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Etienne Desfontaines



 

Quel président,

pour quel Parlement ?

 

Il l'a décidé. Il rentre à Berlin. L'Allemand Martin Schulz a fait savoir en novembre dernier qu'il ne briguerait pas un troisième mandat à la présidence du Parlement Européen. Soixante et un ans, une belle assise politique, membre actif du Parti Social Démocrate, député européen, président du Parti Socialiste Européen (PSE) rebaptisé Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D), il devient en 2012 un des prestigieux successeurs de Simone Veil à la Présidence du Parlement Européen. Il y mène une véritable campagne de promotion de la démocratie européenne. Il y est réélu le 1er juillet 2014, en s'appuyant sur la "grande coalition", un accord entre les deux principaux groupes du Parlement Européen, le Parti Populaire Européen (PPE) et l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D). Il impose sa faconde et ses options, il tient tête à la Commission Européenne et au Conseil Européen. Il se répand dans les medias, pour promouvoir une certaine idée de l'Europe. Plus unie, plus forte, plus solide, dans tous les domaines, intérieurs et extérieurs.

 

Mais aujourd'hui, c'est dit. Il jette l'éponge. Il fait le choix de briguer la tête du Ministère des Affaires Etrangères de sa nation, dans le prochain cabinet d'Angela Merkel. C'est un poste qui lui semble plus à même de répondre à la problématique des années à venir que les institutions européennes, plus que jamais aléatoires.

 

Le départ de Martin Schulz est une catastrophe, et il est passé sous silence. Il ne fait pas le poids dans les medias, face aux élucubrations d'un Donald Trump ou aux coups de menton d'un Vladimir Poutine. C'est pourtant un des sujets les plus graves de ce début d'année. Les 751 eurodéputés européens sont livrés à eux-mêmes.

 

La belle entente du PPE (droite et centre-droit) et du S&D (sociaux-démocrates) a volé en éclat. Les europhobes et l'extrême droite sont en embuscade. Deux italiens et un belge tiennent la corde, dans une lutte totalement inédite. Antonio Tajani  est le membre fondateur de Forza Italia, un ancien porte-parole de Sylvio Berlusconi.... Autrement dit, un Trump à l'européenne ! Le socialiste Gianni PItella clame que l'Europe a besoin de la gauche pour mettre fin à l'austérité aveugle... Une fuite en avant assurée à coups de crédits sur les générations à venir ! Et l'ancien Premier Ministre belge, Guy Verhofstadt, la joue "à la belge", façon "médiateur", qui cherche le compromis comme il l'a fait entre flamands et wallons. Il aboutit toujours à un statut quo, dont aucun destin ne peut se satisfaire !

 

Quel président, pour quel parlement européen ?

Lorsque nous sortirons en mai 2017 de notre élection présidentielle franco-française, qui se vautre dans le caniveau des primaires et des candidatures hors-cadre, il sera trop tard. Notre destin sera scellé. Nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer, dans le tourbillon des évolutions de la planète.

 

Etienne Desfontaines

 

 

Le plongeon

 

Le phénomène se reproduit tous les ans. On s'embrasse dans la Nuit de la Saint-Sylvestre. En famille, entre amis, dans le salon ou dans la rue. On se presse sur les places publiques une bouteille de champagne à la main. On allume des pétards, on brûle aussi des voitures. Et on danse, en smoking ou en marsupilami, jusqu'au bout de la nuit.

 

A vingt heures, le président de la République dit des mots que personne n'écoute. Plus que jamais cette année, puisque François Hollande nous a annoncé son retrait. Aucun intérêt. Et parce que, de toute façon, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, sur les Champs-Elysées ou dans le fond d'une salle polyvalente, avec ou sans feu d'artifice, nous le clamons avec Juliette Greco* : "il n'y a plus d'après... plus d'après-demain, plus d'après-midi, il n'y a qu'aujourd'hui !" 

 

Reste que l'aube se lève. Imperturbable.

