurais profité pour renvoyer la question à l'examinateur : "Jean-Paul Sartre avait-il tort, lorsqu'il clamait en pleine guerre mondiale dans "L'être et le néant" (1943) :  "l'homme est une passion inutile" ?

 

Etienne Desfontaines

 

 

SON ET LUMIERE

« BOUVINES LA BATAILLE »
30 juin, 1er, 2 et 3 juillet 2016 à Bouvines


1214, le 27 juillet à Bouvines 

L’armée capétienne de Philippe Auguste parvient à vaincre une coalition pourtant trois fois supérieure en nombre, commandée par l’empereur germanique Otton IV et financée par le roi d’Angleterre Jean sans Terre (frère de Richard Cœur de Lion et oncle d’Otton).

2014, juillet

Le 8ème centenaire de cette célèbre bataille est commémoré sous le signe de la Paix, de la Jeunesse et l’Europe. Le Comité Bouvines 2014, présidé par Alain BERNARD, Maire de Bouvines, privilégie le côté festif et culturel dans les manifestations en leur donnant un sens et une dimension digne de l’évènement cité.

Le son et lumière Bouvines la bataille, conçu par Alain STRECK, auteur de « J’étais à Bouvines » (édition L’Harmattan 1998 et 2014) et co-auteur de « Bouvines une bataille aux portes de Lille » (éditions Voix du Nord 2014) constitue le point d’orgue du programme.

6.000 spectateurs assistent au spectacle que la presse salue unanimement.

Fin 2015 et 2016

L’association Bouvines l’aventure continue, qui succède à Bouvines 2014, décide de reprendre le flambeau et reprogramme Bouvines la bataille, avec de nouveaux tableaux, dont le mariage de Jeanne de Flandre avec le comte Ferrand. Elle est présidée par Christian DUMORTIER.

La mise en scène est confiée à Manuela DUMORTIER.

200 bénévoles sont à pied d’œuvre : deux tiers de l’effectif sur scène (acteurs, danseurs, combattants, cavaliers) et un tiers en coulisse (costumes, décors, accessoires, communication, pilotage), avec la participation de professionnels pour les cascades, la logistique et la technique.

Le spectacle sera joué … les jeudi 30 juin, vendredi 1er, samedi 2 et dimanche 3 juillet 2016.

Lieu et horaire     : à Bouvines, dans l’enceinte de l’UFCV rue St Hubert à Bouvines, de 22h30 à minuit

Fil conducteur      : en 27 tableaux, le baladin Philanbar de la Courte évoque son souvenir de la bataille en présence du jeune clerc Bertrand de Pont-Blanc, qui collabore à la  biographie de Philippe Auguste écrite par le chapelain Guillaume le Breton.

Billetterie : https://billetterie.bouvines-aventure-continue.fr/

 Prix des places : 13€ les jeudi et dimanche, 15€ les vendredi et samediEnfant : 10€ - Carré Or : 25€

Photos de 2014    : http://bouvines-aventure-continue.fr/photos-2014/

 

Mobilité,

  flexibilité, 

précarité

 

C'est un classique du genre en mai-juin. Les animateurs et les présentateurs de télévision changent de chaînes et de concepts. Ils entraînent avec eux leurs équipes et leurs sociétés de production. Et les plus anciens passent à la trappe... La télévision vieillit, elle fait face comme elle le peut aux nouveaux venus, Netflix en tête, qui investissent les tablettes et les smartphones. Et cela lui demande une énergie sans nom. S'il est un monde qui subit de plein fouet la mobilité, la flexibilité et la précarité, dont on parle beaucoup dans le débat sur la loi Travail, c'est bien celui de la télévision.

 

Il est un autre monde qui bouge beaucoup aussi en mai--juin. On le verra plus que jamais à l'occasion de l'Euro 2016. Le mercato investit la tête des joueurs, des entraîneurs et des présidents. Les uns alignent des millions pour "voler" les meilleurs, les autres ne pensent qu'à leur rendre la pareille. Dans chaque formation, on prépare la prochaine saison. On pense une nouvelle équipe, on imagine ses atouts et sa personnalité, on compense les départs et on intègre des potentiels. S'il est un monde qui demande de l'ambition, de l'effort et de l'adaptation en permanence, c'est bien celui du foot.

 

Et il y a un troisième domaine, on y pense moins, qui reconstruit son projet tous les ans. C'est celui des enseignants. Qu'ils soient en CP, en sixième ou en terminale, les professeurs doivent tout reprendre à zéro en septembre. Les enfants ne sont pas les mêmes. Une année d'expérience, de culture et de vie en société est venue les frapper de plein de fouet. Il s'agit pour eux de renouveler leur pédagogie, pour faire entrer dans nos chères têtes blondes l'essence de ce qui doit être enseigné. Nous fustigeons volontiers nos enseignants, en claironnant qu'ils ont la sécurité de l'emploi et des vacances à tire-larigot. Nous avons tort. Ils subissent aussi leurs évolutions, leurs fermetures et leurs ouvertures de classes. Ils réinventent constamment leur métier.

 

La vie est ainsi faite, qu'elle nous amène à repenser régulièrement notre avenir. Un dernier exemple ? Nous sommes en train de créer "Les Hauts de France". Comment imaginer, dans ce contexte, qu'on ne remette pas tout à plat ? Le charbon, l'acier, l'automobile, la betterave et le textile ont vécu. Nous devons développer les secteurs d'activité du XXI° siècle. Et nous devons pour cela former nos populations. Les emmener en Europe et à l'autre bout du monde. Leur donner les perspectives de territoires de rêve comme Los Angelès, San Francisco, le nouveau Berlin ou Dubaï ! Nous ne sommes pas seulement "laborieux" et "fidèles en amitié" dans le Nord Pas-de-Calais. Nous avons aussi des rêves et des ambitions, qui dépassent largement le cadre de la loi "Travail". Mobilité, flexibilité, précarité.... Un mot peut en cacher un autre. Et ne pas dire la réalité. Nous y reviendrons.

                                                                                                               

Etienne Desfontaines

 

Dis-moi oui, 

Dis-moi non

 

 

"Remain or leave ! "  Il n'y aura pas trente-six solutions, le jeudi 23 juin, pour les sujets de Sa Majesté la reine Elisabeth II. Leur Premier Ministre, David Cameron, a en a décidé ainsi. Il leur faudra passer sous les fourches caudines du référendum, et choisir entre deux issues : "remain a member of the European Union, or leave the European Union".

 

Les sondages donnent les deux camps au coude-à-coude, avec un léger avantage pour la seconde hypothèse*. On perçoit bien la valse hésitation de nos amis anglais. Mais ce n'est pas une nouveauté. Jean Monnet évoque déjà en 1941** "une difficulté structurelle qu'ont les Anglais et les Français à traiter les choses ensemble dans la même perspective... Cette perspective, pour les Français, est bloquée dans les termes d'un accord. Pour les Anglais, elle se prolonge dans la discussion, et l'accord se forme à travers un ajustement constant des points de vue !... " Soixante-quinze ans plus tard, la reine est toujours reine (90 ans, 63 ans de règne), il ne s'agit plus de s'entendre entre deux nations pour résister à l'invasion des nazis, mais de faire face pour le Royaume-Uni aux 27 autres partenaires de l'Union Européenne. Et les anglais restent... des anglais !

 

Nous venons de vivre six décennies d'un "je t'aime, moi non plus", dont nous ne pourrons sûrement pas nous remettre en deux mois !  L'énumération est impressionnante :

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1946, Winston Churchill en appelle à des "Etats-Unis d'Europe"

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1963, le Général De Gaulle s'oppose à l'adhésion de la Grande-Bretagne à la CEE

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1973, un référendum (67% de "oui") officialise son entrée dans la CEE

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1983, Margaret Thachter stigmatise une contribution britannique au budget européen supérieure à ce qu'elle reçoit. C'est un cri du coeur : "I want my money back !" qui fera le tour du monde. Elle obtient gain de cause.

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1988, la Dame de Fer, encore elle, s'oppose fermement à une Europe Fédérale.

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1992, la Grande-Bretagne réclame une clause d'exemption, un "opt-out", concernant la charte sociale et le passage à l'euro dans le cadre du traité de Maastricht

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 1994, le Premier Ministre John Major s'oppose à la candidature du belge Jean-Luc Dehaene à la tête de la Commission Européenne

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 2004, Tony Blair décide de soumettre à référendum la future constitution élargie de l'union Européenne. Le vote ne sera jamais organisé.

{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}{C}-        En 2014, le UK Independance Party (UKIP) monte en puissance et réclame un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Européenne. Le Premier Ministre conservateur David Cameron obtient sa réélection en promettant de l'organiser en juin 2016. Nous y sommes.

 

Soyons clair. Quelle que soit le résultat des urnes, le jeudi 23 juin au soir, il ne faudra pas le prendre pour argent comptant ! Nous allons encore jouer longtemps  au "dis-moi oui, dis-moi non !" avec nos voisins d'Outre-Manche.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Sondage Opinium du 3 Avril pour "The Observer"  (partir  43%, rester 39%, indécis 18%)

 

(**) "Mémoires" Jean Monnet (Fayard - 1976) 

 

PEDOPHILIE

                                                                                                               

Les mots sont durs, inacceptables et incompréhensibles. "La pédophilie est un mal. Est-ce que c'est de l'ordre du péché ? Ça, je ne saurais pas dire..." Stanislas Lalanne,  évêque de Pontoise, mardi 5 avril, à l'antenne de la Radio Chrétienne de France (RCF). "La majorité des faits, Dieu merci, sont prescrits..." Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, en conférence de presse le mardi 15 mars.

 

La question surgit : comment des prélats, des hommes réputés pour être d'une grande profondeur humaine, intellectuelle et spirituelle, peuvent-ils se fourvoyer à ce point ? Pensent-ils vraiment ce qu'ils disent ? Ou s'agit-il d'une série de simples maladresses de communication, et disons le mot, d'un amateurisme partagé au plus haut niveau de l'Eglise de France ?  Nous voulons croire à la seconde hypothèse. Mais, tout de même. Ni la morale, ni la raison, ni la loi française, ni même la théologie et la foi chrétienne, ne peuvent couvrir de tels propos.

 

La morale nous enseigne que les faits sont appliqués à des enfants ou des adolescents, dont le jugement et la conscience ne sont pas à même de répondre à la sollicitation d'un adulte, porteur d'une autorité ou d'une mission d'éducation voulue par ses parents. C'est une ignominie, dont notre civilisation a pris conscience et sur laquelle elle a évolué.

 

La raison nous amène à penser qu'il y a une différence à faire entre l'acte et l'auteur. L'acte en lui-même est odieux, répréhensible, et doit être condamné avec la plus grande fermeté. L'auteur doit être considéré comme une personne qui a failli, qui mérite la sentence, et qui doit être suivie, traitée ou aidée pour ne pas retomber dans le même travers, au terme de l'application de sa peine.

 

La loi française parle "d'atteinte sexuelle sur mineur". En dessous de "l'âge sexuel", soit 15 ans, l'infraction est caractérisée. La jurisprudence fait état de lourdes peines, quinze ans et vingt ans de réclusion criminelle, avec une prescription exceptionnelle de vingt ans à compter de la majorité de la victime. Mais la prescription n'éteint pas la culpabilité supposée. Et les personnes incarcérées pour pédophilie avérée, isolées ou en réseaux, se comptent par milliers.

 

La religion chrétienne fait état d'une parole du Christ : "en vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que l'avez fait"  (Matthieu 25, 40). Il faut replacer cet épisode dans son contexte. Le Christ est à la veille de sa Passion. Il prononce un discours eschatologique auprès de ses apôtres. Il cite les étrangers, les affamés, les malades, les prisonniers et les étrangers. Toutes personnes dont l'absence de défenses et la faiblesse requièrent, comme les enfants, la plus grande attention. C'est une parole qui obsède la conscience chrétienne.

 

Les données sont claires. La pédophilie est insupportable. Dans l'Eglise comme dans la société française. Reste un fait : les dirigeants de l'Eglise de France sont des hommes comme les autres, dont les égarements sont imprévisibles et insondables, comme ceux des gamins de banlieue, des professeurs de collège et des dirigeants d'entreprise... La calotte ne leur confère pas une respectabilité sans confession.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les "Molenbeek"

de Patrick Kanner

                                                                                                               

"Une centaine de quartiers en France..." La formule a fait de l'effet. On connait bien Patrick Kanner dans le Nord. Il a été notre président de Conseil Général, il est aujourd'hui ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Mais il est resté le même. Il pratique volontiers les medias. Figure carrée, cheveu de jais, sourire en bandoulière, il "fait le boulot". Et l'émission "Le Grand Rendez-vous" Europe 1 - iTELE - Le Monde, lui a donné une belle occasion de le prouver. Le seul nom de "Molenbeek" , le chaudron du djihadisme, fait frémir la population. La journaliste du Monde Françoise Fressoz cerne le sujet, et se fait pressante : "Monsieur le Ministre, lance-t-elle, combien y-a-t'il de Molenbeek aujourd'hui en France ?"  

 

La réponse tombe en deux temps.  1 - Patrick Kanner définit d'abord ce dont il parle : "Molenbeek, c'est quoi ? C'est une concentration énorme de pauvreté et de chômage, c'est un système ultra-communautariste, c'est un système mafieux avec une économie souterraine, c'est un système où les services publics ont disparu, c'est un système où les élus ont baissé les bras."  Tous les mots comptent.   2 - Il donne ensuite une réponse précise : "il y a aujourd'hui, on le sait, une centaine de quartiers en France qui présentent des similitudes potentielles avec ce qui s'est passé à Molenbeek." Une fois encore, tous les mots comptent. Surtout le mot "potentielles". Et il ajoute : "il y a une différence énorme, nous prenons, nous, le taureau par les cornes". Avant de raconter le travail "des cellules de veille qui vérifient qu'il n'y a pas d'associations faisant l'objet de démarches salafistes dans ces quartiers...", et de laisser tomber : "il y en a !"   

 

"Aujourd'hui, j'ai peur de la haine"

 

Les medias lancent le chiffre : "une centaine de Molenbeek en France ! ". La gauche jette des cris d'orfraie. La droite et l'extrême droite se précipitent dans la brèche. Le message subit une tentative massive de distorsion de la réalité ! Mais rien n'y fait. S'il est un homme qui connait bien le sujet, c'est Patrick Kanner. Pas besoin de donner des exemples, nous le savons bien, nous avons nos "Molenbeek" dans le Nord. Il ne s'agit pas forcément d'un quartier entier. Une courée ou un segment de rue suffit. Nous y voyons des petits malfrats se passer de la "blanche" de la main à la main, provoquer les forces de l'ordre, fréquenter régulièrement les tribunaux et la prison, avant de franchir la barre du grand banditisme. Ce sont des proies faciles, effectivement,  pour les émissaires des associations "salafistes" !

 

Il y a deux ans, le dimanche 27 juillet 2014 exactement, au coeur des festivités du Huit-Centième anniversaire de la Bataille de Bouvines qui célébraient la paix, l'Europe et la jeunesse, nous avions recueilli les confidences du futur ministre de la Ville. "Aujourd'hui, nous avait-il dit, j'ai peur de la haine..." Il savait ce qu'il disait. Il affronte aujourd'hui au national ce qu'il a vécu dans le Nord, autrement dit... en bas de notre immeuble ou au bout de notre rue !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Bienvenue au Royaume Uni

Welcome in the United Kingdom

Welkom in het Verenigd Koninkrijk

 

 

 

Mercredi 17 février, 16h, Cap Blanc Nez - Le vent du Nord est tombé sur la plage d'Escalles. Le soleil caresse le promeneur. Et la lumière porte le regard, au-delà d'une mer d'huile, sur les falaises d'Angleterre. A portée de main, hautes et dessinées comme si on allait les aborder d'un coup de rame. Mon smartphone vibre à ce moment-là. Je crains un importun. Et je suis sidéré.

 

"Bienvenue au Royaume Uni !" clame mon opérateur. Qui me donne dans la foulée tous les tarifs et les numéros utiles, urgence et messagerie, pour évoluer avec bonheur parmi les sujets de Sa Majesté la Reine Elisabeth II. Je souris. Je vois bien que j'ai les deux pieds dans le sable, que je n'ai pas traversé la Manche, ni par air, ni par mer ni sous terre. Mais l'humour anglais n'a qu'un temps... Je pense immédiatement aux milliers de réfugiés qui affluent sur la côte à Calais, à Grande-Synthe et à Zeebrugge. Ils ont les mêmes portables, et les mêmes messages d'Orange, Bouygues et SFR !

 

La charme est rompu. Le romantisme de Wimereux, de Wissant et de Malo-les-Bains, s'efface sous un dur retour à la réalité. Il y a longtemps que l'économie, la science et la technologie ont banni les frontières. Il y a longtemps que les entreprises vont chercher leurs commandes au-delà des mers, et que les médecins, les physiciens et les astronautes partagent leurs découvertes d'un continent à l'autre. Il y a longtemps aussi que le numérique et les réseaux sociaux tournent autour du monde avant de le pénétrer, comme des abeilles aux abords de leur ruche. Et nous vivons en 2016, nous pensons, nous percevons les choses, comme s'il nous fallait encore traverser la Manche... à la nage !

 

Il faut dire que les politiques ne nous aident pas, qui jouent en ce moment au "Brexit", ou qui donnent des coups de menton inutiles, façon Xavier Bertrand, avec la réunion de l'exécutif de la nouvelle grande Région "Nord Pas-de-Calais Picardie" aux abords de la "jungle" à Calais. La Manche est une fausse frontière. Gens du Kent, Gens du Nord, gens de West-Flandre, même combat ! Telle devrait être notre devise face à Paris, Londres et Bruxelles. Telle devrait être notre nouvelle gouvernance face au monde, face à la nouvelle donne économique, scientifique et technologique, dont les premiers usagers sont les réfugiés qui rôdent autour de l'A16 et de l'E40 ! Ils l'ont bien compris, et contrairement à nos peurs et à tout ce qui se raconte, ils ne sont pas à contre-courant de notre façon de vivre. Ce sont eux qui nous montrent le chemin.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Lignes de fracture

 

Radicalisations contre raidissements. Coups de boutoir de Daech, contre arrivée du Front National aux portes du pouvoir. Le temps du silence, celui de la compassion et de la solidarité, a été beaucoup plus long cette fois-ci qu'en janvier. La secousse a été plus rude. Mais il est aujourd'hui terminé. Et ce que l'on découvre sous la plaie à peine fermée, ce sont de lourdes lignes de fracture, qui ne demandent qu'à céder dans tous les pans de notre société.

La Voix du Nord a tiré la première. Elle évoque "les ferments de division" à travers le prisme du Front National : violence terroriste, panne économique, imprécations en fait de débat, préjugés qui dominent la raison, peurs et pertes de confiance, promesses démagogiques, protectionnisme et repli sur soi. Elle le fait dans un engagement radical qui peut faire débat. Mais elle a le mérite, dans ce combat, de mettre en lumière les dégâts de l'intensification et de l'exportation chez nous des luttes fratricides du Moyen-Orient, et ceux de l'individualisme rampant qui ronge notre société depuis des décennies.

Le mot d'usage serait de dire que nous sommes "à la croisée des chemins". La réalité est beaucoup plus dure. Nous traversons un carrefour dont toutes les entrées sont menaçantes. Et toutes les sorties plus dangereuses les unes que les autres. Sans plus avoir le moindre code de conduite : régional, national, européen et international.

Plus que jamais aujourd'hui, c'est un travail de l'ombre que nous devons entreprendre dans le Nord Pas-de-Calais Picardie. Quels que soient les résultats des élections du 6 et du 13 décembre, en effet, ce qui devait être le creuset de notre unité et de notre progrès, le siège du Conseil Régional, va sombrer dans des affrontements stériles. Dès lors, il nous faut repérer et rassembler, hors de cette funeste enceinte, une armée de gens compétents et de bonne volonté, hauts responsables et simples citoyens, qui ouvrent de nouvelles perspectives, qui inventent des voies de sortie de l'impasse dans laquelle nous sommes fourrés, qui travaillent à la paix, secteur par secteur, réseau par réseau, et qui donnent à la Région le destin qu'elle mérite en Europe et à l'international. Autrement dit, hors du cadre de la nation : au sud des Pays du Nord !

IL nous faut pour cela transformer nos institutions, nous doter en région d'une force active, moderne et entreprenante, qui fasse la synthèse des quatre "hôtels" de Lille : "Hôtel de ville", "Hôtel de Communauté" (MEL), "Hôtel départemental", "Hôtel de Région", pour dépasser nos divisions. Ce n'est plus un rêve ni une utopie. C'est un objectif que nous pouvons et nous devons nous donner. C'est une oeuvre de l'ombre et de longue haleine. Elle débute aujourd'hui.

 

 

Etienne Desfontaines

                                                          

L'ESPOIR EN MARCHE

Marcher pour ne pas pleurer

Quarante trois-morts. Brûlés vifs dans un car au petit matin. L'émotion est à son comble à Petit-Palais, et dans toutes les communes du Saint-Emilionnais. Ce sont les aînés du pays qui se faisaient une fête de sortir de leur solitude, et de prendre du bon temps. La brutalité de leur disparition laisse leurs enfants hébétés. Alors on décide d'une "marche blanche". Cinq mille personnes se rassemblent. Elles traversent les vignes, en silence et à pas lent. Pour conjurer le sort, et faire corps avec les familles. Pour évacuer, un pas après l'autre, l'incompréhension. Pour assumer le manque. Pour garder un pied dans la vie. Et un reste d'espoir.

Marcher pour ne pas mourir

Ils sont des dizaines de milliers, ils affluent sur les côtes méditerranéennes. Et ils marchent. Ils montent le plus loin possible en Europe, avec femmes et enfants. Ils franchissent des murs, des barbelés, ils envahissent les postes-frontières. Rien ne les arrête. Parce que c'est l'horreur qu'ils fuient. Les mitraillages, les bombardements, le viol et la torture. Ces "marcheurs-là" sont notre honte... Il y a bien des associations qui agissent, des états et des régions qui prennent des décisions utiles. Mais tout cela reste dérisoire. Il y a longtemps que nous aurions dû organiser des ponts, navals et aériens. Non seulement vers l'Europe, mais aussi vers l'Amérique, le Canada, la Chine et la Russie. Qui dit cela ? C'est notre ancien baroudeur de Mai 68, devenu député européen, un pied en Allemagne, l'autre en France, Daniel Cohn-Bendit* : "c'est une réponse mondiale, clame-t-il, qu'il faut donner au conflit syrien, à la tyrannie de l'Etat Islamique et à la question des réfugiés !" On le regarde, il est vrai, avec une certaine condescendance, mais pour le coup, il a raison. L'histoire le prouve : il y a des marches forcées, qui génèrent des évolutions en forme de révolutions**. Le seul espoir des milliers de réfugiés qui atteignent aujourd'hui la Croatie et la Slovénie, c'est une vraie gouvernance mondiale !

Marcher pour ne pas courir

Ils sont des dizaines, été comme hiver, sur les Chemins de Compostelle. Jeunes, moins jeunes, seuls ou entre amis. Ils descendent de France, d'Allemagne et des Pays-Bas. Ils montent de Lisbonne, de Grenade ou de Séville. Avec une seule volonté : cesser de courir d'un rendez-vous à l'autre, faire silence, couper tous les PC, smartphones et autres attaches avec le monde, pour faire corps avec la nature, et retrouver, brodequins aux pieds, dans la lumière d'un jour naissant en Galicie ou dans la profondeur d'une vallée pyrénéenne, l'essence même de la nature humaine. Les "pèlerins" de Compostelle abordent souvent la première étape comme une balade dominicale. Le troisième jour est le plus difficile. Les suivants sont une libération, parce qu'ils le découvrent : c'est dans la souffrance, la fragilité et le dénuement, que l'homme trouve sa véritable raison d'être. Et parfois, une profonde espérance !

 

Etienne Desfontaines

                                                          

* "L'humeur de Dany" tous les matins (7h56) sur Europe 1

** cf le "Livre de l'exode" (Ancien Testament) ou la Longue Marche de l'armée chinoise en 1934

CUL PAR-DESSUS TETE

L'expression peut paraître triviale. Mais elle couvre une réalité. Les mutations du XXI° siècle nous bousculent. Elles avancent, inexorables, dans tous les domaines de la vie. Et elles nous laissent... "cul par-dessus tête". Prenons trois exemples.

 

1 - Notoriété

Nous ouvrons un débat dans la région, à propos de Pierre de Saintignon qui souffre manifestement d'un manque de notoriété. La question tombe : "est-ce que la notoriété est un levier nécessaire pour gagner des voix ?" Le candidat PS va clamant "qu'elle n'est pas essentielle..." Il  a peut-être raison. On le lui souhaite. Mais ce qu'il ne voit pas, c'est que la question ne se pose pas dans ce sens-là. Elle est aujourd'hui la suivante : "de quel leader avons-nous besoin ? D'un élu local, qui traite avec les "vrais gens" de la réalité quotidienne économique et sociale ? Ou d'un personnage et d'une équipe de stature nationale, européenne et internationale, qui entraînent dans leur sillage tous les intervenants locaux, et qui élèvent la région au niveau qu'elle mérite ?"  C'est ça, l'effet "cul par-dessus tête" ! Il  en surprend plus d'un, quand on l'évoque dans les couloirs du Conseil Régional.

 

2 - Intérêt bien compris

Séquence Face Cam' vendredi soir dans le Petit Journal de Canal + . Yann Barthès donne une minute de parole à un téléspectateur, qui a une cause à défendre. Freddy Corsaga, 18 ans, est droit comme un "I" devant son micro. Il s'adresse aux jeunes, il croit à ce qu'il dit. "Voter, lance-t-il, c'est pour moi choisir un représentant qui défendra mes intérêts..." Il a raison, le vote est un moment essentiel de la vie citoyenne. Mais il se trompe dans ses attendus. On ne vote pour "défendre ses intérêts", on vote pour endosser sa part de l'intérêt général ! L'effet "cul par-dessus tête" renverse ici toute la conception que nous avons de la démocratie. Il remet en question tout notre parcours éducatif. Il en surprend plus d'un, quand on l'évoque ne serait-ce que dans une copropriété, un quartier ou une commune.

 

3 - Papy-boom en berne

Nous sommes hantés par la charge des retraites. Le nombre de cotisants pour un retraité était de 4 pour 1 en 1960, il est tombé à 1,8 pour 1 en 2010. Les ébauches de réformes Balladur, Fillon, Woerth ont toutes tendu à concilier recettes et dépenses. Les promoteurs de "plans retraites" font florès. Tous oublient que la courbe de Gausse du "papy-boom" (2010-2020) atteint son apogée. Une "lueur d'espoir" vient de passer inaperçue sur le sujet dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) 2016. Pour la première fois depuis 2004, le régime des retraites des salariés du privé sera à l'équilibre ! L'effet "cul par-dessus tête", ici, n'est pas encore perceptible. Mais il en surprendra plus d'un, dans la prochaine campagne présidentielle de 2017.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

JEUX INTERDITS

S'ils devaient passer la frontière hongroise aujourd'hui, le petit Michel et sa copine Paulette (alias Georges Poujouly et Brigitte Fossey, "Jeux interdits" de René Clément, 1952) seraient accueillis par des barbelés, des coups de matraque et du gaz lacrymogène....  Il n'y a pas plus de 75 ans, nos grands-parents ont vu passer les hollandais, les luxembourgeois, les bruxellois, les wallons et les flamands, avec des sacs, des valises et des matelas, dans les rues de Lille et sur les chemins pavés des Weppes, de la Pévèle et du Mélantois. Ils fuyaient la terreur, les horreurs du fanatisme. A peine une ou deux générations sont passées. Nous avons oublié. Une fois de plus, nous tolérons l'inimaginable. Nous parlons "argent", "quotas", "frontières"... Des sujets dérisoires, face à l'ampleur de la catastrophe.

 

Dans ce contexte, il y a des "résistants" qui surgissent. Le système D à la française fait des merveilles. Mais nous ne devons pas nous leurrer. Le monde est aujourd'hui devenu un village. Le fanatisme court sur les écrans. Il travaille l'opinion. Il instille son poison dans nos économies et nos institutions. Il secoue le continent européen, qui n'a jamais été qu'un "géant aux pieds d'argile". Nous ne sommes qu'au tout début d'une guerre, dont nous ne mesurons pas l'étendue. Il va nous falloir des années, comme en 1940, pour retrouver la paix.

Etienne Desfontaines

 

SCENES D'HOPITAL

 

1 - Le couloir est brillant. Sol poli, néons blafards. Elle est en tailleur et chaussures de ville, bien mise même si la permanente est encore écrasée par l'oreiller. Elle avance à petits pas, prudents et glissés sur le lino. Et elle traîne, à un mètre derrière elle... une poche urinaire, accrochée à une sonde qui est encore fixée dans l'urètre ! Je la double, et je me retourne.

-        Bonjour, Madame.

-        ...

-        Tout va bien ?

-        Oui, oui, je suis contente, je sors !

Son regard est clair. Un large sourire éclaire son visage. Je n'insiste pas. J'allonge le pas, je passe avant elle devant le bureau des infirmières. Un mot discret suffit. Une blouse blanche se précipite, et je continue mon chemin.

-        Qu'est-ce que vous faites là, Madame M. ?

Le silence qui suit me fait frémir. Je me retourne. La petite dame est en sanglots. Perdue dans la tête. Perdue dans son désespoir. Elle ne sortira pas encore aujourd'hui.

_________________

 

2 - Ils sont trois devant la porte. Ils portent l'uniforme de la police nationale, un gilet pare-balles, une arme à la ceinture. Le talky-walky grésille. "Rien à signaler, on monte !" Dans l'entrebâillement, on aperçoit les deux pieds nus et le bas de pantalon d'un homme allongé. Cinq minutes plus tard, il est exfiltré de la chambre. Regard mauvais, cheveux hirsutes. Une rage contenue d'1,80 mètres sur pieds dans des prunelles noires comme la porte de l'enfer! Menottes aux poignets liées au poignet d'un policier, serré de près par les deux autres, il disparait au bout du couloir... S'il y a eu simulation, elle n'a pas résisté à la batterie d'examens de neurologie !

____________________

 

3  - La porte de chambre est ouverte. L'interne et deux infirmières s'affairent autour du lit. On entend des râles insoutenables. Un homme est en train de s'étouffer, et on le comprend à l'oreille : c'est une fausse route. Il faut intuber, dégager les voies respiratoires. Ou trachéotomiser. Dans le brouhaha, un cri retentit :

-        Oh non ! Ce n'est pas possible !

Son épouse est aussitôt écartée. Expulsée dans le couloir. La porte claque, derrière elle. La soixantaine ronde et vive, elle cherche un appui. Elle trouve le mur, et s'assied par terre. Je me précipite dans une chambre voisine, je lui trouve une chaise. Elle s'y assoit, secouée par les sanglots, le visage enfoui dans les mains. Le couloir est désespérément vide. Je reste à ses côtés, une main sur son épaule. Une minute, deux minutes... Une éternité. Jusqu'au moment où la porte s'ouvre, sur une chambre apaisée. Le lendemain après-midi, je la croise dans l'ascenseur, au bras de sa fille. Elle ne dit rien. Par fierté ou par pudeur, je ne sais pas. Nous nous disons tout, dans le regard.

 

Moralité

Il n'y a pas de moralité. Il n'y a qu'un constat. L'hôpital est ainsi fait qu'on y échange des regards d'une richesse impitoyable. Ils nous amènent à l'essentiel. Au coeur de l'humanité. On en ressort dévasté, ou comblé. Il n'y a pas d'intermédiaire.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

 

Politique fiction

 

-        Bonjour, Monsieur le Président...

-        Ah, Monsieur Castelain, bonjour ! Tenez, venez par ici !

 

La scène est incroyable.

Totalement irréelle, mais on a le droit de l'imaginer.

 

Nous sommes le 7 octobre 2016. C'est un parfait inconnu qui fait son entrée dans le bureau de François Hollande. Damien Castelain est géographe de formation, il n'a pas cinquante ans et il a été un des plus jeunes maires de France dans une toute petite commune de la banlieue lilloise (Péronne-en-Mélantois, 884 habitants sur 1,1 km²). Membre de fait de la Communauté Urbaine de Lille depuis sa première élection en 1998, il y est repéré par Pierre Mauroy. Il prend des responsabilités. On le porte en 2011 à la tête du groupe Métropole Passion Commune (MPC) qui rassemble les petites communes de l'assemblée. Et lors des élections de 2014, le PS et l'UMP se regardent en chiens de faïence... Il est le troisième larron. Il prend la présidence de la "Métropole Européenne de Lille" ! Plus d'un million d'habitants ! Dans la mallette, il trouve aussi le titre de président de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Deux millions d'habitants, sur 3500 km² en France et en Belgique !

 

Jusque là, c'est sidérant, mais tout est vrai.

La suite ne l'est plus, même si tout est parfaitement plausible.

 

La France réorganise son territoire. Fin 2015, on élit une nouvelle assemblée régionale : le Nord Pas-de-Calais est lié à la Picardie. On demande à Damien Castelain ce qu'il en pense. Pour quelle identité vaut-il mieux se battre ? Pour une identité régionale, franco-française ? Ou pour une identité transfrontalière, déjà bien travaillée à Lille, avec la Flandre et la Wallonie ? Il a une réponse qui en dit long : "peu importe, dit-il*, nous avons conscience dans la Métropole Européenne de Lille d'être le moteur de l'ensemble, nous travaillerons à 360° !"  Et c'est ce qu'il fait. Une fois les élections passées, il le confirme, il est l'homme fort d'un territoire inédit. Plus de 7 millions d'habitants, 35000 km², d'Abbeville à Gand, de Saint-Quentin à Mons (B), avec des accès immédiats à Londres, Paris, Bruxelles, sans oublier le range portuaire Nord Europe !

 

Il réussit le tour de force de mettre tous ses partenaires autour d'une table, dès le printemps de l'année 2016, sur le plateau du Grand Palais à Lille. Président de région, présidents de conseils départementaux, présidents de communautés urbaines, présidents de CCI, acteurs culturels, acteurs économiques, sociaux et autres responsables de tous bords sans oublier les correspondants belges : ils sont tous là ! Le "séminaire" dure quatre jours. Bien préparées par les équipes de Damien Castelain, les réunions sont productives. On en sort un livre blanc. Une révolution, dans la façon de concevoir l'avenir ! Et des conclusions, il le sait, qui trouveront des appuis bien plus solides dans les instances européennes que dans les bureaux de l'Elysée...

 

C'est ce qu'il a en tête,

quand il passe la porte du bureau présidentiel....

Il pèse plus que l'Irlande ou le Danemark, et François Hollande ne le sait pas encore.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Propos réels tenus le vendredi 3 juillet à Tournai

 

 

 

PREVOIR

"Gouverner, c'est prévoir !"  Le mot est connu. Son auteur, Emile de Girardin (1806-1881), l'est beaucoup moins. Il ne sort pas vraiment des limbes de la presse quotidienne, dont il a été un des créateurs et un animateur acharné, tout le long d'un XIX° siècle parfaitement... imprévisible !

Reste que c'est une vérité qui nous atteint de plein fouet. Les exemples sont multiples et variés. La Grèce et l'Europe ? Tout le dossier grec, jusqu'aux mensonges les plus éhontés, dit depuis des années que ce petit pays chargé d'histoire n'a rien à faire dans le périmètre économique (la zone euro) de l'Europe du XXI° siècle. La crise agricole en France ? L'INSEE publie régulièrement les chiffres*. Tout le monde savait (producteurs, industrie de transformation, distribution) qu'on allait dans le mur, que le dispositif des quotas laitiers par exemple allait disparaitre au printemps 2015. Personne n' a entrepris de faire évoluer les filières pour résister à la concurrence. Les accidents sur le Grand Boulevard de Lille-Roubaix-Tourcoing ? Les camionnettes s'encastrent régulièrement dans les mini-tunnels qui sont limités à 2,60 mètres de hauteur. Les statistiques sont impitoyables, qui disent que pour dix incidents bénins, on peut avoir un accident grave. Il s'est produit : c'est un bus espagnol qui est allé se jeter là-dessous au petit matin !  Le Conseil Départemental, la Métropole Européenne de Lille, et les villes de Lille et de La Madeleine se rejettent la "patate chaude"...

D'autres exemples vont tomber. Comment allons-nous gérer la nouvelle région Nord Pas-de-Calais Picardie imposée par l'Etat ? Il faut être lucide. Les Amiénois n'en ont rien à faire. Le président de la CCI Nord de France, Philippe Vasseur, se demande bien comment il va la faire valoir à l'international. Et le FN de Marine Le Pen se targue d'en prendre la direction, devant Xavier Bertrand (les Républicains) et Pierre de Saintignon (PS) à l'occasion des élections en décembre. Comment allons-nous aussi gérer la surcharge de la traversée de Lille par les poids-lourds qui descendent des Pays-Bas et de l'Europe du Nord ? L'A24 est tombé aux oubliettes. Le seul dispositif annoncé est un nouvel échangeur à Seclin...

Dans la foulée, on peut citer le régime des retraites et la dépendance, l'éducation et la désuétude du baccalauréat (87,8% de réussite cette année) qui n'empêche pas le rejet deux ans plus tard de la moitié des étudiants dans les emplois non qualifiés. Sans oublier l'annonce récente de l'ONU** : nous serons près de 10 milliards d'individus sur terre en 2050 ! Il va falloir les nourrir, les organiser, leur donner l'occasion de s'épanouir physiquement, culturellement, politiquement et économiquement.  Les enjeux sont immenses. Nos modèles et nos gouvernances n'y répondent plus. Il faut en "prévoir" d'autres !

 

Etienne Desfontaines

 

(*)  www.insee.fr  (Taper Nord Pas-de-Calais, filière laitière)

(**) http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=30521#.VbnWxOsw-po

 

 

 

 

L'europe

Quelle Europe ?

 

Une famille, un territoire, un pays. Trois histoires, trois moments "d'absence notoire" de l'Europe, qui donnent à penser que ce n'est pas la Grèce qui met l'Europe en péril. C'est l'inexistence même d'une conscience, d'une certaine idée de l'Europe, qui pose problème.

1

- Dis, P'pa, c'est quoi "LV" ?

- Hein ? quoi ?

Ludo sort du CP. Il déchiffre tout ce qui lui tombe sous les yeux. La voiture familiale file sur l'A6, elle double des camions par centaines, et Ludo déchiffre les plaques d'immatriculations. Comme nous le faisions dans les années 60, avec les numéros des départements.

- Ben oui, "LV"... qu'est-ce que ça veut dire ?

Son papa fronce les sourcils. Sa maman somnole sur le siège avant-droit. Son frère aîné n'a rien entendu. Il a des écouteurs sur les oreilles.

- "LV" ?... Ben... J'sais pas.

- Et "CZ" ?

Cette fois, les camions s'empilent sur une voie réservée aux véhicules lents. Les initiales défilent : "E", "D", "P", "H", "HR", "IRL", "RKS"... Personne n'est capable de dire d'où ils viennent, alors même qu'ils appartiennent à la Communauté Européenne !

- Bon, Ludo, je conduis ! Prends ta tablette et laisse moi tranquille !

2

Branle-bas de combat dans le Nord Pas-de-Calais. La Région met le REGL (Réseau Express Grand Lille) sur les rails. Un RER Lille Hénin-Beaumont, avec des gares à Lesquin, Seclin et Carvin. Un vaste projet dont le but avoué est de désengorger l'autoroute A1. Le débat public est engagé. Chacun voit midi à sa porte. Mais la réaction la plus dure ne vient pas de là où on l'attend... Vincent Van Quickenborne, le Bourgmestre de Courtrai, réclame que la ligne soit prolongée via Roubaix, Tourcoing, jusqu'aux rives de la Lys ! Et Rudy Demotte, le bourgmestre de Tournai, ministre président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, tout nouveau président de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, s'étrangle - le mot est faible - de voir qu'on n'a même pas imaginé faire le lien avec la capitale de la Wallonie, alors que les "commuters" comme disent les américains, les "navetteurs", se comptent par milliers, par-delà une frontière... dont on dit qu'elle n'existe plus !

3

Le Syriza d'Alexis Tsipras soumet l'Europe à rude épreuve. Tout le monde le dit : il faut une tête à la Communauté Européenne, une volonté politique, pour régler la question grecque et dominer les réalités économiques. Qu'à cela ne tienne, elle existe. C'est le Conseil Européen, qui est censé donner le "la" au Parlement Européen et à la Commission Européenne. Mais qui est capable, aujourd'hui, de donner sa composition, ses axes de travail et ne serait-ce que le nom de son président ?...  

 

Etienne Desfontaines

 

 

DETRICOTAGE

 

Une maille à l'endroit, une maille à l'envers. Une ligne, deux lignes, trois lignes. Nos grands-mères ont eu cette patience, cette attention pendant de longues heures, pour confectionner un bonnet de laine, une écharpe ou un pull-over. Les aiguilles calées sous les aisselles, les doigts rapides et agiles, elles nouaient la laine à la juste tension, l'esprit concentré sur le décompte des points, le retrait de la manche et l'approche du col. Concentration, intelligence et rigueur : elles sollicitaient le meilleur d'elles-mêmes pour arriver à un résultat dont elles étaient fières, dans le seul but de faire le bonheur d'un mari, d'un garçon ou d'une petite-fille. Et elles le disaient toutes : au moindre oubli, à la moindre erreur, l'équilibre de la pièce était rompu. Il fallait tout reprendre. Tirer sur le fil et tout détricoter, en moins de cinq minutes. Pour tout recommencer, avec une nouvelle pelote de laine.

La comparaison peut sembler osée. Mais une image apparait en filigrane derrière celle de nos grands-mères. Jean Monnet, Robert Schuman, Paul-Henri Spaak, Konrad Adenauer : les Pères de l'Europe ont entamé leur ouvrage dans les toutes premières années de l'après-guerre. Ils avaient une certaine idée de l'Europe. Ils ont d'abord utilisé des "aiguilles" économiques, la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) a vu le jour, mais ils avaient bien en tête l'ampleur de leur entreprise. « Aussi longtemps que l'Europe restera morcelée, elle restera faible, et sera une source constante de conflits" lance Jean Monnet, par exemple, devant la presse américaine en 1952 à Washington.

Alors, le travail avance. Walter Hallstein, François Mitterrand, Helmut Schmidt, Jacques Delors, Valery Giscard d'Estaing, Simone Veil et Helmut Kohl, reprennent les "aiguilles" économiques.  La CEE, l'EURATOM et la PAC apparaissent. On se dote d'une Union Douanière à six. On agrandit "l'ouvrage" à 10, 12 et jusqu'à 28 partenaires. Les traités de Maastricht, Nice et Amsterdam, modifient la donne. On installe le Parlement Européen, la Commission Européenne et le Conseil Européen. La monnaie unique est adoptée en l'an 2000. Et on en arrive, il y a dix ans, à l'élaboration d'une Constitution Européenne... qui subira le refus de la France et des Pays-Bas, et ne verra pas vraiment le jour.

Trop d'oublis, trop d'erreurs. La Grèce n'aurait jamais dû intégrer la zone Euro. L'Angleterre aurait dû rester plus longtemps à l'écart. Le politique n'a jamais pris le relais de l'économie. Ecologie, culture, social : rien n'a vraiment avancé, non plus, dans chacun de ces domaines. Et le peuple est resté à distance du jeu de construction des élites. L'Europe se cherche, plus que jamais en 2015, une identité et une incarnation. Nos grands-mères, à la vue d'un tel gâchis, n'auraient pas hésité. Elles auraient immédiatement tout "détricoté", avant de prendre... une nouvelle pelote de laine !

Etienne Desfontaines


TOM

 

Tom est un gamin de 12 ans. Une calotte de cheveux bruns sur des temps rasées, le regard noir, le T-shirt flottant, les deux poings calés dans les poches d'un jean usé jusqu'à la corde. Il habite une cité, un carré de maisons, dans un quartier populaire de Lille. Beaucoup de femmes seules avec un ou deux enfants, quelques personnes âgées. Les allocations, le RSA, les petits boulots et surtout le "deal", en guise de revenus. Il y a là une petite bande de trafiquants, qui a investi les lieux. Tom ne rate rien de leurs allées et venues. Les "clients" sortent le plus souvent du métro. Les "guetteurs" les protègent sur le chemin qui les séparent de la cité. Les affaires se traitent sans un mot. On se connait, on se reconnait, on sait le prix. L'échange est furtif, il y a une autre porte de sortie en cas de besoin.

Tom est en train d'apprendre la vie. L'école et le collège lui ont appris à lire. Ecrire, compter, c'est autre chose. Parler une autre langue, pénétrer les secrets de l'histoire et de la géographie, c'en est encore une autre. Ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il capte au jour le jour, c'est ce qui se passe dans la cité. La télévision est bien ouverte, chez lui, matin, midi et soir. Mais il en vole seulement quelques images, au hasard d'un repas. Ce qui l'intéresse, ce sont les messages qui tombent sur son téléphone, les raps, les vidéos qu'ils se passent entre copains.

Tom ne sait pas ce qui s'est passé en 1940. Il en a entendu parler, c'est sûr, on l'a évoqué devant lui à l'école. Mais tout cela, c'était bien avant qu'il ne soit né. Bien avant l'an 2000. A supposer qu'il tombe un jour sur un documentaire,  il n'y verra que des images de guerre, de violence. Comme dans ses vidéos. Rien de plus. Rien que du virtuel. Et des rapports de force, comme dans sa cité. Tu cognes, tu vends, tu "niques les keufs", on te respecte.

J'ai aperçu Tom dans sa cité le lendemain de la "panthéonisation" de Geneviève De Gaulle-Anthonioz, de Germaine Tillion, de Pierre Brossolette et de Jean Zay. Le Parisien avait titré deux jours avant : "Hollande a 45 minutes pour marquer son quinquennat". Je me suis surpris à penser, à ce moment-là, qu'il fallait souffler... sur la poussière de l'Elysée, renouveler nos institutions et notre personnel politique, changer de paradigme, pour reprendre pied dans la réalité du XXI° siècle.

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

La tête nous tourne. Les informations fusent de partout. Autrefois au Pakistan, en Afghanistan, au Liban et en Israël. Hier en Irak et en Syrie. Aujourd'hui, en Egypte, en Lybie et au Maghreb, au Yemen et en Iran. Et désormais en Afrique, dans le vaste territoire sub-saharien qui couvre le Mali, le Niger et le Nigeria, le Tchad et le Soudan, et jusque dans  la Corne d'Afrique, en Ouganda et au Kenya. Les diplomates parlent d'instabilité. Les géopoliticiens sont moins prudents, ils évoquent une "poudrière". Et ils nous entraînent dans un imbroglio dont les lignes de force sont à la fois territoriales, politiques et économiques, et surtout culturelles et religieuses.

 

La planisphère religieuse, appliquée sur la carte que nous venons de dresser, fait apparaitre une immense majorité sunnite. Puis une minorité chiite, qui couvre l'Iran, la moitié de l'Irak, une partie de la Turquie, de la Syrie, du Liban et des bords de la Mer Rouge. Et une infime minorité chrétienne, particulièrement dans les territoires sub-sahariens. Sans oublier la présence juive, essentiellement en Israël. Les divisions remontent à des temps ancestraux. La Bible, l'Ancien et le Nouveau Testament, ont fait le lit des incompréhensions judéo-chrétiennes. La succession de Mahomet, en 632, a fait celui des luttes fratricides entre les chiites, qui en réfèrent à Ali, son gendre et fils spirituel, et les sunnites, qui vénèrent son compagnon, le premier calife Abou Bakr.

 

C'est dans ce contexte, qui trouble notre ordre bien établi depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905), que la régie publicitaire de la RATP vient de faire un pas de deux. En refusant d'abord, puis en réintroduisant sur les voûtes du métro, la mention des bénéficiaires du concert des "Prêtres" le 14 juin à l'Olympia : "les chrétiens d'Orient". La perte de repères est évidente. Comment devons-nous prendre tous ces phénomènes ? De quoi s'agit-il exactement ? D'une nouvelle guerre de religions ? D'une poussée radicale des croyances, islamismes d'un côté, évangélistes et traditionalisme de l'autre ? La lecture religieuse de ce qui semble être une autre ligne de force, le réveil tragique du Proche et du Moyen-Orient, dans un monde où les blocs est-ouest cèdent le pas à l'affrontement nord-sud, où le développement de la zone pacifique le dispute à celui de la zone atlantique, n'est pas suffisante. Notre combat pour la laïcité, dans ce contexte, parait bien mince. Sinon désuet.

 

Quelle réponse donner à cet embrasement ? Brandir la bannière du Droit national et international ? Envoyer des missiles et des troupes autour de la Méditerranée ? Investir et multiplier les échanges, les accords économiques? Prôner les rencontres culturelles et religieuses ? Il n'y a pas si longtemps, au sortir des deux guerres mondiales, nous pensions avoir trouvé la clef de la paix. Mais nous devons tout recommencer. Tout réinventer. Face à une nouvelle menace.

 

Etienne Desfontaines

 

 

VIEILLESSE 2015

 

"Quel âge me donnez-vous ?"  La petite dame est fière. Permanentée, talons aiguilles, foulard à la main. Elle rit, elle serre des mains, elle embrasse l'un et l'autre. Elle est heureuse, à l'entrée du "banquet des aînés". Et elle insiste, piquante comme une ortie de printemps : "non mais, quel âge me donnez-vous, vraiment ?"  La réponse est délicate. On ne peut pas se mettre en-dessous de 60 ans, ce serait de la flagornerie. On ne peut pas monter non plus dans la gamme des 80, ce serait un impair. Le seul risque, finalement, c'est de s'en tenir à un 72 ans de bon aloi, qu'elle saisira avec ravissement en annonçant ses 80 ans… révolus depuis deux mois !

 

Je contourne l'obstacle. Je lui fais un compliment sur sa toilette. Et j'ouvre la conversation. "Est-ce que vous vous rendez compte de ce que nous vivons ?" Elle me regarde, intriguée. "La question de l'âge, dis-je, n'a plus rien à voir avec ce que nous en disions il y a  cinquante ans !" Je la sens déçue. Alors, je lui rends de l'espoir. ""Vous êtes l'exemple même de la bataille que nous gagnons tous les jours sur la vieillesse !"  Elle se redresse, partagée. La "bataille gagnée" la revigore, l'évocation de "la vieillesse" la terrorise. Il ne me reste plus qu'à porter l'estocade : "vous êtes ravissante !"  Elle sourit, elle se retourne et elle repart à la parade !

 

Reste le fond du sujet. Comment considérer "la personne âgée"  aujourd'hui ? Impossible de mettre tout le monde dans le même sac. Quoiqu'en disent les partenaires sociaux, qui fixent le "départ" à la "retraite" entre 60 et 65 ans. Les deux mots sonnent comme le glas dans une tour de cathédrale. Personne ne part à soixante ans. Chacun reste chez soi. Et personne ne se met  en "retrait". Bien au contraire, le mot clef d'un pot de départ à l'atelier ou au bureau, c'est "profitez-en bien !" Et le récipiendaire en sort, un écran plat ou un vélo sous le bras, en se promettant effectivement d'en "profiter"… un maximum !

 

Le calendrier du "retraité" a bien changé aujourd'hui. Il arbore d'abord un "certain âge". On le voit arpenter à ce moment-là les "salons des seniors actifs", à la quête d'une réponse à ses attentes de loisirs, de bien-être, de santé et de vie pratique. Il aborde ensuite la période plus délicate de "l'âge certain". Le taux de morbidité et de mortalité s'élève. Les disparitions se multiplient dans le carnet d'adresses. Avant d'atteindre un "âge respectable". Celui où on ne reçoit plus que des attentions de plus en plus rares, selon qu'on est un grand de ce monde ou un simple citoyen. Jusqu'au moment où il faut bien sombrer dans le "grand-âge"...

 

Ouvrir le dossier de la retraite aujourd'hui, et convoquer les partenaires sociaux sur le sujet, ce n'est pas seulement  négocier le montant de la cotisation ou de la pension, c'est concevoir une nouvelle forme de vie en quatre temps : "un certain âge, un âge certain, un âge respectable, et le grand âge". Il y a une vie, après le départ en retraite. Et c'est inédit. Elle dure plus longtemps que l'enfance et la jeunesse : trente à quarante ans.

Etienne Desfontaines

 

ENFANCE PERDUE

 

 

 

 

Des gamins. Des adolescents de 15 à 17 ans, dans le cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin). Un tueur de 22 ans à Copenhague, connu des services de police pour ses liens avec des bandes de délinquants et des faits de violence. Ce sont ces gamins-là – nous en avons des centaines, des milliers, dans nos quartiers – qui soulèvent le cœur, qui entraînent des manifestations monstres, des interventions politiques d'une rare intensité, dont celle, inouïe, du Premier Ministre Israélien, Benjamin Netanyahu, qui appelle les juifs d'Europe à fuir en Israël. On parle de "guerre" contre le terrorisme international. Les "ennemis" en question n'ont pas vingt ans. Ils habitent chez nous. Ils fréquentent nos écoles, nos collèges et nos lycées.

 

Inconséquence des familles, de l'éducation nationale, de nos politiques de la ville – quand seulement il y en a. Inconséquence des générations, de l'après-guerre à l'an 2000. Nous avons fomenté nous- mêmes notre propre piège. Nous avons laissé filer notre bien le plus précieux : une certaine idée de l'homme, que les deux guerres mondiales avaient détruite, avant de nous la restituer, rétablie par la force des armes. Fragile et si souvent inconsistante.

 

2014 aura été une année de "mémoire". Nous avons évoqué, sublimé les faits, les grandeurs et les horreurs de 1914. Et nous venons de commémorer la libération en 1945 du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Pour rien. La mémoire est une chose. La construction de la paix en est une autre. Elle s'apprend dès le plus jeune âge. En famille, en maternelle, à l'âge de raison, et plus tard, au temps trouble de l'adolescence et au moment d'entrer dans la vie adulte.

 

Ne rien oublier, mais tout réinventer. Tel devrait être le slogan de nos dirigeants. Ils savent faire mémoire. Ils ne nous donnent pas pour autant la clef de l'avenir. C'est à nous de la trouver. De nous occuper de nos gamins. De leur donner une première conscience de l'humanité. De la valeur d'une vie. Du respect et de l'écoute naturelle, que nous devons avoir les uns des autres. L'Education Nationale fait ce qu'elle peut : elle enseigne. Elle peut aussi "éduquer", préparer les "gosses" à la vie, les aider à grandir, à devenir des hommes et des femmes responsables. Mais elle ne peut entreprendre ce travail en profondeur qu'avec un "ordre de mission" des familles et des acteurs de la vie courante qui l'entourent et qui la soutiennent dans cette tâche ! Il est primordial, il est vital, il est plus qu'urgent de retrouver, d'aimer et d'éduquer notre… enfance perdue !

 

Etienne Desfontaines

 

 

David et Goliath

 

 

Une pierre. Une pierre lisse, en plein front. C'est comme cela que le benjamin de Jessé,  le tout  jeune David, s'y est pris pour battre le géant Goliath. (Samuel 17, 1-58) Le fait annonce une ère nouvelle du peuple juif, qui l'a porté aux avant-gardes de son destin.

 

Bien des années plus tard, il est un italien génial, Michel-Ange, pour l'extraire d'un bloc de marbre de Carrare. Une beauté plus que jamais déterminée, dotée cette fois d'une musculature à faire pâlir un culturiste chevronné. On l'avait installé en 1504 face au Palazzo Vecchio, l'Hôtel de Ville de Florence, la fronde négligemment jetée sur l'épaule. Il symbolisait en place publique le défi de la  jeune république florentine (Savonarole) face au tyran (de Médicis) !

 

Rien à voir avec Alexis Tsipras, naturellement.

 

Quoique… Cette dégaine, cette jeunesse, cette insolence dans le regard. Cette soudaine sensation de liberté, qui mêle la joie et l'effroi, au pied de l'Acropole. Cette façon de répéter à qui veut l'entendre que "rien n'est fini, tout commence !"  La pierre est partie. Une dette bien nette, bien lisse, de 318 milliards d'euros, en passe d'atteindre 175% du PIB, dont la Grèce veut absolument se débarrasser ! Personne ne sait où elle a réellement atteint le "géant". Mais une chose est sûre. Il s'est raidi. FMI, BCE, Parlement européen, Commission et Conseil Européen : les réactions ont été immédiates. Fermeté d'un côté (Junker, Merkel, Lagarde). Ouverture de l'autre (Hollande, Renzi). Soutien immédiat des leaders de Podemos (Espagne) et du Bloc de Gauche (Portugal) dont la porte-parole, Catarina Martins, résume la situation : "c'est la victoire de la dignité contre l'austérité, lance-t-elle, de la démocratie contre le chantage !"

 

Dans la foulée, les alliances se forgent. Les partisans de la maitrise des dépenses d'un coté, les promoteurs de la relance de l'autre. Réformes contre croissances. Partis historiques, droites et gauches républicaines, contre extrêmes. Ce qui n'était qu'une fissure devient une ébauche de fracture. La douleur est violente. Il en faudra bien plus pour abattre le "géant". Mais il lui faut réagir, faire corps, soigner la plaie et traiter cet insolent de "David" comme il le mérite, c'est-à-dire avec considération mais fermement, au vu de son histoire et de ses origines. Il y a des "frondes" qui font surgir la vérité. Et il y a des vérités qu'il faut regarder en face.