Et que le réveil est difficile. Le fêtard n'en revient pas encore, en 2017. Il se retrouve à 10 mètres de haut. Il tente de garder l'équilibre sur un plongeoir, dont la souplesse lui donne la nausée. Et il le sait. Il n'y a pas de retour possible. Il lui faut plonger tête la première dans...l'eau glacée de l'incertitude des mois à venir.

 

Incertitude géopolitique, incertitude européenne, nationale, territoriale. Incertitude démographique, écologique, financière, économique, culturelle et religieuse. Incertitude sociale et sociétale. Tous les domaines que nous approchons dans la vie, privée, publique ou professionnelle, sont en cours de "transition". Le Larousse ne s'y trompe pas, qui définit la transition comme "le passage d'un état à un autre". Avec un synonyme : la "mutation" dont l'étymologie n'est rien d'autre que la "mue". Et l'histoire, comme la zoologie, nous apprennent que ces temps-là sont des moments... de grande fragilité.

 

C'est à cette transition que nous devons tous nous atteler. Gens de peu et gens de bien. Décideurs ou simples citoyens. Si nous le faisons pas, si nous n'adoptons pas une nouvelle façon d'être et un état d'esprit d'ouverture, si nous ne nous lançons pas à l'aventure, prêts à en découdre avec des éléments dont nous ne connaissons ni les tenants ni les aboutissants, alors nous resterons de bois. Et nous serons fossilisés, comme les forêts dont nous prélevons sans vergogne le pétrole, jusqu'à l'épuisement.

 

Il n'y a qu'un souhait à formuler en janvier 2017. C'est qu'une fois atteint le fond de la piscine, nous donnions le coup de pied salvateur pour remonter à la surface. Prendre un peu d'oxygène. Et retrouver le plaisir d'évoluer avec nos congénères sur... des eaux un peu plus calmes, un peu moins angoissantes, que celles de l'année dernière.

 

Etienne Desfontaines

(*) www.youtube.com/watch?v=_6pAS3gexS8

Abattu

 

 

Il y a deux mots pour le dire. "Abattu" ou "neutralisé". Le premier est direct. Conforme à la réalité. Le second est diplomatique. Il laisse libre cours à la pensée de celui qui l'entend. Mais le résultat est le même. Le tunisien, le djihadiste Anis Amri, l'auteur de l'attentat de Berlin est mort. Dans une rue de Milan. A Berlin, on respire. La menace d'un autre attentat est écartée. Ailleurs, on se pose des questions sur la cavale du tueur. Sur la perméabilité des frontières européennes. Et sur le fait que ce soit un contrôle de routine, qui l'ait fixé et éliminé.

 

Sur les écrans, on voit fleurir naturellement les commentaires. Dont un micro-trottoir. Une dame dans un marché quelque part en France, qui fait froid dans le dos : "Moi, je suis contente qu'il soit mort..." Oeil pour oeil, dent pour dent. La loi du Talion, appliquée à la lettre. Le contraire de tout de que nous avons voulu, en France et Europe, avec la volonté politique de François Mitterrand, le travail de Robert Badinter, et le rejet de la peine de mort le 18 septembre 1981 l Confirmé par le Protocole n°13 à la Convention Européenne des Droits de l'homme, ouvert à la signature en 2002, ratifié par tous les membres de l'Union Européenne et clairement posé comme condition à l'entrée dans l'institution européenne.

 

Il dit les choses de manière claire, ferme et définitive. "La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine. Aucune dérogation n'est autorisée. Aucune réserve n'est admise."  Dans ces conditions, on comprend bien l'acte de légitime défense des policiers italiens. Mais on ne peut pas admettre qu'un citoyen français, européen de fait, dise publiquement qu'il est "content" qu'il soit mort. Les familles, la nation allemande et l'Union Européenne aurait dû avoir droit à un procès.

 

La haine engendre la haine. Le droit est le seul rempart que nous ayons pour ne pas tomber dans l'apocalypse - comme à Alep - et protéger la vie. Prenons-en soin. Et ne le laissons pas bafouer, devant un étal de marché, ou dans la plus banale de nos conversations. Entre les huîtres et le foie gras des fêtes de fin d'année, par exemple, dont nous jouissons en paix et en pleine liberté parce que des hommes de l'ombre se sont levés, il y a 70 ans, pour nous, et pour toute notre descendance !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Noël au bunker

 

 

Noël 1939

Le conservateur Arthur Neville Chamberlain est le Premier Ministre du Royaume Uni. Il est un des signataires de l'accord de Munich. Les déclarations de guerre sont tombées en pagaille en automne. La "drôle de guerre" bat son plein. On  n'entend pas encore le son du canon, mais son discours est alarmant. "Si les peuples s'abandonnaient, lance-t-il, s'ils laissaient triompher l'injustice, ils ne tarderaient pas à connaître la future épreuve de l'histoire..."  On connait la suite.

 

Noël 2016

L'attentat de Berlin secoue l'Allemagne, l'Europe et la communauté internationale. Un camion ravage un marché de Noël, au pied de "l'église du Souvenir". Une ruine conservée dans son état, à la suite des bombardements de la seconde guerre mondiale. On ne peut pas ne pas faire le lien. L'histoire trouve toujours des chemins différents pour se répéter.

 

Nous faisons face à de nouvelles menaces. Et comme en 1939, nous nous "bunkérisons". C'est le réflexe de la Ligne Maginot. Grillages et plots de béton autour des marchés de Noël (notre photo, Place Rihour à Lille), retour des contrôles aux frontières, prolongation et banalisation de l'état d'urgence, tentation de rejet des réfugiés. Défiance aussi  vis-à-vis de l'Europe. Populismes et patriotismes, démographiques et économiques, qui font florès.

 

Les démons des années 30 sont à l'oeuvre. La Syrie et la volonté d'hégémonie de Vladimir Poutine, les soubresauts issus des Printemps Arabes et le cancer récurrent de la question d'Israël, sapent les velléités de l'ONU et l'équilibre de la peur établi dans les années 60.

 

Le Général Pierre de Villiers, chef d'Etat-Major des Armées, en profite pour réclamer encore "l'effort de défense" nécessaire. Il ne disait pas autre chose, il y a deux ans, sur le perron de l'Eglise Saint-Pierre de Bouvines, où l'on tentait à l'occasion du 800ème anniversaire de la victoire de Philippe-Auguste de parler de Paix, d'Europe et de Jeunesse....

 

Les choix de 2017

Il n'y a pas trente six mille solutions. Soit nous nous refermons sur nous mêmes, comme une huître qui se brûle au contact du citron. Soit nous décidons de sortir de notre coquille. Français, et fiers de l'être, nous nous portons aux avant-postes d'une Europe qui rattrape les anglais par la peau du dos, qui donne une véritable colonne vertébrale et démocratique à ses institutions, et qui impose au monde ses options, ses ambitions et son pouvoir d'apaiser les peuples. Son intention aussi de créer une nouvelle organisation internationale, hors les murs de New York. Une institution qui élimine de son titre la notion de "nations", et qui prenne à bras-le-corps... le sort de la planète !

 

Nous avons en France des hommes et des femmes, qui ont cette intention et cette capacité. Ils ne figurent pas sur la liste des candidats à l'élection présidentielle. Il est de notre devoir de citoyens de les porter sous les feux de la rampe ! Nous y reviendrons.


Etienne Desfontaines

 

A perdre la raison

 

 

 

Populismes, extrémismes, traditions et religions. Nous ne voulons pas nous l'avouer. Mais la réalité est têtue. Elle nous jette une vérité à la figure : ce qui mène le monde, à l'aube de l'année 2017, ce n'est plus la raison, et son cortège de diplomatie, de forces opposées mais maîtrisées, de négociations et de rencontres multilatérales ou bilatérales. C'est l'émotion.