 

Emergence des extrêmes aux dernières élections européennes, élection d'Alexis Tsipras en Grèce : quel signal faut-il encore attendre pour structurer l'Europe plus avant ? Pour la doter d'un réel poids politique ? Pour l'animer d'une réelle volonté de promouvoir l'intérêt général, dans lequel chaque pays, chaque région, puisse se retrouver ? C'est au Conseil Européen de montrer le chemin.

 

Le géant Goliath a un handicap : il est lent et maladroit. Mais il a aussi un atout : il voit loin. S'il reste figé, empêtré dans sa propre force, il est perdu. S'il se retourne et s'il pointe du doigt la direction de ses Pères Fondateurs, tout le monde le suivra ! David "Tsipras"  en tête.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Voici ce qu'écrivait notre ami Etienne Desfontaines

en octobre 2014 :

 

Espérance

 

Charlie-Hebdo.jpgEt si c'était vrai… A en croire les catholiques et l'Evangile, la résurrection est au bout du chemin. A en croire les musulmans et le Coran (23:99-104), " ceux dont (les bonnes actions) pèseront lourd dans la balance seront les bienheureux.  Et ceux dont (les bonnes actions) pèseront peu seront ceux qui auront ruiné leur âme."  A en croire les juifs et la Torah, l'essence divine que nous désignons comme notre âme, est éternelle, il ne peut pas en être autrement.  En réalité, nous n'en savons rien. Nous ne connaissons pas les tenants et les aboutissants de notre passage sur terre. Nous compensons cette ignorance par une vie spirituelle intense,  comme on le répète volontiers, pour "donner du sens" à la vie.

 

 

Mais qui détient la vérité ? Le Christ sur sa croix ? Les catholiques, les protestants ou les orthodoxes ? Le prophète Mahomet, qui rapporte les propos d'Allah ? Les sunnites ou les chiites ? Moïse, qui descend du Mont Sinaï, avec les Tables de la Loi sur les bras ? Les ashkénazes ou les séfarades ? Y-a-t-il seulement "une" vérité ? Que faut-il penser de tous les autres dieux, des croyances hindoues, africaines, sud-américaines ? De la sagesse bouddhiste ?

 

Dans l'ignorance où nous nous trouvons,  c'est parole contre parole. Conviction contre conviction. Croyance contre croyance. Et c'est un fait acquis depuis l'origine des temps, les humains qui ont cette capacité exceptionnelle de penser l'origine du monde et son destin, se sont battus, étripés, exterminés, sur le sujet de la divinité et de l'éternité. Sans jamais trouver la paix. Sans jamais pénétrer vraiment, le mystère de la vie et de la mort.

 

Alors à quoi bon recommencer ? A quoi bon remettre l'ouvrage sur le métier ? A quoi bon sortir les couteaux et les mitraillettes pour imposer la "charia" ? A quoi bon relancer l'évangélisation ? Brandir la Torah en Israël ? Notre condition, notre histoire commune, le souvenir des massacres à caractère religieux, devraient nous amener à faire preuve d'une très grande humilité. Chacun peut croire ce qu'il veut, chacun peut adopter la conduite spirituelle qui lui convient, pour répondre à ses besoins fondamentaux : personne ne détient la vérité.

 

Tel est le mur qu'il faut opposer aujourd'hui aux "fous d'Allah". Tel est le prêche que tous les curés, tous les imams et tous les rabbins du monde, devraient donner à leurs ouailles. Nous ne savons pas d'où nous venons, nous ne savons pas où nous allons. L'espérance de vie éternelle a beau prendre mille et une formes, elle n'est qu'une espérance. Telle est la première et la seule  évidence que nous devrions tous porter au pinacle de notre vie spirituelle. Parce qu'elle porte un trésor en elle-même : elle est commune à tous les croyants.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

1492 - 2015

 Christophe Colomb et l'ISS

Les images passent en boucle dans les JT. L'allemand Alexander Gerst vient de rentrer de l'ISS (International Space Station). Passionné de géophysique et de volcanologie, photographe expérimenté, il a ramené une extraordinaire série d'images, qui suscitent beaucoup d'émotion [1]. Le commentaire sur le site de l'ESA (European Space Agency) est éloquent  : "this ultra high definition video shows the best our beautiful planet has to offer !"  En clair, il faut être à 400 kilomètres de notre bonne vieille terre, pour nous rendre compte de ce qu'elle a de mieux à nous donner…

Etrange sentiment de splendeur et d'inquiétude. De splendeur, parce qu'aucun artiste n'atteindra jamais la cheville de l'auteur d'une telle harmonie de formes et de couleurs. Inquiétude, parce que jamais image n'a démontré avec une telle évidence la fragilité de notre existence. Notre terrain de jeu n'est pas bien grand. Les questions fusent. D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Alexander Gerst dirige notre regard vers la terre pour nous réconforter. Mais les 307 hommes et femmes qui l'ont précédé dans l'ISS le savent bien : là n'est pas l'essentiel !

 

La vidéo d'Alexander Gerst me fait penser à ce marin – le seul – dont on raconte qu'il se postait à la poupe de la "Santa Maria", la caraque [2] de Christophe Colomb en 1492. Il contemplait les côtes du Portugal qui s'évanouissaient derrière eux. Tous les autres, les 86 membres de l'expédition répartis sur la "Santa Maria", la Nina" et la "Pinta", portaient déjà le regard à l'avant. Ils pensaient aboutir sur les Indes Orientales. Mais c'est le "Nouveau Monde", qu'ils ont atteint !

 

La voilà, la vraie question : quelle est notre nouvelle Amérique ? Ils sont six hommes et femmes actuellement dans l'ISS. La russe Elena Serova, le commandant Barry E. Wilmore (USA), les deux autres russes  Alexander Mikhailovich et Anton Shkaplerov, le colonel Terry Virts (USA) et l'italienne Samantha Cristoforetti. Ce qui les fascine, en dehors de toutes les expériences qu'ils mènent en fonction de leurs spécialités, c'est ce qui passe dans le hublot opposé à celui d'Alexander Gerst… Ils ont l'espace devant eux. Un infini dans lequel nos basiques notions de temps et d'espace se noient dans la théorie de la relativité. Ils piétinent d'impatience, parce qu'ils savent qu'ils ne sont qu'au tout début d'une immense aventure.  

 

En 1492, les Portugais ont vu les voiles de Christophe Colomb disparaitre au bout de la mer. Et ils ont attendu son retour.  Nous avons, nous, la chance inouïe d'accompagner nos astronautes sur internet. Alors, pour le 1erjanvier 2015, je vous souhaite tous à ne pas rester figés à la poupe de la "Santa Maria"… Je vous invite à vous poster près de la figure de proue. Et à porter le regard loin, très loin, devant vous. Un "Nouveau Monde", dangereux et passionnant, vous attend.

 

Bonne et heureuse année 2015 !

 

Etienne Desfontaines

 

[1] www.youtube.com/watch?v=lNwWOul4i9Y

 

[2] caraque : bateau côtier portugais, plus robuste que les "caravelles" 

Cap au Nord

Cap-au-Nord-copie-1.jpg C'est une image qui parle d'elle-même. Tous les voyageurs qui descendent la nuit sur Lille, Londres ou Bruxelles, le disent. Et le fait est confirmé, vu de satellite (photo). Ils atterrissent dans  un vaste tapis de lumière. Une conurbation à la façon de Los Angelès (Californie), qui fait face à l'Angleterre, qui couvre le Nord Pas-de-Calais, la Flandre jusqu'à Bruxelles, les Pays-Bas, la Rhénanie et la Basse-Saxe en Allemagne.

 

 

Il faut se rendre à l'évidence. Au nord de Lille, on ne quitte pas la ville. Gand-Anvers, Rotterdam-Amsterdam, Dusseldorf-Dortmund-Hanovre et jusque Brême et Hambourg : on traverse un ensemble urbain dense et multipolaire. Par contre au sud, une fois passé le bassin minier, Béthune-Lens-Arras dans le Pas-de-Calais, Douai-Valenciennes-Maubeuge dans le Nord, on tombe dans le noir… On distingue bien le point lumineux d'Amiens, et la tâche claire de l'agglomération parisienne. Mais il y a une vraie distance,  entre Lille, Paris et la capitale picarde.

 

Dans ces conditions, la réunion du Nord Pas-de-Calais et de la Picardie, dans le cadre de la réforme territoriale en France, n'est qu'un épisode déjà daté. Un Pierre Mauroy, l'ancien maire de Lille, l'ancien Premier Ministre de François Mitterrand, l'avait bien compris, qui avait jeté des ponts entre Lille, Kortrijk et Tournai. Nous devons faire converger nos énergies vers le nord. C'est une mutation, une révolution, qu'il nous faut accomplir. Pour entrer de plain-pied, dans le troisième millénaire.

Etienne Desfontaines

 

 

Néerlandais

Het is een beeld dat voor zich spreekt. Alle reizigers die ’s nachts landen in Lille, Londen of Brussel, zeggen het. En het wordt bevestigd door satellietfoto’s. Ze landen op een uitgestrekt lichttapijt. Een stedengroep zoals Los Angeles (California), recht tegenover Engeland, die zich uitstrekt over de regio Nord-Pas-de-Calais, Vlaanderen, Nederland, Rijnland en Nedersaksen in Duitsland.

 

We kunnen er niet om heen. Ten noorden van Lille verlaat men de stad niet. Gent-Antwerpen, Rotterdam-Amsterdam, Düsseldorf-Dortmund-Hannover, tot aan Bremen en Hamburg : we doorkruisen een dicht en meerpolig stedelijk gebied. Ten zuiden van Lille onder het mijnbekken – Béthune-Lens-Arras in het departement Pas-de-Calais en Douai-Valenciennes-Maubeuge in het departement Nord – heerst er totale duisternis … We zien enkel de lichtjes van Amiens en de heldere vlek van Parijs en haar voorsteden. Maar Lille, Parijs en de Picardische hoofdstad liggen op grote afstand van elkaar.

 

Gelet op die omstandigheden is de samenvoeging van de regio’s Nord-Pas-de-Calais en Picardie, in het kader van de territoriale hervorming in Frankrijk, reeds achterhaald. Pierre Mauroy, voormalig burgemeester van Lille en voormalig Eerste Minister onder François Mitterrand, die bruggen had geslagen tussen Lille, Kortrijk en Tournai, had het goed begrepen. We moeten ons volledig richten op het noorden. Het is een omwenteling, een revolutie, die we tot een goed einde moeten brengen. Om het derde millennium probleemloos binnen te stappen. E.D.

 

 Anglais

This is an image that speaks for itself.  All travellers arriving in Lille, London or Brussels at night say so, and satellite images confirm it (photo). They land in a vast “carpet of light”.  A conurbation in the style of Los Angeles (California), but facing England and covering Nord Pas-de-Calais, Flanders, the Netherlands, the Rhineland and Lower Saxony in Germany.  

 

One must recognize that when travelling north of Lille, one never really leaves the city.  Ghent-Antwerp, Rotterdam-Amsterdam, Düsseldorf-Dortmund-Hannover and up to Bremen and Hamburg :  one travels through a dense and multi-polar urban area.  To the south, however, once having passed the mining basin, Béthune-Lens-Arras in the Pas-de-Calais department and Douai-Valenciennes-Maubeuge in the Nord department, total darkness reigns...  One can only see the lights of Amiens and the bright spot indicating the Paris agglomeration.  But there is quite some distance, really,  between Lille, Paris and the capital of Picardy.

 

Under these circumstances, the merger of Nord Pas-de-Calais and Picardy within the framework of the territorial reform in France is nothing but the formal recognition of a past reality.  Pierre Mauroy, former mayor of Lille and former Prime Minister under François Mitterrand, who built bridges between Lille, Kortrijk and Tournai, clearly understood that.  We have to direct our energy towards the north.  It’s a change, a revolution we have to bring to a good end, in order to enter the third millennium with confidence.  E.D.

 

 

 

Place Delors 

place-delors.jpg

Dimanche matin, 9 novembre 2014 – La lumière est belle. Il fait un de ces soleils d'hiver, qui ne réchauffe que les yeux. Ils arrivent devant moi, main dans la main, et je les cueille dans mon objectif. Julien et Aurélie Milleville sont de Tourcoing. Ils s'apprêtent à passer un moment agréable dans la rue commerçante de Menin.

Bonjour, vous savez où vous êtes ici ?  

……

Place Delors. "Delorsplein" en flamand….

……  

Je vois leur désarroi. Alors, je continue. Je tente une explication. Et je m'enfonce.

Jacques Delors… Vous connaissez ?  

….

Tenez, regardez ! Vous voyez le panneau, là-bas ? De ce côté, vous êtes à Halluin. Et de l'autre, attendez, laissez passer le bus, vous voyez ? Vous êtes à Menin. "Menen" en Flamand. Nous ne sommes pas ici en France, nous ne sommes pas non plus en Belgique. Nous sommes dans une sorte de no man's land, sur une frontière… en Europe ! C'est pour cela qu'on a donné le nom de Jacques Delors à cette place.  

 

Mon discours leur donne le temps de réfléchir. Ils sourient, ils sont heureux. Nous détaillons le sujet. Et c'est lui qui conclut la séquence :

Merci, Monsieur ! J'ai appris quelque chose !  

 

Tant pis pour le "Monsieur" ! On a la soixantaine qu'on mérite. Je les observe, tandis qu'ils repartent, main dans la main. Ils n'ont pas trente ans, et ils me laissent avec mes doutes. Un micro trottoir ne constitue pas une étude, mais tout de même ! Cette inculture, cette méconnaissance du passé récent de l'Europe…  Il y a 25 ans, jour pour jour, nous assistions médusés à la chute du Mur de Berlin. Jacques Delors dirigeait la Commission Européenne*. Dix ans auparavant, Simone Veil avait présidé le Parlement Européen. Que reste-t-il de cet espoir, de cet élan, dans la tête d'un jeune ménage en promenade à Menin ?

 

La réponse tombe dans l'émission de Franz-Olivier Giesbert, "Les Grandes Questions" sur France 5. Il évoque cette semaine le sujet des frontières. La philosophe-écrivain Eliette Abécassis les efface volontiers. Mais elle va droit au but, elle interpelle le bouillant Daniel Cohn-Bendit qui lui fait face. "Sur quoi allons-nous fonder notre identité commune, lui demande-t-elle, en Europe ?" Le vieux lion de Mai 68, le tagueur des politiciens et des économistes dans les travées du Parlement Européen, use d'abord de subterfuges. Il parle pour ne rien dire. Il construit intérieurement sa pensée. Avant de reprendre l'argument majeur des promoteurs de l'Europe : l'Histoire. "Tous les européens ont souffert de la guerre, lance-t-il, ils n'en veulent plus !" Il a raison. Mais il ne s'en rend pas compte, les jeunes n'entendent plus ce raisonnement-là. Ils n'y sont plus sensibles. Et cela ne suffit pas à bâtir une identité commune. Français d'un côté de la place Delors, Flamands de l'autre : qu'est-ce qui nous unit ? Le plat pays, la bière et les frites ?  Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

 [*] www.notre-europe.eu  (onglets : nous connaitre, Jacques Delors)

 

 

 

Craquements de

carapaces

 

Mue de la cigale

Mue-de-la-cigale-copie-1.jpgL'histoire commence un vendredi matin de novembre des années 1980. Un patron de l'industrie du médicament a réuni ses cadres. Jambes écartées, mains sur les hanches, chemise tendue sur un ventre proéminent, il les apostrophe : "vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas laissé tomber votre carapace !" Il faisait état des habitudes, d'une charge de l'histoire et d'une culture patiemment acquise dans l'entreprise, mais désormais révolue. Le monde du médicament changeait. Il fallait s'y adapter. Ce soir-là, nous étions rentrés, selon une autre de ses expressions : "propres comme des sous neufs !" Nous avions fait notre mue. (photo)

La leçon vaut dans les entreprises, mais aussi dans tous les domaines de la vie.

Elle est plus que jamais d'actualité. Prenons trois exemples.

Ebola ? - Albert Schweitzer (1875-1965) doit se retourner dans sa tombe, à Lambaréné. Il y a cent ans, il avait compris qu'il fallait aller en Afrique. Sa démarche était évidemment teinte de l'esprit de colonisation de l'époque. Mais elle a inspiré par la suite bien des ONG. Et nous y aurons mis du temps, mais nous y arrivons : notre carapace d'occidentaux est en train de tomber. Les US en tête, les européens dans leur sillage, nous nous apercevons que nous ne pouvons pas laisser les gouvernements d'Afrique de l'Ouest affronter seuls la catastrophe sanitaire. La réponse doit être massive, globale. Elle nécessite une gouvernance planétaire.

La "prise de parole" de Martine Aubry ? - Sa contribution aux Etats Généraux du parti socialiste (www.ensemble-reussir.fr), est un modèle du genre. Elle voit bien par exemple "la mutation numérique et les chocs écologiques [qui] accouchent d'une troisième révolution industrielle". Mais elle y répond par une "social-démocratie" qui n'a rien de "nouvelle". C'est "une idée qui vient de loin, dit Jean-Yves Archer dans Les Echos, et notamment des travaux du fameux et fécond club Echanges et Projet : un des creusets du… delorisme." On ne se refait pas. La carapace de Martine Aubry est encore solide. Au point même d'adopter l'attitude de son père devant Anne Sinclair en 1995 : elle le clame haut et fort, elle n'est candidate à rien. Par crainte de ne pas y arriver ?

L'Eglise de Lille en synode ? - Deux cent personnes, paroissiens, chrétiens et pratiquants, et leurs évêques, se réunissent (www.synodelac.fr) à Merville. Dans un ancien séminaire, vide de toute vocation. Le symbole est fort. Il leur faut faire face. Rénover les communautés. Ils mettent tous leurs efforts à penser "une paroisse qui marche".Sauf que… La paroisse dont ils parlent désigne une aire géographique, un territoire et ses habitants, qui datent du temps où on ne se déplaçait guère, à pied ou à cheval, au-delà de quelques kilomètres. Alors que les jeunes qui aiment se retrouver le dimanche soir à Saint-Maurice Lille, par exemple, toutes batteries et guitares électriques dehors, viennent de loin ! Et ils ont leurs smartphones à la main ! La frontière des "paroisses" a volé en éclat. La carapace de l'institution, elle, est encore bien résistante. 

Etienne Desfontaines

 

Une enfance, quel avenir ?  

Difficile d'être un enfant en 2014. Trois informations en un jour le confirment : à peine sortis du cocon, il leur faut abolir l'esclavage, gravir à mains nues un nouveau système éducatif, et réinventer le monde !  

Vendredi 10 octobre, smartphone (AFP) – Le Prix Nobel de la Paix 2014 est une toute jeune pakistanaise, qui défie les Talibans. Malala Yousafzai résiste à la haine. Elle est repérée, propulsée sur la scène internationale. Elle monte à la tribune de l'ONU, elle demande aux dirigeants mondiaux  "d'envoyer des livres, pas des armes" dans les pays pauvres ! Son acolyte du Prix Nobel de la Paix, le militant indien Kailash Satyarthi (60 ans) est une véritable star en Inde, où il a "libéré" plus de 80 000 enfants du travail forcé. Il organise des raids, il monte des programmes contre les usines qui emploient des enfants comme des esclaves. Il s'en prend aux clients occidentaux, pour leur demander "d'effacer la tache que représente l'esclavage humain !"

Vendredi 10 octobre, édition du "Monde"  – Les experts du WISE (World Innovation Summit for Education) se réunissent comme tous les ans au Qatar. Ils annoncent un système éducatif bouleversé en 2030. Soit, dans quinze ans ! La journaliste du Monde, Maryline Baumard, lâche une formule lapidaire : "l'école telle qu'on la connait aujourd'hui sera très vite enterrée !" Avant d'énoncer les enjeux du XXI° siècle : 1 - l'éducation se fera tout au long de la vie; 2 - les compétences personnelles seront plus essentielles que la maîtrise des connaissances, qui resteront accessibles à tout moment; 3 - les apprentissages seront fournis par des plates-formes en ligne; 4 - le professeur ne sera plus celui qui dispense un savoir, mais un guide qui apprend… à apprendre; 5 - l'institution scolaire deviendra certificatrice de contenus, qui seront délivrés par le privé et les  entreprises. A ce stade, ce n'est plus une évolution, c'est une révolution qui se prépare.

Vendredi 10 octobre, édition de "Croix du Nord" – 700 terminales de l'Enseignement Catholique du Nord Pas-de-Calais sont reçus dans le grand amphithéâtre des Facultés Catholiques. A l'affiche de la séance, trois experts de haut niveau (un cadre d'entreprise, un essayiste-écologiste, un politique) sur un sujet ambitieux : "Le monde vous est donné.  Quelle responsabilité ! Quelles responsabilités ?" Un point d'exclamation d'abord, sur la "responsabilité", pour dire la gravité de l'héritage annoncé. Un point d'interrogation, ensuite, pour en soulever toutes les opportunités et les menaces. Laurent Grzybowski, de l'hebdomadaire "La Vie",  leur demande de poser des questions par SMS. Le résultat ne se fait pas attendre. Il a créé un réseau, pour le meilleur et… pour le pire ! C'est une révolte silencieuse qui sort des claviers. En synthèse : "votre monde, on n'en veut pas !"  Il faut le savoir, la génération montante ne va pas hésiter : elle va casser le moule. Avant d'enfanter un autre monde. Dans la douleur.

Etienne Desfontaines

 

Miroir,

 

 

Ô mon beau miroir

 C'est la première chose qu'on apprend dans un conseil municipal. Savoir lire un budget. Parce qu'on y découvre la vie du village. Sa façon de vivre, ses projets et ses antécédents. Sa personnalité aussi : conservatrice ou ambitieuse. Pas besoin d'en rajouter dans le détail des lignes et des colonnes. Une courbe  et  trois  tableaux suffisent. On entre dans le cœur du sujet, comme… dans une glace sans tain ! Le budget de l'Etat 2015 n'échappe pas à la règle.  On a dit une courbe ? Prenons celle de la croissance. On a dit trois tableaux ? Prenons ceux du déficit, de la dette et des dépenses publiques. Et faisons le constat. La France joue les Cendrillons ! Sauf qu'elle est encore en robe de bal, alors que la fête est finie depuis longtemps !

1 - La croissance ? La courbe annoncée ressemble à un lever de soleil ! 0,4% du PIB en 2014, 1% en 2015, 1,7% en 2016 et un plateau de 2% les trois années suivantes. Fascinant, il n'y a pas d'autre mot. Les services de Bercy y croient dur comme fer. Du coup, ils inscrivent des recettes, et donc des dépenses, dans les colonnes du budget. Ils font ce qu'aucun économe raisonné et raisonnable ne fera jamais : engager des dépenses sur des ressources virtuelles…

2 – Le déficit public ? Il restera à plus de 4% du PIB en 2015, un peu moins en 2016, avant d'être "ramené"  à près de 3% en 2017… En clair, les années se suivent et se ressemblent. L'idée même de revenir à l'équilibre ne nous atteint pas. Nous continuons à vivre au-dessus de nos moyens. Nous rabotons bien quelques lignes ici et là, mais nous ne changeons pas radicalement notre façon de vivre. Et nous allons voir tous les ans notre banquier, pour reprendre du crédit !

3 – La dette publique ? Elle frôle en France les 100% du produit intérieur brut ! Autrement dit, toute la richesse que nous produisons est perdue d'avance. Le gouvernement se vante de prendre des mesures drastiques. Il annonce une économie de 21 milliards d'euros cette année, cinquante milliards en trois ans…. Une goutte d'eau dans la mer !  2,5% seulement, de la barre des 2000 milliards d'euros que notre dette vient de franchir !

4 – Les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires ? Plus de 50% du PIB pour les premières, près de la moitié - 44,6% - pour  les seconds. Insoutenable pour un ménage. Acquérir, entretenir et développer un patrimoine dans ces conditions – hors spéculation et  jeux boursiers – relève du challenge impossible à atteindre.

Moralité

Le dossier de présentation du budget 2015 annonce sans rire "qu'il ne sera pas demandé d'efforts supplémentaires aux français… Le gouvernement assume le sérieux budgétaire pour redresser le pays, il se refuse à l'austérité." Les français vont très certainement apprécier le "sérieux". Avant de taper avec une violence inouïe dans le dur de l'austérité. C'est le moment que choisiront les extrêmes pour prendre la main. On connait la suite.

Etienne Desfontaines

Digital first !  

Mardi 27 mars 1962, 7h40 – Je bous d'impatience. Mon père a déplié les immenses pages de la Voix du Nord. Il parcourt le journal en prenant son café. La veille au soir, on a entendu les coups de feu à la radio. L'armée a tiré dans la foule à Alger. "On va avoir la guerre !"  dit mon père.  J'ai 14 ans, et je veux savoir. Qu'est-ce qui se passe ?  Il lâche enfin le journal, après avoir scruté toutes les pages. Je parcours l'article à la volée. Et je file au collège, avec des dizaines d'images – le "poids des mots" – en tête. Il faudra attendre les reportages des spécialistes, deux jours après, pour en savoir plus.  

Vendredi 22 août 2014, 10h13 – Une alerte tombe sur mon smartphone. Les camions russes entrent en Ukraine. La dépêche est reprise par toutes les radios-télés. BFMTV et I-télé la passent en boucle, les détails tombent au fil des heures. Pas besoin d'en savoir plus : Vladimir Poutine fait monter la pression. Je vais droit le lendemain dans les pages "Monde" de la Voix du Nord. Je passe aussi sur le site du Monde, de CNN et de la BBC. Je guette les commentaires. Pour confirmer ou contredire mon analyse. Sommes-nous vraiment de nouveau en situation de "guerre froide " ?

Cinquante-deux ans séparent ces deux séquences. Leur rapprochement met en évidence la fantastique mutation du métier de journaliste. Un débat sur Europe 1 a récemment traité le sujet [1], avec Edwy Plenel (Mediapart), Pierre Haski (Rue 89), Axel Krauze (Transatlantic Magazine), Eric Fottorino (Le 1) et Patrick Eveno (professeur d'histoire des medias à la Sorbonne), autour du journaliste de LCI, Romain Hussenot.  La question posée : "dans la presse, se dirige-t-on vers un monde sans papier ?" a été très vite dépassée.

Quatre données majeures ont surgi :

1 – C'est le lecteur, aujourd'hui, qui a la main. Il est devenu son propre rédacteur en chef. Il est lui-même fournisseur d'information, et il a descendu le journaliste de son piédestal.

2 – "Digital first"! Le meilleur moyen aujourd'hui d'atteindre un lecteur, ce n'est plus un ordinateur, c'est son smartphone ! Un objet nomade qui le met en lien permanent avec l'information.

3 – Peu importe le support, ce qui compte, c'est le contenu. Un copié-collé de l'information ne suffit plus. Il faut faire de l'investigation, délivrer une information de qualité et donner à réfléchir.

4 – Plus que jamais, les journalistes doivent lutter pour leur indépendance : politique, industrielle et financière. La relation doit être construite, contractuelle et unique, avec le lecteur.

En quatre temps, tout est dit. Ce n'est pas une simple évolution du métier. C'est une révolution mentale, qui secoue les rédactions. Elle en élimine beaucoup, elle en fait surgir d'autres. Les nouvelles pratiques de la société ouvrent un monde fantastique. Le smartphone dans la main, le "lecteur" du XXI° siècle est en contact immédiat avec  le monde  entier. La seule frontière, aujourd'hui, c'est celle de la langue !

Etienne Desfontaines

 

[1] www.europe1.fr/mediacenter/emissions/europe-soir(grand débat du 15 août)

Le caillou

dans la chaussure

Elle grogne, elle se renfrogne. Elle convoque la presse dans un café parisien, et elle cogne : "Il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat, pas trop tard pour réussir la réforme territoriale… On a fait de belles choses, on en a loupé d'autres… Si depuis deux ans dans tous les domaines, on avait eu une grande vision et une méthode, on aurait eu un peu moins de problèmes» La charge est rude. Mais qui est aujourd'hui Martine Aubry ?

Elle a été ministre de l'emploi et de la solidarité. Elle a été première secrétaire du parti socialiste. Mais elle a été battue dans les primaires de l'élection présidentielle. Elle n'est plus député. Elle n'est pas sénatrice. Elle a refusé d'entrer au gouvernement. Elle n'est plus présidente de LMCU ni de l'Eurométropole. Elle est maire de Lille, une cité de 225 000 habitants.

Certes son passé parle pour elle. Elle est la fille de Jacques Delors, elle a instauré les 35 heures, elle a un parcours exemplaire dans les allées du pouvoir. Elle a une vision et une réelle expérience de la vie politique. Elle succède à Lille à Pierre Mauroy avec un franc succès. Mais ceci n'empêche pas cela. On peut se poser la question. De quels moyens dispose-t-elle aujourd'hui, vraiment, pour infléchir une politique nationale ? N'en est-elle pas réduite à tenir le rôle du "caillou dans la chaussure" ?  Il est énervant, il peut devenir insupportable, il oblige à s'arrêter. Mais il suffit d'enlever et de retourner la chaussure. Un soupir de soulagement plus loin, on n'en parle plus !

Etienne Desfontaines

ALSTOM STORY  

Mondialisation oblige, le temps n'est plus où la lecture de la presse nationale suffisait à se faire une bonne opinion de ce qui se passe sur notre territoire. L'intervention du patron de General Electric, Jeffrey R. Immelt, par exemple, dans "l'International New York Times" du 23 juin, est édifiante. "For G.E., déclare-t-il, the overall economics of the deal remain intact, the transaction will add to the American company's profit in Year 1". En français dans le texte : l'intervention de l'Etat français ne change rien, l'opération reste bénéficiaire à un an pour la compagnie américaine. En langage cru : si jamais elle devenait déficitaire, les américains s'en retireraient plus vite qu'ils n'y sont entrés ! En langage géopolitique : la France vient de soumettre une de ses activités stratégiques à la loi du "business". Le tout nouveau patron de Bercy, Arnaud de Montebourg, a beau jouer les Don Quichotte avec ses grands bras, la presse internationale n'en démord pas. Ce n'est pas Alstom, pour le coup, qui plante le drapeau français à l'international avec une stratégie énergétique à long terme, c'est une compagnie américaine qui fait du bénéfice – à court terme – sur une activité essentielle pour l'avenir du pays ! No comment.

Etienne Desfontaines

 

LE CHAMBOULE-TOUT

Le-chamboule-tout.jpg

 

On ne décrète pas les identités régionales. On les repère, et on les assume. C'est ainsi, et il faut y faire bien attention, parce que ce sont les régions, beaucoup plus et beaucoup mieux que l'état-nation ou les communes, qui vont assurer l'ancrage territorial des citoyens dans une Europe renforcée. Bousculé par les votes et l'opinion, pressé par la Commission Européenne et forcé à agir, le président de la République a enfin pris une  décision. Il vient de lancer la réforme territoriale. Quelques coups de téléphone dans son bureau parisien,  trois  coups de crayons à l'emporte-pièce dans notre bonne vieille carte de France, et une tribune dans la Presse Quotidienne Régionale : la balle a été lancée plus vite que prévu dans… le chamboule-tout ! Effet garanti. Entre histoire et avenir, métropoles et sous-préfectures, pays de cocagne et terres abandonnées, il ne restera qu'une ou deux boîtes sur la table. Toutes les autres vont rouler par terre ! Le gagnant sera celui qui les ramassera !

Etienne Desfontaines

 

 

CULTURE FRANCAISE,

CULTURE CHRETIENNE,

CULTURE EUROPEENNE

Mardi 13 mai, 20h30 – Le fait est courant. Les voûtes élancées de l'église Saint-Maurice (Lille) abritent un concert classique. Dans la minute qui suit la prise de  la photo ci-dessus, une formation parisienne renommée, les "Violons de France", investit les pupitres qui l'attendent devant l'autel. Les premières mesures des "Quatre saisons" montent dans la grand-nef. Plus de cinq cent personnes tombent sous le charme d'Antonio Vivaldi. A deux pas du soliste qui donne de la densité à ses mélodies, le Christ subit sa Passion en silence, un brin de muguet aux pieds… en signe d'espérance !

Culte et culture… Le mélange des genres est connu, accepté à Lille, comme partout en France et en Europe. Les prestations se multiplient. Concerts, conférences, expositions : l'église, immense cathédrale ou simple chapelle, est définitivement vécue comme un repère. Un lieu de rencontre. Même si ce ne sont plus des fidèles, mais des mélomanes, des spectateurs et des artistes, qui la fréquentent. Il arrive même aux politiques de se l'attribuer. L'image de la campagne présidentielle de François Mitterrand, en 1981, reste dans toutes les mémoires : une certaine présence, une "force tranquille", profondément identitaire, émanait déjà d'un simple clocher !

 

A l'heure où, quoiqu'on en pense, nous entamons un processus délicat de création d'une identité européenne, à l'heure où les nations cèdent inexorablement le pas à un espace beaucoup plus vaste de civilisation, pour que le continent européen tienne le rang mondial qui lui est dû, nous devons bien nous en rendre compte : une large part de notre identité est faite de chrétienté. Le simple fait de perdre la foi ne suffit pas à nous en débarrasser. Nous en sommes imprégnés. Catholiques, anglicans ou luthériens, orthodoxes : notre vie quotidienne, notre culture, notre façon d'être et de parler, et notre histoire évidemment, qu'elle soit latine ou anglo-saxonne, tout est rythmé, coloré, pensé en lien avec l'histoire de la chrétienté. Nous en défaire correspondrait à nous couper un bras.

 

 

 

On attribue à André Malraux, l'ancien Ministre de la Culture du Général De Gaulle, la fameuse maxime : "le XXI° siècle sera religieux, ou ne sera pas !" Nous y sommes. L'enjeu des prochaines élections européennes n'est pas de savoir si la France va grandir ou se perdre en Europe. Il est de donner à l'Europe les moyens d'exister dans le monde. Les musiciens sont nombreux qui ont animé les chapelles du grand siècle : l'Italien Antonio Vivaldi, l'Autrichien Wolfgang Amadeus Mozart, le prussien Jean-Sébastien Bach, pour ne citer qu'eux, ont passé la plupart de leur temps en carriole sur les routes d'Europe ! Et les grands chefs d'orchestre européens suivent tous aujourd'hui l'exemple de l'Allemand Herbert Von Karajan ou de l'italien Claudio Abbado : ils sillonnent le monde en avion. Des partitions européennes, françaises pour beaucoup, chrétiennes quasiment toutes dans la profondeur de leur expression, soigneusement conservées dans leur mémoire !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

STUPEUR ET TREMBLEMENTS A

LILLE METROPOLE COMMUNAUTE URBAINE

 

 

 

Les uns les autres lui passent quasiment sur les pieds, en arrivant rue du Ballon. Les uns honteux, les autres nerveux. L'ambiance est électrique à Lille Métropole Communauté Urbaine. Le troisième tour des municipales bat son plein. Les élus "fléchés", maires de petites communes, présidents de groupe, anciens et nouveaux élus de Roubaix-Tourcoing, filent têtes basses devant sa tombe au pied des tours d'Euralille, avant de s'engouffrer dans l'Hôtel de Communauté. Il n'aura pas fallu longtemps. Moins d'un an après la disparition de Pierre Mauroy,  on l'entend gronder à six pieds sous terre ! Le socialisme et le savoir-vivre républicain, qui lui étaient si chers, prennent des coups durs dans la Métropole.  Sortie de crise annoncée – porte de droite ou porte de gauche – le vendredi 18 avril après-midi.

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 ISOLOIR  

 

Isoloir.jpgC'est un mystère. Les statisticiens et les politologues les plus avertis tentent de l'approcher depuis des lustres. Mais personne n'a jamais réussi à le percer. Qu'est-ce qui se passe dans la tête du citoyen, quand il se retrouve seul dans l'isoloir, avec ses bulletins et son enveloppe ?

 

Le moment peut être serein ou tendu. Il lui faut avoir fait le tri de la masse d'information et de désinformation, qui lui est passée dessus pendant des mois. Il lui faut une dernière fois procéder par adhésion ou par élimination. Sur la base de l'affection pour un candidat, ou sur celle de la raison pour un programme. Il lui faut aussi prendre la mesure de l'intérêt général, c'est une démarche difficile, au-delà de ses espoirs personnels et familiaux.

 

Il  y a autant de processus que d'individus. Il s'agit bien là d'un "colloque singulier", dont personne ne peut faire l'économie. Et il est un fait certain, qu'on observe facilement, dans la position de président ou d'assesseur de bureau de vote : une fois sorti de l'isoloir, c'est fini. Le passage devant l'urne n'est plus qu'une formalité. Le regard du votant, à ce moment-là, est éloquent. Il est encore intérieur, un rien méditatif, mais il porte loin. Très loin. Il assume sa décision, et il en ébauche la justification. L'enveloppe et la carte électorale à la main, il le sait, il va se retrouver le soir même dans la majorité ou l'opposition. Dans la satisfaction ou le dépit. Et il devra en rendre compte. D'abord à lui-même.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

Echarpes orphelines 

 

Echarpes-orphelines-bis.jpgProportionnelle et parité. Au gouvernement, ça donne une fragile répartition des "maroquins", et une équipe de bric et de broc. Au Parlement, ça donne une tribune aux extrêmes. C'est ce qui se passe déjà dans les Régions. Dans les grandes communes, les jeux d'influence font florès : on ne choisit plus vraiment les personnes en fonction de leur compétence, mais au gré de leur sexe ou de leur appartenance politique. Dans les petites communes (entre 1000 et 2500 habitants), c'est un casse-tête chinois. Les savoir-faire doublés de bonnes volontés ne sont pas légion. Réunir une liste complète de 15 à 20 quasi-bénévoles, hommes-femmes à part égale, est un exploit ! On voudrait tuer le politique dans l'œuf de la législation, et décourager toutes les vocations naissantes au moment où on en a le plus besoin, qu'on ne s'y prendrait pas autrement !

 

Etienne Desfontaines

 

Pacte de responsabilité

 

 

 

Pacte-de-responsabilite.jpgSi les mots ont un sens, la racine du "pacte" venant de la "paix", et si on nous en rabat les oreilles en ce moment, c'est qu'il y a au pire des "ennemis", au mieux des "parties adverses", à réconcilier. Si on adjoint en plus à cette notion de réconciliation, celle de "responsabilité", c'est qu'on s'adresse à des "irresponsables" dont on veut corriger les égarements… Le résultat est simple.  En fait de "climat de confiance", ce qu'on génère dans l'armée des ombres, acteurs de terrain de l'économie et du social, qui engagent des fonds et toutes leurs forces dans le développement de leurs activités, au local, au national ou à l'international, c'est un "frisson" d'incrédulité !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

LES QUATRE HOTELS

     

 

 

Quatre hôtels, quatre mousquetaires.

 

Des aventures mais pas de mariage en vue.

 

 

 

Le premier fait le beau, aux abords du périphérique. Cinq vastes Lego de verre  sur pilotis. On ne peut pas rater le Conseil Régional, en arrivant à Lille. On lui passe dessous, pour entrer sur le Boulevard Louis XIV. Son beffroi affronte les vents de Flandre comme une lame de verre, plantée au cœur du Nord Pas-de-Calais. Il étincelle au soleil levant, il flambe au soleil couchant.

 

 

 

Le second est plus discret, en bord de gare. Deux masses de briques jaunes quasiment soviétiques, lourdement fichées en terre, au dos de la Cité Administrative. L'hôtel du Département, rue Gustave Delory, abrite l’exécutif et les directions administratives du Conseil Général. On lui passe dessous, lui aussi, pour rallier le centre-ville.

 

 

 

Le troisième est celui qui domine la ville, du haut de ses 104 mètres ! Du grandiose à l'état pur. Une ampleur et une ingéniosité, tout en briques rouges, signées des années 30. On ne passe pas sous l'Hôtel de Ville de Lille. On en fait le tour, pour en trouver l'entrée. Puis on le contemple, en revenant sur le pavé de la Porte de Paris. Et on se laisse porter par l'Histoire avec un grand "H". Les ombres de Roger Salengro et de Pierre Mauroy surgissent sur le parvis. Plafonds hauts, escaliers de pierre, comptoirs de chêne : le berceau du socialisme du Nord a été fait pour durer !

 

 

 

Le quatrième est installé au nord de la commune. A l'entrée du Grand Boulevard, en direction de Roubaix-Tourcoing. Dix étages en équerre, un banal ensemble de bureaux. On peut longer l'Hôtel de Communauté (Lille Métropole Communauté Urbaine) à pied ou en voiture, sans vraiment le voir. Il administre pourtant 85 communes et plus d'un million d'habitants. ll accède aujourd'hui au rang d'Euro-métropole, et il est un des lieux de pouvoir les plus porteurs d'avenir.

 

 

 

Une telle richesse architecturale nous honore naturellement. Mais elle inquiète aussi. Le serpent de mer réapparait, comme toujours, à l'approche des élections. 36000 communes, des métropoles et des intercommunalités par dizaines, 101 départements et 22 régions : c'est peu de le dire, le millefeuille à la française est devenu totalement indigeste.

 

 

 

Pour traiter le sujet, le "Janus" du gouvernement Sarkozy, l'élu double-face, à la fois conseiller général et conseiller régional, a fait long feu. La mode est maintenant aux "fiançailles". Patrick Kanner (CG59) vient de passer la bague au doigt de son collègue socialiste Dominique Dupilet (CG62). Mais de là à entamer une vie commune, il y a encore du chemin. Les "fiancés" du Haut-Rhin et du Bas-Rhin sont dans toutes les mémoires : ils étaient à deux pas de convoler en justes noces avec la Région Alsace, en avril 2013. Mais c'est la parentèle qui n'en a pas voulu : elle a les a renvoyés chez eux, le doigt tendu, avec un "non" retentissant entre les oreilles ! Région, Départements, Métropole et commune : la marche nuptiale n'est pas près de résonner, dans les hôtels lillois comme partout en France.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Un rayon d'or

sur le noooord !

 

 

    Yoichi Suzuki, l'ambassadeur du Japon en France, est monté dans le Nord la semaine dernière. Un passage dans la journée chez Toyota (Valenciennes), et une remise en soirée des insignes de l'Ordre du Soleil Levant, Rayon d'Or en sautoir, au Consul Honoraire du Japon à Lille, Patrick Lesaffre. Costume sobre parfaitement ajusté, tailleur noir de haute couture pour son épouse : le couple affiche une élégance parisienne discrète, mais très présente.

 

On lui demande hors discours : "Excellence, quelle image vous faites-vous du Nord de la France ?" Il pratique le français à la perfection. Il évoque d'abord un trait essentiel de notre identité. "Nous sommes ici à Lille et Valenciennes, dit-il, dans une grande agglomération industrielle, c'est pour cela que Toyota s'y est implanté." Et puis, il change de registre. "Vous avez l'avantage, lâche-t-il sans prévenir, d'être au contact de la Belgique et des Pays-Bas, de leur ouverture sur la mer et sur l'Europe… La logistique, c'est important pour le Japon !" Dans la foulée, il évoque les musiciens japonais de l'Orchestre National de Lille : la culture est pour lui le creuset de la rencontre du Nord et du Levant !

 

 En trois temps, tout est dit.

 

 – Vu de l'autre bout de la terre, ce n'est pas une commune, Lille ou Valenciennes, qui attire le regard, c'est le vaste tissu urbain qui s'étend de Maubeuge à Arras, de Dunkerque à Lille, jusqu'à Tournai, Gand et Courtrai.

 

2 – Dany Boon est renvoyé dans ses cordes ! Nous ne sommes plus dans "le nooooord" de la France, nous sommes au "sud des pays du Nord", associés au développement international de la Flandre occidentale, des Pays-Bas et de l'Allemagne du nord-ouest ! C'est une donnée qui est clamée depuis longtemps par nos Chambres de Commerce et d'Industrie. C'est une réalité qui est déniée par l'administration française, elle met dans l'embarras le Préfet de Région, Dominique Bur, qui assiste à la remise de médaille, et qui délivre – lui aussi en aparté – un  commentaire évasif : "nous travaillons actuellement à la problématique de la mobilité dans la région, c'est fondamental…"

 

3 – Il n'y a de perspectives économiques que dans la rencontre humaine en profondeur : la culture est l'avant-garde de la croissance européenne et internationale.

 

La visite de l'ambassadeur du Japon, Yoichi Suzuki, n'a pas provoqué de tourbillon médiatique. Il y a pourtant des regards lointains, qui en disent plus que toutes les analyses sur la situation du Nord Pas-de-Calais. Il est grand temps d'ouvrir le canal Seine-Nord, d'engager des relations transfrontalières intenses, de développer des coopérations portuaires le long de la Manche, et de multiplier les voies routières et ferroviaires vers Dunkerque, Anvers, Rotterdam et Hambourg !

 

Etienne Desfontaines

 

Management

Management.jpgTous les DRH connaissent bien le fait. Quand il y a un problème de management, on évoque un manque d'écoute. On tente de restaurer  le dialogue, on ouvre des tables rondes. Et on tourne en rond, jusqu'au moment où il faut bien changer quelque chose. Soit la méthode de management, soit le manager. Pour que la vie reprenne son cours. "Le poisson pourrit toujours par la tête" dit le proverbe chinois. La survenue des problèmes n'est pas toujours le fait de la direction. L'absence de réponse, ou l'échec des solutions : si !

 

C'est ce qui se produit aujourd'hui. La crise n'est pas le fait de l'Etat ou du gouvernement socialiste. Elle ne trouve pas non plus son origine dans l'institution européenne. Elle est mondiale, multipolaire. Et l'économie n'est pas tout. La politique n'y suffit pas non plus. La science, l'écologie, l'éthique et la religion s'en mêlent. Les lignes géopolitiques bougent. La conception même de la vie est bousculée, partout sur la planète. Quel  langage tenir, face à de telles mutations ? Quelles réponses apporter ? Quelles perspectives donner à un Etat, un continent, une Eglise, ou plus simplement à une corporation professionnelle, ou à une communauté arcboutée sur son identité ? Bien malin qui peut le dire. Beaucoup de responsables ne s'y retrouvent plus, et ils vacillent.

 

Premier exemple. Tout président qu'il est, François Hollande n'est plus en situation, dix-huit mois après son élection, d'imposer quoi que ce soit en France : plus personne ne l'entend…  Deuxième exemple. Qui connait réellement de nom et de visu, celui qui porte en ce moment le titre de président du Conseil de l'Europe, Herman Van Rompuy ?  Ce n'est pas faute de faire des efforts, et d'appliquer à l'Europe les talents de négociateur qu'il avait déployés comme chef du gouvernement belge. Mais rien n'y fait : la citoyenneté européenne est en panne…. Et troisième exemple.  Qui peut donner d'emblée le nom, le titre exact, et l'origine du patron de l'ONU ? L'affabilité de son secrétaire général, le Sud-Coréen Ban Ki-moon, est légendaire. Sa discrétion est notoire. Son assemblée fait la preuve récurrente de son incapacité à anticiper et à régler les conflits….

 

La France, l'Europe et l'ONU ont toutes les trois perdu la tête, et le plus souvent, le sens de leur existence. Il est temps de leur donner une nouvelle gouvernance. La plupart des observateurs le clament. Si rien n'est fait, ce sont les peuples qui vont l'exiger. Les élections municipales en France, et les élections européennes sur le vieux continent, seront sans doute très lourdes de sens, en mars et en juin prochains. On peut s'en convaincre, on peut et on doit tout faire, chacun à sa place, en commençant par rendre de la hauteur et de la noblesse à la vie politique, pour accompagner le mouvement et nous doter de vrais managers, au national et à l'international. C'est une étape nécessaire. Pour que la vie reprenne son cours.

 

 

Etienne Desfontaines

 

Techtonique des plaques 

 

Tectonique des plaquesLa terre va trembler ! Les astrophysiciens et les vulcanologues savent de quoi ils parlent. Ils surveillent les lignes de force de l'écorce terrestre. Ils ont des capteurs, ils analysent les prémices des séismes. Sans pouvoir dire, toutefois, le jour et l'heure de la catastrophe. Les politiques, eux, semblent nettement plus désarmés. Pas de capteurs, pas d'enregistrements prédictifs des chocs titanesques qui devraient pourtant se produire en 2014. Entre communes et métropoles, entre nations et Europe, entre extrêmes et partis de gouvernement.

Dimanche 23 et dimanche 30 mars 2014 – Nous allons élire nos conseils municipaux et nos… 36 000 maires. Sans rougir, comme en 1930 ! Nous allons traverser la rue principale de notre quartier ou de notre village, et déposer dans l'urne un vote dont les conséquences seront immédiatement balayées, dépassées par ce qui va se passer dans les métropoles et les intercommunalités ! Toutes les décisions importantes de la commune – aménagement du territoire, habitat, transport, sport et culture, environnement et traitement des déchets, approvisionnement en eau – sont désormais prises au niveau intercommunal. Dès lors, la tentation sera grande, le 23 et le 30 mars, de détourner l'élection pour en faire une tribune partisane de droite ou de gauche, extrémiste ou républicaine. Mais ceci n'empêche pas cela : la plaque "intercommunale" est en train d'émerger. Violente et implacable. Elle bouscule toutes les façons de faire des équipes municipales.

 

Dimanche 25 mai 2014 – Nous allons élire nos députés européens. Les premiers éléments d'information qui tombent nous le confirment : ce ne sont pas les "têtes de pont" que nous enverrons au Parlement Européen. Ce sont des seconds couteaux. Rares sont les politiques français, en effet, qui vouent leur carrière à la construction européenne. La plupart préfèrent surfer sur l'opinion publique et caresser du plat de la main le pré carré de la "Nation". On peut en être sûr,  le 25 mai, la tentation sera grande une fois de plus de détourner l'élection pour en faire une tribune partisane de gauche ou de droite, plus ou moins extrémiste, plus ou moins pro ou anti-européenne. Mais ceci n'empêche pas cela : la plaque "européenne" est en train d'émerger. Violente et implacable. Elle bouscule toutes les façons de faire des nations européennes.

 

Poussée des extrêmes, déstabilisation et déliquescence des partis de gouvernement, éloignement des centres de décision territoriaux, éloignement des centres de décision nationaux au profit de l'Europe : les "plaques politiques tectoniques" sont bien visibles et multiples. Et on le sait, c'est l'effet de la "convection*" : elles vont s'entrechoquer. Violentes et implacables. Reste à savoir : quand ? Avant, après, ou au moment même des élections ? Bien malin qui peut le dire.

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) convection : échange thermique et mouvement de matière  dans le manteau terrestre, à l'origine de la dérive des continents. 

 

 

C'est génial

 

Le tramway

 

"C'est génial !"  Elle saute, elle trépigne. Elle va sur ses cinq ans, et elle traverse le Grand Boulevard sur une passerelle piéton, à hauteur du Buisson. Les voitures filent sous nos pieds. Les tramways, massifs, tous phares allumés et caténaires déployées, prennent lentement de la vitesse et s'engouffrent eux-aussi sous la passerelle. Elle s'agenouille, elle se retourne, elle guette le suivant : "le voilà, le voilà !" Elle se fait peur, elle perçoit le souffle du monstre qui disparait sous ses pieds. Elle recommence, jusqu'au moment où elle domine l'expérience. Elle n'a pas assez de mots. C'est un flot continu pour refaire l'histoire sur le chemin du retour. Petite fille de la campagne, elle savoure le plaisir de l'inconnu. Elle découvre la ville. C'est un vrai bonheur de la voir, heureuse et confiante, aux portes d'un monde nouveau !

 

Pierre Mauroy

 

"C'est génial !"  Je parcours la presse, je passe d'une matinale à l'autre, j'écoute les chroniqueurs. Pas une fausse note. L'éloge est sobre, mais unanime. A la mesure de l'homme qui vient de s'éteindre. Je me souviens pourtant des combats, des critiques et des coups bas. Des dossiers difficiles, dont il a assumé le poids humain et politique. Tout ce qu'on racontait aussi dans les quartiers. Il n'y avait pas que de l'affection dans l'expression "Gros Quinquin" ! Mais tout est oublié. La ville de Lille, la Communauté Urbaine, le département, la région, la France, L'Europe,  l'élite et le peuple, tout le monde salue aujourd'hui un homme politique aimable et respectable. Le fait mérite d'être signalé : il y a donc des hommes politiques qui en valent la peine… Cherchons bien : il y a d'autres Pierre Mauroy en France et en Europe ! C'est un vrai bonheur de partager pareil moment de confiance populaire !

 

Le Saint Empire Romain

 

"C'est génial !" La promenade est impromptue, cette fois, dans les colonnes de "L'international Herald Tribune". Un professeur d'histoire de Cambridge, Brendan Simms*, nous ramène cinq siècles en arrière. Il revisite le Saint Empire Romain Germanique. Ses débuts au Moyen-Âge, son étendue sur toute l'Europe du Nord, de l'Est et du Sud. Ses rivalités entre princes régnants, le don de se lancer dans d'interminables débats. Une paralysie, qui a mené à sa perte en 1806. Brendan Simms en tire des leçons énergiques, en faveur de la création d'un exécutif européen fort. "C'est le choix, dit-il, que les américains ont fait il y a deux cent ans, ils ont prospéré… Les européens – les "germains de l'époque" – ont tergiversé… Tout reste à faire, mais nous en avons les moyens !"  C'est un vrai bonheur d'apprendre que nous avons en nous-mêmes tout ce qu'il faut pour prospérer et faire confiance en l'avenir !

 

Moralité

 

Des leçons d'histoire, des hommes de la trempe de Pierre Mauroy, un regard d'enfant : il suffit de bien regarder, "c'est génial !", et de nous y abandonner. Nous avons tout sous la main, pour aller de l'avant.

 

Etienne Desfontaines

*) "Europe : the struggle for supremacy from 1453 to the present" Brendan Simms (Edition Allen Lane 2013)

 

   

 Maman, j'ai perdu mon Swot

 

swot.jpgFête des mères, fête des pères. Les mois de mai-juin nous ramènent tous les ans à la cellule initiale de notre vie. A notre famille. Qu'est-elle devenue aujourd'hui ? Nous avons tous en tête le poème de Victor Hugo : "lorsque l'enfant parait, le cercle de famille applaudit à grands cris…" Mais de quel cercle de famille parle-t-on ? Qu'est-ce qu'un enfant découvre aujourd'hui, lorsqu'il ouvre les yeux sur le monde et lorsqu'il capte ses premiers éléments de langage. Lorsqu'il imprime par tous ses sens ce qui formera ses certitudes, son disque dur dans la vie, son "SWOT" – Strengths (forces), Weakenesses (faiblesses), Opportunities (opportunités), Threats (menaces) – comme disent les anglais.

 

Difficile aujourd'hui de le définir. L'espace familial dans lequel il surgit peut prendre une incroyable diversité de configurations. Un père, une mère. Deux pères, deux mères. Pas la peine d'y revenir, on vient d'en parler pendant des mois ! Un père au travail, une mère au foyer. Ou l'inverse. Idem quand les deux parents sont du même sexe. Une mère isolée, sans reconnaissance du père. Un père seul, et une mère connue mais totalement absente. Des parents séparés, mais qui restent en contact : une semaine chez l'un, une semaine chez l'autre, en l'absence de tout autre compagne ou compagnon. Des parents séparés, mais qui ont refait leur vie, soit l'un soit l'autre, soit les deux : deux nouveaux adultes dans la famille, des demi-sœurs, des demi-frères. Des parents divorcés dans le chaos et la douleur, un père ou une mère qu'on ne voit qu'aux vacances. Idem, dans tous les cas de figure que l'on vient d'évoquer, pour les personnes de même sexe… Sans parler des métissages, des mélanges de langues, de cultures nationales, internationales, économiques et politiques, artistiques et religieuses. 

 

Arrêtons-nous là. Le fait est établi, et il est complètement inédit. La complexité de la situation que doit affronter un enfant dès sa naissance en 2013 est inouïe ! Un instituteur, pardon : un professeur des écoles, comme on les appelle maintenant, m'a lancé récemment : "j'ai 25 gosses dans ma classe, ce sont 25 situations familiales différentes !"  Il exagérait un peu, mais c'était pour lui une façon d'exprimer son désarroi. Pour bien instruire un enfant, il faut le comprendre, s'adapter à ses acquis, construire sur le socle donné par la famille. "Je ne les comprends plus, me disait ce professeur, je n'arrive plus à discerner le cadre réel dans lequel ils évoluent…"  Quand on connait le besoin de cadre, justement, pour un enfant, quand on en sait la nécessité pour le rassurer, pour le conforter dans son identité et l'amener au meilleur de ce qu'il peut devenir, on se dit que nos bambins, tous nos bambins, qu'ils soient des quartiers chics ou des cités, qu'ils soient à l'air libre dans nos campagnes ou ballottés dans les avions de la jet-society, tous nos bambins encore une fois ont bien des raisons de ne plus savoir où ils en sont et de faire des crises d'angoisse !

 

Bonne fête à toutes les mamans.

 

Bon courage à tous les enfants.