 

Les US partent en vrille sous la houlette d'un huluberlu, milliardaire de son état, qui n'a jamais passé la porte de l'ONU à deux pas de chez lui. La Russie se réapproprie la Crimée sans que l'Europe ne bouge le petit doigt. La Chine fait craquer les murs de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) sans se faire rappeler  à l'ordre. Le reste est à l'avenant, qui voit la guerre détruire des familles par milliers au Moyen-Orient, l'Europe se diviser sur la question des réfugiés, se désintégrer sans comprendre qu'elle redonne libre cours aux démons qui l'ont conduite aux désastres de 14-18 et 39-45. Et l'écart se creuse plus que jamais entre les grands de ce monde et la misère.

 

Il y a déjà deux ans, l'AFP publiait des données insoutenables (*) : "1% des plus fortunés posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale, disait le communiqué, 80 personnes se partagent aujourd'hui la même richesse que 3,5 milliards d'individus !" Rien n'a changé. Chacun voit midi à sa porte. Chacun s'émeut dans son pré carré. L'astronaute Thomas Pesquet, qui vient de rejoindre l'ISS, (International Space Station) a beau nous inonder de splendides images de notre planète, nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez !

 

C'est pourtant lui qui dit vrai. Il le vit à raison de sept levers et couchers de soleil par jour. Et il le démontre, sans vraiment s'en rendre compte, avec les photos qu'il distribue sur tous les écrans. Nos nations, nos continents ne sont rien au regard de ce qui nous attend dans le troisième millénaire. C'est au  niveau de la planète que nous devons considérer notre avenir. C'est au niveau de la planète que nous devons mesurer les misérables candidatures à l'élection de la Présidence de la République Française. Nous sommes des lilliputiens. Nous n'avons pas la moindre conscience de ce que nous devons entreprendre dans les années qui viennent.

 

Convenons-en : il s'agit évidemment sur notre bonne vieille terre de ne rien oublier, mais de tout réinventer ! Au-delà de la France, au-delà de l'Europe, au-delà des continents. Dans un univers qui nous dépasse. Le dessinateur Hergé avait déjà tout compris lors de la publication de ses albums : "Objectif Lune", "On a marché sur la lune".

 

Si nous n'intégrons pas cette réalité, si nous n'arrivons pas à aimer notre planète, comme le disait Jean Ferrat, "à perdre la raison", alors les splendides photos de Thomas Pesquet vont devenir notre cauchemar. Et notre planète ne sera plus... qu'une bombe à retardement.

 

Etienne Desfontaines

 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/01/19/les-1-les-plus-riches-possederont-bientot-la-moitie-de-la-richesse-mondiale_4558585_3234.html#qOVei7SQ4x1VXP71.99

 

 

La fenêtre ouverte

 

 

C'est une règle managériale. Tous les cadres des grandes entreprises et tous les employés des grandes institutions la connaissent bien. Ils l'appliquent avec une extrême rigueur : "surtout ne jamais passer devant une fenêtre ouverte !"  Un coup d'épaule est si vite donné. Il ne s'agit pas naturellement des grande baies vitrées qui couvrent les immeubles de la Défense, ou de celles qui servent de champ de fond aux journalistes qui scrutent les jours et les nuits de l'Elysée. Il s'agit des trous d'air qui secouent régulièrement les groupes privés ou les institutions locales, régionales, nationales, européennes ou internationales. A l'occasion d'une fusion, d'une refonte ou d'une réorganisation, d'une reconstitution politique ou d'une échéance électorale.

 

Trois pivots de notre horizon national viennent d'en faire les frais. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande. Ils ont été piégés par les primaires. Jetés dehors. D'autres ont été plus malins. Jean-Luc Mélanchon, Emmanuel Macron, ont pris un autre couloir. Et Marine Le Pen, elle, s'est située d'emblée sur le toit du bâtiment ! C'est un fait acquis. Elle sera au second tour. Plus personne ne la remet en cause. La droite et la gauche républicaines ont mis un genou à terre, devant le Front National.