 

Etienne Desfontaines

 

 

LE DOUTE

 

Gruson – Dimanche 7 avril 16h

 

Les pales d'hélicoptères ronflent au-dessus de nos têtes. La voiture du directeur de course sort en hurlant du pavé de l'Arbre. Je serre la petite (4 ans) dans mes bras. Cent mètres de creux : deux hommes casqués, lunettes noires, surgissent roue dans roue. Fabian Cancellara et Sep Vanmarcke. On a juste le temps de percevoir la hargne, la tension de la chaîne sur les roulements à billes. La meute des suiveurs écrase le dixième de seconde de silence qui submerge les vrais supporters. Je jette un œil à la petite. Elle a les yeux grands ouverts, les mains sur les oreilles. Trop d'images, trop de fracas. Ce n'est plus du sport, c'est du spectacle. Ce n'est plus du spectacle, c'est un enfer mécanique. Comment ces hommes font-ils pour tenir ? L'édition 2013 du Paris-Roubaix a été la plus rapide des temps modernes ! Je pense à Tom Boonen, à Lance Amstrong, au vainqueur de cette année, Cancellara, et à bien d'autres. Tous ont été suspectés ou convaincus de dopage. Il y a comme un doute….

 

Strasbourg – Dimanche 7 avril 20h

 

Les résultats du référendum sont attendus. Haut-Rhin, Bas-Rhin, Région Alsace : les trois assemblées ne pourraient plus faire qu'une, c'est un espoir, un exemple pour d'autres territoires. Une réforme, enfin une, venue du terrain, un premier pas dans une nouvelle ère qui donne de l'élan aux régions ! Ce sera "non". Le Haut-Rhin ne veut pas se faire avaler par le Bas-Rhin, les communes, les métropoles, ne songent qu'à garder leurs prérogatives. Les promoteurs de l'opération ont monté une usine à gaz : un parlement à Strasbourg, un exécutif à Colmar. Personne ne s'y retrouve. Le projet est mort-né. La Nation n'y arrive pas, les territoires non plus. Y-a-t'il encore des réformes possibles en France ?  Il y a comme un doute….

 

Lille (Loos) - Vendredi 5 avril 15h

 

Je fais face au président du directoire de Bayer Santé, Markus Baltzer, dans le Parc Eurasanté. Il arrive de Berlin, le taxi vient de le déposer. Vaste bureau, simplicité du mobilier. Deux ou trois points d'agenda à régler avec son assistante, un document à signer, il me rejoint à la table de réunion. Accompagné, c'est la règle, de sa directrice de communication. Objet de l'entretien ? Le doute ! La suspicion. Le médicament : Dr Jekyll ou Mr Hyde ? La question est lancinante. Les progrès sont fantastiques, l'espérance de vie passe la barre des 80 ans, mais la rupture est consommée entre le grand public et l'industrie du médicament. On la met tous les jours au pilori de la finance ou de l'accident thérapeutique. Markus Baltzer est confiant. Il a des arguments, il trouve les mots : "je ne voudrais pas vivre comme mon grand-père et mon arrière grand-père ! " Nous y reviendrons dans une autre chronique. Il fustige ce doute qui ronge la France, et qu'il ne retrouve pas ailleurs dans le monde !

 

Moralité

 

Le sport, la politique, la médecine, on pourrait parler de l'économie évidemment : il n'y  pas pire cancer que le doute. Il n'est pas foudroyant. Mais il est implacable.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

Marthe et Marie 

 

Marthe-et-Marie.jpgLe hasard fait parfois bien les choses. Les 115 cardinaux électeurs, qui entrent en conclave, sont logés dans la maison Sainte-Marthe. Il n'y a pas femme plus remuante ! Les évangiles (Luc 10 ; 38-42) nous disent qu'elle était la sœur d'une douce femme, Marie, qui se contentait d'écouter la parole du Seigneur, assise à ses pieds. Alors qu'elle, Marthe, s'agitait pour assurer "les multiples soins du service" de la maison. Silence et agitation. Méditation contre rumeur du monde. On imagine la tension relative de ces 115 "personnages en quête d'auteur", dont la moyenne d'âge est de 77 ans, tous nommés par leurs deux illustres prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoit XVI, sans avoir participé pour autant, ni les uns ni les autres, à la "révolution" de l'Eglise dans la seconde moitié du XX° siècle : le concile Vatican II !

 

Sont-ils réellement des hommes d'avenir ? Vont-ils élire un homme qui représentera le collège des évêques, dont il sera issu, avec le discernement et l'énergie nécessaire pour assurer les "multiples soins du service" auprès du monde, un homme capable aussi de réformer la Curie et de sortir ses officiants, cardinaux, prêtres et évêques, des ornières morales dans lesquelles ils se sont fourvoyés. Vont-ils au contraire retenir un nouveau grand théologien, à l'image de Benoit XVI, qui s'en remette à Dieu et pointe constamment du doigt un idéal de vie ? Ou bien encore, vont-ils choisir un nouveau "curé du monde", comme l'était le très charismatique Jean-Paul II, qui arpente la planète et réunisse autour de sa personne toutes les diversités d'expression de la foi catholique ? Il n'y aura probablement pas de miracle. Juste le souffle de l'Esprit-Saint, disent les croyants.

 

Reste que cette élection papale, ses pompes et ses ors aux relents désuets d'un début de XX° siècle, est absolument fascinante et… déroutante pour le commun des hommes. Fascinante parce que l'histoire de l'Eglise est aussi celle d'une très large partie du monde, à commencer par celle de la vieille Europe : c'est le phénomène de l'inculturation. Le lien est très étroit entre vie culturelle et vie cultuelle, entre beauté et foi, on le relève sans arrêt dans nos musées et nos palais républicains. Fascinante aussi parce que le monde en mutation qui s'ouvre sous nos pieds, l'effacement programmé de nos racines et nos doutes sur l'avenir, nous mettent en quête de sens. Les hostelleries des monastères font le plein. Déroutante enfin, parce qu'absolument contraire à notre sens de la laïcité, à notre façon de concevoir la gestion d'une institution internationale par la démocratie, à notre rejet de plus en plus marqué de toute hiérarchie verticale pour préférer la vie en réseaux !

 

Moralité

 

Au travail, dit Marthe !

 

"Le Royaume de Dieu n'est pas de ce monde", répond Marie.

 

Moralité (bis)

 

Une chose est sûre, le temps de l'Eglise n'est pas celui du monde

 

Une autre aussi : le pape ne sera pas une femme.

 

Etienne Desfontaines

 

Photo :

 

"Le Christ dans la maison de Marthe et Marie"  Tableau de Johannès Vermeer (vers 1655)

 

Gethsémani

         Gethsémani… C'est un jardin sombre, dans la vallée du Cédron, au pied du Mont des Oliviers. Le Christ s'y retire juste avant sa Passion. Il y ressent "effroi et angoisse", dit l'évangéliste Marc. Il s'isole, il tombe la face contre terre, et il prie. Pendant ce temps-là, Saint Pierre et deux autres de ses apôtres, le premier cercle de son entourage, s'endorment…  Benoit XVI n'est pas le Christ. Les cardinaux ne sont pas les apôtres. Mais ils en sont les successeurs. La comparaison n'est pas dénuée de sens. Elle peut éclairer le fait stupéfiant du renoncement du pape à conduire plus avant les affaires de l'Eglise.

 

 

Joseph Ratzinger, devenu Benoit XVI par la volonté de ses pairs à la mort de Jean-Paul II, est d'abord un théologien. Un grand intellectuel, convaincu de l'amour de Dieu. Il a servi "l'intelligence de la foi, le dialogue interreligieux, la nouvelle évangélisation, la charité dans la vérité, la paix entre les nations", dit le porte-parole de la conférence des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. C'est un homme de Dieu. Qui se sait à bout de forces, et qui voit la fin arriver. Il a besoin de s'isoler, et de prier. C'est son Gethsémani. Un moment dans lequel il puise ses dernières énergies : les plus belles, celles qui vont l'amener à passer dans une autre Vie. Il vit pleinement son Espérance et sa confiance en Dieu, au cœur même de son extrême faiblesse. C'est son pouvoir spirituel. De celui-là, il ne s'est pas défait. Bien au contraire, il en témoigne avec une acuité inouïe. "Ce Pape est grand, dit encore Mgr Podvin, il désigne par le don de sa vie, Quelqu'un de plus grand que lui…"

 

Le même Joseph Ratzinger, qui a été porté à la tête de l'Eglise en avril 2005, sort pourtant de sa méditation. Il observe son Eglise, comme le Christ ses apôtres. Il en perçoit la force d'inertie, ses divisions, son manque d'enthousiasme à aller porter la Bonne Parole. Il la sait en décalage par rapport au relativisme, au libéralisme de la société moderne. Pas vraiment incapable, mais pas tout à fait sûre non plus, de l'entraîner vers un idéal de vie. L'Eglise, l'institution, est devenue minoritaire sur une bonne partie de la planète, elle n'en est plus le ferment culturel. Pour le redevenir, elle doit repenser sa façon d'être. Spirituellement, mais aussi structurellement. La hiérarchie romaine, catholique et apostolique, est aujourd'hui désuète. Elle ne pèse plus sur le politique, au sens fort du terme : sur la vie de la Cité. Urbi et Orbi. Ce pouvoir-là est perdu.

 

Pour le reconquérir, il y faut plus que de l'énergie. Cela suppose une autre vision du monde. Au cœur de la démission de Benoit XVI, il y a la conscience très humble et très respectable – elle fait l'unanimité – de ne plus avoir la capacité physique de mener pareille entreprise. Il y a aussi la conscience de ne plus savoir comment s'y prendre, et de devoir passer la main à la génération suivante. C'est tout aussi respectable. Et c'est une fenêtre ouverte sur un nouveau monde, dans lequel on témoignera de l'amour de Dieu… autrement qu'en pourpre cardinalice et en latin !

 

Etienne Desfontaines

Trois hommes

Le temps et la raison

Montre-Quentin-Carnaille.jpgJeudi 10 janvier, 10h - Je suis là pour l'interviewer, mais c'est Patrick Peugeot qui m'observe. L'ancien patron de La Mondiale (76 ans) vient de descendre du TGV. Quatre stations de métro plus loin, il atteint son ancien bureau (Mons-en-Baroeul). Et il parle. Une seule question a suffi : "qui êtes-vous, Mr Peugeot ?" Il énumère : l'école polytechnique, l'ENA, la Cour des Comptes, la création des contrats de plan et le programme PEON (Production d'Energie d'Origine Nucléaire), l'avènement de la télévision en couleur, le premier prélèvement automatique (EDF), les nationalisations de 1981, La Mondiale enfin, et puis le Conseil de développement de la Communauté Urbaine de Lille, et le Forum de l'Eurométropole… Les noms se bousculent : De Gaulle, Pisani, Nora, Chaban, Marie-France Garaud, Mitterrand, Rocard, Delors, et puis Mauroy, Aubry… Je l'arrête. Je lui dis : "en somme, vous avez toujours un temps d'avance !..." Il me regarde, interloqué. Il se demande si c'est un compliment ou une critique. Il n'ose pas penser à…  une fuite en avant. Le court silence qui s'installe en dit long sur la seconde moitié du XX° siècle.

 

Jeudi 10 janvier, 12h30 – François Mabille descend lui aussi du train. Un V'Lille plus loin, je le retrouve dans les profondeurs des Facultés Catholiques. Le visage rond, la quarantaine à peine avancée. Doyen honoraire, déjà, de la Faculté des sciences sociales et économiques de l'université catholique de Paris, il travaille sur les relations internationales contemporaines, et il vient de créer à Lille une chaire très attendue : "Enjeux de société et prospective". Lui n'est pas dans l'action, il se demande d'abord ce qu'il doit enseigner à ses étudiants. Un savoir ? Un "apprendre à apprendre" ? Ou une certaine sagesse  qui hiérarchise le flot de savoir qui circule, immédiat et continu, à la surface de la planète ? Le regard qu'il porte sur le temps a une caractéristique extraordinaire : il tourne à 360°. Il est en quête de sens.

 

Mardi 15 janvier, 11h – Le quartier est réputé difficile. La petite boutique ne paye pas de mine dans la rue du Faubourg des Postes (Lille Sud). Quentin Carnaille est souriant. Mince, le regard dense, il n'a pas trente ans, une formation d'architecte, et depuis toujours une furieuse envie de créer. Il a jeté son dévolu sur des mécanismes de montre. Il les démonte, il les rassemble dans des structures fines et étranges, qu'on peut porter au poignet. Immobiles. "Plus personne ne regarde sa montre, lance-t-il, ce sont les téléphones et les ordinateurs qui donnent l'heure…". Et il avance son idée : "la maîtrise du temps est une invention mentale… A tout bien considérer, si l'infini existe, il n'y a pas de temps…Les montres mécaniques sont comme le Parthénon ou les Pyramides, témoins d'une culture et d'une beauté passées, d'une certaine forme d'éternité !"

 

Trois hommes, trois générations. On peut se demander qui a raison. Celui qui a un temps d'avance ? Celui qui cherche où va le temps ? Ou celui qui indique, montre en main, qu'il n'y a plus de temps ? On peut se demander aussi si la" raison" est le bon critère pour observer, selon le propos de notre hôte, "le monde comme il va"….

 

 

Etienne Desfontaines    

 

Le Noël de Lucas

La sirène retentit dans la radio. Le message tombe sur les panneaux d'autoroute. "Alerte enlèvement ! Un nourrisson de deux jours a été enlevé à la maternité régionale de Nancy…" La description de l'enfant est précise : c'est un garçon, il s'appelle Lucas, il porte un pyjama bleu.  Celle de la ravisseuse, aussi. Elle est de type européen, elle a moins de vingt ans, les cheveux tirés en arrière, elle serait vêtue d'un blouson, d'une chemise et d'un pantalon sombre. Elle aurait transporté le nourrisson dans un sac de couleur tenu en bandoulière…

 

Dans l'habitacle, on frémit. L'image de l'enfant surgit. Ballotté, dans le noir. Il n'a plus de repères : le toucher, les odeurs, les bruits, il ne reconnait plus rien. Il a perdu le son de la voix de sa maman. Il se met à pleurer. Les secousses se font plus nerveuses, la jeune fille est contrariée. Elle ne peut pas s'en occuper tout de suite. L'image de la maman, aussi, survient. On la réveille, on la somme de répondre à des questions, on lui dit la vérité. Elle pense que c'est un mauvais rêve, qu'elle va se réveiller. Elle espère que son bébé n'est pas encore sorti de la maternité, qu'on va le retrouver au bout du couloir. Son mari arrive. Elle s'effondre.

 

Personne ne raconte jamais tout ça. Pourtant, il se passe quelque chose d'extraordinaire. C'est un des effets les plus intéressants, il faut le noter, de l'immédiateté des medias, radios, télévisions, ordinateurs, tablettes et mobiles réunis, alors qu'il est de bon ton de la pourfendre régulièrement. Du fait de la décision d'un procureur, des millions de personnes entrent à un instant "t" en communion avec ce jeune ménage et son petit Lucas ! Deux ou trois témoignages décisifs suffiront, mais tout le monde, et quand on dit tout le monde, on pense à toute la communauté française, belge et luxembourgeoise, proche ou éloignée de Nancy, tout le monde conservera un souvenir pénible de ces heures tendues où l'alerte a été répétée. Tout le monde poussera un soupir de soulagement, lorsque la ravisseuse aura été repérée, le petit Lucas retrouvé et rendu à ses parents.

 

Le scénario s'est reproduit douze fois depuis la création du dispositif, en 2005. Dans tous les cas, les enfants ont été retrouvés vivants. Des témoignages sont tombés, qui ont permis aux enquêteurs d'agir vite. On se prend alors à rêver. Après tout, nous sommes à la veille de Noël. Nous sommes des millions, capables d'intervenir en urgence, pour tirer une famille de la détresse. Pourquoi ne faisons-nous pas la même chose, gouvernement, citoyens, opérateurs radios, téléphones et internet, dans d'autres situations ? Pourquoi laissons-nous mourir par exemple des personnes seules, les cas se multiplient, à deux rues de chez nous ou derrière la porte du palier ? Pourquoi ne lançons-nous pas des "alertes solitude", avec la même vigueur que les "alertes enlèvement" ?  Le petit Lucas est sauvé. Tout le monde n'aura pas cette chance-là, dans la nuit de Noël.

 

Etienne Desfontaines

 

Paris en novembre

Rive gauche - Le Musée Maillol accueille le plus célèbre des vedutisti (peintres de paysage urbain) du 18ème siècle, le vénitien Giovanni Antonio Canal (1697 – 1768), dit Canaletto. C'est un homme qui observe "Venise comme elle va", pour paraphraser notre hôte. Sauf qu'au lieu des mots, ce sont des "vedute" (des panaromas) qu'il donne à méditer. Sa peinture est d'une telle limpidité et d'une telle précision, qu'on entre de plain-pied dans la Venise encore florissante du 18ème siècle. Le Grand Canal (photo), la place San Marco, tout ici respire la grandeur et la prospérité. Doublées d'une étrange mélancolie. Sans doute la lumière, toujours rasante. Et l'utilisation de la fameuse "chambre optique" : l'image est captée par une lentille, puis mise à plat et décalquée sur un verre dépoli. On s'enthousiasme, et en même temps, on perçoit le biais. Le peintre embellit la ville surgie des eaux, alors qu'elle a déjà beaucoup perdu de son importance politique.

Rive droite - Les parisiens font la queue devant le Grand-Palais. Ils n'ont qu'une hâte : aller à la rencontre de l'Amérique profonde, dans la lumière d'Edouard Hopper (1882 – 1967). D'une salle à l'autre, les motels, les stations-services, les enseignes publicitaires, les voies ferrées et les rues désertes, évoquent une société en pleine mutation. La grande dépression précède de peu le rush de la consommation. Pourtant, la solitude des silhouettes jetées dans le décor prend le visiteur à la gorge. La pièce maîtresse de l'exposition, "Nighthawks"  (les Noctambules – 1942*), spécialement prêtée par l'Art Institute of Chicago, nous amène au fond d'un bar. Le néon déverse une lumière crue. Un couple, un homme seul, deux chapeaux, une robe rouge, le barman en tenue blanche : le silence est insoutenable. La lumière d'Edouard Hopper ne nous pousse pas seulement à l'introspection. Elle nous bascule dans le vide. Les américains de l'époque, nos futurs libérateurs, portent en eux le germe de leur fantastique déploiement de richesses, et celui de leur désillusion. Il suffit de les observer, pour atteindre les limites de "l'american way of life".

Place de la Concorde – Les Champs-Elysées, le Quai d'Orsay, l'Assemblée Nationale, l'esplanade des Invalides : tout Paris est aux couleurs de l'Italie. Du vert, du blanc, du rouge partout. Pour qui ? Pourquoi ? Renseignements pris, le président italien, Giorgio Napolitano, est en visite d'état. L'Elysée s'est fendu la veille d'un dîner. Les medias s'en moquent. Et François Hollande est déjà parti à Bruxelles. De toute façon, le tapage de l'UMP le dispute au dérapage du président qui affirme sans rire que "la loi s'applique pour tous, dans le respect, néanmoins, de la liberté de conscience !..."  A Colombey-les-deux-églises, le Général de Gaulle s'est retourné dans sa tombe. Dans le TGV qui me ramène à Lille, je n'ai pas trop d'une heure pour digérer le sentiment, persistant, de vivre la fin d'une époque.

Etienne Desfontaines

(*) www.artic.edu/aic/collections/artwork/111628

 

L'homme Légo

 

Cette fois, nous y sommes. L'homme Lego est né. Et le fait est reconnu par une des plus hautes institutions de l'humanité : la Fondation Nobel, et son comité réuni au "Karolinska Institutet" pour attribuer le prix physiologie et de médecine 2012. Le lauréat, le Pr Shina Yamanaka (Kyoto), 50 ans, surgit sur les écrans. Il a le visage enfantin et le sourire engageant. Il raconte les choses,  plutôt qu'il ne les explique. Avec lui, ce qui va littéralement bouleverser la médecine et la conception de la  famille, devient très simple.

Il suffit de prendre des cellules de peau, de leur injecter quatre gènes, à l'aide de virus qui les intègrent dans l'ADN cellulaire. Les nouveaux gènes déclenchent le "rajeunissement" des cellules : elles deviennent des cellules souches pluripotentes induites (iPS*), qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des cellules embryonnaires. On peut les différencier, elles deviennent des neurones, des cellules sanguines, des myocytes ou des hépatocytes… Voilà tout. "C'est très facile, lance le japonais du fond de son Centre de Recherche et d'application pour les cellules iPS (CiRA*), si vous savez cuisiner, vous pouvez préparer des cellules iPS !" Et il ajoute, pour les Nuls en génie génétique : "nous avons mis au point des kits pour cela !"

En clair, soit on garde l'image culinaire, et à partir d'une dizaine d'ingrédients, on vous monte un homme comme des blancs en neige. Soit on file la métaphore, on met tout ça entre les mains d'un enfant, et quelques bonnes dizaines de Lego suffiront à construire une petite famille un lendemain de Noël ! L'homme nouveau est arrivé. On ne lui greffera plus un cœur, un foie ou un poumon. On les reconstruira, cellule par cellule. Et pour peu qu'à partir d'une poignée de cellules de peau, on produise des gamètes et des ovocytes, qu'on les fasse se rencontrer dans un bouillon de culture, bonjour monsieur, bonjour madame, le tour sera joué ! Les bébés des temps modernes trouveront leurs origines, et leurs amours fondateurs, au fond d'une éprouvette ! Les généalogistes fréquenteront les "CiRA" pour mettre leurs dossiers à jour !

 

Plus sérieusement, on imagine bien ce qui va se produire. Cette perspective peut être fantastique, ou tragique. Les progrès thérapeutiques qu'elle annonce vont sauver des millions de vies humaines. Les dérapages qu'elle va sans doute susciter seront plus redoutables qu'un lâcher de bombes atomiques sur tout ou partie de la planète. A côté de ce qui se prépare, nos débats éthiques à peine tendus du moment sont du domaine des lilliputiens. Les religions vont y perdre leur latin. Nous allons devoir nous atteler à une nouvelle définition de l'humanité.

 

Le Nobel de médecine est un prix d'ordre scientifique et technique. Il sera intéressant de savoir à qui seront attribués les prix de littérature et de la paix. S'ils montrent le chemin d'un nouvel humanisme, nous avons une chance de ne pas nous voir réduits à… un jeu de Lego !

 

 

Etienne Desfontaines

 

(*) iPS : "Induced Pluripotent Stem cells"

(**) http://www.cira.kyoto-u.ac.jp/e/ 

Les enfants et la guerre

"Monsieur, vous avez fait la  guerre ? "  La question tombe, et je ne l'ai pas vue venir. Je parle à des CM1-CM2, dans le cadre du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines (1214), et comme d'habitude, je m'enthousiasme, je donne des images. La cavalerie de Philippe-Auguste ? Des centaines de chevaux de trait qui labourent le champ de bataille à toute allure, et qui terrorisent les hommes à pied. Les tenues de combat ? Des cottes de mailles, des surcottes aux couleurs chatoyantes, des heaumes, des épées et des boucliers aux armes des héros qui s'élancent dans la mêlée. La petite est au fond de la classe. Elle y a cru. Pour elle, j'y étais. Ou d'une façon ou d'une autre, j'ai vécu la guerre.

"Monsieur, vous avez fait la guerre ? "  Les deux secondes qui passent sont une éternité. Je jette un coup d'œil à l'instituteur. Il est ébahi. Il ne m'est d'aucun secours. En même temps, je revois mes parents. Tous les deux, nés à Lille, en 1912. A deux ans, la grande guerre leur est tombée dessus. Ils en ont subi toute la rigueur. A 28 ans, ils sont entrés dans la seconde guerre mondiale. Ma mère a vécu l'évacuation. Mon père a été fait prisonnier dans les Ardennes, emmené au Stalag IV D, sur les bords de l'Elbe. La guerre, ils ont su ce que c'était. Pas moi.

Alors je décide de faire le grand saut. Le court silence les a surpris. Ils ouvrent des yeux grands comme des soucoupes. Je fixe la petite au fond de la classe et je prends les autres à témoin : "écoute-moi bien, dis-je, et vous autres, écoutez moi, vous aussi". C'est une vieille habitude. Ce sont des mots qui ne servent à rien. Mais ils me donnent le temps de construire ma pensée. "Je fais partie de ces jeunes qui ont eu une chance extraordinaire, je suis né trois ans après la guerre 40, il faut que vous le sachiez, vous aussi, vous avez cette chance-là : ça fait plus de soixante ans qu'il n'y a pas eu de guerre, ici à Lille, sur notre territoire ! Il y a eu bien d'autres guerres dans le monde, en Indochine, en Algérie, au Vietnam, en Afrique, en Afghanistan… Mais pas ici. J'étais trop jeune pour l'Algérie, je n'ai jamais été emmené à la guerre, vous vous rendez compte ?"

Ils sont interloqués. Dans la foulée, je joue mon va-tout. Je laisse tomber une question qui, je l'espère, va resurgir le soir à table. L'instituteur ne sait pas où je vais. Il est inquiet, ça se voit. "Je te pose la question, dis-je en reprenant la petite entre quatre yeux, demande-toi : qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas eu de guerre ici pendant plus de soixante ans ? " Je n'ai évidemment pas de réponse. Mais j'ai gagné : le silence est lourd de sens. Alors, je me tourne vers les autres, et j'enfonce le clou : "et vous autres, demandez-vous, qu'est-ce qui  fait qu'il n'y aura pas de guerre ici dans cinq ans, ou dans dix ans ?" Même silence. Même vertige dans les têtes. Y compris dans celle de l'instituteur. Qui rompt la magie, en appelant une autre question sur Bouvines. C'est une évidence : il est beaucoup plus facile de parler de la guerre, que de la paix.

Etienne Desfontaines

 

  Le petit avale le gros

    

Le Qatar est un minuscule confetti de 11 437km² pour 1, 5 million d’habitants, abandonné aux sables du désert dans sa majeure partie et aux températures estivales extrêmes. La France, forte de ses 550.000 km² pour 65 millions d’habitants, revendique le cinquième rang des puissances  sur l’échiquier international.

 

Et pourtant.  Les Qataris investissent sans relâche dans le monde entier avec une attirance particulière pour la France. Grâce au pétrole et au gaz dont ils tirent des revenus illimités, bien sûr, mais aussi aux lois  généreusement accordées par nos politiques. Les résidents qataris en France ne paient pas l’ISF et les investissements immobiliers ne sont pas imposables sur les plus-values.

 

De quoi donner des idées ! Le sport a bien sûr été l’objet de la convoitise des compatriotes de l’Emir et notamment de ses proches. Le Paris SG en tête  tout comme l’hippisme avec le prix de l’Arc de triomphe, sponsorisé pour cinq ans et donc rebaptisé pour la circonstance. Le Tour de France cycliste, dont il se murmure qu’il pourrait partir du Qatar en  2016, fait également partie des objectifs ciblés.

 

La boulimie acheteuse ne s’arrête pas là. Il y a les médias avec Al-Jazeera qui va devenir un acteur incontournable des retransmissions télévisées. L’économie avec des participations plus ou moins conséquentes dans Lagardère, Dexia, Vinci, Veolia environnement ou même le Tanneur, le maroquinier de luxe qui y a laissé sa majorité. L’hôtellerie de prestige (Majestic, Royal Montceau à Paris, le Carlton à Cannes…), des casinos, des châteaux, des hôtels particuliers sont également tombés dans l’escarcelle avec la bénédiction de la classe politique qui, de gauche comme de droite, fréquente assidument les palaces du Qatar. Seul Areva, le fleuron de notre nucléaire, a échappé pour l’heure aux tentatives d’intrusion. Mais EADS fera un joli lot de consolation.

 

Tout cela est conforme au libéralisme et à la mondialisation. Mais dans le même moment, l’Etat français vend ses bijoux de famille pour payer ses dettes. Le siège de la Gendarmerie nationale, dans le XVIème est à vendre, tout comme deux prisons à Lyon, des châteaux appartenant à l’armée, une ancienne caserne militaire… Au total, 1872 biens devraient être cédés dans les trois ans. Cherchez l’erreur.

A.S

 

 

 

 

 

  Vie privée, vie publique

Que Mireille Dumas ne nous en veuille pas ! Le titre de son émission télévisée colle parfaitement à l'actualité du moment ! Tous les ténors politiques étalent, bon gré mal gré, leur vie privée.

 Dominique Strauss-Kahn ? Pas besoin d'explication. Ses frasques sexuelles l'ont laissé dans les starting-blocks de la course à la présidentielle. Il a discrédité pour un bon moment les fonctions politiques qu'il occupait, les medias lui ont emboîté le pas dans les bas-fonds de l'humanité, et le monde doit entreprendre de reconstruire une certaine image de la femme qu'il a méchamment chiffonnée. Le gâchis est total.

 François Hollande ? Imaginons que le député de Corrèze arrive en tête de la primaire socialiste. On se demande bien quelle sera l'attitude de Ségolène Royal. Dans le genre soutien alambiqué, à la façon du "je t'aime, moi non plus" de Serge Gainsbourg, on ne pourra pas faire mieux ! Nous allons assister dans ce cas-là à un "pas de deux" qui restera dans les annales ! La première dame de France, celle qui aurait alors de grandes chances de poser le pied sur le perron de l'Elysée, ne serait sans doute pas celle qui l'aurait le plus voulu ! Gare au retour de manivelle. Les haines contenues sont les plus tenaces.

 Martine Aubry ? Elle est la fille de Jacques Delors. C'est un grand bonheur. On en connait beaucoup qui rêveraient d'être à sa place, et de recevoir la bénédiction d'un Père de l'Europe aussi attentionné. Il faudra pourtant bien qu'elle se fasse un "prénom". Et il ne faut pas se méprendre : avoir l'Europe en bandoulière sur les tréteaux de la présidentielle, ce n'est pas forcément un atout. Les gens de la "vraie vie", les gens de  petite condition qu'elle veut rassembler, regardent Bruxelles d'un œil torve. Il arrive toujours un moment, où il faut tuer le père.

 Nicolas Sarkozy ? Le voilà bientôt papa. Il n'en est pas à sa première expérience, loin de là, mais ceci n'empêche pas cela : c'est une nouvelle responsabilité qui lui incombe, et tous les hommes le disent, il n'y a pas plus grande mission que de guider un enfant dans la vie ! Si l'adage de Victor Hugo se vérifie, le "cercle de famille" va s'agrandir à l'Elysée. La France électorale va se pencher sur le berceau. Mais ce n'est pas l'enfant du Château qui va engranger le capital de sympathie. C'est son père. Ça lui sera bien utile.

 Allez, c'est dit. Dominique, François, Martine et Nicolas sont des personnages politiques. Mais ce sont aussi des hommes, des femmes, des personnes privées. C'est d'ailleurs ce qui fonde leur humanité. Ils ont beau évoluer sous les ors de la République, ils se retrouvent comme nous tous, nus, et abandonnés aux autres, dans les moments les plus forts de leur vie : leur naissance, leur nuit de noces et leur mort. Ne pas en tenir compte, ce serait une erreur. On touche là à l'intimité profonde d'un roi, ou d'un président de la république, avec son peuple.

 Etienne Desfontaines

 

 

Mon petit doigt m'a dit…

 

"Radio-moquette" dans les grandes entreprises, "ragot" de quartier dans les communes, "médisances" et "coups d'épingle" qui deviennent vérité dans une famille, un collège ou une association, "peaux de banane" dans une carrière professionnelle ou politique, "racontars" qui détruisent un couple, il y aurait un livre à écrire : la rumeur a une histoire. Elle est parfois pittoresque, souvent dramatique, toujours édifiante ! Succès d'édition garanti. On y découvrirait, entre autres caractéristiques malfaisantes, que le "bruit qui court" va toujours plus vite que les standards d'information du moment. Plus vite que le cheval, plus vite que le train et l'avion, plus vite aujourd'hui que les "bits" et les "octets" de notre monde numérique. C'est un mystère.
On y découvrirait aussi que le règne du "mon petit doigt m'a dit…" ne survient que dans certaines conditions. Dont une, essentielle. Les médecins savent ça. Lorsqu'un organisme réagit, immédiatement et de façon disproportionnée, à une information donnée par la dernière phalangette de son auriculaire, c'est qu'il s'en tient à "l'arc réflexe" ! La tête ne commande plus. Il n'y a plus de pilote dans l'avion.  C'est exactement ce qui se passe dans le cas d'une rumeur.
Quelle que soit son ampleur, elle ne peut se développer que sur un terrain fragile. Déstructuré, ou décérébré. C'est vrai dans une famille dont les fondements s'estompent, c'est vrai dans un quartier dont les animateurs s'essoufflent, c'est vrai dans une entreprise dont le chef ne tient pas vraiment les rênes, c'est vrai dans le monde économique et politique qui s'ouvre aujourd'hui sous nos yeux ébahis.  Il manque une gouvernance au XXI° siècle,  il manque une tête à la planète, qui crée du lien, qui focalise toutes les nations et les structures économiques sur la construction du bien-vivre ensemble, au lieu de se laisser mener par les intérêts des uns et des autres. Il lui faut un QG qui commande réellement les réactions aux vraies comme aux fausses informations.
Beaucoup le disent aujourd'hui : le politique doit reprendre la main. En France, en Europe, à l'international. Dans ce contexte, confier le cordons de la bourse et donner les clefs de la maison Europe à Herman Van Rompuy, un habile négociateur belge qui gère les choses avec doigté plus qu'il ne les commande avec vigueur, c'est obtenir la paix dans le secteur pour un temps. Mais ce n'est pas engager les réformes nécessaires, et ce n'est surtout pas donner une pièce maîtresse à ce qui pourrait être une nouvelle gouvernance mondiale. Le bouche-à-oreille a encore de beaux jours devant lui !

Etienne Desfontaines

Hervé Ghesquières :

Un homme libre, un journaliste libre

Hervé Ghesquières 3 

L'homme est passionnant, l'aventure est passionnante. Ce qu'on apprend avec Hervé Ghesquières, l'un des deux otages rentrés d'Afghanistan, ce n'est pas tant l'histoire de leur enlèvement, que ce qui se passe en Afghanistan. On prend aussi une belle leçon de journalisme, et on apprend surtout ce que c'est "qu'être un homme libre". Envers et contre tout, 547 jours durant.

Le chaînon manquant

Ce qui se passe en Afghanistan, soyons honnêtes, qui s'y intéresse vraiment ? Et pourtant, nos soldats meurent là-bas. "25 morts en un an et demi, clame Hervé Ghesquières, presqu'autant qu'en huit ans de présence française à Kaboul !"  Aujourd'hui, le journaliste a un auditoire. Alors il parle, et il explique. Il raconte la route de Kaboul à Peshawar (Pakistan). Le flux de camions qui passent sur ce qu'on appelle "l'axe Vermont". "Les camions, dit-il, ce sont des commerces qui tournent, des civils qui réapparaissent, une vie normale qui s'installe, des talibans qui n'ont plus de raison d'être". On comprend l'enjeu, et le rôle des français qui surveillent le secteur. Mais il y a un "chaînon manquant". Un bout de route sans bitume, à quelques dizaines de kms de Kaboul.  C'est là que les deux journalistes sont allés, parce que c'est là que sévissent les talibans, c'est là aussi que des civils peuvent trouver un job sur l'un des rares chantiers ouverts, sous la protection de l'armée française. C'est là qu'ils avaient une chance de croiser tous les protagonistes de la guerre en Afghanistan. C'est sur cette route qu'ils ont été piégés, et kidnappés.

Un journaliste de terrain

Le rôle du journaliste ?  Hervé Ghesquières tape du poing sur la table. A peine rentré de l'enfer, il le dit haut et fort : "je veux continuer à être journaliste de terrain, je veux continuer à travailler sur des sujets qui m'interpellent, pour les décoder et les expliquer…" Et il tonne : "nous sommes envahis d'informations brutes, de propagandes, de communication, moi je suis journaliste, je veux comprendre, je veux voir tous les angles, toutes les entrées du problème. Subjectif, on l'est, c'est humain, mais on doit  au moins être honnête, essayer d'aller voir tout le monde." Tout le monde, en Afghanistan, c'est l'armée française, mais aussi l'armée et la police afghanes, les talibans, et surtout les habitants, ceux qui se débrouillent pour survivre entre les tirs. Les deux journalistes avaient commencé à enregistrer des témoignages. C'est pour cela qu'ils y étaient allés. C'est pour cela qu'ils ont été piégés, et kidnappés.

Debout et responsable

Reste l'homme. L'homme qui est assis devant nous, amaigri, mais le regard vif, volontaire et tenace. Quand Hervé Ghesquières évoque son accompagnateur, Reza, il parle "de générosité, de diplomatie, de connaissance des codes afghans". Il dit "sa peur et son courage" face aux geôliers. Quand il parle des talibans, qui les emmènent dans la montagne, il s'exclame : "ce sont des marcheurs extraordinaires !" Quand il parle de lui-même, enfermé huit mois, seul dans une pièce, il dit : "son espoir, son désespoir, sa rage, sa colère, son ennui, et surtout toutes ses cogitations". Il ne peut pas s'en empêcher. Il va au plus profond de lui-même, il va au plus profond des hommes auxquels il a affaire. Même dans les pires moments. C'est l'honneur des journalistes, c'est le fait d'être un homme, tout simplement. Piégé, et kidnappé peut-être. Mais debout, et responsable. C'est l'honneur d'Hervé Ghesquières.

 Etienne Desfontaines

Biographie

André SOLEAU
 
   
·  Entré à La Voix du Nord en 1972 
·  Journaliste en 1980 
·  Grand reporter en 1983
·  Rédacteur en chef de La Voix des Sports en 1989
·  Rédacteur en chef et éditorialiste de La Voix du Nord en 1991
·  Directeur général adjoint en 1995
·  Directeur général du journal en 1998
·  Directeur général du groupe en 2004.
 
Parallèlement :
 
·  Vice-président du directoire et administrateur de La Voix du Nord
·  Président de Nord-Eclair, de Presse-Nord, de la SIA, de PGLM
·  Administrateur de La Voix-L’étudiant, de Répondances…
·  Censeur du Courrier Picard
 
Quitte volontairement le groupe en 2005 après son rachat par Serge Dassault.

Où allons-nous ?


L'hebdomadaire Le Point a publié le témoignage d'un professeur confronté aux réactions des élèves après le massacre de Charlie Hebdo. Il est édifiant. Nous vous le livrons in-extenso, non pas pour alimenter une polémique qui n'a pas lieu d'être mais pour démontrer que notre culture faite de tolérance et de respect des différences est aujourd'hui menacée jusque dans nos écoles. Il est urgent de laisser l'angélisme à quelques brillants esprits de salon et de s'attaquer sérieusement à ce mal qui nous ronge de l'intérieur. Ceci afin de ne pas dérouler le tapis rouge à un autre ennemi, tout aussi dangereux, qui commence par le repli sur soi et s'achève par le refus de l'autre.

Le matin du 8 janvier, nous avons reçu un courrier de notre ministre qui nous rappelait que l'école était là pour transmettre les valeurs de la République. En tant que professeurs, nous avons pour mission d'expliquer à nos élèves les faits, de les faire réfléchir, de les aider à comprendre.

"Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?"

J'ai d'abord eu un échange avec ma classe de 5e, composée de collégiens de 12 ans en moyenne. Ils étaient très silencieux. Sauf un qui m'a demandé : "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?" J'ai trouvé cette réaction violente. Ses camarades ont été choqués également. Ils sont jeunes, sans doute plus émotifs que leurs aînés. Je voyais que cet élève faisait semblant, il ne pesait pas ses mots. Il était dans la provocation.

J'ai rappelé les faits en commençant pas l'évidence : on a tué des êtres humains. Pour que la minute de silence soit ensuite respectée, j'ai dû "plomber l'ambiance", sinon ça n'aurait pas fonctionné. Je leur ai dit : "Vous vous rendez compte que les victimes sont parties hier matin en disant à tout à l'heure à leur famille ?" Il fallait éviter que d'autres s'amusent à jouer les caïds pour épater la galerie pendant ce moment de recueillement. Après la minute de silence, j'ai senti une lourdeur s'abattre sur la classe donc j'ai décidé de passer à autre chose. Je venais de voir quelques-unes de mes élèves de confession musulmane debout, la tête baissée, presque gênées, pour elles, pour leurs familles, ça doit être dur de voir certains faire l'amalgame.

Quant à ce qui s'est passé dans ma classe, cette provocation, ce n'est rien à côté de ce que certains de mes collègues ont dû affronter. Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient. Un petit de 6e de confession musulmane a carrément refusé de respecter la minute de silence. Tous ces élèves un peu "retors" ont été envoyés chez le principal de l'établissement et chez l'infirmière scolaire pour entendre un discours différent de celui qu'ils entendent sans doute chez eux.

En début d'après-midi, j'ai accueilli une classe de 4e. Ils sortaient d'un cours de français pendant lequel ils avaient entamé un vif débat sur le sujet. Ils étaient bruyants, agités, je leur ai proposé qu'on poursuive le débat pendant mon cours. Certains jugeaient cet acte effroyable, traitaient les terroristes de "barbares". Mais un élève a commencé à exprimer son désaccord. J'ai ensuite remarqué qu'une autre assise au fond de la classe attendait sagement main levée qu'on lui donne la parole.

"On ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète"

"Madame, me dit-elle, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !" Contrairement au précédent, cette petite pesait ses mots, elle n'était pas du tout dans la provoc. À côté d'elle, l'une de ses amies, de confession musulmane également, soutenait ses propos. J'étais choquée, j'ai tenté de rebondir sur le principe de liberté et de liberté d'expression. Puis c'est un petit groupe de quatre élèves musulmans qui s'est agité : "Pourquoi ils continuent, madame, alors qu'on les avait déjà menacés ?"

Plusieurs élèves ont tenté de calmer le jeu en leur disant que Charlie Hebdo faisait de même avec les autres religions. Leur professeur de français avait eu l'intelligence de leur montrer les unes de Charliepour leur montrer que l'islam n'était pas la seule religion à être moquée. Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison.

Tout cela a divisé les élèves

Ce qui me désole, c'est la fracture que cet événement tragique a créée dans des classes d'habitude soudées. Tout cela a divisé les élèves. Il régnait aujourd'hui une ambiance glauque, particulière. Cette classe de 4e sympa, dynamique, était soudain séparée en deux clans. Les communautarismes ont resurgi d'un coup. Et ça me fait peur pour la suite.

L'école doit transmettre nos valeurs, mais on est parfois un peu trahis par les parents. On apprend les principes républicains aux enfants, mais une fois à la maison ils en font bien ce qu'ils veulent. Ils n'ont plus confiance en nous, professeurs. Ils ne nous prennent pas pour des alliés, mais pour des ennemis. En tant que prof, tu te demandes ce qu'ils peuvent penser de toi, de nous enseignants, nous qui avons la foi de leur apprendre. Nous avons devant nous des jeunes citoyens qui ont des idées telles qu'on est obligé de se demander : "Où allons-nous ?"

 

 

La bascule

 

La-bascule.jpg"Gérard, descend de là !"

 

Mon copain se fait rabrouer. Nous avons cinq-six ans. Nous nous retrouvons souvent au jardin de Fives (un quartier de Lille), derrière la caserne des pompiers. Il y a là, dans la cendre et sous les marronniers, une balançoire à bascule qui fait notre bonheur. La grande idée de Gérard, c'est de monter debout sur la poutre, d'avancer pas à pas jusqu'au point d'équilibre,  puis de la faire basculer doucement, avant de la descendre à toute vitesse par l'autre bout. Frissons garantis. L'enfance a le secret de ces jeux interdits, qui  lui apprennent la vie.

 

Je me suis souvenu cette année de Gérard, dans la nuit de la Saint-Sylvestre Nous mettons un temps infini à trouver l'équilibre. Rien n'est jamais acquis. La pente est rude, le progrès incertain. Les chutes sont fréquentes, souvent mortelles, surtout quand on prend de l'âge. Alors nous sommes heureux d'y parvenir, de poser le pied sur une réussite professionnelle, un bonheur familial, une guérison ou un nouvel amour. Et puis, le premier de l'an, tout est remis en cause. La poutre bascule, et nous nous retrouvons vite fait… sur la cendre. Face à un mur de nouvelles embûches, et devant une page entière de résolutions que nous ne tiendrons pas.

 

2015 ? Pensons politique. Nous allons élire des conseillers généraux ringardisés avant même d'entrer dans leur hémicycle. Nous allons aussi élire des conseillers régionaux, par voie de fait et sans bien comprendre ce qu'on nous demande. "C'est un passage obligé, disent les uns et les autres, éminents économistes et chefs politiques en tête, alors tâchons de réussir cette fusion avec la Picardie…"  On ne peut pas être moins enthousiastes. Il est probable que l'extrême-droite profite de nos défections.

 

Pensons aussi économie. La région doit se faire une raison. Elle a vécu la disparition de la mine, elle a perdu une bonne partie de sa sidérurgie, le textile est parti voir ailleurs ce qui s'y passe. Bientôt ce sera le tour de l'automobile, de l'agro-alimentaire et du verre. Soyons honnêtes : quel est le jeune couple, aujourd'hui, qui se met réellement en ménage au point d'acquérir ou de se faire offrir un service complet de Cristal d'Arques ? Les générations montantes ont d'autres idées en tête. Elles parlent numérique, bio-santé, énergies renouvelables, circuits courts et développement durable… Il va falloir développer des trésors d'adaptation.

 

Pensons encore social, culture et religion. Les migrants d'Europe et de l'hémisphère sud secouent notre bonne conscience. Le journal et le livre-papier subissent la pression de la tablette et du smartphone. L'effondrement du catholicisme vide les églises, tandis qu'on bâtit des mosquées…  Il y a des mutations qui nous laissent pantois.

 

Décidément, la montée sur la poutre 2015 s'annonce scabreuse. Et la descente, vertigineuse.

"Gérard, descend de là !"

Il a les genoux couronnés, Gérard. Mais on peut lui faire confiance. C'est un enfant comme les autres. Il lui faut désobéir, s'opposer à ses parents et finir par les quitter, pour réinventer le monde.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Apprendre à apprendre

 Une vague est passée, début décembre. Une vague médiatique, comme on en voit aller et venir tous les jours sur les plages de l'actualité. Le Conseil Supérieur des Programmes a remis fin novembre à la ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, une série de "premières propositions pour l'évaluation et la validation de l'acquisition du projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture…" de l'école primaire au collège. Le document fait 10 pages, denses et particulièrement instructives*. Il indique (p. 4) "qu'un travail collectif [doit être conduit] au sein des équipes éducatives au service d'une conception renouvelée de la notation…" Traduction immédiate de l'opinion publique : on va supprimer les notes !

 

L'affaire n'est pas si simple. Il n'y a pas un enfant qui ressemble à un autre ! A chacun ses talents, et ses handicaps. A chacun ses contraintes, et son potentiel de développement. A chacun aussi le droit d'être mis en confiance, de comprendre le chemin à parcourir et de savoir où il en est. "L'erreur ne doit pas être ressentie comme une faute, dit le Conseil Supérieur de Programmes (p.3), mais analysée […] comme une information utile pour progresser…"  Il y a une vie sous le 2/20 récurrent en math ou en français ! Et le 11/20 au Brevet des Collèges n'a aucun sens, quand il fait la moyenne entre un 17/20 en math et un 4/20 en français !

 

Les experts du Conseil Supérieur des Programmes  l'ont bien compris. Ils font la différence entre "une évaluation d'apprentissage, une évaluation de certification, et une évaluation d'orientation". Dans le premier cas, il s'agit d'un devoir ou d'une leçon qui permet de valider une acquisition précise. Dans le deuxième cas, on valide le terme d'un cycle (apprentissages fondamentaux, consolidation ou approfondissements). Dans le troisième, on élargit l'analyse. On  dresse un tableau complet des capacités et des potentiels de développement du postulant, avant d'investir un domaine d'activité. Dans tous les cas, on le comprend à la lecture du texte, il ne s'agit pas de faire de l'évaluation une "sanction" (positive ou négative), mais un "moyen" de bien faire comprendre à l'enfant qu'il peut avoir confiance en lui-même, rester ouvert, curieux de tout, et surtout disposé à "apprendre".

 

Là est l'essentiel, dans l'éducation du XXI° siècle. "Apprendre à apprendre". A l'école et au collège, il y a des savoirs fondamentaux à acquérir. Savoir lire, savoir écrire (sur papier et sur écran), savoir compter. Se repérer dans le temps et dans l'espace. Mais aussi, désormais, savoir accéder avec méthode à la masse d'informations, passées, présentes et à venir, qui repose dans la mémoire numérique. Victor Hugo avait tout en tête, quand il racontait Paris ou la plaine de Waterloo. Nous avons aujourd'hui accès à tout, sur les écrans. Plus que de mémoire, c'est d'une nouvelle forme d'intelligence dont nous avons besoin. C'est totalement inédit, et ce n'est pas vraiment une "discipline" facile… à noter !

 

Etienne Desfontaines

(*) www.education.gouv.fr (taper Conseil Supérieur des Programmes)

 

 

 La haine et le journaliste

 "Je sais bien que vous aimez bien toujours créer des haines." Je sursaute. Je ne veux pas croire ce que j'entends à la radio. Mais qui peut bien dire cela ? Pas le temps de vérifier. Le flot de défiance s'amplifie, jusqu'à la nausée : "Moi, je ne hais pas, parce que quand on hait ou quand on n'aime pas quelqu'un, on se rend malade soi-même… "

 

Trois fois le mot "haine", et son verbe "haïr", dans la même intervention.

Je  veux valider l'information, je cherche sur mon smartphone, et je trouve la référence*.  Libération, BFMTV, La Libre Belgique, et jusqu'à l'AFP… C'est bien le verbatim. J'observe le contexte. Un bon soleil d'automne, une foule tranquille, des allées serrées, des odeurs de cannelle et de vin chaud, une multitude de petits objets colorés dans des chalets d'hiver. Tout ici évoque Noël, jour de paix s'il en est, un mois à l'avance. Pas vraiment le lieu pour jeter l'anathème, et susciter le rejet ou le dégoût.

 

Alors qui a dit cela ? Disons-le clairement : c'est une autorité, une personnalité dont les mots portent parce qu'elle a une histoire et un avenir, dans son parti, dans sa ville, dans sa région, son pays et pourquoi pas en Europe. Je découvre, stupéfait, le visage de Martine Aubry, sur la place Rihour. Elle joint le geste à la parole. La tête qui se détourne, et le regard soudain jeté, mêlé d'ironie et de profonde dureté, à l'encontre de son interlocuteur : un journaliste, qui essuie les rires cassants du public.

 

Je frémis. Je me souviens des mots de Patrick Kanner, l'ancien président du Conseil Général du Nord, aujourd'hui Ministre de la Ville. Nous étions en juillet, sur les terres de Bouvines. Nous célébrions la paix, dans un moment chargé d'histoire.  "Aujourd'hui,  m'avait-il confié en faisant état de son expérience sociale et politique, j'ai peur de la haine !"  

 

Il est facile de jeter les corporations les unes contre les autres. Il est beaucoup plus difficile de convaincre ses interlocuteurs, de les rassembler, de les mobiliser dans un élan de paix. On devrait toujours choisir ses mots, et éviter celui de "haine", quelle que soit la circonstance.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) www.bfmtv.com/politique/aubry-joue-en-double-avec-hollande-meme-s-il-y-a-des-desaccords-848165.html)

 Route du rhum

 

 

On l'avait appelé Jason. Personne ne connaissait son vrai nom. On l'avait ramassé, comme des milliers d'autres sur la côte africaine, on l'avait mis en cale, enchaîné à un misérable compagnon, balloté sur les mers. Et pendant qu'en France, la toute jeune Assemblée Nationale adoptait la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, on l'avait débarqué… à Pointe-à-Pitre. Il est descendu du bateau, hagard, couvert de vermine et affamé. Le "Saint-Esprit" était un des navires négriers de l'armateur Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, qui avait fait les grandes heures de Saint-Malo. Il fallait bien compter deux mois de navigation, à l'époque, pour traverser l'Atlantique. Il n'y avait pas de satellite, pas de station météo, pas de liaisons numériques. Mais déjà, on faisait des affaires à l'autre bout de la terre. Le rhum faisait florès dans les cours européennes. Et déjà, on le voyait bien, les hommes étaient capables du meilleur comme du pire, dans leur entreprise pour dominer le monde !

Aujourd'hui, nous revenons sur la Route du Rhum. Par skippers interposés. Les "chevaux de feu" qui survolent les flots, immenses trimarans ou monocoques élancés, n'ont plus rien à voir avec les massives frégates du XVII° et du XVIII° siècle. Mais la passion est la même, qui pousse les navigateurs à traverser l'immensité. En 1978, pour la première édition, on a perdu Alain Colas et son "Manureva" au large des Açores. Le vainqueur, Mike Birch (Canada), et son challenger, Michel Malinovsky (France) ont mis plus de 23 jours pour  rallier Pointe-à-Pitre. D'autres grands noms ont suivi  : Marc Pajot, Philippe Poupon, Florence Arthaud, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyaux. Jusqu'au jour où Lionel Lemonchois, sur "Gitana 11"  (2006), a posé  le record de l'épreuve  en… 7 jours et 17 heures !

Le monde est ainsi fait. Nos progrès dépassent l'entendement. En 1789, nous avons tout repensé en France. Imaginé, conçu et organisé la démocratie. La Révolution Française est devenue une référence. Mais pendant ce temps-là, les maîtres de l'esclavage menaient grand train. En 2014, le navigateur Loïck Peyron caracole sur le "Banque Populaire", au cœur de l'Atlantique. Il est à deux doigts de battre le record de Lionel Lemonchois.  Mais, pendant ce temps-là, que devient la planète ? Elle fait face à un "mur". Démographie, politique, économie, social, énergies, écologie, santé, culture et religions : nous ne maîtrisons rien. Tout peut survenir. Dans trois jours, Loïck Peyron touchera au but. Nous en serons, nous, toujours au même point. Sans diagnostic construit, sans réel projet de gouvernance planétaire, sans autre perspective que les fermetures de frontières annoncées par les extrêmes. Dans la hantise des luttes fratricides entre nations, hémisphères et continents.

 

Etienne Desfontaines

 

www.routedurhum.com

 

(onglet Cartographie/ultimes)

 

 

Alsace:  

La mort dans l'âme

 

Elle est spectrale et implacable. La "Mort" de l'horloge astronomique de Strasbourg, un fémur à la main, sonne toutes les heures. Elle mène les hommes, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, au bout de leur destin. Le touriste ne peut pas l'éviter. L'Alsace, elle, ne l'entend plus… Elle est restée bloquée au jour de sa libération, le jeudi 23 novembre 1944.

 

 

Ce jour-là, la 2ème D.B. fait une avance fulgurante. Le serment de Koufra est tenu. Les trois couleurs flottent sur la cathédrale. Le Général Leclercq écrit au Général Eisenhower : "Strasbourg constitue un symbole de la résistance et de la grandeur de la France… La libération de cette ville a été le signe définitif de la résurrection nationale française…"  En deux lignes, il grave dans le marbre le destin de l'Alsace. Elle est française. Jusqu'au bout des doigts. Jusqu'au fond de l'âme. La moindre petite ville arbore ici la statue d'un maire, d'un évêque ou d'un simple citoyen, qui a refusé l'occupation allemande. Les  gravures naïves de Jean-Jacques Waltz, alias l'Oncle Hansi, envahissent les rues et les intérieurs. La gastronomie et la production vinicole l'emportent, dans le regard du visiteur, sur la recherche, la production industrielle et la modernisation du territoire.

 

Une analyse politique confirme le fait. L'Alsace se rétracte. Elle se dresse sur son histoire, mais elle s'enferme dans son rêve. Une Région aujourd'hui n'existe plus seulement au niveau de l'hexagone, elle doit être repérable dans le monde entier. Et que fait l'Alsace, qui est la plus petite région de France : elle délaisse les urnes en avril 2013 ! Du coup, le "non" l'emporte au référendum qui devait réunir ses assemblées régionale et départementales. Qui plus est, c'est l'Etat aujourd'hui qui lui impose une fusion d'une autre dimension, avec la Lorraine et la Champagne ! Et elle bat le pavé : 6500 personnes selon la police, 30 000 selon les organisateurs (UMP et chambres consulaires), dans les rues de Strasbourg, samedi dernier, pour dénoncer le projet. Pendant qu'on appose sur les panneaux des communes, Strasbourg et Mulhouse en tête,  un lancinant ruban noir en signe de deuil pour la "mort [annoncée] de l'Alsace" - 1,8 millions d'âmes – dans un ensemble de 5,5 millions d'habitants !

 

Il y a pire. Le quartier européen, la porte ouverte de Strasbourg sur le monde, s'avère exigu. C'est pourtant bien là qu'on a implanté, symboliquement, le siège officiel du Parlement Européen. Mais les députés n'y viennent qu'une fois par mois. Tout le reste, les commissions, les plénières additionnelles, et surtout l'exécutif : la Commission Européenne, le Conseil Européen, sans oublier le Comité des Régions, sont basés à Bruxelles. Dans le langage commun, d'ailleurs, on ne s'y trompe pas. Ce n'est pas "Strasbourg" qui décide, c'est "Bruxelles". C'est un signe. Un immense "coup de fémur" sur la cloche de l'horloge astronomique et sur la tête des Alsaciens. Nous avons doublé le cap de l'an 2000, l'Alsace doit se réveiller. Ne rien oublier, mais tout réinventer. Pour se donner un avenir.  