 

C'est sur cette base que les élections françaises de 2017, présidentielles et législatives, sont définitivement établies. Il manque à la droite l'apport infime de ce qui reste des troupes de François Bayrou. La gauche aligne plus de dix candidats, "in" et "off" des primaires, dont les résultats sont plus qu'incertains. A six mois de l'élection, comme le souligne notre hôte, ce n'est plus une "fenêtre ouverte". C'est une béance.

 

La France est à l'arrêt. Inquiétée et inquiétante. Sans voix, en Europe et à l'international.

Plus que jamais, nous devons résister au vertige... du vide !

 

Etienne Desfontaines

 

 

 

Europe.jpg

Un seul être vous manque....

 

 

C'est une idée force du Front National. Evacuer l'Europe de notre destin. Ramener la France aux frontières de 1945. Surtout ne pas voir au-delà de Calais, de Lille, de Thionville, de Strasbourg, de Belfort,  de Modane ou de Vintimille !  Et clamer notre identité. Faire savoir au monde, bien au-delà des limites incertaines de Schengen (mais où se trouve donc cette bourgade qui nous empêche de tourner en rond ? ) que nous sommes debout, que nous avons une histoire, une fierté, une force de frappe économique, un porte-avion et des bombes nucléaires capables de détruire sur pied la première grande puissance qui voudrait nous reprendre notre emblème du XX° siècle : "L'Alsace et la Lorraine" ! Faire savoir aussi, et plus que jamais, que nous sommes à même de réduire à néant avec notre DGSI et notre DGSE, notre RAID et notre GIGN, les forces terroristes qui s'infiltrent dans nos villes.

 

C'est une idée force, et c'est une idée bien établie. Durablement inscrite dans nos consciences. Les deux challengers de la droite française, François Fillon et Alain Juppé, l'ont admis implicitement dans le débat de cette semaine. Echanges polis, feintes et attaques à fleurets mouchetés, ils ont usé de tout leur savoir-faire. Sans toucher au dogme de la préparation des présidentielles de 2017  : "Marine Le Pen sera au second tour". Ni à sa conséquence immédiate: "il faut bouter l'Europe hors de nos frontières."  Comme l'ont fait les anglais.

 

Les journalistes requis pour le "spectacle" de la primaire de la droite ont joué le jeu. Il s'agissait pourtant de gens expérimentés. David Poujadas (France 2), Alexandra Bensaid (France-Inter), Gilles Bouleau (TF1). Aucun d'entre eux n'a pourtant abordé de front la question fondamentale de.... l'Europe. Pas un mot sur le sujet.

 

"Un seul être vous manque, clamait Alphonse de Lamartine, et tout est dépeuplé..." Il pleurait la perte d'une amante, emportée par la tuberculose. Le titre du poème dit tout : "L'isolement". Et son contenu nous jette dans l'effroi :

 

De colline en colline en vain portant ma vue,

Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,

Je parcours tous les points de l'immense étendue,

Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

 

La France, sans l'Europe, n'est rien. La France, sans l'Europe, ne tient pas dix secondes face à Vladimir Poutine. La France, sans l'Europe, subit profondément la pression économique des US, de la Chine, de l'Inde, de l'Amérique du Sud et de l'émergence africaine. La France, sans l'Europe, n'a plus de consistance culturelle.

 

Le premier job de notre prochain Président de la République sera de reconstruire l'Europe. Qui s'en inquiète aujourd'hui, à gauche et à droite ? Qui ose dire aujourd'hui qu'il faut emmener nos enfants visiter le Parlement Européen, le siège de la Commission Européenne et celui du Conseil Européen ? Pour entrer de plain-pied dans le XXI° siècle. Il ne sert à rien de réveiller les ombres d'après-guerre des pères fondateurs de l'Europe. Nous sommes, nous, les pères fondateurs de l'Europe du XXI° siècle. Il est urgent de nous réveiller !

 

Etienne Desfontaines

 

 

Amérique : la désillusion (2)

 

Elections américaines participation.jpg

 

 

Jeudi 9 novembre - 3h du matin. La "Trumpmania" déferle sur les écrans. Les instituts de sondage et tous les observateurs avertis changent leur fusil d'épaule. Un frisson parcourt le monde. Donald Trump passe sous le nez d'Hillary Clinton. Et le "personnage" prend immédiatement les feux de la rampe.  Ici, on se félicite : "c'est le peuple qui a parlé !" Là, on panique : il va semer la division, et provoquer une récession mondiale. Et puis, on tente de retrouver la raison.  "Il fera ce qu'il a toujours fait, c'est un pragmatique, il s'adaptera". Tandis que d'autres se raidissent. Les premières pancartes fleurissent, au pied de la Trump Tower : "Not my president !"

 

Le tintamarre est à son comble, quand une autre information tombe. Discrète. A peine commentée sur les écrans. La moitié seulement des 230 millions d'américains en âge de voter (54,2% exactement) se sont déplacés pour déposer un bulletin dans l'urne. "C'est le moins bon [taux de participation depuis 2000, dit Pierre Breteau (Le Monde, édition du 9 novembre 2016), qui évoque les records des années 60, les élections de Kennedy et de Nixon, à plus de 60%.

 

A ce stade, légalement, c'est acceptable. Légitimement, c'est un déni de démocratie. Donald Trump n'emporte finalement qu'un quart des voix des inscrits sur les listes électorales américaines. Un commentateur dans l'émission d'Elisabeth Quin,  "28 minutes" (Arte), lance le soir même une analyse qui fait froid dans le dos. "On ne peut pas passer quarante ans à déresponsabiliser les citoyens, dit-il,  pour en faire de meilleurs consommateurs, et espérer qu'ils redeviennent intelligents le jour de l'élection !"  Et il enfonce le clou : "ils votent comme ils éliminent un candidat de la téléréalité, ils choisissent comme dans les allées d'un hypermarché !" Avant de conclure : "Seule une remise en cause profonde du modèle socio-économique permettra de redonner du souffle à une démocratie renouvelée".

 

Donald Trump n'a pas fait fortune dans l'industrie productrice de richesse. Il n'a jamais exercé la moindre fonction publique. Il a surfé dans l'immobilier, il a été producteur et animateur d'une émission de téléréalité. Il a intégré le phénomène de l'opinion, et de la consommation. Ses électeurs ne sont pas des citoyens. Ce sont des "zombies", produits de la dérive d'une société fixée dans l'immédiat et le profit. Il n'y a plus d'intérêt général aux Etats-Unis. Ni pour le territoire américain, ni pour le monde.

 

La première mesure à prendre, dans ce cauchemar dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences, serait de délocaliser le siège de l'ONU.

 

Etienne Desfontaines

 

Photo : courbe des participations aux élections américaines

Amérique : la désillusion

Olivier Piton.jpg

"La campagne américaine est-elle en train de dégénérer ?" La question parait banale, au vu de ce qui surgit sur nos écrans. Et le journaliste Maxime Suitec la pose sans crier gare, cette semaine, dans le 13h d'Europe 1. Mais les mots ont un sens. Et la "dégénérescence" n'est pas une simple "dégradation". En biologie, c'est une façon de dire qu'une cellule ou un tissu perd ses caractéristiques fonctionnelles, au point de disparaitre dans un temps compté !

 

Où va l'Amérique ? Nous sommes en droit aujourd'hui de nous interroger. Le duel Donald Trump - Hillary Clinton est désolant. Il ne nous donne pas de réponse. Il y a un ouvrage, en revanche, qui prend de la hauteur et qui nous apporte un éclairage utile*.