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Espérance  

 

Et si c'était vrai… A en croire les catholiques et l'Evangile, la résurrection est au bout du chemin. A en croire les musulmans et le Coran (23:99-104), " ceux dont (les bonnes actions) pèseront lourd dans la balance seront les bienheureux.  Et ceux dont (les bonnes actions) pèseront peu seront ceux qui auront ruiné leur âme."  A en croire les juifs et la Torah, l'essence divine que nous désignons comme notre âme, est éternelle, il ne peut pas en être autrement.  En réalité, nous n'en savons rien. Nous ne connaissons pas les tenants et les aboutissants de notre passage sur terre. Nous compensons cette ignorance par une vie spirituelle intense,  comme on le répète volontiers, pour "donner du sens" à la vie.

 

 

 

 

Mais qui détient la vérité ? Le Christ sur sa croix ? Les catholiques, les protestants ou les orthodoxes ? Le prophète Mahomet, qui rapporte les propos d'Allah ? Les sunnites ou les chiites ? Moïse, qui descend du Mont Sinaï, avec les Tables de la Loi sur les bras ? Les ashkénazes ou les séfarades ? Y-a-t-il seulement "une" vérité ? Que faut-il penser de tous les autres dieux, des croyances hindoues, africaines, sud-américaines ? De la sagesse bouddhiste ?

 

 

 

Dans l'ignorance où nous nous trouvons,  c'est parole contre parole. Conviction contre conviction. Croyance contre croyance. Et c'est un fait acquis depuis l'origine des temps, les humains qui ont cette capacité exceptionnelle de penser l'origine du monde et son destin, se sont battus, étripés, exterminés, sur le sujet de la divinité et de l'éternité. Sans jamais trouver la paix. Sans jamais pénétrer vraiment, le mystère de la vie et de la mort.

 

 

 

Alors à quoi bon recommencer ? A quoi bon remettre l'ouvrage sur le métier ? A quoi bon sortir les couteaux et les mitraillettes pour imposer la "charia" ? A quoi bon relancer l'évangélisation ? Brandir la Torah en Israël ? Notre condition, notre histoire commune, le souvenir des massacres à caractère religieux, devraient nous amener à faire preuve d'une très grande humilité. Chacun peut croire ce qu'il veut, chacun peut adopter la conduite spirituelle qui lui convient, pour répondre à ses besoins fondamentaux : personne ne détient la vérité.

 

 

 

Tel est le mur qu'il faut opposer aujourd'hui aux "fous d'Allah" du Moyen-Orient. Tel est le prêche que tous les curés, tous les imams et tous les rabbins du monde, devraient donner à leurs ouailles. Nous ne savons pas d'où nous venons, nous ne savons pas où nous allons. L'espérance de vie éternelle a beau prendre mille et une formes, elle n'est qu'une espérance. Telle est la première et la seule  évidence que nous devrions tous porter au pinacle de notre vie spirituelle. Parce qu'elle porte un trésor en elle-même : elle est commune à tous les croyants.

 

 

 

Tel est aussi le chemin parcouru par Jean d'Ormesson, l'académicien préféré des français. A 89 ans, il entonne avec brio, comme toujours, un "chant d'espérance" (Editions Héloïse d'Ormesson – 2014) qui devrait aboutir sur toutes les tables de nuit !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

Chronique du

Maroc 2

 

     

 

Peur rétrospective.

 

Est-il bien raisonnable, comme je viens de le faire, de prendre un vol sec pour Marrakech, de louer une voiture et d'arpenter le Maroc dans ses profondeurs : Atlas, Sud et côte atlantique, en faisant étape dans de simples maisons d'hôtes ? Est-il bien raisonnable d'aller faire des photos dans le djebel, et d'aller prendre un thé à la menthe au fond du premier souk venu ? Il y a trois semaines, la question ne se posait pas vraiment. Aujourd'hui, c'est une hantise. Les réseaux du XXI° siècle ne connaissent pas les frontières. Le "djihadisme" l'a bien compris, qui étend son ostracisme sur  les terreaux fragiles, les communautés rebelles et les populations les plus pauvres. Les Berbères en font partie. Alger n'a jamais vraiment réglé la question kabyle. Rabat n'a jamais réussi à intégrer non plus, sinon par la force, les populations du Haut Atlas. Quelques smartphones et un petit noyau d'illuminés suffisent. Le guide qui vous alpague, bon enfant, à l'entrée d'une medina : "Tu veux voir le souk ?" peut vous emmener en enfer ! Le doute s'insinue. Jusqu'à détruire, comme un cancer, toute possibilité de rencontre et de découverte. On ne peut pas s'empêcher de faire un amalgame. Désastreux.

 

 

 

Indignation

 

Quelques centaines de musulmans manifestent aujourd'hui à l'appel du Conseil Français du Culte Musulman devant la Grande Mosquée de Paris. La rue Georges Desplas peine à faire le plein… L'admonestation du président du CFCM, l'indéboulonnable Dalil Boubakeur : "Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie !" ne porte pas bien loin. Nous devrions être des milliers, des centaines de milliers. Musulmans, juifs, chrétiens, européens, africains et maghrébins. Nous devrions appeler les américains du Nord et du Sud, les chinois, les russes  et les indiens à la rescousse. Nous devrions tous prendre l'avion et investir le Djurdjura ! Former une immense chaîne humaine d'Essaouira à Hammamet, en mémoire d'Hervé Gourdel, pour opposer un front global de paix, d'espoir et d'humanisme, à l'ostracisme et la haine des "djihadistes" !

 

 

 

Nations Unies

 

Vaincre la peur et résister à la haine. Nos parents, nos grands-parents ont appris à le faire. En traversant un rang de la Wehrmacht sur le quai de la gare de Lille, ou en entendant les portières de la Gestapo claquer en bas de leur immeuble… Nous avons changé de siècle. Ce n'est pas la même guerre. Mais les réflexes, les attitudes et les comportements que nous allons devoir adopter, les explications que nous allons devoir donner à nos enfants, sont les mêmes. Il y a aussi une même étape à franchir. L'ONU est devenue aujourd'hui ce qu'était la Société des Nations. Ses résolutions sur la Syrie et l'Irak sont autant de coups d'épées dans l'eau ! L'inertie et l'inefficacité internationales ont fait le lit de l'EI. Il nous faut penser, bâtir et installer une gouvernance planétaire qui ait un réel crédit. Faute de quoi, cette nouvelle guerre est appelée à tourner à la catastrophe !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

 

Chronique du

Maroc

 

Chronique-du-Maroc.jpg 

Le vent souffle sur Essaouira, belle ensorceleuse… La mer crache son écume. Elle attaque la roche, depuis des siècles, sans rien y changer. Derrière les remparts, la foule se presse entre les échoppes, bigarrée, touristes et "souiri" mélangés.

 

Il est grand, il porte le chèche et la djellaba. Nous nous arrêtons, sans savoir pourquoi, devant son étal. Des centaines d'objets en bois de thuya y sont soigneusement rangés : des bougeoirs, des cendriers, des bilboquets, des dromadaires et des statuettes, dont nous n'avons que faire. Il a capté un regard, un premier intérêt. Il nous lance le traditionnel :

 

  • Bonjour, ça va ?

  • Ça va, ça va…

    Quatre syllabes suffisent. Il a repéré notre accent.

 

  • Français ?

    Il ne nous laisse pas le temps de répondre :

  • Ici, c'est moins cher. Soyez la bienvenue, Madame.

    Pourquoi Madame ? Pourquoi pas moi ? Aurait-il le sens du maillon faible ? Pas vraiment. La séduction, toujours. Il a belle allure, un regard de jais. Mais il n'a pas de chance. Nous n'avons vraiment rien à acheter chez lui. Le "plaisir des yeux", simplement. Nous le lui disons, avec le sourire. Et en dépit de son insistance, nous entamons la poursuite de notre chemin.

     

    Nous ne faisons pas deux mètres. Les mots nous tombent dans le dos.

  • La France est un beau pays, Madame !

  • Mais c'est un pays qui s'enfonce !

     

    Je me retourne. Ce n'est pas de la haine. Ce n'est pas non plus de la hargne. C'est du dépit. Il a traversé la ruelle. Il nous désigne du doigt, pour valider son propos, et il se rassoit. De nouveau dans l'attente. D'un regard, d'une vente peut-être. "Mektoub", dit-on ici. Tout est écrit. Le destin l'emporte sur la volonté. La France reste un eldorado. Mais c'est fini, elle ne tient plus ses promesses. Il n'y aura bientôt plus qu'une élite, qui passera la Méditerranée. Dont la plus belle image est notre nouvelle ministre de l'éducation, Najat Vallaud-Belkacem.

     

    Pour tous les autres, pour tous ceux qui ne répondent pas aux critères des universités marocaines en lien avec les grandes écoles françaises, l'immigration est devenue un parcours du combattant. Et ils sont légion. "32% des enfants, seulement, sont scolarisés dans le rural" dit le journal Le Matin, qui met la rentrée scolaire à la une. "21,9%  chez les filles". Et le taux d'achèvement des trois cycles ne dépasse pas la moitié des enfants scolarisés.  L'ONU** parle d'une "faible espérance de vie scolaire".

     

    Pendant ce temps-là, pendant que l'éducation et la culture perdent du terrain, les smartphones, les tablettes, les écrans plats et les paraboles pullulent dans les foyers et sur les terrasses, suscitant l'envie, le besoin, l'exigence de la vie facile. Et le dépit. Sinon la haine, au cœur de la désespérance.

     

    Etienne Desfontaines

    www.mogador-essaouira.com

    www.un.org.ma

 

 

Le trottoir

d'à côté

     

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté…" La rengaine d'Alain Souchon (1976) fait partie de celles qu'on traîne toute la journée, quand on l'attrape le matin sous la douche ! Et elle insiste : "tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça…" On savait que la rentrée serait difficile pour François Hollande. On a le choix : elle est "pathétique" pour les uns, "tragique" pour les autres. Mais le résultat est le même. La seule question qui taraude les français, aujourd'hui, est la suivante : "comment fait-il pour tenir ?"

Pas la peine d'énumérer les échecs et les causes de soucis. Politique, économie, social, vie professionnelle, vie publique, vie privée : tout part à vau-l'eau. Lorsqu'il se présente devant les micros en marge du sommet de l'OTAN, vendredi à Newport (Ecosse), le président français a le regard perdu, la voix haute et feutrée, un débit de parole incertain. Il adopte la posture du cadre moyen qui se sait rejeté par ses collaborateurs et condamné par sa hiérarchie : il se raidit. Et il scande : "J'agis, et j'agirai jusqu'au bout." Mais tout dit le contraire : le choix des mots, la tête rigide, les gestes étroits. Il s'adosse à la fonction, au lieu de la porter : "les institutions, elles sont là et elles sont fortes." Et il parle en creux, de ce qui lui reste de responsabilités : "mon devoir, dit-il, c'est de ne pas céder à je ne sais quelle pression, c'est de régler les grandes questions qui sont posées à la France…"  Tout est dit. C'est un devoir, ce n'est plus une mission. C'est une résistance aux pressions, ce n'est plus une ambition. Ce sont des questions à régler, ce ne sont plus des projets ni des perspectives d'avenir.

Le temps est venu. A la crise financière et économique, aux révolutions sociales, techniques et culturelles qui nous bousculent, nous sommes en train d'ajouter une secousse politique dont nous n'imaginons pas l'ampleur. La gauche est usée. La droite est dissoute. Les extrêmes décochent leurs flèches de haine, et les menaces se précisent au-delà des frontières. L'histoire ne se répète jamais, mais pour le coup, il y a des lignes de force que nous ne pouvons pas ne pas voir ! Nous avons été une grande nation. Bien malin qui peut dire de quoi sera faite la page d'histoire, que nous sommes en train d'ouvrir.

Etienne Desfontaines

 

Léo et Marie  

Marie se met le menton dans les mains. Elle a beau faire, retourner ses comptes dans tous les sens : il lui manque 378 € pour équilibrer son mois. Et en septembre, ce sera pire. Les impôts, la rentrée… Léo, son mari, est chef mécanicien chez Peugeot. Elle est infirmière au CHU.  Elle lève les yeux. Elle observe ses deux enfants, Virginie (8 ans), Martin (6 ans), qui jouent dans le jardin. Le soleil illumine leurs cheveux blonds…

 

 

  • Chéri ?

  • Mmmhh…

  • Qu'est-ce qu'on fait ?

  • Comment ça, qu'est-ce qu'on fait ?

  • Il faut prendre une décision.

  • ….

  • Mais ne reste pas comme ça, à la fin ! Dis quelque chose !

  • On peut prendre un crédit ?

  • Oui, ça passe… Tout juste…

  • Ben, alors ? Où est le problème ? On y va, Marie ! Il vaut mieux vivre avec des dettes qu'avec des puces !

  • Bon, moi je veux bien… Mais un crédit, ça veut dire que dans trois ans, par exemple, on aura remboursé un capital, plus les intérêts. Le capital, on l'aura mangé. Les intérêts, c'est de l'argent qu'on dépense encore en plus… Et on en sera au même point.

  • Dis-donc, toi ! T'aurais pas fait Terminale Finances ? Tu parles comme une banquière !

  • Emmanuel Macron, aussi.

  • Hein ?... Qui c'est, celui-là ?

  • Notre nouveau ministre de l'économie !

  • Eh alors, qu'est-ce qu'il a à voir ?

  • Ecoute bien… Il dit qu'on doit réduire nos dettes, travailler plus, dépenser moins – autrement dit faire des choix dans notre train de vie – pour assainir notre budget avant de nous lancer dans d'autres projets…  Ça ne te rappelle pas quelque chose ?

  • Si, bien sûr, c'est ce qu'on devrait faire…  Mais tu as entendu ce qu'a dit Arnaud Montebourg ? " La croissance avant la rigueur !"  Faire rentrer de l'argent, avant d'éponger la dette. Qu'est-ce que tu en dis ? On reprend un crédit, on se refait et ça repart, non ?

  • Il a dit : faire rentrer de l'argent. Un crédit, ce n'est pas de l'argent qui rentre. C'est de l'argent qui sort. On en rend tous les mois, et on paie pour ça ! Au final, tu ne comprends pas, ça ? C'est une dépense en plus !

  • Tu n'as pas tort…

  • J'ai raison !

  • Mmmmhh…

  • Alors… Qu'est-ce qu'on fait ?

  • Montre voir, ce qu'on dépense tous les mois ?

     

    La suite de l'histoire ?... Surveillez votre smartphone cette semaine. Les nouvelles vont tomber. Brutales. En provenance de l'Université d'été du Parti Socialiste à La Rochelle, et du Conseil Européen à Bruxelles. Croissance ou rigueur : le débat fait rage dans toutes les familles ! Politiques, aussi.

    Etienne Desfontaines

 

La France en Europe

     

 Ahurissants. Il n'y a pas d'autres mots. Tels sont les propos du président de la République, François Hollande, dans l'édition du Monde du 21 août 2014, à propos de la place de la France en Europe : "pour la France, lance-t-il à ses interlocuteurs, l'Europe doit être une protection : une protection de nos intérêts, de nos droits, de nos valeurs dans le monde, une protection pour nous défendre face aux menaces, mais aussi une protection par rapport aux excès de la mondialisation…"

 

On se frotte les yeux. Le premier conseiller municipal venu apprend cela dès le lendemain de son élection : il n'est pas là pour défendre ses intérêts, ni ceux de ses proches voisins, ni même ceux de son quartier. Il est là pour prendre en charge les intérêts généraux de sa commune, pour la promouvoir dans sa globalité. Il lui faut dans la plupart des cas prendre des décisions difficiles, souvent contraires aux intérêts de ses voisins immédiats, pour contribuer au développement de l'ensemble de ses concitoyens. Il en est de même dans les assemblées métropolitaines, départementales, régionales, nationales, européennes et internationales. C'est une règle de base de la vie civique. Un élu n'est pas là pour protéger ses proches ou son territoire, il est là pour contribuer, avec toutes les forces et les qualités de ceux qui l'ont élu, au développement de l'intérêt général. Il se doit même de prendre la tête de dossiers délicats, et les mener à bien, quelles qu'en soient les conséquences pour les siens, avec conviction et détermination.

 

En tenant de tels propos, qui doivent être – on veut l'espérer – une mauvaise expression de sa pensée, le président fait défaut à la nation. Il la met implicitement en position de faiblesse. Il tient sans doute un langage de réalité. Les dernières élections ne nous mettent pas en position de force au Parlement Européen, le nom de Pierre Moscovici ne fait pas l'unanimité, loin de là, dans la liste des "nominés" aux postes de commissaires européens – le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, ne le voit pas faire respecter la rigueur  budgétaire dans l'Union Européenne, alors qu'il n'y est pas arrivé en France… – et  le front social-démocrate qu'il a voulu opposer à l'Allemagne avec l'italien Matteo Renzi a fait long feu. Mais il ne répond pas à ce qu'on attend de lui, il ne tient pas un langage de membre du Conseil Européen.

 

De fait, ce n'est pas vers lui que les regards vont converger le samedi 30 août, dans la prochaine réunion du Conseil Européen [1] qui va élire son président et son haut représentant aux affaires étrangères, avant d'examiner la liste des membres de l'équipe de Jean-Claude Juncker.

 

Il fut un temps où François Mitterrand était président de la République, et Jacques Delors président de la Commission Européenne. Les "Mémoires" de Jacques Delors [2] sur le sujet sont particulièrement instructives. Ce temps-là est révolu. La position actuelle de la France, et les propos de son président, ne supportent pas la comparaison.

 

Etienne Desfontaines

 

[1] www.european-council.europa.eu/special-meeting-of-the-european-council-30-8

 

[2] "Mémoires" Jacques Delors (Plon 2004) 

CONTAGIONS (2)

 

"Aujourd'hui, j'ai peur de la haine"

 

 

 

Le tramway klaxonne, à l'arrêt dans le carrefour. Un homme lui passe sous le nez, en levant les bras au ciel, hors du passage piéton. L'individu fait un pas de plus, il se retourne, et quand la motrice repart avec prudence, il relève la tête et… crache à la fenêtre du conducteur ! L'incivilité à l'origine de la situation est manifeste. Elle est quotidienne, sur le Grand Boulevard. La violence du geste est sidérante. Elle est profondément empreinte de mépris, et de haine.

 

 

 

Elle fait écho aux propos du président du Conseil Général du Nord, Patrick Kanner (photo). Il répondait à nos questions le dimanche 27 juillet à Bouvines, le jour anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste. Ambiance feutrée, dans le parc de la propriété de l'ancien maire, Félix Dehau. Les cérémonies religieuses et officielles se sont déroulées dans la ferveur et la dignité. Les premiers verres libèrent les langues. La conversation roule sur les trois thèmes forts de l'association Bouvines 2014 : la Paix, l'Europe et la Jeunesse. Patrick Kanner se prête au jeu. Il se félicite de l'harmonie qui règne sur la pelouse. Mais deux questions plus pressantes suffisent. Il abandonne le sourire de circonstance, et il lâche dans un souffle : "aujourd'hui, j'ai peur de la haine !"

 

 

 

Nous ne sommes pas à Gaza. Nous ne sommes pas non plus à Donetsk, ni dans le califat djihadiste au nord de l'Irak. Nous sommes à 10 km de Lille, dans la belle et paisible Pévèle. La petite école est à deux pas de là, le vent joue avec les blés de l'autre côté de la route…  Il y fait bon vivre, mais le président du Conseil Général, lui, broie du noir. Ses dossiers l'y obligent. RSA, personnes âgées et handicapées, protection maternelle et infantile, collèges, gestion de l'eau et voieries départementales : il a les deux mains dans le cambouis. Et il voit monter les frictions, les intolérances, les ruptures sociales, urbaines et rurales, les misères et les solitudes qui cassent les acquis – quand il y en a – de l'éducation. Ce sont autant de facteurs de divisions, de rancoeurs qui s'enkystent, qui se transforment en haines tacites, avant de devenir verbales et violentes.

 

 

 

Les haines sont ainsi. Familiales, locales, régionales, nationales et internationales. Les médecins parlent d'une "pathologie silencieuse". On ne la voit pas venir. L'intérêt personnel, la préférence familiale par exemple, l'emporte sans le dire sur le collectif. On est altruiste dans les discours, égoïste dans les faits. De l'estime de l'autre à la mésestime, le pas est vite franchi. Et lorsque la "pathologie"devient "bruyante", lorsque le racisme flambe dans la conversation sans qu'on y prenne garde, il est trop tard. La contagion a fait son œuvre. "Il vaut mieux prévenir que guérir" dit le proverbe. Le "Docteur" Kanner n'en est plus là. Il voit le moment venir où il va devoir utiliser son "arsenal thérapeutique" : la contrainte, la répression. Avant de fermer son cabinet. Pour cause de fusion avec le Conseil Régional.

 

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

CONTAGIONS

 

CONTAGIONS.jpg Le virus Ebola fait des ravages en Afrique de l'Ouest. Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria…  C'est une véritable traînée de poudre. "Hors de contrôle" disent  les responsables de Médecins Sans Frontières. En Europe, le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, déclare que le virus Ebola est "une menace" pour son pays. La ministre française de la Santé, Marisol Touraine, prend une  posture plus responsable : "La France a les moyens de faire face à Ebola, dit-elle, même si une extrême vigilance s'impose..." Elle insiste sur le fait qu'avec son collègue des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, elle a donné "des recommandations pour ceux qui se rendent dans les pays concernés". Et elle le martèle : "c'est sur cette prévention en amont, qu'il faut travailler !"

 

 

 

Elle a raison. S'il y a un virus qu'on connait bien, c'est l'ebolavirus.  Il appartient à la famille des filidovirae. Il y a longtemps qu'on le décrit. On connait ses réservoirs : les chauves-souris. Les singes,  les porcs domestiques, les humains y sont sensibles. On a analysé son pouvoir pathogène : il sature tous les organes de particules virales, à l'exception des os et des muscles squelettiques. Le sang coagule, les caillots s'accumulent. Le cerveau, le foie, les reins, la peau et les intestins nécrosent. Les hémorragies internes  se multiplient. On a détaillé son mode de transmission, par contact direct avec les liquides organiques (sang, sperme, excrétions, salive…). Les rituels funéraires africains, lavage du corps, rinçage des mains dans une bassine commune, le favorisent. Les symptômes sont tragiques. Douleurs et fièvres, puis diarrhées et vomissements, avant les redoutables hémorragies internes. La mort survient en moins de 10 jours par choc cardio-respiratoire dans 50 à 90% des cas. Il n'y a ni vaccin, ni traitement.

 

 

 

Le seul moyen d'enrayer l'épidémie relève effectivement de la prévention : information et éducation de la population, instauration des règles d'hygiène de base, déclaration et prise en charge spécifique des malades, formation et protection des personnels hospitaliers, mise en quarantaine des personnes au contact des malades.

 

 

 

Les recherches en laboratoire doivent être menées avec un niveau de biosécurité renforcée. C'est le cas du laboratoire P4 Jean Mérieux (Lyon), qui est le seul à travailler en France sur le virus Ebola [1]. Des premiers vaccins existent à l'état expérimental, ils doivent être validés chez l'homme. Mais dans l'immédiat, ce n'est pas la médecine qui va enrayer l'épidémie. C'est la culture, l'éducation, le savoir-faire des responsables politiques, sociaux et religieux, qui peuvent modifier les pratiques, obtenir qu'un minimum d'hygiène règne dans les populations.

 

 

 

La tâche est immense. Elle a besoin de bras. Elle s'applique d'ailleurs à bien d'autres formes de contagions, à commencer par la plus virulente, celle qui répand le feu et le sang plus que jamais dans le monde : l'égoïsme, la tentation de domination et la haine ! Nous y reviendrons.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 [1] www.p4-jean-merieux.inserm.fr/fr

 

L'ARMEE DES OMBRES

 

Samedi 12 juillet 2014, au petit matin, parking de la mairie de Bouvines. Ils ne sont qu'une poignée, autour du député Thierry Lazaro et du maire, Alain Bernard. Des adjoints, des amis, des coulonneux. Le soleil n'est pas de la partie, et le temps presse. Dans la camionnette qu'on a amenée devant l'entrée de la mairie, une cinquantaine de "loges". Des casiers dans lesquels on transporte les pigeons voyageurs. Ceux-là sont venus spécialement de Charente-Maritime !  

 

 

Le président de l'Entente des Coulonneux du Pévèle-Mélantois, Jean-Michel Vandersippe, prend la parole. Un bref discours, pour décrire le concours et rappeler le rôle des pigeons en 1914 : "on les utilisait, dit-il, pour transmettre au commandement des renseignements de la plus haute importance…" Le maire de Bouvines transpose le propos. Il parle d'Europe et de paix. Sans s'étendre, parce que le moment est venu.

 

A 9 heures précises, règlement de concours oblige, on ouvre les loges. Un froissement d'ailes surprend la petite assistance [1]. Elle se retourne. Les 1214 pigeons qu'on a lâchés pour célébrer l'anniversaire de la Bataille de Bouvines sont déjà loin, au-delà du clocher de l'église Saint-Pierre. Symboles de paix, de liberté et d'espérance, ils se sont envolés dans l'anonymat. Personne ne les a vus survoler la Picardie, Paris et la Beauce. Personne ne les a remarqués entre Lesquin et Roissy. La journée leur a suffi pour descendre à Rochefort, Royan ou Cognac. Et lorsque qu'ils ont posé une patte sur la tablette de leur pigeonnier, épuisés par leurs 700 kilomètres de vol continu, on a juste constaté l'heure de leur arrivée. Personne n'a rien dit, la presse n'en a pas fait état, mais ils sont entrés dans la lumière… de "L'armée des ombres" ! [2] Les faiseurs de paix ont ceci de particulier : là où ils sont, dans tout ce qu'ils entreprennent, et dans le charivari des divisions et des haines qui tiennent le haut du pavé, on ne les voit pas. Ce sont bien eux, pourtant, qui éclairent les générations à venir.

 

Etienne Desfontaines

 

[1]  www.bouvines2014.fr  taper colombophilie

[2]  Joseph Kessel  est à Londres, quand il finit de rédiger l'ouvrage en 1943.

       Il sera édité à Alger, puis réimprimé à la Libération

 

 

 

 LILLE

 PLAN B DE STRASBOURG

Il se voyait président. Le jeu politique en a décidé autrement. Le 7ème vice–président de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU) en charge de la "métropole  citoyenne", le député-maire UMP de Marcq en Baroeul, Bernard Gérard, a développé une certaine vision de la métropole lors de l'intronisation de la nouvelle présidente de son Conseil de Développement, Agnès Démotié.

Il évoque d'abord Alfred Mongy (1840-1914). "C'était un homme, lance-t-il, qui avait eu une grande vision de la métropole, avec ses hommes, ses marchandises, sa structure multipolaire. Et pour la développer, il avait ouvert… le Grand Boulevard !"  Et il élève la voix, en s'appuyant sur les recommandations des patrons de la Chambre de Commerce, l'ancien ministre Philippe Vasseur en tête : "il faut trouver une solution, clame-t-il, la thrombose permanente de notre réseau routier bloque le développement économique du territoire !" Sans oublier de tacler les écologistes en deux temps trois mesures : "on prend son vélo quand on le peut, scande-t-il, sa voiture parce qu'on le doit, et les transports en commun… quand il y en a !"

Il fait ensuite de Lille une place européenne. "Strasbourg est plus que jamais remis en cause, lance-t-il, le transport mensuel du Parlement Européen dans la capitale alsacienne coûte cher… Lille est à deux pas de Bruxelles, réfléchissons-y,  nous pourrions être le plan B de Strasbourg !" Et il enfonce le clou : "pourquoi ne pas faire de Lille une place militaire européenne, ou la plus grande université de droit européen !" Avant de revenir à des thèmes plus connus : "Lille, pôle mondial des textiles techniques ou plateforme internationale des objets connectés…"

Personne ne le dit. Tout le monde y pense dans les rangs du Conseil de Développement. Il y a une pincée de Bruno Bonduelle, dans l'imposante stature du tout nouveau 7ème vice-président de LMCU !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Le vent de l'Histoire

 

    C'était prévisible, c'était prévu, c'est arrivé. La France est aujourd'hui plus pauvre, plus vulnérable et moins crédible. Plus pauvre, parce que la crise économique, à l'inverse de ce qui se passe chez nos voisins, n'est toujours pas résolue : le chômage enfonce les familles dans l'incertitude. Plus vulnérable, parce qu'elle s'est isolée dans le concert des nations : le mouvement de bascule vers l'hémisphère sud l'entraîne dans un tourbillon, dont nos entreprises, notre système de défense et notre identité culturelle font les frais. Moins crédible, parce que" le premier parti de France" qui a surgi à l'occasion des élections européennes multiplie les pieds-de-nez aux valeurs républicaines qui ont fait notre notoriété : la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, l'ouverture aux autres et le sens de l'intérêt général.

 

 

Il ne fait pas bon être français, aujourd'hui, à Shangaï, à New-York ou à Santiago du Chili ! La presse internationale est impitoyable, qui ne nous comprend pas, nous prend pour des nantis, nous soupçonne de faire un caprice et nous renvoie à nos vieux démons. La débâcle de 2014 n'est pas celle de 1914 ni celle de 1940, mais on est en droit de penser que les mêmes causes produisant les mêmes effets, la menace de guerre aux portes de l'Europe, en Ukraine et au Moyen-Orient, les coups répétés du terrorisme en Afrique et à travers le monde, couplés à une défaillance généralisée du personnel politique, ne peuvent que nous mener à la catastrophe ! Il suffirait aujourd'hui d'un autre Sarajevo, pour que la haine l'emporte sur la raison, la volonté de puissance sur le respect et la  considération du pays voisin.

 

Nous approchons de l'été. En 1214, il y a exactement huit cents ans, le dimanche 27 juillet 1214 pour être précis, l'Empire Germanique, les Plantagenêts, les Capétiens et les Flamands se sont étripés, piétailles et chevaliers mêlés, sur le plateau calcaire de Bouvines. En 1914, il y a tout juste cent ans, le dimanche 28 juin 1914 pour être encore précis, un des plus jeunes généraux de France, le général Achille Deffontaines, un bouvinois de souche, commémore le 700ème anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste à la tête de ses troupes dans la grand-rue de Bouvines : il est fauché dans le mois qui suit, par les premiers obus de Verdun. En Septembre 1939, Hitler envahit la Pologne et déclenche la seconde guerre mondiale. Soixante-quinze ans plus tard – c'est une très longue période de paix au regard de l'histoire – nous ne pouvons pas écarter la question : de  quoi sera fait notre été 2014 ?

 

Le moment est venu. Beaucoup en sont  conscients, les élections européennes auront peut-être eu ce bénéfice-là. Beaucoup en sont  conscients : il nous faut cesser d'être sourd et aveugle. Prendre notre destin en main. Résister à l'apathie générale. Renouveler notre personnel politique et nous engager dans la vie communale, métropolitaine, régionale et européenne. Nous investir dans la vie économique, dans la création de richesse au lieu de gérer des fonds de pension. Animer notre identité culturelle et religieuse. Remplir tous les espaces dont les extrêmes, le repli sur soi, la polémique et la haine, pourraient s'emparer. Pour promouvoir la paix.

 

Etienne Desfontaines

 

Confusions, contusions

et confessions

 

 

Confusions – Le citoyen français avance à colin-maillard dans le dossier européen. Il n'a même pas le premier fond de culture européenne. Les 28 pays membres de l'Union Européenne ? Les 18 pays de la zone euro ? Il est bien en peine de les réciter à la façon des départements ! Les institutions européennes ? Les medias disent "Strasbourg" ou "Bruxelles". Le Monde du 5 Mai, par exemple, titre à la Une : "Déficit, croissance : Bruxelles douche les espoirs de la France". Mais de qui parle l'auteur en évoquant "Bruxelles" ? Du Parlement Européen, de la Commission Européenne, ou du Conseil Européen (la réunion des Chefs d'Etat, à Bruxelles), qu'on confond régulièrement avec le Conseil de l'Europe (basé à Strasbourg) ?  L'article ne le dit pas. Qui connait aujourd'hui, à part les élites, le personnel politique européen ? Qui est capable de mettre un visage sur le nom d'Herman Van Rompuy, de Catherine Ashton ou de Martin Schulz ? Qui connait même son propre député européen, et qui peut donner une identité et un programme à la dizaine de candidats qui se présentent sur son territoire ? Incapables de penser le bien commun européen, les français vont voter…franco-français. Pour se compter entre UMP, PS, Front de Gauche et Front National. La confusion est totale.

 

Contusions  "La France est trop faible !" Le mot est d'un observateur averti. Henri Madelin (78 ans) est docteur en droit, ancien Provincial des Jésuites de France, ancien professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris et représentant du Vatican auprès de Conseil de l'Europe. Il a passé des années dans les allées du pouvoir européen. Il dit l'impuissance de la France, dans le contexte européen. "Elle reste un pôle d'attraction, un pôle de sécurité internationale, mais elle n'a plus d'argent !"  Les réformes n'ont pas été entreprises en temps voulu. Nous allons les prendre par la force, et de plein fouet. Augmentation des impôts, restriction des services publics, mainmise de l'étranger sur nos fleurons industriels, chômage,  perte de patrimoine et appauvrissement général : dans les mois qui viennent, les contusions seront multiples. Elles vont faire mal. Plus tard, les jours meilleurs reviendront.

 

Confessions – Le temps perdu ne se rattrape jamais. Les générations montent, inexorables. Les mutations mondiales exigent des transformations que nous n'avons pas entreprises. L'identité française ne suffit plus à tenir notre rang dans le concert des nations. L'identité européenne n'existe pas encore : nous ne l'avons pas fondée. "Les Pères de l'Europe, dit encore Henri Madelin, qui cite volontiers Jacques Delors, ont réussi la sortie de guerre… Nous, nous la laissons tomber en léthargie ! Nos chefs d'état n'y croient pas assez ! "  Un jour, les jeunes générations nous le reprocheront. Ils nous pointeront du doigt. Et nous devrons l'avouer, nous n'aurons pas joué notre rôle de parents. Nous n'aurons pas assuré leur avenir. Alors viendra, c'est demain et c'est gravé dans le marbre, le temps des confessions.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Leçon  de

    

calcul  

2 + 7 = 9  

 

3 + 6 = 9

 

232 + 67 = 299

 

232 députés ont voté contre le plan d'économies de Manuel Valls, 67 ne l'ont pas voté. Ils sont donc 299 députés, 52,09% des 574 représentants de l'Assemblée Nationale, qui n'adhèrent pas au projet. Y-a-t'il vraiment là de quoi se féliciter, jusqu'à proclamer juste à temps pour le 20h, que "c'est un acte fondateur pour la suite du quinquennat" ?  Il y a plus d'un "Hussard de la République" qui va se retourner dans sa tombe ! Et plus d'un citoyen qui va faire la différence entre "légalité" et "légitimité".

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

Enfance

de France

 

 

        La dernière chronique de Jacques Attali (L'Express du 2 avril 2014) est funéraire. Il enterre le politique. "Débrouillez-vous, lance-t-il, agissez comme si vous n'attendiez plus rien du politique !" On ne peut pas être plus clair. L'ancien sherpa de François Mitterrand, l'observateur averti des mutations nationales et internationales, jette l'éponge. Il est "lassé d'exposer le détail de toutes les réformes urgentes" qui ne sont jamais mises en œuvre.  Et il nous pousse, tous autant que nous sommes, "à agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes". Avec une pièce maîtresse, au cœur de son raisonnement : "le monde appartiendra demain, dit-il, à ceux qui, aujourd'hui, sauront renoncer à attendre quoi que ce soit de qui que ce soit."

 

Il a raison. Sauf que, pour se lever et agir par soi-même, il faut trois conditions : générer de la confiance, s'adapter à son environnement, et développer une somme considérable d'énergie. Ce sont les trois propriétés fondamentales… de l'enfance. De là à dire qu'il faut retomber en enfance, il n'y a qu'un pas, que beaucoup n'oseront pas franchir. Fierté d'adultes, qui jettent un œil condescendant sur la petite enfance et l'extrême vieillesse. Ils ont tort. Confiance, adaptation et énergie, sont aussi les qualités fondamentales… d'un entrepreneur. Qu'il soit jeune, mature ou senior.

 

Dans la foulée, une analyse plus en profondeur des propriétés de l'enfance nous amène à prendre les choses complètement à l'envers. 1 – La confiance de l'enfance n'est pas naïve. Avant même la naissance et jusqu'à l'âge adulte, le petit d'homme intègre tous les potentiels et toutes les menaces de son existence. Il n'a pas encore les mots pour le dire, mais il perçoit, il enregistre tout. Simplement, le surgissement de la vie est chez lui plus fort que la tendance à l'anéantissement. Il génère de la confiance plus qu'il n'en demande. 2 – La faculté d'adaptation de l'enfance n'est pas une contrainte, c'est une curiosité naturelle. Tout est nouveau. Tout est objet d'attention, puis assimilé. Avant d'être abandonné ou réutilisé, sans a priori, pour aller au-devant d'autres découvertes. 3 – Un enfant ne compte pas. Il n'économise pas son énergie. C'est un générateur et un consommateur de calories à faire pâlir un militant d'EELV ! Il a de la vie à revendre, et il la partage. Il dépense et, surtout, il crée de l'énergie autour de lui. On le vérifie facilement en famille, dans la rue ou à l'école.

 

Nous avons une chance extraordinaire en France. Notre taux de natalité se tient bien. Laissons de côté nos soucis d'adultes. Occupons-nous de nos enfants. Regardons-les faire. Supprimons de notre lexique cette curieuse expression qui nous fait "retomber" en enfance. Efforçons-nous au contraire de "développer" un regard d'enfant. Et gaz de schiste ou pas gaz de schiste, puisons auprès de nos bambins les tonnes d'énergie dont nous avons besoin pour inventer un nouveau monde !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

ROSTRO  

Où est Mistslav Rostropovitch ? Qui va lui succéder ? Qui va oser planter son instrument quelque part dans le port de Sébastopol, célébrer la paix, l'espoir de la fraternité et de la réconciliation entre les peuples, avec pour seule arme, vibrante sous son archet, la grave et profonde Sarabande* de la 2nde suite pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach ? Un élève russe du conservatoire Rostropovitch de Saint-Pétersbourg, qui inviterait un de ses homologues européens ? Le symbole serait fort. Le "buzz" assuré, sur toute la planète !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) www.youtube.com/watch?v=FiwXUJJjL6g 

 

UN ELU PEUT EN CACHER

UN AUTRE    

un-elu-peut-en-cacher.jpgDimanche 23 mars. Nous y sommes. Nous nous apprêtons à traverser les élections municipales, sans y prêter vraiment attention. C'est un moment que les français adorent. Ils se chamaillent, ils connaissent bien "Bernard" ou "Marie-Laure", le conseiller ou la maire-adjointe qui s'avancent cette année avec une nouvelle liste. Ils les ont vus grandir à l'école ou animer la fête de quartier. Ils en apprécient le dévouement. Ils sont à leur mesure. Quels qu'ils soient, ils seront contents de les retrouver, l'année prochaine à la mairie, pour le mariage de la petite ou l'ouverture d'une porte de garage sur la rue principale !

 

 

 

Sauf que… Il y a un changement de taille. Sur la gauche du bulletin de vote, il y aura la liste des candidats à l'élection municipale. Jusque-là, pas de surprise. Le nom du maire est connu à l'avance : il (ou elle) est la tête de liste. Les rares incertitudes portent sur les maires-adjoints ou les conseillers délégués qui seront ensuite choisis. Mais dès le lendemain de l'élection, à part le nom du maire, tout le reste sera oublié. Par contre, sur la droite du bulletin, va figurer le nom ou la liste des candidats aux sièges de conseillers communautaires. De qui s'agit-il cette fois ? Dans la plupart des communes, ce sera le maire. Dans beaucoup de cas, ce seront aussi des adjoints, sinon des conseillers délégués. Peu importe. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ces personnes iront travailler ailleurs, dans une vaste assemblée… Rue du Ballon, pour Lille Métropole Communauté Urbaine. Dans des sous-préfectures ou des lieux très divers, pour les intercommunalités qui viennent d'être configurées par le Préfet. Où ils n'exerceront pas du tout le même "métier" !

 

 

 

Avec quels projets devons-nous envoyer ces gens-là dans les assemblées communautaires ?  Quelles compétences, quel savoir-faire doivent-ils réunir ? Dans quelles commissions vont-ils s'insérer et travailler ? Sauront-ils peser, prendre des responsabilités, faire preuve de sens politique et emmener avec eux d'autres élus, avant de se faire entendre dans les services communautaires ? Rares sont les "professions de foi" qui évoquent le sujet.

 

 

 

Il s'agit pourtant d'une question essentielle. Tous les gros dossiers d'une commune, aujourd'hui, sont régis par une intercommunalité. La liste est éloquente : aménagement du territoire, urbanisme et habitat, transport, espace public et voieries, nature et cadre de vie, culture, sport et loisirs, traitement de l'eau et des déchets, économie et emploi, numérique et développement durable, tourisme, accessibilité handicap et crematorium… La quasi-totalité des décisions communales sont  aujourd'hui adossées aux règles, aux méthodes de travail et aux finances de l'intercommunalité ! Le véritable patron de la vie locale en 2014 n'est pas à la mairie, il préside la Métropole ou l'intercommunalité.

 

 

 

Maire et conseiller communautaire, ce sera souvent la même personne, mais il lui faut d'autres qualités, il lui faut voir large, dépasser les frontières de sa commune, pour bâtir l'avenir de ses concitoyens. Tout le monde n'y est pas prêt.

 

 

 

Etienne Desfontaines

  

MUNICIPALES

LE COMPTE EST BON 

 

Municipales-le-compte-est-bon.jpgDont acte. Les chiffres sont tombés, les candidats aux municipales ne manquent pas. Et c'est une bonne nouvelle. Nous avons sans doute tort de garder nos 36000 communes, mais le fait est qu'ils sont près d'un million en France, candidats à une représentation de proximité, disposés à endosser l'intérêt général de leur commune au détriment de la somme des intérêts particuliers de leurs concitoyens.

 

 

 

Conseiller municipal… C'est le premier échelon de la vie politique. C'est un fantastique lieu d'observation du "politique", au sens noble du terme. Dans l'antiquité, il s'agissait d'organiser la "cité" (πόλις, en grec). Ça pouvait être une simple communauté de citoyens, un bassin de vie ou un Etat. Il s'agit ici de la commune. De quelques centaines de maisons, dans la plupart des cas, réunies autour de leur mairie, de leur école et de leur église. Elle est à taille humaine. Elle rend compte de tous les bonheurs et de toutes les difficultés de la vie. La preuve ? C'est à la mairie qu'on va déclarer un enfant, c'est à la mairie qu'on se marie, et c'est encore à la mairie qu'on va déposer un avis de décès ! On ne peut pas être au plus près des familles.

 

 

 

C'est ce quotidien-là que les candidats veulent prendre en charge. L'immense majorité d'entre eux est bénévole. Ce sont souvent des gens déjà impliqués dans la vie associative. Elus et responsables de leur commune, ils montent d'un cran dans l'engagement. Et ils passent tous, quels qu'ils soient : urbains ou campagnards, actifs ou retraités, par une phase d'apprentissage qui est d'une richesse inouïe !

 

 

 

Etre conseiller municipal, en effet, ce n'est pas seulement ouvrir des dossiers. Travaux, habitats, transport, énergie, culture et éducation, sports et loisirs : ils sont denses, ils sont multiples, il faut en intégrer les tenants et les aboutissants, pour prendre les bonnes décisions. Mais là n'est pas l'essentiel. Le nouveau conseiller municipal se rend compte très vite qu'il entre dans un tissu de relations, dont il ne peut pas imaginer l'étendue !

 

 

 

En interne, il apprend à travailler avec ses collègues, avec le personnel de la mairie. Il apprend surtout à écouter et à convaincre ses concitoyens de la justesse de ses opinions et de ses décisions. Etre conseiller municipal, c'est sortir de chez soi sans savoir quand on va rentrer. La conversation au coin de la rue ou par-dessus la haie est d'une importance capitale ! Et elle dure… un certain temps. En externe, il apprend à connaître l'intercommunalité, la Métropole, la Région, le Département, la Préfecture, le député (national et européen), toutes les instances politiques, cultuelles et culturelles, qui impactent la vie communale. Il lui faut créer des liens de confiance, trouver des réponses aux questions, repérer et apaiser les germes de conflit, donner du sens et de la cohésion à tout ce qui se passe dans la commune. C'est un travail de titan ! Dont il sort six ans plus tard épuisé, mais beaucoup plus fort. Parce que plus humain.

 

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

1214, 1914, 2014

 

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1214 – Othon IV de Brunswick est le deuxième personnage de la chrétienté, il est à la tête du Saint Empire Germanique. La Flandre, la Picardie sont animées par des ambitions croisées. Les alliances s'affrontent : le flamand Ferdinand du Portugal, le Boulonnais Renaud de Dammartin et l'anglais Jean-Sans-Terre avec l'empereur Othon, les comtes de Normandie, d'Artois et de Picardie avec Philippe-Auguste, soutenus par le Pape Innocent III. Le dimanche 27 juillet 1214 après-midi, le soleil a brillé toute la journée, Bouvines est à feu et à sang… 

 

1914 – Sept cents ans plus tard, le dimanche 28 juin 1914, les balles des conspirateurs à Sarajevo éliminent l'archiduc François-Ferdinand, l'héritier du trône austro-hongrois, et son épouse. Les alliances jettent aussitôt les nations dans l'arène : l'Allemagne avec la Serbie, la France et la Russie derrière les autrichiens. L'effet de levier est implacable, les colonies entrent dans la danse, la logique de guerre mène le monde à la catastrophe. Dès le mois d'août, l'Europe est à feu et à sang…

 

2014 – Crimée et pro-russes d'un côté, pro-européens de l'autre : les vieilles dissensions refont surface en Ukraine. Vladimir Poutine abat ses cartes, l'Europe et les US haussent le ton. Les diplomates s'agitent, les états-majors s'activent. Jusqu'où les alliances vont-elles nous emmener ?  L'été 2014 sera-t-il une nouvelle fois à feu et sang ?... Il est urgent de s'informer,  de comprendre ce qui se passe à Kiev et à Sébastopol. Pour casser la logique de guerre. Et jeter partout, élites et citoyens confondus, le même cri que celui du maire de Bouvines, Alain Bernard, à la veille du 800ème anniversaire de la bataille de Bouvines : "La plus belle des victoires, c'est la paix !"

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

Les somnambules  

"Pourquoi rappeler tout ça ?" Elle est jeune, elle est assistante de direction, bien engagée dans la vie active. C'est une femme responsable, du XXI° siècle. Et elle insiste, entre deux rendez-vous, devant la machine à café : "est-ce qu'il faut vraiment revenir sur toutes ces horreurs, pour construire la paix ?" Son raisonnement vient heurter de plein fouet celui du général Elrick Irastroza, l'ancien chef d'Etat-major de l'armée de terre, aujourd'hui patron de la Mission du Centenaire de la Grande Guerre 1914-1918 : " Les peuples ont besoin d'évoquer les tragédies, a-t-il clamé à l'occasion d'un passage dans le Nord, ils ont besoin de revivre les grandes ruptures comme celle de 1914, pour en tirer des enseignements et construire un monde meilleur !"

La fracture est évidente. D'un côté, la génération qui monte, celle qui est née dans les années 80-90. La fin de la conscription en 2001 a tout changé, elle a fait de l'armée un choix et un métier. Et c'est un fait de société, relevé par un autre militaire, le général Jean-Paul Monfort, l'ancien gouverneur de la Place de Lille (2006-2009) : "la perception du danger n'est plus là, a-t-il dit au moment de partir en retraite, les engagements sont lointains." Il évoquait l'Afghanistan et l'Afrique, avant de prédire : "le plus grand danger pour notre armée et notre pays, ce n'est pas l'antimilitarisme, c'est l'a-militarisme…" Nous y sommes. De l'autre côté, le gouvernement français et les institutions européennes. Le premier anime à grands renforts d'évènements le Centenaire de la Grande Guerre, il envoie quatre figures de la Résistance au Panthéon, mais il peine à financer sa Défense. Les secondes font référence à l'idéal de paix des pères fondateurs, mais elles ont du mal à bâtir une réelle Union Européenne politique.

Les trentenaires d'aujourd'hui nous le disent, lorsqu'on les écoute sincèrement : le simple fait de brandir la menace de guerre ne sert à rien. Ils ne savent pas ce que c'est. Ils ont des bribes d'histoires apprises en classe, et des images de télévision en tête. Ils n'ont aucune idée de ce que ça représente dans le quotidien d'une famille ou d'un territoire. C'est une réalité, que nous avons opposée au général Irastorza lors de son intervention. C'est "une question fondamentale"  a-t-il immédiatement répondu, en citant l'ouvrage de Christopher Clark : "Les somnambules" (Flammarion, 2013).  "L'auteur est professeur d'histoire à Cambridge, avertit l'éditeur, il replace les Balkans au cœur de la crise la plus complexe de l'histoire moderne en 1914, et il en décrit minutieusement les rouages. Plus clairement que jamais, il montre que rien n'était écrit d'avance : l'Europe portait en elle les germes d'autres avenirs, sans doute moins terribles…Mais de crise en crise, les personnages qui la gouvernaient ont marché vers le danger comme des somnambules !"  Le symbole est fort. Il n'y a pas plus martial que le général Irastorza. Il porte ses faits d'armes à la boutonnière. C'est pourtant bien lui qui en appelle aux politiques et aux historiens, dès qu'on le pousse dans ses retranchements… Pour parler de la guerre, aux nouvelles générations.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Papy Boom

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Combien sommes-nous dans ce cas ? L'espérance de vie était de 60 ans dans les années cinquante. Elle est aujourd'hui de 78 ans pour les hommes, 85 ans pour les femmes. Nous atteignons des âges que beaucoup de nos parents n'ont pas connus. Nous n'avons donc pas de références, pas d'exemples à suivre. Nous sommes tout simplement des milliers, particulièrement en occident, à découvrir le fait d'être septuagénaire, octogénaire et nonagénaire. C'est une aventure sans précédent. Il nous faut créer un modèle. Ecrire une page blanche. Inventer une façon intense d'être au monde, tout en sachant qu'on va s'en absenter à moyen terme. Trouver un équilibre entre action et responsabilité, sagesse et lâcher prise. De quoi retrouver une nouvelle jeunesse ou… se faire des cheveux blancs !

Etienne Desfontaines

 

 

Le passant

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Impossible de lui donner un visage. Il va, il vient, pressé le matin, fatigué le soir. Est-ce que c'est un homme, une femme ? Un senior ou un adolescent ? Là n'est pas la question. Il passe. Il va dans la ville. Il prend le métro, il s'aventure entre Lille-Europe et Lille-Flandres, il s'assoit sur la marge de la fontaine au pied de la Déesse. Wazemmes ? Lille-Fives ou Lille-Centre ? Il est partout chez lui. On le croit indifférent, on lui jette à peine un regard, il est pourtant bien là. Dans la rue.

Il n'y a pas meilleur thermomètre urbain que le passant. Il se détend au soleil, il se renfrogne dans le crachin. Il serre le pas aux abords d'un carrefour, il l'allonge en remontant sur le trottoir. Il est bon public aussi, il fait le cercle autour du saltimbanque ou derrière l'ambulance des pompiers. Et c'est un fait récent : il téléphone ! Le regard dans le vide, la main libre animée par sa conversation, il fait des huit sur le pavé de la Grand-Place. Comme une abeille à l'entrée de sa ruche. Dont le message est clair : "je suis là, vous êtes là, nous sommes lillois, heureux de l'être, et bien ensemble…"

Etre passant parmi les passants, on peine à le croire, mais cela fait sens. Descendre de son appartement, abandonner ses "amis" Twitter & Facebook", pour arpenter la rue avec des "vrais gens" entre Mairie, Opéra et République, c'est entrer dans son identité. Lillois nous sommes, fiers de l'être. Métropolitains nous le devenons, encore incrédules, entre Lille, Courtrai et Tournai. Les Parisiens, les Toulousains et les Lyonnais, éprouvent le même sentiment.

Le moment est venu dans cette chronique de vous faire une confidence. Je suis né juste après-guerre au premier étage d'une maison de rue, dans le quartier populaire de Fives. Enfant, j'aimais me caler sur un appui de fenêtre, écarter le rideau et voir sans être vu. Observer le passant, et imaginer sa vie.

Senior, je viens de tomber sur l'ouvrage* de Gérard Sainsaulieu, un architecte-urbaniste chevronné qui reprend tous mes rêves ! Il fustige les "villes" qui n'ont plus de rues : Abu Dhabi, Doha, Shangaï, La Défense…  Il vénère Naples, Barcelone, Istanbul et surtout Paris ! Ses boulevards, ses villas et ses marchés bourdonnants de monde. "La rue recèle un contrat muet, écrit-il, qui relie entre eux tous les habitants… Un clin d'œil [suffit pour] échanger un immense consensus…. Dans la seconde qui suit, chacun a repris son chemin, réconforté par cet éclair de connivence."  

Paris le sait bien, Lille, Valenciennes et Dunkerque aussi, tout comme Kiev, Le Caire et Tunis : cet éclair-là existe réellement ! Il peut prendre en février la couleur du carnaval. Ou celle de la révolution. Le passant, le masquelour et l'émeutier, ne sont qu'un seul et même homme. Il arbore selon la circonstance un ticket de métro, un parapluie ou un pavé. On le croise tous les jours, complice d'un bonheur masqué sous le non-dit. Dans la rue.

Etienne Desfontaines

 

 (*) "Les trottoirs de la liberté" (2012 L'Harmattan)

 

 

   

La frontière (2)       

La misère. Elle est prégnante. Incontournable, quand on s'installe en ville. Dans la rue Faidherbe, à Fives, Wazemmes et Lille-Sud.  Elle surgit, hirsute et dévastatrice. C'est un visage, une barbe blanche, matin, midi et soir, au Carrefour Pasteur. C'est une jeune femme, accroupie, dans le marché Sébastopol. Ce sont des murs lépreux, à la sortie de la station Caulier. C'est une rue Jules Guesde au fond de la place Bonaventure, une rue Pierre-Legrand dans la traversée de Fives, désinvesties par les commerces traditionnels au profit des petits bazars, coiffeurs, restaurateurs exotiques et autres vendeurs-repreneurs de téléphones. C'est une enfant qui se soulage, à la vue des automobilistes, aux abords d'un camp de roms.  Ce sont les urgences du CHU, transformées en refuges par temps froid. C'est un homme qui arrête le passant, en bas de chez soi : "j'ai appelé le 115, il n'y a plus de place nulle part…"  

"J'ai pas mauvaise conscience, disait la chanson des Restos du Cœur" (Jean-Jacques Goldman), ça m'empêche pas de dormir… Mais pour tout dire, ça gâche un peu le goût de mes plaisirs …" Coluche est mort. Son initiative n'en finit pas de répondre à un besoin de plus en plus massif. Les appels à la solidarité se multiplient. La plupart s'en contentent. Beaucoup s'investissent. Ils donnent de leur temps au Secours Populaire, au Secours Catholique, aux "Restos du Cœur" ou chez Emmaüs. Les  services sociaux, communes et institutions réunies,  n'ont jamais eu autant de travail.

Mais rien n'y fait. Le phénomène s'étend. On l'a connu local, à l'époque des Dondaines et de l'îlot Saint-Sauveur. Il est aujourd'hui national et international. Le chômage jette des familles à la rue. La misère de l'hémisphère sud traverse les océans. Les migrants afghans bouleversent la vie des bénévoles de Sangatte. Le parking de l'ancienne prison de Loos n'a rien à envier aux favelas brésiliennes. Et la tentation est grande de baisser les bras. De jouer le statu quo, de renvoyer la question à l'Etat, à l'Europe ou à la diplomatie internationale. De refuser même, ici ou là, banderoles à l'appui, l'implantation de logements sociaux ou d'un camp de rom.

On invoque Schengen. On regarde passer Marine Le Pen et le Pape François à Lampedusa. On évoque les barbelés de la frontière mexicaine.  Et on finit par se défausser : "ils n'ont qu'à faire ce qu'il faut". Et puis, on installe autour de soi une paroi de verre. La misère est bien là, mais on n'y peut rien. On ne peut plus, on ne veut plus la prendre en compte.

Il n'y a pas pire frontière que celle de l'indifférence. Seule la révolte, ou la révolution, pourront la franchir un jour. C'est ce qui nous guette. En attendant, le feu passe au vert dans le carrefour Pasteur. Les voitures s'élancent sur le périphérique. Dans la seconde qui suit, l'image de l'homme à la barbe blanche s'efface, dans la conscience verrouillée des automobilistes.