 

Olivier Piton (50 ans) est avocat spécialisé en droit public français, européen et américain, au barreau de Paris et de Washington. Il a créé et dirigé la cellule de stratégie d'influence de l'ambassade de France à Washington de 2005 à 2010. Et il est président de la commission des lois de l'Assemblée des Français de l'étranger**. En clair, il est aux avant-postes de nos relations avec les US. Et il annonce "la fin d'un monde", un véritable "tournant de l'histoire !"  A cent mille lieux des images d'Epinal que nous nous sommes forgées sur l'Oncle Sam, au fil de la seconde moitié du XX° siècle.

 

Première immense désillusion : "pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, dit Olivier Piton, une majorité des Américains rejette en bloc l'immigration, foulant aux pieds une tradition bicentenaire d'accueil de l'étranger, autrefois appelé à intégrer le peuple américain en une génération..." Les Pères Fondateurs doivent se retourner dans leurs tombes !  Deuxième désillusion : la zone d'influence des US subit un rétrécissement inexorable. Olivier Piton stigmatise "la réussite purement occidentale" de l'Amérique, "parce qu'elle est limitée au cadre de pays partageant la même culture..." Exit le continent asiatique, l'Afrique et la sphère musulmane, qui lui sont hostiles. Troisième désillusion : le modèle économique des US est remis en cause. Crise morale des "subprimes" à l'appui,  on s'aperçoit que "le capitalisme industriel" [porteur d'espoir et producteur de richesses] "a été délaissé au profit des puissances financières." Après le communisme, c'est au tour du capitalisme de monter sur l'échafaud !

 

Résultat : le doute s'installe. L'Amérique sombre dans le syndrome européen, qui aligne la peur et la colère. Peur de la paupérisation. Peur des nouvelles puissances comme la Chine. Colère et défiance contre les élites, populisme et béance des idées. Le parti le plus puissant, qui sortira des urnes le 8 novembre aux US, n'en doutons-pas, sera une nouvelle fois celui... des abstentionnistes !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) "La nouvelle révolution américaine" par Olivier Piton (Plon - mai 2016)

(**) L’Assemblée des Français de l’étranger représente 2 millions de personnes établies hors de nos frontières  (www.assemblee-afe.fr)

 

 

 

 

António Guterres

 

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Il est portugais. Et pour tout dire, il est l'héritier des grands Lisboètes. Ceux qui ont descendu le Tage, avant d'affronter l'océan Atlantique. António Manuel de Oliveira Guterres a 67 ans. Il est ingénieur, catholique et socialiste. Il parle couramment anglais, français et espagnol. Député en 1976, président de son groupe parlementaire en 1988, secrétaire général du PS en 1992, Premier Ministre en 1995. Il organise l'exposition universelle de 1998, fait surgir pour cela le "Parque das Nações" - le Parc des Nations - qui défie l'imagination à l'est de Lisbonne. Il tient bon et gère un pays d'un peu moins de 10 millions d'habitants jusqu'en 2002. Et il traverse l'Atlantique en 2005, à la demande du Secrétaire Général de l'ONU, le Ghanéen Kofi Annan, pour devenir le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR).

 

La suite est impressionnante. En janvier de cette année, le Premier ministre portugais en exercice, António Costa (PS) propose la candidature d'António Guterres au poste de secrétaire général de l'ONU, à la suite du sud-coréen Ban Ki-moon le 1er janvier 2017. Le portugais passe haut la main la séquence des auditions en juillet, il vient d'obtenir 13 votes favorables sur les 15 membres du Conseil de Sécurité, et il devrait être confirmé courant octobre par les 193 Etats membres de l'Assemblée Générale de l'ONU.

 

Marie Bourreau, la correspondante du Monde aux Nations Unies, rapporte* les propos du représentant russe, Vitali Tchourkine : "vous êtes les témoins, je pense, d'une scène historique". Et ceux de l'américaine, Samantha Power : "nous avons un candidat, dit-elle, dont l'expérience, la vision, la capacité d'adaptation sur un grand nombre de sujets ont fini par convaincre." Elle ajoute : "c'est remarquable qu'il n'y ait eu ni contentieux ni controverse...Tous les jours [...] nous aspirons à l'unité que nous avons pu observer aujourd'hui [au Conseil de Sécurité]" Le message est fort. Il dit clairement qu'un homme doté d'une solide expérience politique, capable de pointer du doigt l'intérêt général et d'entraîner ses interlocuteurs sur le chemin pour y parvenir, peut faire l'unanimité de la planète !

 

Il reste que les défis qui attendent António Guterres sont immenses. La Russie et l'Amérique se regardent en chiens de faïence. L'Afrique émerge doucement, mais sûrement. L'Inde et la Chine ne sont plus seulement les usines du monde, elles en deviennent aussi les laboratoires de recherche, et leur prévalence scientifique, économique et démographique, va radicalement changer la donne. L'influence de la grande Amérique, celle qui a sauvé et soutenu l'Europe en 1944, n'est plus qu'une peau de chagrin** (nous y reviendrons). Et l'idéal des pères fondateurs de l'Europe est en train de voler en éclats.

 

Au-delà des nations, au-delà du conflit syrien qui fixe toutes les attentions en ce moment, c'est aux continents que le portugais António Guterres va devoir se frotter. Pas de quoi effrayer un Lisboète !

 

Etienne Desfontaines

 

(*) Le Monde - 6 octobre 2016

(**)  "La nouvelle révolution américaine" Olivier Piton (2016 - Plon)

Le 20 janvier 2001, George W Bush devient officiellement le 43e président des Etats-Unis. Huit années plus tard, il quitte la Maison blanche sur la pointe des pieds, soutenu par moins de 20% de supporters qui regrettent son départ. Entre ces deux dates,...

Les Israéliens veulent en finir à Gaza. La troisième phase de l’opération « Plomb durci », qui prévoit l’arrivée en masse de milliers de réservistes pour éliminer toutes les poches de résistance tenues par les combattants du Hamas, est imminente malgré...

L’information est tombée le 1er janvier de cette nouvelle année, aussi laconique qu’une carte de vœux rédigée sur Internet : 1147 véhicules ont été incendiés durant la nuit de la Saint Sylvestre, soit une augmentation de plus de 30% par rapport à l’an...

Au moment où l’année 2008 vit ses derniers instants, il est tentant de s’interroger sur le fait le plus marquant de ce millésime. Beaucoup plébisciteront sans aucun doute la crise qui a démarré aux Etats-Unis et qui a déferlé sur tous les continents à...

Il y a encore quelques mois, l’automobiliste était considéré comme un paria qui devait changer de comportement au sein d’une société se voulant vertueuse. Principal moteur de la pollution et du réchauffement de la planète, on voulait le chasser des villes...

A l’approche des fêtes de fin d’année, même les adultes aimeraient croire au Père Noël. Il n’est qu’à voir ces maisons parées de mille feux dans chaque village de nos campagnes pour s’apercevoir que l’on garde, au fond de nous, un peu de notre âme d’enfant....

Martine Aubry et Ségolène Royal n’ont pas attendu longtemps avant d’entamer leur bras de fer. Dès la présentation de son équipe, la maire de Lille a annoncé la couleur en ne proposant aucun poste à sa rivale. Ce qui revient à dire que la moitié des électeurs...

Martine Aubry n’a pas hérité du Parti socialiste. Fidèle à sa réputation de pitbull, elle est allée le chercher avec les crocs. Il lui a fallu d’abord s’imposer au sein d’une étrange coalition regroupant au final Bertrand Delanoë et Benoît Hamon et orchestrée...

Le Parti socialiste est coupé en deux et l’UMP est pliée en quatre, pour parodier Coluche. Le spectacle offert par les partisans de Martine Aubry et de Ségolène Royal, à l’issue du second tour de scrutin pour l’élection du premier secrétaire, a en effet...

Les militants socialistes vont voter jeudi, dans leur section, pour désigner le premier secrétaire du parti. Cela revient à dire qu’ils doivent apporter leur suffrage à celui qui incarne le mieux les valeurs de la gauche mais aussi à celui qui paraît...

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