Etienne Desfontaines

 

La frontière 

Elle est brutale, en Palestine. Sept cent kilomètres de béton et de barbelés. Territoires cisjordaniens d'un côté, colonies et terres d'Israël de l'autre, elle raye le pays du Nord au Sud. Les communautés juives venues se réfugier en Palestine au début du XX° siècle parlent d'une "barrière anti-terroriste". Elles ont raison, il n'y a pratiquement plus d'attentats en Israël depuis son érection. Les arabes palestiniens, eux, la subissent avec une violence inouïe. Ils parlent "d'apartheid", ils évoquent la séparation des familles, la désorganisation de l'économie, les restrictions d'accès à l'eau, à la santé et aux lieux saints, pour les musulmans et les chrétiens de Cisjordanie…

Fracture ouverte au cœur du monde, la plaie de la Palestine n'est pas prête de se refermer. Elle est le modèle-même de ces mille et une "frontières" qui n'ont pas été traitées dès leur apparition.  Les anglais étaient aux commandes à Jérusalem dans les années 20, le nationalisme et l'antisémitisme montaient en puissance. Les premiers pas du mouvement sioniste ont abouti par la force à la création de l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. La résolution de l'ONU (29 novembre 1947), elle, qui annonçait le partage de la Palestine entre un Etat juif et un Etat arabe, est restée lettre morte.

L'imbroglio est aujourd'hui total. Il mêle des affrontements locaux, internationaux, religieux, politiques et économiques. La dernière visite de François Hollande en Palestine est un modèle du genre : il donne des gages à Israël, il clame le droit des Palestiniens à vivre sur leur terre, et… il rentre à Paris ! Il s'agit là sans doute d'une synthèse trop sèche de la diplomatie française dans ce dossier. Mais elle dit la réalité : plus personne n'ose toucher réellement à la question palestinienne. Elle divise le monde entier, élites et populations confondues. A Lille même, en décembre dernier, les tenants des palestiniens dans le cadre du jumelage Lille-Naplouse multiplient les témoignages des vexations subies en Cisjordanie. A deux pas de là, le Dr Charles Sulman, le président régional du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), reçoit son président national, Roger Cukierman, qui s'insurge contre les prémices d'un boycott des produits israéliens en France ! Et la communauté chrétienne se déchire : la représentante dans le Nord des Amitiés Judéo-Chrétiennes de France, Danielle Delmaire, docteur en histoire contemporaine et professeur à l'Université de Lille III, n'a pas de mots assez durs contre les initiatives de la paroisse Bonne Nouvelle de Marcq-en-Baroeul qui crée des liens avec la paroisse de la Sainte Famille à Ramallah, la capitale administrative des autorités  palestiniennes, au nord de Jérusalem !

En Israël, c'est un mur. Chez nous, c'est un fossé qui se creuse. Un germe de radicalisation, dont nous ne nous méfions pas assez. De l'antisionisme à l'antisémitisme, il n'y a qu'un pas. Et de l'antisémitisme à la ségrégation raciale, il n'y a cette fois plus de… frontière. Ce n'est qu'un tunnel de méconnaissance et de désinformation, qui mène à l'embrigadement et à la guerre. Nous y reviendrons.

Etienne Desfontaines

 

   

Raconte nous !

C'est un bonheur. On élève et on abaisse la voix, on ralentit, on accélère. Et puis, le temps d'une question, on laisse la réponse faire son chemin. Le silence s'installe. Dans la minute qui suit, on est ailleurs. De l'autre côté de la page, mais toujours au cœur du sujet. Dans un monde, un "cloud" comme disent les ingénieurs du web, qui enveloppe celui qui raconte et celui qui écoute.

A ce stade de la démonstration, tout le monde pense à Noël, et file se caler dans le grand fauteuil du salon. Le sapin clignote, les bougies dansent sur la table, le livre est ouvert sur les genoux, et le gamin se glisse sur le côté en pyjama. Un petit mot à voix basse : "remets tes chaussons, tu vas te faire attraper… " La connivence est établie et tout bascule ! Le fourniment dans la cuisine, les rires et les éclats de voix : plus rien ne compte. La paroi de verre est étanche, qui enveloppe celui qui raconte, et celui qui écoute… un conte de Noël.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Tous ceux qui parlent en public peuvent en témoigner. Lire son discours ne mène à rien. Par contre, lever ou baisser la voix, ralentir et accélérer, faire une pause et laisser le silence s'installer. Puis observer son auditoire, lui adresser une attention : "je ne suis pas sûr d'être bien clair, vous me suivez ?…" avant de le prendre à contrepied : ce sont des choses qui s'apprennent. Mais il ne faut pas être dupe. Tout le monde ne sait pas le faire. Certains politiques ou grands animateurs de radios-télévisions y excellent. D'autres moins. Il y a des orateurs qui "racontent" leurs discours, et des auditeurs qui les" écoutent"… avec des yeux d'enfants.

Et puis, il y a un mystère. Le grand reporter, l'ancien directeur de RTL, Philippe Labro, le raconte dans son dernier ouvrage*. Il était aux US, en novembre 1963, lors de l'assassinat du président Kennedy. Il avait pour modèle, en écriture, un homme dont nous avons tous lu l'œuvre phare : Ernest Hemingway (le Vieil Homme et la Mer - 1952). Un géant de la littérature (Prix Nobel 1954), dont la devise était très simple : "Tell it like it was !"  En français : "raconte-nous… dis-nous comment c'était !" Toute la différence est là. Il y a des écrivains qui nous emportent – littéralement – dans leur monde. Ils ne disent pas ce qu'ils voient, ils le "racontent". Ils élèvent ou ils baissent le ton, ils ralentissent, ils accélèrent. Ils traversent des moments de silence. Et puis un mot survient, une expression ou une image. Ils nous font le coup du "remets tes chaussons, tu vas te faire attraper…" Et tout bascule. Ces écrivains-là font notre bonheur !  On les "écoute"….  en noir et blanc, sur écran ou sur papier, peu importe. Ce qui compte, ce sont les étoiles dans les yeux.

Etienne Desfontaines

(*) "On a tiré sur le président" (Gallimard  2013)


Au gui l'an neuf !  

   

"O Ghel an Heu !" lance le druide. Il manie la serpe dans les arbres dénudés.  Et il le clame dans le froid, à l'orée des bois : "Que le blé germe !"  La version celte nous fait répéter phonétiquement : "Au gui l'an neuf !" Sa traduction nous dépose en plein solstice d'hiver. Quand les jours rallongent. Quand on le croit dur comme fer, le germe commence à pointer hors du grain.

Noël, Nouvel An. C'est toujours la même chose. Nous retombons en enfance. Et nous nous projetons dans l'avenir, réunions de familles et cartes de vœux (numériques) à l'appui.  Persuadés de savoir muer, sinon muter, pour devenir des êtres toujours plus complets, plus créateurs et maîtres de notre environnement. C'est le temps des résolutions.

Place à l'anaphore !

François Hollande a eu la sienne, nous avons la nôtre*.

"Moi, citoyen, j'irai voter aux municipales et aux européennes

"Moi, citoyen, je considérerai l'intérêt général avant le mien, dans tout ce que j'entreprendrai

"Moi, citoyen, j'assumerai mes responsabilités, et je prendrai une fonction locale ou associative

"Moi, citoyen, je penserai les mutations de ma commune, de mon pays, de l'Europe et du monde

"Moi, citoyen, je me mettrai en situation d'apprendre : une nouvelle langue (le chinois ou le néerlandais), un nouveau moyen de communication, un nouveau hobby musical, scientifique ou littéraire, pour ouvrir grand les portes et fenêtres de mon esprit

"Moi, citoyen, je boycotterai le flux permanent d'informations, je choisirai mes sources, contradictoires de préférence, et je les consulterai pour forger mon opinion selon mes besoins et à mon rythme

"Moi, citoyen, j'économiserai l'eau et l'énergie de toutes les façons possibles

"Moi, citoyen, j'orienterai mon épargne vers l'investissement producteur de richesse et d'emploi

"Moi, citoyen, je combattrai toutes les formes de repli de la société sur elle-même

"Moi, citoyen, je m'emploierai à éteindre la moindre étincelle de conflit dans mon entourage

"Moi, citoyen, je ne pesterai contre un problème qu'en l'accompagnant de trois solutions possibles

"Moi, citoyen, je me plierai aux recommandations de la médecine préventive

"Moi, citoyen, je ferai de la culture l'avant-garde du développement et du bien-vivre ensemble

"Moi, citoyen,  je vivrai ma religion, mais je n'en ferai pas un prosélytisme ni un obstacle à la laïcité

"Moi, citoyen, je m'engagerai dans un action de formation et je surveillerai l'éducation de mes enfants comme le lait sur le feu

"Moi, citoyen, je me considèrerai en toute humilité comme un artisan du futur

Et je ne me ferai pas d'illusions. Les résolutions sont comme le gui. A peine cueilli, il commence à flétrir. Mais j'irai le plus loin possible. Je me tirerai par le dos, pour ne rien oublier du passé et tout réinventer en 2014. Et puisque c'est devenu ma façon d'être, puisqu'on me dit que j'ai une once de facilité dans l'écriture, alors je mettrai de la musique dans mes mots. Parce que la musique est universelle. Pas ma langue maternelle.

Bonne année à tous !

Etienne Desfontaines

(*) La vôtre nous intéresse, n'hésitez pas à nous la communiquer !

 

 

Quand l'Afrique

s'éveillera

 

La-Ministre-des-Finances-Nigerianne-copie-1.jpgParis, novembre 2013 - Les ministres français ouvrent le sommet de l'Elysée Afrique-France sur un ton timide : « La France a eu un regard stérile sur l’Afrique cette dernière décennie, disent-ils, nous perdons du terrain…» On les sent prudents. Beaucoup trop prudents pour la Ministre Nigériane des Finances, le Dr. Ngozi Okonjo-Iweala (59 ans), qui monte au pupitre. Elle raconte le Nigeria, l'Afrique. Elle met le public dans sa poche, elle le fait rire, mais on le comprend vite, elle va  le prendre de travers.

 

Qui  est donc Ngozi Okonjo-Iweala ? A la fin de la guerre du Biafra en 1970, alors que sa famille a tout perdu, son père l’interroge: « Que te reste t il ? » Elle répond : « Rien ! » Son père corrige : « Tu as une tête bien faite. Utilise-la, construis l’avenir. » Depuis, Ngozi Okonja-Iweala va son chemin. Economiste renommée, diplômée de Harvard, elle intègre la Banque Mondiale, elle ouvre son pays au monde. Ministre des Finances du Nigeria, elle le fait entrer de plain-pied dans le XXI° siècle : de 450 000 lignes de téléphones installées en 30 ans, il passe à 32 millions d’utilisateurs de GSM ! Elle s'attaque à la corruption, elle limoge une série de fonctionnaires, et elle réprime toute les escroqueries sur internet.

 

                                       

"Ceux qui ratent le bateau maintenant,  

le ratent à jamais"  

 

 "Tout le monde investit chez nous, lance tout à coup le Dr. Ngozi Okonjo-Iweala, General Electric pour 1 milliard de dollars, Procter & Gamble pour 2,5 milliards, les Indonésiens d'Indorama pour 1,2 milliard." Et elle laisse tomber : "que font  les Français ?" Cette fois, la salle ne rit plus.  "Sida, paludisme, enlèvements et conflits, continue-t-elle, vous ne parlez que de ça…Mais connaissez-vous le peuple Africain qui se prend en main ? » Le silence est glacial. Alors elle assène : " Ceux qui ratent le bateau maintenant, le ratent à jamais !  Et vous les Français, vous allez devoir travailler dur! »  

 

Le message est clair. C'est à nous de nous réveiller ! Les interventions militaires ne sont pas tout. L'Afrique est une multitude d’opportunités.  Le nouveau rapport Vedrine [1] livre 15 propositions pour créer une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France. Doubler les échanges avec l’Afrique, c’est créer 200 000 emplois en France dans les 5 prochaines années. Des entreprises montrent l'exemple. L’alsacienne Mecatherm a déployé des lignes de fabrication de pain à Kinshassa, Abidjan et Dakar. Les chantiers navals de Cherbourg vont fournir 30 navires au Mozambique. Et Danone vient d'entrer au capital de FanMilk, le leader des produits laitiers en Afrique de l’Ouest.  Le journaliste Serge Michel prenait récemment une autre image (Le Monde, 18 sept 2013). "Une délégation d’hommes d’affaires français qui débarque au Nigeria, écrivait-il, ça ressemble à un convive qui arrive trop tard dans la soirée dont tout le monde parle, il ne reste rien au buffet…" Alors, osons ! Allons explorer de nouvelles opportunités. Et ne loupons pas le bateau !

 

Pauline Desfontaines

 

Experte Energies Renouvelables – Zone Afrique

 

pauline.desfontaines@gmail.com

 

[1] Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, Décembre 2013

 

Le mille-pattes     

 

 

Lorsque je l'aperçois, il prend du bon temps. Au soleil, sur la terrasse. La manœuvre du mille-pattes est paisible, bien huilée. Droite, gauche, il  ondule  élégamment. Je m'approche. Il se fige. Je me dis que le spectacle va être fabuleux : je vais voir l'animal s'enfuir… à toutes jambes ! Mais je n'y suis pas du tout : il replie toutes ses pattes ! Et il n'en utilise que quatre, pour filer et disparaitre dans une fente !

 

Drôle de bestiole. Un coup d'œil sur internet. J'apprends qu'il s'agit d'une scolopendre. Une bonne dizaine d'anneaux, parfois plus, une paire de pattes à chaque fois. Et l'affaire est compliquée ! En "temps de paix", l'animal ne mobilise pas ses pattes par paire ou par anneau. Il les sollicite une à une, tout le long du corps. En "temps de guerre", par contre, il ne requiert que quatre pattes. Le reste se tortille, pour suivre le mouvement !  Un coup d'œil dans ma mémoire. Une idée en emporte une autre.  Je visualise tout à coup les centaines d'anneaux, qui guettent…  la  réforme  territoriale !

 

Ils sont légion, dans le Nord Pas-de-Calais. Le président du Conseil Régional, Daniel Percheron, son armée de vice-présidents et toutes ses commissions… Le président du Conseil Général du Nord, Patrick Kanner, celui du Pas-de-Calais, Dominique Dupilet, leurs dizaines de vice-présidents et toutes leurs délégations… La présidente de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU), Martine Aubry, ses 10 premiers vice-présidents, ses 12 autres vice-présidents, ses huit territoires et ses 14 conseillers délégués…  La présidente en exercice de l'Eurométropole, Martine Aubry, encore elle, ses trois vice-présidents, et ses multiples intervenants flamands et wallons… Les communautés transfrontalières de Dunkerque et du Hainaut…  Les dizaines d'intercommunalités que la préfecture est en train de mettre en place, de gré ou de force, dans le bassin minier, dans la plaine de Flandre ou dans les vallons de l'Avesnois…  Les 1545 communes du Nord Pas-de-Calais, leurs maires, leurs adjoints, et leurs syndicats intercommunaux…  Ce n'est plus un mille-pattes, c'est un myriapode dont on n’arrive plus à définir les contours.

 

C'est dans ce contexte que la ministre de la Réforme de l'Etat, de la Décentralisation et de la Fonction Publique, Marylise Lebranchu, une revenante des équipes de Lionel Jospin, aborde en ordre dispersé un Acte III de la Décentralisation. Elle n'élimine aucun cubitus du mille-pattes ! Elle tente seulement de lui donner un chef d'orchestre : le président de région, et elle affiche une volonté de mieux répartir les compétences. Mais elle fait face à des bastions plus solides que le mur de la défense sur les côtes de la Manche !

 

Reste un espoir. Que le "temps de guerre" survienne, que la pénurie provoque le sursaut du mille-pattes. Et que trois ou quatre leaders confirmés tirent la région vers le haut. En bonne intelligence avec son vrai moteur économique : le bureau de la CCI Nord de France, sous la houlette de l'ancien ministre de l'agriculture, ancien journaliste devenu banquier, l'infatigable pourfendeur de frontières visibles et invisibles, Philippe Vasseur.

 

Etienne Desfontaines

    

 

Utopie ou pas ? 

 

L'idée vient du ministre délégué aux transports, Frédéric Cuvillier. Il a retoqué le projet de Canal Seine-Nord Europe, en donnant de la voix sur ses prédécesseurs et en remettant l'Etat à sa place: "Ce dossier est un mirage, qui a été porté au plus haut niveau de l'Etat", et en appelant l'Europe à la rescousse : "je compte présenter un nouveau dossier avec une demande de 30% de financement européen". Sans oublier de mettre les belges et les néerlandais, bénéficiaires de l'opération, à contribution ! En clair, pour le Nord Pas-de-Calais, le salut ne vient plus de Paris, mais de Bruxelles, d'Anvers et de Rotterdam !

 

Alors, jouons le jeu. Ne nous mettons plus au "nooord" de la France, mais au sud des pays du nord. Tordons le bras à nos structures napoléoniennes, oublions l'Etat, les départements et nos trente-six mille communes. Pour donner la préférence à l'Europe, à la Région et aux grandes métropoles. L'image devient beaucoup plus nette ! Prenons des exemples.

 

1 – Nous pourrions rassembler toutes les communes inférieures de 3000 habitants dans des entités communales semblables à ce qui existe en Belgique depuis 1980. Nous pourrions rassembler le Conseil Régional et les deux Conseils Généraux du Nord et du Pas-de-Calais dans une seule assemblée, dont les compétences seraient réorganisées et étendues à certaines compétences actuelles de l'Etat. Cette nouvelle assemblée, élue au suffrage universel,  aurait vocation à créer des liens renforcés avec la Flandre et le sud des Pays-Bas, pour former à terme un "Länder" européen, dont la masse critique serait suffisante pour s'imposer au niveau international.

 

2 – Nous pourrions imaginer que les ports de Boulogne, Calais, Dunkerque, Zeebrugge, Anvers et Rotterdam, organisent leurs activités et fédèrent leurs efforts, pour créer une offre portuaire internationale de grande envergure sur le littoral de la Manche.

 

3 – Nous pourrions donner à l'Eurométropole de Lille-Kortrijk-Tournai toutes les compétences de LMCU, des communautés de communes de Courtrai et de Tournai.

20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 09:48

           Les avis divergent au sujet de la sanction infligée au coureur Ricardo Ricco, renvoyé en Italie après son contrôle positif à l’EPO avant le départ de la 12ème étape du Tour de France. Certains y puisent des raisons d’espérer éradiquer le cyclisme de tous les tricheurs qui continuent à considérer l’armoire à pharmacie comme un passage obligé pour être compétitifs. Pour eux, la révolution est en marche grâce à des techniques d’investigations de plus en plus sophistiquées. D’autres, à l’inverse, jugent ce nouveau coup de poignard asséné par un jeune et prometteur champion, comme l’ultime trahison à un sport qui n'en finit pas d’agoniser. Il n’est plus possible, selon eux, d’entretenir l’illusion puisque les générations changent mais que le problème a tendance à s’aggraver d’année en année.

            La vérité se situe sans doute à mi-chemin. Mais un phénomène risque de faire pencher la balance du côté des plus pessimistes, le ras-le-bol de plus en plus affiché des sponsors. On peut imaginer l’impact de ces affaires sur l’image de marque d’une entreprise. Voir le maillot de Saunier Duval encadré par une cohorte de gendarmes et le champion qui le porte menotté et tête basse, voilà qui ne doit pas spécialement réjouir l’état-major de la société. Le directeur France a d’ailleurs envisagé un retrait pur et simple à la suite de cette affaire. Chez Badelword, la décision est déjà officielle. La firme britannique n’a pas supporté de voir son nom éclaboussé par les écarts de conduite du dénommé Moises Duenas. Elle arrête les frais à la fin de la saison.

            D’autres avaient déjà programmé  leur sortie. C’est le cas de Cofidis et du Crédit Agricole pour ne citer qu’eux. Le coût astronomique de leur investissement en comparaison des effets négatifs qui émanent du peloton a douché leur enthousiasme initial. Quelle sera ensuite l’attitude d’autres sponsors, interdits au départ pour des faits de dopage avérés et privés ainsi de la plus grande scène médiatique au monde?  

            Le cyclisme risque à terme d’être asphyxié financièrement. La fuite des principaux supports va réduire l’offre et faire baisser les prix. De nombreux coureurs se retrouveront sans contrat. Juste retour de bâton après leur comportement irresponsable ? Sans doute. Mais à l’heure de payer l’addition, chaque acteur devrait faire son examen de conscience. A commencer par la presse, si prompte aujourd’hui à hurler avec les loups mais qui a trop longtemps fermé les yeux sur des pratiques qui remontent à la nuit des temps. Tous les observateurs savaient, nul n’a rien dit. La gangrène a gagné les courses amateurs et même les jeunes. En toute impunité.

            Les sportifs d’aujourd’hui ne sont que les héritiers d’un système organisé que l’on se transmettait d’un guidon à l’autre pendant que les différents accompagnateurs levaient les yeux au ciel pour ne surtout pas être les témoins directs de ces usages peu recommandables. « On ne savait pas ! » clament-ils aujourd’hui pour leur défense ! Belle hypocrisie. Il ne fallait surtout pas toucher à la légende des forçats de la route, à ces dieux des Alpes et des Pyrénées qui volaient au-dessus des cols pour faire rêver les foules. Aujourd’hui, tout le monde est retombé sur terre. Le cyclisme est même en train d’y mettre les deux genoux.

André Soleau

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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 11:21

P.P.D.A ! Quatre lettres qui claquent comme un label dans la mémoire collective depuis plus de vingt ans, inscrites dans l’agenda de huit millions de Français,  chaque soir sous le coup de 20 heures, exception faite du week-end. Un œil qui vous fixe avec une espèce d’impertinence amusée, un sourire parfois lourd de sous-entendus, le teint hâlé des grands séducteurs, le cheveu rare mais impeccablement rangé, la mise toujours élégante.

            Patrick Poivre d’Arvor représentait l’information télévisuelle à lui seul. Sa culture, son sens de l’analyse, la distance qu’il entretenait volontiers avec ses interlocuteurs, sur les plateaux s’entend,  l’imposaient comme celui qui savait anticiper, décoder, hiérarchiser l’actualité. De 1987 à 2008, sur TF1, il a résisté à toutes les modes et à tous les régimes grâce à une courbe d’audimat qui le rendait indéracinable.

            Rarement un journaliste d’un tel niveau aura pourtant vécu aussi longtemps entre ombres et lumières. Pointilleux dans ses interventions professionnelles, étrangement flou sitôt les projecteurs éteints, il prenait aussi quelque liberté avec la déontologie, comme s’il se plaçait d’autorité au-dessus des règles communes. Né à Reims, il revendique des origines bretonnes acquises par la grâce d’une… maison de vacances. Il ajoute une pincée d’aristocratie à son patronyme en y accolant la mention « d’Arvor », qu’il obtiendra officiellement après requêtes et interventions diverses, en 2004. Titulaire de la carte de presse, il est aussi militant giscardien et dès l’arrivée de son mentor à l’Elysée, il sera nommé chef de service de politique intérieure à Antenne 2.

            Il y a pire. En 1991, il réalise une interview truquée de Fidel Castro, une faute professionnelle qui aurait valu un carton rouge à n’importe quel autre confrère. Sans compter ses démêlés avec la justice suite à l’affaire Botton où son nom apparaîtra dans la liste des bénéficiaires des largesses du gendre de Michel Noir.

            Poivre d’Arvor a résisté à toutes les attaques et à tous les scandales jusqu’à cette année 2008 où il paraissait pourtant de plus en plus invulnérable. Certains y voient un coup politique et même une froide vengeance de Nicolas Sarkozy gratifié un jour de « petit garçon » par l’intéressé. C’est possible. Mais il y a surtout une certaine conception du journaliste-présentateur qui semble aujourd’hui sur la sellette et menacée de disparition. Celle héritée des Gicquel, Mourousi, Masure, Elkabbach, Pernaud …sortes de grands prêtres du petit écran qui réunissaient leurs fidèles pour délivrer la bonne parole, qui recevaient leurs invités sans que l’on sache distinguer la véritable star, qui étaient tout à la fois craints et courtisés.

            La multiplication des chaînes, l’arrivée d’Internet, l’avènement du téléspectateur acteur et de moins en moins passif, tout cela a sonné le glas de la personnalisation à outrance. La religion du zapping s’encombre difficilement de monstres sacrés. P.P.D.A, comme tous les mortels, a simplement pris un coup de vieux.

André Soleau

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 12:24

La libération d’Ingrid Bétancourt a captivé des millions de Français, scotchés devant leur écran de télévision ou l’oreille collée au transistor. Images irréelles de ce petit bout de femme sorti tout droit des ténèbres, après six années passées dans l’enfer de la jungle colombienne.

            Il faut imaginer ce qu’elle a vécu aux mains des Farc, à des années lumière des émotions médiatiques qui se propageaient sur notre territoire. Là-bas, enchaînée quotidiennement après plusieurs tentatives d’évasion, contrainte de se terrer pour échapper aux opérations de repérages de l’armée, humiliée afin d’annihiler sa résistance, torturée après chaque manquement aux règles instaurées par ses geôliers, elle a vécu avec la mort en guise de compagnon de route. Elle s’est accrochée à un cri, à une photo dans un magazine, à ses souvenirs, à ses combats pour la liberté, à un idéal, à sa foi, à sa famille. Elle n’a jamais renoncé.

            On guettait pourtant le pire lorsque la porte de l’avion s’est ouverte. La vidéo qui la montrait prostrée, amaigrie, indifférente au monde extérieur, nous revenait en mémoire. Stupeur ! On a découvert une femme au sourire magnifique, combative à souhait, à la voix forte et au regard droit. Sa conférence de presse improvisée, quelques heures à peine après la fin de son calvaire, fut un modèle de sincérité mais aussi de professionnalisme. Elle n’oublia personne dans ses remerciements : Ni le président Uribe, si décrié pour son apparente dureté dans la gestion de cette crise, ni l’armée colombienne tournée en dérision en regard du machiavélisme des Farc, ni Sarkozy, si proche ces derniers temps, ni Chirac qui s’est préoccupé de son sort à un moment où le sujet n’intéressait personne, ni Dominique de Villepin, l’ami fidèle. C’était un discours fort, qui sonnait comme un rendez-vous pour des échéances plus lointaines. En une soirée, Ingrid Bétancourt a repris toute sa place dans le paysage politique de son pays et plus encore sur l’échiquier international.

            Ce contraste saisissant entre l’image d’une femme détruite, véhiculée à dessein par ses ravisseurs pour peser sur les négociations, et la réalité d’une icône intacte, tout au moins en apparence, interpelle. Il souligne la fragilité du témoignage visuel à une époque où les nouvelles technologies permettent toutes les manipulations. Il rappelle aussi la difficulté à préserver la réalité des faits lorsque l’émotion submerge la collectivité. L’habileté de la mise en scène associée à l’instantanéité de la diffusion de l’information peuvent avoir des effets dévastateurs pour la crédibilité des relais traditionnels et donc, pour la démocratie.

            Que retenir encore de cet événement historique ? Qu’il sonne sans doute la fin du combat pour les Farc, mis à genoux par la ténacité d’une femme d’exception, eux qui voyaient en elle un moyen d’exister politiquement. Qu’il s’achève aussi sur un camouflet pour le président vénézuélien Hugo Chavez dont le rôle ambigu de médiateur créait un malaise persistant. Qu’il consacre à l’inverse la stratégie de fermeté du Colombien Uribe, longtemps accusé de cynisme et qui a donné le feu vert à une opération commando extraordinaire d’audace et de sang-froid.

            Reste Nicolas Sarkozy, longtemps convaincu de pouvoir rééditer le coup des infirmières bulgares et qui a perdu cette course de vitesse engagée avec l’autre patrie d’Ingrid Bétancourt. Il pourra toujours méditer sur l'expertise et le savoir-faire des militaires colombiens, lui qui connaît quelques soucis avec nos troupes, à la veille du 14 juillet.

 

            André Soleau

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 15:54

         L’équipe de France s’était installée de droit parmi les favorites de l’Euro 2008. Elle a été éliminée dès le premier tour après une prestation indigne du rang qu’elle revendiquait.

       C’est la fin d’une époque, celle des Thuram, Makelele, Viera, Coupet et Sagnol, derniers vestiges d’une période de bleu intense. C’est sans doute aussi la fin de l’ère Domenech  pour qui l’ultime pirouette a pris des allures de glissade grotesque. C’est surtout la fin d’un système de jeu inspiré par les techniciens fédéraux et magnifié par Aimé Jacquet à la fin des années 90, avec la réussite que l’on connaît.

       Ce système repose sur la circulation latérale du ballon avec pour point d’appui la base arrière. Une forme de banane qui se déplace tranquillement vers le camp adverse, de gauche à droite, en s’appuyant sur des rouages parfaitement huilés. Chacun est à sa place et récite sa partition avec le seul souci de se fondre dans le collectif. La perte de balle est proscrite, la prise de risque limitée et le jeu en profondeur inexistant.

            La méthode a reçu le label « made in France » en 1998 avec un titre de champion du monde et Jacquet est devenu un intouchable. Personne n’aurait osé avancer que cette France là avait été sacrée sans attaquant (Diomède et Guivarch sous le niveau international, Dugarry blessé, Henry et Trezeguet trop tendres) et que les buts avaient été marqués par des milieux de terrain ou des défenseurs. De même, inutile de rappeler que le parcours avait été laborieux avant le sacre et que seuls les coups de génie d’un Laurent Blanc, d’un Thuram et plus encore d’un Zidane en état de grâce avaient permis de sauver des situations quasi désespérées. Le pays tout entier s’était installé sur le toit du monde et la moindre critique était assimilée à une trahison. Pour l’avoir oublié, le journal l’Equipe fut longtemps mis à l’index.

            Domenech a bénéficié du syndrome Jacquet auprès des journalistes. Il a été protégé par l’ombre du commandeur et a pu développer ses conceptions, parfois ses inepties, en toute immunité. Hélas pour lui, il n’avait ni le charisme ni la chance insolente de son maître. Il n’avait surtout plus le joueur d’exception capable de tirer l’équipe vers le haut comme l’était Zidane. La vérité aurait  déjà pu éclater aux éliminatoires du dernier Mondial mais le numéro 10 revint aux affaires tel Zorro, pour une énième opération sauvetage. Mais en 2008, plus question de rappeler le retraité préféré des Français. Domenech n’avait plus qu’à avaler sa banane avec la pelure.

            Il aura beaucoup de mal à se relever de pareille claque. Les médias, longtemps muselés par la peur d’être à coté du sujet vont s’en donner à cœur joie. Pourquoi Viera a-t-il fait le voyage ? Pourquoi Thuram et ses rhumatismes ? Pourquoi placer Abidal en charnière centrale alors qu’il avait été défaillant à sa vraie place de latéral gauche ? Chacun va pouvoir écrire que les anciens ont fait le combat de trop.

            En réalité, c’est tout un schéma tactique qui a pris un terrible coup de vieux. Il suffit de mesurer la force de pénétration des Néerlandais, tous poussés vers le but adverse, pour s’en convaincre. Chez eux, la perte du ballon n’est pas une obsession. Ils courent deux fois plus vite pour le récupérer.

            Chez les Bleus, seul Ribery a semblé jouer sur le même registre. C’est curieusement le footballeur le plus audacieux, celui qui a échappé au moule Jacquet-Domenech. De grâce, préservons son indépendance.

            André Soleau                 

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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 14:52

Le film « Bienvenue chez les ch’tis » a souligné le fort sentiment d’appartenance à une région, selon les différents commentaires entendus ou lus ici et là. Son succès populaire illustrerait le besoin des Français de retrouver leurs racines, de se replonger dans les valeurs authentiques du terroir.

            Va pour cette vision idyllique des choses qui a l’immense mérite de distiller un brin de bon sens rural dans un quotidien plutôt déprimant, aujourd’hui. Mais ce n’est pas blasphémer que d’imaginer d’autres ressorts moins flatteurs à ce record d’affluence. Par exemple, la peur de tout individu d’être broyé par une énorme machine que l’on nomme mondialisation et qui nous vide chaque jour un peu plus de nos particularismes ancestraux. Ou encore le refus non exprimé de diluer nos cultures et nos savoir-faire dans un immense brassage des populations, favorisé par l’ouverture des frontières et par la facilité des déplacements. Pire peut-être, le retour aux individualismes sur une planète où il y a de moins en moins à partager.

            L’exemple des quatre milllions d’Irlandais, accrochés à leur bout de terre de 70.000 km² avec l’énergie féroce d’anciens combattants pour la liberté, permet précisément de porter  un autre regard, forcément un peu plus désenchanté, sur la face obscure de ce retour aux sources. Voilà des gens que l’on présentait comme de pauvres hères lorsqu’ils intégrèrent la communauté européenne et qui vécurent plusieurs décennies à grands coups de subventions et d’entraide. Il y a vingt ans, leur PIB se situait sous la barre des 70% de la moyenne des pays membres. Aujourd’hui, il flirte avec les 150%, juste derrière le leader luxembourgeois. C’est la plus belle progression de l’histoire de la bannière étoilée, la vitrine chère aux décideurs de Bruxelles.

            On pouvait donc attendre un plébiscite à l’heure du référendum qui devait consacrer le traité de Lisbonne réformant les institutions européennes. C’est l’inverse qui s’est produit. 53,4% des trois millions d’électeurs environ ont renvoyé nos grands stratèges à leurs chères études, suivant la voie tracée en 2005 par la France et les Pays-Bas. Pourquoi ont-ils dit non à la main qui les a nourris ? Plusieurs raisons sont avancées. Le fait  de passer d’état bénéficiaire, c'est-à-dire d’assisté, à celui de contributeur pour financer le développement des pays de l’Est aurait douché l’enthousiasme originel. L’arrivée massive d’étrangers et la remontée sensible du taux de chômage auraient joué le même rôle que la peur du plombier polonais chez nous. L’angoisse d’un alignement des politiques fiscales alors que l’Irlande est considérée comme un petit paradis en ce domaine peut être aussi mentionné comme un autre facteur de repli. Sans compter une foultitude de prétextes, parfois très éloignés des enjeux collectifs d’un tel vote.

            En fait, nos gouvernants, europhiles convaincus dans leur grande majorité, n’ont toujours pas compris que les peuples du 21e siècle étaient en quête d’âme et qu’ils ne se reconnaissaient pas dans ce labyrinthe complexe bâti par des cerveaux sous verre. Que derrière l’Europe économique, financière, politique, sécuritaire ou sanitaire censée réguler nos modes de vie, il y avait des hommes et des femmes avec leurs angoisses et leurs défauts, pas seulement des contribuables anonymes. Qu’au-delà des millions d’accords, protocoles, directives, conventions, règlements, résolutions inventés par ces esprits éclairés, se cachaient des poches de résistance au changement, au nom du droit de chacun à exister et à bénéficier d’une identité propre. Sans doute aussi au nom d’une volonté avouée de se montrer égoïste et amnésique.

            C’est le message passé par à peine 1.600.000 électeurs irlandais qui viennent de bloquer près de 500 millions d’européens.

André Soleau

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 12:58

            Les manifestations des routiers et des marins pêcheurs contre la hausse du prix des carburants ont quelque chose de pathétique tant le combat paraît inégal et incongru,  entre la froide réalité d’un système d’exploitation énergétique à bout de souffle et les cris désespérés de professionnels qui refusent l’inéluctable, synonyme d’une mort annoncée.

            Souvenons nous ! En 1973, le premier choc pétrolier avait provoqué la panique dans notre monde de consommation débridée. Bercés par le confort de ce qu’on allait appeler les trente glorieuses après coup, nous étions désemparés face au coup de force des pays arabes de l’OPEP imposant une augmentation de 70% du prix du baril de brut. Nous étions brutalement placés devant une évidence : le robinet de l’or noir risquait à terme de se fermer, au gré des tensions politiques ou par assèchement naturel puisque les réserves mondiales permettaient de satisfaire l’offre pour un délai estimé à trente années.

            En ce temps-là, la France n’avait pas de pétrole mais, paraît-il, des idées. C’est vrai que le vaste projet de développement électronucléaire, initié par Pompidou, associé à des mesures d’économie d’énergie, permit de réduire sensiblement la facture de nos importations en même temps que notre dépendance. Mais cette première déflagration exigeait beaucoup plus. Elle imposait de revoir totalement les fondamentaux d’une société dont l’équilibre repose essentiellement sur la croissance et le développement donc sur la capacité de chacun à consommer. Quel est l’homme politique qui se risquera non pas à dire mais à faire pour que nous changions nos habitudes de vie en nous serrant la ceinture et en entamant une cure drastique d’amaigrissement ? Il suffit de mesurer le chemin parcouru depuis trente cinq ans pour connaître la réponse.

            Le roi Faycal d’Arabie Saoudite, artisan du bras de fer entre les états producteurs et les pays importateurs de pétrole, est mort assassiné en 1975. Son embargo destiné à peser politiquement, en particulier sur la politique des Etats-Unis à l’égard d’Israël, a échoué. La machine s’est remise à tourner à plein régime, à peine freinée par le deuxième choc de 1979. Les nouvelles technologies ont permis d’exploiter d’autres réserves, à l’époque inaccessibles, et nous sommes repartis pour trente nouvelles années, en espérant qu’un nouveau miracle se produise pour les générations futures.

            Les promesses et les bonnes résolutions ont subi à peu près le même sort que le malheureux Faycal. Aujourd’hui, il n’est pas rare de posséder deux voire trois voitures par foyer. Le prix de l’essence à la pompe devient hallucinant mais le 4x4 est devenu le symbole  du modernisme pétaradant. Le week-end en avion a remplacé la balade à vélo dans la campagne environnante. Le transport routier reste dépendant à 97 % des carburants pétroliers. L’agriculture qui a peu à peu éliminé les petites exploitations s’est mécanisée de manière vertigineuse ces dernières années. Les marins pêcheurs ont oublié d’investir et leurs moteurs sont des gouffres totalement dépassés. Les pays émergents, loin de tirer les leçons de notre gabegie, veulent nous imiter et les demandes de la Chine et de l’Inde, par exemple, affolent les compteurs.

            Tout se passe comme si le monde était lancé dans une course contre la montre pour vider les coffres avant le grand cataclysme. Le manque de pétrole, c’est un peu comme une crise de l’oxygène qui viendrait à frapper notre planète. Comme on ne peut s’empêcher de respirer, on avale notre bol d’air à pleins poumons, en essayant au passage de dérober celui du voisin.

            L’armée des consommateurs du monde continue ainsi à revendiquer sa part du gâteau. Pêcheurs et routiers en tête, on menace de tout casser. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à casser.

            André Soleau

           

           

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 09:22

La France de Paris a découvert soudainement la force du régionalisme. Le film de Dany Boon « Bienvenue chez les Ch’tis » a créé une véritable onde de choc à travers tout le pays qui a changé le regard des journalistes, des hommes de marketing et de tout ce que l’on compte d’affairistes et d’opportunistes. Hier, on donnait dans la misère sociale noyée dans l’alcool et l’illettrisme. On se bouchait le nez et les oreilles avant de visiter Lille. Aujourd’hui, on se parfume au Maroilles et on  pisse dans le canal en chantant des paillardes. On va à Bergues comme on emmène les enfants au zoo : « Regardez les bons boubourses comme ils sont sympathiques. On les croyait arriérés, hein ? Et bien non ! Ils sont gentils et accueillants.» Le reste suit : les produits du terroir, les tee-shirts à deux balles, les blagues à six sous et surtout l’accent de ch’Nord qui se vend avec le journal, avec le café crème, avec le plat du jour, avec la carte postale, avec le TGV et avec le cornet de frites. Les marchands du temple ont investi les terrils. Il y en bien un qui aura l’idée d’y installer la statue de Dany, tout là-haut. Entrée payante, bien entendu.

            Trop c’est trop, comme l’écrivait un hebdomadaire cette semaine.  A force de creuser pour exploiter le filon, on court le risque de retomber dans les travers justement dénoncés par le scénario. L’émission vendredi soir sur TF1, consacrée à un match de pacotille Nord-Sud, a été, à ce sujet, un monument de bêtise et de vulgarité. La pauvre Louisette, devenue la Miss fricadelle des plateaux télé, qui mâchouillait des mots imprononçables censés illustrer le patois de chez nous, Pernaud et Foucault embarqués dans cette galère de manière incompréhensible, Dechavanne fidèle à lui-même c'est-à-dire sous la ceinture, le tout au rythme des fanfares et des majorettes…On avait rarement fait pire, même lorsque les disciples de Zola rivalisaient de superlatifs pour peindre nos horizons brouillés.

            L’enfant d’Armentières ne méritait pas cela, lui qui a su séduire par la simplicité de la mise en scène et la sincérité du jeu des acteurs. Nous étions alors à des kilomètres de la caricature, tout au moins dans son esprit. Dechavanne nous y a de nouveau plongés sans ménagement.

            Moralité, il est désormais temps de refermer le livre d’or et de passer à autre chose. La fête a été belle, rideau ! On sait que les aventures de Kad Mérad et de ses complices ont été une bénédiction pour les courbes de ventes et pour les audimats. En période de vaches maigres, tout est bon à prendre. Mais, de grâce, laissons la « récupération » aux politiques et ne vendons pas notre âme pour quelques poignées d’euros de plus.

            De toute manière, il y aura une suite. Même Dany Boon ne pourrait l’empêcher. Il n’est plus maître de son histoire.

            André Soleau

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 08:58

Hilary Clinton a commis ce que l’on nomme en politique, une énorme bourde. Interrogée par des journalistes sur le sens de la poursuite de sa campagne face à Obama, alors qu’elle n’a plus aucune chance réelle de refaire son retard dans la course à l’investiture démocrate, elle a rappelé avec une maladresse incroyable que Robert Kennedy avait été assassiné il y a quarante ans, le 5 juin, alors que tout le monde le voyait déjà à la Maison Blanche. Autrement dit,  on ne sait jamais ce qui peut arriver et mieux vaut se tenir prête à toutes les éventualités.

            Cette référence à un événement qui a traumatisé les Américains, à un moment où l’on vient d’apprendre que le patriarche de la famille Kennedy, Edward, souffre d’une tumeur gravissime au cerveau, est tout bonnement ahurissante. D’autant qu’Obama est lui-même la cible de menaces de mort et qu’il fait l’objet d’une protection rapprochée. Un appel au meurtre aurait été à peine plus désastreux.

            Comment une femme dont on se plaît à louer le pragmatisme et l’intelligence a-t-elle pu commettre un tel faux-pas ? Certes, cette bataille des primaires a été longue et nerveusement exigeante. Mais l’armée de conseillers qui entoure la candidate, la présence de son mari Bill, lui-même habitué aux joutes les plus féroces depuis l’affaire Lewinski, auraient dû prévenir un tel dérapage.

            Le problème est que les personnalités politiques de premier plan sont devenues, au fil des années, de véritables machines à vendre du papier et à booster l’audimat. Epiées par les caméras, traquées par les zooms, harcelées par les micros, leur moindre geste est saisi au vol, leur moindre petite phrase est emprisonnée et restituée dans chaque foyer, à l’heure du journal. L’important n’est plus ce qu’elles disent mais la manière dont elles le mettent en scène. Leur intimité a volé en éclat avec l’apparition des nouvelles formes de communication, sans d’ailleurs qu’elles s’en formalisent outre mesure. Elles peuvent jouer les animateurs d’émission de télévision populaire, à l’exemple de Besancenot chez Drucker. Elles sortent parfois à peine couvertes comme Sarkozy en tenue de jogger, Borloo en slip de bain ou même Carla Bruni qui fait la une des magazines dans le plus simple appareil.

            Cette proximité a des effets pervers. Elle crée une complicité entre le chasseur de scoops et sa proie, une complicité qui endort les défenses naturelles de celle-ci. Le piège est tendu et la répétition des interviews finit par l’actionner, tout autant que le besoin médiatique de rechercher la formule qui fait mouche. Dans le meilleur des cas, cela donne la bravitude de Ségolène Royal ou encore ce monument du Premier ministre belge Yves Leterme qui confond la Marseillaise et la Brabançonne. Parfois, ça va plus loin comme le « casse-toi pauv’con ! » de Sarkozy ou le « salope » de Devedjian, captés par des oreilles indiscrètes. Et puis, il y a les « hors catégories », ces maladresses  dont  on se remet difficilement et qui vous collent à la peau pour l’éternité. Eltsine et ses sorties « alcoolisées », Gérald Ford et ses chutes à répétition font partie du Panthéon des gaffeurs.

            Hilary Clinton les a peut-être déjà rejoints. Quant à Bill, son mari, il n’a décidément pas de chance avec les femmes de son entourage à qui l’on conseillera de garder, en toutes circonstances, la bouche fermée.

            André Soleau

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 11:08

Le rideau est tombé sur le championnat de France de football professionnel en même temps que le couperet sur la tête des joueurs lensois : l’équipe des Sang et Or est officiellement reléguée en Ligue 2. Un immense gâchis pour un club qui affichait des ambitions européennes et qui s’était doté de moyens suffisants pour les atteindre.

            L’heure est aux analyses et tout ce que la France compte de spécialistes du ballon rond, qu’ils viennent de la presse, des vestiaires ou du comptoir,  va se pencher sur ce grand corps malade pour tenter de comprendre. Les plus indulgents évoqueront l’incroyable série noire d’une saison cauchemardesque : les problèmes de santé à répétition du président Gervais Martel qui l’ont empêché de tenir les rênes et de remettre de l’ordre dans la maison lorsque l’incendie couvait ; la mauvaise dernière sortie de Guy Roux, rattrapé par son âge et qui annule son contrat d’entraîneur au bout de cinq journées de championnat ; les départs précipités de Pieroni, Akale, Aubey, Kalou qui n’ont guère goûté l’air du pays chti ; les blessures des joueurs cadres à des moments clé. Les plus sévères, eux, ne retiendront que les erreurs de casting avec un duo Papin-Leclercq discordant pour sauver les meubles après le naufrage du soi-disant faiseur de miracles bourguignon. Au passage, ils montreront du doigt le centre d’entraînement et de formation de la Gaillette, l’un des plus modernes de France, qui ne sort plus aucun jeune depuis quelques années.

            Chacun a des arguments à faire valoir. Mais il nous semble que les principaux responsables sont, jusqu’à preuve du contraire, les joueurs. Ces artistes qui négocient désormais leur contrat avec une armée d’avocats et d’agents, qui roulent dans des décapotables dignes du prochain James Bond et dont les rémunérations font pâlir d’envie les patrons les plus représentatifs du Medef.

            Ceux-là ont failli. Ils n’ont pas été à la hauteur de la foi des supporters lensois, ces smicards qui donnent tout ce qu’ils ont, argent et amour, chaque année, pour faire vibrer le stade Bollaert. Ils n’ont pas été à la hauteur du  dévouement de leur patron, Gervais Martel, homme de convictions, de sincérité, et d’honneur qui les a protégés et continue, aujourd’hui, à endosser leurs erreurs. Ils n’ont pas été à la hauteur du passé et des légendes de ce club né dans la douleur, qui a grandi dans l’effort et s’est imposé par les vertus cultivées à l’ombre des terrils, le travail et la solidarité. Ceux-là n’ont pas honoré leur signature. Au moment où les tribunes priaient pour conjurer le sort, ils avaient déjà l’esprit en Angleterre, à Nantes ou ailleurs. La Ligue 2, non merci ! Eux partent en vacances l’esprit libre et un nouveau passeport dans la poche.

            Guy Roux n’était pas physiquement dépassé. Son expérience est trop riche de combats gagnés ou perdus pour qu’il ignore ses propres limites. Ce qu’il n’a pas compris, c’est le changement éclair et radical d’un monde du football où l’on fabrique des stars à coups de carnets de chèques, sans prendre la peine d’emprunter les chemins de l’apprentissage et de la lente maturité. Lui qui dénichait les jeunes pousses à Auxerre, les faisait grandir à grands coups de pompe dans le c… et les lâchait quand ils devenaient trop gourmands, s’est retrouvé au milieu d’une bande de gamins millionnaires et blasés, indisciplinés et égocentriques. Il ne pouvait les rendre performants malgré eux. Il s’est enfui. Peut-on lui en vouloir ?

            Les salariés et les supporters du club vont payer les pots cassés de cette démission collective. Les premiers nommés vont vivre dans l’angoisse du licenciement et de la réduction budgétaire. Les pertes financières sont énormes (droits télé, merchandising, partenariats, recettes guichets…) et certains investissements programmés devront être mis entre parenthèses. Les seconds vont vivre leur passion dans les joutes anonymes, à Brest, Dijon, ou Châteauroux. On a beau être le meilleur public de France, les affiches n’ont pas la saveur de Lyon, Marseille ou Bordeaux. Et si, par malheur, les résultats ne sont pas tout de suite au rendez-vous, le divorce peut être brutalement consommé. On a vu, samedi soir, que la tension et la colère pouvaient aussi se répandre dans les tribunes, y compris à Bollaert.

            Le football à Lens représente plus qu’un sport, c’est une culture, un art de vivre, une forme d’espérance. Et cette saison a été vécue comme une trahison.

André Soleau

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 11:36

 

Les Français adorent les commémorations. Chaque date anniversaire donne prétexte à un coup d’œil dans le rétroviseur, avec souffle de nostalgie garanti, un peu comme si l’on ressentait le besoin impérieux de regarder derrière soi avant de s’engager vers des horizons plus incertains.

 

             Cette fois, on fête les quarante ans de mai 68. Impression bizarre, pour les anciens rebelles que nous pensions être sur le moment, de nous retrouver ainsi projetés de l’autre côté de la barrière, parmi ceux qui savent, parmi ces anciens combattants qui ont vécu les « événements ». Impression bizarre aussi de tomber dans le piège de la célébration alors que nous rêvions d’un monde dépouillé de son carcan de conventions.

            Tenter d’expliquer mai 68, c’est chercher à donner une cohérence à un mouvement irrationnel, à codifier la spontanéité et l’effervescence, à standardiser l’hétéroclisme. Qu’y avait-t-il de commun entre les étudiants de Nanterre ou de la Sorbonne, déterminés à s’extirper coûte que coûte des trente glorieuses étouffantes, et les ouvriers qui se préoccupaient avant tout d’améliorer l’ordinaire ? Comment comparer la situation au quartier latin, à Paris, où l’on voulait casser du flic du haut des barricades et celle de la Province où les pavés servaient surtout à magnifier Paris-Roubaix ? Comment décortiquer jour par jour ce mois de folie, à grands coups d’analyses, alors que les responsables politiques de l’époque, à commencer par les cadres du parti communiste, passèrent totalement à côté du sujet ?  Comment  rapprocher cette étrange  quête d’absolu d’une jeunesse désabusée des combats pour la liberté qui éclatèrent à Varsovie, à Prague ou à Mexico ?

            Il n’est pas sûr que les leaders de l’époque, Sauvageot, Geismar et un certain Cohn-Bendit, aient eux-mêmes mesuré la puissance de ce tsunami qui fit vaciller le pouvoir et l’ensemble de la société sur ses bases. Eux qui n’étaient guère plus d’une centaine au départ pour occuper leur fac n’imaginaient pas être portés par huit à neuf millions de grévistes quelques semaines plus tard.

            Ils ont craqué une allumette. Restait à mettre en place l’immense mèche qui allait relier toutes les catégories sociales, les petits intérêts et les grandes illusions, les idéologies extrêmes et les fonctionnaires rangés, et embraser le tout dans un gigantesque feu de camp où l’on brûla la France du général de Gaulle, celle de l’uniforme chargé de médailles, celle des parents et de leurs privations de guerre, celle des dix commandements et du patronage, celle des verbes obéir et respecter, celle des vieux taiseux et des jeunes ignorants,  celle du chef, celle de la morale, celle des habits du dimanche, celle de la pudibonderie.

            Il paraît évident aujourd’hui que cet affrontement était inévitable. L’autre France, grisée par la vague yé-yé et aux cheveux longs délibérément provocants, recherchait un supplément d’âme que la société de l’époque était incapable de lui offrir. Le poids de la famille, de l’école, de la religion, de l’entreprise était trop lourd pour autoriser l’émergence d’un autre monde.

            Qu’en est-il quarante ans plus tard ? La femme a trouvé sa vraie place et nous avons essayé de ne pas trop ressembler à ceux qui nous ont précédés.

André Soleau

           

             

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Le tamis (2)

 

Dimanche 7 mai 2017, 20h - Tout le monde saura déjà à cette heure-là qui est élu. Les sorties des urnes et les réseaux sociaux auront lâché le nom du gagnant. Mais le rite sera maintenu : c'est à 20h, que le visage du vainqueur apparaitra sur les écrans de télévision. Qui sera-t-il ? Bien malin qui peut le dire aujourd'hui. On ne peut formuler qu'un espoir. Qu'il soit à même de répondre aux besoins de la France. Qu'il lui trace un chemin dans le lacis inextricable du XXI° siècle.

 

Car telles sont les données. Il y a plus de quinze ans que nous avons passé la barre de l'an 2000. Dans cinq ans, dans dix ans, la génération qui va prendre les manettes n'aura plus rien à voir avec celles qui ont traversé les horreurs et le génie du siècle que nous venons de quitter. Dans quel environnement allons-nous évoluer ? Quelles menaces allons-nous devoir affronter ? Quelles opportunités vont se présenter ? Quelles faiblesses allons-nous devoir compenser, et sur quels potentiels pourrons-nous compter ? La liste peut être fastidieuse à dresser. Elle peut être aussi enthousiasmante. C'est à ce travail sur nous-mêmes que nous sommes appelés, pour préparer l'élection présidentielle.

 

Dans ce contexte, au-delà des besoins immédiats de chaque communauté, de chaque corporation, sinon de chaque foyer et des "vrais gens" qu'on va nous amener les plateaux de télévision, à quoi devons penser en abordant les mois de cet automne-hiver 2016 - 2017 ? Les questions sont vastes. Les réponses, jusqu'à présent, sont étriquées. On peut les énumérer comme suit :

 

1.       Le changement climatique est inéluctable. Il va provoquer d'énormes tensions internationales.

2.       La France, à elle seule, 66 millions d'individus, ne pourra pas affronter les enjeux de la planète. La mondialisation est numérique, économique, scientifique, démographique et culturelle. Dans moins de vingt ans, les continents auront pris définitivement le pas sur les nations.

3.       Les incertitudes de la période génèrent des croyances, dont les religions s'emparent. Nous vivons un nouveau Moyen-Âge. Le XXI° siècle sera un siècle des lumières, ou il ne sera pas.

4.       Les progrès dans le domaine de l'espace, de la santé, des transports, de l'énergie et de la communication vont nous amener à repenser complètement notre mode de vie.

 

Dans ces conditions, il nous faut à la présidence de la France - une fonction bien moins importante qu'on ne le croit - un meneur d'hommes, doublé d'un chef de guerre, d'une nature froide et raisonnée, capable de trancher et de résister aux pressions de tous bords, économiste de haut-vol, négociateur hors pair, parlant anglais et deux ou trois autres langues, déterminé à faire de la France le moteur des institutions européennes et internationales, nourri suffisamment au lait de l'histoire de France pour aborder avec sang-froid et intérêt la multiplicité des cultures de la planète. En clair, un visionnaire qui nous amène là où ne voulons pas aller. Un mouton à cinq pattes. Le Charles De Gaulle du XXI° siècle !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Si j'étais

aux affaires

 

 Si  j'étais aux affaires, devant cette série d'attentats de masse, passées la stupeur et l'émotion, je sais bien ce que je ferais. Loin de moi l'idée d'évoluer sous les ors de la République. Elu local, adjoint ou simple conseiller, je m'arrangerais pour créer un "comité de lutte contre le terrorisme" dans ma commune ou mon quartier.

 

Je prendrais mon bâton de pèlerin pour rassembler une dizaine d'acteurs influents. Economiques, sociaux, religieux ou culturels, sans oublier la police ou la gendarmerie, les directeurs d'école, les représentants de la justice, les médecins et les infirmières. Je donnerais à ce comité deux objectifs. 1 - Prévenir toute émergence de terrorisme sur mon territoire.  2 - Réagir avec sang-froid à tout acte de terrorisme.

 

Dans le premier cas, il s'agirait de procéder à une analyse approfondie de la population. Famille par famille, maison par maison, appartement par appartement. De repérer les individus les plus fragiles, hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes, délinquants avérés ou pas, susceptibles de basculer dans la déshérence ou la violence. Et d'imaginer des solutions d'accompagnement, d'éducation ou de rééducation, d'implication ou de réinsertion dans la communauté. Il s'agirait aussi de mener campagne de la façon la plus appropriée (réunions, tracts, mails, messages) sur les risques de "radicalisation", laïque ou religieuse, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la vie réelle. J'organiserais ce travail de façon rigoureuse, à la façon d'un manager : objectifs, méthode, moyens, délais et contrôle, pour être sûr de cerner le sujet, d'avoir des résultats et de tuer dans l'oeuf la moindre velléité de terrorisme.

 

Dans le deuxième cas, il s'agirait d'éduquer les parents, les jeunes, les enfants, les personnes âgées et les personnes seules, à réagir convenablement dans le cas d'une attaque terroriste. Numéros d'urgence, premiers gestes à accomplir pour protéger la population, gestes de base de secourisme. Cet apprentissage aurait le mérite de sensibiliser mes administrés au risque réel du terrorisme, et de les amener à agir en personnes responsables. Avant de revenir à l'étape précédente, et de les impliquer dans la prévention du terrorisme.

 

Une fois ce travail enclenché, je reprendrais mon bâton de pèlerin pour aller dire ce que je fais au président de mon intercommunalité, de mon département, de ma région et jusque de l'autre côté de la frontière, en Flandres et en Wallonie. Pour faire des émules. Et entraîner des dizaines d'autres territoires dans la même démarche.

 

Nous le savons maintenant. La répression nationale, l'état d'urgence, la présence quasi permanente des forces de l'ordre et de l'armée à nos côtés dans les lieux publics, ne nous protègeront pas du prochain attentat. Faire preuve de résilience ne suffit pas non plus. C'est à nous de repérer et de stopper dans ses intentions, là où nous sommes, dans l'immeuble cossu de Marcq-en-Baroeul ou dans la barre de banlieue la plus explosive de Lille-Sud, le prochain kamikaze qui fera un carnage. là où  personne ne l'attendra.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Intérêt général

 

Populismes d'un côté, nationalismes et communautarismes de l'autre, couplés aux conséquences souvent tragiques des guerres économiques, à l'injustice sociale et aux prémices d'un vaste conflit de générations en France et en Europe, nous traversons une période de plus en plus trouble où la peur de l'avenir nous entraîne, tous autant que nous sommes, riches et bien nés comme démunis et sortis de nulle part, à préserver avant tout ce que nous sommes et ce que nous possédons. Un "pré carré", dont nous ne voulons surtout pas sortir, et qui ne supporte plus la moindre intrusion étrangère.

 

Nous le constatons tous les jours. Dans l'intimité de la famille, dans les copropriétés, les communes rurales ou urbaines, au niveau d'une métropole, d'un département ou d'une région, et même plus haut, dans le cadre des nations et des continents. Il n'y a pas une strate de notre société : professionnelle, politique, sociale, culturelle ou religieuse, qui ne subisse l'effet dévastateur de cette attitude qui privilégie l'intérêt particulier au détriment de l'intérêt général.

 

Le fameux "Brexit" qui secoue l'Europe cette semaine n'en est qu'un épiphénomène. La conception anglo-saxonne de l'intérêt général, il faut bien le comprendre, n'a rien à voir avec la conception française (*). Aux US, en Angleterre et en Allemagne, l'intérêt général est formé de l'ensemble des intérêts particuliers. On fait ici référence à la pensée d'Adam Smith (1723-1790), philosophe-économiste écossais, qui évoquait les échanges économiques et le bien de l'ensemble de la société dans les termes suivants : "Nous ne nous adressons pas à l'humanité [de nos concitoyens], disait-il, mais à leur égoïsme, et ce n'est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leur avantage". Les groupes d'intérêt, les "lobbies", occupent une place centrale dans la société et la vie publique anglo-saxonnes.

 

Nous ne pensons pas de la même façon en France. Même si l'influence anglo-saxonne se fait de plus en plus pressante. L'intérêt général ne résulte pas officiellement chez nous de la somme des intérêts particuliers. Nous faisons référence aux écrits de Jean-Jacques Rousseau dans "Le contrat social", et aux textes issus de la Révolution Française, qui soulignent la "volonté générale" pensée, discutée et rédigée dans "la loi" (Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, 26 août 1789). Il en résulte que le bien commun est différent des intérêts particuliers, qu'il les dépasse et qu'il les transcende, avec le soutien de la collectivité.

 

Un Jean Monnet (1888-1979), père oublié d'une Europe en voie de décomposition (**), acteur tout au long de sa vie d'une "tâche pédagogique inlassablement répétitive", allait le soulignant dans toutes ses interventions : "nous sommes là pour accomplir une oeuvre commune, disait-il, non pour négocier des avantages, mais pour rechercher notre avantage dans l'avantage commun." Il suffit de monter la rue Soufflot, et de tendre l'oreille à la porte du Panthéon : on l'entend clamer son désarroi du fond de son urne !

 

Etienne Desfontaines

 

* www.vie-publique.fr "Découverte des institutions, l'intérêt général et les intérêts particuliers" 2006

** "Mémoires" Jean Monnet (Fayard 1988)

 

 

Dislocation

 

Les surréalistes avaient ce don, comme les caléidoscopes, de disloquer les images et leur représentation du monde. Nous sommes en juin 2016, en France et en Europe. Et le regard que nous portons sur "Le monde comme il va", pour reprendre l'enseigne du blog de notre hôte, hésite entre les uns et les autres. André Breton, René Magritte, Salvador Dali et Jacques Prévert ne seraient sûrement pas désorientés par ce qui nous arrive. Et les créations déstructurées de l'art contemporain reflètent bien les analyses des observateurs avertis de notre société.

 

Politique, économique, sociale, religieuse et culturelle : nous vivons une période qui ne ressemble plus à rien de ce que nous avons connu dans la seconde moitié du XX° siècle. D'un bout à l'autre de l'Europe, les droites et gauches républicaines, les partis dits de gouvernement, sont battus en brèche par les extrémistes de tous bords. L'économie verticale, qui intègre la matière première, la production de biens et la distribution à la façon d'Henry Ford, s'efface au profit d'une économie horizontale, soucieuse de l'environnement et du partage des biens. Chacun voit midi à sa porte : le chapelet de revendications en France le démontre, et nous n'hésitons pas à le faire savoir au monde entier à l'occasion de l'Euro 2016. Les exacerbations et les ambitions religieuses sont évidentes : musulmanes, mais aussi chrétiennes, juives et bouddhistes. L'affrontement des cultures est une réalité quotidienne, par le biais des migrations et des murs qu'on érige en Europe, en Méditerranée, entre les deux Amériques, et sur bien d'autres lignes de fractures dans le monde.

 

Mais il est un fait, auquel nous allons bien devoir nous plier : nous n'avons qu'une planète. Les astronautes la décrivent avec amour. Elle est une, elle est indivisible. Elle est unique dans l'univers. Nous en faisons le tour à volonté. Nous l'avons bardée de satellites qui l'explorent sur sa surface et jusqu'au plus profond de ses entrailles. Nous devons aujourd'hui en prendre la mesure. Russes, Chinois, Américains, Africains, Hindous et Européens, nous faisons l'expérience d'un moment totalement inédit. Nous n'avons plus le choix. Notre survie dépend de notre capacité à sacrifier nos intérêts particuliers, nationaux et continentaux, à l'intérêt général de la planète.

 

A l'heure où nous ouvrons en France la page sportive de l'Euro 2016, à l'heure aussi où les anglais - qui seront en masse le jeudi 16 juin à Lens (Angleterre / Pays de Galles) - s'apprêtent à lancer à l'Europe un nouveau "Je t'aime... Moi non plus" dont ils ont le secret, je rêve qu'au moins une fois, rien qu'une fois, une fois seulement, au lieu des dizaines d'hymnes nationaux que nous allons subir en début et en fin de match, au lieu aussi de la musique incongrue de David Guetta (This one's for you) qui sert d'emblème sonore à l'UEFA, sans parler de l'hymne de l'ONU que personne ne connait, on fasse résonner l'hymne européen, "L'Hymne à la joie",  dans un stade ou une "fan-zone" !

 

Etienne  Desfontaines

 

 

Douce France

 

Mai en Nord Pas-de-Calais. Week-end de l'Ascension, week-end de Pentecôte et week-ends sans fêtes : les plages de la Côte d'Opale sont prises d'assaut. Le spectacle est magnifique. La mer est calme, les falaises du Kent à portée de main. Les enfants et Christopher Nolan déploient leurs rêves dans le sable. Grand-Place à Lille : les conversations couvrent le ronronnement des voitures, un saltimbanque assure le spectacle, on entre, on sort du Furet, les bières arborent un joli col blanc sous les parasols. Pas besoin d'aller chercher loin pour prendre le pouls du pays : il en est de même à Marseille, à Bordeaux, à Lyon et à Strasbourg. La France est en paix. Elle jouit d'un moment incomparable. Foi de migrant, c'est un bonheur unique au monde !

 

Tout le mois de mai, en avons-nous bien conscience, nous n'avons cessé de nous tourmenter, de vibrer comme des abeilles dans un verre. Loi El Khomri, CGT/FO contre gouvernement, grèves et manifestations, heurts et malheurs entre casseurs et CRS, chasse aux stations-services... Nous avons mille et une opportunités de nous réformer, de changer notre façon de vivre. Nous avons la richesse nécessaire pour transformer notre société, y injecter de l'éducation, de l'intelligence, de l'ambition et un réel enthousiasme. Et tout ce que nous trouvons de mieux à faire, c'est de nous disputer sur des avantages acquis, de fustiger - non sans raison - la rémunération insolente d'un Carlos Ghosne, et de juger les forces de l'ordre sur leur comportement face aux rangs de la CGT, alors que ce sont les mêmes qui affrontent les Calibaly, les Abdeslam et les Abaoud qui ont abattu une centaine de nos  compatriotes en novembre dernier....

 

Réveillons-nous ! 1870, 1914, 1940... Le déploiement de la production de "Dunkirk" sur la plage de Malo-les-bains devrait nous rappeler un fait essentiel de notre existence dans le Nord Pas-de-Calais : il y a plus de 70 ans que nous n'avons pas eu de guerre sur notre territoire. Des attentats, certes. Mais pas de bombardement, pas d'invasion de colonnes ennemies, pas de blindés ni de mines, pas non plus de déplacements massifs de populations. Et posons-nous cette question, en regardant nos petits-enfants dans les yeux  : "qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas eu de guerre sur notre territoire, entre Lille, Dunkerque, Arras et Maubeuge, depuis plus de 70 ans ?"  Et la suivante : "Qu'est-ce qui fait qu'il n'y aura pas de guerre, toujours chez nous, sur la côte d'Opale et le long de la  frontière belge, d'ici dix ans ?"  De notre réponse dépendra l'avenir. De notre individualisme, sinon de notre égoïsme, surgira l'horreur. De notre capacité à prendre en compte un intérêt général qui nous mobilise et nous dépasse, surgiront 70 autres années de paix !

 

Etienne Desfontaines

 

 Mobilité,

flexibilité,

précarité (2)

 

Myriam El Khomri l'avait dit en février* : elle n'excluait pas de recourir à la procédure du 49-3. C'est ce qui est arrivé. Mais l'affaire n'est pas conclue pour autant. Manifestations et violences sporadiques à l'appui, l'opinion publique clame son rejet. Et le dossier fait la navette entre le sénat et l'assemblée. Retour programmé du 49-3 au Palais Bourbon avant l'été ! Nous n'en avons pas fini avec ce dossier. Et nous n'y arriverons pas, sans prendre la mesure réelle de ce qu'il contient.

 

Mobilité, flexibilité, précarité... Le gouvernement prend le sujet dans le cadre de ce que nous avons vécu au XX° siècle. La seconde révolution industrielle, la construction d'empires économiques nationaux et internationaux, la lutte sociale et syndicale, l'acquisition par la force d'un meilleur niveau de vie - 35 heures et retraite à 60 ans - pour les employés, les cadres et les ouvriers. Notre vie économique évolue dans une structure verticale : Europe, état, patrons, branches et syndicats, cadres et ouvriers qualifiés, salariés de base et manutentionnaires. Mais au-delà du noyau central de la Loi El Khomri : la primauté de l'accord d'entreprise sur la volonté du législateur et les accords de branche, c'est la totalité de ce cadre de vie au travail qui est en train de voler en éclat !

 

Il faut bien s'en rendre compte. Les forces économiques sont aujourd'hui "horizontales". Le binôme production-consommation, le modèle Ford dans toute sa splendeur : production en ligne pour une consommation de masse, ne fait plus sens. Les générations montantes le rejettent. D'autant que le monde de la finance s'en est emparé. Et que plus personne, surtout pas le politique, ne maitrise le dossier. Le modèle recherché aujourd'hui est transversal. On s'enthousiasme pour l'économie coopérative, le co-working, l'économie circulaire, le "peer-to-peer", en français : la relation de personne à personne, dont les gourous, Joël de Rosnay et Jeremy Rifkin, font florès sur les étals des librairies et dans les conférences internationales. Toutes ces notions, qui vont jusqu'à préconiser une décroissance mondiale, sont encore en désordre dans la tête de nos concitoyens. Mais c'est bien de cela dont il s'agit. Et pour vivre de cette façon, on ne peut pas être volontairement plus mobile, plus flexible, et plus précaire aussi, dans la mesure où toute activité économique est alors soumise à une remise en cause permanente de ses acteurs !

 

Tel est l'enjeu de notre univers. Business, croissance et sécurité, contre partage et qualité de vie dans la décroissance. C'est un enjeu phénoménal. Dont le 49-3 de Manuel Valls n'est qu'un symptôme. Une vague qui s'écrase sur le littoral d'un océan de révolutions, un tsunami dont nous n'imaginons ni la puissance ni le premier endroit de la planète où il va tout bouleverser.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Le Monde, 18/02/2016

L'orientation

en cette fin d'études.

Mon fils sera plombier. Car je vois trop souvent
Des parents obstinés à poursuivre du vent,
Pousser leurs rejetons avec sollicitude ,
Et des adolescents qui détestent l'étude ,
Les lettres et les maths, enfin tout sauf le sport ,
Réclamer le bachot ou la mort .
Un tel acharnement recevra son salaire :
Ils auront donc leur bac. Que pourront-ils en faire ?
L'un, sans trop de succès, cherchera du travail ,
Un autre le fuira comme un épouvantail ,
Et le meilleur chercheur se trouvera tout bête
Pour n'avoir pas suivi le conseil du poète :
" Soyez plutôt maçon pour gagner de l'argent ,
Que professeur sans poste ou docteur indigent "
Si nous observons l'offre ainsi que la demande ,
Faisons dès maintenant une ample propagande
Pour faire abandonner nos tristes manuels
Et remettre à l'honneur les métiers manuels .
Que leur reproche-t'on ? Ces métiers si rentables
Ne sont pas, après tout, les plus désagréables ;
Il vaut mieux travailler sur des éviers bouchés
Que de faire la classe à des mal embouchés .
Sans doute, mais plombier ! Est-ce un métier qui brille ?
Que diront les voisins ? Que dira la famille ?
Nous les laisserons dire : un jour ils verront bien
Qu'un artisan utile et ne manquant de rien
Vaut mieux qu'un révolté plein d'orgueil et de rage,
Sans métier, sans argent, sans joie et sans courage .
Si l'estime du monde est liée au savoir,
Rien n'empêche un maçon, un plombier d'en avoir .
Alors l'instruction sera vraiment gratuite
Et mon fils pourra dire, en cherchant une fuite :
" O trop heureux cent fois, s'ils savaient leur bonheur,
Le maçon, le monteur et le plombier zingueur.
L'élève ambitieux perdra de sa superbe
Quand manier un outil aussi bien que le verbe
Deviendra l'idéal du lycéen français
Et l'on ne verra plus le culte du succès.
Quel plaisir ce sera d'enseigner et d'apprendre
Quand par toute la Terre on voudra bien comprendre
Qu'un grutier peut avoir un esprit élevé
Et qu'un cultivateur peut être cultivé "

             Orbilius

.       

 

Balles dans le pied

 

Il est de bon ton de fustiger les politiques. Il n'y a décidément rien à en tirer ! On guette du coup nos dirigeants, en espérant que les uns les autres tentent de reprendre la main. Il n'en est rien. Bien au contraire, les exemples fusent : ils se tirent des balles dans le pied !

 

1 - Le coup de pied de l'âne

Xavier Bertrand. Il a été député, secrétaire général de l'UMP,  ministre de la santé, ministre du travail dans les gouvernements Raffarin et Fillon. Candidat éphémère à la primaire LR en vue de l'élection présidentielle, il jette son dévolu sur la région des Hauts-de-France dont il devient président, et il jette tout ce qui précède au panier : "je ne comprends pas, lance-t-il, comment la classe politique parisienne peut être à ce point déconnectée de la réalité !" (La Voix du Nord, jeudi 14 avril) Il pense être ainsi plus crédible, mais on frémit à la pensée de ce qu'il dira, dès qu'il aura tourné le dos à la Région....

 

2 - La télé-réalité

Le président de la République en exercice, François Hollande.  Sans doute mal conseillé, il se complait dans une émission télévisée (France 2, Dialogues Citoyens, jeudi 14 avril) où on l'oppose à Léa Salamé, l'une des plus vives chroniqueuses de Laurent Ruquier ("On n'est pas couché") et à quatre français soigneusement répertoriés pour leurs convictions forgées dans la rudesse du quotidien. Le dialogue de sourds est assuré. Le "spectacle" est parfaitement codé. Et le président y entre de plain-pied, en annonçant sans rire :  "ça va mieux..."   Les chômeurs ont changé de chaîne.

 

3 - Le sens du poil

Le président de la République, encore lui, et son ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira. Ils  n'hésitent pas à flatter le mouvement citoyen "Nuit Debout" . "Je ne vais pas me plaindre, dit le premier, qu'une partie de la jeunesse veuille inventer le monde de demain." Tandis que la seconde (le Figaro du 15 avril) avoue son soulagement à renouer avec la société civile : "la turbulence du peuple, dit-elle, ça m'a manqué  J'aime que ça bouge, que ça proteste, que ça discute... Ça m'a beaucoup manqué pendant 40 mois ! (au gouvernement ndlr)" On se pose la question : vont-ils prendre la jeunesse dans le sens du poil jusqu'à la "révolution" annoncée Place de la République ?

 

4 - Les deux pieds dans le tapis.

Emmanuel Macron. Il est brillant, il est beau, il est prometteur. Et le tapis rouge est déroulé devant lui. Mais le ministre de l'économie s'y prend les pieds. Deux remarques cinglantes à l'appui. La première est énoncée par le président de la République, qui fait allusion au mouvement qu'il vient de créer ("En Marche") : "il est sous mon autorité, il sait ce qu'il me doit !"  La seconde, il la profère lui-même en évoquant le reportage de Paris-Match (13 avril) : "Ma femme, à qui je tiens beaucoup, a parlé à une journaliste et elle le regrette ». Erreur de jeunesse, ou habileté suprême dans l'art de "faire le buzz" ? Tout est possible. Mais dans les deux cas, il y a perte de crédibilité.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le "R" de l'enfer

 

Evolution ou Révolution. Un seul "R" fait la différence, et peut nous emmener en enfer. Tout nous dit en ce moment que nous atteignons le terme d'un cycle. On en connait bien les domaines. Politiques, économiques, écologiques, sociaux, éthiques et scientifiques, culturels et religieux : ils virent tous au rouge ! Et nous en convenons volontiers : il nous faut réinventer notre monde, sous peine d'aller dans le mur.

 

Reste que pour franchir cette étape, nous avons deux solutions. La première rassemble les énergies : la conscience humaine, le pouvoir d'imagination, la volonté de se dépasser et la capacité d'adaptation à un univers inconnu. La seconde les divise. La première est synonyme d'évolution, d'ouverture et de découverte d'horizons inconnus. La seconde, qui prend racine dans l'individualisme et l'obscurantisme, nous jette une fois de plus dans une période de chaos, de destruction et de crimes massifs contre l'humanité.

 

Un Jean Monnet, dans ses Mémoires [1] fait le choix de la première solution. Il nous dit à propos de l'Europe : "Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes". Cet espoir-là n'est plus, alors que nous devrions le repenser, toutes frontières ouvertes entre Brest et Gdansk ! Un Steve Jobs, le patron emblématique d'Apple [2] fait le même choix enthousiasmant qui dépasse les frontières de son entreprise, et mérite d'être longuement cité : "les fous, les marginaux, dit-il, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents, tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles, vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanité. Là ou certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent."

 

Notre hôte dans ce blog tire dans le même sens, qui évoque "l'émergence d'un mouvement citoyen". L'ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, fait de même qui en appelle le 28 mars dernier à "une mobilisation générale contre le désespoir" [3]. Mais nous ne sommes pas dupes. Nous avons vécu l'immense espoir de la chute d'un mur à Berlin en novembre 1989 : nous en érigeons d'autres dans les Balkans. Nous avons applaudi le Printemps Arabe en 2011 : nous en contemplons les ruines, en Tunisie et en Egypte.

 

Mais ceci n'empêche pas cela. Il y a parmi nous des hommes et des femmes - nous y reviendrons -  qui inventent le monde de demain. Il nous faut les repérer, les valoriser et faire preuve de courage pour les aider à nous engager dans la voie de "l'évolution". Sans passer, comme le clament les intervenants de la "Nuit Debout", place de la République à Paris [4], par la "Révolution", autrement dit... l'enfer et la terreur de 1789 !

Etienne Desfontaines

 [1]  Fayard 1976

[2]  "Steve Jobs" - Walter Isaacson (JC Lattès 2011)

[3]  Blog L'express-Jacques Attali

[4]  Le Monde 04-04-2016 Annick Cojean "C'était comme ça en 1789, tout est à réinventer".

Inventer

                                                                                                               

Le défi est immense. Et il concerne toutes les générations. Quel que soit le sujet, aujourd'hui, nous sommes dans une impasse. Politique, économie, culture, écologie, travail, famille, médecine et conception de la vie ou de la mort, croyances et religions, il n'y a pas un espace de vie, si petit soit-il, qui échappe à la question lancinante de ce début du XXI° siècle :

"qu'est-ce que nous allons devenir ?"

 

La politique nous amène à penser de nouvelles gouvernances. L'économie est mondiale. L'écologie est une menace globale. Le travail subit les assauts de "l'uberisation", on le sait, même si le fait n'est pas pris en compte dans la loi El Khomri, et nous sommes en train de ranger la hiérarchie patron-cadres-employés-ouvriers, numérique à l'appui et sans vraiment nous en rendre compte, sur les étagères de l'histoire ! Les progrès de la médecine renversent la table de notre conception de l'homme. Et les religions sont manipulées, comme elles l'ont été si souvent au fil des siècles pour entrer en guerre, mais elles sont toutes dépassées : incapables de répondre à nos interrogations fondamentales.

 

Dans une situation pareille, il n'y a plus qu'une chose à faire : inventer un nouveau monde. Imaginer une nouvelle civilisation. Et notre principal outil pour cela n'est autre que... la culture ! L'amour des mots, de la musique, de la peinture, et de l'architecture. Quelle sera, par exemple, notre langue officielle quand nous aurons bâti une gouvernance planétaire ? Quelle musique nous donnerons-nous ? Quelle représentation du monde nous ferons-nous, quand nous aurons posé le pied dans une autre galaxie ? Quelles beautés, quelles émotions partageront nos enfants et nos petits-enfants, quand ils auront fait le tour de la terre avant d'entrer à l'école maternelle ?

 

"La culture sera notre avant-garde !" Telle était la devise de Stef Vande Meulebrouck, l'ancien directeur de l'agence de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, qui avait l'ambition de fédérer les cultures françaises, flamandes et wallonnes, dans une nouvelle entité transfrontalière.

 

Nous n'y croyons pas vraiment en France. Qui est capable aujourd'hui, par exemple, de citer le nom de notre nouvelle ministre de la Culture ? C'est un décalage de taille entre les citoyens et les élus. Parce que si le silence règne du côté de la rue de Valois, on relève sur le terrain de multiples "inventions", des actes de résistance inouïs contre la déchéance annoncée. En trois jours de reportages dans les quartiers populaires de Lille, je viens d'observer : la création d'une épicerie solidaire, sociale et... "culturelle"; la transformation d'une structure dite d'accueil et de réinsertion pour femmes battues en association qui se targue d'agir "avec et pour les femmes", Simone de Beauvoir à l'appui; et la revitalisation d'une cabine téléphonique habituellement investie par des dealers en "boîte à mots", autrement dit en oeuvre artistique et littéraire à la disposition de tous . Le monde de demain sera culturel ou ne sera pas.

 

Etienne Desfontaines

 

Amedeo Modigliani

 

L'histoire est belle. "Ils venaient de l'Oural ou du Mississipi, raconte Caroline Le Got*, des pays de l'Est, d'Ukraine, de Pologne ou de Lituanie, d'Espagne ou d'Italie, et même du lointain Japon..." On se laisse porter. Des visages, des couleurs affluent en plans serrés. Elle avance dans son propos : "Pauvres pour la plupart, mais riches de leurs talents, ils croyaient à la fortune..." Ça fleure bon l'aventure. Mais elle efface brutalement le tableau, pour en dresser un autre beaucoup plus rude : "pourchassés pour des raisons politiques ou raciales, ils étaient des Juifs persécutés, des citoyens espagnols et italiens, fuyant des régimes totalitaires..." On frémit. On retombe dans la fange du nazisme. Ou dans la boue de Calais, en mars 2016 !

 

De qui s'agit-il dans l'article de Caroline Le Got ? De l'Ecole de Paris ! Des jeunes peintres et des sculpteurs, des "aventuriers de l'art" comme elle l'écrit encore, qui ont fui les violences, les tyrannies et les pogroms, de leurs pays. Ils ont abouti à Paris dans les années vingt. Et leurs noms sont inscrits en lettres d'or au fronton de notre identité nationale : Pablo Picasso, Léonard Foujita, Kees Van Dongen, Marc Chagall, Chaïm Soutine... Parmi eux, l'enfant de Livourne (Italie), le prince de Pise et de Florence, qui mènera entre Montmartre et Montparnasse une vie marquée par la maladie, l'alcool et la pauvreté : Amedeo Modigliani !  Tout le monde connait ses visages en ovale allongé, ses yeux sans pupilles, ses portraits de dandy, ses nus et ses rares sculptures de têtes féminines qui nous emportent dans un "songe éveillé" !

 

On s'arrache aujourd'hui les "Modigliani", les "Picasso" et les "Van Dongen". Leurs toiles atteignent des sommets dans le marché de l'art. Leurs noms fleurissent dans les conversations des gens qui ont du bien. Leurs oeuvres, éparpillées dans le monde entier, sont parfois rassemblées dans de splendides expositions, comme celle qu'on vient d'ouvrir au musée d'art moderne de la Métropole Européenne de Lille** : "Amedeo Modigliani, l'oeil intérieur". On y passe un grand moment de beauté, devant "la femme assise en robe bleue" ou "la maternité".  On y entre sans crier gare au coeur du mystère de l'homme.

 

Avec pourtant une vilaine rengaine entre les oreilles. Une question, pressante et récurrente. Rien n'y fait. Le XXI° siècle surgit dans l'histoire de "L'Ecole de Paris". Qui aurait pu penser que ces "immigrés", ces "réfugiés" et ces "migrants", ces pauvres diables qui erraient dans ateliers misérables que la bonne société ne voulait pas voir,  allaient devenir le fer de lance de notre culture européenne ? Il n'y a pas de réponse. Juste une interrogation, lancinante. Où est le "Modigliani" d'aujourd'hui . A Lesbos, à la frontière turque ou à Calais ?

 

Etienne Desfontaines

 

 

(*) Hors série des "Beaux Arts" : "Amedeo Modigliani, l'oeil intérieur"

(**) LaM - www.musee-lam.fr

RESISTANCES (2)

 

Résister. Le mot évoque des images dures. Et une certaine idée de soi, de la liberté et de la France. L'agression organisée de l'Etat Islamique au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe, nous amène à penser une "résistance" construite, en complément des réactions internationales dont la création de "l'European Counter Terrorism Centre" de l'Europol* (La Haye - Pays-Bas) est un élément fort. Elles ont leur rôle. Nous avons le nôtre. Il y a mille et une façons, avec ou sans armes, de contrer l'influence islamiste, de débusquer les ferments de division, d'empêcher le chaos et de stopper l'implantation rampante de l'Etat Islamique en Afrique.

 

 

Contrer l'influence islamiste.

Un exemple simple. Prenons le temps d'entrer dans une mosquée. Aussi librement que nous passons la porte d'une cathédrale. Intéressons-nous, demandons des explications. Le Coran est en vente libre au Furet. Parcourons-le, avec le regard de la laïcité, en nous ouvrant au mystère et à la beauté de ses textes. Faisons de même dans une synagogue, avec la Torah. Un autre exemple. Investissons les zones de non-droit. Créons ici et là des clusters économiques qui les pénètrent et les valorisent. Ou de simples jardins partagés, comme on en voit fleurir dans les cours des quartiers populaires de Lille, pour contrer la présence d'une bande de fondamentalistes ou de trafiquants. Investissons aussi les prisons. Les visiteurs y affrontent à mains nues le pire de l'idéologie islamiste. Cela nécessite une formation, un grand équilibre personnel. Mais pour un homme sorti des griffes djihadistes, l'effort n'est pas vain.

 

Débusquer les ferments de division

La question des réfugiés devient lancinante. On hésite désormais à investir à Boulogne, Calais ou Dunkerque. Nous devons cerner le sujet. Responsables politiques, forces de police et animateurs d'associations, il va bien falloir que nous prenions le problème à bras-le-corps, et que nous traitions définitivement les "migrants" comme des "réfugiés" qui n'ont rien à faire en Angleterre, parce qu'ils sont une opportunité pour notre région ! Logement, ressources, formations et emplois : la tâche et rude. Mais elle est possible. Les italiens, les polonais des années trente peuvent en témoigner.

Autre exemple. L'affrontement israélo-palestinien, nous le savons, est une mèche allumée depuis des décennies. Juifs d'un côté, musulmans de l'autre : la question est alarmante à Jérusalem, sensible, ici aussi, à Lille. Nous connaissons tous des familles qui soutiennent la cause d'Israël, d'autres qui font des allers-retours en Palestine. Créons un point de rencontre permanent. Donnons leur l'occasion de se parler, de se comprendre, et de le faire savoir dans leur entourage.

 

Contrer le chaos

Nous avons aujourd'hui dans la Région des leaders politiques, Damien Castelain à la MEL, Jean-René Lecerf et Michel Dagbert aux départements du Nord et du Pas-de-Calais, Xavier Bertrand à la Région, qui n'ont pas d'ambitions nationales. Nous vivons aussi une transition consulaire dans nos Chambres de Commerce et d'Industrie. Profitons-en pour poser les fondations d'une entité qui sorte des cadres du XX° siècle. Nationale, mais d'abord transfrontalière. Régionale, mais avant tout européenne. Territoriale, mais aussi transmanche et internationale. Notre Région, soyons en certains, est un pont avancé de l'Europe.

N'hésitons pas à envoyer des cars entiers de lycéens, de collégiens, d'institutions et d'associations de tous bords, sportives et culturelles, dans les couloirs du Parlement Européen, de la Commission Européenne et du Conseil Européen. Et commençons par brandir un drapeau européen, quand un maire** distribue des drapeaux français à ses administrés à l'occasion de la nouvelle année ! L'Europe est "le ventre mou" de l'Occident. L'Etat islamique le sait, il en teste les limites. Il en profitera aussi longtemps qu'on ne lui apportera pas une réponse massive et forte, qui vienne d'abord des citoyens !

 

Contrer l'implantation en Afrique de l'Etat Islamique.

L'Egypte, la Tunisie, le sud-Sahara et l'Afrique de l'Ouest... Les intérêts touristiques et institutionnels occidentaux sont régulièrement frappés. Notre première réaction, quand elle existe, est de "maintenir" notre présence sur les plages et dans les chaînes hôtelières. Elle est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Nos leaders économiques du CAC 40 et toutes nos PME devraient concentrer leurs efforts sur l'émergence du marché africain. Energie en tête, le valenciennois Jean-Louis Borloo l'a bien compris, le potentiel est inouï. Certes la fragilité politique est une contingence à dépasser. Mais la concurrence y est déjà rude, et les places internationales sont multiples et variées, certaines plus avancées que la plupart de nos métropoles. Il est urgent d'y envoyer d'autres émissaires que notre jet-set à Marrakech et nos milliers de retraités en vacances prolongées !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) www.europol.europa.eu

(**) Sébastien Leprêtre (LR) La Madeleine

 

 

 

RESISTANCES 

(Premier volet)

"L'armée Burkinabè est trop faible, ils vont gagner du terrain..." Elle est basée à Abidjan (Côte d'Ivoire). Elle implante des centrales solaires pour le compte d'une société à capitaux anglais. Pauline D... (une jeune française de 34 ans) avait un collègue à Bamako. Tué dans l'attaque du Radisson. Et un ami à Ouagadougou, le patron du bar le "Capuccino". Pris dans un carnage. Réfugié des heures durant avec son personnel au deuxième étage de son établissement.  Dans un récent message, elle lâche : "Je reste à Abidjan ! Mais je n'irai plus à Ouagadougou, et je ne descendrai plus dans le Sofitel Ivoire à Abidjan..."

 

On ne peut pas être plus explicite. Elle tient encore, mais elle ne résistera plus longtemps. Paris, Istanbul, Bamako, Ouagadougou... Les attentats et les exactions se multiplient. On se dit, pour se rassurer, que l'Etat Islamique perd du terrain. Il n'en est rien. Il tisse sa toile de haine et de terreur dans tout le Moyen Orient. Il étend son ombre en Afghanistan, en Afrique du Nord. On le craint au Mali, au Tchad, au Niger, au Nigeria et maintenant au Burkina Faso. Plus au Nord, pas une capitale européenne ne peut s'estimer hors d'atteinte. Paris en a fait la rude expérience. Et les milliers de réfugiés qui tracent leur chemin, en franchissant des murs et des barbelés, sont autant de ferments de division entre Hongrois, Autrichiens, Français, Anglais et Allemands...

 

Certes, nous avons réagi. Certains de nos dirigeants n'ont pas hésité à le dire : "nous sommes en guerre". Et d'autres ont appelé à la "résistance", en se disant capables... d'aller s'asseoir à une terrasse parisienne. C'est ce que nous avons fait. Et de fait, nous avons repris goût à la vie. Les fêtes et les soldes ont été réussies. Mais ceci n'empêche pas cela. Les attentats reprennent. Toujours plus aveugles et plus cruels. A deux heures d'avion pour le moment, bientôt en bas de notre immeuble. Il est temps d'agir. Il est temps de "résister", vraiment, à la tentative de l'Etat Islamique d'étendre sa malédiction.

 

Il y a mille et une façons de s'y prendre. Dans l'ombre ou la lumière. Nous pouvons contrer l'influence de l'idéologie islamiste, débusquer les ferments de division, empêcher le chaos et stopper l'implantation rampante de l'état islamique en Afrique. Quelles que soient nos activités, notre âge et notre situation, nous pouvons agir. Il suffit de nous lever. D'être des hommes et des femmes responsables. Maintenant.

 

Nous y reviendrons dans notre prochaine publication.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

 

 

 

LILLE : DES VOEUX EN

 

 

 

TROMPE-L'OEIL

 

 

Lundi 4 janvier, 18h30, Hôtel de ville - Les invités sont là. Ils vont, ils viennent dans le "Grand Carré" de l'ancienne mairie d'Augustin Laurent. Les guichets sont tendus de toile écru. On a dressé des buffets blancs. On se croise, on se retrouve. Personnalités diverses, politiques, économiques, associatives, culturelles et religieuses. Le tout-Lille a le verre à la main, le petit four à portée de bouche, et parle bas. L'année écoulée ne porte pas à la gaieté. Et l'année à venir ne promet pas mieux. Le brouhaha n'est pas festif. Il se veut juste réconfortant, en attendant les officiels.

 

A 19 heures pile, une masse d'élus sortie d'on ne sait où s'avance sur le large podium drapé d'argent. Tous les conseillers municipaux sont là, serrés autour de leur maire. On distingue aussi le président de la MEL, Damien Castelain, le leader de l'opposition municipale et président du Conseil Départemental, Jean-René Lecerf, et l'ancien maire d'Hellemmes, le député européen Gilles Pargneaux. Martine Aubry attrape le micro. Son premier adjoint, Pierre de Saintignon, candidat malheureux aux Régionales, est à ses côtés. Droit comme un "i", pâle comme un soleil d'hiver. Elle le dit d'emblée, elle va faire court. Et elle tient parole.  Elle évoque les horreurs de l'année 2015. Tout le monde pense aux attentats. Tout le monde pense aussi aux élections perdues. Et en fait de réaction et d'espoir pour 2016, elle laisse tomber : "on ne peut tout de même pas se laisser aller comme ça ! "  

 

Dans son propos, pas un mot pour la Région, qui installe son nouveau président de l'autre côté du Boulevard. Le message est clair : il n'y aura pas plus de relations avec Xavier Bertrand, qu'il n'y en a eu avec le sénateur socialiste Daniel Percheron. Pas un mot non plus pour le Conseil Départemental, détenu par son principal opposant. Un sourire, tout de même, mais tendu, pour le président de la MEL, "mon cher Damien"... L'occasion en fait d'énoncer le titre de sa délégation au "Rayonnement de la Métropole".

 

Tout le monde le comprend. Ce n'est pas Martine Aubry qui va prendre l'initiative de créer des liens entre la ville de Lille, la Région et le Département. Résultat : la route est libre. Il y a un homme qui est en mesure de le faire. Il s'y emploie, il l'a démontré sans faire de bruit dans sa propre assemblée...  A l'aube de l'année 2016, c'est décidément le Président de la MEL, Damien Castelain, l'homme à suivre. Il a déjà reçu Xavier Bertrand en tête-à-tête dans ses bureaux, il est en bons termes avec Jean-René Lecerf, et il vient de demander à Pierre de Saintignon de développer son projet d'implantation de la MEL dans les pays d'Europe du Nord. On ne peut pas être plus entreprenant, ouvert et coopératif !

                                                                                                               

Etienne Desfontaines

                                                          

 

 LE PUZZLE

 

C'est une des répliques cultes de Michel Audiard* : "Moi, quand on m'en fait trop, j'dynamite, j'disperse et j'ventile !"  Et c'est exactement ce que viennent de faire les électeurs de l'immense Région Nord Pas-de-Calais Picardie, qui a été dessinée d'un coup de crayon quelque part dans un bureau de l'Elysée au printemps dernier ! La voilà réunie, cette fameuse région, 170 élus, personnalités et notables plutôt jeunes, dans le siège pharaonique de l'avenue du Président Hoover à Lille. Mais en réalité... "éparpillé(e) par petits bouts, façon puzzle !"

 

Dans l'enceinte même du Conseil Régional, en effet, les 116 élus de la nouvelle majorité se décomposent entre 59 "Les Républicains", 37 UDI qui envisagent de former un groupe, 4 Modem, 7 Chasseurs/CNPT et 9 DVD..."Les Républicains" sont à eux seuls plus nombreux que les 54 élus du Front National, qui ne vont pas manquer d'utiliser les travées de l'assemblée pour multiplier les provocations. Mais ils auront besoin d'une partie des UDI et/ou du Modem pour atteindre la majorité.

 

Un autre rapport de force va aussi surgir. Les élus du Nord Pas-de-Calais toutes formations confondues sont 118. Ils ne sont que 81 LR/UDI... Pour peu que les élus de Picardie (Somme, Aisne et Oise réunies), 52 élus toutes formations , 35 LR/UDI,  veuillent tirer sur la manche des "gens du Nord" et faire valoir leurs opinions, on n'est pas là de voter les délibérations les plus sensibles entre les Lillois et... les autres ! Dans la foulée, il ne faut pas oublier "les hommes et les femmes de gauche", tous partis confondus (PS, EELV, PC et extrême gauche), dont les ombres vont régulièrement cerner les débats.

 

Et puis il y a la véritable et vaste question : comment faire un ensemble cohérent, dynamique et repérable à l'international, de territoires aussi différents que ceux de Château-Thierry en bord de Marne, ceux d'Ermenonville et Château-en-Vexin aux abords de Roissy et de Cergy-Pontoise, et ceux d'Hirson et Vervins, Mortagne du Nord, Lille-Roubaix-Tourcoing et Bray-Dunes, respectivement en bordure de Wallonie et de Flandre flamingante ?... Comment intégrer des identités aussi différentes que celles de l'agro-alimentaire du côté de Roye et Péronne, celle de la concentration portuaire Boulogne-Calais-Dunkerque en butte à la concurrence massive d'Anvers et Rotterdam, celle de la mégapole transfrontalière Lille-Kortrijk-Tournai et celle du tourisme naissant des bords de Manche et de Mer du Nord ?...

 

Xavier Bertrand vient de tout abandonner. Son fief de Saint-Quentin, son siège de député et sa projection dans la vie politique nationale par le biais des primaires de la présidentielle. Il se donne corps et biens à la Région. Parviendra-t-il à lui donner un cap et à tenir la barre, d'abord pour la construire, ensuite pour la guider bien-au-delà de ses espoirs, dans le concert national, européen et international, où elle a une place à tenir et un rôle essentiel à jouer en bord de Manche ? Comme disaient "Les tontons flingueurs", à propos d'un nouvel alcool dont ils avaient rempli les verres, il n'y a plus qu'une chose à espérer, c'est que ce soit "du brutal !"

 

Etienne Desfontaines

                                                          

 

(*) "Les tontons flingueurs"  (Georges Lautner, 1963)

 "Si vis pacem,

para bellum" (3)

 

En France

Pour le moment, Colbert n'est pas mort, nous subissons une centralisation massive de nos institutions. Ce sont donc nos ministères qui doivent donner des ordres pour mener toutes les actions complémentaires aux opérations de police et de l'armée contre le djihadisme. Intérieur (gestion des cultes), Justice (administration pénitentiaire), Education, Affaires Sociales, Economie (numérique et internet), Logement, Politique de la Ville, Culture : tous doivent donner des instructions précises pour engager une "guerre de tranchées" contre les déviations, les intrusions et les manipulations du djihadisme dans la société française. Charge aux préfets de veiller à la coordination et la mise en oeuvre de toutes ces actions dans les institutions locales.

 

En région, dans les départements, en "eurométropole" et en métropole

Chacune de ces institutions doit ouvrir des commissions "anti-djihadisme", qui réunissent des intervenants de leurs différents domaines d'intervention : culture, enseignement, sport, jeunesse et solidarités, pour définir et retenir des actions concrètes  Leurs conseils de développement, forums et autres assemblées de démocratie participative doivent déléguer certains de leurs membres dans un groupe de travail unitaire qui se saisisse de la question, s'informe, rassemble des données locales, et propose une stratégie à court, moyen et long terme. 

 

Dans les intercommunalités et les communes

On doit là-aussi créer une délégation, ou attribuer le sujet à un adjoint pour susciter et coordonner des actions citoyennes de lutte contre les déviances et les radicalisations entreprises par les réseaux djihadistes. Sensibilisation dans les écoles primaires, organisation de rencontres entre acteurs sociaux, élus de quartier ou de copropriétés, police/gendarmerie, animateurs et responsables d'associations, multiplication de rencontres sur le sujet entre acteurs cultuels et culturels : la liste n'est pas exhaustive ! Il faut faire confiance à l'imagination des citoyens, dont la motivation est grande aujourd'hui, et leur donner l'occasion de "passer à l'acte" pour entreprendre la lutte pied-à-pied contre les tenants du djihadisme et leur propagande.

 

La place du citoyen

Il est une réalité dont nous devons absolument prendre conscience. La réaction la plus importante dans ce vaste dispositif sera celle du citoyen. C'est à lui de faire un pas en avant. De dire ce qu'il veut dans les prochaines élections : un rejet de toute forme de repli, une volonté d'être moteur, leader du destin que nous voulons nous donner en région, en Europe, à l'international. C'est à lui de prendre des initiatives, d'aller en masse visiter les prisons, de se porter animateur, responsable, d'associations, de commissions et de groupes de travail municipaux. De ne jamais laisser une chaise vide dans le public des réunions de conseil municipal, métropolitain, départemental et régional. De se manifester dans les conseils de quartier, les assemblées générales de bailleurs et de copropriétés. C'est lui qui est au plus près des familles de tous bords, des jeunes chômeurs ou étudiants, des lieux de vie souvent les plus fragiles où la propagande djihadiste fait des ravages.

 

C'est à cette exigence que nous sommes appelés depuis vendredi dernier. Être des hommes et des femmes responsables. Capables de faire oeuvre d'éducation, de diplomatie, de tuer dans l'oeuf la moindre source de conflit génératrice de haine et de frustration. Sans cette réaction, la compassion et la solidarité n'y suffiront pas. Les forces armées, les forces de police et la justice, non plus. Le mot "résistance" revient très souvent en ce moment dans les commentaires. Nous verrons bien qui en seront les acteurs. Comme en 1940, ce ne sont pas forcément ceux auxquels on pourrait penser...

 

Etienne Desfontaines

 

 

"Si vis pacem,

para bellum" (2)

 

 

Notre réponse au terrorisme doit être globale, mondiale et multidisciplinaire. Elle doit être aussi clairement définie. Ce qui signifie qu'elle doit avoir, à tous les niveaux, un objectif clair, un commandement, une méthode et des moyens adaptés, un calendrier et un contrôle permanent des réalisations en cours.

A l'international

Il s'agit bien d'éradiquer l'Etat Islamique, et de restituer la Syrie et l'Irak dans leur intégrité. Cet objectif ne peut être atteint qu'avec le concours de toutes les puissances mondiales : la Russie, la Chine, l'Inde et le Pakistan, l'Australie, l'Europe, l'Amérique du Nord et du Sud, l'Afrique et l'ensemble des pays arabes. Un nouveau commandement doit être formé, sous la bannière de l'ONU. On s'attachera à combiner et centraliser toutes les opérations de renseignement et toutes les interventions militaires. Cela nécessite de fait le déploiement d'une nouvelle diplomatie mondiale, et une refonte de l'ONU, dont le siège devrait être symboliquement transféré dans un lieu beaucoup plus neutre que celui de la ville de New-York. On lancera dans le même temps une offensive culturelle et économique, qui offre à la sphère arabo-musulmane l'occasion d'installer dans ses territoires des institutions qui prennent en compte les valeurs de la démocratie. Le tout sera soutenu par une campagne de communication massive, à l'opposé de la propagande djihadiste.

En Europe

Le premier objectif est de faire corps. Avant de devenir le moteur, sinon un élément essentiel de la réaction mondiale. L'Europe est devenue le "ventre mou" de l'occident, la cible préférée de l'Etat Islamique, parce qu'il en perçoit la fragilité, les divisions potentielles et l'effondrement à terme. Il nous faut donc "résister" à cette entreprise. Consolider notre unité, renforcer nos institutions, nous doter des trois volets d'un vrai pouvoir central : exécutif, parlementaire, judiciaire. Pour conduire une réelle politique commune : économique, culturelle, sociale, étrangère et militaire...

C'est "ici et maintenant" que nous devons entreprendre ce qui n'est pas une "évolution" mais une "révolution des esprits". Nous évoquons aujourd'hui "Schengen" à tout va... Ce sont de accords qui datent de 1985. La réalité, aujourd'hui, est bien différente. Nos frontières réelles bordent la Russie, l'Ukraine, la Turquie, la Méditerranée, l'Atlantique, la Manche et la Mer du Nord. C'est à Calais, à Kiev, à Lesbos et à Lampedusa, que les évènements majeurs de ce début de siècle se produisent. Et dans le même temps, plus de la moitié du territoire européen est "transfrontalier". Partout sur les anciennes frontières nationales, entre la France, la Belgique et l'Allemagne, entre l'Autriche et la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, on invente des institutions, des structures de coopération qui transgressent le droit national. On y vit, dans la plupart des cas, ce qui est en train de se bâtir dans l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai. Une identité européenne est en train de surgir, qui dépasse les nations et qui forcera les politiques, et tous nos partenaires, adversaires et ennemis, à intégrer une certaine idée de l'Europe.

Les étapes suivantes : en France, en Région et dans les communes, sont développées dans le troisième volet de cette publication.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

"Si vis pacem,

para bellum" (1)

Qui veut la paix,

prépare la guerre

 

11 janvier, 12 novembre 2015. Dix mois d'écart, une escalade sans nom dans l'horreur et le mode opératoire. Et un mot qui claque, enfin, dans les interventions de nos dirigeants : "La France est en guerre !"  Ce n'est pas faute de l'avoir pressenti et prédit, comme le dit notre hôte, dans les colonnes de ce blog. Un simple retour de trois ans sur nos publications le prouve. (voir ci-dessous) Nous voulions en faire un livre ouvert sur "Le monde comme il va", c'est une fenêtre qui bat au vent mauvais, un promontoire sur le vide de notre conscience collective, et désormais une trappe qui s'ouvre sous nos pieds pour nous jeter dans les flammes de l'enfer !

 

-        "Les enfants et la guerre" (27 juin 2012)

-        "La marmite du diable" (3 septembre 2013)

-        "Le vent de l'histoire" (1er juin 2014)

-        "L'armée des ombres" (14 juillet 2014)

-        "Espérance" (6 octobre 2014)

-        "Charlie story" (19 janvier 2015)

-        "Halte au feu" (4 février 2015)

-        "Enfance perdue" (17 février 2015)

-        "Menace" (6 avril 2015)

-        "Faits de guerre" (29 août 2015)

-        "Emotion" (5 septembre 2015)

-        "Guerre totale" (6 octobre 2015)

 

Cette fois, le moment est venu. Passé le temps de la stupéfaction, puis celui de la solidarité et de la compassion, il nous faut prendre nos responsabilités et la situation à bras-le-corps. Ne pas céder à la peur, maintenir nos déplacements et nos activités familiales, sociales, culturelles et professionnelles, c'est une chose. Une forme de résistance à l'agression, nécessaire mais pas suffisante. Il nous faut surtout agir, contre-attaquer, réduire et maîtriser le terrorisme. Nous devons engager pour cela des actions réfléchies, documentées, et programmées. A tous les niveaux : international, européen, national, régional, métropolitain, local et communal.

 

La première étape consiste à "comprendre" l'origine et les mécanismes des fanatismes du XXI° siècle. Ils n'ont rien à voir avec ceux qui ont fait des millions de mort en 1914 et en 1940. Il ne sert à rien dans ce contexte, je le dis avec gravité, de compulser les documents et de suivre l'agenda de la Mission du Centenaire du Général d'Armée Elrick Irastorza. Mieux vaut se procurer le numéro spécial (octobre, novembre, décembre 2015) du "Courrier International", intitulé : "Daech, la menace planétaire". Lire dans la foulée l'ouvrage de Christoph Reuter, journaliste du Spiegel : "Le pouvoir noir"*. Et ne pas hésiter à consulter la revue de l'Etat Islamique, Dabiq, dont beaucoup de textes sont édités en anglais et en français pour des raisons évidentes de propagande.

 

D'emblée, nous le voyons : l'analyse est internationale et saisissante. Nous avons réellement affaire à un ennemi organisé, doté des moyens modernes de communication, capable d'investir des territoires et de les tenir d'une main ferme. Cela ne doit pas nous effrayer. Mais nous renforcer dans notre détermination. Nous développerons les étapes suivantes dans le deuxième volet de cette publication.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

(*) "Le pouvoir noir – L’Etat islamique et les stratèges de la terreur"

      (2015, éd. DVA Sachbuch, non traduit en français)

 

 

BREVES DE PRETOIRE

 

"Le produit, il est plus fort que moi, Monsieur le Juge !"  

On vient de l'amener dans la salle d'audience, et on lui enlève les menottes. Il cherche un visage dans la salle. Il n'y est pas. Alors il se retourne, joues creusées, épaules cassées, devant le juge. Vols, violences, consommation de drogues dures. C'est la quatorzième fois qu'il repasse entre les mains des hommes en noir. Le procureur le tance : "être violent, c'est une chose, mais battre sa propre mère pour lui soutirer son petit pécule, c'en est une autre  !"  Son avocat dresse un tableau de fragilité psychologique. Il a un dernier mot, incohérent : "ma mère, je lui dois tout, Monsieur le juge, je la respecte pour tout ce qu'elle fait pour moi !" La sentence tombe : six mois de plus. On lui remet les menottes, et on l'emmène. Il disparait des radars. Et sa mère, quelque part dans Roubaix, a un peu de répit.

 

"Ce soir-là, il a été con, il le sait et il s'en souviendra toute sa vie !"

"Affaire n° 22, Benjamin S. !" L'huissier hurle son nom ! Il laisse son épouse sur les bancs de l'auditoire, s'avance du fond de la salle. "C'est un homme qui n'a rien à faire ici" diront d'une même voix le procureur et l'avocat. Si, tout de même, puisqu'il y a eu violence, coup de poing sur l'arcade sourcilière d'un témoin, à l'issue d'une soirée trop arrosée. Et il ya des dommages et intérêts. Mais le prévenu est un avocat fiscaliste de formation, un homme d'affaires bien en vue à Lille. Cheveux bouclés, veste sportive, bon vivant de nature, marié, père de famille, il se confond en excuses. Ce n'est pas l'amende, 500 euros, qui lui fera mal. C'est le mot de trop de son avocat, emporté par ses effets de manches : "ce soir-là, monsieur le président, il a été con !"  A la seconde, épaules affaissées, tête baissée, il a senti passer le vent du boulet qui venait de fracasser un pan entier de sa réussite et de son pouvoir.  

 

"Il va falloir se transporter sur les lieux !"

Il s'énerve, le président S., derrière son micro. L'audience avait pourtant bien débuté. Elle allait son bonhomme de chemin. Un vol par-ci, une violence par-là, de l'alcoolémie au volant. Mais, là, on bloquait. Le conducteur du tramway était alcoolisé, c'est un fait. Il avait fêté son anniversaire jusque tard dans la nuit, avant de reprendre son travail. Mais que faisait la victime, l'homme qu'il a renversé, à pied, le long des voies ? Le président retourne le dossier dans tous les sens. Pas de photo, pas de plan, juste un "schéma" approximatif des lieux. Le voyant dans l'embarras, l'avocat s'approche, avec son client. La partie civile fait de même, le procureur et le greffier suivent le mouvement. Les échanges sont vifs, on se presse, on se bouscule juste sous le nez du président. L'avocat finit par s'extraire de la mêlée : "Mr le président, vous ne pouvez pas juger, l'enquête n'a pas été correctement diligentée !"  Autrement dit, jeu, set et match pour le prévenu ! Qui repart sans condamnation. Il n'aime pas ça, le président. Il n'aime pas ça du tout. Il met le dossier de côté, avec la ferme intention de frotter les oreilles des magistrats instructeurs !

 

Etienne Desfontaines

                                                          

 

  

BREVES DE PRETOIRE

 

"Le produit, il est plus fort que moi, Monsieur le Juge !"  

On vient de l'amener dans la salle d'audience, et on lui enlève les menottes. Il cherche un visage dans la salle. Il n'y est pas. Alors il se retourne, joues creusées, épaules cassées, devant le juge. Vols, violences, consommation de drogues dures. C'est la quatorzième fois qu'il repasse entre les mains des hommes en noir. Le procureur le tance : "être violent, c'est une chose, mais battre sa propre mère pour lui soutirer son petit pécule, c'en est une autre  !"  Son avocat dresse un tableau de fragilité psychologique. Il a un dernier mot, incohérent : "ma mère, je lui dois tout, Monsieur le juge, je la respecte pour tout ce qu'elle fait pour moi !" La sentence tombe : six mois de plus. On lui remet les menottes, et on l'emmène. Il disparait des radars. Et sa mère, quelque part dans Roubaix, a un peu de répit.

 

"Ce soir-là, il a été con, il le sait et il s'en souviendra toute sa vie !"

"Affaire n° 22, Benjamin S. !" L'huissier hurle son nom ! Il laisse son épouse sur les bancs de l'auditoire, s'avance du fond de la salle. "C'est un homme qui n'a rien à faire ici" diront d'une même voix le procureur et l'avocat. Si, tout de même, puisqu'il y a eu violence, coup de poing sur l'arcade sourcilière d'un témoin, à l'issue d'une soirée trop arrosée. Et il ya des dommages et intérêts. Mais le prévenu est un avocat fiscaliste de formation, un homme d'affaires bien en vue à Lille. Cheveux bouclés, veste sportive, bon vivant de nature, marié, père de famille, il se confond en excuses. Ce n'est pas l'amende, 500 euros, qui lui fera mal. C'est le mot de trop de son avocat, emporté par ses effets de manches : "ce soir-là, monsieur le président, il a été con !"  A la seconde, épaules affaissées, tête baissée, il a senti passer le vent du boulet qui venait de fracasser un pan entier de sa réussite et de son pouvoir.  

 

"Il va falloir se transporter sur les lieux !"

Il s'énerve, le président S., derrière son micro. L'audience avait pourtant bien débuté. Elle allait son bonhomme de chemin. Un vol par-ci, une violence par-là, de l'alcoolémie au volant. Mais, là, on bloquait. Le conducteur du tramway était alcoolisé, c'est un fait. Il avait fêté son anniversaire jusque tard dans la nuit, avant de reprendre son travail. Mais que faisait la victime, l'homme qu'il a renversé, à pied, le long des voies ? Le président retourne le dossier dans tous les sens. Pas de photo, pas de plan, juste un "schéma" approximatif des lieux. Le voyant dans l'embarras, l'avocat s'approche, avec son client. La partie civile fait de même, le procureur et le greffier suivent le mouvement. Les échanges sont vifs, on se presse, on se bouscule juste sous le nez du président. L'avocat finit par s'extraire de la mêlée : "Mr le président, vous ne pouvez pas juger, l'enquête n'a pas été correctement diligentée !"  Autrement dit, jeu, set et match pour le prévenu ! Qui repart sans condamnation. Il n'aime pas ça, le président. Il n'aime pas ça du tout. Il met le dossier de côté, avec la ferme intention de frotter les oreilles des magistrats instructeurs !

 Etienne Desfontaines

                                                          

 

Guerre totale

 

 

C'est une dépêche de l'AFP du dimanche 4 octobre. Et ça commence toujours comme ça. La destruction, l'élimination de tout ce qui différencie l'homme de l'animal. "Le groupe extrémiste Etat Islamique, dit le communiqué, a réduit en poussière le célèbre Arc de Triomphe de Palmyre en Syrie, cité antique classée au patrimoine mondial."  Pas de reprise radio, quelques rares images télévisées, aucune analyse, pas d'alerte non plus sur smartphone. Une dizaine de copiés-collés sur internet. C'est tout.

 

On ne peut pas mieux laisser faire. Nier la grandeur de l'homme à travers son histoire, sa capacité de création et de pensée. Rien de plus facile, à partir de là, de s'en tenir aux instincts et à la magie, à la loi du plus fort comme à la loi du Talion. Marquage de territoire et nettoyage ethnique sont rendus oeil pour oeil, dent pour dent. C'est exactement ce qui est en train de se passer en Irak et en Syrie. Et c'est exactement ce que nous avons connu cent fois, mille fois, dans l'histoire de l'humanité.

 

La connaissance des faits, la parfaite maitrise intellectuelle de l'engrenage infernal, ne changent rien. Nous retombons dans la même hébétude. Le jeu des alliances est en train de nous projeter dans un tragique destin. Sunnites contre chiites. Iran contre Arabie Saoudite. Russie derrière Bachar-El-Hassad,  Etats-Unis avec ses opposants. L'Europe, elle, se divise. Ouvre, puis ferme honteusement ses frontières aux réfugiés. Elle se découvre une nouvelle frontière le long de l'Allemagne, de l'Autriche et des Balkans. Elle joue à se faire peur avec un "Grexit", suivi peut-être d'un "Brexit". Tandis que la Chine compte les points, et guette l'occasion de s'en prendre aux Etats-Unis. Il y a pire. Au milieu de cette avalanche de tensions, qui s'ajoutent à toutes les autres, nous le savons tous, nous le vivons sur les écrans depuis plus de soixante ans, il y a une mèche allumée en permanence à Jérusalem, sur l'esplanade des Mosquées !

 

C'est dans ce contexte qu'Angela Merkel en appelle aujourd'hui devant le Parlement Européen à "une contribution décisive de l'Europe pour une solution en Syrie".  Tandis que François Hollande lance à ses côtés un message à toute la communauté internationale pour intensifier la guerre contre l'Etat islamique. "Si nous laissons les affrontements religieux s'amplifier, clame-t-il, ne pensons pas que nous serons à l'abri, ce sera une guerre totale !".

 

Guerre "totale" ? Guerre "mondiale" ? Le mot est lâché. Les interventions de la Chancelière allemande et du président français, raillés par les extrêmes dans les travées du Parlement Européen, rappellent furieusement celle du ministre Aristide Briand, délégué de la France devant la Société des Nations, qui voulait, le samedi 7 septembre 1929 à Genève, "écarter d'une main vigoureuse toute possibilité de crime et de guerre..." On connait la suite.

 

Etienne Desfontaines

7 octobre 2015

                                                          

 

 

 

LE MUR

-        Pierre de Saintignon...

-        Vous avez dit, qui ?

-        Pierre de Saintignon ! Le premier adjoint de Martine Aubry à Lille...

-        Connais pas.

-        Bon, alors, Xavier Bertrand...

-        Qui ?

-        Xavier Bertrand,  le maire de Saint-Quentin, l'ancien ministre du Travail de François Fillon...

-        Ah oui, c'est vrai !... Combien de chômeurs en plus ?

 

Pas facile d'engager un micro-trottoir sur les challengers de Marine Le Pen aux prochaines élections régionales. Nous allons dans le mur. Nous le savons tous, et rien ne se passe, comme si nous étions sidérés - "stunned" disent les anglais. Les deux partis dits "de gouvernement", le PS et l'ancienne UMP devenue LR (Les Républicains), étalent leurs rancoeurs et leurs divisions. Ils ouvrent un boulevard, toutes sirènes hurlantes, à Marine Le Pen.

 

Il y a pourtant des voix fortes qui s'élèvent. La Voix du Nord n'y va pas par quatre chemins. Elle fustige "les solutions miracles de Marine Le Pen", Elle les dénonce comme "les prémisses d'une catastrophe", en stigmatisant "le discours haineux et mensonger" de la patronne du FN.  Et le recteur d'académie, Jean-Jacques Pollet (66 ans), n'hésite pas non plus au moment de partir en retraite à prononcer des mots qu'on n'aurait jamais plus voulu entendre sur notre territoire depuis la Libération. Il évoque "une hypothèse sombre et rigoureusement impensable". Et il ajoute : "pour ma part, je n'ai pas défilé depuis le Vietnam, mais là je redescendrai dans la rue !"

 

Nous n'avons pas compris en France l'enjeu des élections régionales. Nous avons un TGV de retard ! Il ne s'agit plus d'une élection "locale", qui viendrait confirmer ou infirmer les élections présidentielles ou législatives. Il s'agit de désigner le pilote d'un territoire qui doit exister, surgir comme la Californie aux US, sur le continent européen et à l'international ! Nous avons ce potentiel. Nous pouvons le développer, à condition de repenser notre avenir en profondeur et de renouveler notre personnel politique.

 

Ce n'est pas une idée en l'air.  Il y a des institutions et des hommes qui ont déjà perçu cette évolution en forme de "révolution". On les trouve par exemple dans le Port de Dunkerque avec Stéphane Raison, au sein de la MEL et de l'Eurométropole avec Alain Bernard ou Vincent Van Quickenborne, à Saint-Amand-les-Eaux avec Alain Bocquet. Et il y en a bien d'autres. Ce sont des personnages de tous bords, sociaux, économiques et politiques, qui ont définitivement rangé le XX° siècle sur les étagères de l'histoire. Ils ont démoli "le mur". Ils ont pris de l'avance, ils sont loin derrière l'horizon. Ce sont eux que nous devons déceler, observer et entendre, en octobre, en novembre et en décembre, dans le fatras et le fracas, dérisoires et délétères, du PS, des LR et du FN.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

 

 

EMOTION

Un enfant. Mort, rejeté par les eaux comme un vulgaire déchet de notre civilisation. Ce n'est pas le premier... Qui se souvient du petit David (4 ans), dont on a retrouvé le corps calciné en juin dernier dans le Carrefour Pasteur à Lille ? Et ce n'est pas le dernier. Il y en aura bien d'autres, dans la foule des réfugiés qui traversent l'Europe.

 

Mais il se trouve qu'une journaliste turque est venue sur la plage de Bodrum. Et que notre société est plus sensible à l'image qu'à la réalité. Les réseaux sociaux ont embrayé. Aylan Kurdi, petit bonhomme de trois ans, a surgi sur les écrans. Et il a provoqué une déflagration. Les "migrants" deviennent des "réfugiés". Les ingénieurs, les boulangers, les petits commerçants et les chauffeurs de taxi de Syrie ou d'Irak, d'Afghanistan ou du Pakistan, d'Erythrée ou du Sahel, deviennent des gens fréquentables !  L'opinion le crie à hue et à dia : on les accueille à bras ouvert avec leurs familles. Les dirigeants emboîtent le pas.

 

C'est une révolution, et c'est un piège. Une révolution, parce que telle est la force de l'image au XXI° siècle : elle fissure l'indifférence, elle force l'attention, elle met les populations en mouvement. Un piège, parce que c'est exactement ce que veulent les maîtres de l'Etat Islamique. Les décapitations n'avaient pas atteint leur cible. Le petit Aylan l'a fait. Les nations européennes se divisent. Angela Merkel parle de quotas. François Hollande lui renvoie en écho "un mécanisme permanent et obligatoire de répartition équitable des réfugiés". Et l'italienne Federica Mogherini, qui arbore le titre flamboyant de" Haut Représentant de l'Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité", peine à obtenir que les 28 restent "unis", gardent "foi en [leurs] valeurs humaines" et "agissent efficacement"....

 

Il y a pire. Plus près de nous, sur le terrain, la cacophonie est à son comble dans "les quatre hôtels de Lille". Hôtel de ville : Martine Aubry se dit prête accueillir "100" réfugiés. Hôtel de Communauté : le président Damien Castelain botte en touche, il fait savoir que "ce n'est pas une compétence communautaire". Hôtels de Région et de Département : silence de mort ! Du coup, les autres maires avancent en ordre dispersé : Olivier Henno (Saint-André)  : "deux" logements disponibles. Marc-Philippe Daubresse (Lambersart) et les nouveaux maires (LR) de Roubaix -Tourcoing : "c'est à l'Etat d'agir". Gérard Caudron (DVG, Villeneuve d'Ascq) et Bernard Debreu (PCF, Seclin) : "nous avons déjà beaucoup fait..."

 

A 4000 km de là, l'Etat Islamique jubile. A deux pas de là, dans les quartiers prioritaires comme dans des résidences plus huppées, des jeunes hommes sans repères, des "loups" isolés et connectés au pire de la propagande djihadiste, scrutent nos réactions.  Ils n'attendent que ça, des divisions et de l'apathie, pour sortir une Kalachnikov  et... tirer dans le tas ! Quand cela arrivera, une fois de plus, nous ne pourrons nous en prendre qu'à nous-mêmes.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

 

 

FAITS DE GUERRE 

La guerre. Nous sommes trois générations, maintenant, à ne pas savoir ce que c'est. Nous sommes à cent mille lieux d'imaginer la terreur d'un bombardement, la survenue d'un blindé au bout de la rue, ou la peur panique d'entendre claquer les portières de camions, avant d'être jetés hors de l'appartement au petit matin...  En dehors des victimes des attentats,  personne ne réalise vraiment la gravité du moment. La guerre n'est pour nous qu'une série d'images. Celles de nos écrans : TV, ordinateurs, smartphones. Pour nos adolescents,  on le découvre dans les interrogatoires de certains de nos "terroristes", les faits de guerre : explosions de kamikaze, attaques de drones et autres massacres à la Kalachnikov, s'apparentent vraiment à des jeux video... A l'image de l'attaque des Twin-Towers en 2001. Ils n'ont aucune idée de l'impact humain de ces opérations.

 

Mais la réalité est têtue. La plupart des commentateurs, même les plus modérés, emploient le mot. Nous sommes "en guerre". La tentative de carnage dans le Thalys en est une nouvelle preuve. Et notre première réaction, dans la circonstance, consiste à afficher notre détermination. "Même pas peur !" Nous menons une vie normale. La braderie de Lille va  battre son plein. Nous allons mettre plus de deux millions de personnes dans les rues. Et la Préfecture invite "tous les participants à signaler des comportements ou des colis suspects..."  C'est une attitude nécessaire. Mais insuffisante. En "temps de guerre", il faut faire plus. Résister à l'agresseur. L'empêcher de prendre la main.

 

La réponse est complexe. Il nous faut régler à l'international la question de la Syrie, de la Lybie, de la Turquie, de l'Irak et de l'Iran, et de la survenue de l'Etat Islamique. Les précautions diplomatiques ne sont plus de mises. L'ONU doit en donner le cadre : les forces militaires internationales doivent détruire ce foyer de destruction de l'humanité.

 

Mais il nous faut aussi résister à l'agresseur sur notre territoire. Appeler les migrants de Syrie et de Lybie des "réfugiés", et les traiter comme tels. Fondre sur les germes de radicalisation, comme une nuée de sauterelles sur un champ de maïs ! Battre le rappel des imams, des rabbins, des pasteurs et des curés. Ouvrir les mosquées, comme nous le faisons de nos églises. Eradiquer les promoteurs de haine de nos réseaux sociaux. Développer une stratégie de contre-communication en faveur de la paix. Promouvoir le dialogue, multiplier les rencontres locales entre partisans d'Israël, des palestiniens, des musulmans et des chrétiens d'Orient.

 

Et provoquer une réaction forte. Inviter tous les bradeux, par exemple, chalands ou passants, à se rassembler par milliers le vendredi ou le samedi de braderie entre le Carrefour Pasteur, la gare de Lille-Europe et le siège du Conseil Régional, pour clamer leur refus de la haine, leur rejet de l'ostracisme qui a amené un homme, tout de même, à passer sous les voûtes de Lille-Europe, le vendredi 21 août, vers 17 heures, en provenance de Bruxelles et en direction de Paris, avec un stock de munitions suffisant pour opérer un véritable... acte de guerre !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

CRUAUTES D'ACADEMIE

Tel père, telle fille

Le dernier "Jean d'O" (Jean d'Ormesson) vient de sortir*. L'académicien publie trente-cinq ans de chroniques politiques au Figaro. Sous le charme et l'entregent qu'on lui connait, il trempe naturellement une plume vive et acérée dans une perspicacité à la limite du venin et de la cruauté. Et quand Jacques Delors tombe dans sa toile, il lui suffit de trois lignes pour le fixer, le disséquer et le digérer ! "Il s'est détruit tout seul, écrit-il d'abord, avec grandeur, avec panache..." Tout le monde pense au "Sept sur sept" du dimanche 11 décembre 1994, quand l'ancien président de la Commission Européenne a renoncé devant Anne Sinclair à se présenter à l'élection présidentielle. La suite est plus rude. "Le panache de M.  Delors a mis le Parti Socialiste dans une drôle de panade !" Et il décortique sa proie avec délectation : "Il n'est pas tout à fait exclu, lâche-t-il, que M. Mitterrand en ait ressenti, au milieu - bien sûr - d'une grande douleur, une secrète satisfaction... Il n'avait pas confiance dans les capacités de décision et d'obstination de M. Delors." On frémit à l'idée que la fille de Jacques Delors, la maire de Lille, l'ancienne secrétaire générale du Parti Socialiste, Martine Aubry, tombe sur ces lignes. Indécision, manque d'obstination ? La Communauté Urbaine perdue, Pierre de Saintignon en première ligne dans les Régionales... Il y a des apparentements (d'aucuns diraient des ADN) terribles !

 

Un rêve éveillé

Passage cette semaine dans le rayon des "Y" de la bibliothèque municipale. Rencontre avec Marguerite Yourcenar ! La main hésite, entre "Les mémoires d'Hadrien" (1951) ou le deuxième tome du "Labyrinthe du monde - Archives du Nord" (1977). Et puis le choix se porte sur "Les nouvelles orientales" (1938)*. "Une dizaine de légendes, dit la quatrième de couverture, qui forment un édifice à part, précieux comme une chapelle dans le vaste palais des oeuvres de M. Yourcenar..." Les phrases sont élégantes, les images sont choisies. Avec l'académicienne préférée des gens du nord, on le comprend immédiatement, on entre dans la réalité... par la porte du rêve.

Le premier personnage, par exemple, le vieux peintre Wang-Fô "erre le long des routes du royaume de Han..". Marguerite Yourcenar raconte qu'il "aime l'image des choses, et non les choses elles-mêmes..." Et que son disciple Ling avait  tout quitté pour le suivre. La suite de l'aventure les mène dans le Palais de l'Empereur, qui reproche au vieux peintre de tromper son monde. Les gardes vont lui couper les mains. Ling s'interpose. "Un garde lève alors son sabre, écrit l'auteur, et la tête de Ling se détache de sa nuque, pareille à une fleur coupée..." Comment ne pas retrouver dans cette évocation le visage... d'Hervé Gourdel, l'otage français décapité en Algérie, il y a moins d'un an. La tyrannie, la sauvagerie et la cruauté, sont de tous les temps.

 

Etienne Desfontaines

                                                          

(*) "Dieu, les affaires et nous" - Jean d'Ormesson (préface de Jacques Julliard, Robert Laffont)

(**) "Les nouvelles orientales "  - Marguerite Yourcenar (Réédition de Gallimard, 1963)

LA MORT, LA VIE 

Chronique d'une mort annoncée - Elle a 93 ans. Elle se lève au petit matin, passe en cuisine préparer son petit-déjeuner, et retourne chercher un mouchoir dans sa chambre. On l'a retrouvée, affaissée au pied de son lit. Pompiers, urgences : le diagnostic est immédiat. C'est un accident vasculaire cérébral (AVC). Hémiplégie droite complète, bras et jambe inertes, quasi impossibilité de parler. Le pronostic est mauvais, et se vérifie les jours suivants.

 

Chronique d'une vie annoncée - Elle a 35 ans. Elle débarque le même jour au petit-déjeuner, figure chiffonnée. Elle raconte qu'elle n'a pas dormi de la nuit, parce que son bébé (cinquième mois de la grossesse) n'a pas arrêté de remuer... Une image tombe dans la conversation. Celle d'un "hamster" qui pédale à cent mille tours minute dans son rouleau ! La petite (6 ans), la soeur aînée du "hamster", éclate de rire ! Et tout le monde s'enquière le lendemain des faits et gestes du "hamster"...

 

La mort, la vie. Apoptose* d'un côté, division cellulaire de l'autre. Dérégulation du métabolisme versus développement des organes à partir des cellules souches. Il y a des instants qui effacent l'espace et le temps. On se trouve propulsé aux portes du mystère. Celui que l'homme n'a jamais pénétré. Celui dont les découvertes scientifiques repoussent sans cesse l'horizon. Celui qui nous échappe, comme du sable entre les doigts. La synthèse d'une vie, en quelque sorte, dans une  étincelle de quelques dizaines d'années au regard de l'énergie solaire. Notre bien le plus précieux, notre malheur le plus  absolu.

 

Chronique d'une catastrophe programmée - Nous devrions être sidérés par la vie. Emerveillés et terrorisés. Naturellement fascinés, en tous cas, respectueux de ce qui fait le fondement de notre existence. Il n'en est rien. L'histoire et l'actualité le démontrent. Ici, on capture et on égorge. Là, on mitraille et on bombarde. Les horreurs du XX° siècle sont encore chaudes, qu'on prépare déjà celles du XXI° siècle.

 

S'il est un homme qui est qualifié pour intervenir sur le sujet, c'est bien le maire d'Hiroshima, Kazumi Matsui. Un fils des "hibakushas", c'est le mot japonais qui désigne les survivants de la bombe. 70 ans seulement après ce qu'ont vécu ses parents, il tient à la tête de la ville martyre des propos bien trop polis pour être entendus - ainsi sont les japonais - mais criants de vérité**. "Nous assistons, dit-il, au renforcement des alliances militaires et des moyens de défense dans le monde. Cela tient à la défiance grandissante entre les dirigeants de la planète... Ils n'envisagent que le scénario du pire et ne savent pas ce que l'autre pense. Le problème est qu'en renforçant vos défenses, vous alimentez la défiance. C'est un effrayant cercle vicieux, que j'aimerais vraiment enrayer. J'aimerais faire venir les dirigeants du monde tous ensemble à Hiroshima, les convaincre d'oublier les frontières et d'écouter les "hibakushas" !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) mort cellulaire

(**) "L'Express" n° 3344 du 5 août 2015

CRASH TEST

Max et Milaine* sont bien installés dans leur habitacle. Max est un homme de taille moyenne : 1,75m, 77 kg. Même chose pour Milaine : 1,52m, 50 kg. Tous deux sont des... "Hybrid III". Des  mannequins qu'on projette sur un mur, dans un véhicule lancé à plus de 60 km/h ! Ils ont des centaines de capteurs sur le corps. Toutes les données du choc sont immédiatement analysées dans les laboratoires de l'IIHS (Insurance Institut for Hifghway Security **).

 

Le fait n'est pas validé, mais tout porte à croire dans l'actualité de cette semaine, que Max et Milaine sont... grecs ! On les installe, ceinture bien serrée, dans un véhicule dont on sait qu'il va aller se fracasser contre un mur.  Economie en berne : rentrées d'argent incertaines, dépenses non contrôlées, surendettement chronique, assèchement de trésorerie, défauts structurels d'administration du pays et cerise sur le gâteau, crise politique qui porte les extrêmes au pouvoir, dont le leader rentre chez lui après une dure nuit de négociation en clamant haut et fort qu'il... ne croit pas à l'accord qu'il vient de signer avec ses partenaires européens ! Reste à savoir, parce que c'est irrémédiable, ce que le choc va donner.

 

Dans le même temps, on apprend que ce qui devait être évoqué à 28 dans le Conseil Européen, n'a finalement été examiné qu'à 19 dans la zone euro. Et qu'au fil de la négociation, au petit matin, le cercle s'est restreint à quatre personnes : Angela Merkel, François Hollande, Donald Tusk (président méconnu du Conseil Européen) et le Premier Ministre Grec en exercice Alexis Tsipras. Le résultat de leurs "conversations" de fin de nuit a été soumis pour validation aux 15 autres membres de la zone euro. Et dès la semaine suivante, dans le respect des dispositifs adoptés par chaque nation, on a demandé à une poignée de majorités gouvernementales d'entériner ce qui a été décidé... à quatre !

 

Le déni de démocratie est flagrant. Les Grecs le hurlent, qui ont refusé à plus de 60% le plan d'austérité qu'on leur impose. Les observateurs internationaux sont sidérés, qui se demandent bien qui fait quoi en Europe ! Le mot d'Henry Kissinger (1970) est plus que jamais d'actualité : "l'Europe,  quel numéro de téléphone ?..." 

 

Conserver aujourd'hui la Grèce dans la zone euro, c'est commettre la même erreur que celle de son intégration en l'an 2000. Les mêmes causes vont produire les mêmes effets. Discuter d'une situation économique périlleuse à quatre, et en porter les données devant des Parlements aussi disparates que celui de la France, de l'Allemagne, de la Finlande, de la Lettonie et de l'Autriche, c'est faire preuve de l'existence d'un "bazar" politique qu'il est urgent de mettre à jour.

 

Mais il y a plus urgent : il faut sortir Max et Milaine de leur habitacle !

En effaçant tout ou partie de leur dette ?... C'est ce que dit la patronne du FMI, Christine Lagarde.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) les prénoms sont inventés

(**) www.iihs.org/iihs/videos

  

IMBROGLIO    

Martine Aubry vient de perdre la fédération PS du Nord. Son protégé, le député européen Gilles Pargneaux est écarté, au profit de Martine Filleul, dont le "patron", le ministre de la ville Patrick Kanner, avait demandé le retrait... La maire de Lille avait déjà perdu la présidence de la Métropole Européenne de Lille, au profit de Damien Castelain, jeune maire "non inscrit" d'une petite commune, Péronne-en-Mélantois, totalement inconnu dans le paysage politique régional, national et international.

 

Pendant ce temps-là, le Conseil Départemental est tombé aux mains de son premier opposant à Lille, le Sénateur Républicain Jean-René Lecerf. Et le président (PS) du Conseil Régional, Daniel Percheron, son "meilleur ennemi" de vingt ans, passe la main dans les élections de fin décembre à l'insaisissable Pierre de Saintignon, premier adjoint de Lille, totalement inconnu lui aussi des instances nationales et internationales. Il sera opposé au remuant Xavier Bertrand (Républicains) et probablement à la "dynamite" Marine Le Pen, dans une région recomposée vers le sud, avec Amiens, Saint-Quentin, et les quatre territoires de l'Oise (Beauvais, Clermont, Senlis, Compiègne) qui se demandent bien pourquoi on les rattache à Lille, alors qu'ils ne sont qu'à une demi-heure des gares de Paris-Nord et Saint-Lazare !

 

Dans le même temps, surgissent à Dunkerque, à Lille, et dans le Hainaut, des accords qui transgressent le cadre national. La Métropole Européenne de Lille est aujourd'hui le moteur principal de l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, une entité voulue et créée de toute pièce par l'ancien Premier Ministre, PIerre Mauroy, qui avait pressenti la nature "transfrontalière" de notre territoire. Dunkerque a fondé un GECT (Groupement Européen de Coopération Territoriale) avec la Weest-Vlandeeren (Flandre occidentale). Et un accord de même type lie la Communauté d'agglomération de la Porte du Hainaut du député (PCF) Alain Bocquet, Valenciennes, Saint-Amand les Eaux, avec le Hainaut belge. Chambre de Commerce et d'Industrie en tête, le Nord perçoit concrètement depuis l'an 2000 qu'il n'est plus " au nord de Paris", mais au "sud des pays du Nord". Il vit avec la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne du Nord, ce que l'Alsace a entrepris depuis longtemps avec la Rhénanie-Palatinat et le Bade Wurtemberg. Les "relations transfrontalières" sont bien établies, elles ont un solide temps d'avance sur la création "ex nihilo" des régions Nord Pas-de-Calais Picardie et Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes !

 

Défaillance des leaders, écartèlement de la région entre le nord et le sud. L'imbroglio est total. Qu'allons-nous faire de notre Région ? Qu'allons nous faire de la Métropole Européenne de Lille ? Quels projets allons-nous leur donner ? Qui va prendre le pas, piloter l'ensemble et le représenter sur la scène internationale ? Notre territoire est en grand danger de se désunir, au moment où il a le plus grand besoin d'être actif, entreprenant, et d'avoir un "numéro de téléphone" repéré et reconnu, en Europe et dans le monde entier.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Le "range" oublié

Etonnante publication de Jacques Attali, cette semaine, dans l'Express. Il y fait le grand écart entre Rotterdam et Le Havre. Il évoque le Canal Seine Nord, en affirmant que ce projet va faciliter l'arrivée des marchandises en Ile de France par les ports d'Europe du Nord, aux dépens du Havre. Et il n'y va pas avec le dos de la cuiller : "Deux ans avant le cinq centième anniversaire de la création du Havre, lance-t-il, on vient de mettre un clou sur son cercueil".

L'analyse est juste. C'est pour cela que le Canal Seine Nord est pensé. Il s'agit bien d'atteindre et de desservir l'Est de l'Ile de France, avant de rejoindre le couloir rhodanien, à partir des ports d'Europe du Nord. Et, si personne ne réagit, cela se fera effectivement aux dépens de la création d'un ensemble "portuaire" qui regrouperait Le Havre, Rouen et les méandres de la Seine aux abords de Paris-Ouest.

Elle a un défaut. Elle reste franco-française. Elle oublie que le " range des ports Nord-Europe", le long de la Manche et de la Mer du Nord, est un véritable chapelet de places portuaires qui s'égrène sur plus d'un millier de kilomètres. Et qu'entre Rotterdam et Le Havre, entre l'Allemagne du Nord, les Pays-Bas et la Normandie, il y a Zeebrugge, Anvers, et... Boulogne-Calais-Dunkerque ! Rotterdam est effectivement le troisième port mondial. Et c'est un concurrent majeur du Havre. Mais la réalité est bien plus complexe que cela. Nous sommes ici sur la deuxième façade maritime mondiale. Et l'immense métropole transfrontalière qui est en train de prendre corps le long de cette côte constitue une nouvelle entité, une "région" européenne, qui devrait faire exploser ce qui reste des frontières nationales et remiser les capitales dans le grenier de l'histoire des nations !

Le nouveau directeur de Dunkerque-Port, Stéphane Raison, ne dit pas autre chose quand il lance : "nous sommes dans une situation en train de changer !". Avant de décrire son projet phare : la reconquête du trafic de conteneurs. Il a l'enthousiasme posé de la quarantaine, une dizaine d'années d'expérience de l'économie maritime et portuaire, le regard perçant du manager qui mobilise ses équipes, un premier succès : le retour de la CMA/GCM (le troisième groupe mondial de transport maritime) sur les quais de Dunkerque, et une furieuse envie de donner à "l'hinterland", l'arrière-pays du Port de Dunkerque, la Flandre et la métropole lilloise, la place qui doit leur être réservée dans le vaste territoire urbain qui s'étend... entre Arras et Amsterdam !

Tirer à boulets rouges sur le Canal Seine Nord, rester focalisé sur la concurrence Le Havre - Rotterdam, c'est se tromper d'époque. Evoluer dans les couloirs d'un pouvoir parisien, dont les tapis prennent la poussière. Et ne pas voir surgir les vrais pôles de développement - transfrontaliers - de l'Europe du XXI° siècle.

Etienne Desfontaines

 

http://blogs.lexpress.fr/attali

www.espaces-transfrontaliers.org

Vertige

 Pathétique, le 1er mai de cette année. Le traditionnel défilé Bastille-République est passé inaperçu. "Femens" à l'appui, les écrans ont été envahis par la saga Le Pen. Père, fille et petite-fille se déchirent à la tête d'une formation qui se targue depuis les Européennes d'être le premier parti de France ! A ce stade, il ne faut pas s'y méprendre. L'implosion du Front National est une véritable déflagration, dans le paysage politique national.

 

Il était en effet - on peut en parler à l'imparfait - le dernier recours des français les plus désorientés, dans l'ère nouvelle que nous abordons. Le voilà hors-course. Les seconds couteaux vont s'empresser de faire le reste du travail. Et pendant ce temps-là, les autres partis ont fait long feu. L'UMP a fait la preuve de son inefficacité et de ses égarements. Le président Hollande est piégé par un taux de chômage qui ne cesse de grimper, quelles que soient la conjoncture et ses initiatives. Les écologistes palabrent entre eux, sans avoir le moindre poids sur le cours des évènements. La gauche de la gauche s'est marginalisée toute seule.

 

Le diagnostic est évident. Quinze ans après le passage de l'an 2000, à l'aube d'une ère dont nous n'arrivons toujours pas à définir les contours, les formations politiques de notre hexagone sont hors-jeu. "Has been", disent les anglais. Le terme ne peut pas être traduit par le simple qualificatif de "démodé". C'est bien pire que cela. Ce qui est "has been", c'est ce qui "a été"... Ce qui n'a plus cours, ce qui appartient au passé. Désuet, donc inutile.

 

Comment penser aujourd'hui la démocratie ? Comment penser des formations politiques qui répondent aux questions du monde moderne ? Droite, gauche, à la façon de Tocqueville et de Jaurès ? Nord, sud, à la façon de la Reine d'Angleterre et de Nelson Mandela ? Est, ouest, à la façon de Vladimir Poutine et de Barack Obama ? Atlantique, Pacifique, à la façon des dirigeants chinois et de l'émergence africaine ? La réponse doit-elle être seulement nationale ? Faut-il l'inscrire dans un projet européen qui lui donne une chance d'exister ? Faut-il d'emblée la positionner au niveau planétaire, planter une bannière et promouvoir une gouvernance globale qui régisse l'économie, l'écologie, la sociologie, les échanges culturels et finalement le bien-vivre ensemble, sur toute la surface de la terre ?

 

Notre impasse politique nationale donne le vertige. Celui des profondeurs, quand on en perçoit la désuétude. Celui des cimes, quand on la saisit comme une opportunité pour créer un nouveau monde. Reste un espoir. Que chacun, à sa place et dans ses responsabilités, reste maître de ses réactions et trouve le moyen de dominer son vertige.

 Etienne Desfontaines

 

 DEVISSAGE 

Les montagnards ont un mot rude pour dire la chose. Ils "dévissent". Ils perdent le contact. La main, d'abord. Et puis le pied. Avant d'aller s'écraser au fond du ravin. Nous n'avons pas, dans le Nord, cette expérience de la paroi. Et pourtant... Deux évènements récents nous amènent à penser que nous y sommes  bien "pendus" ! A deux doigts de lâcher prise.

 

Le premier est survenu dans une résidence paisible d'Hénin-Beaumont, à proximité du Centre Commercial (Auchan) de Noyelles-Godault. Circulation intense, recrudescence de cambriolages : les élus font passer une circulaire qui pose la question, oui ou  non, faut-il mettre en place des grilles remplies de pierres à l'entrée de la rue Casimir Teodorowicz ? Le "oui" l'emporte largement. On érige un mur ! Les riverains sont contents. Ils ont la "paix"...

 

Le second vient de se produire, chemin de Busignies, à Haubourdin. Des familles de roms jouent au chat et à la souris avec la municipalité. On leur demande de quitter un terrain, qui appartient à la Métropole Européenne de Lille (MEL). Ils obtempèrent, et ils s'installent sur... la parcelle voisine, qui relève du Conseil Départemental ! Le maire, excédé, fait déverser de la boue devant le campement ! Il aurait hésité, lit-on dans les colonnes de la Voix du Nord, entre "le grillage ou le lisier". Il clame qu'il agit au nom des riverains. Et il tonne : "On se moque de moi, de mon autorité en tant que maire. On s'installe sur des terrains de façon illicite. J'en ai ras-le-bol !"

 

Dans le premier cas, la municipalité de Steeve Briois arbore les couleurs du Front National. On n'est pas étonné de voir surgir des foyers de divisions. Dans le second, le maire divers droite d'Haubourdin, Bernard Delaby, vice-président de l'Espace Naturel Lille Métropole et vice-président de la Mission Locale des Weppes, crée la surprise. La violence du geste est inédite dans cette partie plutôt calme de la banlieue lilloise. Dans les deux cas, le dérapage est manifeste. Le "chacun-chez-soi", "chacun-pour-soi", l'emporte sur le sens du bien commun. Et le fait est d'autant plus grave, qu'il est commis par des élus, des municipalités qui sont sensées promouvoir l'intérêt général.

 

Nous ne sommes pas ici sous les ors de la République, à l'Assemblée, au Sénat ou sur l'un des neuf sièges du Conseil Constitutionnel. Nous sommes sur le terrain. Avec des élus, qui ont les mains dans le cambouis. Ils s'accrochent... à la paroi. Ils tiennent bon, dans la plupart des cas. Mais on le découvre tous les jours dans les colonnes de la PQR (Presse Quotidienne Régionale), ils sont de plus en plus nombreux à lâcher prise.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Drone story

 

  

 

Il est un espace vierge. Une nouvelle "conquête de l'Ouest", à portée de notre imaginaire. Nous nous pressons sur le sol : en voiture, en train et en métro, pour aller d'un point à un autre. Et nous finissons à pied les jours de grève, ou à l'arrêt dans les bouchons du matin. Pendant qu'à 10 000 mètres, les jets envahissent le ciel, couvrant l'azur de leurs trainées de condensation. Mais à 500 ou 1000 mètres d'altitude... A part quelques centaines d'hélicoptères ou de biplaces virevoltant au-dessus de leurs aéroclubs, on peut le dire, il n'y a pas grand monde !

Ce temps-là sera bientôt révolu. Le "Cinquième élément" de Luc Besson (1997) est pour demain. Sauf que ce ne sont pas des voitures, mais des drones que nous allons voir circuler au-dessus de nos toits. Des petits, des grands, habités ou robotisés, truffés de dispositifs numériques. Ils défraient la chronique en 2015, parce qu'ils surgissent un à un sur des points sensibles : l'Elysée, la Concorde, ou des centrales nucléaires. Mais il ne faut pas se leurrer. Ils seront des millions demain.

Les potentiels de ces engins pour le moins inesthétiques sont inouïs ! Sur le plan civil, on imagine la scène... Loïc habite au 3ème étage d'une résidence en plein coeur de Lille. Il reçoit une alerte sur son smartphone. Il gagne la terrasse au 15ème. Il tape un code sur le flanc de l'appareil qui vient de se poser, et il prend le colis qui lui est destiné. Exit : La Poste ! En redescendant, il croise un petit voisin qui se précipite dans la cage d'ascenseur : une dizaine de copains l'attendent dans le drone-hélicoptère de l'école qui vient lui aussi de se poser. Pas de pilote, comme dans le Val. Il tape son code, la porte s'ouvre. Et dix minutes plus tard, il est en classe. Exit le bus scolaire ! Une dernière publication de l'Usine Nouvelle* décrit les multiples applications à venir des drones, que ce soit dans l'industrie ou les services.

Sur le plan militaire, la "grande muette" est fidèle à sa réputation. Mais il est un fait, les drones sont en passe de devenir une pièce maîtresse du jeu militaire. On les a vus tourner en Irak, en Afghanistan, on les utilise en ce moment dans la plupart des interventions au Moyen-Orient,  sans que cela soulève l'opinion comme le faisaient les raids aériens. Un récent reportage de France 24 (**) précise qu'ils ne coûtent pas cher, qu'ils peuvent rester en l'air près de 24h, et transporter des armes offensives.

Cerise sur le gâteau, on apprend sur internet qu'un nouveau métier est apparu, qui recrute en masse. La société Techni-Drone, par exemple, recherche des télé-pilotes pour des missions artistiques et techniques (***).  Et l'US Army est en train de former des centaines de pilotes (**). On se précipitait autrefois pour passer un permis poids-lourd sous les drapeaux, histoire de trouver un emploi au retour dans la vie civile. Le Graal de cette décennie, c'est le permis "drones". Il est promis à un avenir certain !

Etienne Desfontaines

(*)  www.usinenouvelle.com/article/l-incroyable-potentiel-des-drones-civils.N235967

(**) www.france24.com/fr/20140508-reporters-drones-revolution-militaire-etats-unis

(***) http://techni-drone.com/

 

 

Le "gap"

 

 

Dans quinze jours, nous allons voter. Pour qui, pour quoi ? Les questions fusent. Il suffit de "tendre le micro" autour de soi, entre amis ou chez les voisins. L'imbroglio est total. Florilège.

  • Quelles différences entre les anciennes "cantonales" et les nouvelles "départementales" ?
  • Le Conseil Régional et le Conseil Général ne devaient-ils pas fusionner ?
  • Pourquoi deux nouveaux conseils "départementaux", dans le Nord et le Pas-de-Calais ?
  • A quoi bon voter, puisqu'on revote en décembre pour les Régionales ?
  • Notre ancien conseiller départemental, pardon… "cantonal", c'était qui ?
  • Y aura-t-il plus ou moins de cantons ?
  • Quelles sont les limites de mon canton ?
  • Qu'est-ce qu'il va faire, le Conseil Départemental ? Par rapport à la commune, la nouvelle Métropole Européenne de Lille et la Région ?
  • Qui va s'occuper effectivement du transport scolaire ?
  • Pourquoi mon association "d'aide à domicile" risque-t-elle de disparaître ?
  • Qui se présente dans mon canton ?
  • Est-ce qu'on vote pour un candidat ou une liste ?
  • On ne vote qu'une fois, ou deux fois ?
  • Ah, oui, c'est vrai… C'est quand, cette élection ?

 

Une telle insuffisance d'informations relève du pathétique. Les "élites", les élus municipaux par exemple, les animateurs d'associations, les présidents de copropriété, les gens "engagés" d'une façon ou d'une autre auprès des collectivités, savent bien ce dont ils parlent. Les autres, tous les autres, les "usagers",  ou les "citoyens" comme on les appelle quand on a besoin de leur vote, les gens des villes et ceux de la campagne, ceux de la métropole et ceux de la côte, ceux du bassin minier et les frontaliers, ceux qui habitent les quartiers huppés et ceux des quartiers déshérités, n'ont qu'une très vague idée de l'enjeu des élections de mars 2015 !

 

Les anglais ont un mot sec pour définir le fait. Ils parlent d'un "gap"…  C'est un écart. Un trou. Une distance sidérale, le mot est à la fois juste et grave, entre un peuple et sa démocratie. On annonce un taux d'abstention record. Un peu plus de 40% seulement des électeurs pourraient se présenter devant les urnes, 20% des jeunes (18-24 ans) ! Ce genre de situation, on le sait, profite aux extrêmes. Le FN va rafler un tiers des voix, soit 30%... de 40% des inscrits. Autrement dit : rien de bien crédible. Et on va en faire un évènement ! Les autres ramasseront les miettes, et se vanteront d'avoir gagné les sièges par le jeu du vote majoritaire. Ils retourneront dès le lundi matin dans leur anonymat. Parce qu'honnêtement, ce sera notre dernière question : qui est capable aujourd'hui de dire où va siéger le tout nouveau Conseil Départemental ? Et qui fera l'effort d'assister à l'une de ses séances publiques ?

 

Etienne Desfontaines

 

 

Halte au feu

 

 

Maintenant, ça suffit ! Des journalistes, des humanitaires sont égorgés face aux caméras. Les massacres se multiplient, en Afrique, en plein Paris. Ici, une fillette est transformée en bombe humaine. Là, on viole, on chasse des populations entières qui errent dans des terres hostiles. Aujourd'hui, un pilote jordanien est mis en cage, brûlé vif, sur la place publique. Dans la foulée, le Roi Abdallah II, celui-là même qui a battu le pavé parisien avec son élégante épouse, à deux pas de François Hollande et d'Angela Merkel, donne l'ordre de pendre deux de ses  prisonniers. Dont une femme, ancienne "kamikaze". Une pendaison… au XXI° siècle !  

 

Le fait est inimaginable. Insupportable. Il tombe quand même dans l'oreille de l'automobiliste, qui prend la première rue à droite et passe à autre chose. Dans celle de l'enfant, qui joue dans le salon et en absorbe toute la violence. Dans celle de la personne âgée, qui s'assoupit dans le fauteuil de la salle commune… Au pire, on prend la  video de plein fouet au détour d'un moteur de recherche. Au mieux, on ne peut éviter la photo floutée sur le premier écran venu. Trois heures plus tard, le fait est passé au second plan. La société est montée d'un cran, voilà tout, dans l'horreur quotidienne. On a laissé passer, de la même façon, la "Nuit de Cristal", en novembre 1938...

 

Réagir, c'est bien…  Agir, c'est mieux

Nous avons été plus de quatre millions dans la rue, le 11 janvier. "La réaction, a-t-on pu lire, a été à la hauteur de l'évènement." Sans doute.  Mais j'entends encore un patron des années soixante (la Thomson, à Lesquin) appeler son entourage à faire face, à être "responsable"… La guerre d'Algérie faisait rage. La division menaçait la nation. "Réagir, c'est bien, disait-il, agir, c'est mieux !"

 

Promouvoir la paix aujourd'hui, c'est s'insurger. C'est dénoncer toute cette violence, d'où qu'elle vienne. C'est investir les postes de responsabilités, quels qu'ils soient, politiques, sociaux, économiques, culturels ou religieux. C'est endosser l'intérêt général, au lieu de s'en tenir à son pré carré. C'est passer du temps, beaucoup de temps, à écouter ses partenaires, familles, voisins, amis, rivaux et adversaires naturels, pour tuer dans l'œuf la moindre source de conflit. C'est afficher clairement cet état d'esprit, et le répandre comme  l'eau dans la terre, pour qu'il imprègne toutes les couches de la société, jusqu'au plus haut niveau, national et international.

 

La tâche est immense. Elle a besoin de bras. "Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait !" Les propos de Mark Twain sont plus que jamais d'actualité. La réponse au terrorisme doit être globale, entend-on dire aujourd'hui. Ce n'est pas faux, mais pour y parvenir, elle doit d'abord être locale. Les cellules de résistance et les alliés ont mis du temps à se réunir en 1940, avant de faire tomber le régime nazi. Le contexte n'est pas le même, l'EI n'est pas l'Allemagne d'avant-guerre, mais c'est bien la même entreprise qui nous attend. Il y a mille et une façons de nous y mettre. Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Syllogismes

 

Dieu s'est fait homme

Or le rire est le propre de l'homme

Donc le rire est le propre de Dieu

 

L'humour a pour fonction de faire rire

Or le rire est le propre de Dieu

Donc Dieu a de l'humour

 

Moralité :

Dieu était dimanche dans les rues de Paris

On l'a vu à près de quatre millions d'exemplaires

Il avait une pancarte en main

"Je suis Charlie"

 

ED

Charlie story

-        Bonjour !

Le vent est glaçant, sur le coin du boulevard. Le rideau de fer du tabac-presse n'est pas encore levé. Ils sont une dizaine. Et ça bavarde.

-        Il y a longtemps que vous êtes là ?

-        Depuis 20 minutes, dit une vieille dame. Petits gants de cuir, foulard Hermès

-        Qui est le dernier ?

Il s'est serré dans une encoche de la façade. Il tire une main de sa poche, il a le nez rouge, le cheveu hirsute, la parka usée par les intempéries, mais le sourire en bandoulière !

-        C'est moi !

Je souris aussi. C'est l'effet "Charlie". Il reste dix minutes à attendre. Interminables. Le froid gèle la conversation, qui s'éteint. Le rideau se lève enfin. Le cafetier barre le pas-de-porte de sa forte personne :

-        Je n'en ai pas eu ce matin…

La queue se disloque immédiatement. Il n'y en a que deux qui réagissent. Brutalement.

-        Merde, alors ! Quel pays de cons !

Je rentre la tête dans les épaules. Et sur le chemin du retour,  je  me prends à penser :

-        Mais qu'est ce que je fais-là !

Tout ça pour avoir un exemplaire "papier" d'un journal que je n'ai jamais lu…

 

La réponse tombe dix minutes plus tard. Les réseaux sont opérationnels. Le format pdf du n° 1178  (14 janvier 2015) de Charlie Hebdo débarque sur les écrans. Je le feuillette à coups de clics. Le dessin de Luz sur fond vert est génial. L'éditorial dit tout : la laïcité au poing levé, l'insubordination permanente à coups de crayons. On y décèle une once d'amertume, face aux foules qui se sont levées pour proclamer "Je suis Charlie" : "Ces dernières années, écrivent les survivants de la rue Nicolas-Appert, nous nous sommes sentis un peu seuls à tenter de repousser les saloperies franches et les finasseries pseudo intellectuelles qu'on nous jetait au visage : islamophobes, christianophobes, provocateurs, irresponsables, jeteurs d'huile sur le feu, racistes, vous-l'avez-bien-cherché…" Mais il faut bien le dire,  le reste est plutôt brouillon. Il fallait être Cabu, Wolinski ou Charb pour ériger toutes les semaines une statue à la liberté d'expression !

 

Passée l'émotion, écoulés les millions d'exemplaires de ce numéro d'outre-tombe, l'avenir de Charlie Hebdo n'est pas tracé. Loin de là. Nous sommes à 10 jours de la tuerie. La haine reprend le dessus, on brûle le drapeau français, et les plus hautes voix religieuses retournent à leurs antiennes : "il est inadmissible que Charlie persiste et signe…", "on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision…". L'intolérance efface le rare moment de liberté que certaines rédactions se sont offert. Elles mettent un genou en terre, elles retirent des écrans les dessins qu'elles avaient "osé" publier… Comme la revue Etudes (www.revue-etudes.com) d'obédience jésuite. L'Ordre d'origine du Pape François, qui rassemble les foules en Philippine. 

 

Il y a des reculs, des abandons, que nous paierons cher.

L'histoire nous l'a appris. Ce sont les failles de la démocratie qui font le lit de la guerre.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Où allons-nous ?

 

L'hebdomadaire Le Point a publié le témoignage d'un professeur confronté aux réactions des élèves après le massacre de Charlie Hebdo. Il est édifiant. Nous vous le livrons in-extenso, non pas pour alimenter une polémique qui n'a pas lieu d'être mais pour démontrer que notre culture faite de tolérance et de respect des différences est aujourd'hui menacée jusque dans nos écoles. Il est urgent de laisser l'angélisme à quelques brillants esprits de salon et de s'attaquer sérieusement à ce mal qui nous ronge de l'intérieur. Ceci afin de ne pas dérouler le tapis rouge à un autre ennemi, tout aussi dangereux, qui commence par le repli sur soi et s'achève par le refus de l'autre.

Le matin du 8 janvier, nous avons reçu un courrier de notre ministre qui nous rappelait que l'école était là pour transmettre les valeurs de la République. En tant que professeurs, nous avons pour mission d'expliquer à nos élèves les faits, de les faire réfléchir, de les aider à comprendre.

"Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?"

J'ai d'abord eu un échange avec ma classe de 5e, composée de collégiens de 12 ans en moyenne. Ils étaient très silencieux. Sauf un qui m'a demandé : "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?" J'ai trouvé cette réaction violente. Ses camarades ont été choqués également. Ils sont jeunes, sans doute plus émotifs que leurs aînés. Je voyais que cet élève faisait semblant, il ne pesait pas ses mots. Il était dans la provocation.

J'ai rappelé les faits en commençant pas l'évidence : on a tué des êtres humains. Pour que la minute de silence soit ensuite respectée, j'ai dû "plomber l'ambiance", sinon ça n'aurait pas fonctionné. Je leur ai dit : "Vous vous rendez compte que les victimes sont parties hier matin en disant à tout à l'heure à leur famille ?" Il fallait éviter que d'autres s'amusent à jouer les caïds pour épater la galerie pendant ce moment de recueillement. Après la minute de silence, j'ai senti une lourdeur s'abattre sur la classe donc j'ai décidé de passer à autre chose. Je venais de voir quelques-unes de mes élèves de confession musulmane debout, la tête baissée, presque gênées, pour elles, pour leurs familles, ça doit être dur de voir certains faire l'amalgame.

Quant à ce qui s'est passé dans ma classe, cette provocation, ce n'est rien à côté de ce que certains de mes collègues ont dû affronter. Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient. Un petit de 6e de confession musulmane a carrément refusé de respecter la minute de silence. Tous ces élèves un peu "retors" ont été envoyés chez le principal de l'établissement et chez l'infirmière scolaire pour entendre un discours différent de celui qu'ils entendent sans doute chez eux.

En début d'après-midi, j'ai accueilli une classe de 4e. Ils sortaient d'un cours de français pendant lequel ils avaient entamé un vif débat sur le sujet. Ils étaient bruyants, agités, je leur ai proposé qu'on poursuive le débat pendant mon cours. Certains jugeaient cet acte effroyable, traitaient les terroristes de "barbares". Mais un élève a commencé à exprimer son désaccord. J'ai ensuite remarqué qu'une autre assise au fond de la classe attendait sagement main levée qu'on lui donne la parole.

"On ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète"

"Madame, me dit-elle, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !" Contrairement au précédent, cette petite pesait ses mots, elle n'était pas du tout dans la provoc. À côté d'elle, l'une de ses amies, de confession musulmane également, soutenait ses propos. J'étais choquée, j'ai tenté de rebondir sur le principe de liberté et de liberté d'expression. Puis c'est un petit groupe de quatre élèves musulmans qui s'est agité : "Pourquoi ils continuent, madame, alors qu'on les avait déjà menacés ?"

Plusieurs élèves ont tenté de calmer le jeu en leur disant que Charlie Hebdo faisait de même avec les autres religions. Leur professeur de français avait eu l'intelligence de leur montrer les unes de Charliepour leur montrer que l'islam n'était pas la seule religion à être moquée. Mais ils réagissent avec ce qu'ils ont entendu à la maison.

Tout cela a divisé les élèves

Ce qui me désole, c'est la fracture que cet événement tragique a créée dans des classes d'habitude soudées. Tout cela a divisé les élèves. Il régnait aujourd'hui une ambiance glauque, particulière. Cette classe de 4e sympa, dynamique, était soudain séparée en deux clans. Les communautarismes ont resurgi d'un coup. Et ça me fait peur pour la suite.

L'école doit transmettre nos valeurs, mais on est parfois un peu trahis par les parents. On apprend les principes républicains aux enfants, mais une fois à la maison ils en font bien ce qu'ils veulent. Ils n'ont plus confiance en nous, professeurs. Ils ne nous prennent pas pour des alliés, mais pour des ennemis. En tant que prof, tu te demandes ce qu'ils peuvent penser de toi, de nous enseignants, nous qui avons la foi de leur apprendre. Nous avons devant nous des jeunes citoyens qui ont des idées telles qu'on est obligé de se demander : "Où allons-nous ?"

 

La bascule

 

La-bascule.jpg- "Gérard, descend de là !"

 

Mon copain se fait rabrouer. Nous avons cinq-six ans. Nous nous retrouvons souvent au jardin de Fives (un quartier de Lille), derrière la caserne des pompiers. Il y a là, dans la cendre et sous les marronniers, une balançoire à bascule qui fait notre bonheur. La grande idée de Gérard, c'est de monter debout sur la poutre, d'avancer pas à pas jusqu'au point d'équilibre,  puis de la faire basculer doucement, avant de la descendre à toute vitesse par l'autre bout. Frissons garantis. L'enfance a le secret de ces jeux interdits, qui  lui apprennent la vie.

 

Je me suis souvenu cette année de Gérard, dans la nuit de la Saint-Sylvestre Nous mettons un temps infini à trouver l'équilibre. Rien n'est jamais acquis. La pente est rude, le progrès incertain. Les chutes sont fréquentes, souvent mortelles, surtout quand on prend de l'âge. Alors nous sommes heureux d'y parvenir, de poser le pied sur une réussite professionnelle, un bonheur familial, une guérison ou un nouvel amour. Et puis, le premier de l'an, tout est remis en cause. La poutre bascule, et nous nous retrouvons vite fait… sur la cendre. Face à un mur de nouvelles embûches, et devant une page entière de résolutions que nous ne tiendrons pas.

 

2015 ? Pensons politique. Nous allons élire des conseillers généraux ringardisés avant même d'entrer dans leur hémicycle. Nous allons aussi élire des conseillers régionaux, par voie de fait et sans bien comprendre ce qu'on nous demande. "C'est un passage obligé, disent les uns et les autres, éminents économistes et chefs politiques en tête,alors tâchons de réussir cette fusion avec la Picardie…"  On ne peut pas être moins enthousiastes. Il est probable que l'extrême-droite profite de nos défections.

 

Pensons aussi économie. La région doit se faire une raison. Elle a vécu la disparition de la mine, elle a perdu une bonne partie de sa sidérurgie, le textile est parti voir ailleurs ce qui s'y passe. Bientôt ce sera le tour de l'automobile, de l'agro-alimentaire et du verre. Soyons honnêtes : quel est le jeune couple, aujourd'hui, qui se met réellement en ménage au point d'acquérir ou de se faire offrir un service complet de Cristal d'Arques ? Les générations montantes ont d'autres idées en tête. Elles parlent numérique, bio-santé, énergies renouvelables, circuits courts et développement durable… Il va falloir développer des trésors d'adaptation.

 

Pensons encore social, culture et religion. Les migrants d'Europe et de l'hémisphère sud secouent notre bonne conscience. Le journal et le livre-papier subissent la pression de la tablette et du smartphone. L'effondrement du catholicisme vide les églises, tandis qu'on bâtit des mosquées…  Il y a des mutations qui nous laissent pantois.

 

Décidément, la montée sur la poutre 2015 s'annonce scabreuse. Et la descente, vertigineuse.

"Gérard, descend de là !"

Il a les genoux couronnés, Gérard. Mais on peut lui faire confiance. C'est un enfant comme les autres. Il lui faut désobéir, s'opposer à ses parents et finir par les quitter, pour réinventer le monde.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Apprendre à apprendre

 Une vague est passée, début décembre. Une vague médiatique, comme on en voit aller et venir tous les jours sur les plages de l'actualité. Le Conseil Supérieur des Programmes a remis fin novembre à la ministre de l'Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, une série de "premières propositions pour l'évaluation et la validation de l'acquisition du projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture…" de l'école primaire au collège. Le document fait 10 pages, denses et particulièrement instructives*. Il indique (p. 4) "qu'un travail collectif [doit être conduit] au sein des équipes éducatives au service d'une conception renouvelée de la notation…"Traduction immédiate de l'opinion publique : on va supprimer les notes !

 

L'affaire n'est pas si simple. Il n'y a pas un enfant qui ressemble à un autre ! A chacun ses talents, et ses handicaps. A chacun ses contraintes, et son potentiel de développement. A chacun aussi le droit d'être mis en confiance, de comprendre le chemin à parcourir et de savoir où il en est."L'erreur ne doit pas être ressentie comme une faute, dit le Conseil Supérieur de Programmes (p.3), mais analysée […] comme une information utile pour progresser…"  Il y a une vie sous le 2/20 récurrent en math ou en français ! Et le 11/20 au Brevet des Collèges n'a aucun sens, quand il fait la moyenne entre un 17/20 en math et un 4/20 en français !

 

Les experts du Conseil Supérieur des Programmes  l'ont bien compris. Ils font la différence entre "une évaluation d'apprentissage, une évaluation de certification, et une évaluation d'orientation". Dans le premier cas, il s'agit d'un devoir ou d'une leçon qui permet de valider une acquisition précise. Dans le deuxième cas, on valide le terme d'un cycle (apprentissages fondamentaux, consolidation ou approfondissements). Dans le troisième, on élargit l'analyse. On  dresse un tableau complet des capacités et des potentiels de développement du postulant, avant d'investir un domaine d'activité. Dans tous les cas, on le comprend à la lecture du texte, il ne s'agit pas de faire de l'évaluation une "sanction"(positive ou négative), mais un "moyen" de bien faire comprendre à l'enfant qu'il peut avoir confiance en lui-même, rester ouvert, curieux de tout, et surtout disposé à"apprendre".

 

Là est l'essentiel, dans l'éducation du XXI° siècle."Apprendre à apprendre". A l'école et au collège, il y a des savoirs fondamentaux à acquérir. Savoir lire, savoir écrire (sur papier et sur écran), savoir compter. Se repérer dans le temps et dans l'espace. Mais aussi, désormais, savoir accéder avec méthode à la masse d'informations, passées, présentes et à venir, qui repose dans la mémoire numérique. Victor Hugo avait tout en tête, quand il racontait Paris ou la plaine de Waterloo. Nous avons aujourd'hui accès à tout, sur les écrans. Plus que de mémoire, c'est d'une nouvelle forme d'intelligence dont nous avons besoin. C'est totalement inédit, et ce n'est pas vraiment une "discipline" facile… à noter !

 

Etienne Desfontaines

(*) www.education.gouv.fr (taper Conseil Supérieur des Programmes)

 

 

 La haine et le journaliste

 "Je sais bien que vous aimez bien toujours créer des haines." Je sursaute. Je ne veux pas croire ce que j'entends à la radio. Mais qui peut bien dire cela ? Pas le temps de vérifier. Le flot de défiance s'amplifie, jusqu'à la nausée :"Moi, je ne hais pas, parce que quand on hait ou quand on n'aime pas quelqu'un, on se rend malade soi-même… "

 

Trois fois le mot "haine", et son verbe "haïr", dans la même intervention.

Je  veux valider l'information, je cherche sur mon smartphone, et je trouve la référence*.  Libération, BFMTV, La Libre Belgique, et jusqu'à l'AFP… C'est bien le verbatim. J'observe le contexte. Un bon soleil d'automne, une foule tranquille, des allées serrées, des odeurs de cannelle et de vin chaud, une multitude de petits objets colorés dans des chalets d'hiver. Tout ici évoque Noël, jour de paix s'il en est, un mois à l'avance. Pas vraiment le lieu pour jeter l'anathème, et susciter le rejet ou le dégoût.

 

Alors qui a dit cela ? Disons-le clairement : c'est une autorité, une personnalité dont les mots portent parce qu'elle a une histoire et un avenir, dans son parti, dans sa ville, dans sa région, son pays et pourquoi pas en Europe. Je découvre, stupéfait, le visage de Martine Aubry, sur la place Rihour. Elle joint le geste à la parole. La tête qui se détourne, et le regard soudain jeté, mêlé d'ironie et de profonde dureté, à l'encontre de son interlocuteur : un journaliste, qui essuie les rires cassants du public.

 

Je frémis. Je me souviens des mots de Patrick Kanner, l'ancien président du Conseil Général du Nord, aujourd'hui Ministre de la Ville. Nous étions en juillet, sur les terres de Bouvines. Nous célébrions la paix, dans un moment chargé d'histoire.  "Aujourd'hui,  m'avait-il confié en faisant état de son expérience sociale et politique, j'ai peur de la haine !"  

 

Il est facile de jeter les corporations les unes contre les autres. Il est beaucoup plus difficile de convaincre ses interlocuteurs, de les rassembler, de les mobiliser dans un élan de paix. On devrait toujours choisir ses mots, et éviter celui de "haine", quelle que soit la circonstance.

 

Etienne Desfontaines

 

(*) www.bfmtv.com/politique/aubry-joue-en-double-avec-hollande-meme-s-il-y-a-des-desaccords-848165.html)

 Route du rhum

 

 

 

On l'avait appelé Jason. Personne ne connaissait son vrai nom. On l'avait ramassé, comme des milliers d'autres sur la côte africaine, on l'avait mis en cale, enchaîné à un misérable compagnon, balloté sur les mers. Et pendant qu'en France, la toute jeune Assemblée Nationale adoptait la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, on l'avait débarqué… à Pointe-à-Pitre. Il est descendu du bateau, hagard, couvert de vermine et affamé. Le "Saint-Esprit" était un des navires négriers de l'armateur Pierre-Jacques Meslé de Grandclos, qui avait fait les grandes heures de Saint-Malo. Il fallait bien compter deux mois de navigation, à l'époque, pour traverser l'Atlantique. Il n'y avait pas de satellite, pas de station météo, pas de liaisons numériques. Mais déjà, on faisait des affaires à l'autre bout de la terre. Le rhum faisait florès dans les cours européennes. Et déjà, on le voyait bien, les hommes étaient capables du meilleur comme du pire, dans leur entreprise pour dominer le monde !

Aujourd'hui, nous revenons sur la Route du Rhum. Par skippers interposés. Les "chevaux de feu" qui survolent les flots, immenses trimarans ou monocoques élancés, n'ont plus rien à voir avec les massives frégates du XVII° et du XVIII° siècle. Mais la passion est la même, qui pousse les navigateurs à traverser l'immensité. En 1978, pour la première édition, on a perdu Alain Colas et son "Manureva"au large des Açores. Le vainqueur, Mike Birch (Canada), et son challenger, Michel Malinovsky (France) ont mis plus de 23 jours pour  rallier Pointe-à-Pitre. D'autres grands noms ont suivi  : Marc Pajot, Philippe Poupon, Florence Arthaud, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyaux. Jusqu'au jour où Lionel Lemonchois, sur "Gitana 11"  (2006), a posé  le record de l'épreuve  en… 7 jours et 17 heures !

Le monde est ainsi fait. Nos progrès dépassent l'entendement. En 1789, nous avons tout repensé en France. Imaginé, conçu et organisé la démocratie. La Révolution Française est devenue une référence. Mais pendant ce temps-là, les maîtres de l'esclavage menaient grand train. En 2014, le navigateur Loïck Peyron caracole sur le "Banque Populaire", au cœur de l'Atlantique. Il est à deux doigts de battre le record de Lionel Lemonchois.  Mais, pendant ce temps-là, que devient la planète ? Elle fait face à un "mur". Démographie, politique, économie, social, énergies, écologie, santé, culture et religions : nous ne maîtrisons rien. Tout peut survenir. Dans trois jours, Loïck Peyron touchera au but. Nous en serons, nous, toujours au même point. Sans diagnostic construit, sans réel projet de gouvernance planétaire, sans autre perspective que les fermetures de frontières annoncées par les extrêmes. Dans la hantise des luttes fratricides entre nations, hémisphères et continents.

 

Etienne Desfontaines

 

www.routedurhum.com

 

(onglet Cartographie/ultimes)

 

 

Alsace:  

La mort dans l'âme

 

Elle est spectrale et implacable. La "Mort" de l'horloge astronomique de Strasbourg, un fémur à la main, sonne toutes les heures. Elle mène les hommes, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, au bout de leur destin. Le touriste ne peut pas l'éviter. L'Alsace, elle, ne l'entend plus… Elle est restée bloquée au jour de sa libération, le jeudi 23 novembre 1944.

 

 

Ce jour-là, la 2ème D.B. fait une avance fulgurante. Le serment de Koufra est tenu. Les trois couleurs flottent sur la cathédrale. Le Général Leclercq écrit au Général Eisenhower : "Strasbourg constitue un symbole de la résistance et de la grandeur de la France… La libération de cette ville a été le signe définitif de la résurrection nationale française…"  En deux lignes, il grave dans le marbre le destin de l'Alsace. Elle est française. Jusqu'au bout des doigts. Jusqu'au fond de l'âme. La moindre petite ville arbore ici la statue d'un maire, d'un évêque ou d'un simple citoyen, qui a refusé l'occupation allemande. Les  gravures naïves de Jean-Jacques Waltz, alias l'Oncle Hansi, envahissent les rues et les intérieurs. La gastronomie et la production vinicole l'emportent, dans le regard du visiteur, sur la recherche, la production industrielle et la modernisation du territoire.

 

Une analyse politique confirme le fait. L'Alsace se rétracte. Elle se dresse sur son histoire, mais elle s'enferme dans son rêve. Une Région aujourd'hui n'existe plus seulement au niveau de l'hexagone, elle doit être repérable dans le monde entier. Et que fait l'Alsace, qui est la plus petite région de France : elle délaisse les urnes en avril 2013 ! Du coup, le "non" l'emporte au référendum qui devait réunir ses assemblées régionale et départementales. Qui plus est, c'est l'Etat aujourd'hui qui lui impose une fusion d'une autre dimension, avec la Lorraine et la Champagne ! Et elle bat le pavé : 6500 personnes selon la police, 30 000 selon les organisateurs (UMP et chambres consulaires), dans les rues de Strasbourg, samedi dernier, pour dénoncer le projet. Pendant qu'on appose sur les panneaux des communes, Strasbourg et Mulhouse en tête,  un lancinant ruban noir en signe de deuil pour la "mort [annoncée] de l'Alsace" - 1,8 millions d'âmes – dans un ensemble de 5,5 millions d'habitants !

 

Il y a pire. Le quartier européen, la porte ouverte de Strasbourg sur le monde, s'avère exigu. C'est pourtant bien là qu'on a implanté, symboliquement, le siège officiel du Parlement Européen. Mais les députés n'y viennent qu'une fois par mois. Tout le reste, les commissions, les plénières additionnelles, et surtout l'exécutif : la Commission Européenne, le Conseil Européen, sans oublier le Comité des Régions, sont basés à Bruxelles. Dans le langage commun, d'ailleurs, on ne s'y trompe pas. Ce n'est pas "Strasbourg" qui décide, c'est "Bruxelles". C'est un signe. Un immense "coup de fémur" sur la cloche de l'horloge astronomique et sur la tête des Alsaciens. Nous avons doublé le cap de l'an 2000, l'Alsace doit se réveiller. Ne rien oublier, mais tout réinventer. Pour se donner un avenir.  

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Espérance  

 

Et si c'était vrai… A en croire les catholiques et l'Evangile, la résurrection est au bout du chemin. A en croire les musulmans et le Coran (23:99-104), " ceux dont (les bonnes actions) pèseront lourd dans la balance seront les bienheureux.  Et ceux dont (les bonnes actions) pèseront peu seront ceux qui auront ruiné leur âme."  A en croire les juifs et la Torah, l'essence divine que nous désignons comme notre âme, est éternelle, il ne peut pas en être autrement. En réalité, nous n'en savons rien. Nous ne connaissons pas les tenants et les aboutissants de notre passage sur terre. Nous compensons cette ignorance par une vie spirituelle intense,  comme on le répète volontiers, pour "donner du sens" à la vie.

 

 

 

 

Mais qui détient la vérité ? Le Christ sur sa croix ? Les catholiques, les protestants ou les orthodoxes ? Le prophète Mahomet, qui rapporte les propos d'Allah ? Les sunnites ou les chiites ? Moïse, qui descend du Mont Sinaï, avec les Tables de la Loi sur les bras ? Les ashkénazes ou les séfarades ? Y-a-t-il seulement "une" vérité ? Que faut-il penser de tous les autres dieux, des croyances hindoues, africaines, sud-américaines ? De la sagesse bouddhiste ?

 

 

 

Dans l'ignorance où nous nous trouvons,  c'est parole contre parole. Conviction contre conviction. Croyance contre croyance. Et c'est un fait acquis depuis l'origine des temps, les humains qui ont cette capacité exceptionnelle de penser l'origine du monde et son destin, se sont battus, étripés, exterminés, sur le sujet de la divinité et de l'éternité. Sans jamais trouver la paix. Sans jamais pénétrer vraiment, le mystère de la vie et de la mort.

 

 

 

Alors à quoi bon recommencer ? A quoi bon remettre l'ouvrage sur le métier ? A quoi bon sortir les couteaux et les mitraillettes pour imposer la "charia" ? A quoi bon relancer l'évangélisation ? Brandir la Torah en Israël ? Notre condition, notre histoire commune, le souvenir des massacres à caractère religieux, devraient nous amener à faire preuve d'une très grande humilité. Chacun peut croire ce qu'il veut, chacun peut adopter la conduite spirituelle qui lui convient, pour répondre à ses besoins fondamentaux : personne ne détient la vérité.

 

 

 

Tel est le mur qu'il faut opposer aujourd'hui aux "fous d'Allah" du Moyen-Orient. Tel est le prêche que tous les curés, tous les imams et tous les rabbins du monde, devraient donner à leurs ouailles. Nous ne savons pas d'où nous venons, nous ne savons pas où nous allons. L'espérance de vie éternelle a beau prendre mille et une formes, elle n'est qu'une espérance. Telle est la première et la seule  évidence que nous devrions tous porter au pinacle de notre vie spirituelle. Parce qu'elle porte un trésor en elle-même : elle est commune à tous les croyants.

 

 

 

Tel est aussi le chemin parcouru par Jean d'Ormesson, l'académicien préféré des français. A 89 ans, il entonne avec brio, comme toujours, un "chant d'espérance" (Editions Héloïse d'Ormesson – 2014) qui devrait aboutir sur toutes les tables de nuit !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

Chronique du

Maroc 2

 

     

 

Peur rétrospective.

 

Est-il bien raisonnable, comme je viens de le faire, de prendre un vol sec pour Marrakech, de louer une voiture et d'arpenter le Maroc dans ses profondeurs : Atlas, Sud et côte atlantique, en faisant étape dans de simples maisons d'hôtes ? Est-il bien raisonnable d'aller faire des photos dans le djebel, et d'aller prendre un thé à la menthe au fond du premier souk venu ? Il y a trois semaines, la question ne se posait pas vraiment. Aujourd'hui, c'est une hantise. Les réseaux du XXI° siècle ne connaissent pas les frontières. Le"djihadisme" l'a bien compris, qui étend son ostracisme sur les terreaux fragiles, les communautés rebelles et les populations les plus pauvres. Les Berbères en font partie. Alger n'a jamais vraiment réglé la question kabyle. Rabat n'a jamais réussi à intégrer non plus, sinon par la force, les populations du Haut Atlas. Quelques smartphones et un petit noyau d'illuminés suffisent. Le guide qui vous alpague, bon enfant, à l'entrée d'une medina : "Tu veux voir le souk ?" peut vous emmener en enfer ! Le doute s'insinue. Jusqu'à détruire, comme un cancer, toute possibilité de rencontre et de découverte. On ne peut pas s'empêcher de faire un amalgame. Désastreux.

 

 

 

Indignation

 

Quelques centaines de musulmans manifestent aujourd'hui à l'appel du Conseil Français du Culte Musulman devant la Grande Mosquée de Paris. La rue Georges Desplas peine à faire le plein… L'admonestation du président du CFCM, l'indéboulonnable Dalil Boubakeur : "Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie !" ne porte pas bien loin. Nous devrions être des milliers, des centaines de milliers. Musulmans, juifs, chrétiens, européens, africains et maghrébins. Nous devrions appeler les américains du Nord et du Sud, les chinois, les russes  et les indiens à la rescousse. Nous devrions tous prendre l'avion et investir le Djurdjura ! Former une immense chaîne humaine d'Essaouira à Hammamet, en mémoire d'Hervé Gourdel, pour opposer un front global de paix, d'espoir et d'humanisme, à l'ostracisme et la haine des "djihadistes" !

 

 

 

Nations Unies

 

Vaincre la peur et résister à la haine. Nos parents, nos grands-parents ont appris à le faire. En traversant un rang de la Wehrmacht sur le quai de la gare de Lille, ou en entendant les portières de la Gestapo claquer en bas de leur immeuble… Nous avons changé de siècle. Ce n'est pas la même guerre. Mais les réflexes, les attitudes et les comportements que nous allons devoir adopter, les explications que nous allons devoir donner à nos enfants, sont les mêmes. Il y a aussi une même étape à franchir. L'ONU est devenue aujourd'hui ce qu'était la Société des Nations. Ses résolutions sur la Syrie et l'Irak sont autant de coups d'épées dans l'eau ! L'inertie et l'inefficacité internationales ont fait le lit de l'EI. Il nous faut penser, bâtir et installer une gouvernance planétaire qui ait un réel crédit. Faute de quoi, cette nouvelle guerre est appelée à tourner à la catastrophe !

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

 

 

 

Chronique du

Maroc

 

Chronique-du-Maroc.jpg 

Le vent souffle sur Essaouira, belle ensorceleuse… La mer crache son écume. Elle attaque la roche, depuis des siècles, sans rien y changer. Derrière les remparts, la foule se presse entre les échoppes, bigarrée, touristes et "souiri" mélangés.

 

Il est grand, il porte le chèche et la djellaba. Nous nous arrêtons, sans savoir pourquoi, devant son étal. Des centaines d'objets en bois de thuya y sont soigneusement rangés : des bougeoirs, des cendriers, des bilboquets, des dromadaires et des statuettes, dont nous n'avons que faire. Il a capté un regard, un premier intérêt. Il nous lance le traditionnel :

 

·                                Bonjour, ça va ?

·                                Ça va, ça va…

Quatre syllabes suffisent. Il a repéré notre accent.

 

·                                Français ?

Il ne nous laisse pas le temps de répondre :

·                                Ici, c'est moins cher. Soyez la bienvenue, Madame.

Pourquoi Madame ? Pourquoi pas moi ? Aurait-il le sens du maillon faible ? Pas vraiment. La séduction, toujours. Il a belle allure, un regard de jais. Mais il n'a pas de chance. Nous n'avons vraiment rien à acheter chez lui. Le "plaisir des yeux", simplement. Nous le lui disons, avec le sourire. Et en dépit de son insistance, nous entamons la poursuite de notre chemin.

 

Nous ne faisons pas deux mètres. Les mots nous tombent dans le dos.

·                                La France est un beau pays, Madame !

·                                …

·                                Mais c'est un pays qui s'enfonce !

 

Je me retourne. Ce n'est pas de la haine. Ce n'est pas non plus de la hargne. C'est du dépit. Il a traversé la ruelle. Il nous désigne du doigt, pour valider son propos, et il se rassoit. De nouveau dans l'attente. D'un regard, d'une vente peut-être. "Mektoub", dit-on ici. Tout est écrit. Le destin l'emporte sur la volonté. La France reste un eldorado. Mais c'est fini, elle ne tient plus ses promesses. Il n'y aura bientôt plus qu'une élite, qui passera la Méditerranée. Dont la plus belle image est notre nouvelle ministre de l'éducation, Najat Vallaud-Belkacem.

 

Pour tous les autres, pour tous ceux qui ne répondent pas aux critères des universités marocaines en lien avec les grandes écoles françaises, l'immigration est devenue un parcours du combattant. Et ils sont légion. "32% des enfants, seulement, sont scolarisés dans le rural" dit le journal Le Matin, qui met la rentrée scolaire à la une. "21,9%  chez les filles". Et le taux d'achèvement des trois cycles ne dépasse pas la moitié des enfants scolarisés.  L'ONU** parle d'une "faible espérance de vie scolaire".

 

Pendant ce temps-là, pendant que l'éducation et la culture perdent du terrain, les smartphones, les tablettes, les écrans plats et les paraboles pullulent dans les foyers et sur les terrasses, suscitant l'envie, le besoin, l'exigence de la vie facile. Et le dépit. Sinon la haine, au cœur de la désespérance.

 

Etienne Desfontaines

www.mogador-essaouira.com

www.un.org.ma

 

 

Le trottoir

d'à côté

     

"Tu verras bien qu'un beau matin fatigué, j'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté…" La rengaine d'Alain Souchon (1976) fait partie de celles qu'on traîne toute la journée, quand on l'attrape le matin sous la douche ! Et elle insiste : "tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi, assis par terre comme ça…"On savait que la rentrée serait difficile pour François Hollande. On a le choix : elle est "pathétique" pour les uns, "tragique" pour les autres. Mais le résultat est le même. La seule question qui taraude les français, aujourd'hui, est la suivante : "comment fait-il pour tenir ?"

Pas la peine d'énumérer les échecs et les causes de soucis. Politique, économie, social, vie professionnelle, vie publique, vie privée : tout part à vau-l'eau. Lorsqu'il se présente devant les micros en marge du sommet de l'OTAN, vendredi à Newport (Ecosse), le président français a le regard perdu, la voix haute et feutrée, un débit de parole incertain. Il adopte la posture du cadre moyen qui se sait rejeté par ses collaborateurs et condamné par sa hiérarchie : il se raidit. Et il scande : "J'agis, et j'agirai jusqu'au bout."Mais tout dit le contraire : le choix des mots, la tête rigide, les gestes étroits. Il s'adosse à la fonction, au lieu de la porter : "les institutions, elles sont là et elles sont fortes." Et il parle en creux, de ce qui lui reste de responsabilités :"mon devoir, dit-il, c'est de ne pas céder à je ne sais quelle pression, c'est de régler les grandes questions qui sont posées à la France…"  Tout est dit. C'est un devoir, ce n'est plus une mission. C'est une résistance aux pressions, ce n'est plus une ambition. Ce sont des questions à régler, ce ne sont plus des projets ni des perspectives d'avenir.

Le temps est venu. A la crise financière et économique, aux révolutions sociales, techniques et culturelles qui nous bousculent, nous sommes en train d'ajouter une secousse politique dont nous n'imaginons pas l'ampleur. La gauche est usée. La droite est dissoute. Les extrêmes décochent leurs flèches de haine, et les menaces se précisent au-delà des frontières. L'histoire ne se répète jamais, mais pour le coup, il y a des lignes de force que nous ne pouvons pas ne pas voir ! Nous avons été une grande nation. Bien malin qui peut dire de quoi sera faite la page d'histoire, que nous sommes en train d'ouvrir.

Etienne Desfontaines

 

Léo et Marie  

Marie se met le menton dans les mains. Elle a beau faire, retourner ses comptes dans tous les sens : il lui manque 378 € pour équilibrer son mois. Et en septembre, ce sera pire. Les impôts, la rentrée… Léo, son mari, est chef mécanicien chez Peugeot. Elle est infirmière au CHU.  Elle lève les yeux. Elle observe ses deux enfants, Virginie (8 ans), Martin (6 ans), qui jouent dans le jardin. Le soleil illumine leurs cheveux blonds…

 

 

·                                Chéri ?

·                                Mmmhh…

·                                Qu'est-ce qu'on fait ?

·                                Comment ça, qu'est-ce qu'on fait ?

·                                Il faut prendre une décision.

·                                ….

·                                Mais ne reste pas comme ça, à la fin ! Dis quelque chose !

·                                On peut prendre un crédit ?

·                                Oui, ça passe… Tout juste…

·                                Ben, alors ? Où est le problème ? On y va, Marie ! Il vaut mieux vivre avec des dettes qu'avec des puces !

·                                Bon, moi je veux bien… Mais un crédit, ça veut dire que dans trois ans, par exemple, on aura remboursé un capital, plus les intérêts. Le capital, on l'aura mangé. Les intérêts, c'est de l'argent qu'on dépense encore en plus… Et on en sera au même point.

·                                Dis-donc, toi ! T'aurais pas fait Terminale Finances ? Tu parles comme une banquière !

·                                Emmanuel Macron, aussi.

·                                Hein ?... Qui c'est, celui-là ?

·                                Notre nouveau ministre de l'économie !

·                                Eh alors, qu'est-ce qu'il a à voir ?

·                                Ecoute bien… Il dit qu'on doit réduire nos dettes, travailler plus, dépenser moins – autrement dit faire des choix dans notre train de vie – pour assainir notre budget avant de nous lancer dans d'autres projets…  Ça ne te rappelle pas quelque chose ?

·                                Si, bien sûr, c'est ce qu'on devrait faire…  Mais tu as entendu ce qu'a dit Arnaud Montebourg ? " La croissance avant la rigueur !"  Faire rentrer de l'argent, avant d'éponger la dette. Qu'est-ce que tu en dis ? On reprend un crédit, on se refait et ça repart, non ?

·                                Il a dit : faire rentrer de l'argent. Un crédit, ce n'est pas de l'argent qui rentre. C'est de l'argent qui sort. On en rend tous les mois, et on paie pour ça ! Au final, tu ne comprends pas, ça ? C'est une dépense en plus !

·                                Tu n'as pas tort…

·                                J'ai raison !

·                                Mmmmhh…

·                                Alors… Qu'est-ce qu'on fait ?

·                                Montre voir, ce qu'on dépense tous les mois ?

 

La suite de l'histoire ?... Surveillez votre smartphone cette semaine. Les nouvelles vont tomber. Brutales. En provenance de l'Université d'été du Parti Socialiste à La Rochelle, et du Conseil Européen à Bruxelles. Croissance ou rigueur : le débat fait rage dans toutes les familles ! Politiques, aussi.

Etienne Desfontaines

 

La France en Europe

     

 Ahurissants. Il n'y a pas d'autres mots. Tels sont les propos du président de la République, François Hollande, dans l'édition du Monde du 21 août 2014, à propos de la place de la France en Europe : "pour la France, lance-t-il à ses interlocuteurs, l'Europe doit être une protection : une protection de nos intérêts, de nos droits, de nos valeurs dans le monde, une protection pour nous défendre face aux menaces, mais aussi une protection par rapport aux excès de la mondialisation…"

 

On se frotte les yeux. Le premier conseiller municipal venu apprend cela dès le lendemain de son élection : il n'est pas là pour défendre ses intérêts, ni ceux de ses proches voisins, ni même ceux de son quartier. Il est là pour prendre en charge les intérêts généraux de sa commune, pour la promouvoir dans sa globalité. Il lui faut dans la plupart des cas prendre des décisions difficiles, souvent contraires aux intérêts de ses voisins immédiats, pour contribuer au développement de l'ensemble de ses concitoyens. Il en est de même dans les assemblées métropolitaines, départementales, régionales, nationales, européennes et internationales. C'est une règle de base de la vie civique. Un élu n'est pas là pour protéger ses proches ou son territoire, il est là pour contribuer, avec toutes les forces et les qualités de ceux qui l'ont élu, au développement de l'intérêt général. Il se doit même de prendre la tête de dossiers délicats, et les mener à bien, quelles qu'en soient les conséquences pour les siens, avec conviction et détermination.

 

En tenant de tels propos, qui doivent être – on veut l'espérer – une mauvaise expression de sa pensée, le président fait défaut à la nation. Il la met implicitement en position de faiblesse. Il tient sans doute un langage de réalité. Les dernières élections ne nous mettent pas en position de force au Parlement Européen, le nom de Pierre Moscovici ne fait pas l'unanimité, loin de là, dans la liste des "nominés" aux postes de commissaires européens – le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, ne le voit pas faire respecter la rigueur  budgétaire dans l'Union Européenne, alors qu'il n'y est pas arrivé en France… – et  le front social-démocrate qu'il a voulu opposer à l'Allemagne avec l'italien Matteo Renzi a fait long feu. Mais il ne répond pas à ce qu'on attend de lui, il ne tient pas un langage de membre du Conseil Européen.

 

De fait, ce n'est pas vers lui que les regards vont converger le samedi 30 août, dans la prochaine réunion du Conseil Européen [1] qui va élire son président et son haut représentant aux affaires étrangères, avant d'examiner la liste des membres de l'équipe de Jean-Claude Juncker.

 

Il fut un temps où François Mitterrand était président de la République, et Jacques Delors président de la Commission Européenne. Les "Mémoires" de Jacques Delors [2] sur le sujet sont particulièrement instructives. Ce temps-là est révolu. La position actuelle de la France, et les propos de son président, ne supportent pas la comparaison.

 

Etienne Desfontaines

 

[1] www.european-council.europa.eu/special-meeting-of-the-european-council-30-8

 

[2] "Mémoires" Jacques Delors (Plon 2004) 

CONTAGIONS (2)

 

"Aujourd'hui, j'ai peur de la haine"

 

 

 

Le tramway klaxonne, à l'arrêt dans le carrefour. Un homme lui passe sous le nez, en levant les bras au ciel, hors du passage piéton. L'individu fait un pas de plus, il se retourne, et quand la motrice repart avec prudence, il relève la tête et… crache à la fenêtre du conducteur ! L'incivilité à l'origine de la situation est manifeste. Elle est quotidienne, sur le Grand Boulevard. La violence du geste est sidérante. Elle est profondément empreinte de mépris, et de haine.

 

 

 

Elle fait écho aux propos du président du Conseil Général du Nord, Patrick Kanner (photo). Il répondait à nos questions le dimanche 27 juillet à Bouvines, le jour anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste. Ambiance feutrée, dans le parc de la propriété de l'ancien maire, Félix Dehau. Les cérémonies religieuses et officielles se sont déroulées dans la ferveur et la dignité. Les premiers verres libèrent les langues. La conversation roule sur les trois thèmes forts de l'association Bouvines 2014 : la Paix, l'Europe et la Jeunesse. Patrick Kanner se prête au jeu. Il se félicite de l'harmonie qui règne sur la pelouse. Mais deux questions plus pressantes suffisent. Il abandonne le sourire de circonstance, et il lâche dans un souffle : "aujourd'hui, j'ai peur de la haine !"

 

 

 

Nous ne sommes pas à Gaza. Nous ne sommes pas non plus à Donetsk, ni dans le califat djihadiste au nord de l'Irak. Nous sommes à 10 km de Lille, dans la belle et paisible Pévèle. La petite école est à deux pas de là, le vent joue avec les blés de l'autre côté de la route…  Il y fait bon vivre, mais le président du Conseil Général, lui, broie du noir. Ses dossiers l'y obligent. RSA, personnes âgées et handicapées, protection maternelle et infantile, collèges, gestion de l'eau et voieries départementales : il a les deux mains dans le cambouis. Et il voit monter les frictions, les intolérances, les ruptures sociales, urbaines et rurales, les misères et les solitudes qui cassent les acquis – quand il y en a – de l'éducation. Ce sont autant de facteurs de divisions, de rancoeurs qui s'enkystent, qui se transforment en haines tacites, avant de devenir verbales et violentes.

 

 

 

Les haines sont ainsi. Familiales, locales, régionales, nationales et internationales. Les médecins parlent d'une"pathologie silencieuse". On ne la voit pas venir. L'intérêt personnel, la préférence familiale par exemple, l'emporte sans le dire sur le collectif. On est altruiste dans les discours, égoïste dans les faits. De l'estime de l'autre à la mésestime, le pas est vite franchi. Et lorsque la "pathologie"devient"bruyante", lorsque le racisme flambe dans la conversation sans qu'on y prenne garde, il est trop tard. La contagion a fait son œuvre. "Il vaut mieux prévenir que guérir" dit le proverbe. Le "Docteur" Kanner n'en est plus là. Il voit le moment venir où il va devoir utiliser son "arsenal thérapeutique" : la contrainte, la répression. Avant de fermer son cabinet. Pour cause de fusion avec le Conseil Régional.

 

 

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 

CONTAGIONS

 

CONTAGIONS.jpg Le virus Ebola fait des ravages en Afrique de l'Ouest. Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria…  C'est une véritable traînée de poudre. "Hors de contrôle" disent  les responsables de Médecins Sans Frontières. En Europe, le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, déclare que le virus Ebola est "une menace" pour son pays. La ministre française de la Santé, Marisol Touraine, prend une  posture plus responsable : "La France a les moyens de faire face à Ebola, dit-elle, même si une extrême vigilance s'impose..." Elle insiste sur le fait qu'avec son collègue des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, elle a donné "des recommandations pour ceux qui se rendent dans les pays concernés". Et elle le martèle : "c'est sur cette prévention en amont, qu'il faut travailler !"

 

 

 

Elle a raison. S'il y a un virus qu'on connait bien, c'est l'ebolavirus.  Il appartient à la famille des filidovirae. Il y a longtemps qu'on le décrit. On connait ses réservoirs : les chauves-souris. Les singes,  les porcs domestiques, les humains y sont sensibles. On a analysé son pouvoir pathogène : il sature tous les organes de particules virales, à l'exception des os et des muscles squelettiques. Le sang coagule, les caillots s'accumulent. Le cerveau, le foie, les reins, la peau et les intestins nécrosent. Les hémorragies internes  se multiplient. On a détaillé son mode de transmission, par contact direct avec les liquides organiques (sang, sperme, excrétions, salive…). Les rituels funéraires africains, lavage du corps, rinçage des mains dans une bassine commune, le favorisent. Les symptômes sont tragiques. Douleurs et fièvres, puis diarrhées et vomissements, avant les redoutables hémorragies internes. La mort survient en moins de 10 jours par choc cardio-respiratoire dans 50 à 90% des cas. Il n'y a ni vaccin, ni traitement.

 

 

 

Le seul moyen d'enrayer l'épidémie relève effectivement de la prévention : information et éducation de la population, instauration des règles d'hygiène de base, déclaration et prise en charge spécifique des malades, formation et protection des personnels hospitaliers, mise en quarantaine des personnes au contact des malades.

 

 

 

Les recherches en laboratoire doivent être menées avec un niveau de biosécurité renforcée. C'est le cas du laboratoire P4 Jean Mérieux (Lyon), qui est le seul à travailler en France sur le virus Ebola [1]. Des premiers vaccins existent à l'état expérimental, ils doivent être validés chez l'homme. Mais dans l'immédiat, ce n'est pas la médecine qui va enrayer l'épidémie. C'est la culture, l'éducation, le savoir-faire des responsables politiques, sociaux et religieux, qui peuvent modifier les pratiques, obtenir qu'un minimum d'hygiène règne dans les populations.

 

 

 

La tâche est immense. Elle a besoin de bras. Elle s'applique d'ailleurs à bien d'autres formes de contagions, à commencer par la plus virulente, celle qui répand le feu et le sang plus que jamais dans le monde : l'égoïsme, la tentation de domination et la haine ! Nous y reviendrons.

 

 

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

 [1] www.p4-jean-merieux.inserm.fr/fr

 

L'ARMEE DES OMBRES

 

Samedi 12 juillet 2014, au petit matin, parking de la mairie de Bouvines. Ils ne sont qu'une poignée, autour du député Thierry Lazaro et du maire, Alain Bernard. Des adjoints, des amis, des coulonneux. Le soleil n'est pas de la partie, et le temps presse. Dans la camionnette qu'on a amenée devant l'entrée de la mairie, une cinquantaine de "loges". Des casiers dans lesquels on transporte les pigeons voyageurs. Ceux-là sont venus spécialement de Charente-Maritime !  

 

 

Le président de l'Entente des Coulonneux du Pévèle-Mélantois, Jean-Michel Vandersippe, prend la parole. Un bref discours, pour décrire le concours et rappeler le rôle des pigeons en 1914 : "on les utilisait, dit-il, pour transmettre au commandement des renseignements de la plus haute importance…" Le maire de Bouvines transpose le propos. Il parle d'Europe et de paix. Sans s'étendre, parce que le moment est venu.

 

A 9 heures précises, règlement de concours oblige, on ouvre les loges. Un froissement d'ailes surprend la petite assistance [1]. Elle se retourne. Les 1214 pigeons qu'on a lâchés pour célébrer l'anniversaire de la Bataille de Bouvines sont déjà loin, au-delà du clocher de l'église Saint-Pierre. Symboles de paix, de liberté et d'espérance, ils se sont envolés dans l'anonymat. Personne ne les a vus survoler la Picardie, Paris et la Beauce. Personne ne les a remarqués entre Lesquin et Roissy. La journée leur a suffi pour descendre à Rochefort, Royan ou Cognac. Et lorsque qu'ils ont posé une patte sur la tablette de leur pigeonnier, épuisés par leurs 700 kilomètres de vol continu, on a juste constaté l'heure de leur arrivée. Personne n'a rien dit, la presse n'en a pas fait état, mais ils sont entrés dans la lumière… de "L'armée des ombres" ! [2] Les faiseurs de paix ont ceci de particulier : là où ils sont, dans tout ce qu'ils entreprennent, et dans le charivari des divisions et des haines qui tiennent le haut du pavé, on ne les voit pas. Ce sont bien eux, pourtant, qui éclairent les générations à venir.

 

Etienne Desfontaines

 

[1]  www.bouvines2014.fr  taper colombophilie

[2]  Joseph Kessel  est à Londres, quand il finit de rédiger l'ouvrage en 1943.

       Il sera édité à Alger, puis réimprimé à la Libération

 

 

 

 LILLE

 PLAN B DE STRASBOURG

Il se voyait président. Le jeu politique en a décidé autrement. Le 7ème vice–président de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU) en charge de la "métropole  citoyenne", le député-maire UMP de Marcq en Baroeul, Bernard Gérard, a développé une certaine vision de la métropole lors de l'intronisation de la nouvelle présidente de son Conseil de Développement, Agnès Démotié.

Il évoque d'abord Alfred Mongy (1840-1914). "C'était un homme, lance-t-il, qui avait eu une grande vision de la métropole, avec ses hommes, ses marchandises, sa structure multipolaire. Et pour la développer, il avait ouvert… le Grand Boulevard !"  Et il élève la voix, en s'appuyant sur les recommandations des patrons de la Chambre de Commerce, l'ancien ministre Philippe Vasseur en tête : "il faut trouver une solution, clame-t-il, la thrombose permanente de notre réseau routier bloque le développement économique du territoire !" Sans oublier de tacler les écologistes en deux temps trois mesures : "on prend son vélo quand on le peut,scande-t-il, sa voiture parce qu'on le doit, et les transports en commun… quand il y en a !"

Il fait ensuite de Lille une place européenne. "Strasbourg est plus que jamais remis en cause, lance-t-il, le transport mensuel du Parlement Européen dans la capitale alsacienne coûte cher… Lille est à deux pas de Bruxelles, réflé

A lire

                            Liens

 

 

« Le monde comme il va » : et si l'on s'arrêtait un peu pour réfléchir ?

 

Libfly interroge André Soleau

 

La voix du Nord parle du Monde comme il va

 

Le Club de la Presse accueille André Soleau

 

http://adan.blogspirit.com/

 

Voici ce qu'écrivait notre ami Etienne Desfontaines

en octobre 2014 :

 

Espérance

 

Charlie-Hebdo.jpgEt si c'était vrai… A en croire les catholiques et l'Evangile, la résurrection est au bout du chemin. A en croire les musulmans et le Coran (23:99-104), " ceux dont (les bonnes actions) pèseront lourd dans la balance seront les bienheureux.  Et ceux dont (les bonnes actions) pèseront peu seront ceux qui auront ruiné leur âme."  A en croire les juifs et la Torah, l'essence divine que nous désignons comme notre âme, est éternelle, il ne peut pas en être autrement.  En réalité, nous n'en savons rien. Nous ne connaissons pas les tenants et les aboutissants de notre passage sur terre. Nous compensons cette ignorance par une vie spirituelle intense,  comme on le répète volontiers, pour "donner du sens" à la vie.

 

 

Mais qui détient la vérité ? Le Christ sur sa croix ? Les catholiques, les protestants ou les orthodoxes ? Le prophète Mahomet, qui rapporte les propos d'Allah ? Les sunnites ou les chiites ? Moïse, qui descend du Mont Sinaï, avec les Tables de la Loi sur les bras ? Les ashkénazes ou les séfarades ? Y-a-t-il seulement "une" vérité ? Que faut-il penser de tous les autres dieux, des croyances hindoues, africaines, sud-américaines ? De la sagesse bouddhiste ?

 

Dans l'ignorance où nous nous trouvons,  c'est parole contre parole. Conviction contre conviction. Croyance contre croyance. Et c'est un fait acquis depuis l'origine des temps, les humains qui ont cette capacité exceptionnelle de penser l'origine du monde et son destin, se sont battus, étripés, exterminés, sur le sujet de la divinité et de l'éternité. Sans jamais trouver la paix. Sans jamais pénétrer vraiment, le mystère de la vie et de la mort.

 

Alors à quoi bon recommencer ? A quoi bon remettre l'ouvrage sur le métier ? A quoi bon sortir les couteaux et les mitraillettes pour imposer la "charia" ? A quoi bon relancer l'évangélisation ? Brandir la Torah en Israël ? Notre condition, notre histoire commune, le souvenir des massacres à caractère religieux, devraient nous amener à faire preuve d'une très grande humilité. Chacun peut croire ce qu'il veut, chacun peut adopter la conduite spirituelle qui lui convient, pour répondre à ses besoins fondamentaux : personne ne détient la vérité.

 

Tel est le mur qu'il faut opposer aujourd'hui aux "fous d'Allah". Tel est le prêche que tous les curés, tous les imams et tous les rabbins du monde, devraient donner à leurs ouailles. Nous ne savons pas d'où nous venons, nous ne savons pas où nous allons. L'espérance de vie éternelle a beau prendre mille et une formes, elle n'est qu'une espérance. Telle est la première et la seule  évidence que nous devrions tous porter au pinacle de notre vie spirituelle. Parce qu'elle porte un trésor en elle-même : elle est commune à tous les croyants.

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

1492 - 2015

 Christophe Colomb et l'ISS

Les images passent en boucle dans les JT. L'allemand Alexander Gerst vient de rentrer de l'ISS (International Space Station). Passionné de géophysique et de volcanologie, photographe expérimenté, il a ramené une extraordinaire série d'images, qui suscitent beaucoup d'émotion [1]. Le commentaire sur le site de l'ESA (European Space Agency) est éloquent  : "this ultra high definition video shows the best our beautiful planet has to offer !"  En clair, il faut être à 400 kilomètres de notre bonne vieille terre, pour nous rendre compte de ce qu'elle a de mieux à nous donner…

Etrange sentiment de splendeur et d'inquiétude. De splendeur, parce qu'aucun artiste n'atteindra jamais la cheville de l'auteur d'une telle harmonie de formes et de couleurs. Inquiétude, parce que jamais image n'a démontré avec une telle évidence la fragilité de notre existence. Notre terrain de jeu n'est pas bien grand. Les questions fusent. D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Alexander Gerst dirige notre regard vers la terre pour nous réconforter. Mais les 307 hommes et femmes qui l'ont précédé dans l'ISS le savent bien : là n'est pas l'essentiel !

 

La vidéo d'Alexander Gerst me fait penser à ce marin – le seul – dont on raconte qu'il se postait à la poupe de la"Santa Maria", la caraque [2] de Christophe Colomb en 1492. Il contemplait les côtes du Portugal qui s'évanouissaient derrière eux. Tous les autres, les 86 membres de l'expédition répartis sur la "Santa Maria", laNina" et la "Pinta", portaient déjà le regard à l'avant. Ils pensaient aboutir sur les Indes Orientales. Mais c'est le "Nouveau Monde", qu'ils ont atteint !

 

La voilà, la vraie question : quelle est notre nouvelle Amérique ? Ils sont six hommes et femmes actuellement dans l'ISS. La russe Elena Serova, le commandant Barry E. Wilmore (USA), les deux autres russes  Alexander Mikhailovich et Anton Shkaplerov, le colonel Terry Virts (USA) et l'italienne Samantha Cristoforetti. Ce qui les fascine, en dehors de toutes les expériences qu'ils mènent en fonction de leurs spécialités, c'est ce qui passe dans le hublot opposé à celui d'Alexander Gerst… Ils ont l'espace devant eux. Un infini dans lequel nos basiques notions de temps et d'espace se noient dans la théorie de la relativité. Ils piétinent d'impatience, parce qu'ils savent qu'ils ne sont qu'au tout début d'une immense aventure.  

 

En 1492, les Portugais ont vu les voiles de Christophe Colomb disparaitre au bout de la mer. Et ils ont attendu son retour.  Nous avons, nous, la chance inouïe d'accompagner nos astronautes sur internet. Alors, pour le 1erjanvier 2015, je vous souhaite tous à ne pas rester figés à la poupe de la"Santa Maria"… Je vous invite à vous poster près de la figure de proue. Et à porter le regard loin, très loin, devant vous. Un "Nouveau Monde", dangereux et passionnant, vous attend.

 

Bonne et heureuse année 2015 !

 

Etienne Desfontaines

 

[1] www.youtube.com/watch?v=lNwWOul4i9Y

 

[2] caraque : bateau côtier portugais, plus robuste que les "caravelles" 

Cap au Nord

Cap-au-Nord-copie-1.jpg C'est une image qui parle d'elle-même. Tous les voyageurs qui descendent la nuit sur Lille, Londres ou Bruxelles, le disent. Et le fait est confirmé, vu de satellite(photo). Ils atterrissent dans un vaste tapis de lumière. Une conurbation à la façon de Los Angelès (Californie), qui fait face à l'Angleterre, qui couvre le Nord Pas-de-Calais, la Flandre jusqu'à Bruxelles, les Pays-Bas, la Rhénanie et la Basse-Saxe en Allemagne.

 

 

Il faut se rendre à l'évidence. Au nord de Lille, on ne quitte pas la ville. Gand-Anvers, Rotterdam-Amsterdam, Dusseldorf-Dortmund-Hanovre et jusque Brême et Hambourg : on traverse un ensemble urbain dense et multipolaire. Par contre au sud, une fois passé le bassin minier, Béthune-Lens-Arras dans le Pas-de-Calais, Douai-Valenciennes-Maubeuge dans le Nord, on tombe dans le noir… On distingue bien le point lumineux d'Amiens, et la tâche claire de l'agglomération parisienne. Mais il y a une vraie distance,  entre Lille, Paris et la capitale picarde.

 

Dans ces conditions, la réunion du Nord Pas-de-Calais et de la Picardie, dans le cadre de la réforme territoriale en France, n'est qu'un épisode déjà daté. Un Pierre Mauroy, l'ancien maire de Lille, l'ancien Premier Ministre de François Mitterrand, l'avait bien compris, qui avait jeté des ponts entre Lille, Kortrijk et Tournai. Nous devons faire converger nos énergies vers le nord. C'est une mutation, une révolution, qu'il nous faut accomplir. Pour entrer de plain-pied, dans le troisième millénaire.

Etienne Desfontaines

 

 

Néerlandais

Het is een beeld dat voor zich spreekt. Alle reizigers die ’s nachts landen in Lille, Londen of Brussel, zeggen het. En het wordt bevestigd door satellietfoto’s. Ze landen op een uitgestrekt lichttapijt. Een stedengroep zoals Los Angeles (California), recht tegenover Engeland, die zich uitstrekt over de regio Nord-Pas-de-Calais, Vlaanderen, Nederland, Rijnland en Nedersaksen in Duitsland.

 

We kunnen er niet om heen. Ten noorden van Lille verlaat men de stad niet. Gent-Antwerpen, Rotterdam-Amsterdam, Düsseldorf-Dortmund-Hannover, tot aan Bremen en Hamburg : we doorkruisen een dicht en meerpolig stedelijk gebied. Ten zuiden van Lille onder het mijnbekken – Béthune-Lens-Arras in het departement Pas-de-Calais en Douai-Valenciennes-Maubeuge in het departement Nord – heerst er totale duisternis … We zien enkel de lichtjes van Amiens en de heldere vlek van Parijs en haar voorsteden.Maar Lille, Parijs en de Picardische hoofdstad liggen op grote afstand van elkaar.

 

Gelet op die omstandigheden is de samenvoeging van de regio’s Nord-Pas-de-Calais en Picardie, in het kader van de territoriale hervorming in Frankrijk, reeds achterhaald.Pierre Mauroy, voormalig burgemeester van Lille en voormalig Eerste Minister onder François Mitterrand, die bruggen had geslagen tussen Lille, Kortrijk en Tournai, had het goed begrepen. We moeten ons volledig richten op het noorden. Het is een omwenteling, een revolutie, die we tot een goed einde moeten brengen. Om het derde millennium probleemloos binnen te stappen. E.D.

 

 Anglais

This is an image that speaks for itself.  All travellers arriving in Lille, London or Brussels at night say so, and satellite images confirm it (photo). They land in a vast “carpet of light”.  A conurbation in the style of Los Angeles (California), but facing England and covering Nord Pas-de-Calais, Flanders, the Netherlands, the Rhineland and Lower Saxony in Germany.  

 

One must recognize that when travelling north of Lille, one never really leaves the city.  Ghent-Antwerp, Rotterdam-Amsterdam, Düsseldorf-Dortmund-Hannover and up to Bremen and Hamburg :  one travels through a dense and multi-polar urban area.  To the south, however, once having passed the mining basin, Béthune-Lens-Arras in the Pas-de-Calais department and Douai-Valenciennes-Maubeuge in the Nord department, total darkness reigns...  One can only see the lights of Amiens and the bright spot indicating the Paris agglomeration.  But there is quite some distance, really,  between Lille, Paris and the capital of Picardy.

 

Under these circumstances, the merger of Nord Pas-de-Calais and Picardy within the framework of the territorial reform in France is nothing but the formal recognition of a past reality.  Pierre Mauroy, former mayor of Lille and former Prime Minister under François Mitterrand, who built bridges between Lille, Kortrijk and Tournai, clearly understood that.  We have to direct our energy towards the north.  It’s a change, a revolution we have to bring to a good end, in order to enter the third millennium with confidence.  E.D.

 

 

 

Place Delors 

place-delors.jpg

Dimanche matin, 9 novembre 2014 – La lumière est belle. Il fait un de ces soleils d'hiver, qui ne réchauffe que les yeux. Ils arrivent devant moi, main dans la main, et je les cueille dans mon objectif. Julien et Aurélie Milleville sont de Tourcoing. Ils s'apprêtent à passer un moment agréable dans la rue commerçante de Menin.

Bonjour, vous savez où vous êtes ici ?  

……

Place Delors. "Delorsplein" en flamand….

……  

Je vois leur désarroi. Alors, je continue. Je tente une explication. Et je m'enfonce.

Jacques Delors… Vous connaissez ?  

….

Tenez, regardez ! Vous voyez le panneau, là-bas ? De ce côté, vous êtes à Halluin. Et de l'autre, attendez, laissez passer le bus, vous voyez ? Vous êtes à Menin. "Menen" en Flamand. Nous ne sommes pas ici en France, nous ne sommes pas non plus en Belgique. Nous sommes dans une sorte de no man's land, sur une frontière… en Europe ! C'est pour cela qu'on a donné le nom de Jacques Delors à cette place.  

 

Mon discours leur donne le temps de réfléchir. Ils sourient, ils sont heureux. Nous détaillons le sujet. Et c'est lui qui conclut la séquence :

Merci, Monsieur ! J'ai appris quelque chose !  

 

Tant pis pour le "Monsieur" ! On a la soixantaine qu'on mérite. Je les observe, tandis qu'ils repartent, main dans la main. Ils n'ont pas trente ans, et ils me laissent avec mes doutes. Un micro trottoir ne constitue pas une étude, mais tout de même ! Cette inculture, cette méconnaissance du passé récent de l'Europe…  Il y a 25 ans, jour pour jour, nous assistions médusés à la chute du Mur de Berlin. Jacques Delors dirigeait la Commission Européenne*. Dix ans auparavant, Simone Veil avait présidé le Parlement Européen. Que reste-t-il de cet espoir, de cet élan, dans la tête d'un jeune ménage en promenade à Menin ?

 

La réponse tombe dans l'émission de Franz-Olivier Giesbert,"Les Grandes Questions" sur France 5. Il évoque cette semaine le sujet des frontières. La philosophe-écrivain Eliette Abécassis les efface volontiers. Mais elle va droit au but, elle interpelle le bouillant Daniel Cohn-Bendit qui lui fait face. "Sur quoi allons-nous fonder notre identité commune, lui demande-t-elle, en Europe ?" Le vieux lion de Mai 68, le tagueur des politiciens et des économistes dans les travées du Parlement Européen, use d'abord de subterfuges. Il parle pour ne rien dire. Il construit intérieurement sa pensée. Avant de reprendre l'argument majeur des promoteurs de l'Europe : l'Histoire. "Tous les européens ont souffert de la guerre, lance-t-il, ils n'en veulent plus !" Il a raison. Mais il ne s'en rend pas compte, les jeunes n'entendent plus ce raisonnement-là. Ils n'y sont plus sensibles. Et cela ne suffit pas à bâtir une identité commune. Français d'un côté de la place Delors, Flamands de l'autre : qu'est-ce qui nous unit ? Le plat pays, la bière et les frites ?  Nous y reviendrons.

 

Etienne Desfontaines

 

 [*] www.notre-europe.eu  (onglets : nous connaitre, Jacques Delors)

 

 

 

Craquements de

carapaces

 

Mue de la cigale

Mue-de-la-cigale-copie-1.jpgL'histoire commence un vendredi matin de novembre des années 1980. Un patron de l'industrie du médicament a réuni ses cadres. Jambes écartées, mains sur les hanches, chemise tendue sur un ventre proéminent, il les apostrophe : "vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas laissé tomber votre carapace !" Il faisait état des habitudes, d'une charge de l'histoire et d'une culture patiemment acquise dans l'entreprise, mais désormais révolue. Le monde du médicament changeait. Il fallait s'y adapter. Ce soir-là, nous étions rentrés, selon une autre de ses expressions : "propres comme des sous neufs !" Nous avions fait notre mue. (photo)

La leçon vaut dans les entreprises, mais aussi dans tous les domaines de la vie.

Elle est plus que jamais d'actualité. Prenons trois exemples.

Ebola ? - Albert Schweitzer (1875-1965) doit se retourner dans sa tombe, à Lambaréné. Il y a cent ans, il avait compris qu'il fallait aller en Afrique. Sa démarche était évidemment teinte de l'esprit de colonisation de l'époque. Mais elle a inspiré par la suite bien des ONG. Et nous y aurons mis du temps, mais nous y arrivons : notre carapace d'occidentaux est en train de tomber. Les US en tête, les européens dans leur sillage, nous nous apercevons que nous ne pouvons pas laisser les gouvernements d'Afrique de l'Ouest affronter seuls la catastrophe sanitaire. La réponse doit être massive, globale. Elle nécessite une gouvernance planétaire.

La "prise de parole" de Martine Aubry ? - Sa contribution aux Etats Généraux du parti socialiste (www.ensemble-reussir.fr), est un modèle du genre. Elle voit bien par exemple "la mutation numérique et les chocs écologiques [qui] accouchent d'une troisième révolution industrielle".Mais elle y répond par une "social-démocratie" qui n'a rien de "nouvelle". C'est "une idée qui vient de loin, dit Jean-Yves Archer dans Les Echos, et notamment des travaux du fameux et fécond club Echanges et Projet : un des creusets du… delorisme." On ne se refait pas. La carapace de Martine Aubry est encore solide. Au point même d'adopter l'attitude de son père devant Anne Sinclair en 1995 : elle le clame haut et fort, elle n'est candidate à rien. Par crainte de ne pas y arriver ?

L'Eglise de Lille en synode ? - Deux cent personnes, paroissiens, chrétiens et pratiquants, et leurs évêques, se réunissent (www.synodelac.fr) à Merville. Dans un ancien séminaire, vide de toute vocation. Le symbole est fort. Il leur faut faire face. Rénover les communautés. Ils mettent tous leurs efforts à penser "une paroisse qui marche".Sauf que… La paroisse dont ils parlent désigne une aire géographique, un territoire et ses habitants, qui datent du temps où on ne se déplaçait guère, à pied ou à cheval, au-delà de quelques kilomètres. Alors que les jeunes qui aiment se retrouver le dimanche soir à Saint-Maurice Lille, par exemple, toutes batteries et guitares électriques dehors, viennent de loin ! Et ils ont leurs smartphones à la main ! La frontière des "paroisses" a volé en éclat. La carapace de l'institution, elle, est encore bien résistante. 

Etienne Desfontaines

 

Une enfance, quel avenir ?  

Difficile d'être un enfant en 2014. Trois informations en un jour le confirment : à peine sortis du cocon, il leur faut abolir l'esclavage, gravir à mains nues un nouveau système éducatif, et réinventer le monde !  

Vendredi 10 octobre, smartphone (AFP) – Le Prix Nobel de la Paix 2014 est une toute jeune pakistanaise, qui défie les Talibans. Malala Yousafzai résiste à la haine. Elle est repérée, propulsée sur la scène internationale. Elle monte à la tribune de l'ONU, elle demande aux dirigeants mondiaux "d'envoyer des livres, pas des armes" dans les pays pauvres ! Son acolyte du Prix Nobel de la Paix, le militant indien Kailash Satyarthi (60 ans) est une véritable star en Inde, où il a "libéré" plus de 80 000 enfants du travail forcé. Il organise des raids, il monte des programmes contre les usines qui emploient des enfants comme des esclaves. Il s'en prend aux clients occidentaux, pour leur demander"d'effacer la tache que représente l'esclavage humain !"

Vendredi 10 octobre, édition du "Monde"  – Les experts du WISE (World Innovation Summit for Education) se réunissent comme tous les ans au Qatar. Ils annoncent un système éducatif bouleversé en 2030. Soit, dans quinze ans ! La journaliste du Monde, Maryline Baumard, lâche une formule lapidaire : "l'école telle qu'on la connait aujourd'hui sera très vite enterrée !" Avant d'énoncer les enjeux du XXI° siècle : 1 - l'éducation se fera tout au long de la vie; 2 - les compétences personnelles seront plus essentielles que la maîtrise des connaissances, qui resteront accessibles à tout moment; 3 - les apprentissages seront fournis par des plates-formes en ligne; 4 - le professeur ne sera plus celui qui dispense un savoir, mais un guide qui apprend… à apprendre; 5 - l'institution scolaire deviendra certificatrice de contenus, qui seront délivrés par le privé et les  entreprises. A ce stade, ce n'est plus une évolution, c'est une révolution qui se prépare.

Vendredi 10 octobre, édition de "Croix du Nord" – 700 terminales de l'Enseignement Catholique du Nord Pas-de-Calais sont reçus dans le grand amphithéâtre des Facultés Catholiques. A l'affiche de la séance, trois experts de haut niveau (un cadre d'entreprise, un essayiste-écologiste, un politique) sur un sujet ambitieux : "Le monde vous est donné.  Quelle responsabilité ! Quelles responsabilités ?"Un point d'exclamation d'abord, sur la "responsabilité",pour dire la gravité de l'héritage annoncé. Un point d'interrogation, ensuite, pour en soulever toutes les opportunités et les menaces. Laurent Grzybowski, de l'hebdomadaire "La Vie",  leur demande de poser des questions par SMS. Le résultat ne se fait pas attendre. Il a créé un réseau, pour le meilleur et… pour le pire ! C'est une révolte silencieuse qui sort des claviers. En synthèse : "votre monde, on n'en veut pas !"  Il faut le savoir, la génération montante ne va pas hésiter : elle va casser le moule. Avant d'enfanter un autre monde. Dans la douleur.

Etienne Desfontaines

 

Miroir,

 

 

Ô mon beau miroir

 

 C'est la première chose qu'on apprend dans un conseil municipal. Savoir lire un budget. Parce qu'on y découvre la vie du village. Sa façon de vivre, ses projets et ses antécédents. Sa personnalité aussi : conservatrice ou ambitieuse. Pas besoin d'en rajouter dans le détail des lignes et des colonnes. Une courbe  et  trois  tableaux suffisent. On entre dans le cœur du sujet, comme… dans une glace sans tain ! Le budget de l'Etat 2015 n'échappe pas à la règle.  On a dit une courbe ? Prenons celle de la croissance. On a dit trois tableaux ? Prenons ceux du déficit, de la dette et des dépenses publiques. Et faisons le constat. La France joue les Cendrillons ! Sauf qu'elle est encore en robe de bal, alors que la fête est finie depuis longtemps !

1 - La croissance ? La courbe annoncée ressemble à un lever de soleil ! 0,4% du PIB en 2014, 1% en 2015, 1,7% en 2016 et un plateau de 2% les trois années suivantes. Fascinant, il n'y a pas d'autre mot. Les services de Bercy y croient dur comme fer. Du coup, ils inscriven